GENRE SOIXANTE ET ONZIÈME
CAME. Chama, Brug.
PI. 27. fig. 4 à 10. Pl. 28. fig. 9 à II.
CARACTERES GENERIQUES. — Animal obrond j subcordiforme, irrégulier ; les lobes du manteau réunis dans presque toute leur étendue, et offrant trois ouvertures inégales : deux postérieures, remplaçant les siphons ; une antérieure très petite, pour le passage d*un très petit pied cylindracé et claviforme ; masse, abdominale, ovale, épaisse'. Bouche petite; palpes labiales fort courtes, triangulaires. Branchies longues, transverses, foliacées , désunies postérieurement , très inégales.
Coquille irrégulière J inéquivalve , adhérente à crochets recourbés et inégaux. Charnière ayant une seule dent épaisse , oblique , subcrénelée , s’articulant dans une fossette de la valve opposée; ligament extérieur enfoncé. Impression palléale simple, très courte. Impressions musculaires allongées, ovales, parallèles, descendant jusque près du bord inférieur.
TINGT-DKUXIÈME FAMILLE.
SYNONYMIE GENERIQUE. — Coucha Tugala ^ Rondelet. — Coucha grxjphoides ^ Gualtieri. — Osirea n/^ra/a , Grew. — Jataron , Adanson. — Macrophylliim , Gevers. — Psilopus , Psiîopdderma , Poli, Oken. — Trapezmm^ Humphrey. — Licinia^ Humphrey. — Arcîn^Ua^ Schumacher, Gray. — Lazarvs , Cuvier, 1800. — Chanta , Linné [ex parte] , Brug. Lamk.., Cuvier, Férussac , Blainville , Menke , Sowerby, etc.
Observations. La dénomination de Came fut longtemps employée par les anciens naturalistes d’une manière vague et indéterminée ; Linné en a tellement changé la valeur, que son genre Came ne renferme plus aujourd'hui une seule coquille que ce nom désignait autrefois. En effet, chez les auteurs anciens ce mot de Came, Chama , équivalait à celui de Conque; il s’appliquait, non plus à un gefire ni même à une famille, mais à un ensemble considérable de coquilles , généralement épaisses, solides et parfaitement closes. Âdanson voulut aussi employer ce nom, et il fut dans l'obligation d’en restreindre l’étendue; pour lui le genre Came était à peu près équivalent à celui nommé Vénus par Linné. II ne faut donc chercher dans les Cames des deux classificateurs que nous venons de rappeler rieç qui ressemble à celles des premiers naturalistes, aucune tradition n’a été conservée à leur égard.
Moins bien inspiré cette fois que dans la création de la plupart de ses autres genres, Linné introduisit dans celui-ci des objets qui n’onl entre eux que des rapports fort éloignés ; il y admet à la fois des coquilles régulières et symétriques , ayant deux muscles et appartenant à la classe des Dimyaires; il y admet encore d’autres coquilles symétriques et régulières , mais qui n’ont plus qu’une impression subcentrale, et qui, par conséquent, doivent passer dans la classe des Monomyaires. Enfin, il y joint des coquilles irrégulières, toujours adhérentes , ce qui annonce dans leurs animaux une structure différente, appropriée à des mœurs également différentes. Parmi les coquilles régulières, il y on a dont les animaux ont les lobes du manteau réunis en arrière, et d'autres chez lesquels les lobes de cet organe sont complètement séparés. Quoique Bruguière ne connût pas tous les faits zjologiques que nous venons de rapporter sommairement il comprit cependant que le genre Came de Linné devait être profondément réformé : aussi dans les planches de V Encyclopédie , il en sépara d’abord les Cardites , parmi lesquelles il laissa le Chaîna cor, que nous avons vu devenir le type du genre Isocardio de Lamarck; il en sépara aussi le
LES CAMACÉES.
Chama gigas , sous le nom de Trîdacne, et enfin il laissa sous le nom de Chama les coquilles irrégulières et qui jouissent de la propriété de se fixer aux corps sous-marins. Le genre Came se trouve encore une fois transformé en sortant des mains du savant conchyliologue , et c’est dans cet état qu’il fut adopté par Lamarck , et successivement par tous les zoologistes classificateurs et par tous les conchyliologues.
Linné avait placé les Cames dans le voisinage des Spondyles, entraîné à ce rapprochement par celles des espèces qui sont adhérentes. Lorsque Bruguière eût réformé le genre , il en distribua les divers démembrements dans des rapports que le temps et l’observation ont dû modifier ; mais pour les Cames proprement dites, il suivit l’exemple de Linné, et les plaça également dans le voisinage des Spondyles ; et il ne faut guère s'en étonner, puisque, à cette époque, le nombre des impressions musculaires n’entrait pour rien dans la classification des coquilles et de leurs Mollusques. C'est à Lamarck que l’on doit celte importante innovation , à la suite de laquelle il divisa les Mollusques bivalves en Dimyaires et en Monomyaires , et il fut ainsi obligé de séparer les Cames des Spondyles , de former pour elles et quelques autres genres un ordre particulier réunissant tous les Dimyaires irréguliers, comme à la fin des Monomyaires il plaça aussi un ordre dans lequel sont rassemblés tous ceux de ces animaux qui vivent dans une coquille adhérente et irrégulière. Par là la méthode se trouvait améliorée parce qu’elle était simplifiée. Les rapports des Cames , tels que Lamarck les avait établis , furent admis avec d’autant plus de facilité qu’il s’étayait de la connaissance assez exacte que l'on doit à Poli de l’animal des Cames. Cet animal ne manque pas de rapports avec celui des Tsocardes; dès lors on comprit que l’adhérence et l’irrégularilé de la coquiHe de-, valent devenir un caractère secondaire et non de premier ordre, comme on l avait fait auparavant. La classification de Lamarck se trouva pleinement justifiée, et c’est elle qui aujourd’hui a prévalu.
Dans la première édition du Règne animal , Cuvier, s'en rapportant trop exclusivement à l’opinion de Poli, introduisit les Cames dans sa famille des Cardiacés, et il les divisa en deux sous-genres ; en Cames , de Bruguière, et en Lsocafdes^ de Lamarck. Notre savant naturaliste n’avait pas eu l'occasion de vérifier par lui-méme, sur les animaux de ces genres , des différences assez considérables qui les séparent. El quand même on ferait abstraction des caractères des coquilles pour s’en rapporter uniquement à ceux des animaux , il faudrait encore éloigner les Cames des Isocardes et des Bucardes , ainsi que cela ressort des caractères de ces deux sortes d’animaux ; et pour en donner la preuve,
VINGT-DEUXIÈME FAMILLE
il suffira de comparer la description, que nous en donnons ici. Nous avons rapporté par quelle série d’observations nous avons été conduit à modifier les rapports des Cames. Lamarck ne savait pas que parmi les Mollusques diniyaires, les uns ont les lobes du manteau réunis, et les autres complètement séparés. II y avait donc à les distinguer en deux grandes familles , ce que Latreille a parfaitement compris , et dont nous avons voulu profiter pour améliorer la classification. Les Cames irrégulières et adhérentes, ayant les lobes du manteau réunis, devaient appartenir au premier groupe et venir s’intercaler entre les deux ordres des Mollusques dimyaires. Cuvier, dans la seconde édition du Règne animal, introduisit aussi celle amélioration, en adoptant une famille des Camacées, placée entre celle des Mylilacés et des Cardiacés, c’est-à-dire entre les Dimyaires à manteau fendu et les Dimyaires à manteau soudé en arrière. Ce changement considérable j apporté par Cuvier dans sa classification, n’empêcha pas ce grand zoologiste de conserver les Isocardes comme sons-genre des Cames , et d’y joindre au même litre les llippopes, les Tridaches et les Dicérales.
L’animal des Cames a été, selon nous, beaucoup trop rapproché de celui des Isocardes. 11 faut attribuera Poli celte opinion un peu exagérée, qui s'est accréditée chez presque tous les zoologistes. Cet animal est irrégulier comme sa coquille, mais il est petit relativement à elle; le test qu'il sécrète étant généralement très épais, surtout vers les crochets, la grandeur de l’animal ne répond plus à celle de l'extérieur de sa coquille. 11 est revêtu d’un manteau plus épais que chez beaucoup d’autres Mollusques acéphalés, parce que dans son épaisseur est contenu un puissant organe de sécrétion , destiné à produire l'épaississement du Lest. Un muscle orbiculaire, étroit, continu, forme à la circonférence de l’organe un bord épais, garni de fins tentacules sur toute la circonférence. A des moments déterminés, durant la vie de l’animal , ce bord donne naissance à des expansions charnues considérables au moyen desquelles sont sécrétées les lames ou les épines dont le test est couvert dans toutes ses parties. Ces lobes du manteau se joignent entre eux dans presque toute leur circonférence ; il en résulte une sorte de raphé assez large , dans la largeur duquel sont percées trois ouvertures. Ces ouvertures sont sessiles, inégales; l’une, antérieure, est la. plus grande; elle est en forme de boulonnrère; elle est en partie recouverte à l'intérieur par le muscle antérieur adducteur des valves,* qui descend très bas. Les deux autres ouvertures sont postérieures ; elles remplacent les siphons des autres Mollusques , mais elles sont plus écartées que ne le sont celles des Gardium , par exemple, et des Iso-
LES CAMACÉES.
cardes. Ces ouvertures ont les* bords simples , membraneux , susceptibles de se contracter, de se dilater, à peu près comme îe fait la pupille de l’œil ; l’une correspond à la région anale , elle remplace le siphon qui porte ce nom . et l'autre* tient lieu de siphon branchial.
La bouche est petite, transverse, munie de deux lames étroites et membraneuses ; les palpes qui les terminent de chaque côté sont très petites, égales , assez épaisses, et chargées de lamelles très fines à leur surface interne. Cette bouche èst située profondément au-dessous du muscle adducteur antérieur, et au point de contact de son côté antérieur avec ïa masse abdominale. Cette masse abdominale est d'un médiocre volume. Elle est arrondie , subglobuleuse ; elle porte vers le milieu un pied comprimé , en forïne de tranchant en avant , subclaviforme , d’une très médiocre longueur. On conçoit que cet organe du mouvement doit être réduit à un état rudimentaire, par suite de son inactivité. Nous ne dirons pas qu'il est absolument inutile à l'animal , car malgré sou adhérence et son immobilité , on 1e voit faire sortir son pied de temps à autre.
Les organes de la respiration ont une disposition toute particulière. Ils sont, comme à l’ordinaire, formés de deux feuillets de chaque côté, mais ces feuillets sont excessivement inégaux. Ils sont taillés en parallélogrammes, et ils tombent perpendiculairement du dos vers la région ventrale. Les feuillets internes sont les plus grands; ils sont finement et profondément plissés en travers, et les plis sont retenus dans leurs rapports par une soudure qui se produit de chaque côté de la branchie. On pourrait les comparer à un jabot finement plissé , et dont les plis seraient fixés de chaque côté par une cooture. Les feuillets externes sont de moitié moins larges que les feuillets internes; leurs plis sont plus effacés et ne paraissent point maintenus à la manière de leurs congénères. Un petit bord membraneux , saillant en arrière, simule un troisième feuillet branchial ; mais on peut le considérer comme une simple expansion du bord supérieur du feuillet externe. Ces feuillets branchiaux descendent beaucoup au-dessous de la masse abdominale; ils se soudent entre eux ainsi qu’au manteau , de manière à séparer la cavité du siphon anal de celle du manteau. Si l'on compare ce que nous venons de dire de l’animal des Cames, de la description que nous avons faite des Isocardes et des Bucardes, on reconnaîtra facilement les différences considérables qui séparent ces animaux, et l’on conviendra que Lamarck a eu parfaitement raison de faire du genre Came le type d’un ordre particulier et en même temps de la famille des Camacées.
La coquille des Cames acquiert quelquefois un volume assez considé-
VINGT-DEUXIÈME FAMILLE
rable : elle est toujours inéquivalve, irrégulière, inéquilalérale, subcordiforme. L'adhérence a lieu , selon les espèces , tantôt par la valve droite , tantôt par la valve gauche, de sorte que dans ce genre il y a des espèces sénestres, aussi bien qup dans les Dicérates. On a même cité des espèces qui auraient la propriété de s'attacher par l'une ou par l’autre valve. Cette erreur s’est accréditée avant que l'on ait étudié suffisamment ces coquilles, et depuis que nous les possédons en nature, nous nous sommes assuré qu'elles se distinguent facilement comme espèces. La surface extérieure est presque toujours chargée de lamelles nombreuses , concentriques, ordinairement découpées profondément, courbées en tuile, ou allongées en épines. Aucune espèce u’esl absolument lisse : chez un très petit nombre, les lames, au lieu d'être disposées transversalement, forment des rangées rayonnantes , portant des crochets et se rendant vers les bords.
La coloration est très vive en général chez les Cames. Elle varie du blanc au jaune soufré, du jaune au rouge, passant par diverses nuances jusqu'au violacé, atteignant quelquefois des couleurs d’un violet brunâtre très intense. Des couleurs analogues se montrent à l’intérieur des valves ; aussi sous le rapport de la coloration et des lames de la .surface , les Cames , lorsqu'elles sont bien conservées ,, sont considérées comme l’un des beaux ornements des collections des amateurs. Les bords sont tantôt simples, tantôt fortement dentelés; ils se joignent très exactement sur tout lepourtoub des valves : aussi l'une de ces coquilles remplie d’eau ne la laisse point échapper. La plupart de ces coquilles étant circulaires , il est assez difficile de limiter exactement les diverses parties du bord ; cependant on peut considérer comme l’antérieure cotte partie qui correspond à l’impression musculaire antérieure; il en serait de même pour le bord postérieur. L’intervalle des deux muscles déterminerait la longueur du bord inférieur, et le. bord supérieur aurait une longueur à peu près égale. Le côté antérieur ne présente jamais aucune trace de la lunule; le corselet serait plutôt représenté en arrière par une dépression que l’on remarque^dans un assez grand nombre d'espèces. Le bord supérieur se termine en avant par des crochets très inclinés, très inégaux, celui de la valve adhérente étant toujours beaucoup plus grand que l’autre. C’est à son sommet que commence l'adhérence de la coquille; et, à moins que par un accident particulier l'animal se soit attaché au moyen de lames transverses qu’il sécrète, ce crochet est toujours irrégulièrement aplati, conservant l’empreinte du corps sur lequel il s’est appuyé. Ces crochets sont plus ou moins enroulés en spirale selon les espèces ; il en est quel-
LES CAMACÉES.
qups unes où ils sont presque terminaux. Chez d autres, ils se contournent fortement, et cela so remarque surtout chez celles dont les crochets sont les plus proéminents. Il en est même quelques unes qui , à cet égard, se rapprochent des Dicérates : alors le sommet devient subcentral, et la valve supérieure ne manque pas de ressemblance avec une Calyplrée trochiforme. C’est un trait de ressemblance de plus entre les deux groupes bien distincts d'un grand genre naturel. Le ligament est situé au fond d'une rigole presque entièrement recouverte par le bord saillant du corselet. Quoiqu'il s'aperçoive difficilement à l’extérieur, ce ligament est cependant externe : il en a toute la structure. II est bombé en dehors , fixé sur des nymphes courtes , mais très épaisses , séparées du test par un sillon profond dans lequel s’enfonce la tunique externe et fibrevise du ligament. Ainsi que dans les Isocardes , le ligament est bifurqué en avant , et l’on voit jusque près du sommet le petit sillon dans lequel sa tunique externe était contenue ; on trouve même des individus où l’on remarque à leur place les débris du ligament. La surface interne n’est jamais nacrée; elle est beaucoup moins étendue que la surface externe, ce que l’épaisseur du lest explique parfaitemeot. Cette surface est envahie par deux énormes impressions musculaires ^ qui en occupent près do la moitié. Ces impressions sont presque égales ; elles sont fort longues, elles descendent perpendiculairement et' elles ne manquent pas d’analogie avec celles de certaines I.ucines. L’antérieure est presque toujours plus longue et plus étroite que la postérieure. L’impression palléale simple, quelquefois subtransverse, s’étend d’une extrémité à l’autre des impressions musculaires , en. suivant parallèlement le bord inférieur de la coquille.
Nous sommes forcé d’employer ici d'autres termes pour la désignation des valves, le genre contenant des espèces adhérentes par l’un et l’autre côté. Mais comme dans les espèces sénestres il y a un renversement complet de toutes les parlies , il en résulte que la valve supérieure ou libre conserve, dans les deux groupes , des caractères identiques. Pour abréger et pour éviter de longues circonlocutions, nous emploierons de préférence, pour ce qui a rapporté la charnière , celte désignation facile à comprendre, de valve adhérente et de valve libre. Dans la valve adhérente , on Iroüvo une grosse dent qui semble sortir du dessous du crochet, et qui prend ordinairement une position oblique sur le bord qui la supporte; elle en est séparée par une gouttière profonde , dont l'extrémité inférieure vient tomber, pour ainsi dire , dans la cavité de la valve, tandis que l’extrémité opposée vient en s’atnoindrissant se terminer au point où devrait se trouver l’extrémité supé-
T. II
VINGT-DEUXIÈME FAMILLE
Heure de la lunule, c'est-à-dire là où se joignent les deux bords antérieur et supérieur. Cette fossette dont nous parlons rentre quelquefois un peu au-dessous- de la nymphe. Dans la valve libre, on retrouve une disposition à peu près analogue; seulement la dent cardinale se trouve un peu plus rapprochée du bord, parce qu'elle est destinée à remplir la fossette que nous avons fait remarquer dans la valve opposée. Cette dent est quelquefois recourbée en crochet, de manière à s’engager, comme une sorte de crampon , sous le bord qui est ménagé au-dessous de la nymphe de la valve opposée. Ces dents de la charnière ne sont pas ordinairement simples, elles sont cariées , fendillées au sommet, de manière à rendre plus parfait leur engrenage. Leur contact est, du reste, parfaitement consolidé par un ligament qui jouit d’une solidité remarquable. Nous avons minutieusement comparé les caractères de la charnière des espèces dextres et des sénestres ; nous leur avons trouvé l’identité la plus parfaite; cette identité nous a fait rejeter le genre Arcinella de Schumacher, fondé , comme nous l’avons dit , pour y réunir les espèces sénestres.
Les Cames sont des coquilles essentiellement marines : presque toutes sont littorales; il en est cependant qui se plaisent à d’assez grandes profondeurs et qui descendent jusque dans la région du corail , par exemple, c’est-à-dire de soixante à quatre-vingts brasses. Lorsqu’elles ont trouvé un lieu favorable a leur développement, elles s’y multiplient en grande abondance; elles tapissent tous les corps solides dos fonds de la mer, aussi elles sont presque toujours couvertes de ces incrustations pierreuses produites par les végétations sous-marines. Quelquefois elles s’attachent aux polypiers, et c’est alors que se développent sans obstacle les lames ou les épines dont leur coquille est chargée. Si l’on s’en rapporte à la monographie de M. Reeve, faisant partie de son Conchologia iconka, leur nombre serait de cinqiianle-cinq seulüment : nous en connaissons un plus grand nombre. Elles se distribuent dans presque toutes les mers, à l'exception cependant des mers septentrionales, où le genre n'est point- mentionné. Il manque compléleinenl aux mers de Suède et de Norwége , car M. Lowen ne le cite pas dans l’excellent catalogue qu’il a publié en 1 846 , des Mollusques de ces mers. Ce genre ii’esl pas non plus mentionné dans le savant ouvrage sur les Mollusques delà Grande-Brelagtw , que publient MM. Forbes et Haniey, ce qui prouverait que le genre Came a besoin de mers plus chaudes; aussi est-ce dans la Méditerranée qu’on le rencontre en assez grande abondance. Les mers tropicales en sont abondamment pourvues; c’est aux Antilles, à Madagascar,, dans les mers de l'Inde, que se rencontrent les plus grandes espèces.
LES CAMACKES.
Les espècses fos&ilesi sont moins nombreuses. M, Broun, dans son Index pulœonlologicus , en relève trente-sept espèces; mais il est à présumer que plusieurs devront être retranGhéc.s . surinut celles qu'il indique, avec doute il est vrai , dans le terrain jurassique et le terrain crétacé. Ainsi que nous l'avons déjîi dit, dos.Gryphées de la section des Exogyres ont quekiuefoîs pne telle ressemblance avec certaines Cames, que l’on pourrait facilement les confondre. Pour les distinguer, U faut absolument en avoir la .charnière et los impressions musculaires , et se souvenir d'ailleurs de la différence dans la contexture de leur lest. Dans les Cames, la coquille est construite comme dans les Bucardes et le? autres AcéphaJésdimyaires ; dans la famille des Oslracées fossiles, le lest, quoique lamelleux, est compacte et solide; il se décompose en lamelles superposées, ce qui n'a pas lieu chez les Cames. Sowerby, on le sait, s’y est lui-même laissé prendre : on trouve plusieurs espèces de Gryphées parmi les Cames, dans son Mmeraî conchohgif. Goldfuss et M. Bronn citent, dans le terrain jurassique moyen, un Cliama Munsteri qui. est une véritable Dicérale. M. Rœmer mentionne un Charnu geomelrka dans les mômes terrains; d'après les figures, cette coquille ressemble plutôt à une Plicatuie. Au reste* M. Rœmer rinlroduil avec doute parmi les Cames. Les espèces crétacées données par M. Rœmer nous paraissent non moins douteuses que celles du terrain jurassique. Il nous est difficile de porter un jugement définitif en présence de figures et de descriptions malheureusement insuffisantes. Quant aux trois espèces de la Paléontologie /ra/tcatse, elles sont également douteuses pour nous. Établies sur des moules intérieurs, on- y revoit bien à peu près la forme générale des moules des Cames;, mais on ne remarque pas dans les impressions musculaires la grandeur relative de celles de Cames. Il se. pourrait faire que ces moules provinssent de quelques Rudisles de petite taille , comme nous en avons trouvé dans la craie supérieure (le Maëstricht et de Ciply. La charnière , dans ces Rudistes , se rapproche à quelques égards de celles des Cames , et peut laisser sur un moule une impression comparable à celles que figure M. d'Orbigny. Nous ne pouvons plus admettre non plus au nombre d'espèces crétacées le Chama suborbiculala de M. d’Orbigny le père:- il faut bien quelle n’appartienne pas au genre, puisque M. d'Orbigny le fils ne la mentionne même pas dans la Paléontologie française.
On se rappellera peut-être un genre nommé Planospirües par M. Defrance, et introduit par lui parmi les Céphalopodes, dans les planches du grand Dictionîiaire d’I^stoire naturelle. Ce genre consiste en une impression que l’on rencontre assez rarement , soit sur les Oursins ,
lOO VISr.T'DEtlXïÈME FAMIU.E.
soit sur les Huîtres fossiles de la craie de Meudon : elle consiste en deux bords circonscrivant un espace triangulaire, tourné en spirale au sommet. La surface est couverte do stries très fines, régulières, concentriques , parallèles au bord interne. Cette impression est celle d'une coquille qui est de la grandeur et de la forme d'une Came; c'est son point d'adhérence qu’elle a laissé sur les corps étrangers, et la surface en a été altérée par la dissolution de la portion interne du test. Longtemps nous avons pris cette coquille pour une Came, mais nous avons vu dans la collection de M. Duchâlel une impression complète de la charnière , et cette ooquHIe est devenue pour nous un véritable Uudisle , intermédiaire entre les Cames et les Caprines. C'est celle môme espèce, peut-être une autre très voisine, dont le moule a été liguré parmi les Cames de M. d'Ürbigny.
Pour nous, le genre Corne ne commence d'une manière authentique que dans les terrains tertiaires inférieurs, où il se manifeste par un nombre assez considérable d'especes. En effet, dans un genre où elles sont assez peu nombreuses, nous en comptons douze dans toute la série des terrains marins inférieurs. M. d'Archiac en a signalé deux dans le terrain nummulilique do Bayonne et dans les environs de Biarilz. Son •Chama suhcakaraUi pourrait bien être une simple variété du calcarata du bassin de Paris. La deuxième espèce, Chama grahulosa, se trouve à la fois aux environs de Biarilz, et à la Pallarea aux environs de Nice. Notre Chama plicalella , publié par M. Melleville, appartient aux sables inférieurs du bassin de Paris : c'est aux environs de Laon qu’elle a été trouvée. Dans les sables du Soissonnais, il existe égaleraeul une espèce qui semble intermédiaire entre le gigas elle calcarala. Dans le calcaire grossier proprement dit, nous trouvons encore notre Chama sulcata; elle se rencontre aussi parmi les fossiles du terrain nummulilique de Nice.
Chama lameîlosa^ Chemintz.
PI. 27. fig. 7 à 10.
('.hemniu, Concli. l. 7, p, i56. pl. 5a, f. 5ai.
^ Chanta rugosa. Brug, Eiic^cl. niélli. Vers, t. ij j). Bpi. u" 5.
FavaDiir, Comh. pl. 67. f. F,
Eücycl, pL 197. f.
Lamarck, Aon. du Mus, t. S, p. 348, s» i . el I. 14. pi. a 3. f. 3.
Lamk. An. s. vert. t. 6. p. 98. n^^ 7.
Desh. Coq. foss. de Paris, t. i. p. 257. u* 5. pl. 87. f. i, 2.
LES CAMACEES.
Desli. dans Laiiik. Au. *. veil. cJ. t. 0. j>. 689. u" 7 [cjcvl. lîraud.
et Sow syii»)
Rronn, Ind. pal. p, q83.
Depuis Lamarck , qui a rapporté au Chaîna lamellosa de Chemnitz le sqnamosa de Brander, presque tous les conchyliologues ont continué celle confusion que nous-même avons admise dans nos Fossiles de Paris et dans la nouvelle édition do Lamarck, Depuis que nous avons pu comparer des échantillons en nature et non plus des figures, nous avons reconnu entre ces espèces des caractères qui les séparent : le sguawosa se rapproche plus de notre snbslriala que du lamellosa.
Le Chôma lamellosa de Chemnitz se trouve uniquement aux environs de Paris , dans le calcaire grossier, dont il 00 dépasse pas la limite ; tandis que le squamosa passe du London-clay aux environs de Bassano, comme Ta constaté M. Murchison. Quoiqu’elle eût déjà reçu un nom, Bruguière, dans {'Encyclopédie, lui en imposa un second, celui de rugosa, qui doit être relégué dans la synonymie.
Notre Chôma gtgas est la plus grande espèce actuellement connue; elle est assez rare, dans les calcaires grossiers des environs de Paris : c’est particulièrement à Parues et da,ns les localités voisines qu elle a été trouvée. Elle a été recueillie dans les terrains nummuliliques des Pyrénées, ainsi que dans ceux des environs de Nice. Quant au Ckama calcarata de Lamarck, devra-l-elle reprendre son nom de punctala, proposé par Bruguière dans V Encyclopédie? Nous en doutons , parce que le savant auteur des l'm confond deux espèces sous un môme nom , et celte confusion s'explique jusqu'à un certain point, car pour constituer son espèce, il n'a eu que doux valves : l’une vivante, do la Guadeloupe; l'autre fossile, de Courtagnon : le nom ne peut s’appliquer à aucune des doux espèces. C’est une coquille commune dans tous les calcaires grossiers : elle se retrouve aux environs de Nice et à Castel- Gomberto.
Dans les sables marins moyens, particulièrement connus sous le nom de grès de Beauchamps, on rencontre plusieurs espèces qui jusqu’ici ne descendent pas dans, le calcaire grossier, et ne remontent pas dans les terrains supérieurs. Les espèces les plus communes sont les Chaîna papyracea et ponderosa. On est sûr de les rencontrer là où ces sables sont riches en débris fossiles. Avec elles vient so mêler le Chôma lurgidula, Lamarck , auquel nous avions donné le nom de Chôma rustica, u’ayanl pu reconnaître l’espèce d’iiprès la trop courte phrase aractéristique de Lamarck.