CHAPITRE IV
Des allégements et des communications.
Quatre considérations essentielles exigent que des cavités et <lcs ouvertures soient pratiquées. soit dans les murs, soit dans les massifs de maçonnerie qui composent un édifice quelconque : 1" pour diminuer autant que possible leur masse, sans que la solidité en souffre ; 2° pour permettre l'introduction de la lumière ; 3“ pour livrer passage à des
tuyaux plus ou moins Grands qui sortent à des usages divers; 4* pour Établir les communications.
Allégements.
Nous désignerons par le nom d' allégements , les cavités elles ouvertures dont le but principal est d'alléger un édifice, c’est-à-dire de diminuer convenablement la quantité de matériaux qui entrent dans sa formation.
Les allégements sont très-utiles lorsqu'ils sont faits avec discernement et modération, non-seulement parce qu’ils apportent une diminution notable de dépense, mais encore parce qu’ils peuvent contribuer à l'embellissement de l'édifice en lui donnant [dus de légèreté . plus d'élégance et plus de grâce.
Les allégements, au lieu de nuire à la solidité, offrentle moyen d'obtenir des supports évidés très-vigoureux et doués d’une stabilité bien plus forte que celle que pourraient avoir des supports massifs , renfermant one quantité plus grande de matériaux.
La nature nous présente, dans la contexture des êtres organisés, un grand noinbte d'exemples très-remarquables de l'utilité des allégements. Le tuyau qui sert de charpente aux plumes des oiseaux ne mérite-t-il point notre admiration par sa grande légèreté, réunie à une force non moins grande? Les principaux ossements des animaux ne sont ils |Mint dans le même cas? Nous avons déjà dit ( p. 65 ) que l'expérience , d'accord avec la théorie, démontre qu'un tuyau peut offrir une résistance bien plus grande qu’un cylindre plein ayant une plus forte niasse , et que , par exemple , si ce tuyau était en fer et eût un diamètre égal à vingt fois son épaisseur, il serait neuf fois et demie plus fort qu'un cylindre plein de même longueur et de même poids.
Il n'y a aucun mérite à rendre un édifice solide, en entassant à grands frais et sans nécessité des masses énormes, comme le faisaient les Egyptiens: mais il y en a beaucoup à obtenir une solidité égale, en économisant les matériaux autant que les convenances le peuvent permettre.
Il faut bien se garder cependant de pousser trop loin l’économie des matériaux; et il est essentiel de ne pas oublier qu'il ne suffit poinlque toutes les parties d’un édifice aient une force suffisante pour être en équilibre, soit entre elles, soit avec les charges et 1rs poussées étrangères qu'elles auront à soutenir; mais qu'il faut en outre qu’elles puissent résister le plus longuement possible aux diverses causes phy siques qui travaillent continuellemcnt à leur détérioration età leur ruine.
Les Grecs et les Romains ont saisi avec un discernement exquis le point intermédiaire entre la lourdeur excessive et la trop grande légèreté. Ils n’ont jamais négligé d'alléger les masses partout où Us ont pu le faire sans inconvénients; mais ils ont donné aux supports principaux toute la force convenable. Quand ils ont voulu les rendre plus légers, ils out suppléé à la médiocrité de la masse par la force , la dureté et l’inaltérabilité des matériaux , qu'ils faisaient venir à grands frais des régions les plus éloignées. Une sévère économie présidait cependant à l'emploi des matériaux coûteux ; car la plus grande partie des murs, des massifs, des voûtes, étaient, comme nous l'avons dit plusieurs fois, composés de matériaux d'une valeur aussi petite que le volume en était médiocre.
Les édifices gothiques , presque toujours vicieux par des défauts d’harmonie et de correspondance, par un mauvais choix de forme et par des ornements souvent monstrueux, méritent cependant d’être étudiés, sous le rapport de la solidité, de l’économie dans la quaulité et daus la distribution des matériaux , et spécialement par les méthodes iugeuieuscs d'alléger les masses, qui furent mises en usage dans leur construction, te monuments , envisagés sous ce point de vue, soûl supérieurs à un grand nombre d'édi-
fices modernes, dans lesquels on remarque avec peine que la partie technique de l’art a été trop négligée.
L'art d'alléger les édifices, sans nuire à la solidité, forme une des branches les plus utiles et les plus importantes de l’Architecture. Nous indiquerons d'abord les principes généraux auxquels les allégements doivent être soumis , puis nous passerons eu revue les principaux modes de les former.
Principes généraux pour les allégements.
1" Les vides doivent correspondre aux vides et les pleins aux pleins, c'est-à-dire, les ouvertures et les cavités d'un étage doivent se trouver sur les mêmes lignes verticales avec celles des autres étages.
2" Les vides doivent être, autant que possible , régulièrement espacés, et ne doivent être ni trop grands ni trop multipliés. Léon-Baptiste Alberti, qui a étudié avec autant de sagacité que de persévérance les monuments antiques, a fait l'observation très-importante que les parties évidées ou vides des façades d'un édifice n'en occupaient pas en superficie plus que la septième partie , et pas moins que la neuvième.
S" Les parties basses, ayant toute la charge supérieure do l'édifice à supporter, doivent être plus fortes et moins évidées que les autres. On remarque cependant un grand nombre d’édifices qui, par un contre-sens blâmable, présentent au rez-de-chaussée de grandes ouvertures très-rapprochécs, et des petites fenêtres aux étages supérieurs.
4 - Ou doit éviter soigneusement d'affaiblir les angles des édifices, et les ouvertures doivent en être éloignées le plus possible. Dans les édifices les mieux conçus les encoignures des murs ont été renforcées par des chaînes verticales, ou saillantes, ou formées par des matériaux plus solides.
5* Il faut éviter de faire correspondre de fortes charges sur les vides, quelle qn'cn soit l'espèce. Il résulte de ce principe que, les architraves des colonnes isolées étant faibles par leur nature, soit qu’elles résultent d'une plate-bande à claveaux, soit d’un seul bloc pour chaque cntre-colonnement. on ne doit jamais leur faire supporter un mur élevé. Ainsi l'emploi d'un portique à colonnes isolées et à plates-bandes est inconvenant au rez-de-chaussée, quand il est surmonté d'un mur ordinaire, comme on en voit des exemples dans la cour de l'École de Médecine et dans le collège Bourbon, à Paris. On remarque à Rome, dans le portique de Saint-Pierre, que plusieurs plaiesbandes en marbre dur et monolithes se sont fendues en partie sous la charge qu'elles supportent.
fi° Ou doit toujours établir, lorsqu'on peutle faire, des arcs de décharge sur les platesbandes et sur les arcs surbaissés. Les anciens ont constamment mis en pratique ce principe essentiel , qui est une conséquence nécessaire du précédent. Les constructeurs soigneux n'oublient jamais, en Italie, de former un arceau en briques au-dessus de toutes les fenêtres qui ne sont point cintrées.
7* Les voûtes à berceau et celles à arcs de cloître produisant une poussée égale sur toute la longueur des murs qui leur servent de soutien , elles excluent l'emploi des supports formés par des colonnades à plates-bandes , à moins qu'on n'établisse des lunettes de décharge au-dessus de chaque entre-colonnemcnt.
8“ Les voûtes à arêtes , donnant la faculté de transporté!- et de concentrer la poussée sur les points déterminés, sont celles qui facilitent le plus les évidements dans les masses. Par ce motif elles ont été employées souvent par les Romains et toujours par les architectes qui ont érigé les monuments gothiques.
Ml DES ALLÉGEMENTS ET DES COMMUNICATIONS.
Examinons maintenant les allégements que l'on peut pratiquer dans un mur pris isolément, puis nous nous occuperons de ceux qui résultent de la distribution d'un édifice dans son ensemble.
Les allégements que l’on peut pratiquer dans un mur sont de deux espèces : 1-ceux qui dérivent de l'emploi des contre-forts, des pilastres ou des colonnes; S" ceux qui proviennent des ouvertures ou des cavités formées dans l’épaisseur du mur.
De l’emploi des contre-fort» , de» pilier s et des colonnes pour alléger un mur.
La solidité d'un mur dépend : 1" de sa connexion, qui doit être assez forte pour empêcher que nulle part il ne puisse ni se désunir, ni perdre son aplomb; 2* de la largeur que présente sa base dans les endroits qui doivent sup|>orter plus particuliérement des charges ou des efforts obliques. Ces deux conditions, loin d'exiger une continuation de masse non interrompue , permettent de former tous les évidements qui ne détruisent point la connexion , et qui ne diminuent point la lageur de la base dans les positions déterminées.
Conséquemment on pourra substituer à un mur plein un mur evidé par des arcades (pl. XVII, fig. 2); ce mur ainsi allégé aura une solidité suffisante , 1" si sa grosseur est proportionnée à sa hauteur; t si les supports des arcades de divers étages se correspondent exactement; 5" si les poussées et les charges principales correspondent directement contre ces supports, espacés régulièrement: 4* si les ouvertures ne sont pas trop rapprochées des encoignures: 5* si , conformément à l'observation d’Alberti , la superficie des vides ne dépasse point la septième partie de la surface totale ; ti* si la maçonnerie a été soigneusement exécutée.
Les ouvertures de ce mur pourront être ensuite diminuées à volonté par une simple maçonnerie de remplissage qui ne requerra qu’une force bien moindre que celle des parties principales.
Il est évident que les parties d'un mur ont des charges d'autant moindres à supporter qu’elles se rapprochent du sommet ; ainsi il serait superflu de lui donner une force et une grosseur égale depuis la base jusqu'à la sommité. Cette diminution ne doit point être continue, mais elle doit se faire par retraite , étage par étage. Palladio prescrit que les retraites soient entièrement à l'extérieur et que le mur soit d'aplomb intérieurement, parce que cette disposition lui donne plus de résistance contre les poussées. Le Colisée offre une disposition contraire . les retraites se trouvent à l'intérieur, de manière que les corridors et les pièces placés aux étages supérieurs se trouvent un peu élargis.
Plusieurs constructeurs fixent la diminution totale du mur à un quart, de sorte que, s’il a 2 pieds d'épaisseur à la base, il n'aura plus que 18 pouces au dernier étage. Scamozzi fixe la diminution à un tiers pour un mur de 80 pieds de hauteur.
Les murs en général , au rez-de-chaussée , doivent être faits avec des matériaux dur» et solides, non-seulement pour mieux résister aux pressions de la masse, qui se font sentir plus fortement dans cet endroit : mais encore pour pouvoir opposer plus de résistance soit aux frottements, soit à l'action de l'humidité. Caton conseille de former, même pour les bâtiments ruraux, des assises de pierres dures posées avec du bon ciment, qui sortiront au moins un pied de terre, pour servir de soubassement an mur. Alberti veut que tous les édifices de quelque importance aient le rez-de-chaussée construit en pierre de taille dure , et que l’on emploie les blocs de plus grande dimension possible, dl primo reeintn , dit-il, tirato a piano topra il terre no non fartmo te corteccie se non di ptetre rigimdrate mo/to grandi e motto dure, perche avendo ad essore la tnttraglia quanto più si pue inlera e solda, in tutto esta muro non è luogo alcnno devo
bitogni maggior saldezza, ne maggior stabilité chu mquetto ; anzi se potrei avéré mus soin pietra to formcrei con essa, overamente con quel numéro di piètre c ho sia più che si puo vicino ail’ integrità e perpétuité d’una soin.
On pourra évider un peu plus le mur si, comme la 8g. 9, pl. XVII , l'indique, l'on remplace les piliers qui soutiennent les arcades par des groupes de deux ou de quatre colonnes , et si l’on forme des vides circulaires entre les archivoltes des arcades. Les figures 7 et 11 représentent des dispositions analogues.
Les groupes des colonnes qui servent de pieds-droits aux arcades peuvent être distribués de différentes manières :
1" Le pilier qui supporte les retombées de deux archivoltes (pl. XVII , fig. 6) n’est formé que par une seule colonne, comme on le voit dans plusieurs basiliques anciennes et dans quelques édifices modernes. Cette disposition n’est point agréable à la vue, et donne à ces piliers un aspect grêle et disproportionné.
2° Le pilier est formé par deux colonnes accouplées dans le sens de la largeur du mur (fig. 10); ces colonnes ont un piédestal et un entablement. Cette disposition a été employée par le Palladio dans le cloître de Saint-Georges, à Venise , dont le portique qui en résulte a une élégance remarquable.
3° Si le mur a une médiocre épaisseur, le groupe est formé par deux colonnes accouplées en façade et surmontées de leur entablement. (Voyez fig. 7 et 9.)
4" Si le mur est trop épais pour que deux colonnes suffisent, on forme un groupe de qnatre colonnes (fig. 11 et 12). Les colonnes peuvent être isolées , ou bien elles peuvent être insérées en partie dans un massif carré , comme on le voit dans le vestibule du Louvre qui est du côté du quai.
Souvent des pilastres, des demi-colonnes ou des colonnes adossées au mur , ornent lo devant des piliers (pl. XVII , fig. 1) et supportent l’entablement en saillie qui couvre les arcades. Cette disposition a été mise en œuvre dans plusieurs édifices antiques, et notamment dans les façades courbes du Colisée et du théâtre de Marccltus,à Rome; les modernes en ont fait tui usage très-fréquent. On doit observer qu’elle ne produit un effet satisfaisant que pour deux étages; lorsque les édifices s'élèvent à une plus grande hauteur, on remarque: 1* que les arcades acquièrent trop de largeur en comparaison de la hauteur; 2* les colonnes diminuant de diamètre à chaque étage, celles des ordres les plus élevés deviennent grêles et rendent l’cntre-colonncmcnt disproportionné.
La disposition indiquée pl. XVII, fig. 3, sc voit à la façade de la nouvelle salle de l’Opéra. Des demi-coloones adossées aux arcades soutiennent l'entablement, et d’autres colonnes plus petites, placées latéralement, supportent la retombée des archivoltes.
Les pilastres et les colonnes adossées nu mur s’emploient aussi lorsqu'on ne fait (>oint usage d’arcades ; elles servent alors à soutenir les entablements en saillie qui couronnent les édifices ou bien qui forment la séparation des étages. Dans tous les cas , elles doivent toujours être regardées comme des chaînes verticales ou des contre-forts, dont lo but principal est de favoriser les allégements du mur.
Dans quelques édifices, tous les étages ont un ordre d'Archilecture en particulier. Dans ce cas, les colonnes ou les pilastres qui composent les ordres superposés doivent diminuer de diamètre et de hauteur à chaque étage. Vitruvc prescrit que les colonnes du second ordre aient un quart de moins de hauteur que celles du premier, et que celles du troisième soient également d'un quart moindres que celles du second. Si l'on fait usage de soubassement à chaque ordre, Vilruve veut que le rapport du second ordre, y compris le soubassement, soit à celle du premier comme 11 à lti, et que le rapport entre la hauteur du troisième et du premier soit comme 13 à 32.
On doit remarquer qu'un soubassement devient indispensable aux ordres du second étage si l'on veut éviter l'inconvénient qu’une partie des colonnes soit cachée par la saillie de l'ordre qui se trouve au-dessous : mais il ne faut pas lui donner une hauteur excessive, ainsi qu’on l’a pratiqué à la façade de Saint-Sulpice.
La règle donnée par Vilruve rend les diminutions des ordres trop fortes; voilà pourquoi on préfère généralement la règle de Scamozzi , qui consiste à donner au diamètre inférieur des colonnes du second ordre la grandeur du diamètre supérieur des colonnes du premier ordre : cette même règle s'applique également au troisième ordre. Le rapport entre les deux diamètres étant, suivant Yignolc, de 6 à 5, il en résulte que la diminution des colonnes superposées ne sera que d’un sixième tant en diamètre qu'en hauteur.
On remarque au Colisée que les diamètres des ordres superposés sont tous égaux. Dans la cour du palais Pitti, à Florence, les ordres les plus élevés ont des hauteurs plus grandes que les inférieurs, contre le précepte généralement admis.
Ce précepte, lequel a pour hase le principe incontestable que les parties basses, ayant une plus graude charge à supporter, doivent être plus vigoureuses que celles qui, en s'élevant, sont chargées d’un moindre fardeau, produit cependant de graves inconvénients qui justifient , jusqu'à un certain point, la pratique mise en usage au palais Pilti , et surtout celle employée au Colisée, laquelle est plus convenable.
Ces inconvénients sont : 1" que, les entablements diminuant progressivement de hauteur, le dernier, qui se trouve sous le comble, devient le plus petit, tandis que raisonnablement il devrajt être le plus grand, pour abriter, les parties basses de l'édifice. Le célèbre Sansovino , pour éviter cet inconvénient grave , a donné à l’entablement du second ordre de la magnifique façade de la Bibliothèque de Venise, une hauteur excessive par rapport aux colonnes qu'il surmonte.
2* La saillie des entablements élevés étant moindre que celle des entablements en dessous , ces derniers sont exposés à recevoir' leurs écoulements ; et l'eau , rejaillissant contre les murs, les salit et les dégrade , comme on peut le remarquer dans l'intérieur de la cour du Louvre , spécialement à la façade tournée vers le Nord. Pour éviter cet inconvénient très-nuisible, on ne doit point négliger de former des chéneaux à chaque entablement, et de faire écouler l'eau par des tuyaux qui la conduisent en bas, ou par des gargouilles qui la lancent loin du mur.
3» Les entre-colonncments des ordres supérieurs deviennent d'autant plus disproportionnés que (en opposition de ce qui est généralement admis dans tous les autres cas) les ortlres les plus délicats ont un entre-colonnement plus large que ceux qui ont un caractère plus grave.
4 " S’il se trouve des arcades entre les colonnes , on est obligé de diminuer progressivement leur hauteur; ce qui donne un aspect plus lourd à celles qui se trouvent entre les colonnes les plus délicates.
Pour affaiblir tous ces défauts , il faut éviter, autant que l’on peut, de superposer plus de deux ordreç. Si l'on était obligé d’en superposer trois, il serait convenable, en bien des cas, d'imiter l'exemple de Bramante, lequel, dans la cour du Vatican, a employé les premiers ordres avec arcades, et le dernier à jour et à colonnes isolées. Nous croyons en outre que dans ce cas il est convenable de donner, ainsi qu’on le voit au Colisée, un égal diamètre aux colonnes des divers ordres.
En général les arcades produisent un plus bel effet dans les cntre-colonnements des ordres superposés, que les autres espèces d’ouvertures; on a d’ailleurs toujours la faculté d'adapter à ces arcades des murs légers de remplissage . et d’y pratiquer des ou-
verlures plus petites. Un des motifs qui , dans ce cas , rendent les arcades plus convenables, c'est qu’on peut rendre saillantes les clefs des archivoltes, de manière qu'elles soulagent les architraves en les soutenant au milieu des cntrc-colonnements. Ces clefs, qui peuvent être ornées de différentes manières, servent tout à la fois à un but utile et à la décoration. On voit de belles clefs saillantes à l'amphithéâtre de Capoue, et au* Procuratics neuves de Venise.
Si l'on ne veut point faire usage d’arcades dans les entrc-colonncments, et qu’on veuille y pratiquer de grandes fenêtres parallélogrammiques, on doit éviter d’orner ces fenêtres d’entablements et de frontons, ainsi qu’on l’observe dans la cour du Louvre; car, 1“ ces frontons sont inconvenants, puisque les fenêtres se trouvent abritées par la saillie de l’entablement ; 2" les dimensions des entablements des fenêtres étant à peu près égales à celles de l’entablement de l’ordre, il résulte qu’elles le font paraître très-mesquin.
La fig. 2, pl. XVIII, indique des arcades dont celles du milieu n’ont pas de supports ; cette singularité a été imaginée dans les temps de décadence, quand l’on cherchait à surprendre par des difficultés réelles ou apparentes , plutôt qu’à plaire par des beautés réelles. On conçoit que , les arcades étant égales, les poussées se contrebalancent et se détruisent ; de sorte que les piliers intermédiaires, s’il y en avait , n’auraient à supporter que le poids des parties qui les surmontent; or, si ce poids est médiocre, il sera facile de le soutenir, à l’aide de tirants cachés, ou de toute autre manière.
Les pilastres, n’ayant ordinairement qu’une petite saillie, ne remplissent pas aussi bien leur effet que les eolonnes adossées, soit qu’on les considère comme contre-fort, pour pouvoir alléger le mur , soit qu’on les envisage comme objet de décoration. La saillie n’est communément que d’un huitième de la largeur; mais il vaut mieux suivre la règle de Scamozzi , qui prescrit qu’elle soit d’un quart.
A l’égard des pilastres, il est une question qui n’est pas encore décidée : doit-on, à l’instar des colonnes , diminuer progressivement leur largeur de bas en haut? Les édifices les plus accrédités nous présentent des exemples pour et contre, et les auteurs ne s’accordent pas mieux. Il nous parait cependant que l’oeil , étant accoutumé à voir constamment cette diminution dans les colonnes, aime à la voir également appliquée aux pilastres.
Dans plusieurs édifices, les colonnes adossées ou les pilastres embrassent, dans leur hauteur, deux étages, ou bien un étage et un entresol (pi. XVIII, fig. 3); alors l’ordre présente plus de grandeur , et les dimensions de l'entablement sont plus en rapport aveo la hauteur du bâtiment. Mais on doit éviter de renfermer trois étages dans la hauteur d’un ordre; dans ce cas, les colonnes ou les pilastres paraissent colossaux, et l’entablement semble écraser l’édifice.
Un mur plein , au rez-de-chaussée (pl. XVIII , fig. 3) , portant un ordre qui embrasse un grand et un petit étage , présente une disposition convenante , ainsi qu’on peut l'observer à la belle façade de Louvre du côté du quai.
Nous avons dit (pag. 141) qu'il convient de renforcer, autant que possible, les encoignures des édifices; voilà pourquoi, dans un grand nombre d’édifices, on a adopté aveo raison l'usage de ptacer deux pilastres accouplés près des encoignures (pl. XVIII fi. 3), ou bien un pilastre angulaire et une colonne adossée. Les temples antiques, lorsqu’ils n'étaient point décorés de colonnes , avaient quatre pilastres angulaires ainsi que la fig. 4 l'indique.
Un mur a d'autant plus de stabilité qu'il a A' empâtement. Ce principe évident a donné naissance aux contre-forts, soit pleins, soit évidés. Ainsi, lorsque l'on emploie les colonnes en guise de contre-forts, elles rempliront leur but avec plus d'efficacité, étant un peu
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éloignées du mur, que lorsqu’elles y sont immédiatement adossées. Mais cet éloignement donne une grande saillie à l'entablement; et celui-ci ne se trouvant pas suffisamment soutenu , on a pris le parti de former un ressaut au-dessus de chaque colonne , c’està-dire de couper l'entablement de manière qu’il forme une saillie, et se profile au-dessus de chaque colonne, comme on le voit pl. XVII , fig. 4. Les contre-forts formés par une seule colonne étant un peu grêles, on a souvent employé à cet usage deux colonnes accouplées, ainsique la fig. 5 l’indique.
Ce mode de construction a été très-convenablement employé par les anciens pour renforcer et décorer en même temps les murs isolés, surtout lorsqu'ils avaient beaucoup d’étendue en ligne droite , comme dans les grandes cours qui précédaient les temples ; par ce même motif , ils l’ont aussi adapté aux arcs de triomphe. On se tromperait donc , si l’on supposait que ces colonnes saillantes, placées devant les murs, ne sont qu’un ornement, et qu’elles ne servent qu’il supporter les statues qui sont placées au-dessus ; elles peuvent, à la vérité, ne pas être indispensables; mais elles augmentent toujours 1a solidité, quand elles sont employées avec discernement.
Des ouvertures et des cavités.
Les évidements ont pour but, ou de diminuer simplement la masse du mur, ou de soulager les parties faibles, ou d’ouvrir des communications , ou enfin de livrer passage aux tuyaux servant à divers usages. Les niches sont des évidements de la première espèce.
niches.
Quoique ces évidements soient considérés comme de purs objets de décoration , néanmoins elles peuvent contribuer efficacement à diminuer la consommation des matériaux.
La grandeur et la profondeur des niches dépendent de l’épaisseur du mur ou du massif dans lequel elles sont pratiquées. Les enfoncements qui servent maintenant de chapelle au Panthéon, à Rome, ne furent originairement que des niches qui ont servi à évidcrlc mur pour diminuer la masse; d’autres évidements demi-circulaires pratiqués do distance en distance dans le même mur coopèrent à son allégement ; mais ils ne sont point visibles. Des colonnes ornent la façade de ces chapelles et soutiennent la platebande qui les surmonte (pl. XVIII, fig. 7). Malgré l’admiration que nous professons pour ce beau monument, nous ne pouvons nous empêcher de trouver de l’inconvenance dans cette plate-bande , qui semble supporter tout le fardeau du mur supérieur; et noua aurions préféré que ces chapelles, au lieu d’être disposées ainsi que la fig. 7, pl. XVIII, l’indique, eussent eu la forme désignée fig. 8, où l’on voit qu’un arc allège l'entablement de l'ordre. Ce même arc contribue à augmenter l'évidement et à lui donner plus d’élégance en l’élevant de plus.
Des murs de 12 à 1 4 pieds d’épaisseur étant rarement employés , les niches n’ont pas souvent d’aussi grandes dimensions que celles dont nous venons de parler.
On distingue quatre sortes de niches : 1“ les rectangulaires (pl. XV III, fig. 11) , dont le plan et la façade sont également rectangulaires; 2” les mixtes (fig. 12), dont la façade est rectangulaire et le plan demi-circulaire ; 5" les niches à arc (fig. 13) , dont le plan est demi-circulaire et la façade a la forme d’une arcade; 4“ les circulaires, qui ont ordinairement la forme demi-sphérique.
Les façades des niches des trois premières espèces ont en hauteur le double de la largeur. Plusieurs monumeuts antiques présentent des niches, sur une même ligne,
d’égale hauteur et d'égale largeur, mais qui sont alternativement de la seconde et du la troisième espèce, ainsi que In fig. 12 l'indique.
Les niches offrent des emplacements très-convenables pour les statues, qui s'y trouvent parfaitement abritées. Il faut cependant que la grandeur des statues soit proportionnée à celle des niches. Ou a observé qu'une statue produit un bel effet lorsque sa tète est éloignée du sommet de la niche d'autant de pouces que la statue à de pieds en hauteur. On place un plinthe sous chaque statue, surtout lorsque la niche est élevée, pour qu'elle apparaisse en entier à la vue du spectateur. Les niches circulaires sont ornées ordinairement de bustes. On peut en voir un exemple à la façade de la nouvelle salle de l'Opéra.
On pratique souvent , dans les gros massifs, des voûtes et des arcs rampants, qui ne sont pas visibles et qui servent à diminuer la masse; on peut d’ailleurs en tirer parti pour en former des communications secrètes ou des dépôts de divers objets. Les fig. 1,5, pl. XVIII, représentent des évidements de ce genre.
Il est une espèce d’évidements qui a la double utilité de diminuer les masses et de soulager les parties faibles. Tels sont ceux indiqués pl. XVIII , fig. 6. Les anciens formaient des arceaux ann au-dessus des architraves des péristyles, ainsi qu'on le remarque au temple de la Concorde , à Rome. Ces arceaux n'étaient point visibles du côté de la façade, parce qu’ils étaient couverts par des dalles de marbre ou de pierre dure; cette précaution utile mérite d'étre imitée , de même que celle d’évider le fronton par un plus grand arc B. Dans quelques cas on peut, sans inconvénient, rendre visible cet arc, qui ne dépare point le fronton , ainsi que la fig. 10 l'indique; mais si on veut le cacher, on pourra le faire aisément par un placage en pierres de taille ou en marbre.
Les anciens ne manquaient pas d'évider le dessous des perrons de leurs temples et des gradins de leurs cirques par des arcs rampants (pl. IX , fig. 6). Palladio a constamment imité le même exemple. Ils formaient aussi une voûte demi-circulaire (pl. XV, fig. 6) sous les escaliers à double montée , comme on le voit aux escaliers du troisième étage dans le Colisée.
Des portes.
Les auteurs qui ont écrit sur l'Architecture s’accordent à fixer la proportion des portes à deux carrés de hauteur, c'est-à-dire que la hauteur doit être double de la largeur; ils permettent ce{>cndant de porter cette hauteur jusqu'à deux largeurs cl demie , mais ils regardent une plus grande élévation comme disproportionnée.
La régularité semblerait indiquer que les portes rectangulaires aient leurs côtés latéraux parallèles et d’aplomb. Cependant Vitruve veut qu’on les incline un peu, de manière qu'ils soient plus rapprochés dans le haut que dans le bas (pl. XIII, fig. 7). Plusieurs monuments antiques , et notamment le temple de Vcsta à Tivoli , et celui d'IIerculc à Cori, nous présentent cette forme, que le grand Palladio a quelquefois mise en usage. On ne comprend pas aisément le motif d'une telle singularité, que nous croyons devoir être rejetée, malgré les autorités respectables qu’elle a en sa faveur.
La destination des portes ne permet pas toujours de leur donner la proportion que nous avons indiquée ci-dessus. Les portes cochèrcs doivent, par exemple, être assez larges pour bisser entrer librement les voitures; mais souvent la hauteur du rez-dechaussée n’est pas suffisante pour qu'on leur donne une élévation double de la largeur. On peut, il est vrai, les élever quelquefois jusqu'au-dessus de l’entresol; mais alors, si les étages sont bas et les fenêtres petites cl rapprochées, leur grandeur forme une disparité choquante avec la petitesse des autres ouvertures. Ou voit à Paris des portes co-
chères dont la superficie est neuf à dix fois plus Grande que celle des fenêtres. Dans ce cas, il vaut bien mieux leur donner une forme carrée, comme les fiGures 1,2,6 l’indiquent. Les portes cocliéres qui n'admettent que des voitures , ne peuvent pas avoir moins de 8 pieds ; mais il faut quelles en aient au moins 1 1 , si les Grands chariots de routaGe doivent y entrer.
Le linteau de la porte doit être droit, s'il est formé par une pièce de bois mise en travers et revêtue de plâtre (fig. 1); mais la forme courbe d'une voûte surbaissée (fig. 2 et 6) est préférable lorsque l’on emploiera des claveaux en pierres de taille.
Une corniche surmonte ordinairement la porte pour en éloigner la pluie. Cette corniche pouf être soutenue ou par des modifions (fig. 1) , ou par des pilastres (fig. 6).
Lorsqu'on a un emplacement suffisant pour donner aux portes cochèrcs les proportions qui leur conviennent, alors la meilleure forme que l'on puisse adopter est celle d'une arcade.
Si l'on voulait donner à une porte un caractère grave et sévère, on pourrait se servir de la forme indiquée pl. XIII, fie. 4, qui conviendrait à une forteresse ou à une prison.
Les fig. ô et 5 représentent deux portes cochères à arcades, qui ne sont point décorées de colonnes. Les portes fig. 9 cl 10 ont des colonnes qui soutiennent l'entablement en saillie sur lequel on pratique un balcon. Dans ce cas, une clef devient fort utile, car elle soutient l'entablement en même temps qu'elle orne la porte. On donne ordinairement à la bande de l'archivolte une largeur égale à la huitième ou à la neuvième partie du diamètre; elle ne doit jamais avoir moins d’un neuvième, ni plus d'un sixième. La frise et la corniche se proportionnent d'après les dimensions de la bande.
Les palais, les grands hôtels et en général les édifices très-fréquentés exigent deux portes latérales il côté de la |>orte cochère (fig. 10); alors la porte cochère est spécialement destinée pour les voitures, et les latérales pour les gens de pied, dont l'une sert pour la sortie et l'autre pour l'entrée. On doit remarquer que dans les grandes foules il n'y a rien qui augmente plus la confusion et qui occasionne plus d'accidents qu'un seul passage servant simultanément pour ceux qui entrent et pour ceux qui sortent. Les architectes de la plupart des monuments gothiques ont su éviter cet inconvénient en construisant des portes doubles, ainsi qu'on le voit fig. 8.
Dans l'intérieur, toutes les portes doivent avoir au moins deux carrés de hauteur. La forme rectangulaire est préférable pour ces portes, parce que les battante se replient mieux et plus régulièrement dans les embrasures. Les frontons sont inutiles et inconvenants à ces sortes de portes , qui ne veulent que de simples corniches soutenues ordinairement par des modifions : la fig. 11 indique l'ajustement et la décoration que l'on peut appliquer à une porte de cette espèce. On peut aussi les enrichir par des colonnes ou par des cariatides. (Voyez fig. 12.) .
Les portes des édifices antiques étaient souvent en bronze. Celle du Panthéon existe encore. Les portes magnifiques du Baptistère de Florence sont sans doute les plus belles que l'on connaisse; clics furent construites par Gibcrli ; Michel-Ange en était tellement enthousiasmé qu’il disait qu'elles pouvaient servir de portes au Paradis. On voit une très-belle porte en bronze dans la salle des cariatides au Musée. On voit aussi dans le même établissement une porte en fer parfaitement bien exécutée; ellesc trouve à l'entrée de la galerie d'Apollon.
Des fenêtres.
Les fenêtres ont une grande analogie avec les portes, soit pour les proportions comme pour les formes. La forme rectangulaire ayant deux carrés de hauteur est la plus con-
Tenable pour les fenêtres de médiocre grandeur. Celles qui ont de plus fortes dimensions peuvent avoir la figure d'une arcade à plein cintre ; mais on doit rejeter les fenêtres à arc surbaissé, qui ont été pendant longtemps usitées en France, et dont la forme est d'autant plus mauvaise qu’elles ont presque toujours une hauteur disproportionnée, qui souvent a plus de trois carrés et demi. Il est fâcheux que de semblables fenêtres déparent les façades magnifiques du Louvre.
Les fenêtres sont généralement plus petites dans les climats chauds et où l’air est habituellement pur, que dans les pays humides et sujets aux brouillards. Aussi reniarqne-l-on qu’à égalité de circonstances les façades des maisons et des hôtels présentent, à Paris, des fenêtres plus nombreuses , plus grandes et plus rapprochées que dans les villes d'Italie.
Celle multiplicité et ce rapprochement d’ouvertures sont d'autant plus sensibles à Paris , que les étages ont en général moins d'élévation qu’en Italie. Elles produisent deux mauvais effets : le premier est l'affaiblissement des murs, trop grand pour qu'ils aient une longue durée; le second est qu’elles détruisent ce caractère de consistance et de majesté qu’ont les beaux édifices de l'Italie.
Nous devons cependant avouer avec plaisir que depuis quelques années on a diminué cette vicieuse multiplicité, et que l’on se rapproche de.plus en plus des méthodes italiennes, autant cependant que la différence le permet.
Dans un édifice , en général , la grandeur des fenêtres doit , autant que possible, être proportionnée à celle des pièces principales. Palladio enseigne la règle suivante : On choisira une des pièces de moyenne grandeur, et on donnera aux fenêtres une largeur qui ne sera pas plus grande que le quart de la largeur de cette pièce, ni moindre que le cinquième. Ce grand architecte prescrit en outre quelques variations dans le rapport de la largeur et de la hauteur des fenêtres, suivant le caractère de l’édifice : ainsi dans les façades ornées et délicates, les fenêtres auront en hauteur un cinquième ou un sixième de plus que la double largeur; et, au contraire, cllesauront cette quantité de moins dans les édifices plus graves et plus simples. Les fénélres des chambres plus petites, quoiqu'elles aient extérieurement les mêmes dimensions et la même forme que les autres peuvent être diminuées intérieurement par un remplissage qu’on cache, ou à l’aide d’une portion de persienne fixe, ou d'une autre manière équivalente.
Les remplissages donnent le moyen de former des façades à grands compartiments, quoique les fenêtres ne puissent avoir qu'une médiocre grandeur (pl. XIV, fig. 21). On a fait usage de ce parti dans la grande façade du palais Pilli , à Florence, si simple et en même temps si majestueuse.
Ce que nous venons de dire se rapporte aux étages principaux ; mais comme la plupart des édifices, surtout les plus grands, ont des demi-étages ou entresoli. les fenêtres de ces entresols doivent conserver la même largeur que les autres: il faut conséquemment qu'elles aient une moindre hauteur; souvent elles sont carrées (fig. 10), quelquefois elles sont moins hautes que larges (fig. 11). Ces sortes de fenêtres doivent être lisses, ou , tout au plus, être enveloppées d'une simple bande qui les environne tout autour; les ornements seraient, dans ce cas, inconvenants et inutiles.
La forme circulaire (fig. 6) est dans quelques cas applicable aux fenêtres basses. Une fenêtre ainsi formée se nomme œit-de-bœuf. L’œil-de-bœuf doit être lisse, ou orné de simple refend ; un plus grand luxe serait déplacé et de mauvais goôt.
La forme demi-circulaire (fig. 8) est très-convenable aux grandes fenêtres qui doivent illuminer les édifices voûtés. Les fenêtres ainsi conformées produisent un bel effet dans les églises et dans tous les édifices qui aiment à être éclairés par le haut. Les fenêtres
demi-circulaires s'adaptent très-bien aux entresols compris dans la hauteur des arcades. Dans ce cas, on laisse quelquefois un remplissage des deux côtes (fig. 9), si la fenêtre demi-circulaire entière est trop grande.
On voit, dans les églises gothiques, des fenêtres circulaires de grande dimension (fig. 2), qui ont quelquefois jusqu'à quarante pieds de diamètre; elles sont garnies de nervures en pierres , fixées par des bandes et des goujons en fer. La conformation de ces nervures leur a fait donner le nom de me». On les garnissait avec des verres colorés. Les autres fenêtres de ces édifices (fig. J; sont aussi garnies de nervur.es , et ont ordinairement la forme que la figure indique. Malgré notre attachement exclusif à la belle et noble architecture grecque et romaine, nous ne pouvons disconvenir que nous avons souvent été charmé agréablement par la vue des magnifiques rote» de Notre- Dame, et des beaux vitraux colorés de la cathédrale de Milan. Il nous semble que ces objets forment une des décorations les mieux appropriées aux églises, et qu'il serait à désirer qu'on put les combiner avec les formes consacrées par la bonne .Architecture.
Les fenêtres gothiques donnèrent naissance aux fenêtres conformées comme la fig. 3 l'indique. Elles furent en usage dans le quatorzième cl le quinzième siècle. Plusieurs églises et palais de Venise et de Florence , qui furent construits à celte époque, ont des fenêtres de cette espèce.
A Venise, la plupart des maisons et des hôtels ont à chaque étage, dans le milieu , une grande pièce que l'on nomme tinello. Cette pièce est éclairée ordinairement par trois ou par cinq fenêtres contiguës et qui ne sont séparées que par des colonnes ou des piliers carrés, qui en ont les proportions. Voilà pourquoi on a donné le nom de fenètre * à la yéni/ieiine aux fenêtres accolées, et plus particulièrement à celles qui ont la forme indiquée fig. 3. On voit, fig. A, trois fenêtres accolées égales, dont les arcs sont soutenus par des piliers ; le tout est surmonté d'un fronton qui les défend de la pluie.
Les fenêtres fig. 12, 13, IA, 15, 16.et 17 ont les proportions que nous avons indiquées précédemment, et sont rectangulaires. La fenêtre fig. 12 est lisse, et n'a aucune autre partie saillante que la tablette. Celle fig. 13 est entourée d'une bande, et la tablette est soutenue par des modifions. La fenêtre fig. 14 est lisse, mais elle est surmontée d’une corniche que des modifions soutiennent; la tablette s'appuie aussi sur deux modifions. Les corniches planes qui couvrent les fenêtres doivent en général être terminées en dessus par une concavité qui éloigne la pluie du mur, et en facilite l'éconlement.
Les fenêtres fig. 16 et 17 sont plus ornées. Outre la bande qui les environne, elles ont une frise et une corniche surmontée par un fronton. La corniche et le fronton sont soutenus par des modifions en forme de consoles ; une bande lisse verticale se trouve sous les consoles. Les frontons sont alternativement triangulaires et à arc du cercle surbaissé; les uns et les autres doivent aToir la même hauteur. Palladio a fait un fréquent usage de cette sorte de fenêtres.
Un entablement complet orne la fenêtre fig. 15; la saillie de cct entablement est soutenue par des colonnes; et le mur d’appui de la fenêtre est figuré en forme de piédestal. Quelquefois on évide ce piédestal dans la partie qui correspond à l'ouverture de la fenêtre , et on le garnit de baluslres.
Palladio a quelquefois employé au rez-de-chaussée des fenêtres disposées ainsi que la fig. 7 l’indique. Elle est surmontée d’une plate-bande, dont les claveaux augmentent progressivement de longueur en allant vers la clef. Un arc de décharge à plein -cintre s’élève au-dessus de la plate-bande, qu'il allège; l'appareil en est marqué par des refonds, et un mascaron orne 1a clef.
Les figures 18, 19, 20 et 21 représentent divers ajustements de fenêtres en forme d’arcades. Les fenêtres 8g. 18 sont lisses; mais des corniches, soutenues par des madillons , les défendent de la pluie. Celles fig. 19 sont placées dans des encadrements rectangulaires dont le creux a autant de profondeur que les impostes des arcs ont de saillie.
Les massifs entre les fenêtres fig. 20 étant larges , ont des cavités rectangulaires placées au-dessus et au-dessous des impostes. La figure 21 représente des arcades à refends rustiques, qui renferment des fenêtres dont les arcs sont concentriques aux arcades qui les encadrent.
On adapte des frontons aux fenêtres et aux portes pour les défendre de la pluie ; ainsi ces frontons sont convenables toutes les fois que les fenêtres ou les portes sont éloignées d'une corniche qui a une saillie suffisante pour les abriter; mais ils seront su[ierflus et inconvenants lorsqu'un entablement se trouvera placé à une petite distance au-dessos des fenêtres.
Les fenêtres du premier étage sont celles qui, en général , doivent être couvertes de corniches ou de frontons; mais celles des derniers étages , qui sont voisines de la saillie du comble, ne doivent avoir que de simples bandes.
Le rez-de-chaussée des édifices ornés étant souvent configuré en forme de soubassement simple et grave, les fenêtres doivent avoir la même simplicité et la même gravité; et . dans ce cas , l’ornement qui leur convient le mieux consiste dans des refends qui en marquent l'appareil.
Il est essentiel d'éviter soigneusement que les fenêtres du dernier étage ne coupent l'entablement ; car les mutilations de ce genre produisent toujours un effet qui déplaît singulièrement à la vue, en même temps qu’il nuit à la solidité. Les galeries du Louvre présentent ce défaut choquant.
On doit , autant que possible , élever les fenêtres du rez-de-chaussée , de manière «pie l’cril du curieux ne puisse découvrir l'intérieur; et quand cela ne se peut, on doit y appliquer des portions de jalousie à demeure.
. Des cheminées.
Il paraît que les anciens Égyptiens , Grecs et Romains , qui habitaient des pays chauds, se servirent rarement de cheminées pour chauffer les appartements; ils employèrent probablement des fourneaux uniquement pour la cuisine et pour le service des bains et des étuves. Quelques ruines antiques donnent lieu de présumer que l'usage des tuyaux de chaleur ne leur était pas inconnu : ces tuyaux n'étaient vraisemblablement chauffés que par le foyer de la cuisine.
Les anciens et les modernes ont aussi employé des tuyaux pour rafraîchir les appartements pendant l’été. On voit à Cesi, petite ville peu éloignée de Terni , des fentes dans la montagne, appelées Bouches d'Éolc, d'oii il sort, pendant l'été, un vent d'autant plus fort et plus froid que la chaleur extérieure est plus forte. Les habitants de Cesi savent en tirer profit en construisant leurs caves au-devant de ces fentes , de sorte que les vins et les fruits s'y conservent pendant très-longtemps. Us conduisent en outre des tuyaux qui aboutissent dans fes appartements ; ces tuyaux sont munis de robinets que l'on ouvre quand on veut y introduire la fraîcheur. On a même formé dans les salles à manger des petits tuyaux qui passent sous le buffet et aboutissent dans les endroits où l'on veut placer les bouteilles. Ce même phénomène s’observe en plusieurs autres endroits, et notamment à l'ilc d'ischia, à Monte-Tcslaceo, au pied des roches de Marino,
sur les bords du lac de Lugano, etc. ; dans ces divers lieu* on a formé des tuyaux de
fratcbeur analogues à ceux de Cesi.
Palladio rapporte qu'il y avait auprès de Coslosa d'anciennes carrières souterraines. La famille Trenti , qui possédait une très-belle maison de campagne en ce lieu , a fait construire des ventiducs qui parlaient des carrières et venaient aboutir à une salle souterraine décorée avec somptuosité, qu'ils appelaient la prison des vents; plusieurs tuyaux partaient de cette salle et se dirigeaient vers les appartements, que l'on pouvait rafraîchir k volonté en ouvrant des robinets.
Les cheminées ordinaires peuvent servir non-seulement au chauffage , mais dans plusieurs circonstances elles servent de ventilateur et contribuent k dissiper les odeurs fétides et k assainir l'air. M. D’Arcet, chimiste distingué, qui a su souvent diriger la science au profit de l'humanité , a rendu de grands services en propageant l'usage de la ventilation produite |>ar des foyers d'appel. Il publia en mai 1802, dans les Annales des Mines, un appareil pour éviter, dans la fabrication du bleu de Prusse, des émanations trèsincommodes. Il fit construire dans les laboratoires de l'Hôtel des Monnaies un fourneau d’appel destiné k déterminer le tirage des cheminées, au moyen duquel on s’est garanti complètement des vapeurs nuisibles.
Ce même procédé fut depuis appliqué par M. D'Arcel, avec le plus grand succès, k l'assainissement des ateliers de doreurs sur bronze , qui auparavant étaient exposés aux effets nuisibles des émanations mercurielles. L'Académie des Sciences lui décerna pour cet objet un prix de 5,000 francs, provenant d'un legs fait par feu Ravrio, fabricant distingué de bronzes dorés.
La méthode de M. D'Arcel est décrite, avec beaucoup de clarté et de détails, dans son mémoire sur l'art de dorer le bronze. Cette méthode est basée sur le principe que l'ascension de l'air dans le tuyau d'une cheminécaura lieu si la colonne d'air est convenablement échauffée dans le tuyau même, et si on laisse affluer dans la pièce qui contient la cheminée assez d'air du dehors pour pouvoir continuellement remplacer celui qui est entraîné vers la partie supérieure du bâtiment. M. D'Arcel remplit celte condition dans un atelier de doreurs , en faisant construire sous la forge un petit fourneau d'appel pour échauffer k volonté , plus ou moins , la colonne d'air qui se trouve dans la cheminée. Les parois de la cheminée particulière du fourneau d'appel (laquelle entre dans la cheminée principale) sout construites en briques jusqu'à une certaine hauteur, et un tuyau en tôle les surmonte ; le bout de ee tuyau doit s'élever dans la grande cheminée jusqu’à six pieds au moins au-dessus du niveau du plafond de l'atelier.
Il est évident que le tirage de la forge sera d'autant plus rapide k l'ouverture où l'ouvrier travaille, que cette ouverture sera plus petite, par rapport k la largeur du tuyau de la cheminée. Voilà pourquoi M. D'Arcel propose : 1° de la rétrécir autant que possible par des châssis vitrés à charnière, que Ton pourrait ouvrir plus ou moins, selon le strict besoin ; 2 » de garnir cette ouverture de rideaux en toile, qui bouchent l'endroit où l'on ne travaille pas et qui ferment totalement l'ouverture quand le travail est fini.
On s'est servi avec succès de la ventilation produite par un fourneau d'appel pour aérer les ateliers des chapeliers où se fait le sécrétage des poils et le baguettage des chapeaux, ainsi que les ateliers des broyeurs de couleurs, des miroitiers metteurs au tain. Par cc même moyen on purifie l’air dans les salles de spectacle et dans les hôpitaux.
Dans les hôpitaux, il faut que la ventilation soit combinée avec une chaleur douce et uniforme , si importante pour le bien-être des malheureux qui habitent ces lieux ! Le chevalier Pôle a suggéré un moyen bien simple de concilier ces deux conditions. 11 consiste
à établir un foyer au-dessus de la salle que l’on veut aérer ; des tuyaux provenant du plafond de la salle aboutissent à ce foyer et produisent un courant d'air qui n'incommode nullement les malades, et qui enlève l'air impur, tandis que d’autres tuyaux, qui, de l’extérieur, aboutissent au même plafond , introduisent de l'air pur.
M. D’Arcel a inséré dans le tome VII des Annales de l'Industrie un mémoire trèsintéressant, dans lequel il applique sa méthode de ventilation à la désinfection des latrines, qu'il est parvenu à rendre complètement inodores.
La libre circulation de Pair est une des conditions les plus efficaces pour empêcher les cheminées de fumer; mais il faut qu’elle soit établie de manière que le courant ne puisse offenser les personnes qui se trouvent autour du foyer. Le meilleur moyen est de former ces ouvertures dans le mur de la cheminée , et qu'elles aillent aboutir au foyer même en passant par des tuyaux de briques établis au-dessous.
Franklin a observé, !• que dans les cheminées il s’établit des courants d'autant plus sensibles que les tuyaux sont plus hauts ; 2» que l'air extérieur étant pendant l’été plus chaud que l'intérieur, depuis 9 heures du matin jusqu'à 8 ou 9 heures du soir, il descend alors par la cheminée, et sort par la fenêtre ou par la porte; 3" qu’au contraire, eet air extérieur étant plus froid la nuit, il entre par la porte ou par la fenêtre, et monte par la cheminée; 4° que vers les 8 ou 9 heures du matin, et les 8 ou 9 heures du soir, l’air est comme stationnaire , effet qui résulte d'un passage d'une direction à l'autre. Franklin a proposé d'appliquer cet effet à quelques usages économiques , l’un desquels serait de former des garde-manger dans une cheminée dont on boucherait les deux ouvertures par un simple treillis ou canevas; le courant d'air alternatif et presque continuel qui s'y établirait tiendrait la viande fraîche et la conserverait.
La bonne construction des cheminées exige qu’elles remplissent deux conditions , savoir : qu'elles ne fument pas, et qu’elles produisent beaucoup de chaleur avec la moindre quantité de combustible possible. On a imaginé diverses sortes de cheminées qui remplissent plus ou moins ces deux conditions, et auxquelles on a donné le nom de cheminées économiques.
Les principes d'après lesquels la plupart sont construites sont : 1° de rétrécir l'ouverture, en laissant cependant au chambranle une grandeur qui soit en harmonie avec les autres ornements de la chambre; la figure parabolique, ayant la propriété de rendre parallèles les rayons caloriques qu'elle réfléchit et qui partent de son foyer, est celle que l'on donne souvent à la partie du fond. Dans les beaux appartements, la partie visible de l'intérieur de la cheminée est revêtue de carreaux de faïence ou de porcelaine.
2* On élève la partie supérieure du tuyau de la cheminée au-dessus des constructions voisines , pour que le vent que ces constructions réfléchissent ne puisse refouler la fumée dans le tuyau. Quelquefois on place au-dessus de l’ouverture du tuyau un chapeau tournanten tôle, qui n'a qu'une ouverture latérale, et du côté opposé est placée une girouette fixée au chapeau ; de manière que l'ouverture se trouve toujours en opposition avec la direction du vent.
3* Une plaque métallique mobile est placée au-devant de l’ouverture; une crémaillère et une manivelle, munie d'un arrêt, servent à l'élever et à la baisser plus ou moins; on peut aussi rétrécir à volonté l’ouverture du tuyau vertical, ainsi que Franklin l’a proposé, et on peut même le fermer entièrement, à l’aide d'une plaque horizontale qui se meut dans une coulisse; celle plaque livre à la fumée un passage purement suffisant, empêche une trop grande déperdition de chaleur hors de la chambre, et elle modère le courant.
4 ’ On forme des tuyaux introduisant l'air extérieur dans le foyer, après qu'il a éld
convenablement chauffé, pour ne [ms absorber, après son introduction, une trop grande quantité de calorique.
5» On établit de* tuyaux de chaleur , fermés par des couvercles à charnières , qui aboutissent de la cheminée à l'intérieur pour y introduire la chaleur. Ces tuyaux peuvent être prolongés indéfiniment et passer on dans l’épaisseur des murs, ou sous le parquet, pour aller chauffer d'autres pièces.
Depuis quelques années on construit à Paris, dans les cafés et dans les appartements, des poêles qui n’ont point de tuyau vertical visible pour le conduit de la fumée. Tout l’artifice consiste à former dans les parois du poêle un tuyau reployé qui part du hant, descend jusqu'au sol , et se dirige sous le pavé jtisqn’à la rencontre d’une cheminée.
Malgré toutes les précautions que Ton peut prendre pour empêcher au courant d'air que le foyer établit de frapper directement les personnes qui se trouvent dans la chambre, cet effet très-nuisible aura toujours lieu si les portes et les fenêtres ne se ferment exactement , et permettent l’introduction des vents coulis.
Il faut éviter de construire des tuyaux de cheminée qui s’élèvent à une grande hauteur snr les toits. Il vaut mieux snppléer par des tuyanx de trtlc à la hauteur qui peut manquer. Les cheminées trop élevées sont une difformité et une occasion de danger qui peut produire des effets fnnestes lorsque les vents soufflent avec impétuosité. Un des inconvénients des toits snrhaussés, qui existent en si grand nombre à Paris, est d'exiger des cheminées trés-élcvées. Les ornements dont on peut les enjoliver, seraient-ils d’un goilt exquis, ne suffisent point pour détruire le mauvais effet qu’elles produisent. Ainsi les frontons . les moulnres , les sculptures des énormes cheminées qui surmontent les toits gothiques des Tnileries , ne servent qu’à faire ressortir leur disproportion.
Les briques sont les matériaux les plus appropriés pour former la maçonnerie des fourneaux et des tuyaux de cheminées. Le chambranle qui orne leur devanture doit être de marbre dams les beaux appartements ; il peut être formé par un entablement régulier, soutenu par des rolonncs ou par des cariatides. La frise peut recevoir des rinceaux ou des bas-reliefs sculptés dans le marbre même, ou en bronze doré, ou bien encore en mosaïque. Les chapiteaux et tes bases peuvent être également en bronze doré.
Cotte fut le premier qui introduisit l’usage de placer une glace de grande dimension sur la cheminée; depuis celle époque, cet ornement est devenu d'un nsage universel. L’industrie parisienne produit une foule d'ornements aussi élégants que précieux, dan* lesquels on a combiné, avec un goût exquis , le bronze avec les cristaux, les fleurs artificielles avec l’albâtre et avec les porcelaines. Ces beaux ornements, qui autrefois étaient réservés pour les palais des grands, sont devenus maintenant d’un usage général.
Des tuyaux et des fbsses d’aisance.
Il importe essentiellement que ees objets d'une nécessité indispensable soient établis de manière qu'ils ne puissent permettre les filtrations, aussi nuisibles aux murs que dégoûtantes, et surfont de manière à éviter la mauvaise odeur et à faciliter les vidanges.
On appelle chausse d'aisance le tuyau qui part du siège percé et aboutit à la fosse. Le siège devrail être couvert en marbre ou bien revêtu de faïence ; la chausse est formée ordinairement en tuyaux de terre qui s’emboîtent les uns dans les autres, et qui ont environ 8 pouces de diamètre.
Pour rendre les lalrincs inodores, il faut qu'un tuyau nommé ventouse, parte de la fosse et s'élève au-dessus du toit à l'instar des cheminées ordinaires. Pour produire le couranl d'air, il fanl que l'air puisse s’introduire librement dans chaque cabinet par un
vasistas ou bien par une ouverture faite au lias de la porte; cet air descend par le tuyau, entraîne avec lui les émanations méphitiques, et il s'échappera, chargé de ces vapeurs nuisibles, par la. ventouse, pourvu qu’une chaleur suffisante favorise son ascension dans celte ventouse. A cet effet, M. D’Arcct propose ou de faire aboutir dans son intérieur des tuyaux de poêles, ou bien de l'adosser immédiatement au tuyau d’une cheminée dans laquelle le feu soit constamment allumé.
Four faciliter la vidange et pour éviter les accidents funestes que cette opération, aussi dangereuse que dégoûtante, produit souvent, on a imaginé divers moyens. M. Douât établit dans les fosses de grands tonneaux qui se communiquent les nus avec les autres , et qui reçoivent directement les matières que la chausse y dépose; lorsque l’on reconnaît que ces tonneaux sont pleins, il ne s’agit plus que de les transporter à l'endroit où on doit les vider. Cette méthode a donné naissance à un procédé chimique qui tend à convertir les matières liquides en un engrais que l’on a nommé urate.
M. Nantes a mis en usage une pompe très-utile , dont le but est de vider les fosses d'aisance sans répandre d'odeur. Cette pompe foulante et aspirante a deux tuyaux , dont un part du corps de pompe et aboutit à la fosse ; le second , qui part également du corps de pompe, conduit les matières que le premier a soulevées, dans un grand tonneau monté sur une charrette, tin autre tuyau vertical s'élève du tonneau et sc prolonge jusqu'à la hauteur du toit de la maison, pour laisser échapper l’air méphitique qui sc dégage du tonneau au fur et à mesure que la matière y entre.
L'appareil était ainsi disposé, deux hommes, placés à chaque bras de levier de la pompe, font agir les pistons, et, par le vide qu'elle opère, la matière liquide monte en passant dans un réservoir ou elle est comprimée, pour s’élever ensuite dans une grande tonne, contenant environ 80 pieds cubes, qu'une demi-heure suffit pour remplir. Un indicateur est placé sur cette tonne pour qu'on puisse connaître quand elle est pleine.
Les commodités dites à l’anglaise sont munies de deux robinets dont l'un introduit abondamment de l'eau dans l'embouchure de la chausse , qui est faite en forme d'entonnoir, pour entraîner les matières et laver cet entonnoir, dont le trou est fermé par un tampon en plomb que l'on élève et que l'on abaisse à l'aide d’une lige de fer qui lui est adaptée. Le second robinet fournit de l'eau pour se laver. Le cabinet dans lequel est placé le siège ainsi disposé, peut être décoré avec plus ou moins d'élégaocc, et il offre l’avantage de pouvoir être placé à côté des chambres à coucher, sans que l'on ait à craindre la mauvaise odeur.
Des escaliers.
Les escaliers sont ou internes ou externes ; ceux-ci se désignent plus particulièrement par le nom de perrons. Parmi les escaliers internes, on en distingue de deux sortes, les principaux et ceux de dégagement.
La hauteur des gradins ne doit point être plus forte que C pouces , ni moindre que 4 ; dans le premier cas, la largeur sera de 12 pouces; dans le second, de 16. Un escalier doit avoir des paliers, qui sont des plates-formes qui servent de repos de distance à autre. Les paliers ne doivent pas être trop éloignes ; en général leur distance ne doit pas excéder 15 ou 20 gradins. La longueur des gradins doit être proportionnée à la grandeur et à b magnificence de l'édifice ; ainsi elle peut varier depuis 4 jusqu’à 15 pieds.
Les gradins doivent être formés , autant que possible , en pierre dure ou en marbre, cl d'un seul morceau ; si l'on fait usage de marbre, il faut se garder de le polir, pour éviter les chutes dangereuses qui en résulteraient.
Les formes et les dispositions des escaliers peuvent varier de différentes manières. Les principales espèces sont représentées pl. XV. Les fig. 1 , 2 indiquent un escalier à une seule rampe, ayant un palier au milieu de la montée. L'escalier fig. 3,4 est à deux rampes qui se replient en sens contraire. Celui indiqué fig. 5,6 a quatre rampes, et n’est autre chose qu'un escalier double, de l'espèce précédente. L'escalier fig. 7, 8 est également double, mais les rampes sont tournées en sens inverse. L'escalier fig. 9 est à trois rampes: les deux latérales ont les gradins au même niveau et aboutissent au même palier, d’où part la rampe du milieu, qui doit être plus large. Les fig. 10, 11 représentent un escalier double à cinq rampes. L’escalier fig. 15, 16 est contenu dans une cage carrée, cl il a trois branches. On voit fig. 19, 20 un escalier double à cinq branches. L’escalier fig. 17 , 1 8 est formé , alternativement , par une rampe qui se replie des deux erttés , et par un long palier ; la plupart des escaliers en bois des maisons de Paris sont ainsi disposés.
Les cages des escaliers que nous venons d'examiner sont rectangulaires; il n'en est pas de même des escaliers fig. 12, 13, 14, 21 et 22, dont 15 cage est courbe. Celle de la fig. 12 est demi-circulairc ; elle s'adapte convenablement dans les angles qui se trouvent entre un carré et un cercle qui lui est inscrit : les escaliers qui servent à monter dans les loges de la plupart des théâtres, sont ainsi disposés. La cage de l'escalier fig. 13 est ovale, et celle de la fig. 14. circulaire; cette dernière espèce d'escalier, qui n'exige qu'un petit espace et que l'on place aisément dans tous les recoins, est très-commode pour les communications secrètes et pour les dégagements. Quelquefois les gradins sont droits et suivent la direction des rayons, d'autres fois ils sont courbes, ainsi que la fig. 14 l'indique.
On construit à Paris des escaliers en l'air et à jour, disposés comme les fig. 21 et 22 l’indiquent. Ces escaliers, qui ont beaucoup de légèreté et qui ne manquent pas d'une sorte d’élégance , ne déparent point des cafés et des boutiques ornées , dans lesquels ils sont placés. Leur projection verlicale est circulaire; ils n’ont d'autre appui que le sol et l'ouverture circulaire du plancher qu'ils traversent. Les gradins sont en bois, et réunis par des goujons en fer qui les traversent , ainsi que les fig. 24 et 25 l’indiquent.
La décoration des escaliers doit être en rapport avec la qualité de l'édifice ; mais, dans tous les cas, il faut qu’ils soient bien éclairés. Souvent, au défaut de fenêtres, l'on est obligé de tirer la lumière du haut, en pratiquant dans le comble une ouverture, que l'on couvre d'un fort vitrage.
Des allégement t qui rémittent de la d'attribution des édifices.
Une des principales utilités des pilastres et des colonnes est, comme nous l'avons déjà dit, de fournir les moyens de diminuer singulièrement la masse de la maçonnerie des murs principaux sans que la solidité en souffre.
Supposons qu'on ait à construire une grande salle rectangulairceouvcrte par une voûte à berceau (pl. XVI, fig. 1,2), les murs, dont l’épaisseur sera au moins un sixième de la largeur de la salle , occuperont à leur base une superficie égale au quart de l'édifice, cl leur volume sera au moins un cinquième de l'espace qu'ils renferment; car ils ne pourront guère avoir d'autres évidements que des niches et des portes.
Si nous plaçons eu dehors des colonnes isolées (fig. 3, 4), ces colonnes, ajoutant beaucoup à l'empâtement du mur, permettront de le diminuer de plus de moitié. On voit donc que les péristyles, qui ornent d’une manière aussi élégante que magnifique l'édifice auquel ils sont adaptés , servent aussi à alléger la masse des supports en même temps qu'ils en augmentent la stabilité par le grand empalement qu'elles leur donnent.
Presque tous les temples crées et romains .iraient des péristyles ainsi disposés, et on en voit à Paris des exemples à la nouvelle Bourse et à l’église de la Madelaine.
Les péristyles étant très-dispendieux, on obtiendra le même effet, mais arec moins de magnificence , si l'on entoure l’édifice de portiques à arcades cintrées (fig. 5, 6).
Au lieu de placer les colonnes du les portiques à l’extérieur, on pourra les placer intérieurement, ainsi qu'on l'a fait dans les basiliques antiques et dans les églises catholiques construites Sur le même modèle. ....
Pour obtenir le plus grand allégement possible par l’emploi des colonnes et des pilastres, il faut se servir des voûtes à arêtes, parce que, premièrement, elles épargnent le nombre des colonnes ; secondement, elles concentrent la poussée des voûtes sur ces piliers ou ces colonnes ; et comme les poussées égales et opposées s’entre-détruisent , on peut ne donner à ces supports qu’un volume médiocre et se contenter de renforcer extérieurement les piliers extérieurs, qui sont les seuls qui ressentent l’effet de la poussée. On reconnaît cet artifice, aussi simple qu’utile , en examinant (pi. X) le plan de la cathédrale de Milan (fig. 1) et celui de Notre-Dame (fig. 2). Le plan du temple de la Paix (fig. 3) présente encore de plus grands évidements; car la nef du milieu cstcontrcbultée de chaque côté par trois grandes arcades en berceau, dont les voûtes sont perpendiculaires è celle du milieu, qui est b arêtes. Ainsi le nombre des piliers intermédiaires sC trouve réduit à quatre, et celui des colonnes qui soutiennent les retombées des arêtes, à huit. Il résulte en outre que les portions naaa des murs n'éprouvant aucune poussée ne forment plus qu'un simple remplissage, qu’on aurait pu supprimer sans nuire à la solidité. Il était assurément difficile d’obtenir de plus grands allégements et de les combiner avec des divisions plus simples et moins nombreuses.
On pourra, par l’examen comparatif des figures 7, 8, 9, 10 et 11 , pi. XVI , s'assurer combien on économise les colonnes en adoptant une voûte d'arétc au lieu d’une voûte en berceau , ou d'une à arc de cloître. Dans le premier cas (fig. 7 et 8), quatre colonnes suffisent; dans le second, il en faut huit, et douze dans le troisième.
Ii faut remarquerque , quand on fait supporter une voûte à berceau ou bien unevoûle à arc de cloître par des colonnades à plates-bandes, il faut former des lunettes évidées au-dessus de chaque cnlrc-colonnement , pour décharger ces plates-bandes du poids qui semblerait les opprimer s'il ne les opprime en réalité.
On voit, fig. 12, un édifice voûté qui est fortifié et allégé en même temps par de simples contre-forts. Tel est le mode de construction qui est approprié aux magasins et aux greniers d'abondance des grandes villes.
Rondelet, ayant comparé un grand nombre d'édifices antiques et modernes pour reconnaître les rapports entre la superficie totale du plan et la superficie couverte par les murs et les supports , il a retrouvé les rapports suivants :
Le temple antique circulaire, nommé San-Steffa/io rotondo , donne . ~
La basilique de Saint-Paul, hors des murs de Rome
Sainte-Sabine , à Rome i
Saint-Pierre-aux-liens, à Rome i
Saint-Philippe de Neri, à Naples i
Cathédrale de Milan £
Notre-Dame de Paris . i
Panthéon de Rome ~
Temple de Junon Lucine, à Agrigcntc £
Temple de la Concorde, dans la même ville J
Temples égyptiens a