‹ Traite elementaire de construction appliquee a l'architecture civileChapitre 18 sur 47 · DES PLANCHES · texte numérisé non relu

DES PLANCHES

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Cet auteur fixe la longueur des planches à 4 pieds; les cintres sont formés de deux rangs réunis par des chevilles de bois ; des liernes affermissent les cintres.

Pour établir ces combles on formait, à 3 pieds du dessus de l'entablement des murs de face, une retraite de la moitié de leur épaisseur, sur laquelle on posait une sablière de 8 à 9 pouces d'épaisseur ; on creusait dans cette pièce des entailles de 2 pieds en 2 pieds pour recevoir le bout des cintres. Le prolongement de la surface du comble , jusqu'au nu extérieur du mur de face, se faisait en ajoutant des bouts de courbes, que l’on assujettissait par le bas dans une entaille pratiquée au-dessus de l'assise formant corniche.

(t) Nouvelles Inventions pour bien bâtir à petits (rais,

Des fermes en fer.

Les fermes en fer présentent l’avantage d'étre incombustibles et d’étrc peu volumineuses; cet avantage les fit adopter pour former le comble sphérique de la Halle au Blé, lequel fut construit par M. Brunet, sous la conduite de M. Bellanger. Les cintres de ce comble étant reliés par des barres horizontales placées régulièrement, présentent des compartiments carrés ; au milieu se trouve une grande ouverture circulaire vitrée, et des lames de cuivre couvrent l’extérieur. Maintenant on construit, d’après le même système, la toiture de la nouvelle Bourse.

La fig. 17 , pl. 11 , indique une ferme en fer, dont la barre inférieure eintrée donne la faculté d'établir une voûte postiche en y fixant des pièces de bois pour y clouer le lattis et faire un enduit en pliUrc qui ne touchera pas le fer.

La fig. 8, pl. II, indique la moitié d'une des fermes en fer qui composent le comble du grand salon qui précède la galerie du Musée. Ces fermes sont espacées à 5 pieds l’une de l'autre ; au milieu du comble se trouve une grande ouverture vitrée qui éclaire de la manière la plus favorable les tableaux que l'on expose dans ce salon.

De la couverture îles comble».

Les grands monuments , dont toutes les parties doivent être pour ainsi dire inaltérables, étaient chez les anciens de simples voûtes cxtradossccs en pentes, et couvertes de dalles en marbre, enclavées à recouvrement les uns sur les autres. La couverture en marbre de la Tour des Vents, à Athènes, existe encore. Les grands temples de la Grèce et de Rome étaient ainsi couverts. On voit en Italie plusieurs églises qui le sont également, parmi lesquelles on cite la cathédrale de Milan , le magnifique Baptistère de Florence et celui de Fisc.

Le Panthéon de Rome était couvert en lames de bronze de S lignes d'épaisseur. Maintenant on couvre les édifices magnifiques avec des lames de plomb, ou avec des feuilles de cuivre très-minces.

Les couvertures en plomb sont très-lourdes et offrent de grands inconvénients en cas d’incendie. Les tables de plomb ont ordinairement 1 à 2 lignes d’épaisseur, et 12 à 15 pieds de long sur 5 pieds de large. Pour prévenir les déchirures que les fortes variations de température pourraient produire , on replie les bords des tables l'une sur l'autre sans les souder. Les rangs qui soûl soutenus par des crochets se recouvrent les uns sur les autres de 3 à 6 pouces. Les mêmes précautions doivent être mises en usage pour les couvertures en feuilles de cuivre.

Les anciens employaient comme nous des tuiles, mais elles avaient une autre forme , qui s’est conservée à Rome. Cette espèce de toiture était composée de deux espèces de tuiles, les unes plates et à rebords, et les autres creuses. (Pl. XI, fig. 14, 19.)

Les tuiles étaient posées sur un carrelage de grandes briques qui couvrait immédiatement les chevrons du toit. Les tuiles étaient plus larges d'un cûlé que de l'autre, pour qu'elles pussent s’epclaver et se recouvrir l’une sur l’autre.

On commençait à poser les tuiles plates par rang, dans le sens de la pente, puis on couvrait les rebords du tous les rangs par des tuiles creuses.

Les tuiles plates à rebords, legulœ hamalæ, avaient 2 pieds de longueur sur près de 20 pouces de largeur. Les creuses, imbrices, n'avaient qu'environ 8 à !) pouces de diamètre : ces tuiles étaient (rasées en mortier. On voit encore à Rome plusieurs l estes de ces sortes de couvertures. Sur le bord du toit, à l'extrémité de chaque rang de tuiles creuses, on plaçait une tuile en marbieoueu terre cruitc, ornée d'un fleuron (pl. XI,

fig. 8, 15, 16, 17). O- briques formaient une décoration aussi élégante que simple. Aux extrémités et sur le sommet îles frontons , on plaçait des fleurons de plus grandes dimensions. Ceux des angles avaient (pl. XJ , fig. 7 et 18) la forme d'un quart de sphère. Ces fleurons étaient réunis par des bandes de marbre oruées de rinceaux (fig. 7). Sur les frontons de grandes dimensions, les fleurons auraient semblé mesquins; ou leur a substitué des piédestaux surmontés par des statues. Voilà , suivant nous , la véritable origine des acrolerrc* ; c’est le nom que l'on donne à ces piédestaux. Les couvercles des sarcophages antiques conservent l'indication des Qeuruus ou ornements angulaires, sur la face desquels on a sculpté un masque pour faire allusion aux initiations bachiques auxquelles se référent la plupart des emblèmes funéraires du paganisme.

Dans les départements méridionaux de Franco et dans presque toute l'Italie, les tuiles dont on fait usage ont la forme creuse des iuibrictt. Depuis quelques années, cette forme, qui est très-avantageuse pour faciliter l'écoulement de l’eau pluviale, a éle mise en usage à Paris, comme ou l'observe aux abattoirs, aux marchés, aux greniers d’abondance et à l'entrepôt des vins. (PL XI , fig. 32. )

Les tuiles communes ont à Paris une forme (date , sans rebords. Les tuiles hollandaises ( pl. XI , fig. 21 ) ont la figure d'une S couchée.

De toutes les espèces de couvertures pour les combles des édifices , la plus usitée à Paris est celle en ardoises , parce que c’est la plus légère et en même temps la plus économique. Le poids des ardoises qui peuvent couvrir un espace d’une loisc carrée, n’est, en terme moyen , que de 132 livres , tandis que le poids des tuiles plaies ( fig. 22) nécessaires pour couvrir le même espace, est d’environ 600 livres , et celui des briques creuses est d’environ 700 livres. Le prix moyen d’une couverture en ardoises, compris le tnt lit mince et léger qui supporte les ardoises, est de 16 à 17 francs; celui d'une couverture ordinaire en tuiles de Bourgogne, est de 18 à 20 francs; et celui en tuiles creuses élablies sur un plancher jointif supporté par de forts chevrons, est de 60 francs, y compris le surcroît de dépense occasionné par le chevronnage et par le plancher.

On observe dans le temps des brouillards et lorsqu’il tombe des pluies fines, que l'humidité s’attache à la surface des ardoises, y adhère fortement, s'insinue, et remonte entre les joints de recouvrements, lesquels étant très-rapprochés, font l’effet de tuyaux capillaires, de sorte que le dessous des couvertures qui ont peu de {vente est presque aussi mouillé que le dessus. Cet inconvénient oblige de donner une plus grande pente aux loils couverts en ardoises. Les ardoises dout on fait usage à Paris étant d’ailleurs extrêmement minces, les coups de vent dépouillent souvent les combles de leur couverture, et les laissent exposés aux grandes pluies qui ordinairement viennent à leur suite. En cas d'incendie, les ardoises éclatent très-promptement, laissent à découvert le lattis et la charpente , d’où il résulte que la libre introduction de l'air propage et augmente les progrès de l'embrasement. Par ees divers motifs, on doit abandonner l'emploi des ardoises dans les monuments publics, et en général dans tous les édifices destinés à avoir une longue durée, et pour lesquels il Intéresse de diminuer autant que possible les chances des réparations ordinaires et éventuelles.

Nous devons conséquemment des éloges aux architectes qui ont construit les abattoirs, l'entrepôt des vins, les greniers d'abondance et les marchés de Paris. Ces artistes estimables, en s’affranchissant des préjugés et des calculs mesquins d’une économie déplacée , ont choisi une espèce de couverture plus coiffeuse à la vérité, mais plus solide, plus durable , et qui présente l'avantage de donner un prompt et facile écoulement aux eaux pluviales, préserve la charpente des atteintes nusibles de l'humidité, et permet de donner aux combles une élévation régulière cl modérée.

On pourra obtenir nne solidité et une inaltérabilité encore plus grandes en Imitant les couvertures antiques , e'est-li-dire : 1” en plaçant immédiatement sur les chevrons un eh liage en grandes briques réunies avec du bon mortier dans les joints recreusés; 1t en [«osant sur ce dallage des files régulières de tuiles plates, dont les rebords seront couverts par des tuiles creuses; 3" en fixant les unes et les autres avec du mortier. Mais cette méthode, trés-convcnablc pour les grands monuments , n'est point appropriée aux constructions dont le seul but est d’employer des capitaux avec avantage ; car l’économie dans la dépense primitive étant alors la condition la plus essentielle à remplir , on doit préférer les couvertures en ardoises, parce qu’elles sont non-seulement les moins coûteuses, mais encore celles qui comportent les charpentes les plus légères.

Les ardoises les plus estimées sont celles d’Angers. On en débite de plus ou moins grandes. Les ardoises nommées grandes carrée* ont 11 ponces sur 7 à 8 pouces, et environ une ligne d’épaisseur. Les cnrtclettes , que l’on emploie particulièrement pour les combles cintrés, ont 8 pouces sur 6, et une épaisseur qui varie entre J d'une ligne et une ligne et demie.

Les bonnes ardoises sont noires et ont leur surface lisse et unie. Le pied cube pèse de 180 h 200 livres.

Les ardoises doivent être posées à recouvrement. Les couvreurs donnent le nom de pureau N la partie apparente des ardoises ; en général le pureau, soit pour les ardoises, soit pour les tuiles , n’est qu'environ le tiers de la hauteur. Lorsque l’on emploie des ardoises grandes carrées, le pureau ordinaire est de 4 pouces ; celui des cartelettes est de 3 pouces. La couverture d’une toise carrée exige , compris le déchet , 170 grandes carrées et 290 carfelettes.

Les tuiles dont on fait habituellement usage à Paris vicnnchl de la Bourgogne ou de Monlereau ; elles sont plates et portent par derrière une espèce de crochet qui les attache aux lattes; quelquefois elles ont des Irons pour qu’on puisse les fixer avec des clous. On distingue deux espèces principales de tuiles plates; la première prend le nom de grand moule et porte de 11 h 12 pouces de haut sur 8 ou !) de large , et 7 lignes d'épaisseur; chaque tuile pèse environ 4 livres. La seconde espèce se nomme jictit moule , elle n’a que 9 pouces cl demi de haut sur 6 à 7 de large et 6 lignes d’épaisseur; elle pèse environ 270 livres le cent.

Pour former une toise superficielle de couverture, il faut 145 tuiles grand moule i et 240 petit moule. Le grand moule se pose à 4 pouces du pureau, et le petit moule à 5 pouces. •

Ve faite du comble est couvert par une rangée de tuiles creuses, demi-cylindriques, posées avec du plâtre. Ces tuiles, que l'on nomme tuiles faîtières , ont 14 pouces de longueur sur 9 de diamètre ; elles ne sont pas placées à recouvrement.

Avant de poser les ardoises ou les tuiles , il faut former le lattis , composé ainsi qu’il suit : 1" pour l'ardoise on emploie des vo/iges ou planches minces en bois blanc; elles ont 6 pieds de long sur 4 à 6 pouces de largeur et 4 à 5 lignes d’épaisseur. On les pose et on les cloue sur les chevrons par rangées éloignées de 18 à 24 lignes l'une de l'autre; 2" pour les tuiles , le lattis se fait avec des lattes de chêuc ayant 4 pieds de longueur sur 13 à 18 lignes de largeur et 1 à 2 lignes d’épaisseur. Pour les tuiles grand moule , ou pose les rangées à 4 pouces de distance l'une de l’autre; et, pour les tuiles petit moule , à 3 pouces.

Les lattes ou les voliges doivent toujours être posées régulièrement par rangs, de niveau et en liaison , c’est-à-dire que les bouts de chaque rang consecutif doivent se reeroiscr et jamais se correspondre.

Par les dimensions que nous venons de rapporter, on voit qu’on est parvenu à réduire l’épaisseur des lattes et des volii;es au minimum. Cette réduction , favorable à l’économie dans la dé|>cnse primitive , ne l’est point ni à la solidité ni à la durée, et rend les couvertures sujettes à des réparations fréquentes.

Les anciens, et après eux les Italiens, ont cru que dans les constructions il valait mieux augmenter la dépense originaire pour donner aux édifices une longue durée et pour diminuer autant que possible les chances de réparation.

Nous croyons que cette maxime doit être admise en France comme ailleurs toutes les fois qu’il s’agit de travaux publics ou de ceux que les riches particuliers entreprennent pour leur propre usage et pour celui de leur famille; et que la maxime contraire peut également être adoptée à l'égard des constructions de pure spéculation ; de sorte que , pour celles-ci , les lattes et les couvertures dont nous venons de parler peuvent être convenables. Mais pour les autres nous sommes persuadés qu'il faut adopter des méthodes qui offrent à la fois plus de solidité et plus d’inaltérabilité, et suivre l’exemple que le gouvernement a déjà donné dans plusieurs des constructions récentes qu'il a fait exécuter, dans lesquelles on remarque avec plaisir : 1” que les charpentes des combles ont la force cl la régularité des charpentes italiennes; que les lattis ont été remplacés par de forts planchers jointifs; 3“ qu’on a substitué aux tuiles plates des tuiles creuses, fixées avec du mortier. Nous désirerions néanmoins qu’on fit un pas de plus vers la perfection, et que le plancher fût remplacé par un carrelage de grandes briques , que l’on recouvrirait avec des tuiles à la romaine . dans la pose desquelles on n'épargnerait pas du bon mortier, fait avec de la chaux hydraulique.

Duhamel a donné, dans l'Art du Couvreur, des détails circonstanciés sur les modes d'effectuer les couvertures en ardoises et en tuiles, en usage à Paris. M. Morisot a réuni à la fin du premier volume de sun ouvrage (1) toutes les indications qui peuvent servir de guide pour apprécier la valeur des couvertures de celte espèce. Rondelet, dans le tome IV de son excellent Traité théorique et pratique de l'Art de bâtir, a inséré la description détaillée des principales espèces de couvertures en usage dans divers pays. Ces trois ouvrages pourront fournir au lecteur de plus amples notions sur cette branche de l’art des constructions.

Des gouttières et des chéneaux, des écoulements et des citernes.

La dégradation des édifices dépend spécialement des filtrations de l’eau ; ainsi , on ne saurait apporter trop de prévoyance et de soin pour éloigner cette cause destructive. L’observateur qui parcourt attentivement les ruines du Colisée et celles des thermes de Dioclétien, ne peut s'empêcher d’admirer les précautions que les anciens ont mises en usage dans ces immenses constructions pour favoriser l'écoulement des eaux pluviales, et pour empêcher qu’elles ne puissent séjourner en aucun lien. Des égouts revêtus en maçonnerie sont creusés , soit dans l’enceinte , soit au pourtour de l’édifice, et sont disposés de manière à recevoir directement les eaux des parties supérieures, lesquelles traversent des tuyaux verticaux creusés dans les murs. Les égouts, construits avec toute la solidité désirable, avaient des dimensions suffisantes afin que des ouvriers pussent descendre de temps à autre pour les curer ; à cct effet, des ouvertures couvertes de dalles étaient pratiquées de distance en distance.

(1) Tableaux détaillés du prix de tous les ouvrages de Bâtiments , divisés suivant tes différentes espèces de travaux.

Les canaux verticaux creusés dans les murs étaient revêtus en briques enduites intérieurement de poix. Dans l'enceinte du Colisée on remarque 4 égouts concentriques et parallèles au mur elliptique extérieur; ils communiquaient les uns avec les autres à laide de plusieurs autres égouts droits, dirigés suivant les rayons de l'ellipse. Ces égouts rccev aient l'écoulement d’une multitude de tuyaux verticaux et sc déchargeaient eux-mêmes dans un égout extérieur plus grand et plus profond , d'où partait un embranchement qui aboutissait au Tibre. Dans les parties supérieures de l’édifice les eaux étaient dirigées vers les embouchures des tuyaux verticaux, au moyen de pentes et de cavités disposées avec une industrie admirable. Partout où les eaux devaient passer, le sol était revêtu d’une couche épaisse de béton , fait avec beaucoup de soin.

Toutes les eaux que peuvent recevoir les combles doivent, en général, être recueillies dans des gouttières ou dans des chéneaux, auxquels on doit faire aboutir, autant qu'il est possible, des tuyaux verticaux, qui les conduiront jusqu'au niveau de la rue, ou mieux encore , directement dans des égouts souterrains.

On distinguelcs gouttières d'avec les chéneaux , en ce que les premières sont des petits canaux en tôle que l’on applique immédiatement sous l'égout du comble , et que les chéneaux sont des canaux creusés dans la partie supérieure de la corniche qui termine un édifice. Un chenal est ordinairement revêtu en plomb, pour empêcher que l'eau ne filtre entre les joints des pierres qui composent la corniche.

Il est des cas dans lesquels la décoration de l’édifice ne permet pas d'y appliquer des tuyaux verticaux pour conduire les eaux jusqu'au pied de l'édifice; alors on les décharge par des bouts de tuyaux qui traversent la cimaise de la corniche.

Cette disposition a donné origine aux gueules de lion dont on orne souvent les cimaises.

La conservation des édifices et la commodité du public exigent également que dans les villes toutes les maisons qui ont leur façade sur la rue soient munies de tuyaux verticaux, afin d'éviter l'inconvénient des nappes d’eau que les gouttières versent sur les passants , et que les coups de vent rejettent souvent contre les murs qu’elles détériorent. Il serait à désirer aussi que les tuyaux aboutissent immédiatement à des égouts souterrains et que les ruisseaux fétides et dégoûtants fussent supprimés. La ville de Milan nous offre à cet égard un bel exemple à suivre : les rues d'une médiocre largeur ont un égout construit en briques dans le milieu, auquel correspondent de petits égouts secondaires qui déchargent tous les écoulements provenant des maisons latérales ; les murs de l'égout sont surmontés de grosses dalles en granité, dont la surface se trouve au niveau de la rue, et qui servent de charrières très-commodes sur lesquelles les rôties des voitures roulent avec aisance et sans cahotage. Les grandes et larges rues ont deux égouts parallèles : tous ces égouts ont, de distance en distance , des regards couverts de dalles forées.

Dans plusieurs circonstances on peut tirer un parti très-avantageux des eaux pluviales qui tombent sur les combles, en les réunissant et les dirigeant vers une citerne qui pourra fournir ainsi l’eau nécessaire pour la boisson et pour les usages domestiques. Palladio dit, en parlant des citernes : « L’eau du ciel est tellement préférable à toutes les autres pour servir de boisson, que quand même on pourrait s’en procurer de courante, l’on devrait ne l'employer qu'aux lavoirs et à la culture des jardins. »

Les citernes sont d'une grande utilité dans les pays maritimes, tels que la Hollande et Venise. Elles pourraient être également utiles dans une foule d'endroits où Ton est réduit à boire , pendant Tété , l'eau des marcs trouble et souvent croupie ; ou bien encore dans les lieux élevés dont les habitants sont obliges d'aller au loin et à grands frais eher-

cirer l'eau qui leur est nécessaire. Souvent aussi la construction il'nne citerne , quoique

coûteuse, exige moins de frais que celle des puits très-profonds.

On trouve dans un mémoire de De la Hire (Mémoires de l'Académie des Sciences, 1703) le calcul suivant, qui prouve que, dans la plupart des lieux habités, on peut, en creusant des citernes , se procurer avec abondance l’eau nécessaire pour l'usage des personnes qui y séjournent.

« Il tombe par an (dit De la Hire) sur la surface de la terre, de 18 à 22 pouces de hauteur d'eau. Les exceptions à rette loi générale sont fort rares.

.. Toute maison qui a 40 toises de superficie , couverte de toits , peut ramasser, chaque année, 2100 pieds cubes d'eau , en prenant seulement 18 pouces pour la hauteur de ce qui en tondre . qui est la moindre que l’on observe communément. Ces 2160 pieds cubes valent 75600 pintes d'eau, à raison de 35 pintes par pied. Si l'on divise donc ce nombre par les 365 jours de l’année, on trouvera 200 pintes par jour. On voit par là, que quand il y aurait dans aine maison , comme celle qu'on suppose . 25 personnes, elles auraient chacune 8 pintes d'eau à consommer par jour.

« Il n'existe point de métairie, seulement de deux paires de bœufs de labourage, dont les toits des bâtiments n'excèdent de bcancoup 40 toises de superficie ; fl est encore évident qu’une pareille métairie n'est jamais habitée par plus de six on huit personnes, et que la seule eau de pluie est plus que suffisante pour la boisson des hommes et des animaux. »

De la Ilirc ayant observé que dans plusieurs villes de Flandre les citernes sont des espères de caveaux enterrés, et que l’eau de pluie s’y conserve beaucoup mieux que dans les réservoirs découverts . voudrait que l’on construisit dans chaque maison un petit lieu dont le plancher serait élevé de six pieds environ au-dessus du rez-de-chaussée, que ce lieu n’eût tout au plus que la quarantième nu cinquantième partie de la superficie de la maison. Ce lieu , bien voûté , avec des murs forts et épais , contiendrait un réservoir de plomb qui recevrait tonte l'eau de pluie, après qu'elle aurait passé au travers du sable. Il ne faudrait qu'une très-petite porte bien épaisse , garifie de nattes de paille, pour empêcher que la gelée ne pût |iénèlrer jusqu'à l'eau. Parce moyen, on pourrait distribuer de très-bonne eau dans les cuisines et les lavoirs. Celte eau , bien renfermée , lie se corromprait pas plus que si elle était sons terre et ne gèlerait jamais.

Les citernes de Venise sont remarquables par leur construction soignée. On en compte plus de 160, qui sont publiques: feau qu’elles fournissent est excellente lorsqu'elle s'est reposée quelques jours après la pluie ; cl celte eau suffit pour les besoins delà nombreuse population de celle ville célèbre, à l'exception des époques de grande sécheresse , où l’on est obligé de faire venir de l’eau delà Brenta , rivière du Padouan.

Les citernes sont construites de la manière suivante : deux murs cylindriques et parallèles les environnent; ils sont en briques et fondés de 10 à 12 pieds sous le sol ; le mur intérieur laisse une ouverture de 4 pieds de diamètre; celui du mur extérieur est d'environ 10 à 12 pieds : ce dernier mur est enveloppé de terre glaise, qui forme une espère de bàtardeau impénétrable à l'eau salée , dont le terrain est imbibé. Le fond de la citerne compris entre les deux murs et celui qui correspond à l'ouverture du mur intérieur , sont également couverts de glaise et d’un pavé en brique. line petite voûte annulaire couvre l'espace entre les deux murs; celte voûte est percée de trois ou quatre ouvertures, chacune desquelles est couverte d’une pierre forée.

Le mur intérieur est surmonté d’un parapet ou margelle cylindrique qui s’élève audessus du sol et qui est formée dans un blur de pierre d’Islrie. Ordinairement celle margelle est enrichie de moulures et d'ornements sculptés. On admire dans la cour du

palais ducal deux margelles de puits en bronze, décorées de bas- reliefs et d'arabesques d'un goill exquis et parfaitement modelés, par Riccio, célébré artiste de I’adoue.

L'eau de pluie qui tombe sur les toits des maisous, sur la surface des rues, des cours, des places publiques, est dirigée, par des pentes arlistement combinées, vers les trous des citernes. Le beau pavé de cette ville, entièrement composé de dalles régulières en pierres dures, favorise siuguUéreuieut l'écoulement de l'eau. On duit sc rappeler qu'aucune espèce de roulage n'a lieu dans les rues de .Venise, que les chevaux ne peuvent parcourir : conséquemment, le pavé de ces rues est aussi propre que celui des passages couverts de Paris. Néanmoins ou a soin de remplir de sable l’espace compris entre les murs de la citerne; de sorte que l'eau est obligée de traverser ce sable, et d'y déposer les saletés qu’elle pourrait charrier , avant de pénétrer dans le puits formé par le mur, iutérieur. Par la construction que nous venons de décrire, on est parvenu, d'une part, à rendre les citernes de Venise imperméables aux eaux salées de la mer; et de l'autre, à épurer l'eau pluviale qui les alimente.

l)e toutes les citernes connues, la plus célèbre est sans contredit celle de Constantinople. Les voûtes de cette citerne reposent sur deux rangs de 212 piliers chacun; ces piliers, qui ont 2 pieds de diamètre, sont plantés circulairemenl et en rayons qui tendent au pilier central.

Palladio indique la méthode suivante pour construire les citernes. On leur donnera, dit-il, les dimensions convenables, mais on aura soin de les faire plus longues que larges; on les encléra de murs construits avec soin. Le sol , à l’exception des égouts, sera consolidé par une bonne épaisseur de béton, sur laquelle ou étendra du mortier fait avec de la brique pilée et de la chaux , qui tiendra lieu de pavé. On polira ensuite ce pavé avec tout le sain possible , jusqu'à ce qu'il soit luisant, en le frotlant continuellement avec de la graisse bouillante; lorsqu'il sera bien see et qu'il ne restera plus d'humidité capable d'occasionner des crevasses, on couvrira les murailles d’un enduit semblable; on n'introduira l’eau que lorsque le tout sera parfaitement sec.

Voici comment ou réparera les crevasses par où l'eau pourrait s’écouler. On prendra une certaine quantité de poix Uquide, à laquelle on ajoutera pareille quantité de graisse ou de suif; on jettera le tout dans un vase, ou le fera cuire jusqu'à ce que l'écume monte, après quoi on le retirera du feu. Quand ce mélange sera refroidi, on le saupoudrera de chaux très-menue, et ou le remuera convenablement pour en foire une espèce de pâte qu'on introduira dans les fentes , et on aura soin de 1a bien fouler. '

La manière la plus économique et la plus expéditive de construire une citerne, est de former le mur et le fond ou radier en béton. On donne ordinairement au radier une épaisseur de 12 à 18 pouees. Si l'on peut se procurer facilement de bonne argile, on fera très-bien d’en faire un Ut sur le sol, qu’on battra et qu'on piétinera avant de former le ht de béton.

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