‹ Traite elementaire de construction appliquee a l'architecture civileChapitre 35 sur 47 · ÉDIFICES POUR LES APPROVISIONNEMENTS · texte numérisé non relu

ÉDIFICES POUR LES APPROVISIONNEMENTS

dans la conduite, jusqu'à ce que ce volume d'air, augmentant de plus eu plus, fasse descendre l'eau du tube et avec elle le flotteur qu'elle soutient; alors l'obturateur se dégage de l'orifice, et l'air comprimé s'échappe jusqu'à ce que l’eau, remontant dans l'espace qu'il occupait, remette de nouveau l'obturateur en place et ferme la conduite. Le flotteur est un globe creux de laiton. Cette ventouse à flotteur est due à M. de Bétancourt.

Àgueduct antiguet.

On doit mettre au nombre des ouvrages de l'antiquité les plus dignes d'étre admirés, ceux qui avaient pour but de fournir aux populations nombreuses les eaux nécessaires pour la salubrité, les besoins et les agréments de la vie. Pline exalte avec raison les travaux immenses que les empereurs romains entreprirent [mur transporter à Rome une grande quantité d'eau.

• Si l'on fait attention, dit-il , à la grande quantité d’eau amenée à Rome, et en combien de lieux elle se disperse pour les bains, pour les viviers, les réservoirs, les jardins et les maisons particulières de la ville et de la campagne; et si d'ailleurs on considère la longueur du chemin que parcourt cette eau , le grand nombre d'arcades qu’il a fallu élever pour la conduire, les montagnes qu’on a été obligé de percer pour donner passage aux canaux, on sera contraint d’avouer qu'il n’y eut jamais d'entreprise plus grande ni plus admirable sur toute la terre. »

En effet , ce n'étaient point de faibles ruisseaux que les aqueducs amenaient à Rome, c’étaient, pour ainsi dire, des fleuves entiers. Outre les eaux de source, on y faisait couler l’eau du Tévérone, soit par des dérivations prises vers sa source, soit par des saignées un peu au-dessus de son embouchure dans le Tibre, pour fournir ainsi de Peau aux quartiers plus ou moins élevés de la ville. Il y avait des fontaines sur le Capitole et sur les autres éminences renfermées dans l'enceinte de Rome.

On peut se faire une idée de la magnificence des Romains dans la distribution des eaux , par ce que Pline rapporte des travaux exécutés dans une seule année par ordre d'Agrippa.

« Agrippa, dit-il, pendant son édililé, ayant ajouté l’eau vierge à celles qui étaient à Rome, il la fit couler par plusieurs tuyaux dans tous les quartiers; il fit creuser sept cents réservoirs, construire cent cinq fontaines et cent trente chàtcaux-d’eau ou regards, dont la plupart étaient décorés d'ornements magnifiques; on y comptait trois cents statues d’airain et de marbre , et quatre cents colonnes de marbre. Tout cela fut exécuté dans une année. »

En lisant le livre de Frontin , De aguwdurlibus , on est surpris de l’immensité des travaux qu’il a fallu entreprendre pour la conduite des eaux, tant dans les campagnes que dans Rome; et on admire en même temps les sages réglements qu’on observait pour leur distribution.

Les Romains avaient construit une quantité prodigieuse d'aqueducs pour conduire des eaux à Rome. Leur développement total était de plus de quatre-vingt-dix lieues, et ils étaient portés par des arcades sur une longueur de neuf à dix lieues. L'aqueduc de Claude, dont il existe des restes assez considérables, est formé par des arcades de 18 pieds d’ouverture. La plupart de ces constructions, qui se ressemblent toutes, sont faites en briques. Léon X et Sixte-Quint en ont rétabli plusieurs.

La magnificence des Romains ne s’est point bornée à enrichirdc ces utiles monuments la ville de Rome : ils en ont fait construire un grand nombre dans les diverses provinces de leur immense empire. On admire encore avec étonnement les restes imposants de

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plusieurs de leurs grands aqueducs qui existent en Italie, en France et en Espagne, parmi lesquels on distingue spécialement les suivants :

1" L'acquéduc de Lisbonne, construit sous le régne de Trajan, est le plus considérable que l'on connaisse, en raison de la hauteur et de l’ouverture de ses arcades. 11 est composé de trente-deux arches de 90 pieds d'ouverture sur plus de 200 pieds de hauteur dans la partie la plus élevée. Les piles ont 15 pieds d'épaisseur sur 22 pieds de longueur.

2* L'aqueduc de Ségovie, construit avec de grandes pierres posées sans ciment, a deux rangs d'arcades uniformes qui ont IG pieds de largeur. Plus de cent cinquante de ces arcades existent encore. Sa hauteur est de 100 pieds environ.

5* On admire en Italie le pont-aqueduc de Civila-Castellana , qui a deux étages ; le premier, qui a 120 pieds de hauteur, est percé de neuf grandes arches; les trois du milieu ont environ 80 pieds d’ouverture, tes autres G0; le second étage est formé par une suite de petites arcades uniformes.

4" En France, le pont du Gard est célèbre; cet ouvrage faisait partie d’un acqucduc qui conduisait à N^nes les eaux de la fontaine d'Uzès, et dont la longueur totale était de plus de 7 lieues. Ce pont offre trois rangs d'arcades; le premier rang en contient six, le second dix ; le troisième, sur lequel l'aqueduc était soutenu, et dont il ne reste plus que 37 arches, en contenait un plus grand nombre. Les arches des deux rangs inférieurs ont environ 60 pieds d'ouverture; celle des arches du rang supérieur n'est que de 16 pieds; toutes sont en plein cintre. La hauteur totale de l'édifice est de 150 pieds environ. Le reste de l'aqueduc se prolongeait sous terre depuis les sources d'Uzès jusqu'à Nîmes.

5° L'aqueduc antique de Metz traversait la Moselle, et se trouvait porté sur un grand nombre d'arcades; il en existe encore sur la rivière même plusieurs qui sont entières. Elles ont à cet endroit plus de 75 pieds de hauteur. Leur ouverture est de 20 pieds, et l'épaisseur des piles de 10.

Dans le moyen âge, on a construit quelques aqueducs qui rivalisent avec ceux des Romains. Celui que Théodoric fit bâtir auprès de Spolette est digne d'admiration. Il est composé de dix grandes arches gothiques ayant chacune plus de 60 pieds d'ouverture, et soutenues par des piles de 18 pieds d'épaisseur. Les arches du milieu, placées audessus du torrent Moragia , ont plus de 500 pieds de hauteur. Les autres sont beaucoup moins élevées, les deux coteaux sur lesquels elles sont bâties étant fort rapides. Au sommet du pont, sur le bord du côté d'amont, trente petites arcades gothiques soutiennent un aqueduc qui sert à porter les eaux dans la ville. Ce monument, d'une construction très-bardie , subsiste encore en entier. Sa longueur totale est de 740 pieds, sa largeur est de 40 pieds.

Parmi les aqueducs modernes dignes de remarque, on distingue :

1" L’aqueduc de Caserta, bâti par Vauvitelli en 1753. Il est composé de trois rangs d’arcades de 20 pieds d’ouverture. Sa plus grande hauteur est de 138 pieds.

2° L’aqueduc de la Crau d'Arles, qui traverse un marais et soutient les eaux du canal de la Crapone.il fut construit en 1558. Sa longueur totale est de 1876 pieds. Les arches, qui sont en plein cintre, ont 18 pieds d'ouverture. La largeur de l’aqueduc est de 15 pieds dans la partie supérieure, et ses faces ont un léger talus. Les fondations sont établies sur un grillage en charpente.

3° L’aqueduc d’Arcueil, bâti en 1624, est destiné à conduire à Paris les eaux de Rangis. On voit encore dans le même emplacement les restes d’un aqueduc qui avait été bâti par Julien pour alimenter les thermes. La longueur de l'aqueduc est de 1170 pieds, sa largeur est de 20 pieds et sa plus grande hauteur est 66 pieds. Cet aqueduc est coii-

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solidé par des contreforts placés à environ 56 pieds les uns des autres , et dont les inter valles sont en partie remplis en maçonnerie, et en partie formés par neuf arcades. Il est entièrement en pierre de taille et d'une construction très-soignée.

4" L’aqueduc de Maintenon, qui était destiné à conduire à Versailles les eaux de l’Eure, a été entrepris en 1084 et abandonné en 1688, après avoir coûté, dit-on, plus de 22 millions. Il est maintenant dans un état d’abandon et de ruine. Cet aqueduc avait 2300 toises de longueur , et sa plus grande hauteur 250 pieds. Il devait avoir truis rangs d'arcades.

5’ L'aqueduc de Montpellier est le plus bel ouvrage de ce genre qui existe en France. Il a été construit par Pitot, pour conduire à Montpellier les eaux des sources de Saint- Clément et de fioulilou. Ilest composé de deux rangs d'arcades ; le rang inférieur en a 70, dont l’ouverture est de 26 pieds; celles du rang supérieur n'ont que 8 pieds. La plus grande hauteur de Enqucduc est de 85 pieds. Il aboutit, par l’une de scs extrémités, à la place du Pcyrou, dont il traverse une partie, dans les promenades basses, sur trois arcades, et que l'on a décorée d'un cli.Ucau d'eau. Sa longueur totale est d’environ 500 toises.

Bain» public».

Les anciens ont déployé dans ces sortes d'établissements une grandeur et une magnificence qui paraîtraient incroyables si les nombreux restes des thermes antiques que l'on admire à Rome ne l’attestaient d’une manière indubitable. Ce qu'on voit parmi les modernes dans ce genre, ne peut nullement soutenir le parallèle avec ces immenses constructions. Ammicn-Marccllin comparait les thermes de Rome à des provinces, in modum provinciarum eatructa laracra. Au temps de Vitruve, ces établissements gigantesques n'existaient pas encore ; voilà pourquoi ils ne sont point décrits dans son ouvrage. Mécénas fut le premier qui entreprit de faire construire de vastes bains publies à Rome. Agrippa suivit cet exemple et déploya une telle somptuosité, que, le salou principal de ses thermes ayant été jugé par Auguste trop magnifique pour servir à cet lisage, il exigea qu’on en fit un temple. Ce temple est le Panthéon, qui forme maintenant un objet d'admiration pour tous les amateurs de la belle Architecture. Les thermes d’Agrippa contenaient cent soixante-dix bains publics et gratuits.

Néron fit construire des thermes d’une très-grande magnificence. Titus imita le même exemple. Ceux de Néron sont presque entièrement détruits; il n’en est pas de même de ceux de Titus, dont il existe encore des restes imposants.

Les thermes de Titus furent érigés sur une partie de l’emplacement occupé par la fameuse maison dorée ( domu « aurca) de Néron ; on reconnaît encore des pans de murailles qui appartenaient évidemment à la première construction. Cet immense édifice avait deux étages. Au rez-de-chaussée se trouvaient de nombreuses galeries et des salles de diverses dimensions destinées aux bains publies froids ou chauds, communs ou particuliers. Ces salles et ces galeries étaient peintes et garnies d'ornements en stuc. On y voyait autrefois les fameux arabesques que Raphaël a imités avec tant de perfection au Vatican. On distingue encore maintenant, dans quelques-unes des salles, des fragments de peintures et d’ornements en relief assez bien conservés. Des chefs-d'œuvre de sculpture y étaient déposés; c'est là que le Laocoon fut retrouvé.

L'étage supérieur est presque entièrement détruit. Le grand réservoir d'eau qui alimentait les thermes de Titus se voit encore à un petit éloignement; on lui a donné le nom de Selte-Sale, parce qu'en effet il est composé de sept galeries parallèles dont chacune a environ 13 pieds de largeur; les murs de séparation ont 4 pied» et demi

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d'épaisseur. Les voûtes des paieries supportent une terrasse qui était pavée en mosaïque.

Les thermes de Caracalla offrent encore de magnifiques débris; on y reconnaît même les vastes salles nommées excdrœ amptitrinue, et entre autres celle dont parle Spartien. (Voyez ce que nous avons dit page 64.) On y voit les restes du Stade, de la grande cour environnée de portiques ; des cxêdres en forme d'hémicycles, pour les discussions philosophiques ; des salles circulaires pour les bains chauds ( calidarii ). Ce grand édifice contenait mille six cents sièges en marbre, pour les bains , et 2300 personnes pouvaient se baigner à la fois sans se voir. Les salons principaux étaient revêtus de marbre et ornés de bronze doré. Plusieurs des chefs-d'œuvre qui composent la fameuse galerie Farnése, appartenant au roi de Naples, ont été trouvés dans ces thermes. Le savant antiquaire M. Guattani a écrit un mémoire Irês-curieux sur les thermes de Caracalla. (Voyez Monumenli inediti, octobre 1788.)

Les thermes de Dioclétien étaient encore plus vastes. Le grand salon est parfaitement conservé; Michel-Ange l'a converti en une église, sans altérer son plan primitif. Celte église , desservie par les Chartreux, est une des plus grandes et des plus belles de Rome. Sa longueur totale est de 336 pieds ; la grande nef a 84 pieds de hauteur et 74 de large. Une voûte à arête la couvre; les retombées de la voûte sont soutenues par des énormes colonnes monolithes en granité égyptien ; elles ont 16 pieds de circonférence. Le sol actuel de l’église est relevé de quelques pieds au-dessus du sol antique , de manière qu’une partie des colonnes se trouve enterrée.

L'enceinte qui environnait les thermes de Dioclétien avait environ une demi-lieue de périmètre. Dioclétien employa 40 mille Chrétiens pendant sept ans à cette immense construction.

On voit encore dans le jardin des moines de San-Bernardo, à Termini, le stade demi-circulaire qui faisait partie des thermes susdits. Ce stade était environné de gradius disposés comme ceux des théâtres antiques. L’église de ce couvent, qui a la forme d'une rotonde , est un des calidarii où l'on prenait les bains chauds. La voûte antique est remarquable par un beau compartiment de caissons qu'elle présente.

Un des péristyles des thermes forme le cloître des Chartreux, dont le portique est soutenu par cent colonnes.

Les thermes dont nous parlons contenaient des portiques magnifiques, un grand nombre de salons très-vastes, de grands hémicycles ( exedrœ ), une célèbre bibliothèque , des promenades, des lieux destinés pour les écoles et pour les exercices gymnastiques, et des bains assez étendus pour que 3200 personnes pussent se baigner toutes à la fois. Un nombre immense de statues , de colonnes , des revêtements en marbre précieux ornaient l'intérieur.

Serlio et Palladio ont donné les plans des thermes romains ; quoique ces plans contiennent plusieurs choses idéales et qui ne s’accordent point avec l’état des ruines existantes, ils offrent néanmoins un objet d'étude très-curieux et très-instructif.

Edifices consacrés A la bienfaisance et A l'hamonité.

Parmi les monuments les plus dignes d’un grand peuple et d’une nation éminemment civilisée, on doit placer ceux dont le but est d'alléger les souffrances et les misères de la vie humaine. Les hôpitaux , les hospices , les maisons de travail , les chauffoirs publics, les établissements pour la distribution des soupes économiques cl des médicaments, sont les principaux édifices de cette espèce.

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Hôpitaux.

Il parait que les anciens n’avaient point des établissements de ce genre. La plupart des grandes villes modernes en sont abondamment pourvues. Par une magnificence bien louable, mais peut-être pas assez éclairée, ou a donné à plusieurs hôpitaux une étendue très-vaste ; on a voulu admettre dans un seul local un très-grand nombre de malades. Mais ne vaudrait-il pas mieux augmenter le nombre des hôpitaux et diminuer leur grandeur? Ne serait-il pas plus avantageux pour le bien-être des pauvres malades , qu’une ville eôt plusieurs hôpitaux de médiocre grandeur, distribués à peu près comme les couvents de religieux, et dans lesquels chaque malade aurait sa cellule séparée, que d’avoir un grand et magnifique hôpital dans lequel les malades sont placés ensemble daus de longues galeries?

Cette séparation offrirait plusieurs avantages importants :

1" Chaque hôpital serait affecté à une maladie particulière ; ainsi il y aurait un hôpital pour les blessés, un pour les maladies cutanées, un pour les fièvres périodiques, un pour les fièvres contagieuses, un pour les vénériens, etc. Cette division , qui est d’ailleurs adoptée dans plusieurs grands hôpitaux où les divers genres de maladies ont une galerie à part, offrirait de bien plus grands avantages étant effectuée dans des locaux séparés.

2" Quelques précautions que l’on prenne dans les grands hôpitaux pour purifier l’air, il est impossible que la réunion de plusieurs centaines de malades, affectés de différents maux , dans un même local , ne soit un foyer très-dangereux de méphitisme et d'insalubrité, nuisible non-seulement aux pauvres malades , mais aux habitants d’alentour.

ô” La distribution d’un grand hôpital permet difficilement de faire usage de la méthode si utile de donner à chaque malade une cellule séparée; méthode qui lui évite le désagrément de supporter le spectacle des mourants et des souffrances des voisins, qui augmentent, pour ainsi dire, ses propres peines, et lui font concevoir des craintes souvent funestes.

Quel que soit le parti que l’on adopte , un hôpital devrait toujours être isolé , et, si cela est possible , environné de jardins et de plantations. Si l’on fait usage de cellules, elles seront situées sur de vastes corridors bien aérés. Les couchettes ne seront point en bois, niais en fer proprement verni; on obtiendra parce procédé le double avantage de la propreté , et d’éviter les punaises et quelques autres insectes

Lorsque les lits doivent être placés dans des galeries, ils seront environnés de rideaux. La circulation de l’air dans la galerie sera favorisée par un fourneau d’appel, suivant la méthode de M. R’Arcet. (Voyez page 152.)

On devra toujours faire usage d’un moyen bien simple , indiqué par M. Cadet-de-Vaux. Ce savant a remarqué que là où les hommes, soit en santé, soit en maladie, forment réunion . les murs se pénètrent et se trouvent insensiblement surchargés d’exhalaisons infectes qui, dans les variations atmosphériques, transpirent dans ces mêmes murs. lia en outre remarqué que le lait de chaux a la propriété de rendre inodores les objets les plus infects. M . Cadet-de-Vaux dit avoir, par ce moyen, ramené à un état purcmeut inodore un cadavre en putréfaction, qu’on a dù exhumer pour des enquêtes judiciaires.

Il propose conséquemment d’employer la peinture au lait dont la chaux serait la base, pour empêcher les murs de s'imprégner de miasmes infects. Cette espèce de peinture forme un enduit en quelque sorte vernissé , qui rend nulle la porosité de la pierre, de la brique, du bois, et dont on peut très-facilement enlever la poussière; elle jouit, de plus, de l’avantage de ralentir la nitrification des murs.

Voici la recette de la peinture au lait : Pour peindre six toises carrées en première

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couche, il faut deux pintes de Paris de lait écrémé, six onces de chaux récemment éteinte, quatre onces d'huile de noix, ou de lin , ou d'œillet, trois livres de blanc d'Espagne.

On met la chaux dans un vase de grès, on verse dessus une portion de lait suffisante pour en faire une bouillie claire; on ajoute peu à peu l’huile, remuant avec une petite spatule de bois; on verse le surplus du lait; et enfin , on délaie le blanc d'Espagne. On colore cette peinture, comme celle en détrempe, avec du charbon broyé à l'eau, des ocres jaunes, etc.

Un hôpital doit avoir une cour spacieuse environnée de portiques, une chapelle dont l’entrée sera au rez-de-chaussée, mais qui aura des tribunes pour les malades aux divers étages ; un réfectoire pour les convalescents et pour les personnes de service; une pharmacie accompagnée de son laboratoire, et, s'il est possible, d’un jardin et d’une serre pour les plantes officinales; des salles pour les travaux anatomiques; une buanderie , de vastes cuisines; des logements commodes pour le directeur, les médecins de service, les garde-malades et autres personnes attachées à rétablissement; une bibliothèque peu nombreuse , mais bien choisie des livres de Médecine et de Pharmacie ; une autre plu» grande de livres instructifs et amusants à l'usage des convalescents.

Hospice».

Les hospices sont dès espèces de couvents où l’on admet et l'on entretient les vieillards, ou bien les personnes affligées de certaines infirmités qui les rendent incapables de pourvoir à leur subsistance; il est des hospices destinés pour les eofants trouvés, pour le^ sourds-et-muets et pour les aveugles.

Tous ces établissements doivent en général être placés loin des quartiers populeux, dans des sites spacieux et bien aérés où l’on puisse donner à leur enceinte une étendue suffisante pour contenir des jardins et de vastes cours environnées de portiques. Chaque individu aura sa petite chambre séparée; des chauffoirs, des réfectoires, des salles de travail serviront pour toute la communauté , et auront une grandeur proportionnée au nombre des personnes qui la composent ; des logements séparés seront destinés pour les directeurs et les employés. La chapelle, qui aura des tribunes pour les personne» de l'établissement, pourra avoir une porte d'entrée sur la rue, et servir en même temps au public.

L'Architecture de ces monuments devra présenter un caractère de solidité et de simplicité , et devra être embellie plutôt par la régularité et par la belle proportion des parties que par les ornements.

N oison» de travail.

La bienfaisance judicieuse et éclairée ne doit accorder un entretien et des secours gratuits qu'aux pauvres qui, par leurs infirmités, leur âge ou leur faiblesse, sont hors d'étal de se procurer la subsistance par leur travail ; mais c'est un abus aussi nuisible aux mœurs qu'à la prospérité générale que d'entretenir, par des aumônes mal placées, une foule de fainéants dans l’oisiveté et dans les vices qui en dérivent.

Des maisons de travail volontaire, où l'on emploiera les pauvres gens suivant leurs forces et suivant leurs facultés , sont de tous les moyens de charité les meilleurs. Le travail serait payé , non pas en argent, mais en nourriture et en vêtements. Les pauvre» qui n'ont pas de domicile trouveraient dans ces établissements un refuge; ceux qui ont une demeure viendraient y passer la journée pour y travailler et y prendre leur nourriture.

Ces établissements auraient des salles séparées pour les hommes, pour les femmes . et pour les enfants des deux sexes. Ces salles, bien aérées, seraient chauffées l'hiver par des tuyaux de chaleur; mais on ne placera pas immédiatement les cheminées ou les poêles dans la salle même, pour éviter les attroupements et conséquemment les disputes qui pourraient se former autour du foyer. Des cuisines pour la préparation des soupes économiques, une pharmacie pour les pauvres, un magasin d'éloffes et de vêtements qui seront confectionnés par les pauvres et leur seront distribués en paiement ; des ateliers où seront placées les machines convenables pour ces travaux , et pour les autres qu'on jugera convenables d'établir; des classes d'enseignement mutuel , feront partie de cet établissement, qui pourra être placé sous la direction d'un pieux ecclésiastique et des sœurs de la charité, dont le logement y sera annexé.

Bdificer pour 1 a «ûreté publique.

Sous ce titre nous placerons les casernes qui servent de logement aux soldats destinés à assurer la tranquillité publique , en réprimant les tentatives criminelles qui pourraient la troubler. Nous y placerons aussi les lieux où les personnes coupables subissent les châtiments qu'elles se sont attirés.

Casernes.

Les casernes, ainsi que les hospices, exigent de vastes emplacements et dos cours ^spacieuses; elles doivent être placées vers les extrémités de la ville, dans les quartiers les moins populeux.

L’Architecture des casernes, quoique simple, admet plus de magnificence que les hospices. Les statues des guerriers célèbres, des trophées militaires, sont un genre d'ornement qui leur convient parfaitement. La façade peut être décorée d’un ordre dorique.

L’intérieur contiendra de vastes dortoirs, des réfectoires, de grandes cuisines, des salles d'armes , des magasins d’équipements, des logements commodes pour les officiers, et proportionnés à leurs grades; un certain nombre de chambres séparées pour les soldats mariés , une grande salle pour l’enseignement mutuel , des salles de discipline , ete.

L’bôtel des Invalides à Paris est peut-être la plus maguifique caserne que l'on connaisse.

Prisons.

Ces beux, destinés à réprimer le crime, doivent être construits de manière à faciliter la vigilance des gardiens, et à s’opposer à toutes les tentatives de fuite de la part des coupables; d'un autre côté, les cellules qui leur seront destinées doivent être exemptes d’humidité et de mauvaise odeur ; elles seront suffisamment vastes pour que la masse d'air conserve le degré de pureté que la salubrité exige.

Une des meilleures dispositions que l’on puisse donner aux prisons, est de les établir autour d’une grande cour environnée de portiques; ces portiques seront fermés par de forts grillages , qui pourront être doubles pour plus de sûreté. Les cellules des prisonniers auront leur entrée sur ces portiques et chacune d’elles sera garnie d'une double porle, et aura une fenêtre munie de barreaux. Des fourneaux d'appel faciliteront le renouvellement de l’air dans ces portiques, cl conséquemment dans les cellules : ces mêmes fourneaux pourront servir à rendre inodores les latrines , en y établissant un courant d’air, suivant le procédé de M. D’Areel. Les prisons dont nous parlons sont celles destinées aux criminels qui, par leurs méfaits, se sont mérité une dure captivité.

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