‹ Traite elementaire de construction appliquee a l'architecture civileChapitre 5 sur 47 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Des Pierres artificielles et des mortiers.

Briques.

De toutes les espèces de pierres factices, il n'en est aucune qui soit d'une aussi grande utilité que les briques: car elles suppléent parfaitement aux pierres, dans les endroits où celles-ci sont rares ; elles résistent beaucoup mieux au feu et à l’humidité , et elles peuvent réunir la force à la légèreté: cette dernière propriété les rend précieuses pour lin grand nombre de constructions, et principalement pour celle des voûtes.

L'usage des briques est universellement répandu, et remonte à l'antiquité la plus reculée. Les anciens faisaient usage de deux espèces de briques , les briques crues et les briques cuites: les crues furcul employées par les Babyloniens, les Égyptiens, les Grecs, et en général par les nations placées dans des pays cbauds et dans des climats secs: mais elles ne peuvent résister ni à la gelée ni à l'humidité, leur usage ne peut être convenablement adopté dans les lieux froids et humides, si ce n'est pour des murs intérieurs bien abrités. Voici les préceptes que Vitruvc nous a transmis pour la fabrication des briques crues :

Les bonnes briques , dit ce célèbre architecte , doivent être composées de terre argileuse blanche ou rouge, mêlée avec du sable. Cette espèce de terre se façonne aisément, et donne aux briques tout à la fois de la fermeté et de la légèreté; mais it faut rejeter les terres arides ou graveleuses, boueuses ou sablonneuses : les briques faites avec les premières sont lourdes, et la paille qu'on y mêle ne s'y attache jsoint, à cause de leur aridité ; celles faites avec les secondes ont l’inconvénient grave de se décomposer et de se détruire lorsqu'elles sont mouillées par les pluies.

Le printemps et l’automne sont les saisons les plus propices pour la fabrication des bonnes briques. Celles que l'on fabrique en été se dessèchent trop promptement à l’extérieur, tandis que l’intérieur conserve encore son humidité, laquelle ne |>eut s'évaporer qu’en formant des gerçures de toutes parts , et en faisant perdre aux briques leur consistance.

Ou ne doit employer les briques crues que deux ans après leur fabrication.

Ces sapes précautions , que Vilruve prescrit pour les briques crues, sont applicables également aux briques cuites, qui ne différent des premières que parce qu'ayant été soumises à l'action d'un feu violent, elles ont acquis un degré de dureté, de force et d'inaltérabilité qu'elles n'auraient pu avoir sans la cuisson.

On connaît qu’une terre est propre à la fabrication des briques lorsqu’étant humectée cl pétrie avec les mains, elle s’attache avec ténacité, et reçoit les diverses impressions des doigts qui la pénètrent sans produire de crevasses. Si l'on reconnaît qu'elle n'a point la ductilité et le liant nécessaires , on peut souvent lui donner la qualité qui lui manque par divers mélanges et additions d'argile pure ou de sable.

On ne saurait avoir de bonnes briques si l’on 11 e purge, avec le plus grand soin, la terre que l’on veut employer de toutes les substances pierreuses ou pyriteuses qui pour- . raient s'y trouver entremêlées; car ces substances hétérogènes, se calcinant, se boursoufflant, ou servant de fondant à l’argile , altéreraient nécessairement les briques.

Les briques seront d'autant meilleures , que la terre aura été corroyée et pétrie avec plus de perfection, et en n'employant que la quantité d'eau nécessaire, qui, en général, ne doit point excéder un demi-pied cube par pied cube d'argile. On facilite celte opération essentielle «n extrayant la terre vers la fin de l'automne, pour l’exposer, pendant Tbivcr, aux pluies et à la gelée, qui en pénètrent cl subdivisent la masse. Dans la plupart des fabriques, 'on pétrit et on corroie la terre argileuse avec les pieds ; dans quelques autres, on a essayé des moyens mécaniques plus ou moins ingénieux pour rendre celte opération plus prompte , plus économique et plus parfaite ; mais ils n’ont pas encore obtenu le degré de facilité et de simplicité nécessaire pour être proposés avec une pleine confiance.

Lorsque la terre a été parfaitement purgée , corroyée et pétrie, 011 moule les briques dans des cadres qui ont la forme , la grandeur qu'on veut leur donner, et qu'on a le soin de saupoudrer chaque fois avec du sable fin. Il est essentiel de comprimer le plus possible la pâle dans le moule ; car l’expérience a prouvé que la force des briques augmente lorsqu’elles ont plus de densité. M. Gallon a proposé de comprimer les briques crues sous un balancier: cette méthode a été mise en usage avec succès. M. Mollcrat présenta à l’exposition de 1819 des briques crues très-dures, faites par compression à l’aide de la presse hydraulique. {Voyez Annales de l'Industrie, tome 1 , page 42.)

Avant de faire cuire les briques , il faut les faire sécher lentement dans un lieu qui ne soit exposé ni à l'humidité , ni au vent, ni à la pluie.

Les fours à briques contiennent depuis 25 jusqu'à 50 milliers de briques; on les y arrange en les posant de champ sur les longs cfltés , de manière que le premier rang croise les baguettes du foyer, le second rang croise le premier, et ainsi de suite, en laissant toujours un certain vide entre les briques. Le dernier rang est recouvert d'une couche d’argile de 4 pouces d'épaisseur, afin de concentrer la chaleur, et de pouvoir la modifier à volonté , en y pratiquant des ouvertures. Lorsque le feu est allumé , il doit être modéré pendant 24 heures , puis on l’augmente et on le soutient 56 heures à ce degré. Après les premières 60 heures de feu, on l’augmente jusqu'à ce qu’il ait acquis la plus forte intensité, que l’on fait durer le plus également qu’il est possible jusqu'à l'entière cuisson des briques. La masse entière d’une fournée ne pouvant obtenir lo même degré de cuisson , il en résulte nécessairement diverses qualités de briques qui servent à des ouvrages analogues à leur qualité respective.

Il faut laisser refroidir très-lentement les briques avant de les sortir du four; car un refroidissement trop accéléré rend les briques sujettes à se feuilleter et à se réduire en poudre . soit sous le fardeau , soit à la gelée.

On peut obtenir des briques d'une grande dureté . en les cuisant de nouveau après qu'elles auront été refroidies, et qu'on les aura immergées dans l'eau pendant quelque temps.

Voici les principaux indicesde la bonté des briques : I* lorsqu'elles rendent un son clair quand on les frappe ; Si* lorsque le grain est fin et serré dans la cassure ; 3-’ lorsqu'à} ant été exposées pendant l'hiver à la pluie et à la gelée, elles n'ont point été altérées.

One brique bien cuite est sonore, d’une couleur brune ou rouge, et ne se détrempe point dans Tcau. Lorsqu’une brique est biscuité , c’est-à-dire lorsqu’elle a subi une nouvelle cuisson , sa couleur est alors plus foncée . sa dureté plus grande: elle est moins avide d’eau qu’auparavant, et résiste mieux aux intempéries de l’air. Elle est surcuite quand elle a subi une demi-vitrification ; sa cassure est alors vitreuse , sa couleur gris de for: elle ne happe plus à la langue, et elle raie le verre.

Moins les briques auront d’épaisseur et plus elles acquerront de force et de dureté, parce que la dessiccation et la cuisson auront pu, en atteignant complètement l’intérieur, donner à la masse entière une consistance uniforme. Les anciens avaient adopté l’usage de forer en plusieurs endroits les briques épaisses et d’entremêler dans leur pâte de 1a paille pour faciliter l’introduction de la chaleur dans la partie interne. .

Les anciens ont fabriqué des briques dont la légèreté spécifique était moindre de celle de l’eau. On prétend que la coupole de Sainte-Sophie à Constantinople est construite en briques de cette espèce. M. Fabroni de Florence est parvenu à faire des briques trèslégères par un mélange de j d'agaric minéral, ou farine fossile , qu’on trouve abondamment cil Tosrane, avec i d’argile : ces briques s'unissent très-bien avec les différents mortiers , et ne s’altèrent point par l’action du froid et du chaud ; leur poids n'est que la vingtième partie de celui des briques ordinaires , lesquelles pèsent, en terme moyen, 1G7 livres le pied cube. Les briques de M. Fabroni ont la propriété utile de former un si mauvais conducteurdu calorique, qu’on peut tenir une des extrémités entre scs doigts, tandis que l'autre est rouge de chaleur. M. Faujas a trouvé, dans le département de l’Ardèche, une substance semblable à celle avec laquelle M. Fabroni a fabriqué ses briques légères. Les essais qu’il en a faits ont confirmé les résultats précédents.

Les briques que l’on retrouve dans les monuments antiques de Rome sont carrées ou triangulaires. Les plus grandes avaient 2 pieds de côté , les moyennes 1 pied et demi j leur grosseur était de 20 lignes à 2 ponces. La plupart portaient une empreinte qui désignait la fabrique d'où elles sortaient et l’époque de la fabrication. Les collection* d’antiquités contiennent plusieurs de ces empreintes.

Les briques modernes ont une forme différente et de bien plus petite dimension que les antiques; elles sont rectangulaires au lieu d'être carrées. Leur longueur est de 8 à 12 pouces : elles ont en largeur la moitié à peu près de cette dimension ; leur épaisseur est de 18 à 28 lignes.

Des mortiers en général.

Les mortiers doivent être considérés comme des pierres factices ; car ils peuvent acquérir la dureté et la ténacité des pierres, et ils ont la propriété de contribuera la formation de blocs continus d’une grandeur cl d’une forme quelconques, en réunissant intimement un grand nombre de petites masses.

On donne en général le nom de mortier à un mélange de chaux avec diverses substances siliceuses ou argileuses, telles que le sable, la brique pilée, les pouzzolanes, naturelles ou artificielles , etc. Lorsque ce mélange est bien fait , il doit adhérer fortement aux pierres ou à la brique et former corps avec elles.

Examinons d’abord séparément les substances qui entrent dans la composition des mortiers, et voyons ensuite ce qui les concerne.

Chaux.

La pierre à chaux est un carbonate calcaire qui souvent se trouve combiné avec une petite quantité de substances de diverses natures, telles que l’alumine, la macnésic, la silice , le gypse et les oxides de fer et de manganèse.

La calcination réduit la pierre à chaux à l’état de chaux vive , laquelle a la propriété de contracter une forte adhérence soit avec les sables, soit avec d'autres substances qu'on emploie pour faire le mortier.

La calcination s’opère dans un fourneau dont la forme interne reconnucla plus convenable, est une ellipsoïde à base circulaire. Les plus grosses pierres doivent être placées près du foyer, où la chaleur a plus d’intensité. La pierre calcaire change plusieurs fois de couleur pendant la cuisson ; elle prend d’a bo rd une teinte foncée , tantôt noire, tantôt grise , bleuâtre ou verdâtre , à laquelle succède le blanc ou le fauve, qui sont les couleurs ordinaires de la chaux cuite â un degré convenable. Pour produire la calcination, il fout au moins 100 heures d’un feu violent et continu; on connaît qu’elle est complète lorsqu'il s'élève au-dessus du fourneau un cône de feu vif sans mélange de fumée.

La calcination modifie les substances qui constituent la chaux , chasse l’eau de cristallisation et une partie de l'acide carbonique. Si la calcination est parfaite, la chaux fuse (c’est-à-dire se défait, s'étend et se sépare) promptement et complètement dans l'eau; mais si l'on dépasse le terme convenable de calcination, alors la chaux devient /mretteiise , c'est-à-dire qu’elle acquiert la propriété de rester plusieurs heures et quelquefois un jour ou deux dans l'eau sans s’éteindre.

La chaux vive, exposée à l'air, attire fortement l'humidité, et se réduit, au bout de quelque temps, en poussière très-fine; pendant cette extinction naturelle, il y a un léger dégagement de chaleur, mais sans vapeur sensible. Le poids de la chaux commune augmente de deux cinquièmes environ, et son volume devient deux fois ou deux fois et demie plus grand.

Si l'on jette sur la chaux vive, sortant du four, une quantité d'eau convenable, elle se fend avec bruit, se boursouffle, produit un dégagement, considérable de vapeurs brûlantes, légèrement caustiques, et se fond en bouillie épaisse; et, en cet état, on la nomme chaux futée ou chaux coulée. 11 est des qualités de chaux qui , étant ainsi éteintes , triplent leur volume.

Quand on veut obtenir une chaux fusée parfaite, il faut donner au premier coup assez d’eau pour n'être point obligé d’y revenir au moment de l'effervescence , ou bien attendre le refroidissement pour en ajouter une nouvelle quantité ; mais il faut surtout ne i>as noyer la chaux dans une grande quantité d'eau , comme le font trop souvent les maçons , qui la réduisent d'abord à consistance laiteuse , et la versent ensuite dans des fosses pcrméaldes , où elle se dessèche et perd ses qualités.

M. Lafayc , et après lui M. Fleuret, ont proposé déteindre la chaux par immersion, au moyen d'un panier rempli de chaux concassée , que l’on plonge dans l'eau. La chaux vive, plongée ainsi dans l'eau pendant quelques secondes , et retirée avant le commen- , cernent de la fusion , siffle, éclate avec bruit, répand des vapeurs brûlantes , et tombe en poudre. Elle peut se conserver longtemps dans cet état , pourvu qu'on la mette à l'abri de l'humidité. Elle ne s'échauffe plus lorsqu'on la détrempe.

L'cxlinctiou de la chaux par l'action spontanée de l'air ou par l'immersion , ne réduit point les particules de chaux à une aussi haut degré de ténuité que le procédé ordinaire

DÉS PIERRES ARTIFICIELLES ET DES MORTIERS, île conter la chaux : pour composer avec de la chaux éteinte des deux premièresmanières un mortier en apparence aussi gras et aussi lianl que celui que donne le procédé ordinaire, il en faut employer une plus grande quantité.

Les constructeurs distinguent deux espèces de chaux , la grasse et la maigre. La grasse est ainsi nommée à cause de sa propriété de foisonner beaucoup , et de former, à quantités égales de chaux et de sable , un mortier plus gras que la chaux maigre. Il se trouve en eifetdcs qualités de chaux dont le volume, mesuré en poudre vive, se triple par l'extinction ordinaire , et d'autres qui ne rendent qu'un et un cinquième. La plupart des chaux maigres ont la propriété précieuse de prendre corps sous l’eau.

M. Vical (1) , ayant remarqué que quelques chaux maigres ne jouissent point de cette prérogative, a désigné par le nom de chaux hydrauliques celles qui, cuites au degré ordinaire, durcissent en peu de temps sous l'eau sans le secours d'aucun ingrédient étranger.

Les chaux hydrauliques affectent le plus souvent une teinte grise de boue ou de brique crue. Lorsqu’elles sont réduites en bouillie liquide par l'extinction, et immergées ensuite , elles rejettent , en se solidifiant , une partie de l'eau qu'elles contenaient: elles en prennent , au contraire , une nouvelle quantité , si , au lieu d'une bouillie liquide , on en forme une pâte trop ferme. Les chaux grasses restent constamment h l'état de pèle molle , non-seulement dans l'eau , mais dans les bassins imperméables où on les éteint, si l'on a eu la précaution de les couvrir de terre ou de sable. Léon-Baptiste Alberti dit que l’on trouva , dans une fosse , de la chaux éteinte depuis environ 500 ans qui était encore moite et très-bien délayée.

Lorsqu’on est intéressé à connaître la qualité d'une pierre à chaux , le meilleur moyen est d'en calciner un fragment à un feu de forge ; d'en former ensuite, par l'extinction ordinaire, une bouillie pâteuse, qu'on placera au fond d'un vase sous une eau pure; et si , au bout de huit ou quinze jours , cette bouillie a pris de la consistance et résiste à l'impression du doigt, c'est une preuve qu'elle peut fournir de la chaux hydraulique. Si la bouillie est molle, c’est le caractère certain d'une chaux commune.

En général, les chaux maigres ou hydrauliques sont les seules qui peuvent donner, par leur mélange avec le sable ordinaire, d’excellents mortiers pour les constructions exposées à l'air et à l'humidité.

M. Vient a trouvé le moyen de réduire les chaux communes en chaux hydrauliques. Celte méthode mérite toute l'attention des constructeurs par sa grande utilité ; elle a reçu l’approbation de l'Académie des Sciences et du Conseil des I'onts et Chaussées.

« Elle consiste , dit M. Vicat, à laisser se réduire spontanément en poudre fine, dans un endroit sec et couvert, la chaux que l'on veut modifier; à la pétrir ensuite, à l'aide d'un peu d'eau, avec une certaine quantité d'argile grise ou brune, ou simplement avec de la terre à brique , et à tirer de celte pâte des boules qu'on laisse sécher, pour les faire cuire ensuite au degré convenable.

«.On conçoit déjà qu'étant maître des proportions , on l'est également de donner à la chaux factice le degré d'énergie que l’on désire, et d’égaler ou de surpasser à volonté les meilleures chaux naturelles.

« Les chaux communes très-grasses peuvent comporter 0,20 d'argile pour 1,00. Les chaux moyennes en ont assez de 0,15 ; 0,10 , et même 0,00 suffisent pour celles qui oui déjà quelques qualités hydrauliques. Lorsqu'on force la dose jusqu'à 0,33 ou 0,40, la chaux que l’on obtient ne fuse point: mais elle se pulvérise facilement, et donne, lors-

(I) Re licrclin expérimentales sur les chaux île c nnstnrlinn , les bétons cl les mortiers ordinaires.

qu’on la détrempe, une pâle qui prend corps sous l'eau très-promptement. Quand les terres argileuses que l’on rencontre sont mêlées de graviers on de débris calcaires, on les jette dans un grand bassin plein d’eau; on les y délaie en les agitant avec un rabot; on fait couler la bouillie qui surnage dans un second bassin , où elle sert à former, avec la chaux en poudre, les boules en question. On parvient assez facilement avec un peu d'habitude à doser exactement les mélanges, quoique la terre soit ainsi détrempée; la manipulation se fait d’ailleurs mieux et plus vite que de toute autre manière.

» Il ne faut ]>as croire que l'argile cuite à part , et ajoutée à la chaux commune dans les proportions que nous venons d'indiquer, puisse donner les mêmes résultats que lorsque ces deux substances sont mêlées avant la cuisson. Le feu modifie les uns par les autres les principes qui constituent le mélange et donne naissance à un nouveau composé qui jouit de nouvelles propriétés. Cette vérité devient palpable lorsqu’on compare, par exemple, la couleur de la chaux factice (à argile ferrugineuse), qui tire sur le vert pâle un peu jaunâtre , à celle que contracte la chaux commune , broyée avec un peu de ciment rouge. Du reste, il y a une très-grande différence dans la manière dont ces composés se comportent sous l’eau.

« Il est bon de faire observer que la chaux factice ainsi obtenue , se comportant comme les chaux hydrauliques naturelles, ne foisonne que très-peu par l’extinction, et qu'un mètre cube n’équivaut guère, sous ce rapport , qu’à 0 ■",00 de chaux naturelle commune. »

La chaux grasse peut être employée avec économie et utilité pour les ouvrages d'une construction ordinaire, pour ceux qui sont dans des lieux secs et bien abrités, et pour les enduits; mais il faut qu'elle soit préparée avec soin.

La manière ordinaire d'éteindre cette espèce de chaux consiste à former deux bassins contigus, qui se communiquent par un conduit. Le plus petit est plus élevé; il sert à broyer la chaux, et doit avoir une petite grille, à l’entrée du canal de communication, pour retenir les corps étrangers qui peuvent se trouver mêlés avec la chaux. Le grand doit servir de réservoir à la chaux éteinte; lorsque celui-ci est rempli et que la chaux qu'il contient a pris un peu de consistance, on la recouvre d'un ou deux pieds de sable, pour pouvoir la garder aussi longtemps qu’on le désire. La chaux éteinte de cette manière perd ses bonnes qualités : 1“ lorsqu’elle a été noyée dans une trop grande quantité d'eau; 2" lorsque les parois du grand bassin sont perméables ; 3" lorsque la chaux, sans être convenablement couverte, reste exposée longtemps aux influences de l'air, de la pluie et du soleil.

Plusieurs constructeurs habiles préfèrent le procédé enseigné par Philibert de Lorme, qui consiste à former un on plusieurs bassins assez grands pour contenir la chaux nécessaire pour la construction entière des bâtiments que l’on se propose d'élever; puis la couvrir partout d'environ 2 pieds d'épaisseur de bon sable; ensuite, d'arroser ce sable à différentes reprises, de manière qu'il soit bien abreuvé, afin que la chaux en reçoive assez pour se dissoudre également : mais il faut avoir soin de fermer avec promptitude les fentes ou crevasses qui se forment dans le sable.

Vitruve veut qu’on laisse macérer longtemps dans les bassins la chaux fusée, avant de s'en servir, afin, dit-il, que, s'il se trouvait quelques pierres qui n’eussent point acquis au four le degré de cuisson nécessaire, elles pussent, par la longueur du temps, se diviser aussi parfaitement que les autres. Si l'on veut former des enduits avec de la chaux nouvelle qui n’a pas éprouvé une macération entière dans l’eau, il s’y trouve des petites pierres moins cuites, qui forment sur l'enduit des grains apparents, et qui, venant à se dissoudre, gâtent et détruisent le poli de l'ouvrage, forment des fentes et des gerçures.

Voilà pourquoi, suivant Pline, les anciennes lois défendaient aux entrepreneurs d'em-

ployer la chaux fusée dans des bassins couverts de sable, avant qu’elle n'eût trois années

de fusion.

L'eau la plus pure est la meilleure pour éteindre la chaux; les eaux troubles et boueuses l'allèrent; les eaux de puits, lorsqu’elles tiennent en dissolution, connue à Paris, des sels et des matières minérales, souvent contraires à la chaux, doivent être, autant que l'on peut, exclues, ainsi que l'eau de mer. U parait cependant que l'on peut quelquefois employer, sans inconvénient, cette dernière pour l'extinction de quelques especes de chaux grasses.

M. Vicat (1) ayant fait des expériences sur 105 espèces de mortiers, pour connaître l'influence du mode d’extinction de la chaux sur leur dureté respective, a obtenu des résultats qui sont en opposition avec l’idée généralement reçue que la chaux éteinte spontanément à l'air s’énerve et perd toute son énergie. 11 a reconnu, au contraire, qu'en comparant les trois procédés d'extinction, par fusion, par immersion, et spontanée, le dernier est supérieur au second, et celui-ci au premier, (tour les chaux communes, grasses, moyennes ou maigres, ainsi que pour les chaux hydrauliques peu énergiques. La supériorité indiquée est plus grande pour les chaux communes les plus grasses, et diminue au fur et à mesure qu’elles deviennent plus maigres et plus hydrauliques, de manière que, |>our celles qui le sont éminemment, l'ordre de su|>ériorité s'intervertit, et le procédé d'extinction par fusion acquiert la première place, et celui de l'extinction spontanée la dernière. M. Vicat assure que la manière d'éteindre les chaux exerce une influence tellement prononcée sur la dureté des mortiers, qu'en certains cas elle [veut la sextupler.

« La supériorité de l'extinction spontanée , dit M. Vicat, tient à des faits singuliers, que personne, que nous sachions, n’avait remarqués avant nous : c’est qu'une longue exposition à l'air, dans un lieu couvert et fermé au vent seulement, donne à ces espèces de chaux, à celles qui sont grasses surtout, des propriétés hydrauliques bien prononcées. IN ou s ne connaissons pas encore les limites du temps nécessaire à chaque chaux pour acquérir le maximum d’amélioration dont elle est susceptible ; mais l'expérience a prouvé qu'après une année d’exposition, des chaux grasses ont donné de bien meilleurs résultats que lorsqu’on les a employées immédiatemen t après leur réduction complète en poudre. » Ces résultats importants et inattendus méritent d’étre confirmés par de nouvelles expériences.

La chaux est toujours la base essentielle des mortiers ; mais elle ne suffit point pour leur donner la ténacité convenable : il faut qu’elle soit mêlée avec du sable ou avec d'autres substances, que uous examinerons successivement.

Sable.

Les constructeurs distinguent les qualités de sables d’après leur grosseur cl d'après les lieux d'oü on les tire. Ils nomment gravier le gros sable, arène celui dont les parties sont moins grosses et plus régulières, et enfin mblon celui dont les parties sont les plus ténues.

Les sables de fosse ou de mine, ceux de rivière et ceux de mer ont des qualités différentes qui les caractérisent.

Vitruvc, Palladio et plusieurs autres constructeurs donnent la préférence au sable de mine sur celui de rivière, pour faire de bon mortier, lorsqu'il ne doit point servir pour

, (1) Hechrrchcs sur le* mortiers, page <9.

les enduits ; car, dans ce cas , le mortier fait avec du sable de rivière est moins sujet à se Bercer et à se crevasser. Des expériences faites par M. Rondelet ont confirmé en partie l’opinion de ces prends architectes.

li résulte de ses expériences :

1* Que le sable de mine forme, à dose égale avec la même espèce de chaux, un mortier meilleur, plus dur et plus prompt à sécher que celui fait avec le sable de rivière.

2* Que le sable de mine fraîchement tiré et employé sur-le-champ, tel que la mine le donne, a produit un meilleur mortier (pie celui fait avec le même sable, mais lavé et séché ensuite au soleil.

3" Les sables siliceux forment un mortier moins dur que les sables moins purs, et ce mortier est très-longtemps A sécher.

4° Parmi les diverses espèces de sable, ceux dont la couleur est plus foncée forment en général tes meilleurs mortiers.

5- Le mortier fait avec du sable très-fin et avec le sablon n'acquiert pas la même dureté que celui fait avec du sable dont les grains sont de grosseur ordinaire.

6“ Le grès pilé fait un mortier de mauvaise qualité.

7” Avec la poudre de pierre calcaire dure , on obtient un mortier moins bon que celui fait avec la poudre provenant d’une pierre tendre.

8“ Un mélange de chaux avec la pierre à chaux même pulvérisée , no produit pas un aussi bon mortier que le sable de mine ou de la poudre de pierred’unc autre espèce qu c celle qui a servi à faire la chaux.

9" De la chaux provenant d'une pierre très-dure , mêlée avec de la pierre tendre de Conilans pulvérisée, a produit un mortier qui a acquis une consistance aussi dure et aussi compacte que la pierre de Contiens.

10° Un mélange de chaux et de ciment forme un mortier plus dur que celui auquel on a ajouté du sable.

1 1° Enfin , le mortier fait avec la chaux et le blanc de Bougivat acquiert plus de consistance et présente une contexture plus unie que le plâtre. Ce mélange étant lissé ut frotté avec de la |>cau , devient brillant comme le stuc d’Italie.

Les résultats des expériences de SI. Rondelet sont applicables aux chaux grasses, mais ne le sont point aux chaux hydrauliques. M. Vicat a reconnu expérimentalement que les sables purs siliceux conviennent parfaitement aux chaux maigres ; il paraîtrait , d’après cela, que le sable de rivière, plus pur que celui de mine, doit lui être préféré pour ces sortes de chaux. La grosseur du sable a une influence marquée sur le degré de force des mortiers exposés à l'air: les expériences ont indiqué à M. Vicat l'ordre de supériorité suivant :

Pour les chaux éminemment hydrauliques : I* les sables fins ; 2° les sables à grains inégaux, résultant du mélange, soit du gros sable avec le fin, soit de celui-ci avec le gravier ; 3° les gros sables.

Pour les chaux qui ne sont que médiocrement hydrauliques : 1" les sables mêlés; 2° les sables fins; 3" les sables gros.

Pour les chaux communes , grasses et très-grasses : 1“ les gros sables ; 2” les sables mêlés: 5° les sables fins.

« Les plus grandes différences que l'emploi de tel ou tel sable puisse faire naître entre les résistances des mortiers à chaux communes , ne s'élèvent guère au-delà d’un cinquième : mais elles dépassent un tiers pour les mortiers à chaux hydrauliques.

s Soit, ajoute M. Vicat, que le hasard y ait eu part, soit que les Romains aient connu les convenances réciproques des qualités de la chaux et de la grosseur du sable , ils ont

employé , pour la fabrication de leur mortier , à Cahors, un mélange de sable ordinaire et de gravier, tandis qu'ils pouvaient se servir séparément de l'un ou de l'autre. En d'autres endroits de la France , à Vienne par exemple , où la chaux est médiocre ils n'ont employé que du gravier. On a trouvé en Syrie des exemples de mortiers antiques romains très-durs, et composés avec un sable très-fin. L’aspect grisâtre de la chaux dont on s’estservi ne permet guère de douter quelle ne soit éminemment hydraulique. »

Le sable marin est ordinairement le plus mauvais. Vitruve lui reproche, 1” d'élrc trop longtemps à sécher lorsqu'on l’emploie dans la construction des murs ou des voûtes ; de sorte qu'on ne peut pas les construire sans interruption , et qu’il faut les laisser reposer; 2" d’avoir l’inconvénient, lorsqu'on recouvre trop tôt d'enduit les murs où ils ont été employés, de les dégrader en rejetant leur sel. Il existe cependant quelques localités , telles que , par exemple , les environs de Salerne, où l’on trouve du sable marin que les constructeurs ont reconnu aussi bon que le meilleur de mine.

Suivant Vitruve, Ton reconnaît que le sable est de bonne qualité , 1" si , étant frotté dans la main, il fait un petit bruit, effet que ne produit pas celui qui est terreux et sans aspérités; 2" si on jette du sable sur un vêtement blanc, et qu’après l'avoir comprimé et secoué il ne laisse aucune marque ni tache.

Il parait en effet que les aspérités du sable contribuent à lui faire éprouver une liaison plus forte et plus intime avec les particules de chaux.

Ciment.

Le ciment n'est autre chose que de l’argile cuite réduite en poudre; on le forme en pilant des tuileaux ou des briques bien cuites. Le ciment, mélangé convenablement avec la chaux , forme un très-bon mortier. Lorsque la chaux que l’on veut unir avec le ciment est éminemment hydraulique , on ajoute beaucoup à la dureté du mortier en faisant biscuire le ciment. M . Sganzin ( 1 ) rapporte que ce moyen a été employé avec succès à la construction du radier général du pont d’Alexandrie , en Piémont. L’ingénieur militaire chargé de cette construction fit éprouver, dans un fourneau à réverbère, un haut degré de chaleur à un mauvais ciment de briques tendres, et parvint ainsi à le convertir en un excellent ciment. Avant cette opération, dit M. Sganzin, le ciment formait un mortier qui se délayait dans l’eau, et n’était nullement propre à ce genre de construction, pour le succès de laquelle il fallait un mortier qui prit consistance dans l'eau immédiatement après son emploi.

On n’aurait point obtenu un aussi bon succès , si l’on eût employé de la chaux grasse car il résulte des expériences de M. Vicat que le mélange de ciment biscuit avec de là chaux très-grasse, fait perdre au mortier plus des deux tiers de la force qu’il aurait eue si le ciment n’avait point éprouvé une seconde cuisson.

Pouzzolanes naturelles et artificielles.

On donne ce nom , en général, aux substances qui, mélées avec la chaux, forment un mortier qui durcit promptement dans l’eau.

La pouzzolane naturelle est un produit volcanique qu’on trouve abondamment à Naples cl aux environs de Rome. C’est une argile ferrugineuse, mêlée de silice et d’un

(I) Programme d’un Court de conttrucliOH , publié par Dominique Avanao et C' S vol. in-4° avec Allas de 120 planches. Liège , 1840,

peu de chaux, et qui a éprouvé l’action d'une très-forte chaleur. La Toscane fournit une sorte de pouzzolane moins énergique , que Vitruvc nomma cnrbuncula.

On obtient des pouzzolanes artificielles de différentes manières :

1" En pulvérisant le basalte après lui avoir fait éprouver un degré de chaleur considérable.

2” En pulvérisant la pierre-ponce.

5» En soumettant à une forte chaleur les schistes, que l’on réduit ensuite facilement en poudre.

4” Les Hollandais pulvérisent, à l'aide de pilons mus par des moulins à vent, uue pierre volcanique , connue sous le nom de moellon d 'Andernach, et qui donne une poudre appelée trots, laquelle contient les mêmes principes et a les mêmes qualités que la pouzzolane naturelle.

5“ A Amsterdam , on tire de l’argile du fond de la mer : on la fait cuire fortement à la manière des briques: puis des pilons, mus par un manège, la pulvérisent.

6“ Les cendres de la houille qui a servi à la calcination de la chaux forment en général une bonne pouzzolane artificielle ; telle est la substance connue sous le nom de cendrée de Tournay.

7“ Le grès ferrugineux , cuit et pulvérisé , produit une autre espèce de pouzzolane artificielle.

Les pouzzolanes artificielles prennent divers degrés d'énergie, selon que la cuisson a été plus ou moins forte. M. Vicat a voulu consulter l'expérience pour connaître quel est le degré de cuisson qui convient le mieux aux diverses espèces pour former le meilleur mortier avec des chaux grasses et des chaux hydrauliques moyennes ; il a reconnu :

1” Que le degré de cuisson qu'ont les briques ordinaires est celui qui convient le mieux à l'argile, dont l’énergie s’affaiblit rapidement, ainsi que celle du grès ferrugineux, au furet à mesure que ces matières approchent du terme où elles commencent à subir une espèce de vitrification.

2“ Que la houille réduite en cendres à un feu lent l'emporte sur celle qui est parvenue à l'état de scories, dures ou friables, pesantes ou légères.

3° Que le schiste bleu demande à être chauffé jusqu'au degré où scs feuillets se boursouflent et se prennent en masses poreuses, légères, friables et d’un vert pâle.

4" Le basalte doit couler.

A l’égard de l’influence réciproque des qualités de la chaux et des pouzzolanes artificielles, les expériences de M. Vicat établissent l’ordre de supériorité suivant:

Pour une chaux hydraulique moyenne : 1° schiste ; 2" basalte ; 3” argile et grès ferrugineux (égalité).

Pour une chaux grasse commune : l”argilc ferrugineuse et basalte (égalité); 2“ schiste; 3* grès ferrugineux.

Puur une chaux commune très-grasse: 1° argile ferrugineuse ; 2“ schiste; 3“ basalte, 4* grès ferrugineux.

Pour une chaux commune très-maigre: 1° basalte; 2" argile ferrugineuse; 3" schiste; 4“ grès ferrugineux.

Dans les limites des proportions ordinaires , un mortier de chaux commune trèsgrasse l’emporte sur celui de chaux hydraulique moyenne, lorsqu'elles sont combinées l’une et l’autre avec du ciment de brique seul : et celui de chaux hydraulique reprend l’avantage lorsque le ciment est mêlé avec moitié sable. En général , une chaux commune convient mieux aux pouzzolanes très-énergiques qu’une chaux hydraulique.

« L’cxpéricuce indique . dit M . Virât , que si l’on range sur une même ligne , par ordre

d'énergie, tes chaux, il faudra placer les pouzzolanes sur une ligne parallèle et dans un ordre inverse, pour que les termes qui se correspondent sur celle échelle donnent ensemble les meilleurs résultats possibles. Ainsi les chaux hydrauliques de première qualité seraient en présence des sables éminemment quartzeux, les chaux communes trés-grasscs vis-à-vis des pouzzolanes douées d'une grande énergie. »

On voit, par ce qui précédé, que les chaux de toutes les espèces peuvent former des mortiers d’une force à peu prés égale, si l'on parvient à tes mêler convenablement avec la qualité de sable ou de pouzzolane qui leur convient le mieux; mais ces mortiers ne résisteront point également à l'action de l'humidité. Ceux à chaux hydraulique sont les seuls que cette cause ne peut altérer ; aussi faut-il les réserver exclusivement pour les surfaces que l'eau ou les vapeurs humides peuvent mouiller: mais les mortiers à chaux grasse peuvent être employés utilement , même dans les constructions hydrauliques ; car, comme le remarque judicieusement M. Vicat, dans ces sortes d'ouvrages , U faut distinguer les parties que l'eau touche sans cesse de celles qui , enveloppées de toutes parts, ne peuvent être eu colbmunicalion médiate avec ce Huide, à raison de l'imperméabilité de l'enveloppe : ainsi pour celles-ci , en bien des cas, on pourra se servir avec économie et avantage de mortiers à chaux commune.

Il ne faut cependant jamais oublier qu'avec le sable ordinaire seul les chaux communes font à peine prise dans l'eau, encore faut-il pour cela qu’elles aient été éteintes à l’air, sans quoi le mortier resterait toujours mou; tandis que les chaux hydrauliques, naturelles ou factices, ont les facultés : 1“ de durcir seules dans l’eau; 2" de former avec le sable pur d'excellent mortier et même préférable aux pouzzolanes quand elles ont beaucoup d'énergie; 3* ces facultés permettent de tenir les mortiers un peu gras, sans crainte pour leur solidification future : on peut conséquemment les étendre, les mastiver (battre) et les remanier après les avoir immergés ; ce qu'on ne saurait attendre des mortiers à chaux communes.

Des mortiers et des bétons.

Le béton n’est autre chose qu’un mortier auquel en ajoute des recoupes de pierres, des débris de tuileaux ou des cailloux, au fur et à mesure que Ton forme le mélange. Lorsque le béton est bien fait, il acquiert beaucoup de ténacité et de dureté ; il a la propriété de se durcir promptement et d'étre impénétrable à t'eau.

A Alexandrie, en Piémont, ou fabrique avec du béton des pierres factices qui suppléent aux pierres de taille ; on les nomme prismes, parce que, étant destinées spécialement à la construction des angles de muraille, on leur donne la forme d’un prisme triangulaire de 4 pieds de longueur sur 2 environ de côté. Ou emploie à cet effet une excellente chaux hydraulique que l'on éteint par fusion; quand elle a de 5 à 6 jours de coulée, on la place au centre d'un bassin de sable à grains inégaux, depuis la grosseur du sable ordinaire jusqu'à celle du fort gravier; ce sable est éminemment quartzeux et contient quelques débris calcaires : on corroie ensuite le mélange avec beaucoup de soin. Après cela on prépare une fosse triangulaire, dont on lisse les parois à la truelle avec de l'eau ; c'est dans cette fosse que l'on forme les prismes , en y déposant le mortier, dans lequel on distribue régulièrement des cailloux d’égale grosseur. Quand les prismes sont achevés, on les recouvre d'un pied de terre; ils restent enfouis pendant trois ans, puis on les relire pour en faire usage.

Les pierres factices proposées par M. Fleuret (1) ne sont autre chose que du béton

(1) Traite sur t'Arl üe composer les pierres factices.

confectionné avec soin. On peut former des briques blanches en massivant du mortier dans un moule saupoudré de sable; il paraîtrait , d'apres le témoignage de Vilruve, que les anciens ont fait quelquefois usage de ces briques blanches. Cet auteur parle, liv. 7, chap. 2, d'ouvrages légers que les Romains nouimaieut Albaria. Pline en fait également mention ( lib. 56, cap. 25).

La bonté des mortiers et des bétons dépend de plusieurs causes dont voici les principales : l"dcs proportions du mélange des substances qui concourent à leur formation;

2" de la manipulation ; 3" de la massivalion ; 4" de la dessiccation plus ou moins lente;

5" de l’influence du temps.

Quant aux proportions du mélange, les différences nombreuses qui distinguent les diverses qualités de chaux, de sables, de pouzzolanes, empêchent de pouvoir assigner des méthodes certaines et invariables; il n'y a que l'expérience qui puisse servir de guide à ce sujet , et ou ne doit point manquer d’y avoir recours avaut de commencer de grands travaux.

Les soins apportés à la manipulation des mortiers contribuent singulièrement à leur amélioration ; il faut qu'ils soient longuement et fortement corroyés, pour que les molécules de chaux soient bien divisées et bien amalgamées avec le sable, et pour faciliter l'union intime de ces matières.

« Je me suis assuré, dit M. Rondelet, par plusieurs essais, que plus le mortier est broyé, plus il acquiert de consistance, et plus il durcit promptement. Avec de la chaux ordinaire de Paris et du sable moyennement gros, je suis parvenu à faire des briques en mortier qui, au bout de dix-huit mois, avaient acquis presque autant de dureté et de consistance que le mortier des Romains. »

On ne doit employer que la quantité d’eau purement nécessaire; car l’expérience fait voir qu’en corroyant fortement le mortier avec un rabot ou broyon de fer, ii devient aussi mou qu'on peut le désirer; cette opération le rend souple et contribue à sa bonté. Lorsqu’une portion de mortier a perdu sa souplesse, parce qu’il n’a pas été employé assez promptement, on ne doit pas la lui rendre en ajoutant de l'eau, mais en l'incorporant par partie avec du nouveau.

Les expériences de M. Vicat font connaître la grande influence qu’a le mode de dessiccation des mortiers et des bétons sur leur bonté ; il résulte que les mortiers à chaux «

hydrauliques peuvent perdre, par la dessiccation rapide, les huit dixièmes de la force qu’ils auraient acquise par une dessiccation lente.

La dessiccation rapide est contraire aux chaux communes aussi bien qu'aux rhaux hydrauliques; pour s'en convaincre, il ne faut qu'examiner l’état pulvérulent du mortier qui sert de lit aux assises de briques ou de moellons dans la plupart des murailles construites pendant les grandes chaleurs de l'été , et dont les matériaux n’ont point été mouillés avant l'emploi.

, Vltruve blâme la maçonnerie en moellons tendres et poreux lorsqu'on n'y a pas employé une abondante quantité de mortier, i>arcc que ces pierres arides absorbent avec trop de promptitude l'humidité du mortier avant qu'il puisse acquérir toute sa consistance; la chaux et le sable pendent leur mutuelle adhésion, et le mortier n'a plus la ténacité convenable pour conglutincr toutes les parties qui forment la masse de la maçonnerie.

On peut, ajoute ce grand architecte, remarquer cet effet dans quelques monuments des environs de Rome, dont les murailles ont les parements en marbre ou en pierre de taille, et l’intérieur en biocaille. Cette pierraille, ayant absorbé l’humidité du peu de mortier que l'on avait employé, lui a fait perdre sa force de cohésion , et ne forme plus

qu’un amas incohérent qui repousse en dehors les parements et en désunit les joints.

La dessiccation du mortier peut être retardée de plusieurs jours, de plusieurs mois et mémo de plusieurs années, en le couvrant ou en l'enveloppant de terre ou de sable, dont les pluies ou l’arrosage entretiennent la fraîcheur. On peut accélérer cette dessiccation par une chaleur artificielle, ou par le contact de matériaux spongieux et absorbants.

Pour que les mortiers et les bétons fassent prise promptement sous l'eau, il faut qu'ils soient gâchés fermes autant que possible, sans cesser rependant d'étre ductiles. Une pâle trop molle prend lentement et reste toujours faible; une pâle trop dure s'abreuve, se divise et s'étend.

Les expériences de M. Vicat ont démordre ce qui suit :

' 1“ L’excès de chaux dans le béton en retarde la prise; les proportions les plus favorables à cette prise sont aussi celles qui donnent la plus grande dureté.

2” Les pouzzolanes énergiques, combinées avec les chaux communes, font corps plus vile qu'avec les chaux hydrauliques, et celles-ci reprennent l'avantage avec les pouzzolanes médiocres.

3" L’extinction de la chaux par immersion et l'extinction spontanée paraissent généralement plus propres à accélérer la prise que le procédé de fusiou.

M. Rondelet, à qui l’on doit un grand nombre d'expériences très-utiles sur les objets les plus intéressants de l'art du constructeur, n'a pas négligé de diriger ses recherches snr la force des mortiers. Il a fait, avec de la chaux de Marly, qui est une chaux grasse de moyenne qualité, des mortiers de diverses espèces, dont il fit faire des parallélépipèdes à base carrée, de 4 pouces de superficie; ces parallélépipèdes, ainsi que plusieurs autres de mortiers antiques et de plâtre, furent soumis à l'action de la machine à écraser les pierres.

lin des résultats les plus importants que l'on déduit de ces expériences, est que la massivation, c’est-à-dire l'action de battre les mortiers, augmente leur densité et leur force de plus d'un quart. Vilruve et les monuments antiques font connaître que les Romains firent un grand usage de ce procédé utile.

Le temps fait acquérir aux mortiers une plus forte consistance. M. Rondelet ayant éprouvé, au bout de 13 ans, des morceaux de mortier de même espèce que ceux de ses premières expériences, a retrouvé les augmentations de force suivantes;

Mortier de chaux et sable de rivière j.

de chaux cl ciment pur x-

de chaux , ciment et sable j.

de chaux et poudre de grès. . . . . . .vide chaux et poudre de pierre de Conflans. . .

de chaux et pouzzolane de Naples f. '

de chaux et pouzzolane de Rome j.

Il parait que le mortier de ciment pur avec l'espèce de chaux dont s’est servi M. Rondelet est celui qui a le plus de force; car, au bout de 15 ans, il a fallu un poids de 4,948 livres pour écraser un cube de 4 pouces superficiels de base, tandis que 3,100 livres suffisaient pour écraser un cube égal en mortier de pouzzolane. Ainsi le mortier de ciment éprouvé par M. Rondelet avait une force égale à celle des meilleurs mortiers antiques. Ce résultat est d’accord avec ceux des expériences de M. Vicat, qui établissent que, pour les chaux communes grasses, l'argile ferrugineuse obtient la supériorité sur toutes les pouzzolanes naturelles et artificielles.

La connaissance de la force d'adhérence des mortiers aux pierres et aux briques n'étant pas moins intéressante que celle de la résistance qu'ils peuvent opposer aux

pressions, M. Rondelet n scellé ensemble , deux à deux , des cubes de pierre de 2 pouces en tous sens; et, six mois après, il a examiné l'effort qu'il Fallait pour les désunir. Il n reconnu que la force d’union dépend de la qualité du mortier ou du plîtlrc, de celle des pierres et de l’aspérité plus ou moins grande de leurs surfaces. « Le plâtre ou le mortier s’attache plus fortement à certaines pierres qu’à d’autres, à une surface raboteuse qu’à une surface unie; mais, en prenant un résultat moyen, on trouve que cette force peut être évoluée, pour le mortier, à 103 livres pour 4 pouces de superficie, et 26 pour 1 pouce; et pour le plâtre, à 148 livres pour 4 pouces, et 37 pour 1 pouce. »

Il faut observer que la force d’union augmente avec le temps i>our le mortier, tandis qu’elle diminue pour le plâtre, surtout lorsqu’il est exposé aux injures de l’air ou à l’humidité.

La force qu’il faut pour rompre un parallélépipède de mortier, au bout de six mois, en le tirant par les deux bouts, est bien moindre que celle nécessaire pour l’écraser. Le rapport moyen entre ces deux forces est de 1 à 8.

Quant à la force, dit M. Rondelet, avec laquelle le mortier qui a acquis toute sa dureté unit les pierres, le plus grand nombre des expériences que j’ai faites à ce sujet donnent cette force plusgrandeque celle qu’il faut pour rompre le mortier en le tirant par les deux bouts, c’est-à-dire que son adhérence est plus forte que sa cohésion. Par rapport au plâtre, cette force est moindre. Le mortier se rompt dans le milieu de son épaisseur plutôt que de se séparer, et le plâtre se désunit des surfaces.

. Dans les constructions nouvellement faites, le plâtre adhère aux pierres et aux briques avec une force égale à la moitié de celle qu’il faut pour le rompre en le tirant par les deux bouts , et, dans les constructions en mortier, avec une force égale au tiers.

« jy c sorte que, jusqu’à sept ou huit ans, la liaison du plâtre est plus forte que celle du mortier; mais, après dix ou douze ans, celle du mortier est plus grande. On peut établir, en général, que, par rapport au mortier, la force avec laquelle il unit les pierres, lorsqu'il a acquis toute sa dureté, est au moins égale à celle qu’il faudrait pour le rompre en le tirant par les deux bouts, ou la huitième partie de celle qu'il faudrait pour l’écraser. L’adhérence du plâtre n’est que les deux tiers de la force qu'il faudrait pour le rompre en le tirant par les deux bouts, et la quatorzième partie de la force qu'il faudrait pour l’écraser.

„ La force d'adhérence moyenne , pour le mortier qui a acquis toute sa dureté, peut être évaluée à 75 livres par pouce superficiel, et à 60 pour le plâtre.

La pesanteur spécifique moyenne des mortiers est d’environ 105 livres le pied cube. La force de ceux de parfaite qualité, et qui ont acquis toute leur résistance, surpasse celle de la pierre de Saint-Leu, est à peu près égale à celle de la lambourde de Saint- Maur, et n’est que la cinquième partie environ de celle du marbre statuaire.

Du plâtre.

Il est quelques substances qui, étant calcinées et ensuite réduites en poudre, ont la propriété de former à elles seules un mortier qui durcit promptement; et qui , comme les mortiers mélangés, adhère fortement à la surface des pierres naturelles et factices : telle est une pierre silicéo-calcaire que l'on trouve en Angleterre, aux environs des mines de cuivre, et que l'on a retrouvée à Boulogne-sur-Mer, auprès du rivage. La pierre dont nous parlons est assez rare; mais il n’en est pas ainsi du plâtre, qui a la même propriété, et que l’on trouve abondamment dans un grand nombre d endroits, et surtout a Paris.

Le plâtre ou gypse est un sulfate de chaux qui ordinairement se trouve mélangé avec une quantité plus ou moins grande de carbonate calcaire.

La calcination du plâtre se fait avec bien plus de promptitude et avec une chaleur moins intense que celle de la chaux. Le feu doit d'abord titre modéré, puis on l’augmente.

On connaît que le plâtre a le degré de cuisson convenable lorsque l'ouvrier qui le gâche sent qu'il est onctueux et qu'il s'attache aux doigts. Le plâtre veut être mis en œuvre le plus promptement possible après sa calcination; car il est reconnu que l'action de l'air le détériore et lui fait perdre ses qualités. Voilà pourquoi , lorsque le plâtre doit être employé loin de sa carrière, on le transporte dans l’état de pierre, et on le calcine sur les lieux, immédiatement avant d'en faire usage.

On pulvérise le plâtre à bras d'homme avec des battes, ou mieux à l’aide d'une meule verticale qu’un moteur quelconque fait tourner.

Gâcher le plâtre se dit de l'opération qui le réduit cil (dite plus ou moins molle ; la quantité moyenne d'eau que l'on emploie à cet usage est à je u près égale à son volume.

Le plâtre gâché n'ayant pas de causticité, on peut se dispenser d'employer la truelle pour le mettre en œuvre, et le manier avec les mains sans danger.

Le plâtre bien cuit et bien gâché avec de l'eau pure a la force moyenne du mortier, et ce même plâtre gâché avec du lait de chaux acquiert une plus grande force.

Le plâtre gâché a des qualités qui sout en opposition avec celles des mortiers à chaux : 1* ceux-ci diminuent de volume en durcissant, tandis que le plâtre se gonfle en se solidifiant ; 2” le plâtre prend sur-le-champ une forte consistance , et il a d'abord plus d'adhérence aux briques et aux pierres que les mortiers ; mais celte adhérence diminue avec le temps, et celle de ces derniers augmente progressivement. Le plâtre doit être exclus des lieux humides; car il y perd sa cohésion, il s'exfolie et tombe en poussière.

Quand on emploie le plâtre en guise de mortier, comme on le fait à Paris, il ne faut jamais perdre de vue les effets que peut produire son gonflement, qui, dans quelques circonstances, deviennent ruineux lorsqu'on ne sait les empêcher. En général, il (end â faire gauchir les murs qui ne sont point retenus latéralement par d'autres constructions, comme on peut le remarquer dans la plupart des maisous de Paris, dont le peu de durée doit être attribué en grande partie à l'emploi du plâtre.

Il faut avoir l’attention de ne gâcher le plâtre qu'au fur et à mesure que l'on en a besoin, sans quoi il sécherait et ne pourrait plus servir.

Le plâtre ne doit jamais être employé dans les fondations des édifices, ni pour former la liaison des murs en pierre de taille. U adhère très-bien au fer, mais nullement au bois, â moins que celui-ci n'ait été lardé de clous.

On confectionne à Paris des carreaux de plâtre pour former des cloisons dans les bâtiments qu’on veut habiter de suite. Ces carreaux ne sont mis en œuvre que lorsqu’ils sont bien secs, afin d’éviter les effets dangereux qui résultent de l’évaporation de l’humidité que contiennent les plâtres frais. Ces carreaux ont 1 pied et demi de long, 1 (lied de large et 2 pouces et demi d'épaisseur. On les [>ose de champ; les joints, formant l'épaisseur, sont creusés dans le milieu pour recevoir le plâtre frais qui sert à les poser.

]>u BOIS.

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