‹ Traite elementaire de construction appliquee a l'architecture civileChapitre 4 sur 47 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des Pierres naturelles.

Les qualités qui constituent la bonté des pierres en général sont, 1* une contexture compacte, uniforme, d'une densité égale, ne renfermant ni cavités, ni fentes, ni corps étrangers ; 2° une teinte agréable ; S- ta faculté d'offrir des blocs aussi volumineux qu'on peut le désirer; A” beaucoup de dureté, de force et d’aptitude à résister à l’action de l'air, de l’eau, de la gelée, des corrosions salines et du feu.

La force et la dureté des pierres sont deux qualités différentes qu'on ne doit point confondre. Par le mot force d’une pierre, nous désignons sa résistance aux pressions; et par le mot dureté, celle qu’elle peut opposer aux frottements qui tendent à user et à séparer quelques parties de la masse dans un sens quelconque. Les deux espèces de résistances que nous venons d'indiquer diffèrent encore d’une troisième espèce que nous appellerons inaltérabilité , et par laquelle les pierres s'opposent à l'action destructive plus ou moins lente de l'air, de l'eau , de la gelée, des corrosions salines et du feu.

Msittance de» pierre» aux prettion».

Les anciens architectes n’avaient que des idées vagues et indéterminées sur les degrés comparatifs de résistance aux pressions, dont sont douées les diverses sortes de pierres. Cependant cette connaissance est indispensable lorsque l'on veut, sans imprudence, faire supporter une grande charge à des appuis Isolés qui n’auraient qu'une petite superficie de base, ou bien lorsque l’on veut construire en pierre une arche ou une voûte d’une grande ouverture; car dans ce dernier cas il faut, avant tout , savoir si les touttoir* ou coin» qui composeront l'arche ou la voûte auront une force suffisante pour résister aux pressions latérales qui tendent à les écraser.

Ce ne fut qu’en l'an 1770 qu'on commença à faire des expériences sur cct objet important. Voici quelle en fut la cause : M. Patte publia un mémoire dans lequel il contesta la force des piliers destinés à porter la coupole de Sainte-Geneviève; M. Gauthcy, ayant voulu répondre aux assertions contenues dans ce mémoire, vit qu'il était nécessaire, pour arriver complètement à son but , de trouver le moyen d'éprouver la force des pierres : il imagina donc une machine qui consistait en un levier, dont une des extrémités était arrêtée par un boulon , autour duquel il était mobile , et l’autre extrémité recevait un plateau de balance sur lequel on déposait des poids; on plaçait près du boulon, sur un appui très-solide, un petit cube de pierre qu’on voulait éprouver, et on chargeait le plateau autant qu’il le fallait pour écraser le cube. MM. Soufflot, Perronnct et Rondelet ont successivement perfectionné cette machine pour lui donner le degré d'exactitude convenable, et ont soumis à l’épreuve un grand nombre de pierres de diverses qualités. Cest surtout à M. Rondelet que l'on doit les expériences les plus nombreuses et les plus exactes dans ce genre; il en a consigné les détails dans le cinquième livre de son excellent ouvrage, intitulé Traité théorique et pratique tur T Art de bâtir. Nous devons nous borner ici à rapporter les principaux résultats du travail utile do ce célèbre constructeur, et nous ne pouvons mieux faire que de nous servir de scs propres expressions :

« Plus de huit ccnls expériences faites sur cent quarante-cinq espèces de pierres différentes m'ont fait apercevoir des indications générales sur les qualités les plus essentielles des pierres relativement à leur emploi dans la construction des édifices. Il résulte de ces indications, 1* que , dans toutes sortes de pierres, la pesanteur, la force, la dureté, la nature du grain, la contexture plus ou moins serrée, sont des qualités qui semblent se déduire les unes des autres; ainsi, dans les pierres de même espèce, les plus pesantes sont ordinairement les plus fortes, les plus dures, celles dont le grain est plus fin et la texture la plus compacte ; 2° que les pierres dont la couleur tire sur le noir ou le bleu sont plus dures que les grises, et celles-ci que les blanches ou rousses, et qu'en général celles qui ont les couleurs les plus claires sont ordinairement moins fortes et moins pesantes ; 3° que les pierres dont le grain est homogène et la texture uniforme sont plus fortes que celles dont le grain est mélangé , quoique ces dernières soient quelquefois plus dures et plus pesantes.

« Les qualités des pierres influent aussi sur la manière dont elles s'écrasent; celles qui ont le grain fin , la texture homogène et compacte, et qui rendent un son clair lorsqu'on les frappe, se divisent en lames ou'en aiguilles; les plus hères se brisent tout à coup et avec bruit, et se réduisent en poudre.

• Les pierres dont le grain est moins fin, qui ont leur texture moins compacte, et qui ne résonnent que peu ou point, se décomposent en pyramides, ayant pour base les surfaces du solide, de manière que les pointes se réunissent au centre, oti la pierre se réduit en poussière; les deux pyramides opposées, ayant pour base le dessus et le dessous du solide, chassent celles du tour; ces dernières se divisent par fentes verticales.

« Toutes les espèces de pierres éprouvées ont diminué sensiblement de hauteur, avant de s'écraser et même de se fendre. Celte diminution a été plus considérable dans les pierres qui se décomposent en pyramides.

« Lorsque les pierres avaient en hauteur plus de deux fois la largeur de leur base, les parties comprises entre les pyramides formées, se fendaient verticalement en sc divisant en lames ou en aiguilles.

« On a éprouvé encore qu’il faut moins de force pour faire fendre les pierres vives que pour les écraser, tandis que les pierres molles s'écrasent plutôt qu'elles ne se fondent.

« Mais l’indication la plus importante est celle qui fait apercevoir que la force des pierres de même genre est à peu près comme le cube de leur pesanteur spécifique.

« La force des pierres de même nature et de même forme croit à peu près en même raison que la superficie de leur base.

« Quant aux pierres qui ont des bases de même superficie , mois de figure différente, on a observé que celles dont la base est rectangulaire commencent à s’écraser sous un moindre poids que les pierres à base carrée : la différence est d'autant plus grande, que les côtés contigus du rectangle sont plus inégaux; lorsqu'elles ont peu d'épaisseur, les grandes faces résistent moins, et il ne sc forme pas de pyramides. Quand ces pierres ne sc brisent pas en lames et en aiguilles, il sc détache , par le haut des grandes faces, des parties qui produisent au milieu une espèce de biseau à deux pentes qui s'écrasent successivement.

« La force des cylindres est d'environ plus grande de celle des parallélipipèdcs de même superficie de base.

« Plusieurs cubes posés les uns sur les autres ont moins de force qu'un parallélipipède de même base et de même hauteur qui serait d’une seule pièce. La diminution de force Tient de ce que les fentes qui précèdent l'écrasement, en sc prolongeant d'un cube à

l'autre, empêchent la formation des pyramides intérieures, parce qu'il faut moins de force pour faire fendre une pierre, que pour former les pyramides qui causent l’écraseincnt. Ainsi, les pierres qui ne sont que posées les unes sur les autres doivent céder sous un moindre poids que celles qui sont liées par un ciment ou mortier quelconque. Cette diminution ne va pas cependant en raison du nombre des pierres posées les unes sur les autres.

* Les pierres ordinaires dont on fait usage pour la construction des édifices, commencent ii éclater et à se fendre sous une charge égale il un peu plus de la moitié du poids qu’il faut pour les écraser, et clics s'écrasent sous un moindre poids d'une charge continuée. Ainsi, en supposant que la charge que doit soutenir un mur ou point d’appui, se distribue également sur toutes les parties de leur surface, il serait imprudent de leur faire porter une charge égale à la moitié de celle sous laquelle ils pourraient s’écraser, parce que l'expérience prouve qu’il est impossible, quelque précaution qu’on puisse prendre , de compter sur le degré de perfection capable de produire cet effet. D’ailleurs , il faut encore avoir égard à la position des parties soutenues , qui ne sont pas toujours immédiatement posées les unes sous les autres de manière à ne produire qu’uu simple effort de pression, agissant perpendiculairement aux surfaces portantes: mais que ces parties sont souvent disposées de façon qu’il en résulte des efforts obliques tendant à renverser les pieds-droits qui les soutiennent , et à transporter sur une partie de leur surface la charge qui devrait être répartie également sur leurs surfaces entières.

« Il faut de plus avoir égard au mouvement qui se fait toujours sentir dans les édifices faits sans interruption, h l’instant où les grosses constructions viennent d’étre terminées, et que toutes les parties prennent leurs assiettes par l’effet du tassement et des irrégnlarites inévitables dans les ouvrages faits avec le plus de soin, et surtout pour ceux qui ont besoin de soutiens provisoires pour les exécuter, comme les voûtes. »

Résistance des pierres aux frottements.

Plusieurs motifs rendent nécessaire au constructeur la connaissance de la dureté des pierres, c'est-h-dire de la résistance qu’elles peuvent opposer aux frottements. Par ectto connaissance , 1* il pourra attribuer une juste valeur au travail des scieurs de pierres et des polisseurs de marbre; 2“ il saura choisir avec discernement les qualités de pierres les plus convenables pour les endroits assujettis à des frottements réitérés, tels que les escaliers, les pavés des lieux les plus fréquentés, des balustrades, des murs d’appui, etc.

En général, les pierres sont d’autant plus dures et résistent d’autant mieux aux frottements, qu’elles ont le grain plus fin et la texture plus uniforme, qu’elles ont une couleur plus foncée , qu elles sont plus sonores lorsqu'on les frappe ou qu’on les taille, et qu’elles sout plus pesantes. On remarque que les pierres qui exhalent une odeur de souffre lorsqu'on les travaille, ont ordinairement beaucoup de dureté.

La résistance des pierres aux frottements n'est pas toujours proportionnelle à la résistance qu’elles peuvent opposer aux pressions. Par exemple, l'expérience a prouvé que le granité dur résiste aux frottements environ doute fois plus que la pierre de liais, tandis qu’il ne résiste pas à une charge trois fois plus grande que celle sous laquelle cette même pierre s’écrase.

Le meilleur moyen de déterminer avec précision les degrés comparatifs de la résistance aux frottements des diverses espèces de pierres, c’est de suivre attentivement et de tenir compte du travail journalier des scieurs et des polisseurs; c’est ce que M. Morisot a fait. II a réuni, dans le quatrième volume de son ouvrage très-utile^

intitulé Tableau j: détaillé s de» prix de» ouvrages de bdlimcnlt, une longue suite d'observations intéressantes de ce genre, dont nous rapporterons les principales lorsque sous parlerons du marbre.

Inaltérabilité des pierres , ou résistance aux causes physiques d’altération.

Les principales causes physiques qui tendent continuellement à dégrader et à détruire les pierres sont., comme nous Tarons déjà dit, l’air, l'eau, la gelée, les corrosions salines et le feu.

Le moyen le plus certain et en mémo temps le plus simple pour connaître l'altérabilité ou bien l'inaltérabilité que peut avoir une espèce déterminée de pierre, c'est de visiter attentivement les plus anciens édifices où elle se trouve en œuvre; mais ce moyen n'est pas toujours praticable.

Lorsque les pierres proviennent de carrières que Ton commence à exploiter, il est indispensable d'en tirer plusieurs blocs, et de les exposer pendant un temps plus ou moins long à l’air, à l'eau, à l'humidité, à la gelée et même à l'action du feu.

Les anciens n’employaient les pierres dans leurs édifices qu’après les avoir exposées pendant deux ans consécutifs aux intempéries de l'air. Celles qui avaient supporté victorieusement cette épreuve, et qui n'avaient été altérées ni par l’air, ni par l'humidité, ni par la gelée, étaient employées comme pierres de taille; mais celles qui avaient été endommagées d’une manière quelconque étaient déposées dans les fondements ou bien elles étaient réservées pour les lieux abrités. Vitruve prescrit formellement cette précaution utile, que les modernes ont grand tort de négliger, surtout à Paris, où la plupart des pierres dont on fait usage ont le défaut d'absorber l’humidité, et d'éprouver les mauvais effets de la gelée, qui rend leur surface pulvérulente, fait éclater les parements et les rend écaillcui.

Jjous nous plaignons sans cesse du peu de solidité des constructions modernes, nous admirons aveuglément la force et la durée des monuments antiques, et nous négligeons, par une fausse économie, les préceptes les plus simples et les plus utiles que les anciens nous ont transmis et dont ils ont su faire un si bon usage.

Voici quelques observations qui peuvent aider à juger si une pierre est ou non susceptible de résister à l’action continue des agents destructeurs.

Les pierres siliceuses, c'est-à-dire celles qui font feu avec le briquet, ne s'altèrent point, en général, par l’action du feu, tandis qu’au contraire les pierres calcaires sont sujettes à éclater au feu dans les incendies. En cas de doute, on exposera In pierre que Ton veut connaître à l'action du feu pendant quelques heures, et on verra si clic se fend, si elle s'écaille, ou si elle se calcine à sa surface.

On connaîtra si une pierre résiste aux corrosions salines en la laissant séjourner dans Teau de mer ou dans quelques liqueurs salines.

H. Vicat (1) a observé que la contexture particulière des pierres modifie d'une manière singulière les effets que le froid exerce surettes. Ou croit communément que les pierres à grains fins et serrés doivent mieux résister à la gelée que les pierres poreuses et perméables. « L'expérience, dit cet habile ingénieur, dément tous les jours cette conclusion; car les grès et une foule de pierres calcaires, tellement perméables qu'on peut s’en servir

(t) ïecherchrs sur les mortiers . [wi;r 90.

pour filtrer, résistent parfaitement aux plus grands froids, tandis que certaines pierres dures et compactes, à cassure vitreuse, tombent en éclats.

« On se rend facilement compte de ce qui se passe dans ces diverses circonstances, en considérant que c’est moins la quantité d'eau contenue dans un corps solide, que la disposition qu’elle peut y prendre, qui décide sa rupture. Quand elle peut se loger dans ce qu'on nomme des fils, quelque imperceptibles qu’ils soient, elle agit comme coin dans toute leur étendue; mais, dans les pierres à tissu poreux ou cellulaire, il ne peut y avoir aucun ensemble dans les efforts de la dilatation; car elle s’effectue séparément dans chaque interstice, et comme tous sont contigus, les efforts se contrc-balancent : c’est ainsi que, quel que soit le nombre des voiltes d’un pont, toutes les poussées se détruisent l’une par l'autre. Près des surfaces, ces efforts sont encore affaiblis par une légère transsudation, qui rejette hors de la pierre une très-petite partie de l’excès de volume dû à la dilatation ; cela tient à ce que celte dilatation commence à s'effectuer quand l'eau jouit encore de sa fluidité : aussi remarque-t-on que les pierres perméables se couvrent d’une mince enveloppe de glace à la suite d'un froid rigoureux. Quand la transsudation n'est pas libre , les surfaces s’effleurissent, et de proche en proche les corps tombent en poussière jusqu'au centre. Au reste, ces effets sont sans cesse modifiés par le degré de ténacité des corps. »

Classification des pierres.

Les lilhologues ont établi diverses méthodes pour, classifier les pierres. Cronsted les a classées d'après leur composition chimique; Haûy, d’après la forme naturelle d’agrégation de leurs parties constituantes ; et quelques autres naturalistes ont pris pour base de classification les qualités apparentes ou physiques.

La plupart des constructeurs distribuent les pierres dont ils font usage, en trois classes , savoir : les marbres , les pierres dures et les pierres tendres. Ils désignent par le mot marbre toutes les pierres susceptibles de recevoir un beau poli. Ainsi ils comprennent dans celte classe le basalte, le porphyre, la serpentine, le granité, que les lilhologues placent au nombre des pierres composées ou roches, et enfin les pierres calcaires susceptibles d’étre polies, qui sont les seules auxquelles les naturalistes donnent le nom de marbre.

Les pierres placées dans la classe des marbres, outre la propriété qu’elles ont de recevoir un beau poli, qui est duc à leur grande dureté, ont la plupart encore celle d’être disposées dans les carrières en de grandes masses qui donnent le moyen de former des blocs plus ou moins volumineux, suivant le besoin.

Les pierres que les constructeurs désignent par le nom de dures, ont cependant bien moins de dureté que les marbres, et elles ont aussi moins d’homogénéité. Dans les carrières, ces pierres se trouvent ordinairement par lits ou bancs, dont l’épaisseur arrive rarement à 2 pieds. Les bancs, ayant une très-petite adhérence entre eux, déterminent le maximum d’épaisseur des blocs, qui conséquemment devient très-bornée, ne pouvant excéder celle de ces bancs.

Les pierres tendres s’appellent ainsi parce qu’elles ont moins de dureté que les précédentes; mais elles sont également disposées dans les carrières par bancs d’une médiocre épaisseur.

On distingue aisément les pierres dures d’avec les tendres, en ce que les premières ne peuvent se débiter qu’au moyen de la scie à l’eau et au grès : telles sont à Paris la pierre de liais et le cliquart; à Rome, la pierre travertine; à Venise, la pierre d’Istrie. Les

pierres tendres se débitent à la scie à dents; le Conflans, le Saint-Leu à Paris , la pierre de Costosa à Vicencc, sont de ce Genre.

Examinons maintenant en détail les genres et les espèces de pierres que renferment les trois classes admises par les constructeurs.

gimnifre Classe.

XKarbrci ou Pierre» lusocptible» de recevoir an beau poli.

Basalte.

Le basalte est un produit volcanique d'une grande dureté ; c'est une espèce de lave d'un gris noir et quelquefois verdâtre. Le pied culie de cette matière [lèse, en terme moyen, 20 1 livres; elle est susceptible d’une très-grande résistance verticale : M . Rondelet a reconnu que, pour écraser un cube de 4 pouces de superficie de base, il faut un poids de 124,416 livres. Celte résistance est cinq à six fois plus grande que celle du cliquart et du liait, qui sont les pierres les plus fortes que l’on emploie communément à Paris; et cette même résistance , comparée à celle de la pierre de Saint-Leu, est quarante fois plus grande.

Le basalte se trouve souvent par colonnes prismatiques, composées de plusieurs blocs superposés régulièrement. On en voit de cette espèce en Auvergne, dans le Padouan, à Stolpen en Poméranie, près de Marienbourg, en Irlande dans le comté d’Antrim et en plusieurs autres endroits.

Quoique la grande dureté du basalte en rende le travail long et coûteux, les Égyptiens et les Romains l'ont employé assez fréquemment pour en faire des cuves, des sarcophages et des statues. Le Musée possède quelques beaux monuments antiques en basalte, et spécialement un lion en basalte vert imitant le bronze; ce basalte est bien plus rare et plus précieux que le gris ou le noir.

Le basalte, en général, a la contexture serrée, le grain fin, présente des fractures brillantes et prend un poli éclatant. On s'en est servi et on s'en sert encore en quelques endroits pour le pavage des rues et des grandes routes.

Porphyre.

Le porphyre est, après le basalte, la pierre la plus dure dont les constructeurs fassent usage. Cette roche, dont la baso est le pélrosilex entremêlé de feldspath, est rouge ou verte, parsemée de petites taches blanchâtres et de petits points noirs. Le beau porphyre vert est plus rare que le rouge.

Les anciens tiraient le porphyre dont ils faisaient usage, d'Égypte, de fiumidie, d'Éthiopie, des Iles de l'Archipel , etc. Us en formèrent des colonnes monolithes quelquefois colossales ; celles qui existent encore à Sainte-Sophie de Constantinople ont environ 40 pieds de hauteur. On voit à Rome, à Venise, à Pise et dans quelques autres villes d'Italie, un grand nombre de colonnes et de tronçons de colonnes en porphyre. Le Musée de Paris en possède de très-belles , ainsi que des statues, des vases, des cuves et des tables de la même matière. ,

Les anciens ont inséré, dans le pavé de quelques-uns de leurs grands édifices, de belles dalles de porphyre. Les Italiens ont quelquefois imité le même genre de magnificence; on voit du porphyre dans le pavé de l'église de Saint-Pierre à Rome, dans celui de Saint-Marc à Venise, et dans celui de plusieurs autres églises moins célèbres. On connaît en Europe plusieurs carrières de porphyre. Une des plus considérables existe en

Suide, pris d'Elfredalen ; on y a établi une manufacture de vases et d’ornements prés deux, que Ton confectionne à l'aide de machines fort ingénieuses, mues par des roucç hydrauliques.

On trouve en France du porphyre dans les montagnes d’Esterel et du Pujet, prés de Roqucbrune ; à Fixin, département de la Cote-d'Or; dans les Vosges, auprès de Remiremont; à Fougeraies, près de Châlcau-Briant. La Transylvanie, la Nonvége, la Saxe, ]>ossèdent aussi des belles variétés de porphyre.

Le poids moyen d'un pied cube de porphyre est de 196 livres. Suivant Rondelet, il faut un poids de 119,808 livres pour écraser un cube de 4 pouces de superficie de base. On voit donc que la résistance verticale de cette roche n'est guère moindre que celle du basalte.

Serpentine.

La serpentine est une pierre verte avec des taches blanchâtres, très-dure et d'une nature analogue au porphyre. On l'emploie rarement, si ce n’est pour des vases et autres ornements de luxe. Il ne faut pas la confondre avec le marbre que les Grecs appelaient ophile, dont la teinte est d'un vert brun mêlé de taches quadrangulaircs, et de veines jaunes et vert pâle.

Granité.

Le basalte et le porphyre sont trop rares et ont une trop grande dureté pour ètro employés fréquemment. Il n’en est pas de même du granité, dont on trouve de nombreuses et d'abondantes carrières dans toutes les parties de l’Europe. Quoique sa dureté suffise pour rendre les constructions solides, et pour ainsi dire inaltérables, elle n’est point tellement excessive qu’elle puisse rebuter les constructeurs par un travail trop long et trop coûteux. Dans plusieurs pays la pierre de taille que Ton emploie usuellement n'est autre chose que du granité ; c’cst ainsi qu’à Milan on s’en sert, non-seulement pour la construction des monuments et des palais, mais encore pour les maisons particulières les plus simples. C’est avec du granité que Ton forme les jambages, les chambranles, les marches des escaliers, les pavés, les soubassements, les chaînes, et encoignures des murs, les entablements, etc. A Nantes, les soubassements de beaucoup de maisons sont en granité jusqu'au premier étage.

Les Egyptiens, et après eux les Romains, firent le plus grand usage du granité. Celte roche, composée ordinairement de quartz, feldspath et de mica, a été nommée par les Italiens grnnito, à cause de la multitude de grains ou taches différemment colorées et assez régulièrement distribuées que présente sa surface. Ou distingue plusieurs variétés de granités, qui diffèrent entre clics par la couleur, par la contexture plus ou moins homogène, et par la dureté. Le poids d’un pied cube n'est pas le même pour toutes les qualités de granité; il varie depuis 180 jusqu'à 200 livres : le beau granitc rouge oriental j>êsc 186 livres le pied cube. La force est également variable; car, |tour écraser un cube île 4 pouces de base, il faut un poids de 52,704 livres, si cest du granité rose oriental; de 49,536, si c'est, du granité feuille-morte des Vosges; de 39,168, si cest du granité gris de Bretagne; et seulement de 25,544, si c’est du granité gris des \osges. Ainsi, la résistance verticale du granité de cette dernière qualité ne sur|»assc guère celle du cliquart et du liais, tandis que celle du granitc rose oriental est plus que double.

Les constructeurs distinguent deux sortes de granités, le dur et le tendre. Le dur est celui où le quartz abonde, et où il n'y a que peu de mica. Le granité tendre, que Ion

désigne quelquefois par le nom de grisou, ne contient (|ue peu de quartz; il est friable, conserve mal scs a rites et ne forme pas de belles constructions.

Le granité jouit de la pricieuse propriété de pouvoir fournir aux constructeurs des blocs d'une dimension colossale. Les obélisques égyptiens, dont plusieurs décorent maintenant avec magnificence les places de Rome, sont des troncs de pyramides Irés-allongécs, monolithes, dune bailleur et d'une masse surprenantes. Celui que Sixte-Quint fit élever sur la place de Saint-Jean-Latran a 102 pieds de bailleur; sa base inférieure carrée a 9 pieds de coté ; sa cubalure est de 5,200 pieds environ, cl son poids de 990,000 livres à peu prés.

Les anciens Égyptiens ont employé de grands blocs de granité |>our faire des architraves et des plafonds d'une seule pièce. Quelques-uns de ces blocs avaient depuis 22 Jusqu’à 50 pieds de longueur.

Les colonnes de granité donnent la facilité de se procurer des points d'appui qui n'occupent que peu d'espace, extrêmement solides et d'une forme agréable : aussi en a-t-on trouvé un nombre prodigieux dans les mines des édifices antiques de Rome. Les Romains tiraient leurs colonnes de granité de l'Égypte, du file de Chypre et de l'tle d'Elbe.

Les colonnes monolithes qui décorent le portique du Panthéon romain sont de cette matière, et ont 36 pieds de hauteur. Le superbe temple, près du Colisée, dédié à Rome et à Vénus, dont l'architecte fut l’empereur Adrien même, était placé au milieu de deux portiques soutenus par de grandes colonnes de granité, que les fouilles récentes ont mis à découvert. Le Forum de Trajan, ainsi que la basilique ulpicnnc et le temple de Trajan qui en faisaient partie, étaient également décorés de plusieurs colonnes de granité monolithes, dont quelques unes avaient des dimensions colossales. Le grand salon des Thermes de Dioclétien contient des colonnes monolithes de granité égyptien, ayant 30 pieds de hauteur; on en voit deux autres de même dimension dans la basilique de Saint- Paul. Le Musée de Paris possède plusieurs belles colonnes de granité oriental de moyenne dimension.

On voit à Milan, dans la cathédrale et dans l'église de San-Fedcle, de très-belles colonnes modernes en granité appelé migliaro/o, qui ont environ 50 pieds de hauteur. La plupart des palais et des édifices de cette ville sont décorés intérieurement de portiques en colonnes de granité qui font un très-bel effet.

A Pétersbourg, la statue équestre de Pierre- le-Grand est placée sur un piédestal monolithe, formé par un énorme bloc de granité qui avait, avant d'avoir été taillé, 42 pieds de long sur 27 de large et 21 de haut. J'ai indiqué, dans mon Traité du mouvement des fardeaux, les moyens ingénieux que M. Carburi a mis en usage pour transporter cette énorme masse dont le poids était d'environ trois millions de livres.

Les anciennes carrières du beau granité égyptien se trouvent depuis Syènc ou Assuan jusqu'aux cataractes du Nil; elles sont situées sur le flanc des montagnes.

Les Iles de Sardaigne, de Corse, d’Elbe, fournissent plusieurs variétés de granité; la Toscane possède aussi des carrières de cette roche. Celui qu'on appelle granilo di arno est olivâtre, piqueté de points blancs et bruns. La variété appelée minera/e délia grattina est grise, parsemée de taches blanches.

Aux environs du lac Majeur, du côté de Baveno et du mont Orfano, on trouve les carrières du beau granité dont on se sert à Milan ; on lui donne le nom de migliaro/o. On distingue le migliarolo rosso, qui est picoté de points gris, rouges, noirs et blancs, d’avec le migliarolo blanc, qui est marqueté de petites taches grises et noires sur un fond blanc.

Les plus beaux granités de France se trouvent auprès de Rouvrai , sur la roule

d'Auxerre A Dijon; et aux environs d'Agey, pris de la montagne de Sombernon. On trouve, dans les montagnes des Vosges, des granités verts, des granités gris cl des granités feuille morte : les montagnes de la Bourgogne et de l'Auvergne , les côtes de l’Océan , depuis Cherbourg jusqu'à la Loire, en sont abondamment [vourvues.

Le granité, débité eu dalles plus ou moins épaisses, est excellent pour le pavage; il sert aussi convenablement pour faire des bornes, et il est très-utile pour la construction des ouvrages hydrauliques à la mer.

Marbres proprement dits.

Les marbres sont des pierres calcaires ou carbonates de chaux colorés par des oxides métalliques, dont le grain est fin, ta contexture serrée, et la densité telle qu'ils peuvent recevoir un beau poli. Les principales espèces sont :

1" Le marbre blanc statuaire : il a la propriété d’avoir une sorte de transparence lorsqu’on le débite en lames minces; les anciens, avant l'invention des vitres, adaptaient ces sortes de lames aux fenêtres ; le marbre blanc de Cappadoce était celui que l’on employait de préférence à cet usage. On rapporte que le temple de la Fortune, que Néron fit construire, avait des murs de cette matière, qui étaient transparents;

2“ L'albâtre , qui est une espèce de marbre plus transparent , mais moins dur que le marbre proprement dit; étant facile à travailler, on en forme des vases, des ornements délicats et de petites statues. Il y a de l'albâtre blanc et du veiné. L'albâtre ne doit point être confondu avec l'alabastrite, qui est une sorte de gypse ayant l'apparence de l'albâtre , mais moins de force et de dureté : tel est l'alabastrite de Lagny près de Paris;

5“ Les marbres qui n’ont qu'une seule couleur, tels que le noir, le rouge et le jaune antique ; ils sont ordinairement plus compactes, plus pesants et plus durs que les marbres de couleurs mélangées;

Les marbres nuancés de différentes couleurs : le nombre de variétés de cette espèce de marbre est très-grand ; on les distingue soit par la conformation des taches, qui sont ou ondées, ou veinées, ou arrondies, et plus ou moins grandes, soit par les divers mélanges de couleurs;

5“ La brèche : on appelle ainsi une espèce de marbre qui est composé de petits fragments arrondis, différemment colorés ot unis par un ciment calcaire:

6* Le marbre lumachelle, qui est un amas de petites coquilles qu’un ciment calcaire a entourées et réunies.

Outre cette subdivision des marbres en espèces, les artistes en ont adopté une antre, qui les distingue en marbres antiques et en modernes. Les premiers sont ceux dont les carrières sont épuisées, ou bien dont l’exploitation a cessé depuis plusieurs siècles; les seconds sont les marbres indigènes, qui sont ou pourraient être exploités.

Les marbriers de Rome vendent des collections de petits morceaux de marbre pour en faciliter la connaissance; et à Paris, on peut, en parcourant les galeries du Musée, s’exercer à connaître les plus belles et les plus rares variétés; car cet établissement magnifique contient une précieuse collection de colonnes et de vases en très-beaux marbres antiques et modernes.

Les marbres sont sujets à plusieurs défectuosités, que l’on désigne ainsi qu’il suit :

Marbre fier, est celui qui oppose beaucoup de résistance à la taille, et éclate facilement quand on veut y former des arêtes ;

Filandreux ou filardeux, celui dont la masse est séparée par des fils ou fentes qui le fendent sujet à se fendre, et nuisent à l'uniformité de son poli;

Terrasscvr , rrtni qui a des cavités plus ou moins grandes remplies de substances terreuses, auxquelles on est obligé de sid>slitucr du mastic.

Pouf, celui qui est susceptible de s’égrener, et qui par conséquent sc refuse à recevoir des arêtes vives ou d’autres parties fines de sculpture.

Cameloté, celui qui parait terne après avoir été poli.

La plupart des marbres n'offrent point dans leurs carrières des masses aussi homogènes, aussi fortement liées et réunies, que les porphyres et les granités. Dans plusieurs espèces un examen attentif fait apercevoir des couches superposées, plus ou moins régulières, adhérentes et rapprochées, et souvent à peine visibles. Il faut avoir égard à cette conformation, lorsqu'on soumet les blocs de marbre au sciage ou à la taille. Il est essentiel de les débiter autant que possible dans un sens parallèle aux couches susdites. Il est des cas cependant où il faut s’écarter de cette règle : le marbre de Felcuil, dont on fait usage à Paris depuis quelques années, et qui est connu sous le nom de petit granité, offre une exception remarquable ; les veines de ce marbre, étant parallèles aux couches, présenteraient une disposition désagréable si l'on ne prenait le parti de le débiter dans un sens oblique.

Parcourons maintenant avec rapidité les principales variétés de marbre, en adoptant la subdivision qui les classe en antiques et modernes.

Marbres antiques.

Les marbres blancs ou statuaires, dont firent usage les Grecs et les Romains, étaient particulièrement le penlélique, la Paros, le marbre du mont Hymettc, le marbre de Luna, et le marbre cappadocicn.

Le marbre pentélique s’appelle, en Italie, cipol/a ou cipolin statuaire, à cause de certaines couches ou veines verdâtres qui en séparent les masses, et qui servent à le faire reconnaître, ainsi que quelques petits points noirs que Dolomicu y a fait remarquer. Le Parthénon à Athènes, et le Stade qu’Érodc-Atlicus fit construire, étaient de ce marbre, lequel ayant la propriété de se diviser facilement par tranches, servait souvent à former les dalles qui couvraient les temples.

Le marbre de Paros, si renommé par son éclatante blancheur, a les grains plus gros et plus éclatants que le pentélique.

On tirait du mont Hymettc, près d’Athènes, un beau marbre un peu cendré, dont on faisait des colonnes de grandes dimensions.

Le marbre des anciennes carrières de Luna, près de Carrare, sc distingue des précédents en ce qu'il a les grains plus fins que le Paros, qu'il n’a ni les couches verdâtres ni les petits points noirs du pentélique, mais plus d'homogénéité.

Le marbre cappadocicn, à cause de sa transparence, était spécialement destiné à former les lames minces que l'on adaptait aux fenêtres.

Les marbres noirs antiques sont le Ténarien, le Lydien, l'Alahandiquc et celui de nie de Chio. Le marbre de Syène, en Égypte, était noir avec des taches rousses. Le marbreantique appelé en Italie nero c bianco, est mélangé de blanc, de noir et de jaune. Le portor est un marbre noir, avec des veines d'un jaune doré, qui se tirait des anciennes carrières de Luna, près de Carrare. Il y a deux variétés de marbres antiques dits africains : l'un est noir avec de grandes taches blanches; l’autre est un très-beau marbre mélangé d'un rouge couleur de chair, et d’un rouge sauguin foncé, avec des veines obscures et noires, fort minces et ondoyantes. Le Musée de Paris possède des colonnes de ces quatre dernières espèces de marbre.

Le rouge antique est un marbre d'une seule couleur et d’une grande dureté. 11 existe

a Rome des statues de Bacchus, de Faunes et de Silène, en rouge antique. On voit au Musée de Paris une louve de ce marbre. Le rosato-antico présente de grandes taches jaunes et rouges fondues ensemble.

On dislingue diverses espèces de jaunes antiques : 1° le jaune antique proprement dit, d'une seule couleur jaune doré, étant très-dur, reçoit un poli éclatant: ce marbre est fort rare; 2" la brèche de jaune antique, dont on voit plusieurs pièces au Musée de Paris, est veinée de rouge et de jaune fondus ensemble, avec des veines blanches ; 5* une autre brèche jaune antique est parsemée de petites taches jaunes, rouges et verdâtres, distinguées par des traits noirs.

Il y a diverses variétés de vert antique ; le plus connu est un mélange de vert tendre, de vert foncé, avec des points noirs. On voit au Musée plusieurs colonnes de ce marbre précieux.

Le marbre gris antique, appelé pidochioso, est tacheté de petits points noirs, gris et jaunes. Le cipolino-antico est veiné de blanc, de jaune doré et d'un gris tirant sur le vert. Les colonnes monolithes du temple d’Antonin et Faustine sont de ce marbre, dont le Musée possède quelques colonnes de moyenne grandeur. Le marbre numidique est grisâtre, avec de petites taches jaunes.

La brèche antique, appelée porta-santa, est mélangée de taches inégales bleues, blanches , rouges et grises.

Le lumachello est ainsi nommé parce qu’il est rempli de taches grises, noires et blanches, tournées comme des petites coquilles de limaçons.

L'albâtre égyptien était célèbre par sa beauté et par sa transparence. Le Musée possède nne superbe statue dlsis en albâtre égyptien. L’albâtre oriental veiné est remarquable par les riches et belles tiuances de couleur qu’il présente.

Marbres modernes.

Les marbres modernes les plus estimés viennent de l'Italie et d'Espagne. La France possède près de deux cents carrières de marbres plus ou moins beaux, qui ont été jusqu’à présent trop négligées.

Parmi les beaux marbres d'Italie on distingue particulièrement les blancs de Carrare, de Gènes, de Sienne, de Saint-Julien près de Pise. Dans presque tous les endroits où il y a du marbre blanc on trouve du marbre veiné de gris ou de roux. Le pied cube de marbre blanc pèse 188 livres, et il faut un poids de 19,000 livres environ pour écraser un cube de 4 pouces de base.

La Sicile et Vollerra en Toscane fournissent de belles qualités d'albâtre blanc transparent , dont on fait des vases et des statues.

Le marbre noir le plus estimé s’appelle parangons , et se tire du Bergamasquc; on en trouve aussi à Frabosa en Piémont , à Braga et à Yallcrano en Toscane , à Garzaniga dans le Bressan. Le marbre noir pèse: 190 livres , et il faut un poids de 47,000 livres pour écraser un cube de 4 pouces superficiels de base. On trouve du marbre noir et blanc à Porto-Vencrc , à Alcino,à Braga, etc.

Le marbre appelé Bardiglio a la teinte bleu lurquin mêlé de taches de blanc sale; on en trouve à Carrare, sur les côtes de Gènes, près de Sienne, etc.

Dans le Bcrgamasque, on trouve du beau marbre gris de plomb et blanc appelé Occhiadino, à cause de la conformation de ses taches. La Toscane , le Génois , possèdent quelques marbres analogues.

On trouve du marbre vert nuancé à Susa, à Saravczza , à Porto-Vcnerc, à Prato, à Pratolino, à Pise, à Pisloie, en Sicile, et en plusieurs autres endroits.

Sienne fournit un beau jaune à taches blanches. Le Véronals, le Trentain, la Sicile, possèdent des variétés de rouge nuancé de différentes manières.

On trouve en Italie de nombreuses variétés de brèches : la plus belle est connue sous le nom de Diaspro di Sici/ia; elle présente un agréable mélange de rouge, de gris, de vert, d’olive et de blanc. On peut voir au Musée deux magnifiques colonnes de ce marbre.

Les carrières d'Italie offrent aussi plusieurs variétés de lumachelle, c’est-à-dire de marbre coquillé, et diverses variétés de brocale/le. Le marbre brocatelle de Sienne, qui présente des taches violettes et couleur d’orange, est fort beau ; mais les brocalelles les plus estimés sont ceux d’Espagne, qui viennent de Tortose, dans l’Andalousie. Il y en a deux variétés principales , l'une à fond rouge sanguin avec de petites taches jaunes, dorées, grises et blanches; l’autre mélangée de couleurs isabelle jaune , rouge pâle et gris.

Les anciens , et après eux les Italiens , ont fait grand usage de marbre dans les édifices publics et dans les palais des riches. Les temples de Rome bâtis du temps des empereurs en étaient la plupart revêtus tant à l’extérieur qu’à l'intérieur. Des colonnes d’une seule pièce les environnaient , de gros blocs formaient les entablements et les frontons , le toit était couvert de grandes dalles en marbre, et les pavés revêtus de riches mosaïques.

Tous les parements visibles des arcs de Titus, de Scptima-Sévère et de Constantin, ou , pour mieux dire , de Trajan , étaient construits avec de gros blocs de marbre blanc.

Une grande partie de l’intérieur du Colisée avait un revêtement en marbre précieux, et la plupart des gradins qui formaient les sièges pour les spectateurs étaient en marbre blanc, taillé et mis en œuvre avec une intelligence admirable.

Les plus anciennes églises de Rome , construites à l’instar des basiliques , étaient soutenues intérieurement par deux ou par quatre files de colonnes en marbre d'un seul morceau. Dans Saint-Pierre et dans un grand nombre d’autres églises modernes de Rome , les colonnes et les revêtements de marbre précieux brillent de toutes parts. A Paris, nous n'avons que les galeries du Musée qui puissent nous donner une idée de cette espèce de décoration aussi magnifique que durable, et laquelle, quoique coûteuse, mérite bien d’être imitée , à cause de son inaltérabilité lorsqu’elle a été soigneusement exécutée.

Les marbriers de Rome savent travailler le marbre avec autant d’adresso que d’économie. Ils ont l'art de revêtir ( impelliriare ), avec des lames très-minces, des pilastres, des colonnes et autres ouvrages, qui paraissent être d'une seule pièce. Us savent tailler les joints de manière que le mastic qui les unit forme des veines et des accidents qui paraissent naturels au marbre; ils profitent par ce moyen des plus petits morceaux et des plus irréguliers, qu'ils savent varier de manière à réunir les beautés des marbres les plus précieux.

La France, quoique richement pourvue de marbres de toutes les espèces, a négligé jusqu’à présent l'emploi de ces matériaux , dont le mérite ne consiste point seulement dans l'éclat du poli et dans la beauté des couleurs, mais bien plus dans la dureté, dans la force, dans la grandeur des masses, qui permettrait de remplacer, par des colonnes et des architraves monolithes, ces péristyles fastueusement mesquins, où de nombreuses raies noires, Iracécs par l'intempérie des saisons, décèlent la petitesse et la mauvaise qualité des matériaux qui y furent employés.

Les marbres subissent en général trois préparations principales, savoir : le triage, la taille et le polmagc.

DLS PIERRES NATURELLES.

Sciage.

Le scia pe se fait à l’aide d’une scie sans dents sous laquelle on dépose alternativement de l’eau et du grès pilé. Le sciage peut s'effectuer de deux manières différentes, ou à l'aide d'une machine mue par l'eau courante, ou simplement à bras d’homme. Par la première mélhode, en usage cnFlandre et en plusieurs autres endroits, on obtient une trèsgrande économie, fl est des usines où le prix du sciage mécanique est réduit à la huitième partie de ce que coûte le sciage ordinaire, et où par exemple le sciage d'un pied superficiel de marbre ne revient qu’à 3 sous au lieu de 24 que coûterait le même ouvrage effectué par un scieur. It est donc bien désirable que de semblables établissements se multiplient, surtout auprès vies carrières , de manière qu'au lieu de transporter les blocs bruts, on n’ait plus qu’à transporter des pièces déjà taillées et façonnées.

Le sciage mécanique s’effectue à l'aide d’u n ou de plusieurs châssis armés d'un nombre de lames proportionné à la force des moteurs. On voit en Flandre des usines dont les châssis ont jusqu'à 16 lames de 8 pieds de longueur, et que l'on écarte plus ou moins suivant l'épaisseur que l'on veut donner à chaque tranche. La roue hydraulique transmet aux châssis un mouvement alternatif horizontal; une trémie verse continuellement sur le bloc que l’on débite, l’eau et le grès nécessaires.

Les scies dont les «rieurs de marbre font usage ont environ 8 pieds de longueur. Un bon scieur produit, en terme moyen, cinquante alternations de scie en une minute, c’est-à-dire il la pousse et il la retire cinquante fois, en lui faisant parcourir de 15 à 20 pouces à chaque allée et venue.

Pour débiter les tranches, on réunit autant que possible plusieurs morceaux bout à bout, de manière que le trait soit au moins de fi pieds de long et au plus de 7 pieds fi pouces : ensuite on les scelle en plâtre sur une dalle de pierre d’environ 6 pieds, avec des rebords de chaque côté.

M. Morisot ayant fait un grand nombre d’observations sur le travail des scieurs de marbre, en a déduit les appréciations suivantes :

1" Le sciage de l’albâtre des Pyrénées, qui est le plus tendre des marbres, exige 56 heures pour une toise superficielle; et le polissage, 56 heures.

2" Le sciage du blanc statuaire, du blanc veiné et du noir de Caen, exige 72 heures pour une toise superficielle; et le polissage, 62 heures.

3* Le sciage d’une toise carrée d’albâtre oriental exige 76 heures.

4° Le sciage d'une toise carrée du bleu turquin et du bleu antique exige 80 heures.

5" Le sciage d'une toise carrée du Rance, du Cerfontaine, du Sauzielle, du Traîneau, du Franchimont, du Merlemont, du Saint-Remy, du Malplaqué, du Rouge-de-Laval, du Château-Landon, de Bourbonnais gris et du lumacheile à petites coquilles, exige 84 heures.

6” Le sciage d'une toise carrée de griotte de Flandre, du Voldané, du Solure, du Gochené , du Barbançon , du Vausor et de la brèche grise, exige 88 heures.

7° Le sciage d’une toise carrée de dix variétés du Sainte-Anne, du Bocanal et de la brèche d’Alep, exige 92 heures.

8” Le sciage d’une toise carrée du Feleuil exige 96 heures.

9" Le sciage d'une toise carrée du Laval noir, de la griotte d’Italie, du Languedoc incarnai, du Californie, du Cervelas, du Roqucbrune, du Tray, du Saint-Beaume, du Saracolin , du Dantin, du Vcgrctlc , du vcrt-campan , du campan rouge non cuivré, du campan isabellc, du brocatcllc antique et du brocalellc d’Espagne, exige 100 heures.

10° Le sciage d'une toise carrée du vert-vert ou vert de Cènes, du Porter, de ta brèche

violette, du jaune de Sienne, da jaune de Vérone, de la brèche de Venise, exige 112 heures.

Il* Le sciage d'une toise carrée du Bourbonnais blanc et fond rouge du Balvacaire , du Languedoc turc, exige 116 heures.

12° Le sciage d’une toise carrée de noir de Dinan, de noir de Namur, de jaspe de Sicile, exige 120 heures.

13° Le sciage d'une toise de brèche violette, de campan rouge lorsqu'il s’y trouve beaucoup de parties cuivrées, de lumachellc à grandes coquilles, exige 121 heures.

14° Le sciage d'une toise carrée du Tarentaisc, du vert de Turin, du vert d'Égypte, du vert de Nice, de la brèche africaine et du jaspe du four, exige 128 heures.

13* Le sciage d'une toise carrée de vert antique exige 132 heures.

16° Le sciage d'une toise carrée de cipolin, cl de vert porreau, exige 136 heures.

17° Le sciage d'une toise de granité gris de Normandie exige 504 heures.

18" Le sciage d’une toise carrée de granité de Bretagne exige 560 heures.

19" Le sciage d'une toise carrée de granité gris des Vosges exige 700 heures.

20° Le sciage d’une toise carrée de granité , dit feuille morte des Vosges exige 728 heures.

21° Le sciage d’une toise[carrée de granité vert des Vosges exige 756 heures.

22° Le sciage d'une toise carrée de granité rose antique exige 784 heures.

23° Le sciage d'une toise carrée de porphyre exige 1,176 heures.

Les observations de M. Morisot, que nous venons de rapporter, sont d'une grande utilité , non-seulement parce qu'elles donnent le moyen de calculer exactement le prix du sciage des espèces de marbre les plus connues, mais encore parce qu'elles offrent un tableau comparatif de la dureté , c'est-à-dire de la résistance qu'ils peuvent opposer aux frottements.

M. Morisot n’a point borné ses recherches au sciage des marbres ; mais il a examiné en détail ce qui concerne la taille et le polissage.

Taille de» marbre».

M. Morisot a déterminé qu’en 22 heures un marbrier peut foire un pied cube d’évidement sur blanc statuaire ou blanc veiné , pour ébaucher une colonne ou des moulures. Mais le même ouvrier consommera 32 heures de travail pour creuser un pied cube de même marbre entre quatre côtés conservés, comme lorsqu’il s'agit de faire des cuvettes et des baignoires.

Les personnes qui désirent connaître de nombreuses indications relatives à la taille des autres espèces de marbres, doivent consulter le quatrième volume de l’ouvrage de M. Morisot, que nous avons déjà cité, et qui est intitulé Tableaux détaillés des prix des ouvrages de bâtiment.

Potitiag».

Le polissage ainsi que le sciage peut s'effectuer, ou à l’aide de machine, ou simplement à bras d'homme. Le premier moyen est bien plus économique, surtout lorsqu'il est mis en usage auprès des carrières mêmes, là où un courant d'eau offre un moteur vigoureux et peu coûteux. Les machines que l'on peut employer pour le polissage des marbres, sont à peu près semblables à celles en usage dans quelques manufactures de glaces.

On distingue, dans le polissage du marbre, six opérations consécutives.

La première opération se nomme égritage , et sert à faire disparaître les trous que

Ic ciseau ou la scie a laissés sur la surface du marbre. On l’effectue en frottant sur le marbre avec un morceau de grès , ou bien avec des molettes, sous lesquelles on met dn grès pilé et de l'eau. La seconde opération consiste à le frotter avec un morceau de faïence non émailic ou bien avec la pierre de Gothland, sous laquelle on met du sable doux ou de la ponce pulvérisée. Troisièmement, on remplit soigneusement de mastic les cavités qui sc trouvent à la surface du marbre. Quatrièmement, on adoucit, c’est-àdire on mouille et on frotte avec une pierre-ponce des plus dures. Cinquièmement, on plombe, c’esl-à-dire on frotte avec une molette de plomb, sous laquelle on met de l'émeri très-fin; ou bien on se sert d'nn bouchon de linge fin pour molette, avec du plomb en limaille et de l'émeri très-fin.-Sixièmement, on relève, c’est-à-dire on donne le dernier poli que chaque marbre [>cut recevoir; et cela d'abod à l'aide d’un bouchon de linge humecté d'eau et trempé dans de la potée réduite en poudre, et ensuite on frotte à sec.

On nomme potée une poudre extrêmement fine qui sert à donner le dernier poli. Les marbriers en connaissent deux principales, savoir : la potée rouge et la potée d'étain. La première est une combinaison de ’- de salpêtre brut et de y de sulfate de fer, que l’on expose, après le mélange, à une forte chaleur pendant 24 heures; on pulvérise le tout, on le lave à plusieurs reprises et on le passe au tamis. La potée d’étain est le résultat de l'oxidation de l'étain par l'eau-forte, et la plus belle vient de la province de Cornouailles, en Angleterre.

Les observations de M. Morisot sur le polissage nous offrent le tableau suivant.

Polissage d’une toise carrée.

L'albàtre des Pyrénées exige 57 w».

Noir de Caen, Bocanal, blanc statuaire, blanc veiné, albâtre oriental ... 62

Rance, Cerfbntainc, Sauziclle, Franchimont, Mcrlcmont, Voldené,

Solure, Gochené, Barbançon. Vausor, Saint-Remy, Malplaqué, rouge Laval, rouge de Caen, lumachelle à petites coquilles, bleu

turquio, bleu panaché 67

Griotte de Flandre, brèche grise, dix variétés de Sainte- Anne,

Feleuil, Chàlcau-Landon, Bourbonnais gris 75

Laval noir, Bourbonnais blanc fond rouge, brèche universelle, griotte d’Italie, Languedoc incarnat, Califurnie, Cervelas, Uoquehrune,

Salaison, brèche d'Alep, Tray, Saint-Beaume, Serancolin, Danlin,

Ycyrettc, vert-vert, carnpan vert, cainpan rouge, campan wi belle, brèche violette, brèche de Vérone, brèche de Venise, brocalclle

antique, brocatclle d'Espagne 87

Noir de Dinan, noir de Saumur, Balvacaire, Languedoc-turc, por-

tor, jaune de Sienne, jaune de Vérone, jaune antique 95

Lumachelle à grandes coquilles, brèche africaine, jaspe de Sicile,

jaspe du four, vert antique 114

Vert de Turin, vert de mer, vert d'Égypte, Tarentaise, brèche

violette, campan rouge cuivré 119

Cipolin, vert-porreau 143

Granité rose des Pyrénées 436

Granité gris des Vosges, granité de Cherbourg, granité gris et vert des Pyrénées, granité oriental 485

Granité, feuille morte des Vosges 5<2 he “ , “-

Granité vert des Vosges 570

Porphyres 1,02G

Dtuiitmc Clawt.

Pierre» dore» non susceptible» d’être polie».

Les pierres fortes et résistantes qu'c l'on emploie dans les constructions sans être polies, se nomment pierres dure », pour les distinguer de celles qui servent au même usage, mais qui ont moins de dureté.

Les bonnes qualités que l’on désire généralement dans les pierres dures sont, indépendamment de leur force, d'avoir le grain fin et homogène, la texture uniforme et compacte, de résister à l'humidité, à la gelée, et de ne pas éclater à un fou violent. Mais comme il existe peu d'espèces qui réunissent éminemment toutes ces propriétés, l’architecte, qui n’est pas toujours le maître d’emplojer des matériaux sans défauts, doit s'attacher à étudier soigneusement les qualités des pierres dont il pourra faire usage, et il chercher les moyens d’en éluder les défectuosités. Il les éludera s'il sait assigner à chaque espèce la position , la forme et la grandeur qui seront les plus analogues à sa nature.

En effet, si, dans un édifice quelconque, il y a des parties exposées à l'humidité et à toutes les intempéries de l'air, il y en a d’autres que leur position mettra à l’abri de ces agents nuisibles. De même, s’il y a des parties exposées à de fortes pressions et à des frottements réitérés, il y en a aussi qui n’out que des cha rges très-médiocres à supporter, ou bien sur lesquelles les frottements ne peuvent agir.

Les bancs des pierres sont communément séparés par des couches plus ou moins épaisses de matière pierreuse non encore consolidée, et à laquelle on a donné le nom de bousin. Il importe de dépouiller soigneusement les pierres de ccttc matière sujette à se dissoudre à la pluie et à l’humidité, et à se réduire en poussière, ainsi que le font 1rs moiei.

On appelle moics les cavités qui se trouvent dans les pierres et qui sont remplies d’une substance moins dure. Lorsque les moics ont une certaine étendue eu longueur et qu’elles forment des espèces de fentes plus ou moins considérables, on les nomme filandre». Si ces fentes n’ont qu’une petite épaisseur , on leur donne le nom de fils. Une pierre se dit pleine si elle n’a ni moles , ni filandres , ni fils. Pierre franche est celle dont la contexture étant homogène ne présente pas dedéfauts dans sa taille et n’offre pas de résistance irrégulière h l’outil qui la façonne. Les tailleurs de pierre appellent ficres celles qui sont difficiles à travailler et qui repoussent le marteau; ils appellent coquillières celles qui contiennent des coquilles, et caillouteuses celles qui renferment des cailloux.

Les pierres qui forment des masses continues peuvent sans inconvénient être mises en œuvre dans un sens quelconque. Il n’en est pas de même des pierres qui résultent de couches superposées, plus ou moins épaisses, plus ou moins uniformes et plus ou moins adhérentes : dans ce cas, pour qu'elles puissent supporter la plus grande pression possible, il faut qu’elles soient mises en œuvre dans le même sens que dans la carrière, ou, pour mieux dire, il faut que les couches soient parallèles entre elles et horixontales ; car, dans cette position , le poids superposé contribue à consolider leur union, au lieu que ce même poids tendrait évidemment à les feuilleter, c’est-à-dire à les >é-

parer par lame* , si les pierres étaient placées dans tin sens oliliqne on rertieal par rapport à ces mêmes couches. Celte fausse position des pierres mises en œuvre se nomme pose en délit. Tous les constructeurs s’accordent à la proscrire, comme très-nuisible à la solidité : cependant il est un cas où la pose en délit peut être tolérée, et c'est lorsque l’on veut faire des colonnes d'une seule pièce, en se servant de pierres calcaires du genre dont nous nous occupons; mais il faut alors que ces colouncs n'aient qu'un poids médiocre à supporter. Les colonnes de la façade de Versailles du côté des jardins, et celles de la cour du Louvre, sont ainsi disposées.

On nomme pierres de grand ou de bas appareil celles qui portent plus ou moins de hauteur de blanc après avoir été ébousinées et atteintes au vif. Pierres bmtcssotA celles qui n'ont pas été ébousinées ; débitées, celles qui ont été taillées à la scie ; faites, celles qui sont entièrement taillées et en état d'être posées.

On donne le nom de pierres de taille à celles qui ne s’emploient qu’après avoir été équarries et taillées régulièrement. ■

Les libages sont de gros quartiers trop bruts et trop irréguliers pour être équarris; ils servent spécialement dans les fondements.

Les moellons sont des petits blocs qui proviennent soit d'un banc peu épais, soit de la taille des gros blocs. Avant de les employer , il faut les ébousiner; et lorsqu'on les met en œuvre , il faut avoir soin de les poser sur leur lit. Les moellons seront d'autant meilleurs, qu'ils seront bien équarris et bien gisants. On appelle moellon piqué celui qui est réduit à une hauteur uniforme, et dont le parement est piqué avec la pointe du marteau.

Les pierres dures que les constructeurs emploient sont ou calcaires ou siliceuses.

Vimei dures emioutres.

Liais.

La plus belle des pierres calcaires dures dont on fasse usage à Paris et aux environs est le liais. Son grain est fin, sa texture compacte et uniforme; mais il ne porte que de 7 à 12 pouces de hauteur de banc. On en distingue deux variétés , le liais franc ou doux , et le liais férault. Ce dernier est plus dur et s'emploie de préférence à l'extérieur. La chapelle de Versailles en est bâtie. On tire le liais du faubourg Saint-Jacques , de Saint-Cloud et de Saint-Leu. Le pied cube pèse 170 livres. Un cube de 4 pouces superficiels de base s’écrase sous le poids de 27,000 livres. Le sciage d’une toise superficielle exige 07 heures. On en fait des bases de colonnes, des cimaises d'entablement , des tablettes de balustrades, des chambranles de cheminée et des pavés pour les vestibules et les salles à manger. Dans les carrières de cette pierre, on remarque que les bancs inférieurs ne sont pas d'aussi bonne qualité que les premiers : ils sont sujets aux moies et aux fils , et sont séparés par des couches épaisses de bousin. Le liais souffre des dégradations par la gelée, lorsqu’on l'emploie dans l'arrière-saison cl avant que son eau de carrière soit entièrement évaporée.

CUquart.

Le cliquarl est une pierre dure , moins fine que le liais : on la tire d'Arcueil , de Mcudon et de Vaugirard. L’épaisseur de ses bancs est de 12 à 14 pouces. Son poids est de 170 livres le pied cube. Pour écraser un cube de 4 pouces de superficie de base, U faut un poids d'environ 24,000 livres. On emploie cette pierre pour faire des assises au rei-dc-chaussée et des socles sous les colonnes.

Roches.

Les pierres ainsi nommées onl de la dureté; mais elles sont coquillcuses : on les (ire de liagneux, de Passy, d’Arcueil, de Ch&tillon, de Saint-Maur et de Saint-Leu. L'épaisseurdes bancs est de 15à 18 pouces. La pesanteur spécifique est de 165 livres le pied cube. La résistance verticale dont elle est douée est un tiers moindre environ de celle du cliquart.

On voit à Versailles et au Louvre des colonnes d’une seule pièce en roche de Saiut- Cloud. Elles ont de 15 à 18 pieds de hauteur : elles sont posées en délit; mais clics n’ont que des charecs médiocres à supporter. Le sciage d’une toise carrée de celte pierre exige 72 heures.

Banc franc.

Cette pierre , dont le poids est d’environ 160 livres le pied cube , a le grain plus fin et plus homogène que les roches ; mais sa résistance verticale est un peu moindre. La meilleure se tire d’Arcueil; elle porte environ 12 pouces d’épaisseur. Les parties inférieures de l’égljsc de Sainte-Geneviève sontconstruitesde cettepierre. Le sciage absorbe A5 heures chaque toise carrée.

Pierre de Saillaucourt.

Elle a servi à la construction du pont de Ncuilly et de celui de Louis XVI. Elle pèse 168 livres le pied cube. Sa résistance verticale n’est qu’environ la moitié de celle des roches. Les temples antiques de Sicile sont construits avec une pierre analogue et qui se trouve en grandes masses dans les carrières.

La pierre de Chàtcau-Landon , près de Nemours , se trouve en forme de roche à 1"} pieds sous le sol. On en exploite des blocs qui ont jusqu'à IG pieds de long sur 4 à 5 de large et ô de hauteur. Cette pierre a une couleur jaunâtre. Son grain est assez fin et sa contexture serrée ; mais elle est remplie d'une grande quantité de petites cavités. L’arc de triomphe à la barrière de l'Étoile est construit en pierres de Châtcau-Landon.

Pierre tracer line de Rome.

Cette pierre calcaire dont le grain est fin résiste à toutes les intempéries de l'air, ne prend point des teintes irrégulières et désagréables comme le font les pierres de Paris; mais elle est persillée et elle a le défaut commun aux pierres calcaires d’éclater au feu. Scs bancs n’ont pas des épaisseurs égales; leur hauteur varie de 20 à 28 pouces. Le pied cube pèse 165 livres; sa résistance verticale est moindre que celle du cliquart et du liais, et est à peu près égale à celle des pierres que nous désignons sous le nom de roches. .Saint-Pierre , le Colisée, le théâtre de Marcellus et la plupart des beaux édifices antiques et modernes de Rome , sont construits avec cette pierre. Celle qui fut employée à la construction des temples de Pestum a beaucoup d’analogie avec le travertin de Rome.

Pipemo de Rome.

C’est une pierre moins belle que le travertin , mais plus dure, qui se conserve mieux dans l’eau , et dont les anciens se sont servis pour construire la Cloaca ma. rima.

Pierre d’ latrie.

Les pi us beaux édifices de Venise sont construits avec cette pierre calcaire , qui a des qualités analogues à celle de ChMcau-Landon , au travertin et à la pierre de Vérone. On en distingue de trois espèces, savoir : les blanches fines, les blanches cendrées et les blanches rousses.

Les blanches fines sont les plus belles; leur grain est extrêmement fin et compacte; elles se taillent très-bien et se polissent comme le marbre. Les bancs étant fort épais, on peut en tirer de gros blocs pour faire des colonnes, des architraves et des corniches.

Les blanches cendrées sont un peu plus dures et plus fortes ; mais elles noircissent à l'air.

Les rousses sont les moins dures, et l’air salé de la mer les ronge.

Pierre* ooxnposéea.

Peperino d$ Rome.

C'est une espèce de lave grise , dont ont fait usage è Rome. Le pied cube ne pèse que 138 livres. Quoique sa résistance verticale soit un tiers moindre environ que celle du travertin , néanmoins elle est plus difficile à tailler, parce qu'elle est parsemée de parcelles noires très-dures. Les laves sont fréquemment employées dans les constructions i Naples et en Toscane.

Pierre meulière.

La pierre meulière, dont on se sert à Paris en guise de moellon brut, est de nature siliceuse , et , pour ainsi dire , criblée de trous plus ou moins grands ; on en tire beaucoup de Corbeil. Lorsque cette pierre est employée avec du bon mortier, elle forme une maçonnerie très-solide et nullement désagréable à la vue , surtout quand les parements sont encadrés de pierres de taille, comme ou le remarque aux abattoirs et à t'cntrc|M)t des vins. Cette espèce de maçonnerie exige une plus grande quantité de mortier; et il faut aussi plus de temps pour qu'elle se sèche. L’acliou du feu n’allèrc point la pierre meulière.

Gréa.

Le grès est une conglomération de grains de sable quartzeux , réunis à l’aide d’un gluten particulier. Cette pierre se trouve souvent en masses ou rochers informes, et quelquefois par bancs ou couches de différentes épaisseurs. La taille du grès est dangereuse pour les ouvriers qui le travaillent sans prendre les précautions nécessaires, lesquelles consistent à se placer de manière qu’un courant d’air puisse entraîner la poussière du côté opposé et loin d’eux. On remarque que, plus le grès est dur, plus il sc laisse facilement diviser en morceaux d’une figure déterminée.

Le poids moyen du grès est de 173 livres le pied cube. Sa résistance aux pressions est à peu près égale à celle du ctiquart et du liais. *

En plusieurs pays il est employé comme pierre de taille , et il fait de bonnes constructions quand il est bien choisi.

Auprès de Mayence, on trouve des carrières de grès, qui fournissent des blocs d’une grosseur considérable , qu’on emploie dans la construction des édifices. Il sc laisse tailler proprement, il reçoit les ornements les plus délicats de la sculpture; iln’est point sujet à se déliter et il résiste bien aux intempéries de l'air et de l'eau.

DES PIERRES NATURELLES. 3t

A Paris, le grès est spécialement employé au pavage. Il y en a de deux espèces, le dur et le tendre ; la couleur de ce dernier tire sur le gris. Quelquefois on l’emploie dans la maçonnerie en guise de moellon : dans ce cas, on doit le mettre en œuvre avec du mortier de chaux et de ciment; et les maçons laissent ordinairement des cavités dans les assises , pour prévenir les mauvais effets que pourrait produire une inégale dessiccation du mortier. En général, le grés employé comme moellon ne réussit pas très-bien , parce qu'il ne se lie que faiblement au mortier.

Schiste ».

On donne le nom de schistes à des pierres feuilletées, telles que l'ardoise. On distingue deux sortes d'ardoises, la dure et la tendre : la dure sert à faire des pavés et des dessus de table; la tendre, qu’on débite en feuilles trés-minces, sert à couvrir les édifices.

La bénin, dont on se sert à Milan pour faire des dalles de grande dimension , qui ont beaucoup de force avec une médiocre épaisseur, est une espèce de schiste micacé que l'on tire de Bevera, prés de Domo-d'Ossola.

Iroisthnt ttloest.

Pierrei t«odr«#.

Les pierres tendres dont on fait le plus d’usage à Paris, sont la lambourde et le Saint-Leu.

Les bancs de lambourde portent depuis 24 jusqu'à 36 pouces de hauteur. Le pied cube pèse environ 130 livres. Sa résistance verticale n’est environ que la cinquième partie de celle des roches*. On tire la lambourde d'Arcueil, du faubourg Saint-Jacques, de Bagneux, de Montrouge. Il faut la laisser sécher sur la carrière avant de l'employer; car elle est sujette à la gelée. Le sciage d'une toise carrée de lambourde exige 4 heures et demie.

Saint-ten.

La meilleure pierre tendre qu'on emploie à Paris est celle de Saint-Leu-sur-Oisc. Elle pèse 120 livres le pied cube. Sa résistance verticale est un peu moindre que celle de la lambourde. Il y en a de trois espèces, l’une qu'on appelle simplement Saint-Leu, la seconde est appelée pierre de Trossy, et la troisième se nomme vergelé. La pierre de Trossy est très- fine et très-belle; on l’emploie ordinairement aux ouvrages de sculpture et aux ornements d'architecture. La pierre dite vergelé est plus ferme que le Saint-Leu et le Trossy, elle est même d'un plus gros grain et plus jaunâtre; on l'emploie aux ponts , quais et autres ouvrages de cette espèce , exposés à l'eau et aux injures du temps , auxquelles elle résiste fort bien.

Confions.

La pierre tendre que l’on extrait de Confions Sainte-Honorine, prés de Saint-Germain, a un grain très-fin et elle est appropriée aux ouvrages de sculpture. L’entablement du portique de Sainte-Geneviève est de celle pierre.

Ceppo de Milan.

Celte pierre tendre, dont on fait usage à Milan , est jaunâtre et facile à travailler ; mais elle s'endurcil à l’air et prend une teinte grisâtre. Plusieurs églises et autres édi-

ficcsde cette Tille sont construits avec cette pierre, dont le pied cube pèse 155 livres,

et dont la résistance est plus que double de celle de la lambourde et du Saint-Leu. .

Tufs.

Les tués sont des pierres volcaniques, moins dures que les laves , et dont on fait beaucoup d'usage à Rome, à Naples et dans plusieurs autres endroits. Vitruvc les désigne, sous le nomd epa/lienses, de fidenates et albanenses. Les unes sont rougeâtres et les autres d'un gris-jaunâtre. Leur poids n’est que d’environ 90 livres le pied cube, et leur résistance verticale est un peu moindre que celle de la pierre de Saint-Leu.

Les tufs, ainsi que la plupart des pierres tendres , lorsqu'ils sortent do leur carrière, n'ont point encore acquis le degré de force et de dureté dont ils sont susceptibles; voilà pourquoi on ne devrait jamais les mettre en œuvre qu'après les avoir exposés une. année au moins à l'air, pour que leur humidité naturelle s'évapore et qu'ils puissent prendre toute leur consistance.

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