EAUX MINÉRALES
indispensables pour guérir une dermatose. Un séjour dans une clinique ou dans un hôpital avec des pansements bien faits sous une habile direction est presque toujours plus utile à un malade atteint d’une affection cutanée qu’un séjour de même durée dans une station hydro-minérale.
Il y a cependant des eaux qui conviennent comme topiques dans certaines dermatoses : Louèche et la Bourboule dans le psoriasis, dans les prurits circonscrits ou même diffus avec lichénification ou eczématisation, les eaux sulfureuses dans les séborrhéïdes et dans certains eczémas dont elles calment le prurit, ont depuis longtemps fait leurs preuves.
Mais, d’après nous, une eau minérale est surtout indiquée lorsque la maladie de peau dépend étroitement du mode d'existence du sujet, du milieu qu’il habite, des préoccupations auxquelles il est en proie, du surmenage, etc.. Dans ces conditions on est à peu près certain de lui faire beaucoup de bien en l’envoyant passer quelques semaines dans une station hydrominérale dont les eaux ne puissent pas irriter ses téguments, dont le climat lui convienne, et dans laquelle il trouve le calme et le repos qui lui sont nécessaires. C’est ce qui explique les bons effets que nous obtenons chez les gens du monde avec des séjours dans des stations sédatives telles que Schlangenbad, Néris, Bagnères-de-Bigorre, qui ont des eaux douces au toucher et indifférentes, dans des stations d’altitude comme Gastein, comme Saint- Gervais-le-Haut et même comme la Bourboule malgré l’active minéralisation de cette dernière source.
Cela posé, voici les quelques indications générales que nous pouvons donner :
Les eaux sulfureuses s’adressent surtout aux organisations lymphatiques, strunieuses. On choisira les eaux sulfurées sodiques fortes comme Barèges, certaines sources fortes de Ludion quand on voudra agir avec beaucoup d’énergie et modifier localement une éruption à forme torpide comme certaines tuberculoses locales ou certaines parakératoses, les parapsoriasis par exemple.
On prescrira des eaux sulfurées sodiques moins fortes comme Cauterets, les sources faibles de Luchon, Ax, les Eaux-chaudes, Amélie-les-Bains, le Vernet, lorsque l’on aura besoin d’une action moins énergique, quoique efficace encore, comme dans certaines folliculites rebelles, dans les acnés juvéniles, dans les séborrhéides eczématisées des lymphatiques.
On aura recours aux eaux sulfurées sodiques faibles comme Saint-Sauveur, Moligt, la Preste, les sources dégénérées de Luchon, d’Aix, si l’on veut avoir, avec l’action générale du soufre sur la constitution lymphatique, des effets plutôt sédatifs qu’excitants sur la lésion locale; on y traitera avec succès certains eczémas prurigineux rebelles.
Les eaux sulfurées calciques comme Saint-Honoré, Allevard, Enghien, sont localement un peu excitantes et ne conviennent pas aux tempéraments nerveux et sanguins; elles sont indiquées chez les lymphatiques torpides.
Les eaux chlorurées sulfurées dontLriage, Gréoulz, sont des types, sont excellentes dans toutes les dermatoses dérivant du lymphatisme quand elles ne sont pas trop irritables, et qu’on veut exercer une action tonique et reconstituante sur l’économie. Parmi elles Uriage est fort employé dans les eczémas rebelles, prurigineux, dans les eczémas séborrhéiques, dans les eczémas impétiginisés des enfants, dans les folliculites, les furonculoses, les acnés et les séborrhées.
Les eaux chlorurées sodiques faibles comme Bourbon-Lancy, Bourbon-l’Archambault, et moyennes comme Bourbonne-les-Bains, Kreuznach et Nauhcim sont indiquées dans certaines dermatoses se reliant à un tempérament lymphatique et
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s’accompagnant d’engorgements ganglionnaires comme le prurigo typique de Ilebra.
Les eaux chlorurées sodiques fortes comme Salies-de-Béarn, Briscous-Biarritz, Salins-Moutiers, Salins du Jura, La Moullière, Rheinfelden, etc., donnent des résultats dans les tuberculoses locales.
Les eaux chlorurées sulfatées, comme Brides, Saint-Gervais, Baden en Suisse, agissent heureusement sur la constitution arthritique, sur la constipation et la congestion des organes pelviens. Leur emploi peut donc être indiqué dans les dermatoses qui se relient à cet ensemble de phénomènes. Quand elles contiennent en outre, comme Saint-Gervais, du gaz azote, de l’acide carbonique et un principe sulfureux extrêmement faible, leur champ d’action s’étend singulièrement et s’adresse dès lors à toutes les affections cutanées d’origine arthritique (et surtout aux eczémas) lorsqu’elles ont une tendance marquée à l’excitation.
Les eaux chlorurées bicarbonatées, dont le type en France est Royat, varient beaucoup dans leurs effets suivant les localités. Royat par exemple s’adresse à toutes les dermatoses d’origine arthritique, mais surtout lorsque l’état général est débilité, épuisé ; ces eaux sont un peu excitantes, et elles déterminent parfois des poussées aiguës. Cet inconvénient est encore plus marqué à Chatelguyon, où ne peuvent rester les personnes quelque peu sujettes à l’urticaire. Saint-Nectaire est également excitant et reconstituant : on y envoie des arthritiques lymphatiques.
Les eaux bicarbonatées sodiques , dont les deux types principaux sont en France Vichy et Vais, sont surtout employées comme modificateurs généraux de l’état arthritique : on ne saurait trop en recommander l’usage interne aux sujets hyperacides qui présentent cette constitution, mais leurs effets locaux ne sont pas encore suffisamment bien établis dans la plupart des dermatoses.
Les eaux bicarbonatées calciques et bicarbonatées mixtes, comme Alet, Saint- Alban, Lamalou, Pougues, Sail-les-Bains, ont à peu près les mêmes propriétés, quoique, d’une façon générale, elles soient moins irritantes au point de vue local et beaucoup plus appropriées (du moins quelques-unes, comme Sail-les-Bains), aux traitements interne et externe des dermatoses eczémateuses. On sait que les homæopathes attribuent, pour cette dernière eau, ses propriétés à la silice qu’elle renferme.
Mêmes remarques encore à propos des eaux bicarbonatées sulfatées, telles que Contrexéville, Vittel, Ussat, ce sont des eaux excellentes au point de vue interne chez les uricémiques, mais peu appropriées au traitement local des dermatoses.
Les eaux sulfatées calciques, comme Aulus, Bagrières-de-Bigorre, Gapvern, Louèche, peuvent rendre de grands services dans les dermatoses rebelles chez les arthritiques névropathes. Bagnères-de-Bigorre nous a souvent paru fort efficace chez les eczémateux irritables, prurigineux, et d’une manière générale chez les arthritiques nerveux atteints de dermatoses prurigineuses; les sources du Salut et du Foulon sont éminemment sédatives, et l’on sait que les eaux de Bagnères renferment de l’arsenic en quantité appréciable.
La névropathie dans les affections cutanées est en outre heureusement combattue par les eaux indéterminées thermales simples , comme Néris, Plombières, Bains, Schlangenbad, Wilbad en Allemagne, Ragaz en Suisse, Gastein en Autriche.
Les eaux ferrugineuses ne sont que rarement indiquées dans les maladies de la peau : il faut qu’il s’agisse d’individus profondément anémiés chez lesquels une médication tonique et martiale s’impose.
EAUX MINERALES
Dans le traitement des dermatoses, nous devons faire une place à part aux eaux de Saint-Christau et de la Bourboule.
Les eaux ferro-cuivreuses de Saint-Christau sont excellentes dans les eczémas, dans les eczémas impétiginisés, dans les séborrhéides eczématisees, dans le lupus plan et les lichénifications (douche filiforme), dans la séborrhée, les acnés et surtout dans les leucoplasies des muqueuses.
Grâce à leur minéralisation exceptionnelle (chlorurées-bicarbonatées-arsénicales), les eaux de la Bourboule remplissent des indications multiples, s’adressent aux constitutions à la fois arthritiques et lymphatiques, et modifient heureusement toutes les dermatoses sèches kératosiques, les dermatites polymorphes douloureuses, la lèpre, les lichens, les prurigos, certains eczémas, certaines séborrhéides, les prurits circonscrits avec lichénification (douche filiforme).
Il est inutile de faire remarquer que ce rapide tableau d’ensemble, si incomplet, par trop succinct et schématique, ne peut donner que quelques indications vagues et peu précises sur l’emploi des eaux minérales dans la thérapeutique des dermatoses. A propos de chaque malade, le praticien doit se livrer aune étude sérieuse des stations où il est possible de l’envoyer.