‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 108 sur 252 · TABLEAUX D’ENSEMBLE ET SYNDROMES · texte numérisé non relu

TABLEAUX D’ENSEMBLE ET SYNDROMES

INCLASSABLES

Les classifications naturelles comme celle que nous avons adoptée ont de grands avantages au point de vue scientifique ; elles sont satisfaisantes pour l’esprit ; mais à certains égards elles sont moins commodes que quelques groupements que l’usage a consacrés.

Les praticiens sont heureux de pouvoir consulter un article d’ensemble sur les alopécies quand ils se trouvent en présence d’une chute de cheveux dont ils ne diagnostiquent pas facilement la nature, un article d’ensemble sur les maladies de la bouche quand ils ont à traiter une affection buccale un peu obscure, etc...

Si l’on se reporte à notre ouvrage sur le traitement des maladies de la peau on y trouvera un certain nombre de ces articles d’ensemble où les affections sont groupées d’après un symptôme commun, d’après une localisation. Ils rendent service aux médecins1.

Il est en outre certains syndromes cutanés dont le prototype est la gangrène des téguments, qui peuvent reconnaître les causes directes les plus diverses. On est donc obligé d’en donner une description objective sans tenir compte de leur pathogénie.

Avant d’aborder l’étude de chaque dermatose, nous allons reproduire succinctement dans un sorte de préambule à cette étude : 1° les tableaux d’ensemble dont nous venons de parler; 2° la description des syndromes inclassables dans l’un des groupes d’affections cutanées que nous avons admis dans notre classification.

Ces nécessités d’exposition constituent une des imperfections les plus regrettables du plan que nous avons adopté. Elles appellent les railleries et la critique. Nous y sommes résignés. Nous savons que peu à peu les progrès de la science permettront d’établir d’une manière totale et rigoureuse la classification étiologique des dermatoses. Mais la dermatologie, nous ne saurions trop le répéter, n’est pas une science faite; sur certains points elle n’est encore qu’à l'état de vague ébauche.

Dans cette partie de notre ouvrage nous suivrons l’ordre alphabétique, le seul qui soit logique pour un exposé de ce genre.

1 Nos tableaux de diagnostic différentiel répondent en partie à ces desiderata ; mais ils ne le font qu’incomplèternent, car ils ne sont établis qu’au point de vue du diagnostic, nullement pour fixer les grandes lignes d’ensemble d'un groupe morbide.

LES ACNÉS

LES ACNES

Sous le nom d 'acné beaucoup de dermatologistes désignent toute affection de la peau caractérisée par un trouble fonctionnel ou par une lésion des glandes sébacées et sébacéo-pilaires. Une pareille extension de ce mot est vraiment abusive et à l’heure actuelle on ne saurait accepter pareille conception.

Voici le tableau d'ensemble des diverses affections qui ont reçu le nom d’acné avec les indications des divers groupes morbides dans lesquels nous les décrivons.

A. Troubles de sécrétion et d’excrétion des glandes sébacées. — On peut les subdiviser en deux groupes secondaires :

a) Affections dans lesquelles le produit des glandes se répand, du moins en partie, sur la surface de la peau.

C’est la séborrhée huileuse ou séborrhée grasse de Sabouraud (voir Trophonévroses ).

Peut-être la lésion à laquelle on a donné le nom d’acné sébacée concrète (voir Séborrhée grasse et surtout verrues et épithéliomes) .

b) Affections dans lesquelles le produit des glandes n est pas éliminé et se collecte dans leur intérieur. Ce groupe comprend :

1° L’acné miliaire ou milium (voir Tumeurs de la peau) ;

2° Le kyste sébacé dont nous n’avons pas à nous occuper, car il est du domaine de la chirurgie (voir Tumeurs de la peau).

B. Les lésions proprement dites de la glande sébacée et des tissus voisins. — Elle se subdivisent de la manière suivante :

1° L’acné juvénile ou comédonienne, comprenant les formes morbides multiples suivantes :

a) Acné ponctuée ou comédon ;

b) Acné inflammatoire proprement dite.

(Ces deux formes objectives évoluant sur fond de séborrhée huileuse constituent le type même de l'acné juvénile) (voir Dermatoses microbiennes) .

c) Acné artificielle ou médicamenteuse qui se relie intimement à la forme précédente au point de vue objectif (voir Dermatoses microbiennes).

2° L’acné rosacée ou couperose , qui comprend les formes morbides suivantes :

a) Couperose télangiectasique ;

b) Couperose à forme mixte , télangiectasique et acnéique ;

c ) ' Acné hypertrophique ou rhinophyma ;

d) On doit y adjoindre la forme objective décrite dans ces derniers temps sous le nom de Éruption pcipulo-pustuleuse miliaire récidivante de la face (voir Dermatoses microbiennes) .

3° Acné atrophique ou ulcéreuse (acné varioli forme des Allemands, acné nécrotique de Boeck) (voir Dermatoses microbiennes) .

4° Acné furonculeuse du cou (Sabouraud), qui a d’étroites relations avec la furonculose (voir Dermatoses microbiennes).

o° Acné chélo'idienne de la nuque (sycosis chéloïdien, ou chéloïde acnéique, dermatitis papillaris capillitii) (voir Dermatoses microbiennes) .

Ces trois dernières variétés constituent le groupe des acnés monomorphes de Sabouraud.

TABLEAUX D’ENSEMBLE ET SYNDROMES INCLASSABLES

Ont été encore dénommées acnés les formes morbides suivantes :

6° Acné cornée. — Variété toute spéciale de dermatose due à l’hyperkératose des infundibula pilaires, et qui a, au point de vue objectif, des relations, d’une part avec la kératose pilaire, le lichen spinulosus, d’autre part avec le lichen scrofulosorum (voir Dystrophies cutanées).

7° Les folliculites et les sy cosis qui sont eux aussi des inflammations de l’appareil pilo-sébacé, et dans lesquels on peut faire rentrer Y acné déccilvante de Lailler (acné pilaire matricielle dépilante de Besnier) (voir Dermatoses microbiennes).

8° L 'acné atrophique de Chausit qui n’est qu’une variété de lupus érythémateux (voir Tuberculose cutanée).

9° L 'acné varioli forme de Bazin qui est le Molluscum contagiosum de Bateman (voir Dermatoses microbiennes à microbes inconnus).

10° L’acné syphilitique que Ton doit appeler syphilide acnéique (voir Syphilis).

LES ALOPÉCIES

(Étym. : ’AAwTrsxta, de aXwrcr,?, renard).

Le mot alopécie signifie dans le langage dermatologique actuel chute générale ou partielle des cheveux ou des poils, quelles qu’en soient la cause et la localisation : dans la pensée de la plupart des auteurs ce mot s’applique au processus pathologique décalvant pendant qu’il est encore en pleine évolution.

Le mot calvitie désigne un fait accompli, une lésion constituée, c’est-à-dire une absence plus ou moins complète et définitive de cheveux ou de poils.

L’alopécie n’est donc pas une maladie, c’est purement et simplement un symptôme qui s’observe dans les affections les plus diverses comme étiologie, pronostic et traitement. Les dermatoses qui peuvent s’accompagner d’alopécie ne constituent nullement un groupe naturel.

On a proposé les classifications les plus diverses pour les alopécies : alopécies partielles, générales ; alopécies circonscrites, disséminées ; alopécies de cause externe, de cause interne; alopécies naturelles ou physiologiques, morbides; alopécies idiopathiques, symptomatiques; alopécies avec lésions apparentes du cuir chevelu, sans lésions apparentes du cuir chevelu, etc. C’est qu’en effet, les causes des alopécies sont multiples, souvent assez obscures, et l’exposé didactique de tous ces processus morbides, pour la plupart fort complexes et encore mal connus, présente les plus sérieuses difficultés.

11 nous faut néanmoins tenter de grouper toutes ces affections dans un certain ordre pour donner quelques points de repère clairs et précis. Pour y arriver, nous prendrons surtout pour guide l’étiologie et la pathogénie.

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