‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 11 sur 252 · LA THÉORIE DES FAITS DE PASSAGE · texte numérisé non relu

LA THÉORIE DES FAITS DE PASSAGE

Quand on étudie avec soin les divers types morbides cutanés, on s’aperçoit qu’entre chacun d’eux et les types morbides voisins il existe une série complète de faits de passage établissant entre eux d’intimes traits d’union.

Cette importante particularité est connue depuis longtemps, et nous n’avons certes pas la prétention de l’avoir découverte : elle a été signalée par quelques observateurs, mais d’une façon toute incidente ; et, jusqu’en 1893, elle n’a pas frappé l’attention des médecins. Ce fut à cette époque qu’ayant depuis quelques années déjà remarqué la fréquence des faits de passage qui existent entre les divers groupes morbides que nous avions longuement étudiés, comme les éruptions généralisées rouges, les éruptions bulleuses, les lichens, les psoriasis, les eczémas, et ce que l’on appelait alors les eczémas séborrhéiques, nous eûmes 1 idée de faire un travail d’ensemble sur cette question.

Nous venons de voir que les réactions cutanées constituent un groupe énorme de faits ayant entre eux les liens les plus étroits, constituant des sortes de gammes insensibles depuis l’absence totale de réaction cutanée jusqu aux papules, aux vésicules, aux bulles les mieux caractérisées, depuis les atrophies les plus accentuées jusqu’aux hypertrophies les plus développées des divers éléments constitutifs de la peau, etc.... Pour les besoins de la description et pour mettre un peu d ordie et de précision dans cette masse considérable de faits cliniques, nous y distinguons, comme font fait nos devanciers, des types objectifs répondant à des formes éruptives qui nous paraissent bien définies. Mais, entre toutes ces formes érup tives, existent d’innombrables faits de passage qui établissent entre elles d intimes traits d’union, et qui ont comme aspect objectif des caractères se rapportant a deux, parfois à trois ou quatre types voisins.

Il ne peut donc pas y avoir dans les réactions cutanées de types morbides fermes.

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à limites précises : les groupes que nous y distinguons sont des cadres largement ouverts.

Or, ce que nous venons de dire pour les réactions cutanées peut à la rigueur s’appliquer aussi aux autres groupes de dermatoses, bien qu’ici, et surtout lorsqu’il s’agit d’affections parasitaires et microbiennes, les cadres morbides soient bien définis, et à contours d’ordinaire assez nettement arrêtés. De par l’axiome général « natura non facit saltus », on sait en effet que les êtres organisés constituent une chaîne ininterrompue, et que, si la chaîne semble être brisée en quelques points à l’heure actuelle, c'est que les types intermédiaires ont disparu : mais ils ont existé. Aussi croyons-nous que, pour la plupart des dermatoses d’origine microbienne, il est possible de retrouver entre les types principaux des séries de faits de passage.

Cette proposition est certainement vraie pour les dermatoses dans la pathogénie desquelles les microbes saprophytes de la peau semblent jouer un certain rôle, comme les séborrliéides, les acnés, les pyodermites, etc... toutes affections qui offrent d’ailleurs d’intimes connexions avec les réactions cutanées pures. Nous reconnaissons toutefois que, dans la série des maladies microbiennes les faits de passage ne présentent pas le puissant intérêt qu’ils offrent dans la conception des réactions cutanées.

En somme, on voit que l’on peut distinguer trois variétés de faits de passage entre les divers types admis de dermatoses, et nous avons eu le tort de ne pas les catégoriser assez nettement dans nos publications antérieures, ce qui a pu jeter le trouble et le doute dans quelques esprits.

Première variété. — Une première variété comprend les faits de passage typiques, ceux qui existent entre les groupes divers qui ont été artificiellement créés dans les réactions cutanées proprement dites, du moins telles que nous les comprenons. On les trouve également entre les divers types des difformités cutanées, des troubles dans la nutrition normale des tissus, atrophies ou hypertrophies, etc..., en un mot dans toutes les manifestations morbides qui ne sont pas l’expression d’une entité pathologique vraie, mais qui dépendent surtout de l’individu. Ce sont bien là des faits dignes du nom de faits de passage : ils sont innombrables, et ils constituent pour l’avenir une mine inépuisable de faits nouveaux, puisque, comme nous l’avons expliqué plus haut, ils dépendent, en tant qu’expression morbide, de l'individualité du sujet.

Deuxième variété. — La deuxième variété est peut-être moins importante : elle réclame quelques explications.

D’après les notions de botanique et de zoologie générales que nous possédons, il n’est pas illogique de penser qu’entre les divers types connus à l’heure actuelle de maladies parasitaires ou microbiennes il existe d’insensibles gradations correspondant à des parasites et à des microbes intermédiaires aux types nets que nous connaissons. Cette proposition, qui paraît au premier abord fort aventureuse, a été formulée par nous dès 1893 ; et, dans ces derniers temps, les belles recherches de Bodin (de Rennes) viennent de lui donner une éclatante confirmation en montrant qu’il existe toute une série de champignons pathogènes intermédiaires entre les trichophytons et les achorions. Ici le fait de passage est une entité morbide bien définie dépendant d’un agent pathogène connu, intermédiaire comme type à d’autres agents pathogènes. Cette notion est des plus claires: elle répond aux formes de passage que décrivent les botanistes et les zoologistes entre leurs principaux groupes.

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