‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 12 sur 252 · LA MÉTHODE GRAPHIQUE EN DERMATOLOGIE · texte numérisé non relu

LA MÉTHODE GRAPHIQUE EN DERMATOLOGIE

Troisième variété. — Malheureusement pour la précision et la simplicité de ces conceptions, il est possible que ce ne soit pas tout, et que les cas cliniques que nous considérons à l ’heure actuelle au point de vice objectif comme constituant des faits de passage entre certains types de dermatoses dans lesquelles nous soupçonnons une origine microbienne soient beaucoup plus complexes comme nature et comme étiologie. C’est ainsi que cliniquement, objectivement, il existe des séries de faits de passage entre les divers types cliniques actuellement décrits des séborrhéides, des acnés, et qu’il en existe en outre entre les types reconnus de cette série et certains types en ce moment classés dans les réactions cutanées pures comme les psoriasis. Comment est-il possible de les expliquer?

L’interprétation qui nous paraît, à priori, pouvoir être la plus plausible, consiste à émettre l’hypothèse (gratuite nous le voulons bien à l’heure actuelle, nullement illogique cependant) que ces prétendus faits de passage sont dus à la combinaison chez un même sujet de plusieurs microbes pathogènes de dermatoses microbiennes1, ou bien à l’infection de réactions cutanées pures préexistantes par un ou plusieurs microbes pathogènes ; inversement, il serait possible que des dermatoses microbiennes préexistantes devinssent un point d’appel pour des réactions cutanées, d’où formation de cas mixtes donnant l’illusion de faits de passage entre les réactions cutanées pures et les dermatoses microbiennes.

Nous nous contentons d’émettre ces hypothèses ; mais on voit que les faits de cette troisième catégorie, si les recherches ultérieures confirment son existence, ne sauraient être considérés comme étant des faits de passage réels : ils rentrent dans les dermatoses mixtes ou complexes que nous avons étudiées plus haut. D’ailleurs, en réalité, nous ne pouvons rien dire d’absolument précis, de délinitif, de scientifique sur leur véritable nature. Tous ces points sont à l’étude.

Il ne faut donc pas qu’on nous accuse d’un illogisme par trop évident, si, dans certains de nos graphiques, on voit figurer à côté de réactions cutanées pures des dermatoses dans lesquelles on peut soupçonner l’existence de microbes pathogènes 2.

la méthode graphique en dermatologie et plus spécialement son application

aux réactions cutanées proprement dites

D’après tout ce que nous venons de dire, on voit que 1 on peut concevoir chaque type morbide objectif des réactions cutanées comme un agrégat défaits. Au centre de l’agrégat se trouvent les cas cliniques qui correspondent au type objectif parfaitement pur tel que l’a formulé l’auteur qui l’a le premier décrit. Peu à peu, à mesure que l’on s’éloigne de ce centre, on rencontre des faits un peu différents

1 II convient de dire que ce passage a été écrit huit mois environ avant 1 apparition du Lvie de Sabouraud sur les pityriasis, et que nous avons tenu à honneur de ny rien changei poui que le lecteur pût connaître notre manière personnelle de comprendre ces laits.

2 On ne doit pas tomber dans une erreur assez commune à beaucoup de dermatologistes qui ont de la tendance, lorsqu'ils étudient un groupe morbide, à rattacher a ce groupe toutes les dermatoses qui lui sont reliées par les faits de passage dont nous venons de parler. En un mo , l'existence de faits de passage entre deux types morbides ne saurait être un argument pour réunir ces deux types en un seul et même groupe, et pour prouver leur identité. Si ion admettait la théorie de ces auteurs, il faudrait renoncer à établir des types morbides en dermatologre, puisque tous ou presque tous sont réunis entre eux par des faits de passage. Nous nous sommes déjà longuement expliqués sur ce point dans d autres travaux, auxquels nous renvoyons pour

de plus amples détails.

PATHOLOGIE GÉNÉRALE

d’allures et de physionomie, ayant quelques-uns des traits caractéristiques d’un groupe voisin ou de plusieurs de ces groupes voisins, dès lors orientés dans la direction de ces groupes, et d’autant plus rapprochés ou d’autant plus éloignés d’eux qu’ils ont plus ou moins de traits de ressemblance avec eux

En somme, chaque groupe morbide des réactions cutanées 1 peut être conçu comme une sorte de nébuleuse à limites imprécises formée d'un agrégat d'étoiles, c'est-à-dire d'un agrégat de faits, et dont les prolongements de plus en plus indistincts, c'est-à-dire de moins en moins riches défaits, vont se confondre avec les prolongements des nébuleuses voisines, c'est-à-dire des groupes morbides voisins.

Tout agrégat de faits un peu dense constitue un type morbide secondaire, intermédiaire aux types morbides principaux ; mais, entre tous ces agrégats, secondaires et principaux, il y a toujours des faits de passage plus ou moins fréquents, parfois fort rares, mais réels, qui établissent des traits d’union.

Telle est la vraie conception que l’on doit avoir des types objectifs des réactions cutanées. Ils constituent donc un immense réseau en apparence inextricable, mais au fond parfaitement bien défini.

Malheureusement il est difficile de le représenter graphiquement. En effet, nous ne pouvons sur le papier qu’en figurer la projection, et si nous voulons reproduire sur un même graphique plusieurs groupes morbides ou même un seul groupe morbide quelque peu complexe, nous ne pouvons en donner la projection exacte, car elle serait confuse, et les divers centres de faits seraient projetés les uns sur les autres. Il en résulte que nous sommes obligés de fausser quelque peu nos projections pour les rendre lisibles, de telle sorte que parfois des groupes, fort voisins les uns des autres en réalité et dans l’espace, se trouvent sur le papier artificiellement éloignés. Mais ce n’est là en somme qu’un inconvénient d’assez minime importance, et dont il suffit que le lecteur soit averti.

Une autre concession que nous sommes, à notre grand regret, obligés de faire à la netteté de la projection sur le papier, c’est de figurer chaque type morbide par un cercle à contours nets, au lieu de le représenter par un simple pointillé très serré au centre, de plus en plus espacé vers les bords, sans limites précises, ce qui serait certainement beaucoup plus conforme à la réalité des faits, mais beaucoup moins lisible.

Voici, dessiné d’après ces conventions, un graphique général des principales réactions cutanées proprement dites. Encore une fois, qu’on veuille bien pour le comprendre se souvenir des conventions suivantes :

1° Le dessin ci-joint ne figure que la projection sur le papier de groupements qui, pour répondre à la réalité des faits, doivent être conçus comme existant dans l’espace;

2° Les divers groupements sont figurés sous la forme de médaillons à limites nettement arrêtées comme s’ils étaient la projection de sphères à limites précises ; en réalité les limites devraient être imprécises, estompées, car nous devrions figurer des projections de nébuleuses ; malheureusement le graphique serait dès lors bien moins lisible ;

1 Dans la première conception de la méthode graphique que nous avons donnée en 1893, nous avions représenté chaque groupe morbide par une sphère à limites précises : nous croyons que cette représentation est admissible pour les entités morbides bien définies, pour les dermatoses parasitaires ou microbiennes, mais qu'elle n’est pas tout à fait exacte pour les réactions cutanées dont les divers types objectifs n’ont aucune limite nettement arrêtée : nous aimons mieux pour elles l'image de la nébuleuse bien qu’elle prête à de faciles railleries ; mais elle nous paraît exacte, et cela nous suffit.

Brocq. Dermatologie. I. — Pages 42-43.

Graphique I. — Graphique simplifié des principales réactions

Le double Irait pointillé sépare les réactions cutanées prurigineuses des autres. Les affections à côté di

^prennent dites, destiné à en donner une vue d’ensemble.

uve un point d'interrogation (?) ne rentrent sans doute pas dans le groupe des réactions cutanées pures.

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