ANÉMIES CUTANÉES
L’étude des anémies cutanées est un chapitre de pathologie générale.
L’anémie cutanée peut être totale, et alors elle est la conséquence d’états géné-
TABLEAUX D’ENSEMBLE ET SYNDROMES INCLASSABLES
raux aigus (lipothymie, syncope) ou chroniques (chlorose, tuberculose, cancer, etc...), dont nous n’avons pas à nous occuper. Elle peut êtr e partielle ou localisée , et dans ce cas elle est ou bien accidentelle (froid, anesthésie locale, traumatisme, etc...), ou bien symptomatique d’une affection du système nerveux, des vaisseaux, de la peau (gangrène symétrique des extrémités, gangrène sénile, sclérodermie, etc...). L’étude des anémies cutanées localisées se confond par conséquent avec l’étude des affections dans lesquelles on rencontre ce symptôme (voir surtout asphyxie locale et gangrène symétrique des extrémités).
ATROPHIES CUTANÉES
Le groupe des atrophies cutanées est immense et des plus disparates.
On peut le diviser en deux grands groupes :
1° Les atrophies cutanées essentielles, primitives qui se subdivisent en circonscrites et généralisées : on pourrait rattacher certaines d’entre elles aux sclérodermies avec lesquelles elles ont les relations les plus étroites. Mais comme il est fort difficile de distinguer des types nets dans ce groupe encore bien confus, nous en donnons une description d’ensemble dans la classe des troubles de nutrition des tissus (classe III de nos réactions cutanées) ;
2° Les atrophies cutanées secondaires ou encore symptomatiques d'autres affections qui ne sont que les conséquences, les séquelles de dermatoses antérieures primitives.
Celles-ci ont été également divisées en généralisées et circonscrites.
A. Les atrophies cutanées secondaires généralisées peuvent s’observer à un degré plus ou moins accentué à la suite des herpétides malignes exfoliatives, du pityriasis rubra grave de ITebra, des sclérodermies généralisées.
B. Les atrophies cutanées secondaires circonscrites sont extrêmement nombreuses ; les plus importantes sont consécutives au lichen plan typique et surtout au lichen plan atrophique, à certaines formes de parapsoriasis en plaques, et de parapsoriasis lichéooïde, au lupus érythémateux, à la pseudo-pelade, à l’acné décalvante, au sycosis lupoïde, à certaines formes de séborrhéides compliquées de folliculites, au favus, aux sclérodermies en plaques oumorphées, à certaines syphilides qui laissent après elles les lésions dermiques auxquelles on a à tort donné le nom de vergetures, etc... (voir ces mots).
BOUCHE
Tableau d’ensemble des affections de la muqueuse buccale. — La plupart d’entre elles peuvent se développer en un point quelconque de cette muqueuse, sur la face interne des lèvres, des joues, sur les gencives, la voûte palatine, la langue ; il n’y en a qu’un fort petit nombre qui soient spéciales à la muqueuse linguale ; nous les indiquerons chemin faisant. Nous ne décrirons dans ce livre que les maladies dont la symptomatologie et le traitement nous ont paru trop écourtés dans les ouvrages classiques, et qui sont regardées par une sorte de convention tacite comme étant plus spécialement du ressort des dermatolo gis te s.
BOUCHE
Modifications subies par les sécrétions. — 1° Sécheresse de la bouche; 2° sialorrhée ; 3° fermentation acide (voir les ouvrages classiques de séméiologie).
Modifications de la coloration de la muqueuse. — 1° Modifications tenant aux divers enduits (Langue surtout : voir les ouvrages de séméiologie) ; 2° colorations artificielles tenant aux matières tinctoriales et aux caustiques (id.) ; 3° coloration de l’ictère (id.) ; 4° modifications tenant aux troubles de la circulation : — Cyanose ; — Anémie (chlorose, hémorragies, etc...); — Hypérémie ; 5° affection connue sous le nom de Langue noire (voir ce mot dans les Dystrophies) ; 6° Mélanodermie (maladie d’Addison) : (voir la description de cette affection dans les ouvrages classiques) 7° Argyrie : (voir Hyperchromie dans les Dystrophies.)
Modifications dans l’aspect normal de la muqueuse (affections propres àla langue). — 1° Hypertrophie congénitale des papilles; 2° langue scrotale (voir ce mot dans les Dystrophies) ; 3° langue lisse (id). 4° Acanthosis nigricans (id.)
Stomatites proprement dites. — Muguet (voir les ouvrages classiques de pathologie interne) ; — aphthes (voir ce mot dans les dermatoses microbiennes à microbes inconnus) ; — herpès (voir ce mot dans les Réactions cutanées proprement dites) ; — stomatite érythémateuse (voir les ouvrages classiques de pathologie interne) ; — stomatite blennorragique (voir les ouvrages spéciaux) ; — stomatite ulcéro-membraneuse (voir les ouvrages classiques de pathologie interne) ; — stomatite couenneuse ou pultcicée (id.) ; — stomatite diphthéritique (id.) ; — stomatite diphtéroïde à staphylocoques (stomatite impètigineuse) de Sevestre et Gastou (voir Société médicale des Hôpitaux, 26 juin 1891) ; — stomatite gangréneuse (noma) (voiries ouvrages de pathologie interne).
Stomatites des affections gastro-intestinales (voir les ouvrages de pathologie interne) ; — les glossites (id.).
Stomatites des maladies aigues infectieuses, des exanthèmes (varicelle, variole, rougeole, rubéole, scarlatine, érysipèle), de la fièvre typhoïde, etc...
Stomatites des intoxications : Hydrargyrisme, etc... (voir les ouvrages classiques sur les maladies professionnelles).
Hémorragies de la muqueuse buccale (voir article Purpura).
Syphilis buccale (voir l’article Syphilis).
Affections cutanées décrites dans ce livre qui peuvent se localiser a la muqueuse buccale. — Adénomes (on n’en connaît que quelques cas douteux à la langue) ; — angiomes (voir les ouvrages de chirurgie) ; — eczéma (voir les articles Eczéma et Desquamation marginée aberrante de la langue) — épithéliome (voir Leucoplasie) ; — érythème; — hydroa ; — fibromes; — chéloïde (fort rare); — kystes ; — lèpre ; — lichen planus ; — lipomes ; — lupus ; — lymphangiome ; — papillomes (voir article Leucoplasie) ; — pemphigus; — pian; — porokératose ; — psoriasis (voir article Leucoplasie) ; — pustule maligne ; — sarcome (on n’en connaît qu’un assez petit nombre à la langue (Scheier) ; la lésion peut siéger sur les bords de l’organe ; la muqueuse peut être intacte ou ulcérée ; cette affection est assez fréquente à l’isthme du gosier) ; — - tuberculose ; — xanthélasma ; — zona.
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Affections paraissant jusqu’à plus ample informé propres a la muqueuse buccale.
— Leucoplasie (plaques des fumeurs) ; — glossite chronique superficielle, etc... (voir ce mot) ; — glossite exfoliatrice marginée (affection propre à la langue) (voir l’article Desquamation marginée aberrante de la langue).
Affections d’origine nerveuse. — a) Portant sur la sensibilité spéciale (voir les ouvrages de pathologie interne) ; b) Portant sur la sensibilité générale ; — Anesthésie (voir les ouvrages de pathologie interne) ; — hyperesthésie linguale ;
— glossodynie (voir ce mot aux Trophonévroses) ; — c) Portant sur la motricité (voir les ouvrages de pathologie interne) ; — d) Portant sur la nutrition (troubles trophiques) (id.).
Affections d’origine traumatique. — Brûlures; — morsures ; — ulcérations diverses (dents cariées, corps étrangers, coqueluche (?) etc...) (voir les ouvrages de chirurgie).
Voir en outre l’excellent article de Marfan sur le diagnostic de l’angine diphtérique {Gazette des hôpitaux , 14 mars et 21 mars 1903, et son ouvrage sur la Diphtérie (1905).
DIABÉTIDES
A. Fournier a donné le nom de diabétides aux accidents cutanés qui surviennent dans le cours du diabète. Nous devrions les passer sous silence au même titre que les manifestations cutanées du mal de Bright, de l’urémie, des septicémies, etc., toutes dermatoses dont l’étude se relie essentiellement à la maladie cause et dont la thérapeutique locale se confond avec celle de l’affection cutanée, érythème, eczéma, lichen, etc., dont elles prennent l’apparence; mais les diabétides présentent assez souvent, surtout aux organes génitaux, un aspect spécial, et réclament des soins particuliers; aussi croyons-nous utile d’en dire quelques mots.
Les diabétides doivent être divisées en deux grandes classes d’après leur mode de production : les unes semblent être en relation plus directe avec l’altération générale de l’économie, et parmi elles nous rangerons le prurit, l’urticaire papuleuse chronique, l’acné des cachectiques, les érythèmes, les éruptions de lichen, d’eczéma vrai, d’herpès, d’ecthyma, de furoncles, d’anthrax, le xanthélasma (voir ces mots), les productions papillomateuses (Kaposi), les gangrènes (voir ce mot).
Les autres résultent plus directement du contact irritant des sécrétions chargées de sucre de l’organisme, et les plus importantes de beaucoup sont les éruptions eczématiformes des organes génitaux causées par le contact des urines. Nous les étudions dans les éruptions artificielles de cause externe bien que l’état général crée certainement une moindre résistance notable des tissus.
DYSCHROMIES
On donne le nom de dyschromies à toutes les modifications de la pigmentation normale de la peau, de quelque nature qu’elles soient.
Elles se subdivisent en deux grandes catégories suivant que le pigment normal est diminué ou absent : ce sont les achromies ; suivant qu’il existe en excès : ce sont
DYSCHROMIES
les mélanodermies ou hyperchromies. (Pour l’étude des anomalies du pigment au point de vue objectif en général voir : Lésions élémentaires, article Taches.)
Généralités sur les dyschromies. — Virchow en 1847 découvrit le pigment jaune cristallisé auquel il donna le nom d’hématoïdine; Péris en 1867 décrivit le pigment qui donne la réaction du fer. Des recherches récentes ont modifié les notions anciennes sur les pigments. Actuellement, d’après Parier, ( Pratique Dermat., t. lit, p. 457 et suivantes) on sait que l’on peut rencontrer dans la peau trois espèces distinctes de pigment :
« 1° Le pigment ocre de Kelsch et Kiener, hémosidérine de Neumann, rubigine de Lapicque, se présente sous forme de granulations inégales, souvent assez grosses ou groupées en bloc, d’une couleur variant du jaune d’or au rouge brun. Il est insoluble dans l’eau, l’alcool et les essences; il résiste aux alcalis étendus meme h chaud et aux acides organiques; il présente les réactions du fer. C’est de l’hydrate ferrique (Ivunkel, 1881) à l’état de combinaison avec des albuminoïdes, selon Neumann, Schmidt, Nasse, etc., pur, mais dans un état moléculaire particulier pour Auscher et Lapicque .
«■Le pigment ocre se rencontre avec une grande fréquence dans l’organisme. C’est lui qui se forme dans les extravasats sanguins et toutes les fois que des globules rouges sont détruits en entier. C’est le pigment du diabète bronzé, des cirrhoses pigmentaires et des taches pigmentaires post-hémorragiques. Quand on le trouve dans la peau, ce n’est jamais dans l’épiderme, mais toujours dans le derme; ses granulations sont intra-cellulaires; cependant Neumann et d’autres pensent qu’on peut en trouver à l’état dissous et diffus.
« 2° Le pigment noir ou mélanine forme des granulations petites et rondes d’un brun plus ou moins foncé. Il ne donne pas les réactions du fer; mais il contient du soufre en proportions variables, quelquefois élevées (Nencki). Il est insoluble dans l’eau, l’alcool, les acides même concentrés; il est soluble dans les alcalis concentrés et quelquefois, suivant sa provenance, dans le sulfhydrate d’ammoniaque, qui d’autrefois le laisse intact. C’est le pigment normal de l’épiderme et des poils, celui de la choroïde de l’œil, celui de la maladie d’Addison, des tumeurs mélaniques et de bon nombre des taches pigmentaires .
« 3° Le pigment palustre est spécial à la malaria, puisqu’il résulte d’une élaboration de l’hémoglobine dans le corps même des parasites de Laveran; il se forme dans le sang où on le trouve (mélanémie) dans toutes les variétés et à toutes les périodes de la maladie. Il est déposé par les capillaires principalement dans la rate, le foie, le cerveau, assez souvent dans la peau, mais non dans les épithéliums sécréteurs. Il se présente sous l’aspect de grains arrondis ou irréguliers, à contours mousses, conglomérés quand il est abondant. Sa couleur varie de la teinte sépia au noir foncé .
« Dans le derme, pour peu que la pigmentation soit un peu marquée, on trouve toujours, au niveau des papilles et du plexus sous papillaire, des éléments allongés, fusiformes ou rameux chargés de granules pigmentaires. Il s’agit certainement de cellules migratrices ou leucocytes chargés de pigment1. Dans les nævi pigmentaires, les cellules dermiques mélanophores sont des cellules næviques épithélioïdes, et réellement épithéliales d’origine selon Unna. Dans la mélanose progressive et
1 Voir pour l’interprétation du rôle joué par ces cellules l'article de Darier dont nous ne citons que des extraits, et pour toute la question si complexe et si obscure des colorations tégumentaires, la thèse de A. H. Mandoul : Faculté des sciences de Paris , série A, n° 460, 1903.
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autour des nævo-carcinomes, les cellules conjonctives elles-mêmes sont chargées de pigment. On peut rencontrer une hyperpigmentation surtout épidermique, ou surtout dermique; mais dans la majorité des cas, je les ai vues coexister en proportion variable, d’accord en cela avec la plupart des observateurs ». (Darier, loc. cit.).
Étiologie et Physiologie générale de là pigmentation. — Les traumatismes longuement répétés, de quelque nature qu’ils soient (voir plus loin), provoquent l’apparition de la pigmentation. La stase sanguine, comme pour les jambes variqueuses, peut la favoriser.
Il semble que les lésions ou que les irritations chroniques du grand sympathique abdominal favorisent l’apparition de la mélanodermie diffuse , comme dans la maladie d’Addison, l’acanthosis nigricans, les affections utérines ou périutérines.
Dans ces derniers temps on (Gilbert et Lereboullet) a fait jouer à la présence de pigments biliaires dans le sérum sanguin un rôle considérable dans la prédisposition de certains sujets aux pigmentations cutanées. Les nævi pigmentaires apparaissent plus fréquemment chez les sujets atteints de cholémie familiale. La cholémie est très fréquente aussi chez les sujets porteurs d’éphélides-lentigo et de taches de rousseur. Le masque de la grossesse lui-même serait fréquemment la conséquence de la cholémie. On comprend que toutes les irritations du tégument externe puissent provoquer chez les eholémiques l’apparition de pigmentations localisées ou généralisées.
Voici le tableau d’ensemble des Dyschromies.
I. Achromies. — On donne le nom d’achromies à la diminution ou à la disparition complète de la pigmentation normale de la peau.
On distingue :
A. Des achuomies congénitales. — C’est V albinisme : il peut être partiel ou généralisé. Il constitue une simple difformité, d’un intérêt absolument nul au point de vue pratique. Il est souvent une conséquence de la consanguinité des époux, et est au-dessus des ressources de la thérapeutique.
B. Des achromies acquises. — Celles-ci se divisent en :
a) Achromies acquises spontanées. Achromies ou leucodermies vraies. — Elles sont caractérisées par une simple décoloration de la peau, sans augmentation périphérique de la pigmentation normale :
a) Elles sont rarement essentielles ;
p) Elles sont presque toujours symptomatiques de l’atrophie propre de la peau, de la lèpre, de la syphilis : en réalité ce dernier groupe se confond presque avec le suivant.
h) Achromies acquises secondaires. — Elles se subdivisent en :
1° Achromies consécutives à des traumatismes , tels que des radiodermites, l’application sur la peau de certaines substances en particulier de l’acide phénique, de la résorcine, des composés mercuriels et surtout du sublimé et du calomel.
9° Achromies consécutives à des dermatoses préexistantes comme le lichen simplex chronique ou prurit circonscrit avec lichénification, la sclérodermie, la pelade, etc... Les cicatrices sont souvent achromiques.
DYSCHROMIES
II. Dyschromies mixtes. — Le vitiligo est caractérisé parla formation de taches achro miqnes limitées par une zone d’hyperchromie, comme si le pigment cutané était simplement déplacé (voir ce mot).
III. Hyperchromies. — On donne le nom d’hyperchromies aux exagérations de la pigmentation normale de la peau.
Ces lésions cutanées sont des plus complexes.
Nous les diviserons en deux groupes principaux suivant qu’elles sont : A. Congénitales ; B. Acquises :
A . Hyperchromies congénitales. — Elles comprennent tous les nævi pigmentaires (voir ce mot) et en outre, le xéroderma pigmentosum, la neurofibromatose de Recklinghausen (voir ces mots aux Dystrophies).
Darier pense qu’on doit y faire rentrer les deux affections appelées Éphélides et Lentigo qui seraient d’après lui des nævi. (Les Éphélides de Darier correspondent à ce que la plupart des dermatologistes appelent le lentigo : son lentigo correspond aux nævi pigmentaires). Dans son lentigo il fait rentrer la lentiginose profuse et le lentigo malin (voir ISævi).
D. Hyperchromies acquises. — Elles se subdivisent en plusieurs groupes qui sont :
1° Les Hyperchromies acquises de cause externe :
a) Par applications irritantes :
Chez certaines personnes toute lésion de la peau s’accompagne d’une hyperpigmentation. Citons comme causes : les pressions prolongées du col, du corset, des jarretières, des bandages herniaires et autres, les frottements, les grattages, les vésicatoires, les autres révulsifs, en particulier les sinapismes, la teinture d'iode, l’essence de térébenthine, certaines substances comme l’acide picrique, l’acide chrysophanique, le nitrate d’argent, etc... L’action de l’air, du vent, du froid et surtout du soleil, l’électricité, produisent la pigmentation si connue sous le nom de haie.
(Ephélides solaires de Thibierge). Ces mélanodermies sont d’ordinaire cantonnées aux points traumatisés, ce qui permet de les reconnaître d’emblée.
En réalité toutes ces causes que nous venons d'énumérer ne sont que des causes déterminantes qui n’agissent que chez certains sujets ou tout au moins qui n’agissent avec énergie que chez des prédisposés. Resterait à déterminer ce qui constitue cette prédisposition : dans l’état actuel delà science on ne peut faire que des hypothèses : disons cependant que certaines affections, telles que la syphilis, le diabète, la tuberculose, la maladie d’Addison, la cholémie familiale (voir plus haut), etc.., prédisposent à ces pigmentations que les traumatismes accentuent d’une manière toute particulière.
h) Hyperchromies parasitaires. — Parmi elles citons la phthiriase, peut-être la maladie des vagabonds, les gales anciennes, etc.
2° Hyperchromies acquises par ingestion de certaines substances. — Parmi elles nous devons citer en première ligne le nitrate d’argent (argyrie), l’arsenic, l’antipyrine (voir ces mots aux Dermatoses artificielles d'origine interne).
3° Hyperchromies secondaires à des affections cutanées. — Toutes les excoriations, toutes les plaies, surtout lorsqu’elles siègent aux membres inférieurs, peuvent laisser des pigmentations chez des sujets prédisposés.
Toutes les dermatoses peuvent avoir les mêmes conséquences chez eux.
TABLEAUX D’ENSEMBLE ET SYNDBOMES INCLASSABLES
Mais parmi elles il y en a quelques-unes qui ont celte puissance colorante à un
degré élevé; se sont : les Erythèmes solaire et calorique (E. de Ja pellagre, etc.), l’érythème électrique et radiothérapique, l’urticaire pigmentée, les syphilides, les bulles des pemphigus et des dermatites polymorphes douloureuses, le zona, les tuberculides papulo-nécrotiques, le prurit circonscrit avec lichénification, le lichen plan, etc...
4° Hyperchromies acquises dites essentielles . — Darier les subdivise en : a) Dyschromies d'origine nerveuse probable; b) Dyschromies d'origine hématique.
a) Dyschromies d'origine nerveuse probable. — Il range dans ce groupe :
La maladie d’Addison, la mélanodermie des tuberculeux, Lacan thosis nigricans, les pigmentations des anémiques, les syphilides pigmentaires comprenant les leucodermies syphilitiques (plaques décolorées consécutives à des éléments éruptifs), les hyperchromies syphilitiques aréolaires, les leuco-mélanodermies syphilitiques, les dyschromies lépreuses, les dyschromies des maladies nerveuses (hémiplégies, paralysie infantile, névrites périphériques, goitre exophthalmique, neurasthénie, maladie de Raynaud, sclérodermie, etc...). Il y fait également rentrer le chloasma, nom qu’il réserve aux pigmentations qui paraissent être en relation avec la grossesse ou avec des troubles divers du côté de l’utérus ou des annexes et dont nous donnerons une courte description dans les Dystrophies cutanées.
b) Dyschromies d'origine hématique . — Elles comprennent surtout pour Darier les hyperchromies du paludisme (mélanodermie palustre) et le diabète bronzé. Citons enfin avec Gilbert et Lcreboullet la cholémie familiale.
Traitement. — Le traitement des hyperchromies n’est pas satisfaisant. On ne peut instituer de médication quelque peu efficace que contre le lentigo (éphélides de Darier) et le chloasma, et encore faut-il bien savoir que ces petites difformités, le lentigo en particulier, résistent fréquemment à tous les moyens connus.
Prophylaxie. — Il n’y a pas de traitement interne général des hyperchromies; mais on doit instituer le traitement de la maladie qui en est la cause première, s’il en existe une que l'on puisse diagnostiquer. Ou prendra en outre des soins prophylactiques. On conseillera donc contre les taches de rousseur de s’exposer le moins possible au grand air et surtout au soleil, de se protéger la figure et les mains au printemps et surtout en été avec des chapeaux à larges bords, avec d’épaisses voilettes vertes ou bleues et avec des gants : on soignera les affections utérines et gastro-intestinales, l’anémie, le lymphatisme s’ils existent; enfin on évitera d’appliquer sur les téguments ou d’administrer à l’intérieur des médicaments qui puissent favoriser le développement de l’hyperchromie, et surtout l’arsenic.
Traitement externe. — Les topiques que nous allons indiquer réussissent surtout dans les pigmentations auxquelles nous avons donné le nom de chloasma ; cependant on peut aussi les essayer dans le lentigo (éphélides de Darier) et les autres mélanodermies, quoique les chances de succès ne soient pas alors fort grandes. Le procédé qui nous a jusqu’ici le plus souvent réussi, tout en étant facile et peu douloureux, consiste à frictionner matin et soir les parties malades avec une solution de sublimé au cinq centième ou au trois centième si on peut la supporter, ou bien avec de l’eau oxygénée à 12 volumes neutralisée, puis à appliquer pendant la nuit de l’emplâtre de Yigo ; on l’enlève le matin, et pour faire disparaître les derniers vestiges d’emplâtre, il suffit de frotter doucement la peau avec de l’ouate imbibée d’éther ou avec du cold-cream, du cérat ou du beurre frais. Si la rougeur
DYSCHROMIES
des téguments est trop forte, on applique pendant le jour un peu de pommade à 1' oxyde de zinc et au sous-nitrate de bismusth, ou bien un fard à base de kaolin, par exemple :
Kaolin .
Vaseline .
Glycérine .
Carbonate de magnésie Oxyde de zinc ....
Nous avons souvent ainsi réussi à faire disparaître le masque de la grossesse et de la chlorose.
Kaposi recommande des applications de compresses imbibées d’une solution de sublimé au centième ; on les laisse en contact avec les parties malades pendant quatre heures. Il se forme une phlyctène, puis on poudre avec une poudre inerte.
E. Resnier prescrit de frictionner d'abord avec du savon noir, puis d’appliquer parties égales de vaseline et d’emplâtre de Vigo pendant la nuit. Le lendemain, on enlève cette pommade en lavant avec de l'eau chaude, et pendant le jour on a pplique le fard suivant :
Vaseline .
Carbonate de bismuth Kaolin .
20 grammes.
aa
On peut aussi se servir de l’emplâtre de Vigo, de l’emplâtre rouge d’E. Vidal, du lait antéphélique du commerce, de l’eau cosmétique orientale (voir article Acné).
Dans le chloasma utérin, on a beaucoup recommandé une préparation renfermant de 15 à 30 centigrammes de bichlorure d’hydrargyre et de chlorhydrate d’ammoniaque pour 120 grammes d’émulsion d’amandes.
Unna recommande d’appliquer son emplâtre de Vigo pendant la nuit. Le lendemain matin, on fait des frictions avec de l’eau de Cologne pour enlever les matières grasses, et on étale ensuite avec un pinceau sur les parties malades le mélange suivant :
Oxyde de bismuth . 2 grammes.
Amidon . 2 —
Craie . 4
Onguent de glycérine . 10
Eau de rose . 90
M. s. a. (Formule allemande.)
L’onguent de glycérine est composé de : gomme adragante pulvérisée, 1 p. ; — alcool à 50°, 5 p.; — glycérine, 50 p. — Mélanger la gomme à l’alcool, puis ajouter la glycérine, et chauffer au bain-marie.
On peut aussi se servir, mais avec beaucoup de prudence, des collodions au sublimé au trentième, au vingtième et même au dixième. Ce sont des préparations très actives et d'une grande efficacité, mais fort irritantes.
Comme pommades et pâtes mercurielles on peut prescrire des pommades à base de calomel au quarantième ou au vingtième avec ou sans acide salicylique, des pâtes à base d’oxyde de zinc dans lesquelles on incorpore de un deux-centième à un cent-cinquantième de sublimé : on a employé le nitrate acide de mer-
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cure, le chloramidure d’hydrargyre à la dose de 3 gr. 50 à 7 grammes pour 30 grammes d’onguent simple (Duhring).
Telles sont les principales médications à base de mercure.
Voici le traitement que Leloir a recommandé dans les mélanodermies de quelque nature qu’elles soient, y compris les nævi pigmentaires :
« Après avoir bien fait nettoyer la région malade avec du savon noir ou simplement de l’alcool, il applique plusieurs couches de la préparation suivante :
Chloroforme . 100 grammes.
Acide chrysophanique . . 15 —
a Quand ces couches ont séché, il les recouvre de traumaticine (gutta-percha dissoute dans le chloroforme). Au bout de quelques jours, quand l’enduit se détache, il fait une nouvelle application et ainsi de suite.
« Dans quelques cas (nævi pigmentaires) l’emploi préalable de pommades salicylées destinées à décaper très légèrement la peau, lui a semblé favoriser beaucoup l’action ultérieure de l’acide chrysophanique. »
Les collodions à l’acide chrysophanique au dixième, au quinzième, au vingtième, additionnés ou non d’acide salicylique au vingtième ou au quarantième, agissent de la même manière.
On peut aussi procéder comme pour les acnés rebelles, appliquer une pommade résorcinée forte au savon noir jusqu’à desquamation complète; par exemple :
Résorcine . de 2 à 5 grammes.
Savon noir . de 2 à 3
Craie préparée . 4 —
Lanoline pure . 5 —
Vaseline pure . 6 —
Quand les procédés énergiques qui précèdent ont irrité les téguments, on les calme en appliquant une des pommades ou un des fards que nous avons indiqués plus haut.
Parmi les autres topiques préconisés contre les pigmentations nous mentionnerons :
L’acide lactique concentré de Merck que l’on étend de trois fois son volume d’eau, et que l’on applique avec une baguette de verre ou de bois ; le sulfophénate de zinc sous la forme suivante :
Sulfophénate de zinc . . .
Glycérine .
Alcool à 90° .
Eau de fleurs d’oranger. .
Eau de rose .
Appliquer matin et soir.
Les divers acides, acétique, phénique, chlorhydrique, azotique, etc., plus ou moins dilués, par exemple :
Lait virginal . 50 grammes.
Glycérine . 30 —
Acide chlorhydrique médicinal . 5 —
Chlorhydrate d’ammoniaque . 4 —
Faire dissoudre.
4 grammes.