‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 123 sur 252 · HERPÈS · texte numérisé non relu

HERPÈS

Le mot d 'herpès a été employé par les anciens dermatologistes pour désigner les affections cutanées les plus diverses, et à l’heure actuelle le public donne encore d’une manière générale ce nom d’herpès à la plupart des dermatoses,

D’un commun accord les médecins réservent aujourd’hui le nom herpès, sans qualificatif, à une éruption de vésicules assez volumineuses groupées les unes à côté des autres en nombre variable pour former une sorte de bouquet.

Mais on donne encore parfois le nom d 'herpès avec qualificatifs à quelques autres dermatoses dont voici les principales :

Herpès circiné. — C’est la trichopbytie de la peau (voir ce mot aux Dermatoses parasitaires).

Herpès imbriqué. — C’est la teigne imbriquée ou tokélau (voir id.).

Herpes parasitaires . — Ce sont les trichophyties.

Herpès tonsurans maculosus . — C’est le nom qu’on donne encore parfois en

TABLEAUX D’ENSEMBLE ET SYNDROMES INCLASSABLES

Allemagne au pityriasis rosé de Gibert (voir Réactions cutanées 'proprement dites) .

Herpès gestationis. — C’est la dermatite polymorphe douloureuse de la grossesse (Voir id.).

Herpès iris on herpès en cocarde. — C’est l’érythème polymorphe variété hydroa vésiculeux (voir id.)

Herpès crétacé. — C’est une forme du lupus érythémateux (voir Tuberculides, aux dermatoses microbiennes) .

Le radical herpès entre en outre dans la composition du nom de certaines dermatoses qui n’ont rien de commun avec l’herpès sans qualificatif.

Sous le nom d dierpétides les vieux auteurs ont autrefois désigné des éruptions cutanées qu’ils considéraient comme étant sous la dépendance de la diathèse à laquelle ils donnaient le nom d’herpétisme.

On donne le nom de herpêtides malignes exf oliatives (Bazin) à des éruptions généralisées rouges et desquamatives consécutives à certaines dermatoses (voir érythrodermies exfoliantes aux Réactions cutanées pures) .

Le nom de dermatite herpétiforme a été donné par Duhring à une variété de dermatite polymorphe douloureuse (voirztC)

Enfin sous le nom d 'impétigo herpétiforme on a décrit une affection assez spéciale, très voisine de la précédente, et caractérisée au point de vue objectif par un groupement des lésions éruptives analogue à celui des vésicules de l’herpès (voir Dermatoses microbiennes^.) .

Dermatoses actuellement désignées sous le nom d herpès. — On divise les herpès en deux grands groupes principaux :

A. Les herpès symptomatiques ;

B. Les herpès dits essentiels.

A. Herpès symptomatiques. — L’herpès peut être purement et simplement un épiphénomène dans le cours d'une autre affection : c’est le groupe si complexe des herpès symptomatiques qui surviennent, comme on le sait, dans la pneumonie (. herpès critique des vieux auteurs), dans la méningite cérébro-spinale, dans la fièvre intermittente, dans la fièvre typhoïde, dans certaines lésions nerveuses ( herpès traumatique); dans ce dernier cas, l’herpès peut récidiver avec une certaine ténacité, siéger sur le trajet même du nerf lésé (trouble trophique vrai), ou à distance (par action réflexe).

L’herpès peut dépendre aussi d'une irritation locale comme dans la défloration de la jeune fille. La blennorragie, la vaginite, le chancre simple, l’inoculation de la syphilis semblent dans beaucoup de cas provoquer l'apparition de cette lésion.

En somme l’herpès n’est pas une maladie, c’est purement et simplement un symptôme, qui s’observe dans les états morbides les plus divers. Nous le décrivons dans nos Réactions cutanées pures.

R. Herpès dits essentiels. — L’herpès peut être le phénomène principal d’une maladie ; c’est le groupe des herpès dits essentiels, parmi lesquels nous distinguerons trois affections principales :

1° La fièvre herpétique , affection encore assez peu connue et bien mal délimitée, dont nous n’avons pas à nous occuper dans cet ouvrage, et dont l’herpès facialis

KERATOMES, KERATOSES

est presque toujours la manifestation, bien que l’éruption de cette fièvre herpétique puisse siéger aux organes génitaux, aux muqueuses ou ailleurs.

2° L 'herpès récidivant dans lequel rentrent d’ailleurs la plupart des herpès des organes génitaux, surtout ceux de l’homme. Nous l’étudions dans les Réactions cutanées à la suite de l’herpès en général. x

3° L herpès zoster ou zona dont nous donnons une description succincte dans les Troplionévroses.

HYDROA

Le mot hydroa , autrefois employé par les anciens pour désigner des éruptions vésiculeuses, a été repris par Bazin, qui en a fait tout un groupe morbide.

Il en a décrit trois variétés :

1° L’ hydroa vèsiculeux, qui n’est autre chose que l’ herpès iris de Bateman, et que nous décrivons à l’article Érythème potymorphe (voir Réactions cutanées pures ) ;

2° L hydroa vacciniforme, qui est une éruption d’origine solaire, et dont on trouvera par suite la description dans les éruptions artificielles d’origine externe ;

3° L hydroa bulleux qui doit probablement rentrer dans nos dermatites polymorphes douloureuses (voir ce mot aux réactions cutanées pures).

En Allemagne, Unna a proposé de donner le nom d’hydroa aux diverses dermatoses qui rentrent dans le groupe de la dermatite herpéti forme de üuhring.

Quinquaud a désigné de son côté sous le nom d’hydroa une affection à marche spéciale caractérisée par un début fébrile, du malaise, des frissons, du prurit, puis par l’apparition brusque de bulles eitrines, hémisphériques, turgides, d’abord transparentes, puis louches, puri formes, et donnant lieu à des croûtelles minces, brunâtres, qui tombent au bout de cinq à six jours en laissant des macules brunes, pigmentées, sans cicatrices. L’éruption se présente assez souvent sous la forme de groupes bulleux ne reposant pas sur une tuméfaction bien considérable du derme : elle se produit fréquemment sur les muqueuses où elle se caractérise surtout par des exulcérations superficielles recouvertes d’une fine fausse membrane d’aspect blanchâtre. Cette affection évolue rapidement; après une poussée principale peuvent survenir plusieurs poussées secondaires de plus en plus légères, de telle sorte que la maladie dure de un à deux mois : elle est prurigineuse dans sa phase active. Il est certain que l’hydroa a beaucoup de traits communs avec nos dermatites polymorphes douloureuses aiguës.

KERATOMES, KÉRATOSES

D’une manière générale on donne le nom de kératoses aux affections cutanées objectivement caractérisées par une hypertrophie considérable de l’épiderme qui devient dur et corné.

On a divisé ces affections en deux groupes :

1° Les kératoses sans hypertrophie papillaire ou kératoses pures.

Ce sont : les durillons, les callosités, les kératodermies palmaires et plantaires, etc... (voir ces mots).

2° Les kératoses avec hypertrophie des papilles. — Ce sont les cornes, les verrues, les végétations, etc... (voir ces mots).

TABLEAUX D’ENSEMBLE ET SYNDROMES INCLASSABLES

KERATODERMIES

PALMAIRES ET PLANTAIRES

On désigne communément sous le nom de kératodermies palmaires etplantaires des affections qui sont essentiellement caractérisées par un épaississement très marqué de l’épiderme de la paume des 'mains et de la plante des pieds.

Ces lésions sont fréquentes et éminemment complexes. La plupart des dermatoses qui atteignent ces régions ont en effet une tendance marquée à se compliquer d’hyperkératose . On peut les diviser en deux grands groupes selon qu’elles constituent à elles seules une affection nettement définie du moins au point de vue symptomatique, ce sont les kératodermies palmaires et plantaires dites essentielles , selon qu’elles sont la conséquence de la localisation à la paume des mains et à la plante des pieds d’une dermatose quelconque bien définie, ce sont les kératodermies palmaires et plantaires dites symptomatiques.

A. Kératodermies palmaires

ET PLANTAIRES ESSENTIELLES. -

Elles se subdivisent en deux groupes selon qu’elles sont congénitales ou acquises.

1° Kératodermies palmaires et plantaires congénitales (voir dermatoses congénitales aux Dystrophies).

2° Kératodermies palmaires et plantaires acquises :

Elles comprennent les groupes suivants :

a) La kératodermie érythémateuse symétrique des adultes (voir Dystrophies); h) L’ érythème kératosique (■ id .);

c) La kératodermie arsenicale (voir Dermatoses artificielles d origine interne);

d ) Les kératodermies professionnelles .

Fig-. 29. — Kératodermie palmaire remarquable par de la poroliératose (dépressions ponctuées qui criblent la face palmaire de la main).

B. Kératodermies palmaires et plantaires symptomatiques. — Elles sont extrêmement nombreuses. Citons parmi les plus importantes :

1° L’eczéma kératosique palmaire et plantaire (voir eczéma);

KÉRATODERMIES PALMAIRES ET PLANTAIRES

2° hz psoriasis et les par akératoses psoriasi formes ;

3° Le 'pityriasis rubra pilaire ;

A0 Le lichen plan;

3° Le prurit circonscrit avec lichénification ;

6° Les syphilides secondaires, qui sont d’ordinaire symétriques et surtout les syphilides tertiaires qui sont d’ordinaire unilatérales;

7° La blennorragie.

Diagnostic différentiel des kératodermies palmaires et plantaires. — Nous renvoyons h l’article Kératodermies palmaires et plantaires congénitales pour le tableau différentiel de leurs variétés : elles sont éminemment caractérisées par leur congénitalité et leur pérennité.

La kératodermie érythémateuse symétrique des adultes est caractérisée par sa prédominance habituelle aux pieds, par la formation de productions cornées presque toujours considérables, parfois diffuses, le plus souvent localisées aux talons et à la tête des métatarsiens, aux éminences thénar et hypothénar; elles sont entourées d’une zone érythémateuse de quelques millimètres à un centimètre et plus de diamètre.

L ’erytlième kératosique se rapproche comme symptômes- de la forme précédente. Il en diffère par son évolution tellement rapide qu’on se demande si les faits sur lesquels repose sa description ne sont pas des érythèmes toxiques.

La kératodermie arsenicale est caractérisée par son étiologie (et toutes les fois qu’on se trouve en présence de kératodermies palmaires diffuses accentuées, il faut songer h la possibilité de cette cause), par son aspect d’érythème léger au début avec épaississement et sécheresse de l’épiderme, puis desquamation en lames épaisses. Dans les formes chroniques légères, l’épiderme de la paume des mains est sec, dur, farineux vers les plis, parsemé çà et là de petits grains cornés durs et blancs. Dans les formes chroniques intenses, la face palmaire des mains et des doigts est tapissée d’une couche cornée de plusieurs millimètres d’épaisseur, compacte, d’un jaune ambré, comme transparente, lisse ou grenue et commec hagrinée, semée parfois de sortes de nodules cornés variant comme volume de celui d’un grain de mil à celui d’un pois, blanchâtres ou brunâtres, enchâssés dans la nappe cornée ou faisant une saillie notable: ce sont des sortes de globes cornés, qui parfois peuvent s’énucléer : ils se formeraient d’après quelques auteurs dans les orifices dilatés des glandes sudoripares.

Les kératodermies professionnelles se développent' surtout chez des sujets prédisposés ; elles sont caractérisées par leurs localisations qui sont en relation directe avec les contacts et les frottements professionnels.

L’eczéma kératosique des paumes des mains et des plantes des pieds est d'une extrême fréquence : il est d’ordinaire symétrique, mal limité; les plaques ne sont pas marginées, ce qui le différencie des trichophyties palmaires et plantaires chroniques auxquelles il faut toujours penser quand il existe des bords nettement et finement arrêtés, circinés, vésiculeux ou non. Quelques vésicules sous-épidermiques isolées permettront de poser le diagnostic d’eczéma, ainsi que la coexistence en un point quelconque du corps d’éléments eczémateux.

Le prurit circonscrit avec lichénification est caractérisé par des plaques circonscrites bien qu’à bords peu nets et diffus, par une teinte grisâtre de la plaque, par une desquamation fine et adhérente, par un prurit paroxystique, par l’absence totale de vésicules.

TABLEAUX D’ENSEMBLE ET SYNDROMES INCLASSABLES

L q psoriasis palmaire et plantaire isolé est fort rare, il est caractérisé au début par de petites papales hyperkératosiques dont le centre s’effritte peu à peu et desquame en laissant voir un derme squameux légèrement rosé, tandis qu’elles s’étalent à la périphérie en formant des plaques circinées, hyperkératosiques, parfois crevassées et sanguinolentes par endroits, nullement vésiculeuses, souvent symétriques : il est extrêmement rare de ne pas trouver en un point quelconque du corps, genoux, coudes, cuir chevelu, un élément de psoriasis qui fixe le diagnostic.

11 en est de même pour les formes éruptives que nous désignons sous le nom de parakératoses psoriasi formes, et dont les lésions, quand elles se développent à la paume des mains et à la plante des pieds, ont des aspects analogues à ceux du psoriasis, quoiqu’elles soient moins infiltrées; on ne peut guère les reconnaître que par voie d’exclusion, et surtout par la coexistence de lésions typiques au cuir chevelu ou en un autre point du corps.

Le pityriasis rubra pilaris est caractérisé (voir ce mot) par de la « kératodermie palmaire et plantaire » (Devergie) ; cette kératodermie est remarquable par sa symétrie, par une rougeur diffuse de ces régions, par une sécheresse particulière de l’épiderme qui est épaissi, mais uniforme et souple et qui ne desquame que peu ou point. *.

Dans le lichen plan on peut voir çà et là disséminés autour des plaques principales lesquelles sont sèches et cornées de petits éléments punctiformes analogues à des vésicules, mais ne renfermant pas de liquide, parfois même de petites dépressions arrondies qui font faire le diagnostic.

Le syphilis peut provoquer des lésions kératodermiques à la paume des mains et à la plante des pieds aux périodes secondaire et tertiaire. A la période secondaire les lésions sont symétriques bilatérales, constituées par des papules d’un rouge bistre qui desquament parfois au centre en laissant une collerette squameuse périphérique. A la période tertiaire les lésions ont un aspect général circiné; elles débutent par un tubercule aplati d’un rouge bistre hyperkératosique qui s’étale peu à peu par les bords en desquamant au centre et en laissant à nu des lésions squameuses d’un rouge variable, souvent crevassées, tandis que le bord d’un rouge un peu plus foncé, infiltré, est couvert d’un épiderme plus ou moins épais, avec rhagades au niveau des plis de flexion. Le tout a un aspect psoriasiforme qui prête à la confusion. Ces lésions sont d’ordinaire unilatérales : elles ont une tendance marquée à se cantonner à la face palmaire des doigts et des mains ; mais ce caractère n’est pas pathognomonique, car elles peuvent empiéter largement sur leur face dorsale : on y remarque assez souvent des sortes de petits éléments arrondis ou ovalaires, de la grandeur moyenne d’une petite lentille, comme aplatis et brillants : ces dernières lésions sont pour nous pathognomoniques de la syphilis. Quand ces syphilides tertiaires sont bilatérales, ce qui est rare, mais possible, il s’agit presque toujours d’hybrides, c’est-à-dire de syphilides développées sur des eczémas, sur des psoriasis, sur des parakératoses psoriasiformes chroniques bilatérales, ou bien de syphilides compliquées ultérieurement de ces affections.

Les syphilides palmaires ont assez souvent d’ailleurs un caractère d’infiltration et d’épaisseur des squames qui les distingue nettement d’emblée des psoriasis, et des trichophyties circinées des mêmes régions.

Les kératodermies blennorragiques qui ont été décrites par E. Vidal, Jacquet, Jeanselme et Chauffard, etc., sont essentiellement caractérisées par ce fait qu’elles ne sont pas cantonnées aux extrémités : elles siègent un peu partout. Sur le tronc

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et sur les membres elles affectent l’aspect de taches dures, jaunes, cornées, ressemblant à des gouttes de cire jaune. Aux extrémités, elles prennent les apparences de saillies dures, d’un jaune brunâtre, coniques, terminées par plusieurs pointes mousses : elles siègent sur la face dorsale des doigts et des orteils. A la paume des mains, on trouve des plaques cornées plus ou moins étendues; à la plante des pieds, elles forment des semelles épaisses de plus d’un centimètre vers les points de pression, et semblent constituées par une série de cornes courtes, coniques, tronquées, confluentes à leur base.

LANGUE

Nous renvoyons à l’article Bouche pour le tableau d’ensemble des affections de la langue. On y verra que nous avons pris le parti de ne décrire dans cet ouvrage que les maladies de la muqueuse linguale dont la description a été jusqu’ici un peu sacrifiée dans les ouvrages classiques, et que l’on considère par une sorte de convention tacite comme étant plus spécialement du ressort des dermatologistes.

11 y a des affections qui intéressent à la fois la langue et le reste de la muqueuse buccale, comme la leucoplasie par exemple.

Les affections dont on trouvera la description dans cet ouvrage et qui sont propres à la langue sont :

l 0 La langue scrotale ou montagneuse (voir Dystrophies cutanées)-,

2° Les langues lisses; cet état morbide constitue un syndrome (voir ci-après) ;

3° La langue noire (voir Dystrophies cutanées ) ;

4° La desquamation marginée aberrante de la langue, ou glossite exfoliative marginée , objectivement caractérisée par de la desquamation de la muqueuse, desquamation qui se fait suivant des plaques aberrantes nettement limitées du côté ou elles s’étendent par une sorte de bourrelet blanc, circiné, géographique, à convexité le plus souvent externe (voir ce mot aux Dystrophies).

o° La glossodynie ou glossalgie, caractérisée par des phénomènes douloureux qui se produisent dans la langue sans qu’il y ait de lésion apparente (voir ce mot aux Trophonévroses) .

6° Certaines glossites, telles que :

a) Les glossites traumatiques ou ulcérations traumatiques du bord et de la pointe de l'organe (voir chapitre des Dermatoses traumatiques) ;

b) Les glossites superficielles non traumatiques ; ces états morbides constituent un syndrome (voir ci-après).

Nous allons donc donner ici un aperçu d’ensemble :

A. Des langues lisses ;

B. Des glossites superficielles non traumatiques.

A. Langues lisses. — La lésion connue sous le nom de langue lisse, plaques lisses de la langue, ne constitue pas une maladie à part. Elle se rencontre dans les états morbides les plus divers. Il faut, ce nous semble, distinguer dans les langues lisses deux catégories de faits qui n’ont pas été suffisamment précisés jusqu’ici, de telle sorte que ce point particulier de la pathologie linguale nous paraît réclamer de nouvelles recherches.

a) Dans le premier groupe de faits que nous désignerons sous le nom de plaques

TABLEAUX D’ENSEMBLE ET SYNDROMES INCLASSABLES

desquamées ou plus simplement encore de desquamations linguales , les lésions sont éminemment superficielles et desquamatives. L’enduit épithélial qui recouvre les papilles filiformes a disparu, la langue est lisse, unie, d’un rouge rosé, et sur ce fond les papilles fungifornes également desquamées font saillie. Le plus souvent cette altération est circonscrite sous forme de placards assez nettement limités, arrondis, ovalaires ou irréguliers. Plus rarement elle occupe de vastes surfaces diffuses. Elle peut ne s’accompagner d’aucune sensibilité, d’aucun phénomène inflammatoire. On la rencontre parfois avec ces caractères purement objectifs chez des personnes bien portantes, non syphilitiqu.es, qui n’ont pas même de troubles dyspeptiques, et chez lesquelles on ne la découvre que par hasard, car elle ne cause aucun trouble fonctionnel II s’agit évidemment alors d'une lésion fort voisine de ce que nous décrivons sous le titre de desquamation marginée aberrante de la langue (voir ce mot.)

On les a observées aussi chez les vieillards où elles peuvent envahir toute la face dorsale de l’organe, et on a même considéré cette altération comme une lésion analogue à la calvitie. Il faudrait rechercher si elle ne se complique pas chez eux d’un degré plus ou moins accentué d’atrophie des papilles.

Ces plaques desquamées de la langue peuvent se voir dans des états morbides bien définis : sans parler- des fièvres éruptives, on sait qu’elles sont des manifestations de la syphilis : elles prennent alors' le nom d e plaques syphilitiques lisses (Fournier), de plaques fauchées en prairie (Cornil), de disques de desquamation (Mauriac).

Quand elles s’accompagnent d’une certaine réaction inflammatoire, de rougeur et de sensibilité de la muqueuse, elles peuvent être symptomatiques d'un traumatisme, d’une brûlure par exemple, ou d’une glossite superficielle comme on en observe chez les arthritiques, les dyspeptiques, les convalescents, les cachectiques.

Nous renvoyons pour le traitement de cette lésion aux articles Desquamation marginée aberrante de la langue et Glossites.

h) Dans le deuxième groupe de faits il n’y a pas seulement desquamation des papilles de la langue, ces papilles elles-mêmes sont intéressées, aplaties, et ont plus ou moins complètement disparu. Il s’agit donc alors d'une véritable dépapillation de la langue. Il est facile de comprendre qu’entre la forme précédente et celle-ci il existe toute une série de faits de transition, et qu’il doit être souvent fort difficile de déterminer si la plaque lisse en est encore au premier degré, ou bien si elle a commencé à passer au second. Quoi qu’il en soit, cette distinction est des plus importantes, car, dans cette deuxième forme, il s’agit de lésions inflammatoires, intéressant déjà la muqueuse, et produisant des altérations irrémé¬

diables.

Aussi ce deuxième syndrome ne s’observe-t-il que dans les glossites, et en particulier dans les glossites chroniques. Les lésions qui le caractérisent sont le plus souvent circonscrites, limitées en un ou plusieurs points, irrégulières de forme et de contour, comme dans la leucoplasie (voir ce mot), dans la glossite superficielle chronique (voir ce mot); beaucoup plus rarement elles s’étendent à toute la face dorsale de la langue comme dans les glossites qui se développent pendant les diarrhées prolongées, pendant les longues cachexies; dans ces cas la muqueuse linguale est lisse, luisante, brillante, surtout lorsqu’on la tend, presque toujours sèche ; il peut ne plus y avoir à sa surface trace de papilles, parfois au contraire les papilles filiformes seules ont été détruites, les papilles fungiformes persistent encore et font une saillie plus ou moins apparente. La sensibilité est variable ;

LANGUE

presque nulle dans certains cas, elle peut être très accentuée dans d’autres, surtout lorsqu'il y a de la tendance à la production d’excoriations, de fissures, ce qui est encore assez fréquent, à la pointe de l’organe et vers les bords.

Bénard range dans ce groupe : 1° Les glossites des cachectiques et des convalescents ; 2° les glossites des dyspeptiques, que l’on observe chez des arthritiques névropathes enclins aux eczémas vésiculeux ou aux eczémas séborrhéiques (voir le paragraphe suivant).

Traitement. — Le traitement sera celui de toutes les glossites chroniques (voir ce mot et l’article Leucoplasie pour plus de détails). Il consistera essentiellement à soigner l’état général par les moyens appropriés, à tonifier l’organisme sans léser le tube digestif, à imposer une hygiène et un régime alimentaire qui ne puissent en rien irriter la muqueuse buccale, à prescrire de fréquents bains de bouche émollients, simples ou légèrement alcalinisés, enfin à toucher les fissures et les ulcérations, s’il y en a, avec une solution faible d’acide chromique ou de bleu de méthylène.

B. Glossites superficielles non traumatiques. — Rien de plus difficile à spécifier que ce qu’il faut entendre sous ce nom. Nous ne nous occuperons pas ici de toutes les glossites symptomatiques de maladies générales graves, de la scarlatine, de l’érysipèle, etc.

La leucoplasie (voir ce mot) est un type de glossite superficielle chronique. Nous décrivons avec elle une autre variété de glossite superficielle chronique y oisine de la leucoplasie, dans laquelle la muqueuse est d’un rouge uniforme, inégale et pour ainsi dire dépapillée.

Chez les goutteux, les rhumatisants, les névropathes, et surtout chez les dyspeptiques, on peut observer des sortes de glossites superficielles caractérisées : 1° dans leurs formes les plus superficielles, par une rougeur légère et diffuse de la muqueuse, parfois par une exagération de ses sillons, par une sensibilité assez vive, par des picotements, des brûlures intermittentes, par l’impossibité de supporter certains aliments; 2° dans une forme plus accentuée, par des poussées congestives pendant lesquelles la langue est desquamée, comme tuméfiée, rouge, douloureuse, hérissée de papilles d'un rouge vif; 3° dans une forme encore plus grave, par des sillons beaucoup plus profonds, et par une rougeur fort vive; les papilles sont saillantes ou ont disparu : les filiformes peuvent faire défaut alors que les fungiformes persistent et paraissent plus nombreuses et plus volumineuses qu’à l’état normal, grâce à la disparition des filiformes; la langue peut, donc être lisse et vernissée; il se produit des érosions et des ulcérations plus ou moins bien limitées, irrégulières, parfois étoilées et fissurées, superficielles. Les parties non desquamées sont recouvertesd’un enduit saburral : ce sont là les glossites dyspeptiques de quelques auteurs. Elles sont pour certains sujets une cause permanente de douleurs; elles constituent chez eux une affection véritablement grave qui conduit à la neurasthénie, à l’idée fixe et à la mélancolie.

Traitement. — On traitera l’état général, la goutte, le rhumatisme, le nervosisme (voir article Eczéma);- on s’occupera de l'estomac et de l’intestin; les digestions doivent être parfaites; le malade ne serajamaisconstipé; il neprendra aucun aliment irritant pour la muqueuse buccale (voir article Leucoplasie). 11 s’abstiendra en particulier de tabac et d’alcool. S’il a des dents malades cariées, qui suppurent, il les fera soigner ou enlever.

TABLEAUX D’ENSEMBLE ET SYNDROMES INCLASSABLES

S’il y a du ptyalisme, on donnera de la teinture de belladone ou de l’atropine à faibles doses. S’il y a de la sécheresse de la bouche, on pourra badigeonner la muqueuse avec un corps gras, avec de la vaseline liquide, ou même essayer d’y déposer, comme l’a conseillé Blackmann, de petites lamelles gélatineuses de pilocarpine après y avoir mis une goutte d’eau : il se produirait en peu de temps un flux salivaire modéré qui se prolongerait pendant vingt-quatre heures. Toutefois, nous ne pouvons guère conseil ler un moyen aussi énergiq ue : si on en fait usage, il faudra user des plus grandes précautions, et ne prescrire que des lamelles de 1 ou 2 milligrammes chaque.

On se contentera le plus souvent de bains locaux émollients répétés aussi fréquemment que possible. On les donnera avec de l’eau de guimauve, d’orge, de têtes de pavots, de graine de lin. Peu à peu on y ajoutera, si le malade le tolère, un peu de borate ou de bicarbonate de soude. Si l’état se prolonge, on essayera avec précaution des préparations faiblement astringentes, thé léger, infusion légère de tannin, de ratanhia, des solutions faibles d’alun.

Beaucoup d’auteurs recommandent le chlorate de potasse, mais chez ces malades cette substance est souvent mal tolérée et donne lieu à de vives sensations de brûlure.

Dans les cas rebelles, compliqués d’ulcérations, on se servira de temps en temps d’un collutoire boraté ou mieux d’une solution faible d’acide chromique.

Le nitrate d’argent doit presque toujours être laissé de côté : on pourra cependant l’utiliser, lorsque les autres moyens auront échoué, en solutions faibles au cinquantième, au trentième, avec lesquelles on badigeonnera les surfaces excoriées : son usage doit surtout être proscrit chez les personnes âgées de plus de quarante ans, et par cela même prédisposées à l’épithéliome.

En cas de sensibilité trop vive, on aura recours à des collutoires au chlorhydrate de cocaïne au cinquantième, au trentième, et même au vingtième, mais il faut recommander au malade de n’en user qu’avec assez de ménagements de peur d’intoxications.

En somme, en présence d’un cas donné, il 11e faudra intervenir qu’avec la plus grande prudence : il est presque toujours nécessaire de tâtonner pour arriver à trouver le topique qui convient au malade.

OEDEMES

L’étude des œdèmes est du ressort de la pathologie générale. Pour en avoir un tableau d’ensemble complet et au courant des dernières données de la science, nous conseillons à nos lecteurs de se reporter à l’excellente revue générale de M. Loeper et G. Laubry ( Gazette des hôpitaux, 12-19 novembre 1904). Nous nous contenterons dans cet ouvrage d’étudier certaines variétés d’œdèmes dont les dermatologistes se sont plus spécialement occupés. Ce sont :

1° V œdème aigu circonscrit de la peau, que l’on peut ranger dans les réactions cutanées, et dans les trophonévroses vasomotrices : nous le décrivons à côté des nodosités non érythémateuses et du dermographisme;

2° Les œdèmes durs, localisés à un membre ou à une région du corps, à côté desquels on peut à la rigueur classer les œdèmes trophiques et V œdème bleu des hystériques. Nous les décrivons dans le groupe des trophonévroses, ainsi que les deux variétés suivantes :

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