‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 124 sur 252 · ONGLES · texte numérisé non relu

ONGLES

Les ongles sont des annexes de l’épiderme, et, comme tels, ils participent h ses lésions. Aussi ne doit-on pas être étonné de les voir présenter des altérations dans presque toutes les maladies cutanées graves et dans presque toutes les maladies générales.

I. Parmi les maladies de cause externe qui peuvent provoquer des lésions unguéales citons :

1° Tous les traumatismes de quelque nature qu’ils soient; ils produisent :

a) Y ecchymose sous-unguéale ; b) le décollement de V ongle et son remplacement par un ongle nouveau ; c) Y inflammation des tissus périungué aux et la formation d’un panaris unguéal et sous -unguéal, les onyxis et périonyxis traumatiques, Y ongle incarné , etc. Toutes ces lésions, y compris les coups, lesblessures, les brûlures, les corps étrangers sous-unguéaux, etc., sont du ressort de la chirurgie;

2° Les maladies d' origine professionnelle, qui consistent {yoiv Ancel) en :

a) Colorations de diverses natures , brun noirâtre chez les ébénistes, chez les saturnins, quand ils ont touché une préparation sulfureuse quelconque; brun très noir chez les écaleuses de noix; rouge acajou chez ceux qui manient l’acide azotique ou l’azotate d’argent; jaune chez les préparateurs de toile pour fleurs artificielles, à cause de la présence de l’acide picrique; bleu chez ceux qui fabriquent l’indigo, etc.

b) Usures générales ou partielles comme chez les blanchisseurs, les ouvriers écharneurs de peaux (Gilbert, 28 juin 1902 : Académie royale de médecine de Belgique), les mégissiers, les boyaudiers, les bijoutiers, etc., chez lesquels les ongles sont altérés mécaniquement, les teinturiers chez lesquels ces lésions varient selon les sels qu’ils emploient et qui attaquent chimiquement la substance cornée, etc.

c) Développement accidentel volontaire, nécessaire à l’exercice de la profession, comme chez les dentellières, les horlogers, etc.

d) Altérations diverses assez analogues à celles de l’eczéma, à l’onyxis, et qui se relient aux dermites professionnelles comme dans la gale des épiciers, l’eczéma artificiel des boulangers, des plâtriers, les onyxis des ouvriers qui manient l’arsenic, des confiseurs, des mégissiers, des teinturiers en peau, etc.

e) Lésions d' effriltement progressif , d' éclatement, puis d'atrophie chez les personnes qui manient habituellement les rayons X.

3° Il est certaines substances qui, administrées à l’intérieur pendant un temps plus ou moins long, donnent aux téguments et aux ongles des colorations persistantes. Le nitrate d’argent les teint lentement en brun ardoisé (voir Argyrie), et l’indigo en bleu.

4° Les parasites, tels que les parasites animaux, la gale norvégienne, etc., et les parasites végétaux, Y achorion, le trichophyton (voir les articles Favus , Trichophytie pour la description des onyclwmycoses faveuse et tricliopliy tique) .

5° Les microbes tels que le streptocoque et le staphylocoque, l’agent de la syphilis, etc., qui produisent les onyxis et périonyxis, etc.

IL Les affections unguéales qui ne résultent pas de V action directe d'un agent externe se divisent en deux grands groupes principaux :

Brocq. — Dermatologie. I. 21

TABLEAUX D’ENSEMBLE ET SYNDROMES INCLASSABLES

1° Affections se reliant à une autre maladie bien définie;

2° Affections propres à V ongle.

1° Cette classe est des plus considérables :

A. Un grand nombre de dermatoses s’accompagnent d’altérations unguéales :

Citons, au premier rang, le psoriasis, l’eczéma, le pityriasis rubra pilaire, les

érythrodermies (herpétides malignes exfoliatives, érythème scarlatiniforme, dermatite exfoliative, pityriasis rubra), l’ichthyose, l’éléphantiasis, etc...

Les lésions du système nerveux qui produisent des dermatoses intéressent aussi le système unguéal ; parmi ces troubles trophiques nous mentionnerons les blessures et les sections des nerfs, les divers traumatismes des membres, la sclérodermie, les pelades décalvantes, la maladie de Morvan, la syringomyélie, les affections médullaires proprement dites, l’ataxie en particulier, les névroses comme la maladie de Basedow, etc...

B. Les grandes pyrexies affectent souvent les ongles : on en a noté des altérations dans les fièvres éruptives, dans la fièvre typhoïde, dans toutes les maladies de longue durée, surtout lorsqu’elles s’accompagnent d’une dénutrition marquée. Ces altérations consistent en des dépressions transversales plus ou moins larges, plus ou moins profondes suivant l’intensité du processus.

C. Il en est de même des divers états morbides chroniques, de la chlorose, des maladies du cœur, du diabète, du cancer, de la tuberculose, de la lèpre, de la syphilis. D’ailleurs, le système unguéal peut être modifié par ces affections de manière fort diverse ; c’est ainsi que dans la tuberculose on peut avoir un onyxis et un périonyxis suppuré dit scrofuleux, ou bien avoir simplement la déformation si connue sous le nom d 'ongle hippocratique, etc... Nous renvoyons pour la description de toutes ces lésions aux traités où les maladies causes sont étudiées.

2° Les affections propres aux ongles sont des plus rares ; le plus souvent en effet les lésions de ces organes reconnaissent une des causes locales ou générales que nous venons d’énumérer. Elles peuvent être congénitales ou acquises.

On a groupé les affections propres aux ongles en cinq grandes catégories qui sont :

a) La déformation des ongles ( koilonychie , scléronychie) ; etc.

u) L’ hypertrophie des ongles ( onychauxis , onychogryphose) ;

c ) L’ atrophie des ongles ( onychatrophie , onychorrhexis, décollement, sillons ;)

d) Les anomalies de coloration ( hyperchromie , achromie ou leuconychie .)

e) Les inflammations de la matrice unguéale, onyxis, périonyxis, tourniole ou panaris unguéal qui peuvent être d’origine syphilitique ou simplement microbienne, en particulier streptococcique (pour les panaris voir les ouvrages de chirurgie).

PAPILLOMES

Uubreuilh ( Pratique dermatologique ) définit les papillomes des tumeurs bénignes siégeant sur la peau ou sur les muqueuses et constituées par des papilles vasculaires ramifiées et un revêtement épithélial typique.

En réalité le mot papillome signifie : lésion cutanée d’ordinaire circonscrite, caractérisée par une hypertrophie de la couche papillaire du derme.

Cette définition s’applique à une grande quantité de dermatoses totalement différentes de nature. Le psoriasis chronique, l’eczéma chronique, le lichen simplex

PARAKERATOSES

chronique, le pemphigus, le lupus, l’éléphantiasis, la syphilis, etc., peuvent se compliquer d’hypertrophie de la couche papillaire du derme, et donner ainsi naissance à des papillomes. Les vieilles dermatoses irritées, traumatisées, lichénifiées, deviennent papillomateuses, et ces dégénérescences papillomateuses secondaires qui dans quelques cas se compliquent même de petits abcès intradermiques superficiels, leur impriment parfois les aspects les plus étranges, les plus inattendus, et dont on est tenté de faire des types morbides nouveaux.

Il est en outre certaines affections cutanées qui sont de leur nature et d'emblée essentiellement papillomateuses ; telles sont les végétations, les verrues, les tuberculoses verruqueuses, le tubercule anatomique, le bouton de Riskra, etc... (Voir ces mots.) Les nævi verivjqueux peuvent être considérés comme des papillomes, et, de fait, ils ont été décrits sous le nom de papillomes congénitaux neuropathiques .

On a signalé des éruptions artificielles papillomateuses , en particulier le papillome des raffineurs de pétrole qui s’observe aux mains et aux avant-bras des ouvriers chargés du nettoyage des appareils de distillation (Derville et Guermonprez).

Enfin, il semble que parfois, dans certaines cachexies, la peau subisse dans sa presque totalité un processus d’hypertrophie papillaire et d’hyperkératose fort marqué, surtout aux plis articulaires qui semblent être les premiers atteints et aux extrémités qui se hérissent en quelque sorte de milliers de petites saillies cornées, acuminées, jaunâtres ou brunâtres. Cette papillomatose généralisée des cachectiques est des plus rares. On peut en rapprocher l’acanthosis nigricans (voir ce mot).

Nous ne considérons donc le papillome que comme une sorte de lésion élémentaire de la peau, et nous renvoyons pour son étude aux diverses dermatoses que nous venons d’énumérer.

Il existe cependant un petit groupe d’affections qui, étant uniquement constituées par ces hypertrophies papillaires, lesquelles se forment d’emblée sur la peau saine, semblent réaliser l’idéal du papillome dit essentiel ou simple. Elles ont en outre le grand caractère d’être contagieuses, inoculables et auto-inoculables.

Ce sont :

a) Les végétations qui siègent aux parties génitales de V homme et delà fenune. (. Papillome simple des organes génitaux);

b) Les végétatious ou papillomes simples de la cavité buccale ;

c) Les papillomes simples du cuir chevelu.

On ne sait pas encore si ces trois variétés cliniques du papillome simple inoculable ne constituent qu’une seule et même maladie, ou bien si elles sont distinctes comme nature.

Nous les étudions dans la sous-classe des dermatoses microbiennes à microbes encore inconnus.

PARAKERATOSES

Auspitz a, dans sa classification des maladies de la peau, donné le nom de P arakér aloses h la deuxième famille de la première série des anomalies de kératinisation et de sécrétion qu’il appelait Kératonoses. Cette première série des kératonoses comprend les kératoses dans le sens strict du mot, par opposition à la deuxième série qui comprend les trichoses , et à la troisième série qui comprend

TABLEAUX D'ENSEMBLE ET SYNDROMES INCLASSABLES

les onychoses. Cette première série se subdivise en deux, familles : la première, celle des kyperkératoses, renferme Y ichthyose, le lichen pilaire ou iclithy ose folliculaire, les cornes cutanées , les callosités, les cors, etc; la deuxième, celle des parakératoses, renferme le psoriasis et le lichen ruber et plan.

Unna a tiré ce mot de parakératose de Eoubli relatif dans lequel il était tombé, pour le donner à des dermatoses nouvelles et pour en faire la base de toute une conception. En 1883 il avait défini les parakératoses des affections diffuses ou en foyer de l’épiderme, toutes accompagnées d’hyperkératose, d’une prolifération épithéliale plus ou moins prononcée, mais en outre d’un émiettement anormal de la couche cornée et d’une diminution de Tidrose. En 1890, dans un article des plus remarquables, et après une discussion des plus élevées, il déclara qu’il désignait sous le nom de parakératose tous les catarrhes infectieux secs de la peau, tandis qu’il désignait sous le nom d’eczéma tous les catarrhes infectieux humides de la peau. C’est ainsi qu’il faisait rentrer dans les parakératoses le pityriasis capitis et d’autres formes sèches du catarrhe séborrhéique, le psoriasis, le pityriasis rubra pilaire de Devergie, l’ichthyose vraie, le pityriasis rubra de Ilebra, le pityriasis rosé de Gibert, la trichophytie du corps et du cuir chevelu.

A côté de ces affections bien connues, il rangeait dans ce groupe des dermatoses rares et nouvelles dont il a décrit deux types, l’un sous le nom de parakeratosis variegata , l’autre sous celui de parakeratosis scutularis.

Parakeratosis variegata. — C’est une affection des plus rares, une sorte d’érythème papuleux desquamatif chronique, rappelant un peu comme aspect le lichen plan diffus. Elle est caractérisée surtout par des plaques rouges nettement arrêtées, par places peu saillantes et sans infiltration notable, par places surélevées, dures et infiltrées, avec desquamation de la couche cornée en filées lamelles blanchâtres qui se détachent assez facilement. La peau sai ne et les plaques malades mélangées à doses variables forment une sorte de bigarrure, d’où le nom qu’Unna, Santi et Pollitzer ont donné à cette maladie. Sa marche semble être variable : elle a une fort longue durée, et présente de temps à autre des sortes de poussées aiguës. La chrysarobinc et surtout le pyrogallol employés en frictions très énergiques, de manière à produire une irritation vive et une complète desquamation, ont amené la guérison entre les mains d’Unna. Lorsque le pyrogallol avait produit l’irritation voulue, on pansait avec la colle de zinc et d ichthyol, ou avec la pâte de zinc ou de soufre. Nous pensons que les faits de cet ordre sont : ou bien une phase de début du mycosis fongoïde ou bien une des variétés de nos parapsoriasis (voir ce mot).

Parakeratosis scutularis. — Maladie fort rare, très voisine du pityriasis rubra pilaire de Devergie, et caractérisée par l’apparition en certains points du corps, cuir chevelu, tronc, membres, de plaques d’un jaune fauve ou d’un rouge assez vif, recouvertes de niasses épidermiques d’un blanc jaunâtre ou crayeux d’une grande épaisseur (. scutulaires ). Sur les petits éléments on trouve des productions cornées folliculaires rappelant beaucoup les cônes du pityriasis rubra pilaire. Le traitement doit consister dans des faits analogues en applications pyrogallées, suivies de l’emploi de pâtes à la résorcine ou au soufre (Unna).

Nous pensons comme Unna que le mot de parakératose doit être utilisé. Dans notre travail de 1900 sur la question des eczémas, nous avons voulu le substituer au ternie impropre de séborrhéide, et nous avons proposé la nomenclature suivante :

Page 1