‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 13 sur 252 · LA MÉTHODE GRAPHIQUE EN DERMATOLOGIE · texte numérisé non relu

LA MÉTHODE GRAPHIQUE EN DERMATOLOGIE

3° Les traits qui relient les médaillons entre eux indiquent qu’entre les médaillons ainsi reliés il existe des faits de passage. Il est bien évident que nous devrions proportionner la grosseur des traits d’union à l’importance et au nombre de ces faits de passage : ils devraient être d’autant plus volumineux et d’autant plus courts que les affinités entre deux types morbides sont plus étroites : malheureusement, nous n’avons pu nous conformer à cette règle d’une manière tout à fait stricte, car le graphique serait devenu par trop confus et illisible ;

4° Pour la même raison les distances auxquelles les divers médaillons se trouvent placés sur le graphique ne répondent pas tout à fait à la réalité (voir plus haut ce que nous en disons). Le lecteur devra donc faire dans une certaine mesure abstraction de ces distances : c’est ainsi qu’entre les formes chroniques du lichen plan et les prurits circonscrits avec lichénification il y a en clinique d’étroites affinités, et cependant sur le graphique les deux médaillons sont assez distants les uns des autres.

Ces réserves faites, si l'on veut bien ne pas s’effrayer de l’aspect rébarbatif et en apparence compliqué de cette figure, si l’on veut bien prendre la peine de la lire, ce qui est en réalité très facile, on verra qu’elle donne une idée assez exacte de la constitution générale du groupe des réactions cutanées proprement dites, et qu’elle permet de saisir avec précision et rapidité les relations d’un type morbide donné avec les types voisins. Elle permet en outre de classifier tout fait clinique à sa véritable place dans le cadre nosographique, soit dans un type pur, soit entre deux ou plusieurs types morbides, à des distances de chacun d’eux proportionnelles à ses degrés d’affinité avec chacun d’eux.

Si nous considérons cette figure dans son ensemble, nous voyons que plusieurs grands groupes prédominent dans le cadre nosologique.

Le groupe Urticaire tout d’abord avec, à côté de lui, le groupe Prurigo et le groupe Prurit avec ou sans lichénification.

Puis le groupe Dermatites polymorphes douloureuses intimement uni d’ailleurs aux précédents ;

Et, tout à côté de ces deux groupes considérables d’urticaires et de dermatites

polymorphes douloureuses, le groupe géant des Erythèmes.

Au milieu du graphique se voit le grand groupe des Eczémas vrais , intimement relié aux prurigos et aux prurits ; il s’appuie par un autre côté aux groupes si importants des Séborrhéides et des Psoriasis.

Par l’intermédiaire du groupe des Ilerpétides malignes exfoliatives , ces trois groupes Eczémas, Séborrhéides, Psoriasis, se relient au groupe du Pityriasis rubra et des Dermatites exfoliatives généralisées , lesquelles par l’intermédiaire des Erythèmes scarlatiniformes desquamatifs récidivants ont d’étroites affinités avec les érythèmes.

Enfin le groupe du Lichen plan est un peu à part bien qu il ait par certaines de ses formes des affinités avec les prurits avec lichénifications, avec 1 eczéma papulovésiculeux, avec le parapsoriasis lichénoïde, avec le pityriasis rubra pilaire, etc...

Cette vue d’ensemble offre déjà un certain intérêt : mais, pour bien comprendre toute la portée du graphique, il convient de l’analyser avec quelques détails. Il nous paraît inutile de le faire pour chacun des groupes morbides qu il renferme1,

1 Ceux que cette question intéresse trouveront d’ailleurs déjà certaines parties de ce giaphiquc exposées avec plus de détails et expliquées dans nos précédentes publications. En 18.13 nous avons donné le graphique des Dermatites polymorphes douloureuses (voir Annales de Deimat. et de Syph., 1893, p. 1157); en 1894 nous avons donné celui du Prurigo simplex (voir Ibidem ,

PATHOLOGIE GÉNÉRALE

cela nous entraînerait beaucoup trop loin et deviendrait fastidieux. Nous allons simplement montrer comment on doit s’y prendre en choisissant pour exemple l’un des groupes les plus compliqués, celui des urticaires.

Voici ce que nous lisons sur le graphique.

L 'urticaire typique se relie très intimement aux prurits sine materiâ (à ce que nous avons appelé les névrodermies), qui peuvent être circonscrits ou diffus, et qui offrent ce grand caractère de ne pas s’accompagner de lésions cutanées objectivement appréciables. Elle se relie aussi et peut-être plus intimement encore aux prurits avec lichénification, circonscrits ou diffus, car on observe fort souvent le symptôme urticaire dans ces dermatoses L Elle se relie aussi, peut-être avec moins d’intimité, au mycosis fongoïde d’une part, d’autre part aux diverses variétés des dermatites polymorphes douloureuses, aiguës, subaiguës, chroniques, récidivantes de la grossesse, dans le cours desquelles le symptôme urticarien peut s’observer; on sait que pendant des phases de début ou d’accalmie de ces affections l’urticaire simple peut être l’unique phénomène éruptif qui indique l’existence du processus morbide.

D’un autre côté l’urticaire vulgaire a certaines relations avec les érythèmes, et surtout avec l’autographisme que beaucoup d’auteurs identifient avec l’urticaire en se fondant sur ce fait que les deux affections ont absolument la même lésion élémentaire. Cependant les cas typiques d’urticaire et d’autographisme diffèrent entre eux par l’existence dans l’urticaire, par l’absence dans le dermographisme pur, d’un symptôme capital : le prurit.

L 'urticaire papuleuse est intimement adéquate à ce que l’on a appelé chez les enfants le strophulus pruriginosus, à ce que nous avons appelé le prurigo simplex: le graphique indique ces affinités avec la plus grande clarté. Elle est aussi intimement unie au prurigo type et au prurigo ferox, beaucoup moins aux prurigos ’diathésiques à forme objective eczémato-lichénienne. Elle a cependant des relations avec eux, comme les eczémas papulo-vésiculeux, car la lésion élémentaire de l’eczéma papulo-vésiculeux est très voisine de celle du prurigo, et est parfois un peu urticarienne.

Elle se relie en outre aux formes aiguës du lichen plan dans lesquelles l’élément urticarien s’observe assez fréquemment, et même aux miliaires papuleuses ; mais ces affinités sont beaucoup moins étroites qu’avec les dermatoses précédentes.

L 'urticaire bulleuse a surtout des relations avec les diverses variétés des dermatites polymorphes douloureuses. Il est parfois bien difficile, en présence d’un cas d’urticaire bulleuse, de dire si c’est une simple urticaire, ou une forme urticarienne de dermatite polymorphe douloureuse, ou un mode de début de cette dernière affection. C’est ce qu’indique le graphique avec la plus grande netteté. Ses relations avec l’érythème polymorphe vésiculo-bulleux sont également des plus étroites. En dehors de ces dermatoses elle présente aussi quelques affinités avec l’hydroa (variété d’érythème polymorphe] et avec la dysidrose.

Nous ne devrions pas mentionner comme constituant une variété à part Yurticaire hémorragique, car ce n’est qu’un simple accident pouvant se produire dans les diverses variétés de cette affection.

L’urticaire peut laisser après elle des pigmentations cutanées dans certains

janvier 1894, p. 3); en 1902 nous avons donné celui des parapsoriasis (voir lbicL, 1902, p. 433): en 1903 nous avons donné celui des psoriasis, des séborrliéides, du pityriasis rose de Gibert (. Presse médicale, n° 53, 11 juillet 1903).

Les prurits diffus avec lichénification débutent souvent par des poussées d’urticaire.

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