‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 137 sur 252 · VULVITE DES PETITES FILLES · texte numérisé non relu

VULVITE DES PETITES FILLES

La question de la vulvite des petites filles est fort controversée à l’heure actuelle et présente de très grandes difficultés dans la pratique, surtout au point de vue médico-légal.

Toutes les vulvites que l’on constate chez l’enfant ne sont pas toujours d’une seule et même nature.

Sans nous arrêter aux vulvites aphteuses, herpétiques, varioliques, varicelleuses, impétigineuses, eczémateuses, aux vulvites traumatiques, (viol, attentat à la pudeur, onanisme), ou parasitaires (oxyures), que l’on peut observer, il faut distinguer :

1° Des écoulements tenant au lymphatisme, à l’anémie, d’origine constitutionnelle, non contagieux, et qui cependant s’accompagnent parfois de rougeur légère et de prurit de la vulve : il suffit, pour les faire disparaître, de tonifier l’enfant, de la surveiller pour empêcher l’onanisme, de faire des lotions fréquentes avec de

TABLEAUX D’ENSEMBLE ET SYNDROMES INCLASSABLES

l’ouate hydrophile imbibée d’eau boriquée chaude, et de poudrer avec une poudre inerte pure ou additionnée d’un peu d’acide borique ;

2° Des écoulements qui sont contagieux, transmissibles de petites filles à petites filles, et qui pour les uns seraient toujours blennorragiques, pour les autres devraient être divisés en deux catégories :

a) Des écoulements non vénériens, mais contagieux;

b) Des écoulements vraiment blennorragiques. Ces derniers sont certainement de beaucoup les plus fréquents.

L’existence d’écoulements non vénériens, mais contagieux chez les petites filles n’est pas scientifiquement établie sur des bases indiscutables. Elle est cependant admise par certains cliniciens qui se sont occupés de cette question. Nous retrouvons ici les mêmes difficultés que pour les écoulements uréthraux de l’homme. Il est certain qu’il y en a qui ne sont pas gonococciques.

La vulvitc des petites filles est surtout fréquente de deux à dix ans, c’est-à-dire à l’àge où les petites filles couchent avec leurs mères ou avec leurs autres sœurs. Elle résulte le plus souvent d’une contagion familiale par l’intermédiaire des objets de toilette ou par le lit commun. Des mères ou des grandes sœurs atteintes d’écoulements leucorrhéiques mais non blennorragiques pourraient, d’après Comby, donner la vulvo-vaginite contagieuse. Ces faits méritent confirmation : le plus souvent ces écoulements sont bien réellement gonococciques.

Rien déplus simple d’ailleurs que la symptomatologie : l’enfant tache son linge; quand on examine les parties, on voit que la vulve est d’un rouge assez vif et couverte d’un écoulement d’abord séro-purulent, puis plus épais, jaunâtre, parfois même jaune verdâtre ; il se concrète en croûtes jaunâtres sur les parties génitales, en particulier sur les grandes lèvres qui adhèrent l’une à l’autre. La petite malade éprouve un sentiment de cuisson et de démangeaison plus ou moins vif qui la porte à se gratter, ce qui augmente l’inflammation.

Parfois l’affection se propage au conduit vaginal. On a aussi décrit son extension à l’urèthre, des complications générales. Il s’agit dans ces cas de vulvo-vaginites bien réellement blennorragiques.

La vulvite aiguë des petites filles peut ne durer que deux ou trois semaines: mais elle a beaucoup de tendance à passer à l’état chronique, surtout lorsqu’il y a eu propagation au vagin. L’écoulement est alors pâle, plus ou moins abondant. Les rechutes sont fréquentes.

On comprend combien le diagnostic doit présenter de difficultés, combien il doit être parfois épineux en médecine légale. Il faut toujours rechercher le gonocoque.

Traitement. — Il faut faire de la prophylaxie. Quand une mère ou une grande sœur ont des écoulements vaginaux de quelque nature qu’ils soient, on doit les prévenir qu’elles peuvent les transmettre aux enfants soit directement, soit par l’intermédiaire des objets de toilette, et qu’elles peuvent aussi leur donner des ophtalmies.

Quand une petite fille est atteinte d’un de ces écoulements, il faut lui interdire l’usage des piscines communes ; si on la baigne, on fera nettoyer ensuite la baignoire à l’eau bouillante; on fera désinfecter son linge et on réservera exclusivement pour son usage les objets de toilette dont elle se sert,

On traitera l’état général : il est bon de tonifier l’organisme.

Au point de vue local, on fera trois fois par jour au moins des lavages soigneux

VULVE, VULVITES

des parties malades avec de l’ouate hydrophile salicylée ou boriquée imbibée d’un li quide antiseptique (sublimé au deux millième, acide phénique au centième, acide boriqueau trentième, chlorate de potasse au centième, etc...), on fera pratiquer deux ou trois fois par jour des injections avec des solutions de permanganate de potasse allant du cinq millième au trois millième, puis on saupoudrera les parties avec du talc pur ou boraté.

Si le vagin est pris, il faudra, outre les injections, tâcher d’agir par des suppositoires ou par des crayons à l’ichtyol, au tbiol, au tuménol, etc... faits soit avec du beurre de cacao, soit avec de la glycérine solidifiée.

Parfois on est obligé d’avoir recours à des badigeons de solutions faibles de nitrate d’argent ou de protargol (voir pour de plus amples détails les ouvrages de Vénéréologie.)

Page 1