‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 161 sur 252 · A. — ÉPIZOAIRES · texte numérisé non relu

A. — ÉPIZOAIRES

PHTIRIASE

On donne le nom de phtiriase à l’ensemble des lésions cutanées produites par les poux, parasites de l’homme.

Nous n’examinerons pas les théories anciennes de la phtiriase d’après lesquelles cette affection serait d’origine constitutionnelle. Il est reconnu depuis longtemps que le pou provient toujours d’un œuf pondu par un autre pou, et que par conséquent la phtiriase est toujours d’origine externe. Ce qui est vrai, c’est que les poux se développent avec la plus grande rapidité chez certains sujets, en particulier chez les cachectiques, les débilités, pendant les grandes pyrexies, et même sur les cadavres. C’est la maladie de la misère, de l’incurie, de la malpropreté et de la déchéance organique.

Description des pou*. — Nous n’insisterons pas sur l’histoire de ces parasites; il n’est pas en effet très utile d’en connaître les détails pour comprendre l’affection dont ils sont la cause. Ce sont des insectes aptères, sans métamorphoses, dont la

Nous laisserons systématiquement de côté certains animaux qui peuvent accidentellement s attaquer à 1 homme, comme les sangsues, les serpents, etc..., mais qui ne sauraient vraiment pas être considérés comme des parasites humains. Par contre, nous dirons quelques mots des effets produits sur la peau par les abeilles, les guêpes, les frelons, et par certains animaux marins, crabes, actinies.»

PHTIRIASE

Fig. 53. — Pediculus vestimenti.

du corps, à l’exception du cuir chevelu, forment un autre genre ( genre phtirius)

bouche est pourvue de mandibules pouvant saisir la peau pour se fixer et d’un rostre qu’ils enfoncent ensuite dans la plaie pour y sucer leur nourriture.

On en distingue trois variétés qui diffèrent entre elles par leur aspect, par leurs habitudes et par les lésions qu’elles déterminent. Ce sont : 1° les poux de tête ( pediculi capitis), dont l’habitat exclusif est la chevelure; ils sont d’un gris ou d’un blanc cendré, allongés, de 1 à 2 millimètres de long. Ils déposent leurs œufs sur les poils sous forme de lentes, lesquelles sont nombreuses et disposées en chapelet.

2° Les poux du corps ou mieux des vêlements (; pediculi corporis seu vestimentorum) ; ils sont d’un blanc sale, plus longs et plus gros que les poux de tête, et peuvent atteindre jusqu’à trois millimètres de longueur. Ils déposent leurs œufs dans les vêtements qui sont leur habitat ordinaire. Le pou des malades (pediculus tabescentium) que certains naturalistes ont décrit à part, doit être rapproché du pediculus cor- Flg- 52. — Pediculus capitis. poris. Ces deux premières variétés appartiennent à

un même genre dans lequel le thorax est plus étroit que l’abdomen. Ce sont les poux véritables ( genre pediculus).

3° Les morpions (pediculi pubis ) qui peuvent envahir toutes les régions pileuses

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dans lequel le thorax est plus large que l’abdomen. Ils sont d’un gris clair, arrondis, de 2 millimètres de long sur 1 millimètre et demi de large ; ils ont de fortes pattes à ongles solides au moyen desquels ils se cramponnent à la peau : ils déposent leurs œufs sur les poils sous forme de lentes.

Fig. 54. — Phtirius pubis.

Nous allons étudier successivement les lésions que produisent ces animaux.

1° Poux DE TÈTE.

Étiologie. — Les poux de tête peuvent s’observer à tout âge, surtout chez la femme. On doit même poser comme règle absolue de les rechercher chez toutes les femmes, quelle que soit leur condition sociale, qui viennent consulter pour des démangeaisons du cuir chevelu, surtout lorsque le prurit siège vers les régions occipitales et rétro-auriculaires. Leurs victimes habituelles sont les enfants des deux sexes qui vont aux écoles primaires; il y a de nombreuses localités où tout enfant allant aux crèches, aux écoles maternelles et primaires, est sûrement contaminé. D’ailleurs il règne encore dans certains pays le préjugé qui veut qu’un enfant pour bien se porter doit avoir des poux de tête.

Il est certain que pour les poux de tête comme pour les poux de corps les divers sujets présentent des terrains de développement plus ou moins favorables. Mettez un pou sur une table autour de laquelle se trouveront plusieurs personnes, et presque toujours l’animal se dirigera vers le même individu (expérience de R. Crocker).

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L’habitat du pou de tête est exclusivement la chevelure : cependant Lydston a relaté un cas de localisation de cette espèce à la région génitale chez une jeune fdle.

Symptèmes. — Les poux de tête irritent par leurs piqûres le follicule pileux et causent des démangeaisons intolérables : il se fait d’abord une petite hémorragie locale, puis une sécrétion séreuse, enfin apparaissent des pustules, des croûtes ou bien des papules excoriées de prurigo. Ces dernières lésions, mélangées à des traces de grattage, se voient surtout vers la nuque, qui est le siège de prédilection des parasites. D’ailleurs le sujet réagit contre le parasite d’une manière tout à fait différente suivant son âge et sa constitution. Chez l’adulte vigoureux, la présence des poux n’est dénotée que par de simples démangeaisons, des papules excoriées, ça et là disséminées dans la tête et sur la partie postérieure du cou, et par des lentes dans les cheveux. Chez les eczémateux, il peut se développer à cette occasion une dermite eczémateuse. Chez les lymphatiques il peut survenir des pustules, des dermites avec sécrétion séro-purulente qui se concrète en croûtes jaunâtres, lesquelles restent adhérentes aux cheveux, et forment ce que l’on est convenu d’appeler V impétigo granulata. Cette dernière lésion est fréquente chez les enfants. C’est en effet chez eux, surtout lorsqu’ils sont blonds, que la dermite polymorphe causée par la phtiriase (excoriations, eczéma plus ou moins enflammé et suintant, vésico-pustules impétigineuses ou ecthymateuses, adénites, lymphangites, abcès, etc.) atteint son maximum d’intensité.

Rien de plus fréquent que de voir les lésions d’impétigo envahir chez eux les oreilles et la face. C’est une règle en clinique de rechercher la phtiriase chez les enfants qui ont de l’impétigo du visage.

Le diagnostic de la phtiriase ne se discute pas, il se constate : on doit rechercher les parasites, et, à leur défaut, les lentes vivantes attachées à la base des cheveux : on les trouve surtout vers la nuque, derrière les oreilles. Les lentes vivantes sont d’un gris d’acier, rebondies : les lentes vides et mortes sont flasques, d'un blanc mat.

Les lentes ont une forme utriculaire arrondie et figurent une besace latérale au cheveu. Il y a parfois des squames de pityriasis qui engainent les poils et qui peuvent les simuler : mais ces dernières glissent facilement le long du cheveu, tandis que la lente lui adhère fortement.

Traitement. — Nous n’insisterons pas sur la nécessité qu’il y a à soigner l’état général des débilités et des lymphatiques, et nous nous occuperons surtout du traitement local, de beaucoup le plus important.

Chez l’homme adulte, si les parasites sont peu nombreux, il suffit le plus souvent de nettoyer la tête : on la savonne soit avec de la décoction de bois de Panama, soit avec de l’eau de feuilles de noyer et du savon de goudron, ou du savon phéniqué; puis on lave les cheveux avec une solution de sublimé acétique au trois centième ou au cinq centième, et on peigne souvent au peigne fin. Si les parasites sont trop nombreux, on coupe les cheveux ras, puis on savonne la tête matin et soir pendant deux ou trois jours.

Chez la femme, il ne peut être question de couper les cheveux. S’il y a peu de parasites, on fait à peu près le même traitement que chez l’homme : on savonne la tête, on lotionne les cheveux avec une des solutions de sublimé dont nous venons de parler; puis on peigne au peigne fin. On peut aussi saupoudrer la tête avec de la poudre de staphisaigre, de pyrèthre, ou avec du soufre pulvérisé (Hardy).

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Pour arriver à enlever les lentes, on fait des lotions avec du vinaigre chaud, qui a la propriété de dissoudre la chitine et de rendre par suite les œufs moins adhérents; puis on peigne avec un peigne très fin, en acier.

Nous ne saurions trop approuver comme lotion anti pédiculaire, la formule que l’on emploie à Copenhague, et qui contient 1 gramme de sublimé pour 300 grammes de vinaigre.

Quand les poux sont très nombreux, quelques dermatologistes aiment mieux employer les pommades. C’est ainsi qu’E. Vidal prescrivait dans ses leçons : 1° de faire, le premier jour, une friction sur tout le cuir chevelu avec de l’onguent napolitain; 2° le lendemain une lotion savonneuse; 3° le troisième jour des onctions avec le glycérolé cadique fort (voir pour la formule l’article Psoriasis).

On continue pendant deux jours l’usage de cette pommade. Ce traitement est complet : la préparation mercurielle tue les parasites et atteint même leurs œufs, et le glycérolé cadique, outre son action parasiticide, est un excellent topique pour les lésions cutanées. Malheureusement, les frictions d’onguent napolitain sont quelquefois mal tolérées et donnent lieu à des phénomènes d’intoxication.

On peut aussi employer comme parasiticide le naphtol en lotions, en pommades ou en savons, l’infusion de tabac, l’acide phénique, l’acide salicylique, un mélange de pétrole et d’huile d’olive à parties égales, aromatisé avec du baume du Pérou, dont on enduit toute la chevelure, et que l’on enlève au bout de douze à vingtquatre heures par un savonnage soigneux à l’eau chaude, les pommades au soufre et au baume du Pérou (par exemple : soufre précipité, baume du Pérou ââ 2 grammes, vaseline pure de belle qualité 20 grammes), la staphisaigre en poudre ou en pommade à la dose de 7 p. 30, l’huile de staphisaigre, la cévadille, le pyrèthre, le cocculus indicus, etc...

Chez les enfants, ce qu’il y a de plus simple et de plus radical consiste à couper ras les cheveux et à savonner la tête tous les matins.

Après avoir tué ou ôté les parasites, il faut guérir les lésions cutanées; pour cela, on se sert, suivant le degré d’irritation des téguments, de cataplasmes, d’enveloppements humides, du bonnet de caoutchouc, de pommades au goudron au vingtième ou au dixième, de pommades à l’huile de cade, au soufre au dixième, ou au calomel au vingtième ou au trentième (voir Impétigo, et Eczéma du cuir chevelu).

Marche a suivre dans un cas de phtiriase du cuir chevelu. — S’il s’agit d’un enfant, il faut lui couper tous les cheveux ras avec des ciseaux, et lui faire savonner la tête deux fois par jour avec du savon au goudron, au naphtol, à l’acide borique, etc... S’il y a des lésions du cuir chevelu, on les panse quand elles sont trop irritées avec des applications émollientes, sinon avec des pommades à l’acide borique au dixième, au naphtol au vingtième ou au dixième, à l’huile de cade au vingtième, au dixième, au cinquième, au calomel, au précipité jaune ouauturbith au trentième, au soufre au dixième, etc...

S’il s’agit d’un homme adulte, quand c’est possible, on lui fait subir le traitement précédent : s’il tient à ses cheveux, on lui fait savonner la tête avec du savon noir de potasse ou avec un savon antiseptique ; puis on la lotionne matin et soir avec une solution de sublimé au cinq centième ou au trois centième, ou d’acide phénique au centième, enfin on applique une des préparations parasiticides que nous avons indiquées plus haut, si c’est nécessaire ; mais dans les cas peu intenses, il suffit de prendre quelques soins de propreté.

Les petites filles doivent être traitées comme les petits garçons.

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Chez les femmes, on ne coupe les cheveux pour de la phtiriase qu’à la dernière extrémité : on agit chez elles comme chez les hommes adultes; mais il est bon, pour peu que les lentes soient abondantes, de répéter pendant longtemps les lotions paras iticides, les applications de pétrole, de pommades, de poudre de staphisaigre, et... Puis il faut débarrasser les cheveux des lentes par le procédé que nous avons indiqué plus haut.

2° Poux DE CORPS.

Étiologie. A l’inverse des poux de tête qui s’observent surtout chez les enfants, les poux de corps se rencontrent surtout chez les adultes, les vieillards, les gens misé-

Fig. 55. — Phtiriase. Poux de corps (malade vue de face).

râbles, peu soigneux, chez les cachectiques. Ils pullulent avec une inconcevable rapidité. Ils habitent les pièces de vêtement qui sont en contact direct avec la peau, surtout les gilets de flanelle, les ceintures de flanelle, les tricots et les chemises, etc... Nous avons vu tous les vêtements, jusqu’aux vêtements de dessus, complètement infectés de leurs lentes.

Symptômes. — Les poux du corps piquent les téguments de l’homme pour en sucer le sang. Il n’est pas rare, quand on déshabille rapidement un sujet atteint de phtiriase, de trouver sur ses épaules des poux, la tête implantée dans la peau, le corps incliné de manière à former un angle de 45°. Les petites plaies superficielles qu’ils produisent ainsi s’irritent beaucoup, s’entourent presque toujours d’une plaque d’urticaire, et deviennent le siège d’une vive démangeaison. Le malade se gratte, s’écorche, enlève même parfois des lambeaux entiers de l’épiderme et de la couche superficielle du derme ; il se forme des papules de prurigo

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qui sont tout de suite excoriées. Dans certains cas, il se produit des lésions eczématiformes, inflammatoires, des lymphangites, des furoncles, des abcès, et surtout de l’ecthyma. Le mélange de traces de grattage linéaires orientées dans la même direction pour une région donnée, direction qui est celle du grattage, sanguinolentes quand elles sont récentes, recouvertes de croûtes d’un brun noirâtre quand elles sont anciennes, de papules excoriées, de cicatrices blanchâtres et brunâtres anciennes en traînées, leur localisation à la partie supérieure des

épaules, autour du cou, à la ceinture, sont tout à fait pathognomoniques, et doivent engager à rechercher les parasites : leur présence est le seul critérium du diagnostic (voir pour la discussion des prurits l’article Prurit en général).

Dans les phtiriases anciennes et invétérées qui s’observent surtout chez les vieillards et les cachectiques, la peau, sous l’influence de ces lésions et de ces traumatismes incessants, subit un processus d’inflammation et d’induration chronique qui la transforme peu à peu : elle devient dure, un peu épaissie , se pigmente, prend successivement des teintes café au lait clair, brunâtres, d’un brun foncé, presque noirâtres aux lieux d’élection ;

p- Kc m . ,, , de telle sorte que le malade en

rig. 66. — Phtiriase. Poux de corps et de tete (meme ^

malade vue de dos). arrive à avoir une véritable mé¬

lanodermie. Il se développe ainsi un état spécial qui cadre parfois avec une misère physiologique accentuée, et qui simule d’autant plus la maladie d’Addison que Thibierge a montré que des taches pigmentées existent parfois sur la muqueuse buccale. Elles peuvent disparaître lentement après la désinfection totale. Il est difficile d*en expliquer la pathogénie: peut-être faut-il admettre avec certains auteurs que les poux de corps sécrètent un venin chromatogène comme les poux du pubis.

C’est à ces états que se relie ce que l’on a décrit sous le nom de maladie des vagabonds.

Traitement. — Puisque les poux du corps ont pour habitat les vêtements des malades dans les plis desquels ils déposent leurs œufs, la première indication à remplir est de leur faire changer de linge et de vêtements à plusieurs reprises, et même plusieurs fois par jour, et de désinfecter soigneusement tous leurs effets, soit à la vapeur de soufre, soit à l’étuve à 110 ou 120 degrés.

Ces simples mesures de propreté, si elles sont bien exécutées, suffisent pour amener la guérison.

11 est bon toutefois de ne pas trop compter sur elles, surtout si l’on a affaire à

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des gens peu soigneux ou pauvres, et qui n’ont pas la quantité de linge suffisante pour bien exécuter cette partie essentielle du traitement.

A l’hôpital, on administre dans ces cas une ou deux fumigations de cinabre, le lendemain un bain savonneux, et les jours suivants des séries de bains sulfureux.

En ville, la combinaison des bains savonneux, des bains sulfureux et des soins de propreté peut suffire ; mais il vaut mieux prescrire de plus des lotions avec une solution au centième d’acide phénique matin et soir, et des applications pendant la nuit d’une pommade phéniquée au centième. On emploie aussi des lotions avec une solution de formol ou de naphtol et des pommades naphtolées au dixième et au vingtième.

On a encore proposé de faire pendant cinq ou six jours des lotions avec de l’eau phagédénique pure. On la laisse sécher sur la peau sans essuyer. Si elle est trop irritante, on la coupe de moitié eau.

Parmi les autres moyens préconisés, nous devons citer les lotions de pétrole, de chloral au centième, la poudre de staphisaigre, etc.

Quand les téguments sont trop irrités, on recommande les bains alcalins, mais surtout les bains de son et d’amidon, et des applications de poudres sèches ou de pâtes calmantes à l’oxyde de zinc au tiers pures ou additionnées soit d’un peu d’acide salicylique, soit d’acide phénique, soit de menthol (un centième environ de ces substances).

3° Poux du Pubis.

Étiologie. — Les poux du pubis vulgairement désignés sous le nom de morpions S’observent surtout chez les adultes des deux sexes. Ils se transmettent presque toujours par contact vénérien. On a dit qu’ils sont plus fréquents dans la classe âisée que dans la classe ouvrière ; nous croyons que c’est une erreur; ce que nous pouvons' affirmer c’est qu’ils sont d’une extrême fréquence chez la prostituée de bas étage.

Symptômes. — Les morpions siègent presque toujours au pubis (d’où le nom qu’ils portent), mais on peut aussi les rencontrer sur tous les points du corps où il y a des poils, sauf au cuir chevelu : c’est ainsi qu’ils habitent fréquemment les poils du ventre, de la partie antérieure de la poitrine, des aisselles, plus rarement les poils des cuisses et des jambes : on en a parfois trouvé dans la barbe, aux sourcils et aux cils, où ils donnent lieu à des blépharites rebelles. L’animal se fixe par les crochets de ses pattes, puis il introduit sa tête dans le follicule pileux et il reste ainsi immobile. Les démangeaisons auxquelles il donne lieu sont très variables d’intensité suivant les sujets ; quelquefois très vives, elles peuvent être absolument nulles. Il détermine comme lésions cutanées du prurigo toujours assez modéré, et surtout les taches ombrées ou taches bleues qui sont fréquentes chez certains sujets à peau blanche, et qui deviennent plus évidentes pendant certaines pyrexies, en particulier pendant la fièvre typhoïde. Elles siègent généralement sur le ventre, les flancs, et le haut des cuisses. Chez ‘la femme elles ne sont pas rares sur la poitrine, tout autour des aisselles, et dans ce cas il existe des parasites dans la partie velue du creux axillaire. C’est Falot qui le premier a remarqué que les taches ombrées coïncidaient toujours avec la présence des morpions. Moursou en 1876 confirma ce fait clinique important. Duguet en 1880 prouva qu’on peut les produire expérimentalement par l’inoculation des glandes salivaires de ces

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animaux lesquelles sont situées à la partie antérieure du thorax vers la première paire de pattes.

Les auteurs anglais, Payne et Jamieson entre autres, ont observé chez plusieurs individus porteurs de morpions un état fébrile accentué et parfois des phénomènes généraux tels que vertiges, maux de tête, nausées : ils se sont demandé si ces accidents n’étaient pas sous la dépendance de l’introduction dans l’organisme d’une substance chimique nocive provenant de l’animal.

Traitement. — Le remède populaire par excellence contre les morpions est l’onguent gris, c’est-à-dire la pommade mercurielle simple qui renferme une partie de mercure pour six parties d’axonge benzoïnée, ou plus exactement 125 parties de pommade mercurielle double pour 375 parties d’axonge benzoïnée. On commence par bien nettoyer les régions sur lesquelles on doit appliquer la pommade, puis on les frictionne avec cette substance, et l’on est sûr d’être délivré. II vaut mieux faire plusieurs applications successives, et ne pas laisser la pommade trop longtemps en contact avec les parties malades : au bout d’une heure ou deux, il est bon de prendre un bain savonneux pour se nettoyer, car les pommades mercurielles sont irritantes, et s’absorbent facilement, surtout lorsque la peau est couverte de poils : il serait donc possible qu’il se produisît de l’hydrargyrie locale ou des phénomènes d’intoxication générale. Ce moyen est réellement d’une grande efficacité ; mais il est sale et peu pratique en ville.

On a proposé de remplacer l’onguent gris par une pommade au calomel au vingtième (vaseline 19 grammes, calomel 1 gramme) avec laquelle on se frictionne le soir : le matin, on se lave à l’eau chaude et au savon.

Il est bien préférable de se servir de solutions de sublimé avec lesquelles on pratique des frictions quotidiennes ou biquotidiennes. E. Vidal prescrivait une solution mère de 1 gramme de bichlorure d’hydrargyre dans 100 grammes d’eau de Cologne; il en faisait mettre une cuillerée à soupe dans 200 grammes d’eau tiède. On a aussi donné comme formule : sublimé 1 gramme, alcool de menthe 100 grammes : en mettre une cuillerée à soupe dans un litre d’eau.

Ces mélanges sont un peu faibles, nous préférons la préparation suivante : sublimé 1 gramme, alcool 100 grammes, eau distillée de 200 à 400 grammes; ou bien la solution usitée à Copenhague et dont nous avons parlé plus haut : 1 gramme de sublimé pour 300 grammes de vinaigre. Les bains de sublimé contenant 10 grammes de sublimé pour 200 litres d’eau peuvent rendre des services.

Les préparations précédentes, pour être efficaces, sont fatalement un peu irritantes. Si elles le sont trop, on les étend d’eau ; et si elles produisent quand même de la dermite, on en suspend momentanément l’emploi : on donne alors des bains de son ou d’amidon ; on calme avec des cataplasmes d’amidon ou de fécule, on saupoudre avec des poudres inertes.

Certains auteurs ont préconisé des lotions arsenicales, des applications d’un mélange de 15 grammes de pétrole et de baume du Pérou et d’un gramme d’huile de laurier (badigeonner les parties malades avec un pinceau imbibé de cette préparation, puis l’enlever au bout de trois heures par des lavages).

Dans ces derniers temps, on a beaucoup recommandé le naphtol sous la forme suivante : naphtol f, 5 grammes ; huile d’olive, 60 grammes : on en fait des badigeonnages deux fois par jour. On s’est également bien trouvé de frictions avec un mélange contenant de 2 à 3 grammes d’acide salicylique pour 25 grammes de vinaigre de toilette et 75 grammes d’alcool à 80 degrés.

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