‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 173 sur 252 · PALUDISME · texte numérisé non relu

PALUDISME

Éruptions cutanées se reliant au paludisme : les paludides.

On sait que, depuis les belles recherches de Laveran, on attribue l’infection palustre de l’homme à la présence dans son sang d’hémosporodies parasites auxquelles on a donné le nom d’hématozoaires du paludisme : ce sont des sporozoaires. Nous renvoyons pour leur étude aux ouvrages spéciaux et aux traités de médecine générale.

Le paludisme peut provoquer certaines éruptions.

L’étude de ces dermatoses palustres est encore bien obscure. Nous pouvons cependant en donner une certaine vue d’ensemble.

Verneuil et Merklen ont été les premiers à étudier d’une manière précise et vraiment scientifique les éruptions cutanées du paludisme (Annales de Dermat., 25 nov. 1882).

On peut les diviser en deux grandes catégories suivant qu’elles accompagnent les accès de fièvre palustre, suivant qu’elles constituent à elles seules toutes les manifestations d’un paludisme larvé.

a) Dermatoses accompagnant les accès de fièvre palustre . — On a relevé chez les paludiques de l’herpès, de l’urticaire, du purpura, de la furonculose, etc...

L 'herpès paludique, bien étudié par Verneuil et Merklen, est une des manifestations cutanées les plus fréquentes du paludisme. Il peut précéder les accès de fièvre intermittente, se produire pendant l’un des trois stades de l’accès ou après sa terminaison. Il peut aussi se montrer alors que les accès de fièvre ont été supprimés par le sulfate de quinine. Il se localise surtout à la face, au pourtour des lèvres et des narines, aux paupières, à la cornée, et aux points du corps les plus richement innervés.

YY urticaire palustre, d’après Verneuil et Merklen, accompagne surtout les accès de fièvre tierce : elle est assez fréquente.

Moncorvo a décrit Y érythème noueux palustre en 1892, P. Sensini et C. Vignolo- Lntati en 1900 un rupia palustre.

b) Dermatoses constituant par elles-mêmes tunique symptôme de V infection palustre. — Les paludides vraies. — « Quelquefois l’éruption vésiculeuse (herpès) peut se produire, comme le dit Griesinger et comme le répète Hirtz, alors que les accès ont été coupés par le sulfate de quinine. Ce dernier fait a une grande importance ; il prouve que l’éruption herpétique est indépendante dans certains cas de l’appareil fébrile, et que, dès lors, on ne saurait simplement en rechercher la cause dans les troubles de la circulation, de la calorification, ou encore dans les modifications humorales qui caractérisent la fièvre, quelle qu’en soit la nature. Et de cette notion que l’herpès se montre chez des paludiques après suppression des accès de fièvre par le sulfate de quinine, on peut conclure que cette éruption est, dans certains cas, une manifestation directe du paludisme, et peut être considérée comme une véritable fièvre larvée. » (Verneuil et Merklen, loc. cil., p. 628.)

Une des manifestations les plus fréquentes de cette fièvre palustre larvée cutanée est certainement Y urticaire (Ch. Leroux, Annales de Dermat., 2me série, t. IV, p. 12). Cette urticaire palustre est caractérisée par des accès presque toujours quo-

LES PALUDIDES

tidiens revenant à des heures fixes ou variables. Nous en avons observé quelques cas qui ont guéri par la quinine.

Nous avons soigné également un cas d ' acro- asphyxie des extrémités intermittente d’origine palustre. On peut en rapprocher le cas publié par Osler en 1900 de gangrène multiple développée chez un paludéen, et qui guérit sous l’influence de la quinine.

En 1896 ( Annales de Derrnat., p. 1) nous avons étudié une malade qui présentait sur le nez une éruption composée de papulo-vésicules agglomérées, tangentes et comme confluentes de façon à former une plaque, restant cependant assez nettement distinc.tes les unes des autres.

La base sur laquelle elles reposaient était d’un rouge plus ou moins vif suivant le degré de congestion des téguments, mais elle paraissait un peu épaissie et infiltrée comme dans les eczémas nummulaires rebelles ; comme dans cette dernière forme éruptive, les limites de la lésion étaient assez nettes. Sur cette base rouge se voyaient les vésicules rompues par lesquelles tous les matins il suintait goutte à goutte un liquide séreux citrin, transparent, empesant légèrement le linge ; dans l’après-midi, la surface de la plaque était sèche.

Tous les deux jours il y avait le matin un grand accès de congestion de la plaque et de suintement; le jour intercalaire il y avait un petit accès. Ces accès se succédaient avec une régularité parfaite en alternant. Ces poussées congestives devenaient perceptibles le matin vers les quatre ou cinq heures; elles atteignaient leur maximum vers les huit heures, puis, peu à peu, elles se calmaient et disparaissaient totalement vers l’après-midi. Les manifestations cutanées affectaient donc ici le type double tierce. La malade était atteinte d’impaludisme invétéré.

Dans ce cas la preuve absolue de la nature palustre des accidents cutanés fut donnée par la thérapeutique. Après un insuccès complet par l’emploi de divers topiques essayés pendant plusieurs semaines, nous donnâmes, la quinine à assez hautes doses, et nous vîmes les phénomènes congestifs, les poussées matinales disparaître, la lésion s’affaisser, rétrocéder. Nous cessâmes la quinine, et, au bout de quelques jours, les phénomènes morbides reparurent avec toutes leurs particularités ; nous redonnâmes la quinine, et ils s’évanouirent de nouveau, et ainsi de suite deux fois encore.

Ce fait nous paraît donc constituer une forme cutanée vraie et pure de l’impaludisme larvé.

La quinine et l’arsenic sont dans ces cas les médicaments héroïques.'

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