Tuberculides papulonécrotiques des bras
On y voit les éléments éruptifs à tontes les périodes dévolution, et les cicatrices blanches déprimées caractéristiques.
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orteils, plus rarement la face dorsale des pieds, souvent le pourtour des talons, très souvent les jambes, un peu plus rarement les cuisses. Ce sont des formes ulcéreuses graves.
Chez l’enfant ces lésions affectent spécialement les régions lombaire et fessière (Nobl : Derm. Zeit., 1904) sous la forme de nodules groupés, [et chez eux elles coïncident pour ainsi dire toujours avec du lichen scrofulosorum, des gommes tuberculeuses, et d’autres manifestations de l’affection bacillaire.
A côté de ces tuberculides papulo-nécrotiques on a décrit sous le nom de Tuberculides nodulaires des lésions plus volumineuses que les précédentes, d’ordinaire
Fig. 116. — Tuberculides papulo-nécrotiques des mains.
symétriques, caractérisées par des nodules d'abord profonds, puis qui tendent à devenir superficiels, et qui évoluent soit vers la disparition graduelle par résorption, soit vers la nécrose centrale et l’ouverture au dehors avec perte profonde de substance. Ces faits établissent une transition entre les précédents et l’érythème induré de Bazin.
Anatomie pathologique. — Les lésions débutent dans les couches profondes du derme. Elles consistent essentiellement en une infiltration de cellules lymphatiques et de cellules fixes autour des vaisseaux : ces amas cellulaires se multiplent, constituent des nodules volumineux et subissent un processus dégénératif. Il se forme alors des noyaux caséeux. Les vaisseaux sont altérés par périartérite, périphlébite, endartérite, thrombose. On peut trouver des néoformations vasculaires, des cellules géantes et épithélioïdes. Il existe assez souvent au centre des nodules, soit un follicule pilo-sébacé, soit une glande sudoripare, mais leurs lésions ne sont pas constantes, et, quand elles existent, elles sont consécutives aux précédentes (Leredde).
On n’a jamais vu de bacilles dans les coupes; Veillon a inoculé dans notre service de gros fragments à des cobayes sans le moindre résultat.
TUBERCULIDES PAPULO-NÉCROTIQUES
Etiologie. Pathogénie. — On relève d’ordinaire chez les malades qui présentent ces éruptions des adénites cervicales, sous-maxillaires, suppurées ou non, ou leurs cicatrices, ou des signes d’une tuberculose torpide quelconque. Elles coexistent souvent avec le lupus érythémateux. Elles semblent être plus fréquentes chez l’adulte.
Traitement. — Il nous a paru qu’en dehors de l’hygiène générale des tuberculeux
ef b c e.î.
•Ai 1
Fig. 117. — Tuberculide papulo-nécrotique (zone superficielle, croûte).
e./", exsudats. — b.c, bandes de srates cornées. — e, épiderme aminci et atrophié. — æ.s.e , œdème sous-épidermique. — i, inflammation. — d.l, dilatation lymphatique.
On voit que la lésion n’offre aucune connexion avec une glande.
qui s’impose dans ces cas, il y avait intérêt pour les malades qui sont atteints de ces lésions à faire les traitements internes suivants, quand c’est possible, c’est-à-dire quand leur estomac ou quand leur tissu cellulaire sous-cutané les tolère.
Pendant une semaine faire des injections sous-cutanées d’arsenic (arseniate de soude ou liqueur de Eowler, ou de cacodylate de soude aux doses tolérées) : la semaine suivante donner aux repas l’acide phénique aux doses de 2 à 10 centigrammes par jour sous la forme de sirop mélangé aux aliments, et, quand c’est utile, des phosphates ou des glycérophosphates.
L’hiver on administre l’huile de foie de morue.
Localement on fait des lotions au sublimé ou au permanganate de potasse; on
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panse avec des solutions à 1 p. 5 000 ou p. 10 000 de ces substances, ou avec les emplâtres rouge de Vidal, de Vigo, d’ichthyol, etc...
11 nous a semblé que dans les formes ulcéreuses graves des badigeons avec des solutions de bleu de méthylène au 1/200, au 1/100, au 1/50, puis des applications de poudre d’europhène, d’aristol, d’ectogan, ou d’iodoforme, avec enveloppement d’eau bouillie et compression, donnent de bons résultats.
Des saisons prolongées aux eaux chlorurées sodiques comme Salies de Béarn, Briscous-Biarritz, Salins-Moutiers, Kreuznach, Nauheim, etc., étaux eaux bicarbonatées chlorurées arsenicales comme la Bourboule sont tout particulièrement indiquées.
d, Acnitis. — Le type clinique que Barthélemy a décrit en 1891 sous le nom dY acnitis se rapproche singulièrement des précédents. Il est probable qu’il répond à l’ hydradenite destructive suppurative de Pollitzer, à l 'acné tèlangiectodes de Kaposi, a Y acné agminata de IL Crocker.
Symptômes. — Il est caractérisé par la production sur le front et sur les tempes de petits nodules arrondis, très durs , de la grosseur d’un, grain de millet, roulant sous le doigt et profondément enchâssés dans le derme et l’hypoderme. Peu à peu ils augmentent de dimensions, arrivent au bout d’une dizaine de jours à avoir le volume d’un gros pois. La peau rougit, le nodule devient fluctuant, et il s’ouvre en laissant s’écouler une ou deux gouttes d’un pus séreux, parfois même il sort un bourbillon. Après quatre ou cinq jours, la petite plaie sèche, se recouvre d’une croutelle d'un brun jaunâtre, puis progressivement l’infiltration se résorbe après une durée totale d’un mois environ, et il ne reste qu’une cicatrice un peu déprimée, entourée d’un liséré brunâtre.
L’éruption est toujours fort discrète; dans quelques cas cependant les éléments se groupent au nombre de trois à cinq vers les paupières, les sourcils, etc...
Elle peut d’ailleurs gagner le cou, le tronc, les membres supérieurs et inférieurs. Elle évolue comme la forme précédente par poussées successives.
Eig. 118.
T uberculid e p apulo-n écro tique .
d. derme profond, enflammé. — a, vascularite oblitérante. — t,g, tissu graisseux.
(Cette figure représente les parties profondes de la lésion reproduite figure 117).
Anatomie pathologique. — Darier a démontré que ces lésions consistent en une infiltration abondante de cellules géantes et de cellules épithélioïdes, développées profondément dans le derme, en traînées périvasculaires, avec altération des vaisseaux sanguins.
Le traitement se confond avec celui des tuberculides papulo-nécrotiques.
5° Sarcoïdes. — « Bœck, en 1899-1900, a décrit sous le nom d esarcoïdes multiples bénignes de la peau , puis en 1904-1905 sous celui de lupoïde multiple et bénin, un
SA RC 01 DES
type clinique spécial, caractérisé par des éléments de volume variable, tumeurs, nodules, tubercules, ou papules, qui, dans les cas qu’il a observés, affectaient avec une symétrie notable des régions constamment identiques, la face, le haut du dos, et le côté de l'extension des membres supérieurs. Les nodules gros ou petits ont une coloration d’un rose brunâtre ou jaunâtre, une surface finement furfuracée, ne s’ulcèrent jamais, mais sontcurables, laissant après eux une tache télangiectasique et furfuracée. Il a remarqué chez plusieurs la présence de ganglions engorgés. » (Darier).
L'évolution générale de la maladie qui est essentiellement chronique peut se partager en quatre stades : 1° le stade éruptif, lequel est assez souvent accompagné de quelques démangeaisons; 2° le stade de floraison , 3° et4° deux stades régressifs de très longue durée, les stades de pigmentation et de télangiectasies.
« L’histologie montre que ces sarcoïdes sont constituées par des amas en boudins d’infiltration cellulaire, paraissant logés dans les espaces lymphatiques péri-vasculaires, qu’ils distendent au point de.remplir presque tout le. chorion au niveau du nodule. Les éléments cellulaires néoplasiques sont des cellules épithélioïdes en grande majorité, avec quelques leucocytes et mastzellen, et çà et là de rares cellules géantes; au centre des tractus, on note de la dégénérescence granuleuse. » (Darier).
Darier en France a beaucoup étudié cette question. Mais il a surtout fait porter ses travaux sur une forme spéciale à laquelle il a donné le nom de sarcoïdes souscutanees et qui est totalement différente des sarcoïdes de Bœck (voir J. Darier et Gr. Roussy: des sarcoïdes sous-cutanées : contribution à l’étude des tuberculides ou tuberculoses atténuées de l’hypoderme; Arch. de méd. expérimentale et d'anal., pathol. n° 1, janvier 1906). Il désigne sous ce nom « une forme relativement rare de tumeurs bénignes multiples, à siège hypodermique, dures et souvent indolentes, apparaissant d’ordinaire insidieusement et évoluant lentement sur une région quelconque du tronc et des membres, notablement plus fréquentes dans le sexe féminin. Leur caractère le plus spécial est fourni par leur structure histologique qui est très analogue et presque identique à celle des tissus tuberculeux ; mais on n’y rencontre pas de bacilles de Koch et l’inoculation aux animaux donne un résultat négatif, a (Darier). Elles sont d’ordinaire multiples, et forment des nodosités hypodermiques tantôt isolées, arrondies ou ovalaires, tantôt groupées de manière à constituer des cordonsnoueux ou de vastes placards irrégulièrement bosselés et marronnés. Le volume des tumeurs isolées varie de celui d’un grain de plomb à celui d'une grosse noix. Leur nombre oscille de 2 à 30 : leur consistance est fibreuse. Nettement mobiles sur les plans sous-jacents, elles adhèrent d’ordinaire à la peau qui présente à leur niveau une teinte lilas ou ardoisée, parfois rougeâtre. Au point de vue histologique ce sont des néoformations cellulaires du type tuberculeux avec dégénérescence épithélioïde considérable, caséification et cellules géantes. Plusieurs des malades de Darier étaient tuberculeux et ont réagi à la tuberculine. Bien que les inoculations aux cobayes aient été négatives, cet auteur est convaincu que les sarcoïdes sous-cutanées sont le type parfait des tuberculid es de l’hypoderme.
Il a tenté de reproduire expérimentalement ces tumeurs : il y est arrivé en se
1 Voir les communications de Darier à la Société de Dermatologie, les 4 février et il avril 1904, le travail de Henri Français (un cas de Sarcoïdes sous-cutanées multiples. Annales de Dermat 1905)( et le dernier mémoire de G. Boeck (Fortgeselze Untersuchungen über das multiple benigne Sarkoid. Archiv. far dermat. und syph., LXX1II Band, 1, 3 lleft, 1905).
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servant de la toxine chloroformique d’Àuclair, c’est-à-dire des substances grasses extraites des corps de bacilles tuberculeux ( Congrès de Berlin, 1904).
C. Bœck conclut très nettement pour la variété qu’il a décrite et qui est dermique tandis que celle de Darier est hypodermique : 1° qu’il s’agit certainement d’une infection bacillaire; 2° que cette infection peut être considérée soit comme une forme nouvelle et bénigne de tuberculose, soit comme une maladie infectieuse spéciale très voisine de la tuberculose.
Le traitement qui semble toujours réussir, d’après C. Bœck, est l’emploi de l’arsenic à hautes doses; d’autre part Darier soutient que les injections de calomel ont un effet curatif remarquable. Il en est de même pour les injections de tuberculine.
6° Eruptions érythrodermiques généralisées. — Jadassohn pense que le pityriasis rubra grave de llébra (voir ce mot) a d’étroits rapports avec la tuberculose.
Bruusgaard ( Archiv . f. Dermat. und. Syph., t. LXY11) a publié un cas dans lequel il se développa une érythrodermie exfoliante généralisée avec prurit intolérable, poussées aiguës successives; puis, peu à peu, à mesure que la malade (femme de soixante-cinq ans) se cachectisait, il survint de la pigmentation et un gonflement de tous les ganglions lymphatiques. A l’autopsie, que l’on fit après cinq mois de séjour à l’hôpital, on trouva les ganglions lymphatiques, le foie et la rate infiltrés de tubercules, et dans la peau au niveau de la couche papillaire et sous-papillaire des tubercules typiques avec cellules géantes et bacilles. L’auteur conclut à l’existence d'une éruption d’origine tuberculeuse.
7° Autres types objectifs de tuberculides. — D’après Darier, on trouve parfois chez les sujets porteurs de tuberculides typiques :
1° De larges taches livides, sans nécrose en foyer, mais avec atrophie centrale, qui établissent des relations entre le type papulo-nécrotique, le lupus érythémateux et le lupus pernio.
2° Des tubercules notablement plus gros que les éléments ordinaires, qui siègent principalement aux jambes, s’ulcèrent et laissent des cicatrices pigmentées; ils ont été désignés sous le nom de tuberculides nodulaires, et ils se rapprochent de l’érythème induré: les nodosités de l’érythème induré furent suivies, chez un malade de Darier, d’une poussée de tuberculides papulo-nécrotiques.
(D’après notre expérience personnelle ces tuberculides ulcéreuses sont relativement assez fréquentes aux membres inférieurs. Nous les avons vu prendre chez des jeunes filles (deux fois chez des adolescents) une extension considérable et cribler littéralement d’ulcérations profondes allant jusqu’à l’hypoderme, serpigineuses par confluence, livides, les pieds, les orteils, les jambes, et même, quoique plus rarement, les cuisses).
3° Des éléments papulo-squameux qui semblent constituer des formes de passage entre les tuberculides papulo-nécrotiques et le lichen scrofulosorum. Nous nous demandons si certains cas décrits sous le nom de lichen ruber accuminatus ne doivent pas rentrer dans ce groupe.
4° Des éruptions abondantes sur le tronc, à éléments acnéiformes, répondant à la description de Y acné cachecticorum de Hébra et de Kaposi, laquelle consiste en papules et pustules ça et là disséminées de la grosseur d’une tête d’épingle et d’une lentille, plates, molles, d’un rouge livide. Elles rentrent pour nous dans les tuberculides papulo-nécrotiques.
MORVE
5° L 'acné scrofulosorum ( Scrofulide acnéiforme ; Scrofulide pustuleuse de Colcott Fox, R. Crocker, Pringle) des auteurs anglais est constituée par de petits éléments papuleux, avec aréole érythémateuse et pustulette centrale, laquelle est remplacée par une croùtelle : après la chute de la croùtelle, il reste une cicatrice rougeâtre ou brunâtre. Cette forme morbide doit pour nous rentrer purement et simplement dans les tuberculides papulo-nécrotiques.
6° Hallopeau etThibierge ont décritdes tuberculides suppuratives agminées dont la lésion élémentaire est une pustule miliaire péri-pilaire avec aréole rouge : ces éléments peuvent être disséminés çà et là sur le tronc et les membres, ou se grouper en longs et larges placards dont le centre, en voie de guérison, d’un rouge sombre, est recouvert de squames minces et adhérentes, tandis que les pustules abondent vers la périphérie qui est la zone d’extension.
3° MORVE
La morve est une maladie microbienne, contagieuse et inoculable, ayant pour agent pathogène une bactérie spéciale : elle atteint surtout les Solipèdes, mais peut aussi se développer accidentellement chez l’homme.
On donne à cette affection le nom de Morve proprement dite lorsque les fosses nasales sont intéressées, celui de Farcin lorsque ces régions sont indemnes.
Nous serons extrêmement brefs sur ce sujet : nous ne voulons qu’appeler l’attention des médecins sur les lésions cutanées de l'affection farcino-morveuse, lésions qui, dans leurs formes chroniques, sont souvent méconnues, même par des dermatologistes de profession (voir en France les travaux récents d’E. Besnier, de Quinquaud, d’Hallopeau et Jeanselme, de Babès, de Vidal, de Rémy, à l’étranger ceux de Neisser, A. Buschke, Karl Zieler (1903), etc... et l’article de Bodin de la Pratique dermat. pour toute l’ancienne bibliographie).
Description du bacille. — Le bacille de la morve est absolument spécifique. 11 a été découvert par Bouchard, Capitan et Charrin. II affecte la forme d’un petit bâtonnet très analogue à celui de la tuberculose, ayant à peu près les mêmes dimensions, de 0g,o de large sur 3 à 5 jj. de long : il est tantôt rectiligne, tantôt incurvé; il fixe assez mal les matières colorantes : c’est un aérobie. Il se cultive assez bien sur la plupart des milieux usuels à la température de 37°; il est détruit en dix minutes parla chaleur à 55°, en trois ou quatre minutes à 60° : il ne résiste pas non plus à la plupart des antiseptiques.
Il élabore des produits toxiques que l’on a désignés sous le nom de malléine, et dont on ne connaît pas encore la nature exacte; injectée à un sujet morveux, la malléine produit chez lui une réaction locale (tuméfaction oedémateuse, douloureuse et chaude), générale (prostration), et thermique (élévation de la température) qui est caractéristique de l’infection morveuse.
Inoculé dans le péritoine du cobaye, le virus morveux produit dès le deuxième ou le troisième jour une orchite volumineuse qui aboutit, lorsque l’animal résiste, à des abcès et à des fistules testiculaires : la mort survient d’ordinaire en un laps de temps qui varie de une à trois semaines. Cette orchite morveuse du cobaye est extrêmement importante au point de vue du diagnostic de lésions douteuses.
Étiologie. — C’est presque toujours par le cheval que l’homme est infecté : il l’est rarement de l’homme à l’homme, ou par le contact de linges contaminés, ou par
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des expériences de laboratoire. Il s’ensuit que chez la femme la morve est pour ainsi dire inconnue, et que certaines professions, palefreniers, cochers, cultivateurs, vétérinaires, cavaliers, etc..., y prédisposent. D’ordinaire la porte d’entrée du virus est un traumatisme cutané ou muqueux quelconque, beaucoup plus rarement c’est l’ingestion de viandes morveuses.
Anatomie pathologique — . D’après Unna le point de départ d'un nodule morveux est une embolie de bacilles spécifiques1 dans un vaisseau superficiel de la peau; ce vaisseau s’élargit et dégénère: l’endothélium se tuméfie; ses cellules se transforment en une masse nécrotique finement fibrillaire, oblitèrent la lumière. Puis les bacilles sortent du vaisseau, se multiplient; la malléine agit à distance, et le tissu conjonctif se transforme tout autour du foyer en un magma assez homogène, quoique finement réticulé et peu Colombie.
Voici d’autre part ce que dit Bodin dans son récent article :
« L’élément débute par une agglomération de leucocytes polynucléaires s’entourant souvent d’une zone de cellules à noyau unique et qui sont d après Leredde des mononucléaires : tout autour de cette granulation il est fréquent de noter des zones inflammatoires, caractérisées par l’abondance des exsudats fibrineux.
« Une fois constituée, la granulation morveuse évolue rapidement vers 1a. caséification qui s’opère ici comme dans la tuberculose par nécrose du protoplasma et fragmentation du noyau.
« Les bacilles morveux sont difficiles à déceler et se voient surtout dans les zones caséifiées.
« La lésion morveuse élémentaire est donc une granulation qui diffère du tubercule par sa constitution presque exclusivement leucocytaire, par l’abondance des exsudats fibrineux périphériques et par l’absence des cellules géantes et épithélioïdes qui ne se rencontrent pas dans la morve aiguë... Dans certains cas de morve chronique on peut voir, dans la région des mononucléaires entourant l’amas de leucocytes polynucléaires, se former des cellules à type épithélioïde et même des cellules géantes provenant des mononucléaires; en ce cas l’analogie avec le tubercule vrai est très grande » (Bodin, Pratique dermat.).
I Morve etfarcin aigus.
Symptômes. — Dans la forme aiguë de l’affection farcino-morveuse les erreurs de diagnostic sont peu fréquentes, car l’ensemble des phénomènes généraux et la rapidité d’évolution de la maladie permettent presque toujours de la reconnaître. Voici d’ailleurs quel est l’aspect des lésions cutanées : — tuméfactions et traînées lymphangitiques des pieds, des mains, du visage; — sorte d'érysipèle facial avec œdème dur mal limité, compliqué de vésicules, de bulles, de plaques gangréneuses ; — éruption pustuleuse également caractéristique qui survient vers le sixième jour sous la forme de petites taches rouges, puis de papules acuminées qui se transforment rapidement en pustules non ombiliquées, saillantes ou aplaties, entourées d’une aréole rosée, reposant assez souvent sur une large base indurée, isolées ou confluentes, bientôt recouvertes de croûtes d’un jaune brunâtre, siégeant sur la face, les joues, les paupières, le nez, le front, les muscles et les muqueuses.
Les symptômes caractéristiques de la maladie se développent simultanément du côté des fosses nasales et de l’arrière-gorge (enchifrènement, nasonnement, jetage, tuméfaction douloureuse de la racine du nez, etc...), et imposent le diagnostic.
L’état général devient rapidement grave : le larynx et le poumon se prennent:
MORVE
la fièvre est intense; la mort arrive dans le coma en un laps de temps qui varie de cinq jours à trois semaines.
IL Morve et farcin chroniques. — Le tableau morbide n’a plus cette netteté dans les formes chroniques de l’affection farci no-morveuse, d’autant plus quelle revêt rarement d’emblée l’apparence morveuse, c’est-à-dire qu’elle ne se localise pas le plus souvent tout d’abord aux fosses nasales, ce qui éveillerait l’attention ; elle débute par d’autres points du corps, et n’attaque que secondairement les cavités nasales quand elle le fait. Parfois cependant elle semble bien avoir débuté par les voies respiratoires supérieures, mais il se développe d’ordinaire dans ces cas d’autres lésions qui donnent le change.
Au point de vue objectif (celui dont nous nous occupons uniquement ici), le larcin chronique est caractérisé par des sortes d’abcès qui se forment assez rapidement, quatre à six semaines après l’infection. Ils apparaissent par poussées ^successives ; chaque poussée comprend d’ordinaire de trois à cinq collections purulentes assez mal limitées qui siègent en un ou plusieurs points, surtout sur les membres, vers les articulations, plus rarement à la face, plus rarement encore sur le tronc. Ces collections peuvent se résorber, plus souvent elles évoluent : cette évolution se fait tantôt rapidement (variété inflammatoire ou phlegmoneuse), tantôt avec beaucoup de lenteur et dure plusieurs mois (variété torpide). A leur niveau les téguments rougissent, s’amincissent peu à peu, prennent un aspect violacé et finissent par s’ulcérer. 11 s’en écoule un pus qui peut être fort abondant aux membres où les collections sont parfois très volumineuses, beaucoup moins à la face où elles ont des dimensions qui varient de celles d’un pois à celles d’une noisette. Dans les variétés torpides le contenu des nodosités farcineuses peut être du pus, du sang, un mélange de sang et de pus, ou bien un liquide jaunâtre visqueux ou séreux (huile de farcin).
Les ulcérations qui succèdent à l’ouverture de ces collections peuvent se cicatriser : plus souvent elles persistent, quelquefois même, quoique rarement, elles ont de la tendance à s’agrandir et à se réunir aux ulcérations voisines. Leurs bords sont d’un rouge violacé, livides, déchiquetés, décollés, assez semblables à ceux des gommes scrofuleuses ; ils sont parfois circinés et rappellent de loin la configuration des lésions syphilitiques. Le fond des ulcérations est sanieux ou d’un rouge livide, granuleux, irrégulier, anfractueux et végétant ; les os sous-jacents sont souvent nécrosés.
La masse morbide donne au toucher une sensation de mollesse assez spéciale. Cependant les auteurs disent aussi que les bords des ulcérations peuvent s’indurer et présenter une consistance calleuse. Il n’est pas rare de trouver à la périphérie des sortes de nodosités fluctuantes qui sont de nouveaux abcès en voie d’évolution.
Les ulcérations farci no-morveuses semblent aussi pouvoir succéder à des néoplasies d’aspect inflammatoire sans collection purulente préulcéreuse (Hallopeau et Jeanselme).
On a vu ces lésions envahir la face, détruire la lèvre supérieure, le nez, les paupières, les parties voisines des joues, simuler les tuberculoses ou les syphilis mutilantes, les épithéliomes, etc. (Farcinose mutilante de la face).
Les ganglions lymphatiques ne sont pas toujours atteints : cependant les angioleucites sont souvent assez fréquentes. Les douleurs sont des plus variables, d’ordinaire à peu près nulles.
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La marche de l’affection est presque toujours lente, progressive, parfois insidieuse, avec des périodes plus ou moins longues de pseudo-guérison.
Il est inutile d’ajouter que la mort est la terminaison habituelle par une poussée aiguë terminale au bout de plusieurs mois ou de plusieurs années, à moins que Ton ne fasse le diagnostic et que l’on n’intervienne rationnellement.
Il ne servirait à rien de nous étendre ici sur le diagnostic différentiel de ces lésions et de la tuberculose, de la syphilis, de l’épithéliome. « On doit penser à cette infection quand on voit survenir, après une série prolongée d’abcès sous-cutanés ou intra-musculaires, des ulcérations des fosses nasales, de la muqueuse buccale ou du voile du palais, et une tuméfaction douloureuse de l’un des sacs lacrymaux coïncidant avec un suintement purulentdes narines » (Hallopeau et Jeanselme). En l’absence de renseignements étiologiques, il n’y a en réalité qu’un moyen d’arriver à reconnaître la lésion, il faut y penser quand on a affaire à une affection qui paraît s’écarter des types ordinaires, et faire confirmer cette hypothèse par une inoculation aux animaux.
Traitement. — Nous laissons complètement de côté le traitement général et le traitement local des affections farcino-morveuses aiguës : on n’a pour avoir des renseignements sur ces points qu’à se reporter aux ouvrages classiques.
Nous croyons qu’on doit vigoureusement attaquer au point de vue local les affections farcino-morveuses chroniques. Dès qu’on en aura soupçonné l’existence, on incisera les collections purulentes, on en grattera les parois, on les lavera avec du sublimé au 1/500 ou de l’acide phénique au 2/1 CO, ou avec la solution iodo-iodurée au 1/1 000, puis on les cautérisera au fer rouge et on les pansera antiseptiquement en les bourrant de gaze iodoformée. Tous les tissus cutanés qui semblent être envahis seront excisés ou détruits au galvanocautère ou au thermocautère. Il ne faut pas reculer devant ces destructions, quelque sévères qu’elles puissent paraître, car il est à la rigueur possible en les exécutant de sauver le malade.