ÉRYTHÈME INDURÉ DE BAZIN
de bandes scléreuses, de couleur presque blanche, circonscrivant le tissu adipeux (Pautrier).
Histologiquement il est constitué de travées de tissu conjonctif dense entre lesquelles il y a du tissu adipeux. Les travées fibreuses comprennent des vaisseaux sanguins entourés de foyers d’infiltration cellulaire, formés de leucocytes, de cellules épithélioïdes et de cellules géantes. Sur certains points l’oblitération des vaisseaux qui ont de l’endartérite ou de l’endophlébite en amène la nécrose. Les lésions, légères à l’étage moyen du derme, s’accentuent dans la couche profonde et arrivent à leur maximum dans l’hypoderme où se trouve certainement le point de départ du processus. L’importance des altérations vasculaires est capitale, aussi Philippson a-t-il voulu donner à cette affection le nom d q trombo-phlébite tuberculeuse ou de phlébite nodulaire nécrotique.
Disons cependant que pour Audry la nature tuberculeuse de l’érythème induré ne serait nullement démontrée par l’histologie1.
On ne trouve pas d’ordinaire de bacilles dans les coupes, mais Thibierge et Ravaut ont obtenu des inoculations positives sur le cobaye : leurs résultats ont été confirmés par G. Fox, Philippson et Jadassohn. Ce dernier auteur a vu les lésions de l’érythème induré réagir à la tuberculine.
Pour Pautrier et Leredde, cette affection est due à des embolies de bacilles de la tuberculose arrivant à la peau par le courant sanguin.
Étiologie. — L’érythème induré de Bazin s’observe presque exclusivement chez des jeunes filles ( érythème induré des jeunes filles ), et en particulier chez des blanchisseuses (Bazin). Cependant il n’est pas rare chez des femmes de quarante à cinquante ans. Il existe aussi chez l’homme, mais il est bien peu fréquent chez lui. Bazin connaissait déjà ses rapports avec la tuberculose ; il le rangeait dans s-es scrofulides érythémateuses bénignes. 11 coexiste assez fréquemment avec d’autres manifestations de la tuberculose.
Diagnostic. — L 'érythème noueux en diffère par son évolution aiguë, fébrile; il est souvent accompagné de symptômes généraux, de douleurs plus ou moins accentuées ; les nodosités siègent sur tous les membres et sont moins localisées aux membres inférieurs que celles de l’érythème induré. Elles évoluent comme l’ecchymose et ne s’ulcèrent jamais.
Les nodosités de Viodure de potassium ont elles aussi une teinte plus rosée que celles de l’érythème induré et une évolution plus rapide. On doit d’ailleurs toujours songer à la possibilité d’une toxidermie quand on se trouve en présence de semblables lésions et instituer une enquête.
Les noyaux phlébitiques des membres inférieurs peuvent parfois s’accompagner de rougeur et d’empâtement de la peau : ils simulent dans ces cas l’érythème induré, mais ils constituent des lésions beaucoup plus vastes, moins nettement nodulaires, disposées suivant le trajet de veines variqueuses.
Les gommes tuberculeuses vraies siègent rarement aux jambes; elles sont plus volumineuses, plus ramollies, fluctuantes, et donnent issue quand elles s’ouvrent à une assez grande quantité de pus mal lié. Leur cavité est anfractueuse, leurs bords décollés.
1 Arthur Witfîeld dans un récent mémoire [The British Journal of Dermat., juillet 1905, p. 241) soutient qu’il y a deux types morbides très différents qui revêtent l’aspect de l’érythème induré, l’un tuberculeux, l’autre non tuberculeux, et ce dernier survient chez des sujets plus âgés que le premier, a moins de tendance à s’ulcérer, évolue beaucoup plus vite, et est plus douloureux.
Brocq. — Dermatologie, I. 39
Les gommes syphilitiques simulent à s’y méprendre l’érythème induré : peut-être les gommes syphilitiques ont-elles plus d’induration périphérique; peut-être est-il possible d’y observer un bourbillon et son élimination : mais ces signes sont bien peu importants. Il vaut mieux dans des cas douteux faire une biopsie, procéder à l’examen histologique des lésions ou faire un traitement d’épreuve, et encore dans ce dernier cas toute difficulté n’est-elle pas écartée, puisqu’on sait que lesjnjections de calomel agissent dans les deux processus.
Traitement. — Nous n’insisterons pas sur la médication générale : on n’a qu’à se reporter aux articles lupus érythémateux et gommes tuberculeuses.
Toutes les fois que l’érythème induré siège aux membres inférieurs, le repos étendu, la jambe surélevée, s’impose.
Une légère compression ouatée bien faite facilitera la guérison.
On a proposé d’appliquer sur les nodosités des compresses imbibées d’une solution de chlorhydrate d’ammoniaque au 1/200 ou au 1/300, d’une solution faible de sublimé à l pour 3 ou 4000. d’eau blanche du Codex. L’emplâtre à l’ichthyol au 1/10, l’emplâtre rouge d’E. Vidal, et même l’emplâtre de Vigo, quand la peau est tolérante, peuvent être employés pour activer la résorption des néoplasies.
Quand le processus a évolué vers E ulcération, on doit être encore plus intransigeant au point de vue du repos au lit. On pansera la plaie comme un ulcère de jambe ou comme une gomme tuberculeuse (voir ces mots) : mais nous croyons utile d’en badigeonner la cavité tous les jours ou tous les deux jours soit avec une solution phéniquée au 1/50, soit surtout avec une solution de bleu de Méthylène au 1/100 ou au 1/50. L’europhène, l’ectogan, l’aristol, l’iodol, et surtout Tiodoforme quand on peut le faire accepter nous ont paru avoir d’excellentes propriétés cicatrisantes dans ces cas.
Fig. 113. — Tuberculides papulo-tuberculeuses de la face.
Tuberculides papulo-nécrotiques. — Cette forme morbide a probablement été vue pour la première fois par Hutchinson, puis décrite par C. Bœck sous le nom de Lupus érythémateux disséminé en 1880. Complètement ignorant de ces recherches, nous crûmes créer un type nouveau en 1890 sous le nom de folliculites disséminées desparties glabres à tendances cicatricielles : c’ est la de Barthélemy (1891),
Y acné varioli forme des extrémités de Bronson, Y hydrosadénite disséminée suppurative de Dubreuilh, les engelures nécrosiques d’Allen, le granulome innommé de Tenneson, les tuberculoses atypiques nodulaires à petits nodules de Pautrier, etc... (Voir la thèse de Pautrier : p. 63 pour plus de détails).
Symptômes. — Au point de vue clinique pur cette dermatose est caractérisée par la formation aux melnbres supérieurs, aux mains, aux avant-bras, assez souvent
TUBERGULIDES PAPULO-NECROTIQUES
Fig. 114. — Tuberculides papulo-nécro tiques de l’oreille.
aux jambes, au pourtour des genoux, aux cuisses, à la face dorsale des pieds, à l’abdomen, aux oreilles, de petits éléments papulo-tuberculeux d’un rouge vif au début, puis plus livides, parfois même d’un bleu noirâtre, assez souvent surmontés dans les premiers jours de leur évolution d’une sorte de vésicule. Ils ont toujours un orifice central par lequel il est impossible de faire sourdre un liquide transparent ou opalin. A un examen superficiel on dirait des boutons d’acné, mais ils n’en ont en réalité ni l’aspect véritable, ni la localisation.
Ils débutent sous la forme d’une petite tache rosée à peine surélevée ; puis leur coloration se fonce, leur saillie se dessine ; il se produit au centre un soulèvement épidermique plus ou moins marqué au-dessous duquel existe de la sérosité citrine que l'on peut faire sourdre par la pression.
A un degré d’évolution de plus, la papule est devenue d’un rouge vif, plus saillante, un peu indurée ; elle porte à son milieu un point suppuré ou un orifice arrondi béant, ou une croûtelle jaunâtre, adhérente, de la profondeur de laquelle se détache un prolongement mince et conique lequel s’enfonce dans un trou central.
Enfin, après un laps de temps assez long, l’inflammation se dissipe, la rougeur disparaît, et il reste une cicatrice déprimée, assez semblable à celles de la variole, mais plus taillée à l’emportepièce.
Ces curieuses lésions qui peuvent être parfois cantonnées à une région, aux mains et aux doigts par exemple, parfois à la face palmaire des mains et des doigts, mettent chacune de dix à trente jours et même davantage à évoluer ; elles se produisent par poussées successives subintrantes dont la durée totale est fort longue, souvent de plusieurs années : ces poussées sont parfois séparées par des périodes de rémission complète ou incomplète : elles sont dans quelques cas saisonnières et presque périodiques, plus souvent elles sont fort irrégulières.
Les papulo-pustules que nous venons de décrire peuvent, surtout aux membres inférieurs, aboutir à des ulcérations considérables, taillées à l’emporte-pièce ; occupant toute l’épaisseur des téguments, irrégulières et sinueuses par confluence de plusieurs éléments voisins. Nous les avons vues cribler ainsi la face dorsale des
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