POUR CAUSE PATHOGÈNE
SYPHILIS1
Ldi syphilis est une maladie virulente, éminemment contagieuse, héréditaire, et transmissible par contact direct, c’est-à-dire par inoculation de l’homme malade à l’homme sain. Par sa diffusion, par les lésions graves qu’elle provoque directement, parla polyléthalité infantile dont elle est la cause première, frappant de stérilité
1 Nous nous sommes décidés à insérer dans cet ouvrage un chapitre traitant de la syphilis cutanée. Nous l’avons fait uniquement pour permettre au praticien d’établir un diagnostic différentiel en présence d’une éruption quelconque, mais nous estimons que l’étude de la syphilis est trop importante pour n’être qu’une annexe de la dermatologie. La syphilis doit être apprise dans un ouvrage à part. Aussi n'exposons-nous ici qu'un Schème succinct , pas même un abrégé de la syphilis cutanée. C'est l’explication des nombreuses et importantes lacunes qui existent dans ce qui va suivre. (Voir en particulier les si intéressantes recherches de Roux, de Mefschnikoff et de Neisser : sur la transmission expérimentale de la syphilis aux singes. Association silésienne pour V avancement des Sciences : 22 décembre 1905.)
SYPHILIS
les femmes infectées, provoquant chez elles des avortements, tuant les nouveau-nés venus à terme en pleine infection, par ses terribles conséquences à longue échéance telles que le tabes, la paralysie générale et l’épithéliome buccal, la syphilis apparaît comme l’un des fléaux les plus graves dont soit affligée l’humanité. Elle prend place à côté de la tuberculose et de l’alcoolisme, avant la lèpre et les grandes maladies épidémiques.
Description du microbe. — On a décrit de fort nombreux microbes comme étant l’agent pathogène delà syphilis. Dans ces derniers temps Fritz Schaudinn et Erich Hoffmann (. Kaiserlichen gesundheitsamte , Band XXII, Heft 2, 1905 : Deutschen med. Wochens., 1905, n° 18, et 19 oct., n° 42, p. 16(55 ; — - Berliner Klinischen Wochens., 1905, nos 22 et 23) ont trouvé à la surface des accidents syphilitiques contagieux, dans la profondeur des tissus morbides et dans les ganglions lymphatiques un microorganisme spécial, qu’ils ont appelé le spirochœte pallida et qu’ils croient, mais avec beaucoup de réserves, être l’agent pathogène de la syphilis. Leurs recherches ont été confirmées par de nombreux auteurs, au premier rang desquels il convient de placer Roux et Metschnikoff. (Voir les mémoires de Y. Nicolas, Favre et André : Lyon Médical , 12 oct. 1905, et de E. Dalous, Journal des mal. eut. et syph., juillet 1905, p. 481. On y trouvera un excellent résumé de la question.) f
Schaudinn et Hoffmann pensaient tout d’abord que le spirochœte pallida était un spirillacé, genre spirochœte. Des recherches nouvelles dues à P. Villemin (de Nancy) et à Schaudinn semblent avoir prouvé que ce microbe consti tue un type nouveau, qu’il n'est pas en réalité un spirochœte ; et Schaudinn a adopté la dénomination nouvelle de Spironema proposée par Villemin, puis celle de Treponema. 11 le désigne donc maintenant sous le nom de Treponema ou spironema pallidum (voir le travail d’Etienne Burnet, Annales de dermat., novembre 1905, p. 833 !).
Le Treponema pallidum a de 4 à 10 y, en moyenne 7 y, de long : son épaisseur est de 0,3 y au maximum ; le nombre de ses spires varie de 5 à 14 : elles sont étroites et très serrées. 11 semble être dépourvu de membrane ondulante, mais il présente un flagellum à chacune de ses extrémités, parfois même ce flagellum se dédouble. Son corps est plutôt cylindrique que rubané. Il est très agile dans les préparations fraîches, et conserve ses mouvements pendant plusieurs heures quand on le conserve dans le sérum physiologique. Il se colore faiblement par les couleurs d’aniline ; mais il se colore bien par la solution d’éosine-azur de Giemsa, et par le réactif de Manno. On l’a trouvé dans des syphilides secondaires, dans des chancres indurés (mais pas toujours), dans le sang des syphilitiques, dans des ganglions syphilitiques, dans les accidents syphilitiques des singes, dans les tissus malades d’enfants atteints d’hérédo-syphilis. Il ne semble pas qu’on ’ait nettement observé ce microorganisme dans des dermatoses non syphilitiques; cependant on doit encore émettre sur ce point de prudentes réserves.
Le treponema pallidum se distingue du spirochœte refringens qui existe d’une manière banale aux organes génitaux de l’homme dans le smegma normal, par sa petitesse, par sa forme en tire-bouchon, et par la difficulté de sa coloration : mais
1 D’après R. Blanchard le treponema pallidum ne doit pas être rangé parmi les microbes : il appartient à la classe des Trypanosomidœ dont il constitue le deuxième genre entre les Spirochœtes (1er genre) et les Trypanosomes (3° genre). Il faudrait donc le considérer comme un protozoaire et par suite classilier la Syphilis dans les maladies causées par les parasites animaux. Nous sommes tout prêts à admettre cette modilication dès que les naturalistes se seront entendus sur ce point de nomenclature.
DERMATOSES MICROBIENNES
on trouve clans des tissus non syphilitiques d’autres spirilles qui ont avec lui de très grandes ressemblances.
Vue générale de la syphilis
Évolution. Symptômes. — Après l’inoculation de l’agent infectieux, il existe une période d’incubation qui dure de huit jours à quatre-vingt-dix jours, en moyenne et d’ordinaire de quinze à vingt-cinq jours. Survient alors aux points inoculés une lésion apparente présentant des caractères distinctifs : c’est V accident primitif ou chancre syphilitique ou chancre induré. Cet accident évolue seul tout d’abord : il peut même, quand sa durée est courte, naître, grandir, puis se cicatriser, sans qu’aucun autre phénomène morbide, sauf les adénopathies caractéristiques, fasse son apparition. Dans la grande majorité des cas, au bout d’un laps de temps variable, après l’apparition du chancre, surviennent d’autres accidents, d’aspect fort divers, caractérisés surtout par leur dissémination etleur diffusion : ils sont fréquents pendant les six mois qui suivent le chancre, mais ils peuvent s’observer aussi pendant les deux ou trois premières années de la syphilis, quelquefois même beaucoup plus tard1 : on leur a donné le nom d 'accidents secondaires ; ils siègent principalement du côté delà peau et des muqueuses.
On peut voir enfin se produire à une période quelconque de la maladie, mais surtout à partir de la quatrième année, des accidents plus graves parce qu’ils sont plus profonds, d’ordinaire circonscrits, que l’on désigne sous le nom d 'accidents tertiaires.
Dans quelques cas on observe enfin chez certains sujets des accidents cutanés tardifs superficiels, peu graves, mais rebelles, que depuis plus de quinze ans nous avons désignés sous le nom à! accidents quaternaires ; depuis lors ce mot a été adopté par certains auteurs à l’étranger.
Il ne faut pas croire que ces accidents secondaires, tertiaires, soient nettement séparés les uns des autres par périodes bien définies, que les accidents secondaires soient toujours observés et uniquement observés pendant les deux ou trois premières années de l’infection par exemple, que les accidents tertiaires soient uniquement l’apanage des années ultérieures. Des accidents présentant le caractère des accidents tertiaires peuvent très bien se produire dès les premiers mois de la maladie, et inversement des accidents dits secondaires peuvent se manifester pendant les quatrième, sixième, dixième années, etc... de l’infection. On ne saurait donc admettre une division précise de la syphilis en périodes; mais il n’en est pas moins vrai que ce que nous avons dit plus haut reste exact d’une manière générale.
A côté de toute cette série d’accidents que l’on pourrait appeler directs, il en existe une autre série des plus importantes que l’on pourrait appeler indirects (Audry), parasyphilitiques (Fournier), et que caractérise essentiellement ce fait qu’ils ne sont pas curables d’une manière rapide et élective par le traitement antisyphilitique ; mais ils se développent avec une extrême fréquence et une prédilection marquée chez les anciens syphilitiques, qu’il s’agisse de syphilis acquise ou de syphilis héréditaire. Tels sontl’artériosclérose, le tabes, la paralysie générale, la leucoplasie, etc...
Anatomie pathologique. — Au point de vue anatomo-pathologique on peut dire avec Audry, que, sauf des points de détail assez importants d’ailleurs et pour lesquels
Voir l'ouvrage récent de A. Fournier : Syphilis secondaire tardive, 1905.
SYPHILIS
nous renvoyons aux ouvrages spéciaux, « du chancre (accident primitif) à la gomme (accident tertiaire) la syphilis et une histologiquement ».
« Le caractère essentiel, personnel, de la lésion chancreuse c’est Y altération
id Ep V pe
Fig. 124. — Roséole syphilitique papuleuse.
Ep , épiderme. — pe, papille œdémateuse et infiltrée. — id, infiltration du derme. — v, vascularite
et péri vascularite.
des vaisseaux sanguins. Cette vascularite frappe les artères, les veines, les capil-
Fig. 125. — Papule syphilitique de la peau.
cch, couche cornée parakératosique. — - cm, corps muqueux en acanthose. — p, papilles allongées. — cf , faisceaux conjonctifs conservée au milieu de l’infiltration. — i, infiltration syphilitique (plasmazellen et lymphocytes.)
laires. » C’est de l’endo-péri-vascularite. Tout autour des vaisseaux altérés, on trouve un infiltrât cellulaire d’une extrême densité provenant en grande partie de la
DERMATOSES MICROBIENNES
prolifération des cellules fixes du tissu conjonctif, un peu des cellules lymphoïdes, et beaucoup des cellules plasmatiques.
Les lésions secondaires, dont le prototype est constitué par la papule syphilitique, sont également caractérisées par de la vascularite : tout autour des vaisseaux malades se retrouve un exsudât cellulaire abondant composé d’un nombre considérable de plasmazellen, de quelques leucocytes et d’un certain nombre de cellules multinucléées représentant des éléments de dégénérescence.
Dans les accidents tertiaires dominent encore les lésions d’artériosclérose et de phlébosclérose différant des lésions de l’artériosclérose sénile par une néoformation