II. Périonyxis. — On en a décrit trois variétés
a) Le périonyxis sec ou squameux qui est dû au développement au niveau delà matrice unguéale d’une papulo-squame : parfois il s’y forme des amas cornés ( périonyxis corné),
b) Le périonyxis inflammatoire est caractérisé par une tuméfaction rouge sombre des tissus des bords latéraux de l’ongle, plus rarement de sa partie postérieure. Il est évidemment consécutif au développement d’une papule ayant de la tendance à s’enflammer et à devenir croûteuse.
c) Le périonyxis ulcéreux constitue un degré de plus dans l’intensité de l’évolution. Il se produit alors une ulcération latérale, parfois en demicercle, à bords découpés, taillés à pic, à fond sanieux, grisâtre, fongueux, d’où suinte un liquide fétide. La dernière phalange se tuméfie, rougit, et est le siège d’une inflammation relativement intense. Cet accident, heureusement rare, est assez grave, il aboutit d’ordinaire à la chute de l’ongle : il peut occuper un ou plusieurs doigts, et même plusieurs orteils.
Fig. 155. — Onyxis syphilitique.
Syphilides secondaires des muqueuses. — Après les quelques détails dans lesquels nous sommes entrés à propos des syphilides secondaires cutanées, nous serons très bref à propos des syphilides secondaires des muqueuses.
Ces lésions se développent dans la cavité buccale, sur la langue, sur les piliers du voile, les amygdales, le pharynx, le larynx, les fosses nasales, sous l’influence des irritations auxquelles ces muqueuses peuvent être soumises, et au premier rang desquelles il convient de signaler le tabac. Elles se développent au pourtour de l’anus et aux parties génitales, grandes et petites lèvres, orifice du vagin, col utérin, prépuce et gland, sous l’influence de la malpropreté et du contact des liquides irritants, tels que le pus blennorragique, la leucorrhée, le pus d’une fistule, etc...
Leur importance pratique est des plus grandes, car ces accidents, qui sont à vif et qui suintent, sont éminemment contagieux. C’est surtout par leur intermédiaire que se transmet la syphilis.
Leurs variétés principales correspondent à des variétés analogues des syphilides secondaires cutanées. Seules les syphilides péripilaires n’affectent pas les muqueuses .
1° Les syphilides érythémateuses ou maculeuses des muqueuses correspondent à la roséole; elles sont constituées:
a) Par une teinte d'un rouge vif, étendue, assez uniforme , en nappe, qui se voit fréquemment sur les piliers du voile et surtout le voile du palais dès le début de la syphilis secondaire : elle peut être confondue avec des exanthèmes de tout ordre : les adénopathies cervicales, rétro-auriculaires et occipitales qui Raccompagnent d’ordinaire, la coïncidence habituelle d’une roséole au début, mettront sur la voie du diagnostic.
b) Par des plaques érythémateuses à bordures nettes, d’un rouge vif sur les bords, parfois un peu opalines vers le centre ; elles s’observent surtout vers les piliers du voile, sur le voile du palais, où elles forment assez fréquemment des lésions symétriques: elles peuvent se produire également à la face interne des joues, aux parties génitales.
9° Les syphilides érosives plates sont constituées par un degré d’intensité de plus comme processus ; ce sont des plaques légèrement saillantes, nettement limitées, d’un rouge assez vif vers les bords, mais à centre franchement blanchâtre,
Fig. 156. — Syphilides papulo-hypertrophiques (plaques muqueuses) de la vulve,
des plis inguinaux et de la région périanale.
dipthéroïde d’aspect : ce sont les plaques muqueuses diphtéroïdes ; elles sont très fréquentes sur les amygdales où elles simulent parfois la diphtérie à s’y méprendre. Quand le diagnostic est douteux l’examen bactériologique doit prononcer.
3° Les syphilides papulo-èro sires des muqueuses répondent, comme nous l’avons vu plus haut, aux syphilides papulo-squameuses superficielles des téguments : ce sont les plaques muqueuses papuleuses.
4° Il en est de même des syphilides papulo-hypertrophiques érosives des muqueuses : ce sont les plaques muqueuses papulo-hypertrophiques et végétantes.
5° Enfin les syphilides ulcéreuses des muqueuses répondent:
a) Soit aux syphilides papulo-croùteuses cutanées ; ce sont les syphilides papuloulcéreuses des muqueuses lesquelles ne laissent pas de cicatrices, car elles se contentent de détruire parleur ulcération la néoplasie spécifique.
b) Soit aux syphilides ulcéreuses proprement dites de la peau ; et dans ce cas elles laissent des cicatrices indélébiles, car elles détruisent les tissus euxmêmes.
PERIODE DITE SECONDAIRE
Les syphilides des muqueuses peuvent être disséminées sans ordre aucun, c’est la règle; mais, comme les syphilides cutanées, elles sont parfois groupées, et elles forment alors des circulations complètes ou incomplètes. On les voit décrire des festons, des arabesques sur le voile du palais, la langue, les organes génitaux; ce sont surtout les variétés papulo-érosives qui prennent cet aspect; elles correspondent fort souvent dans ce cas à des lésions analogues du côté de la peau.
Les syphilides des muqueuses sont d’une extrême fréquence. Elles ne sont rebelles qu’autant que le malade ne prend pas de soins d’hygiène : mais alors elles peuvent résister à lamédicationantisyphiiitique. Chez les personnes qui fument, on les a vues persister à la langue, dans la cavité buccale, et dans la gorge, jusqu’à la quatrième, la sixième, la dixième année de la syphilis, et même plus, en gardant leur caractère contagieux.
Court aperçu des syphilides muqueuses d’après leur localisation.
A. Bouche. — Les syphilides buccales peuvent revêtir les quatre formes classiques : érosive , papulo-érosive , papulo-hypertrophique , ulcéreuse.
Elles sont d’ordinaire d’un rouge variable comme intensité, mais elles peuvent être grisâtres, cendrées, opalines, gris perle (amygdales lisses, parties latérales de la langue), diphtéroïdes.
Elles peuvent être circinées, et alors ou annulaires , ou arciformes , c’est-à-dire en segments de cercle, en croissant.
A V isthme du gosier. — On observe dès le début de la rougeur en nappe, puis des syphilides érythémateuses et opalines, des plaques diphtéroïdes blanchâtres plus ou moins bien limitées, souvent fort irrégulières.
A la langue, les syphilides secondaires revêtent des aspects assez divers : parfois elles sont caractérisées par une simple desquamation ovalaire assez nettement limitée, pouvant être irrégulière par confluence d’éléments voisins : la langue à leur niveau est lisse, rouge : ce sont les plaques en prairie fauchée de A. Fournier. — Parfois ce sont de véritables papules d'un rouge jaunâtre, saillantes et
limitées ; parfois même ce sont de véritables papules végétantes hypertrophiques : celles-ci siègent surtout aux environs du V lingual. Parfois ce sont de simples fissures étroites, allongées, verticales vers les bords de l’organe, étoilées à sa surface ; elles forment des exulcérations douloureuses et sanieuses. Parfois enfin ce sont de véritables ulcérations anfractueuses; mais celles-ci siègent surtout vers les bords de l’organe et sont en relation avec des dents malades et cassées.
Nous devons en outre signaler des lésions encore assez mal étudiées, constituées par de petites plaques blanchâtres, opalines ou nacrées, irrégulières de forme, souvent entremêlées de petits points blanchâtres, nodulaires, de la grosseur d’une petite tête d’épingle, rappelant les éléments de la desquamation aberrante en aires de la langue : ces lésions très spéciales siègent vers les bords de l’organe, et correspondent à ce que l’on pourrait appeler de la leucoplasie secondaire.
A. Fournier en décrit les 6 types objectifs suivants : 1° type rond ou ovalaire; 2° en traînées; 3° étoilé ; 4° en hachures ou stries presque parallèles, 5° arborescent ou en feuille de fougère ; G0 en semis ou en grains de semoule.
Aux lèvres, ci la face interne des joues, aux gencives, les syphilides sont assez fréquentes : elles y affectent surtout la forme papulo-érosive et ulcéreuse ; rien de plus commun que de voir à la face interne des lèvres chez les personnes peu soigneuses, qui ont de mauvaises dents ou qui fument, des ulcérations irrégulières, à fond jaunâtre, à bord d’un rouge assez vif qui constituent ce qu’on appelle
DERMATOSES MICROBIENNES
communément les plaques muqueuses de la bouche : elles sont éminemment contagieuses.
Aux gencives, elles forment des érosions qui se confondent fréquemment avec les ulcérations et les décollement gingivaux de la stomatite mercurielle.
Aux commissures des lèvres elles prennent l'aspect de rhagades sanieuses, assez profondes, avec végétations d’un brun jaunâtre sale qui constituent une sorte de bouquet à l’extérieur.
Les syphilides secondaires buccales sont d’ordinaire indolentes : parfois cependant, surtout quand elles siègent au bord de la langue, elles provoquent de vives douleurs au moment de la parole et de la mastication. Dans la majorité des cas elles ne donnent que des sensations de gêne ; à la gorge elles peuvent s’accompagner d’une sensation de corps étranger, de constriction gutturale, de dysphagie, de besoin de cracher; quand elles gagnent l’orifice de la trompe d’Eustache elles produisent des bourdonnements d’oreille, des sifflements, des élancements.
Diagnostic. — Les aphtes en diffèrent par la régularité de leur ulcération, leur fond grisâtre, leur très fine bordure rouge, les douleurs qu’ils, provoquent, leur évolution spontanée habituelle vers la guérison.
U herpès récidivant buccal s’observe surtout à la langue, vers ses bords ; il est douloureux, nettement composé de petits éléments isolés ou polycycliques par confluence, il aune évolution d’ordinaire assez rapide.
Les hydroas vésiculeux et bulleux de Bazin et les pemphigus des muqueuses ( érythèmes polymorphes variété hydroa, érythèmes polymorphes papulo-vésiculeux et papulo-bulleux : dermatites polymorphes douloureuses ) sont de toutes les dermatoses celles qui simulent le mieux les plaques muqueuses buccales. Cependant, en y regardant de fort près, on s’aperçoit que dans ces affections l’épiderme est soulevé en lambeaux par un processus de phlycténisation qui fait totalement défaut dans la syphilis : la brusquerie d’apparition de ces lésions établit ainsi une distinction radicale.
C’est à peu près le même processus qui existe dans les éruptions provoquées par V antipyrine ; dans ces derniers faits les lésions éruptives sont en outre peu nombreuses et de grandes dimensions. Elles ont une tendance rapide à la réparation.
La desquamation aberrante en aires de la langue diffère des plaques en prairie fauchée par sa mobilité et surtout par sa bordure d’extension si caractéristique.
La perlèclie simule tout à fait les syphilides commissuraires ; mais on y trouve le streptocoque, et elle s’observe surtout chez les enfants des écoles d’une manière épidémique.
La leucoplasie vraie diffère des syphilides par son aspect nacré, atrophique, par sa pérennité. Nous avons vu quels sont les caractères objectifs des lésions que l’on peut appeler les leucoplasies secondaires.
Enfin les érosions traumatiques simples des bords delà langue et des joues sont déchiquetées, douloureuses, et sont en relation directe avec des saillies dentaires.
B. Organes génitaux. — Nous n’avons rien de bien spécial à dire sur les syphilides muqueuses des organes génitaux.
Chez la femme, elles sont fréquentes aux régions péri-vulvaires, au pourtour de l’anus, au pli interfessier, à la face interne des cuisses, aux grandes et aux petites lèvres ; elles y forment parfois chez les personnes peu soigneuses, chez celles qui ont la blennorragie, d’énormes amas végétants. Elles sont très rares au vagin,
SYPHILIS. — PÉRIODE DITE SECONDAIRE
assez fréquentes au contraire sur le col utérin où elles passent inaperçues, et où elles sont une cause assez fréquente de contagion : elles y revêtent surtout la forme érosive et papulo-érosive.
Fournier divise ainsi qu’il suit les syphilides des organes génitaux de la femme :