A. — LE COCCUS PATHOGÈNE EST HAUTEMENT SPÉCIFIQUE
GONOCOQUE
Le gonocoque peut provoquer des lésions du côté des téguments. On doit les diviser en deux grandes classes suivant qu’elles semblent être le résultat de l’action directe du gonocoque sur les tissus cutanés, suivant qu’elles paraissent dépendre de l’infection générale de l’économie.
GONOCOQUE
I. Accidents cutanés dus à V action directe du gonocoque U — Nous laisserons de côté la stomatite blennorragique que tous les auteurs classiques récents décrivent, qui est relativement assez fréquente chez le nouveau-né, rare chez l’adulte, et qui, d’après ce que nous avons vu, est surtout caractérisée chez lui par une tuméfaction de la muqueuse buccale, tuméfaction fort accentuée vers les gencives dont le bord libre forme un bourrelet d’un rouge sombre avec dépôt gris verdâtre, fétide, à la base des dents. Parfois il existe en ce point des exulcérations irrégulières. On y trouve le gonocoque, et presque toujours des spirilles et des bacilles fusiformes comme dans l’angine de A incent.
a) Les sujets atteints de blennorragie présentent fréquemment des lésions érythémateuses des téguments plus ou moins accentuées. On a décrit de la balanoposthite blennorragique (voir article Pénis, tableaux d'ensemble), de la vulvite et de Yintertrigo blennorragiques (voir article lntertrigo).
b) Ils souffrent assez souvent d 'érosions qui nousparaissent être surtout fréquentes chez la femme, et qui siègent chez elle à l’entrée du vagin, vers la fourchette, au niveau des caroncules myrtiformes, autour de l’ urèthre , sur le col de 1 utérus, chez l’homme au méat et dans le sillon balano-préputial. Elles sont d’ordinaire superficielles, punctiformes, irrégulières par confluence, d’un rouge rosé, ou d un rouge vif, parfois à fond grisâtre avec liséré rouge : elles ressemblent à de minuscules lésions d’herpès confluent en petites traînées, mais elles peuvent être parfois plus considérables, assez profondes, un peu indurées ; elles simulent alors des chancres. Thalmann a même décrit un ulcère blennorragique serpigineux. Elles n’ont qu’une importance minime et guérissent rapidement par de simples soins de toilette et des
poudrages avec une poudre inerte quelconque.
c) Audry et Mazoyer ont observé une iysonite blennorragique ulcéreuse qui peut simuler le chancre syphilitique (voir Mazoyer : les tysonites blennorragiques, Journal des mal. eut. et syphil. , nov., 1905, p. 801). Hallopeau et Lemierre ont signalé une folliculite gonococcique localisée aux glandes préputiales (Soc. de dermat, janvier 1901).
d) Homme (voir Journal Lucas-Championnière, 25 oct. 1903, p. 781), Fritz Meyer (Soc. Méd. de Berlin, juin 1903) ont décrit un panaris à gonocoques.
Lang en 1892 a publié un cas de dermatite suppurée circonscrite du dos de la main survenue chez un malade atteint d’uréthro-cystite; dans le pus, 1 auteui a
retrouvé des gonocoques démontrés par la culture.
Paulsen a signalé chez l’enfant des éruptions pustuleuses à gonocoques. Ces faits comme celui qu’ Audry a fait connaître en 1905 sous le nom de angiodermite suppurée à gonocoques pourraient être rangés dans le groupe suivant, car ce sont des
exemples de véritable gonococcie métastatique.
II. Accidents cutanés semblant dus ci l'infection générale del économie par le gonocoque. — On peut à l’heure actuelle les diviser en deux groupes :
A. Les accidents exanthématiques.
B. Les accidents kératodermiques .
Nous laisserons de côté les abcès sous-cutanés gonococciques qui ne rentrent pas dans notre cadre.
A. Les accidents exanthématiques de la blennorragie ont été étudiés par de nombreux auteurs. Nous devons déclarer que la plupart des faits qui ont été publiés nous paraissant des plus discutables. Nous pensons toutefois que les éry-
1 Voir la thèse de Roux, élève d' Audry, Toulouse, 1905.
DERMATOSES MICROBIENNES
thèmes blennorragiques existent réellement, mais qu’ils sont extrêmement rares. Ils sont plus fréquents chez l’homme que chez la femme. Suivant la remarque d’Audry les métastases gonococciques s’observent surtout chez la race allemande.
Elles se produisent d’ordinaire de la deuxième à la quatrième semaine de la maladie, au moment de sa plus grande intensité.
Avec Perrin ( Annales de Dermatologie , 1890) nous diviserons les accidents exanthématiques de la gonococcie en trois classes : 1° des poussées de purpura qui ne sont sans doute que des accidents consécutifs à un érythème devenu purpurique; 2° des éruptions à caractères d'érythème polymorphe et d' érythème noueux : elles se montrent surtout du côté de la peau, plus rarement du côté des muqueuses ; elles sont souvent précédées de symptômes généraux, fièvre, malaise, courbature ; elles sont d’ordinaire éphémères, disparaissent sans laisser de traces, ou sont suivies d’une légère desquamation : leur durée varie de quelques heures à huit ou dix jours; 3° des éruptions scarlatiniformes et rubéoli formes qui ont les mêmes caractères généraux que les précédentes.
Balzer ( Congrès de Liège, sept. 1903) a décrit une dermatose bulleuse avec chute de tous les ongles des pieds et des mains qu’il a attribuée à faction des toxines de la blennorragie sur la moelle.
Ces dermatoses n’ont aucun caractère spécifique permettant de dire d’emblée qu’elles sont de nature blennorragique.
Il faut les distinguer soigneusement des érythèmes produits par les balsamiques : il est d’ailleurs possible que la blennorragie favorise la production de ces éruptions médicamenteuses.
B. Les accidents kérato dermiques de la blennorragie ont été décrits pour la première fois par E. Vidal en 1883; ils sont d’une extrême rareté (voir la thèse de Robert, 1897; — le travail récent de V. Roth : Münchener med. Wochens ., n° 22, 1903).
Ils surviennent dans le cours de blennorragies à manifestations extra-génitales multiples et graves, arthropathies, atrophies musculaires, cachexie, etc... et sont pris d’ordinaire pour des troubles trophiques (Jeanselme et Jacquet).
Ils siègent surtout aux pieds et aux mains, mais ils s’observent aussi çà et là sur les membres et sur le tronc. « Sur le tronc et les membres ils se montrent comme des taches dures, jaunes, cornées, ressemblant à des gouttes de cire jaune, ou bien comme des grains cornés, saillants, gros comme des grains de chènevis. Aux extrémités, les lésions sont généralement plus importantes; sur la face dorsale des doigts ou des orteils, on trouve des saillies dures, d'un jaune brunâtre/coniques ou terminées par plusieurs pointes mousses, ce qui les fait ressembler aux montagnes d’une carte en relief... Elles s’élèvent brusquement sur la peau saine, quelquefois avec un liséré érythémateux, mais sans anneau dermique comme on en observe sur les cornes cutanées ordinaires. Les ongles sont souvent entourés ou soulevés par des productions cornées qui les font tomber. Sur les paumes la kératose forme des plaques plus ou moins étendues, et à la plante des pieds elle forme une véritable semelle épaisse de plus d’un centimètre prédominant autour des points de pression du talon et de l’avant-pied, dure, jaune, brunâtre, à surface bosselée. Elle paraît formée d’une série de cornes courtes, coniques, tronquées, confluant par leur base. Jacquet les compare à une série de clous de tapissiers, plantés tout près l’un de l’autre. »
« Les lésions de la kératose blennorragique se développent assez vite, en quel-
LES STREPTOCOCCIES CUTANEES
ques semaines tout au plus, puis, après être restées quelques semaines stationnaires, elles disparaissent promptement de sorte que la maladie ne dure guère que deux ou trois mois. Les cornes tombent et laissent des macules rougeâtres qui disparaissent lentement. Les semelles plantaires se détachent d’une seule pièce. » (Dubreuilh, Pratique Derrnat.)
Au point de vue anatomo-pathologique la base de la production cornée est un petit papillome constitué par un allongement considérable des papilles dermiques qui sont sinueuses, renflées ou bifurquées à leur sommet, et par un épaississement du corps de Malpighi dont les prolongements interpapillaires sont énormes. Le stratum granulosum est fort développé.
On peut hâter la chute des croûtes cornées par des cataplasmes, par des enveloppements humides avec des solutions faibles de résorcine, par des pommades salicylées, etc... On tâchera de relever l’état général des malades tout en traitant la blennorragie.