‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 225 sur 252 · V. Syphilis héréditaire · texte numérisé non relu

V. Syphilis héréditaire

A. Question du mariage pour les syphilitiques. — 1° Ne jamais permettre a un syphilitique de se marier avant qu’il y ait au moins quatre ans révolus depuis 1 apparition du chancre ; , .

2° Exiger pour lui donner cette permission qu’il ait fait un traitement serieux e

régulier*

3° Exiger qu’il y ait au minimum un an et demi qu’il n ait plus vu le moindie accident *

4° Exiger qu’il fasse pendant trois mois avant le mariage un nouveau traitement

spécifique intensif; . . ,

5° Lui interdire le mariage s’il présente encore des accidents en activité, ou s i

présente des menaces d’accidents viscéraux, graves ultérieurs, ataxie locomotrice, paralysie générale, etc.

B Pendant la grossesse. — Il faut traiter toute femme qui devient enceinte pendant les quatre premières années de sa syphilis, et le faire dès le début de sa grossesse.

Lui donner par exemple pendant quinze jours par mois de 1 a 2 centigrammes de sublimé etl gramme d’iodure de potassium par jour.

DERMATOSES MICROBIENNES

Si l’état de son estomac ne lui permet pas de supporter ces médicaments, faire des frictions dix jours par mois ou des injections de 1 à 2 centigrammes de biiodure ou de 5 à 10 milligrammes de cyanure d’hydrargyre, ou des injections d’huile grise.

C. Enfants en bas âge. — 1° Soigner la mère et se souvenir de la loi de Colles. Il faut que la mère d'un syphilitique héréditaire nourrisse elle-même son enfant, même lorsqu’elle ne présente pas ou n’a jamais présenté d’accidents syphilitiques visibles, car il est de règle qu’elle ne soit pas contaminée. Si elle ne peut nourrir, élever l’enfant au biberon ou à la chèvre ; lui refuser toute nourrice non syphilitique.

2° Quand c'est possible, donner à l'enfant, suivant son âge, sa force, la tolérance de son tube digestif, de Y gouttes à une cuillerée à café par jour de liqueur de van Swieten, ou d’une solation au millième de lactate de mercure, ou de 6 milligrammes à 1 ou 2 centigrammes de calomel par jour en trois fois.

3° Si le tube digesti f est mauvais, faire sur la région hépatique des frictions avec 30 centigrammes à 1 gramme d’onguent napolitain ; on donnera tous les deux ou trois jours des bains de sublimé (de i a 2 grammes par bain); on appliquera des emplâtres mercuriels (au calomel de Quinquaud, ou hydrargyrique d’Unna) ; on peut même faire des injections de composés mercuriels solubles.

4° Si l'on voit qu’il existe des accidents à forme tertiaire ou viscéraux graves, essayer d’associer au mercure l’iodure de potassium que l’on incorpore à du lait aux doses de 10 à 30 centigrammes par jour.

D. Syphilis héréditaire tardive. — (Pour les accidents oculaires, auriculaires, etc... voir les ouvrages spéciaux).

Les accidents ordinaires de la syphilis héréditaire tardive se traitent comme les accidents dits tertiaires de la syphilis acquise; mais ils exigent assez souvent une ténacité toute particulière dans l’intervention thérapeutique.

2° C’est surtout pour les syphilitiques héréditaires qu’il est indispensable de s’occuper de l’état général, de les tonifier de toutes les manières possibles : hygiène, séjour au grand air, exercice corporel sans surmenage, cures de lait et de raisins, séjour suivant les cas au bord de la mer ou à de hautes altitudes, toniques appropriés, sirop d’iodure de fer, sirop iodo-tanique, sirop de raifort iodé, etc...

VI. Syphilis maligne. — 1° Rechercher les causes de la malignité et les combattre. Alcoolisme, impaludisme, surmenage intellectuel et physique, mauvaise constitution (scrofulo-tuberculose) affections graves, etc... Donc, instituer une hygiène des plus rigoureuses et soigner les étals morbides divers qui coexistent : (prescription des plus importantes, sur laquelle on ne saurait trop insister, surtout pour ce qui a trait au système nerveux).

2° Tonifier le malade par les préparations de quinine, de quinquina, de strychnine, de fer, etc...

3° Instituer un traitement spécifique mixte, intensif (voir plus haut) si le malade le supporte.

Le malade ne supporte pas le mercure. — Assez fréquemment dans ces cas le mercure, quelle que soit la méthode d’administration, provoque une aggravation notable des accidents, et en particulier une marche extensive des ulcérations cutanées. Supprimer le mercure; n’essayer que peu a peu, et au bout d’un certain

SYPHILIS. — TRAITEMENT

temps, de le reprendre progressivement en faisant d’abord quelques lotions au

sublimé, en donnant des bains au sublimé, etc. #

En attendant, tonifier le malade, lui donner de l’iodure de fer, du sirop îodotanique, de la strychnine, du quinquina, une alimentation fortement réparatrice, le gaver au besoin ; lui prescrire une décoction de salsepareille préparée en faisant bouillir 30 grammes de salsepareille concassée dans un litre d’eau jusqu a réduction à 750 grammes, dose pour deux jours, et peu .à peu arriver à la tisane de Zittmann, n° 2. De plus lui donner de l’iodure de potassium aux doses de 2 à

4 grammes par jour.

Le malade ne supporte pas Viodure de potassium. — (Voir ci-dessus les modes d’administration divers de ce médicament que l’on doit essayer avant de renoncer à son emploi). Le remplacer par les toniques amers (voir ci-dessus), par le sirop d’iodure de fer aux doses de 2 à 6 cuillerées à soupe par jour, par le sirop de raifort iodé, par le sirop iodotanique, par la peptoniode ou îodalose, par les injections de lipiiodol ou d’iodipine aux doses de 5 à 25 centimètres cubes par jour, etc... puis arriver peu à peu à le reprendre.

VII. Eaux minérales. — Elles peuvent être employées comme un excellent adjuvant du traitement précédent, surtout vers la deuxième ou la troisième année de la maladie. Celles qui doivent être le plus spécialement recommandées sont les eaux sulfureuses de Bagnères-de-Luchon, Aix-la-Chapelle, Uriage, Cauterets, Bareges, Saint-Honoré, Challes, etc... On peut aussi envoyer, s’il y a d’autres indications, aux eaux bromo-iodurées, aux eaux sulfatées calciques, chlorurées sodiques, bicarbonatées mixtes, arsenicales, ferrugineuses, etc... (Certains auteurs ont accuse les eaux minérales sulfureuses d’être dangereuses pour les syphilitiques).

Exciser le chancre

Traitement local.

I, Chancre induré. — A. Chancre a allures normales. -

quand c’est facile et pratique. (Voir plus haut.)

Quand on ne l’excise pas : 1 , ,

1° Ne jamais irriter l’ulcération chancreuse. Ne la cautériser que lorsque c est

indispensable et lorsque le diagnostic est hors de doute.

2° Prendre des soins de propreté minutieux, et éviter toute cause d irritation

(contact de l’urine, frottements, etc.). ,

3° Lotionner matin et soir avec de l’ouate hydrophile imbibée soit d eau boriquee, soit d’une solution de sublimé au 1/1 000, soit d’eau oxygénée à 12 volumes neutralisée coupée d’eau. ,

4» Recouvrir la plaie de poudre d’iodoforme ; si elle n’est pas supportée, de poudre

d’iodol, d’europhène, d’aristol, de calomel, d’ectogan, ou de sous-carbonate de fer, ou d’un morceau d’emplâtre à l'une de ces substances, ou d’emplâtre d’E. Vidal,

ou d’emplâtre de Vigo.

5° La protéger ensuite avec de l’ouate antiseptique propie.

B. Chancre phagédénique. — 1» Lotionner avec de l’eau boriquee aussi chaude que

^ 2° Toucher soigneusement l’ulcération avec de l’ouate imbibée d une solution de tartrate ferrico-potassique au 1/10, ou d’une solution de bleu de méthylène au 1/50, ou d’une solution d’iode iodurée au 1/250.

3° Panser avec la poudre d iodoforme.

4° Au besoin arrêter le phagédénisme par une cautérisation au 1er rouge, ou pai

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des applications de caustiques forts (chlorate de potasse, acide pyrogallique, acide phénique, etc.).

C. Indications spéciales aux localisations du chancre. — a) Chancre sous-préputial. — Lavages fréquents à l’eau boriquée chaude. Injections tous les deux ou trois jours avec une solution de nitrate d’argent au 1/100.

b) Chancre intra-uréthral. — Boissons émollientes. Bains locaux. Si le chancre est perceptible, pansements avec des bougies iodoformées.

c) Chancre intra-anal. — Lavement huileux avant chaque garde-robe. Lotionner après chaque garde-robe; puis introduire des mèches imprégnées de pommade au calomel ou à l’iodoforme au 4/10.

d) Chancre de la face. — Emplâtres. (Voir ci-dessus.)

e) Chancre des lèvres. — Baudruche ou taffetas souple pour le protéger.

f) Chancre des muqueuses. — Bains locaux fréquents à l’eau de guimauve boratée au 1/500; éviter toutes les irritations locales. S’il n’y a pas de tendance à la réparation, le toucher tous les deux ou trois jours avec de la teinture d’iode ou avec une solution de nitrate d’argent au 1/10.

IL Accidents secondaires. — A . Eruptions syphilitiques cutanéesnon ulcéreuses. — 1° Lorsqu’elles siègent sur les parties couvertes, on peut ne rien faire. Cependant, quand elles sont importantes, et surtout quand elles revêtent les formes papulotuberculeuses, papulo-croâteuses acnéiques, il est bon d’instituer un traitement local.

Dans ce cas, prescrire des bains de sublimé (de 10 à 20 grammes par grand bain) tous les deux ou trois jours; ou bien des lotions au sublimé aul/l 000, au 1/500, des applications de pommade au calomel au 1/20, à l’oxyde jaune d’hydrargyre ou au turbith minéral au 1/40 ou au 1/20.

1° Lorsqu’elles siègent à la face, ces lotions et ces applications (pommades au calomel ou à l’oxyde jaune, pommades renfermant 1/20 de calomel et 1/10 de tanin) deviennent nécessaires.

3° Lorsqu’elles siègent aux mains, il faut employer ces pommades en leur donnant comme excipient soit du glycérolé d’amidon, soit un mélange de lanoline et de vaseline, soit de l’axonge fraîche, et en y ajoutant de 1/10 à 1/50 de goudron ou d’huile de cade ; il est souvent utile, dans ces cas, d’appliquer pendant la nuit sur les points malades des morceaux d’emplâtre au calomel, ou d’emplâtre de Yigo, ou d’emplâtre hydrargyrique d’Unna. — Faire cesser tout travail manuel irritant.

4° Lorsqu’elles siègent aux pieds, même ligne de conduite. — S'il s’y produit de la kératodermie fort accentuée, ramollir l’épiderme par des applications de savon mou de potasse contenant 1/20 d’oxyde jaune d’hydrargyre que l’on fait alterner avec des applications d’emplâtres hydrargyriques ordinaires;

5° Contre les lésions onguéales introduire sous l’ongle de la pommade à la lanoline et à la vaseline contenant 1/20 de calomel et enrouler ensui te autour de l’extrémité du doigt une bandelette de Yigo ou d’emplâtre au calomel;

6° Contre les papules croûteuses du cuir chevelu, appliquer tous les soirs ou tous les deux soirs un peu de pommade au turbith minéral au 1/30.

B. Eruptions syphilitiques secondaires cutanées érosives. — ( Plaques muqueuses cutanées.) (Régions ombilicales, périanales, génitales, interdigitales.) — Condylomes plats.

SYPHILIS. — TRAITEMENT

1° Soins de propreté minutieux;

2° Lotionner matin et soir (plus souvent si c’est nécessaire) les points malades avec de la liqueur de Labarraque, ou bien avec de l’eau phagédénique coupée de deux à quatre fois son volume d’eau bouillie, ou bien avec de l’eau oxygénée diluée;

3° Saupoudrer ensuite avec de la poudre d’oxyde de zinc ou de calomel ;

4° Recouvrir de tampons d’ouate hydrophile pour bien assécher les surfaces

malades, et prévenir tout contact irritant.

3° Si les lésions tardent à guérir, les badigeonner avec une solution de bleu de méthylène au 1/100, ou les toucher avec le crayon de nitrate d’argent, ou mieux, après badigeonnage avec une solution de cocaïne, avec du nitrate acide de mercure.

C. Éruptions syphilitiques secondaires des muqueuses. — (Nous avons surtout à nous occuper des sypbilides buccales.)

1° Éviter soigneusement toutes les causes locales d irritation ; faire soignei, limei ou arracher les dents malades ou cassées; faire modifier les pièces dentaires défectueuses et les entretenir en parfait état de propreté; — ne plus fumer s’abstenir d’aliments irritants, trop chauds, trop épicés, etc.

2° Toucher, tous les deux ou trois jours, les points malades avec un pinceau imbibé d’une solution de nitrate d’argent au 1/20 ou au 1/10, ou d’une solution de bleu de méthylène variant du 1/250 ou 1/50, ou d’une solution de sublimé au 1/100 ou 1/40, ou d’une solution d’acide chromique au 1/10 ou au 1/5, ou enfin de teinture d’iode pure ou d’une solution d iode au 1/50 dans de la glycéiine additionnée d’iodure de potassium. Dans les cas rebelles toucher après badigeonnage à la cocaïne. avec du nitrate acide de mercure; mais il faut alors agir avec la plus giande

délicatesse;

3° Une méthode excellente pour les syphilides de l’isthme du gosier consiste à les toucher tous les jours avec la solution de bleu de méthylène ou tous les deux ou trois jours avec la solution de nitrate d’argent au 1/20, et à faire gaigaiiseï matin et soir avec : sublimé 10 centigrammes, sirop diacode 30 grammes, décoction de

morelle 170 grammes.

D. Alopécie syphilitique. — 1° Couper ras les cheveux.

2° Savonner le cuir chevelu quand c’est utile.

3° Une fois par jour faire une friction du cuir chevelu avec un mélange simple ment excitant (voir Alopécies des grandes pyrexies), ou avec une solution^ rentermant : biiodure d’hydrargyre 15 centigrammes, bichlorure d’hydrargyre 30 centigrammes, alcool à 60° 100 grammes, glycérine neutre pure 25 grammes, eau distillée 175 grammes.

4° Appliquer le soir en massant sur les points malades un peu de pommade a l’oxyde jaune d’hydrargyre ou au turbith minéral; par exemple : turbith minéral 1 gramme, vaseline pure 30 grammes, ou bien au lieu de vaseline, huile de ricin 23 o-rammes et beurre de cacao 7 grammes. 11 est bon d ajouter à ces pommades

1/10 ou 1/5 de goudron.

5° Le matin décrasser le cuir chevelu, si c’est nécessaire, avec de la liqueur d’Hoffmann ou de l’acétone.

111. Accidents tertiaires. — 1 ° Règle générale : toutes les fois qu’il s’agit d’un accident syphilitique tertiaire, quelque indiquée que paraisse être une interven-

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tion chirurgicale, attendre avant de la faire qu’on ait soumis le malade pendant deux ou trois semaines au moins à un traitement mixte approprié (voir plus haut).

2° Mais si après un traitement énergique et rigoureusement suivi de trois semaines au moins, il est évident qu’une intervention chirurgicale telle que débridement, raclage, ablation de séquestre, etc... peut abréger la durée du mal, ne pas hésiter à intervenir, tout en continuant le traitement interne.

3° En tout cas, faire dès le début des applications locales sur la lésion spécifique quand elle n’est pas ulcérée ou quand l’ulcération est superficielle, la recouvrir d’emplâtre de Yigo ou d’emplâtre hydrargyrique d’Unna que l’on change toutes les douze ou vingt-quatre heures, après avoir fait tomber les croûtes avec un cataplasme boriqué; — quand elle est profondément ulcérée, la panser avec de l’iodoforme, de l’europhène, de l’iodol, ou de l’aristol; — si la réparation tarde à se faire, la toucher à la teinture d’iode, la panser avec de l’onguent styrax iodoformé, etc...

IV. Syphilis maligne. — Dans les formes ulcéreuses extensives quasi-phagédéniques de la syphilis maligne le traitement local a la plus grande importance.

1° Nous avons vu que fort souvent dans ces cas le malade ne supporte pas le mercure : on lotionnera alors avec de l’eau oxygénée ou avec de l’eau boriquée ouphéniquée au 1/40, on pansera avec de la poudre d’iodoforme; si elle n’est pas tolérée avec de la poudre d’europhène, d’aristol ou de sous-carbonate de fer;

2° Parfois la poudre de chlorate de potasse arrête la marche extensive des ulcérations ; il en est de même du bleu de méthylène;

3° Dans les cas rebelles, il ne faut pas hésiter à racler les bords ou à les cautériser au fer rouge; après quoi on fait des pansements iodoformés;

4° Si le malade supporte le mercure, on fait des lotions au sublimé au 1/300, et on panse avec un emplâtre mercuriel.

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