‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 38 sur 252 · PHENOMENES SUBJECTIFS SE RELIANT AUX AFFECTIONS CUTANÉES · texte numérisé non relu

PHENOMENES SUBJECTIFS SE RELIANT AUX AFFECTIONS CUTANÉES

diverses sensibilités à la douleur, au froid, au chaud, au tact, à la pression; sont totalement abolies, comme dans la lèpre anesthésique, ce prototype des affections qui provoquent l’anesthésie cutanée. Elle peut être incomplète et prend alors le nom d'hypoesthësie : elle est caractérisée dans ce dernier cas par une simple diminution de la délicatesse des perceptions précédentes.

On dit qu il y a dissociation de la sensibilité comme dans la syringomyélie quand il y a persistance d’une ou de plusieurs des sensibilités, et disparition des autres ; la dissociation syringomyélique consiste dans la persistance de la sensibilité tactile et dans la disparition des sensibilités thermique et douloureuse (thermoanesthésie et analgésie).

L’anesthésie dans les dermatoses est rarement totale, c’est-à-dire généralisée à toute la surface du corps; elle est le plus souvent partielle, circonscrite en des régions plus ou moins limitées, parfois rubanée, parfois segmentaire.

B. Hyperesthésie cutanée. — On donne le nom d’hyperesthésie cutanée à une exagération de la sensibilité normale des téguments dans une ou plusieurs de ses modalités.

C. Phénomènes douloureux cutanés. — Les sensations douloureuses que les malades peuvent ressentir aux téguments sont éminemment complexes et des plus difficiles à analyser.

Les sensations douloureuses cutanées nous semblent devoir être divisées en deux grandes catégories : a) les sensations douloureuses proprement dites; S) le prurit.

a) Les sensations douloureuses proprement dites consistent en simples sensations de froid, de fraîcheur ( cryesthésie ), de chaleur plus ou moins vive ( ther mesthésie), sensations de brûlure véritable comme dans les brûlures déterminées par l’action des agents physiques et chimiques; cuissons , sensations qui n’ont pas tout à fait l’acuité de la brûlure ; picotements, sensations qui peuvent être considérées comme étant encore d'un degré au-dessous des sensations précédentes et qui commencent à avoir des relations avec le prurit; élancements , qui constituent des sensations douloureuses pongitives assez spéciales ; tension douloureuse des téguments, que les malades ressentent surtout dans les poussées congestives; constriction douloureuse, comme dans certaines érythrodermies, dans certaines sclérodermies, etc.; fourmillements, sensations de frôlements superficiels, d' ef fleur ernents de la peau, de courses d'insectes à la surface des téguments, de chair de poule, de rebroussement des poils, de secousses électriques, comme dans certains cas de dermalgie, affection dans laquelle on observe d’ailleurs toutes ces formes de la douleur cutanée; sensations de chaleur plus ou moinsvive, ou de froid, d' engourdissement, de mortification des régions atteintes, comme dans l’asphyxie locale, etc.

Toutes ces variétés de la douleur cutanée sont d’ordinaire circonscrites, en plaques, rarement elles sont généralisées à toute l’étendue des téguments ; presque toujours elles reviennent par accès plus ou moins espacés, plus ou moins réguliers; elles affectent des allures paroxystiques, comme dans le zona, dans les névromes, les rnyomes, la lèpre, etc.

P) Prurit. — On donne le nom de prurit à une sensation douloureuse cutanée tout à fait spéciale qui provoque le besoin impérieux de se gratter, et qui a très probablement son siège dans les couches superficielles de la peau, peut-être

SYMPTOMATOLOGIE ET ANATOMIE PATHOLOGIQUE GENERALES

dans le corps muqueux, tout au moins dans les régions papillaires. C’est, avonsnous dit, une sensation spéciale qui échappe à toute description au même titre qu’une odeur ou qu’une couleur. Tout le monde la connaît. Ce n’est ni du chatouillement, ni du picotement, ni du fourmillement, c’est la démangeaison ou prurit.

Elle débute d’ordinaire par un point assez limité, par une sensation relativement légère : elle peut rester supportable, être fugace et disparaître pour toujours ou pour revenir au bout de quelques instants. Parfois aussi elle augmente d’intensité, devient réellement intolérable et provoque le grattage de la manière la plus impérieuse.

Nous renvoyons pour la description du prurit aux articles Prurit, Prurigo, etc. Disons seulement que c’est un des symptômes les plus fréquents des dermatoses, et que, d’après sa présence, on leur donne les noms de agrius, formicans, ferox, pruriginosus, etc.

Il peut être partiel, ce qui est la règle, ou généralisé à toute la surface du corps, ce qui est rare. Presque toujours il est disposé en plaques ou en rubans à limites diffuses; parfois il est symétrique, rarement hémiplégique ou segmentaire.

D’ordinaire il est intermittent ou tout au moins paroxystique : dans presque tous les prurits dits essentiels, il se produit une crise une demi-heure ou une heure après que le malade s’est mis au lit. Dans les cas fort rares où le prurit est continu, il y a toujours des exacerbations qui reviennent sous forme de crises vers les mêmes heures.

Le plus souvent le prurit est symptomatique d’un parasite cutané comme les poux ou les acares ou d’une affection cutanée quelconque ; mais il peut être aussi primitif, du moins en apparence, et se produire en des régions qui objectivement ne présentent pas la moindre lésion.

C’est ici le lieu de rappeler les très intéressantes recherches de L. Jacquet sur les rapports réciproques du prurit et des éruptions. Jacquet a montré que la formule classique : « l’éruption est prurigineuse » consacre ordinairement une erreur, puisqu’il est souvent aisé d’établir que le prurit a précédé toute apparence éruptive : «Prurit et éruption sont deux éléments souvent associés, mais aussi souvent dissociés, sans relation hiérarchique absolue et constante l’un vis-à-vis de l’autre, mais dépendant tous deux d’une cause supérieure qui les commande, soit isolément, soit successivement, soit simultanément » (Jacquet).

En étudiant les lésions élémentaires secondaires, nous avons signalé quelles sont, au point de vue de l’aspect et de l’état anatomique des téguments, les conséquences directes du prurit et du grattage qu’il provoque1.

d) Perversion de la sensibilité. — Les perversions de la sensibilité s’observent

1 « J’attribue les esthésies et les algies de la qualité pruritique à la lésion et au trouble fonctionnel des nerfs sympathiques. Voici mes raisons : le prurit, nous le savons, est une sensation spéciale, ou si Ton veut, spécifique , indéfinissable ; il éveille un besoin instinctif qui n’appartient qu’à lui, le besoin du grattage ; il est d’essence plus mobile que la douleur et les sensations connexes ; ses localisations ne répondent à aucun des modes topographiques dérivés des lésions ou troubles fonctionnels du myélencéphale ; il est associé très fréquemment à l’éréthisme pilosébacé, à T érythème. Or le grand sympathique est par excellence le nerf des besoins; les sensations qui révèlent sa souffrance sont, dans leurs modalités connues (colique intestinale, angine de poitrine, viscéralgie) d’une nature indéfinissable; elles sont plus mobiles que les algies d’origine cérébro-spinale; le grand sympathique échappe à toute topographie descriptive, puisque sa répartition se confond avec celle de la nappe vasculaire, qui est pour ainsi dire continue; enfin il innerve les muscles pilaires et les vaisseaux.

« J’ajoute que le grand sympathique contient, tous les physiologistes l'admettent, des fibres sensitives ; leur activité et leur souffrance viscérales sont connues. Les fibres sympathico-sensitives de la peau sont-elles inactives ? Non : les impressions qu’elles envoient aux centres constituent

INFLAMMATION

rarement dans les affections cutanées. Jeanselme déclare cependant que dans la lèpre les perversions sensitives ne sont pas rares.

L’erreur de lieu, le retard dans la transmission des sensations, et surtout la dysesthésie de Charcot et l’allochirie ne s’observent pour ainsi dire que dans les affections nerveuses; elles sont inconnues dans les dermatoses pures. (L. Brocq, Pratique Dermat., p. 179, 180, 181, 182.)

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