‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 4 sur 252 · IV. Le traitement général · texte numérisé non relu

IV. Le traitement général

1 II est d'usage d’exposer, au début de tous les traités de dermatologie, l’anatomie normale et la physiologie de la peau. Cette coutume nous paraît inexplicable. Les traités de pathologie interne et externe ne renferment pas l’anatomie normale et la physiologie des organes dont ils étudient les maladies. Nous supposerons donc que nos lecteurs connaissent 1 anatomie normale et la physiologie des téguments. Nous les prions de vouloir bien se reporter, pour certains détails, au bel article de Darier de la Pratique dermatologique.

Brocq. — Dermatologie. I.

PATHOLOGIE GÉNÉRALE

ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE GÉNÉRALES DES DERMATOSES

La peau peut présenter des lésions de nature fort diverse.

Pour les grouper d’une manière logique, il convient de s’appuyer sur leur étiologie et leur pathogénie, c’est-à-dire sur leur nature réelle, primordiale. Il ne peut pas y avoir de discussion sur la légitimité de ce principe. Malheureusement on se heurte à de grandes difficultés quand on veut l’appliquer à l’étude des affections cutanées.

Les recherches modernes nous permettent de distinguer deux grandes classes de maladies :

1° La première comprend les effets exercés sur l’organisme par les agents pathogènes divers venant du dehors, agents traumatiques, toxiques, parasitaires, microbiens, lesquels agissent par eux-mêmes ou par leurs toxines. Voilà des entités morbides vraies, nettement définies, bien différenciées, ayant une existence autonome, en quelque sorte indépendantes du malade qui les subit.

Certes les manifestations morbides auxquelles elles donnent lieu peuvent bien varier d’aspect dans une certaine mesure suivant le mode de réaction morbide du sujet atteint, suivant les localisations qu’eiles affectent, suivant qu’elles sont pures ou qu’elles s’associent à d’autres causes morbifiques, mais en réalité on peut presque toujours reconnaître leur nature d’après les effets qu’elles produisent : elles impriment aux symptômes qui en décèlent l’existence des caractères tels qu’on peut, d’après leur analyse minutieuse, en diagnostiquer la cause première.

2° La deuxième comprend, au contraire, des états morbides qui proviennent du malade lui-même, qui sont le résultat de la viciation progressive de ses tissus, de ses organes, des auto-intoxications qui se produisent peu à peu chez lui par accumulation dans son organisme de produits divers mal élaborés, mal éliminés, grâce à un mauvais fonctionnement du foie, de la rate, du tube digestif, du filtre rénal, de diverses glandes et de divers organes (capsules surrénales, glande pinéale, corps thyroïde, ovaires, testicules, etc..., etc...), donton commence à peine à soupçonner le rôle et l’importance dans l’équilibre normal de l’organisme. Il faut y ajouter tout un ensemble de qualités, ou pour mieux dire de prédispositions morbides que le sujet apporte en naissant, qui lui viennent de ses ascendants, qu’il développe ou qu’il modifie dans la suite par la manière dont il se conduit dans la vie.

Nous ne sommes plus ici en présence de quelque chose de précis, de net, comme la gale ou la trichophytie ; il n’y a plus d’entités morbides bien définies, mais un ensemble de causes pathogènes des plus multiples, des plus difficiles à démêler, qui tiennent à l’individu lui-même, qui varient suivant les individualités, et qui vont se manifester par des symptômes dont l’aspect dépendra surtout de la manière dont cet organisme va réagir morbifiquement : ces symptômes sont donc en grande partie1, sinon en totalité, des réactions morbides individuelles.

Certes, dans beaucoup de cas, les symptômes morbides observés dépendent de la

1 L'analyse des éruptions médicamenteuses (voir plus loin) fera comprendre cette restriction.

ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE GÉNÉRALES DES DERMATOSES 3

combinaison, de l’intrication des deux grandes classes de maladies que nous venons d’esquisser (èt c’est là un fait clinique capital sur lequel nous ne saurions trop insister); mais enfin il est possible de les distinguer et on doit les décrire à part.

Si nous appliquons ces principes généraux aux dermatoses, nous voyons qu’elles se divisent, au point de vue étiologique, en deux grands groupes :

A. Un groupe d’entités morbides vraies renfermant :

1° Les dermatoses traumatiques dépendant de l’action directe sur les téguments d’un corps vulnérant quelconque, que cette action soit mécanique comme dans les blessures, physique comme dans l’action du vent, du froid ou du chaud, chimique comme dans l’action des teintures, des diverses substances nocives que l’on manie, etc... Ce sont les dermatoses de cause externe, et cette grande division a été établie depuis fort longtemps déjà par les dermatologistes, en particulier par l’illustre Bazin;

2° Les dermatoses par ingestion de substances nuisibles, que ce soient des aliments ou des médicaments : elles correspondent aux éruptions pathogénétiques ou artificielles de cause interne de Bazin;

3° Les dermatoses causées par les parasites animaux;

•4° Les dermatoses causées par les parasites végétaux;

5° Les dermatoses causées par les microbes connus ; elles se divisent tout naturellement en deux grands groupes, selon que les microbes pathogènes sont hautement spécifiques comme ceux de la lèpre, de la tuberculose, delà morve, de la pustule maligne, du chancre simple, etc..., selon qu’ils sont des saprophytes qui deviennent pathogènes sous certaines influences connues ou inconnues, comme les staphylocoques, les streptocoques, etc.;

6° Les dermatoses dont on ne connaît pas encore l’agent infectieux, mais qui ont de telles allures cliniques qu’il est permis dès maintenant de les considérer comme des entités morbides bien définies, contagieuses et inoculables, telles sont la vaccine, la variole, les fièvres éruptives, les verrues, etc.

Ces six grandes classes de dermatoses sont parfaitement bien définies ; elles semblent reposer sur des bases inébranlables; elles ont une étiologie et une pathogénie précises : elles paraissent exister pour ainsi dire en dehors du malade luimême. Elles ne comprennent que des entités morbides vraies.

B. Un groupe considérable de dermatoses qui nous semble correspondre à des états morbides provenant du malade lui-même ou qui peuvent tout au moins être considérées ainsi, provisoirement, dans V état actuel de la science , en attendant que des découvertes ultérieures permettent de préciser dans ce caput mortuum des entités morbides vraies.

Elles renferment la plupart des affections cutanées décrites actuellement par les auteurs sous le nom d’inflammations de la peau (urticaires, érythèmes, eczémas, lichens, psoriasis) ; les dermatoneuroses, les éruptions dites réflexes; les difformités cutanées, congénitales et acquises ; la plupart des tumeurs cutanées1.

Avant d’aborder l’étude de la pathogénie de chacun de ces groupes de dermatoses, il est bon pour éviter des malentendus d’établir en quelques mots ce que nous entendons par prédisposition morbide .

1 Voir la discussion de ces groupes et la démonstration de leur peu de légitimité dans notre mémoire sur la conception générale des dermatoses. ( Annales de Dermatologie, avril 1904.)

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DE LA PRÉDISPOSITION MORBIDE

Nous n’avons pas l’intention, dans un livre aussi spécial que celui-ci, de traiter à fond la question si complexe du terrain ou de la prédisposition morbide. Nous renvoyons, pour de plus amples explications, aux ouvrages de Pathologie générale. Mais nous croyons devoir en donner quand même un court aperçu en l’appliquant plus particulièrement aux dermatoses.

La prédisposition morbide de chaque individu est constituée par un ensemble de conditions multiples, des plus complexes, qui se combinent chez lui à doses diverses, de façon à établir son individualité morbide. Les unes sont héréditaires, les autres acquises.

A. — Prédispositions héréditaires

Chaque enfant reçoit de ses parents un certain nombre de qualités positives ou de tares dont son organisme est fortement imprégné, et qui s’exalteront ou s’atténueront dans la suite suivant le mode d’existence qu’il suivra. C’est déjà d’une extrême complexité.

Il y a d’abord des prédispositions 'générales tenant à la race : c’est ainsi qu’au point de vue cutané certaines races sont prédisposées à l’acné, à la séborrhée, au psoriasis. Il est de notion vulgaire que les Israélites sont atteints, avec une extrême fréquence, de psoriasis et de parakératoses psoriasiformes, et que ces affections sont chez eux extraordinairement rebelles.

Il y adesprédispositions qui tiennent aux familles: on retrouve chez leurs divers membres de la tendance à la xérodermie, à Tichthyose, à la kératose pilaire, à la dyshidrose, à la pelade, etc.

Le père et la mère, d’après l’âge auquel ils conçoivent l’enfant, d’après leur état de santé ou de maladie au moment de cette conception, d’après l’état de santé de la mère, d’après son mode d’existence, son alimentation, ses préoccupations, ses secousses morales pendant la gestation, impriment à l’organisme de l’enfant des modifications spéciales qui persisteront avec plus ou moins d’intensité pendant les diverses périodes de son existence.

On connaît l’influence sur l’état physique, intellectuel et moral du produit de la conception, de l’état de syphilis, de tuberculose, de goutte, d’alcoolisme, d’intoxication chronique quelconque des parents; mais on n’a pas encore suffisamment étudié l’influence qu’exercent sur lui l’alimentation défectueuse, le caféisme, la vie dans les locaux malsains, dans les grandes villes, et surtout le surmenage physique et moral du père et de la mère.

On est souvent interrogé sur les causes possibles d’un prurit infantile avec toutes ses conséquences objectives, urticaire chronique, prurigo simplex, prurigo de Hebra, eczéma vrai, eczéma lichénifié, lichénification, séborrhéides surajoutées, pyodermites, etc..., toutes lésions qui paraissent au premier abord inexplicables, parce que les ascendants n’ont jamais eu de dermatoses, parce que des frères ou des sœurs plus âgés et plus jeunes que le petit malade, n’ont, eux aussi, jamais eu de manifestations cutanées1. Si l’on se donne la peine dans ces cas d’ouvrir une

' Nous laissons en effet volontairement de côté les cas beaucoup plus simples dans lesquels les

DE LA PREDISPOSITION MORBIDE

enquête, on finit presque toujours par découvrir qu’au moment où elle était enceinte de l’enfant malade, la mère a changé d’existence, a habité une grande ville ou une localité malsaine, ou mieux encore a subi de violentes émotions. Et. en effet, nous ne saurions trop le répéter, l’émotivité des parents, les secousses nerveuses qu’ils subissent, influent de la manière la plus fâcheuse sur les prédispositions de l’enfant1.

D’ailleurs, le faisceau de prédispositions qu’il reçoit de sa famille est toujours une résultante d’actions pathogéniques extrêmement complexes, dosées de façons éminemment variables, de telle sorte que chaque rejeton de la même souche, tout en ayant ce que Ton appelle un air de famille, a son individualité distincte.

Les prédispositions héréditaires de chaque enfant varient, en effet, selon l’état particulier dans lequel les parents se sont trouvés au moment de sa conception. Plus leur organisme a été imprégné de produits toxiques ou excrémentitiels, à la suite de fautes d’hygiène ou d’affections soit organiques, soit accidentelles; plus il a été altéré par l’évolution physiologique et morbide, plus l’hérédité pathologique est chargée.

Précisons pour mieux faire comprendre notre pensée. On sait que les enfants d’un sujet syphilitique sont d’autant moins infectés de cette affection qu’ils sont conçus à une époque plus éloignée de l’accident primitif paternel ; on sait aussi qu'ils ont d’autant plus de chances d’échapper à cette hérédité que les parents ont été mieux traités avant et pendant la conception, puis pendant la gestation . On sait, d’autre part, que les enfants des goutteux sont d’autant plus imprégnés d’hérédité goutteuse qu’ils sont engendrés a des phases plus accentuées de la maladie de leurs parents, de telle sorte que dans les familles de goutteux, ce sont d’ordinaire les plus jeunes qui sont de beaucoup les plus atteints de la tare héréditaire. Il est vrai de dire que cette loi reconnaît de fort nombreuses exceptions apparentes, car il faut ici tenir compte dans une large mesure : 1° de l’action d’un traitement efficace hygiénique ou médicamenteux fait par intermittences ou d’une manière continue; 2° des périodes de crises aiguës, ou d’état chronique, ou d’accalmies que peut traverser l’ascendant.

Gela posé, prenons une famille à la fois syphilitique et goutteuse, et apprécions dans la mesure du possible les effets produits sur les enfants par le mélange des deux éléments pathologiques principaux des parents. Nous voyons que, dans la majorité des cas, et, sauf les exceptions que nous venons de mentionner, l’influence de la syphilis va en s’atténuant, celle de la goutte va au contraire en augmentant à mesure que le père et la mère avancent en âge ; on conçoit donc que les enfants successifs doivent hériter de leurs parents de prédispositions morbides différentes.

Or nous avons supposé un cas tellement simple qu’il ne se réalise pour ainsi dire jamais en pratique. Les influences pathologiques héréditaires sont bien autrement multiples. Ce sont, comme nous l’avons déjà mentionné plus haut, l’alcoolisme, le caféisme, les intoxications diverses, la mauvaise hygiène, l’impaludisme.

parents sont prédisposés aux dermatoses, et même ceux dans lesquels, grâce à une infection telle que la syphilis, la goutte, grâce à une intoxication telle que le caféisme, 1 alcoolisme, tous les enfants présentent à des degrés variables une tendance aux éruptions prurigineuses.

1 Un enfant né dans ces conditions ne doit pas être nourri par une nourrice impressionnable, par suite la mère ne doit pas l’allaiter, si, après avoir eu son système nerveux ébranlé pendant la grossesse, elle garde son émotivité après la délivrance. Une secousse nerveuse violemment ressentie par la nourrice donnera à cet enfant une nouvelle crise de prurit, par suite, une nouvelle poussée éruptive. C’est un fait d'observation que nous avons maintes lois vérifié dans a clientèle de ville.

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l’action néfaste des maladies intercurrentes accidentelles, celle des lésions d’organes, les affections nerveuses, etc..., qui viennent compliquer le tableau, qui diffèrent pour chaque imprégnation, pour chaque grossesse, et qui font varier dans des proportions réellement fort notables les prédispositions morbides des rejetons.

On se tromperait lourdement en traitant les considérations précédentes de conceptions purement théoriques. Si l’on veut prendre la peine d’analyser avec quelque minutie, guidé par les idées que nous venons d’émettre, les hérédités pathologiques des enfants atteints d’affections cutanées, et surtout de prurit, on trouvera pour ainsi dire toujours chez les ascendants une mauvaise hygiène, une alimentation défectueuse, l’alcoolisme ou le caféisme, l’arthritisme tel qu’on le conçoit en France, la nervosité, et assez fréquemment la tuberculose ou la syphilis. Ce sont ces métissages héréditaires qui président dans la majorité des cas à la genèse des dermatoses prurigineuses infantiles : elles préparent le terrain, et presque toujours des fautes d’alimentation interviennent ensuite pour déterminer l’éruption.

Quelle que soit la nature de l’ensemble de ces influences héréditaires qui constituent le terrain ou l’individualité morbide, tout sujet hérite donc d’une disposition générale de l’organisme qui fait qu’il est plus ou moins apte que d’autres à contracter certaines affections accidentelles parasitaires, ou à voir se développer peu à peu chez lui certaines lésions organiques ou certains états morbides. C’est à cette disposition générale que les vieux médecins français avaient donné le nom àe Diathèse. Elle reste latente ou se manifeste d’une manière tangible suivant que les causes occasionnelles ou déterminantes auxquelles est soumis le sujet sont favorables ou non à la production de diverses expressions morbides.

Bien que nous n’ayons pas dans cet ouvrage à discuter le bien ou le mal fondé des théories diathésiques, nous devons cependant faire connaître la signification qu’a pour nous le terme abréviatif de diathèse. Certes nous ne voulons pas dire que l’on doive en revenir aux idées de Bazin sur la scrofule, l'arthritisme, l’herpétisme, etc... ; nous ne les admettons pas. Mais ce qui est certain, c’est que les enfants peuvent hériter de cet état particulier qui, dans leur jeunesse, leur donne un faciès spécial, bouffi, pale, qui les prédispose aux coryzas chroniques, aux hypertrophies amygdaliennes, aux végétations adénoïdes et à leurs conséquences, à l’hypertrophie de la lèvre supérieure, aux engelures, à l’acroasphyxie, aux adénopathies, à l’otorrhée, aux conjonctivites, aux kératites phlycténulaires, aux pyodcrmites, à l’impétiginisation des dermatoses, à l’infection tuberculeuse, etc..., c’est ce que nous appelons la prédisposition lymphatique ou encore le tempérament lymphatique ou scrofuleux.

Ils peuvent aussi hériter d’une tendance particulière à avoir de l’asthme, de la lithiase biliaire ou rénale, des migraines, des viscéralgies, de la goutte, des éruptions à type d’eczéma et ayant un aspect spécial, etc..., c’est ce que nous appelons d’une manière générale la prédisposition arthritique 1 : ce groupe se rattache aux

1 Pour beaucoup d’auteurs, les termes « arthritisme », « arthritique » n’ont aucune signification : ou bien ils signilient un état tellement banal que l’on ne doit pas s’en occuper, ou bien ils sont tellement imprécis qu’il vaut mieux ne jamais s’en servir. Nous ne tenons pas aux mots, mais aux faits. Nier l’existence des prédispositions morbides que nous désignons par le mot commode et abréviatif d’arthritisme est contraire à l’observation ; déclarer que ces prédispositions existent chez presque tous les Français, ne saurait être une raison valable pour soutenir qu'elles sont négligeables; affirmer que ces prédispositions sont encore imprécises, c’est émettre une

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maladies par ralentissement de la nutrition du professeur Bouchard. Dans ces dernières années on a voulu établir deux grandes divisions parmi les malades si nombreux qu’il renferme suivant qu’ils présentent de l’hyperacidité ou de l’hypoacidité dans les urines rendues le matin au réveil.

Les enfants peuvent aussi hériter d’une tendance marquée à offrir dans leur organisme des lieux de moindre résistance au point de vue morbide ; ces lieux de moindre résistance existent soit au niveau de certains organes, soit au niveau de certains appareils. Quand c’est la peau qui est le point faible, ils peuvent n’avoir reçu de leurs parents qu’une tendance générale à réagir au point de vue morbide sous l’aspect de dermatoses variables, et c’est pour ces prédispositions particulières, dont la clinique nous démontre l’incontestable réalité, que l’on avait autrefois créé le mot d’ herpétisme . Les hérédités nerveuses qui jouent un si grand rôle dans la pathologie delà société moderne et dans la genèse de certaines dermatoses rentrent dans cette catégorie de faits.

D’ailleurs ces prédispositions lymphatiques, arthritiques (?), herpétiques (?), peuvent se mélanger à doses variables chez un sujet donné. Tous les métissages sont possibles à ce point de vue. On voit par exemple l’hérédité nerveuse se superposer souvent à l’hérédité dite en France arthritique :

Chaque individu porte donc en lui-même, en naissant, tout un faisceau de prédispositions qui constituent son individualité morbide. Il en résulte un état spécial qui lui est propre, et grâce auquel il réagit d’une manière particulière quand des causes morbifiques exercent sur lui leur action. C’est à cet état, que nous ne pouvons pas définir d’une manière plus précise dans l’état actuel de la science, que l’on a donné le nom d ‘idiosyncrasie. Grâce à lui, un individu donné pourra prendre impunément du bromure par exemple, alors qu’un autre verra se développer chez lui sous l’influence du même médicament des éruptions nodulaires considérables.

B. — Prédispositions acquises

Cette idiosyncrasie peut rester immuable pendant toute la durée de l’existence: il est beaucoup plus fréquent de la voir se modifier chez un même sujet suivant les diverses phases de sa vie.

Les prédispositions morbides d’une personne donnée ne lui viennent pas toujours de ses parents ; certes l’hérédité joue un rôle considérable dans la constitution du terrain individuel, mais les états acquis par le sujet ont, eux aussi, une importance capitale.

Par une bonne ou une mauvaise hygiène générale, par la vie au grand air ou dans une grande ville, par l’équilibre pondéré de l’existence ou par le surmenage de travail ou de plaisirs, par l’alimentation rationnelle ou défectueuse comme qualité ou comme quantité l, par l’absence d’accidents et d’infections, ou par des traumatismes, par des maladies intercurrentes, par des lésions d’organes (système nerveux, génito-urinaire, gastro-intestinal), par le diabète, par l’albuminurie, par des

triste vérité que nous sommes les premiers à proclamer en invitant les travailleurs à s’efforcer de faire cesser le plus rapidement possible cette imprécision.

Si les termes choquent trop, qu’on les change! mais que l'on ne nie pas les laits pour en reconnaître ensuite implicitement l’existence.

* Voir les travaux de Pascault : de l’ Arthritisme par suralimentation. — Ceux de Combe, de Marfan, etc... sur Y Auto-intoxication intestinale.

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infections surajoutées telles que la syphilis, la tuberculose, la lèpre, etc., on peut modifier en bien ou aggraver les prédispositions héréditaires ; on peut créer de toutes pièces de nouvelles prédispositions morbides qui se superposent aux anciennes ou qui les remplacent; on peut, en somme, dans une certaine mesure modifier son terrain.

Un sujet donné a fréquemment, pour ne pas dire constamment, un organe ou une région de son organisme qui semble être par rapport au reste de l’économie en état d’infériorité de résistance, et, pendant tout le temps que cet organe est en état d’infériorité, c’est sur lui que se localisent les diverses manifestations morbides du sujet. Cette théorie du locus minoris resistentiæ de V organisme [est des plus anciennes : elle est profondément vraie, et elle explique beaucoup de faits qui paraissent surprenants au premier abord.

Nombre de causes occasionnelles peuvent créer ce locus minoris resistentiæ. TJne mauvaise hygiène alimentaire met l’estomac ou l’intestin en état de moindre résistance ; l’alcoolisme frappe le foie; les surmenages ou les émotions violentes, le système nerveux ; une infection microbienne agit dans le même sens sur l’organe qu’elle atteint : les traumatismes directs jouent également à ce point de vue un rôle de la plus haute importance.

Voici par exemple un fait clinique d’observation journalière : un goutteux nerveux, sujet à des crises de dyspepsie, à des douleurs vers le gros orteil, à des migraines, etc..., est vivement engagé par son médecin à faire de la vie physique. Sans rien changer à son régime alimentaire, à ses préoccupations et à son surmenage nerveux, il fait du sport, sort au grand air par tous les temps, fait de la bicyclette, du cheval, de l’automobile en protégeant insuffisamment sa figure. Sous l’influence des moindres causes occasionnelles, il voit alors survenir chez lui des poussées érythémateuses, œdémateuses, et vésiculeuses de la face, du type dit eczéma érysipélatoïde récidivant, et il ne souffre plus ni de son pied, ni de son estomac, ni de ses migraines. Mais, par contre, le moindre écart de régime, la moindre émotion, le contact d’un air trop vif lui donnent désormais une nouvelle poussée d’éruption faciale. Les petits traumatismes répétés subis par la peau du visage soumis d’une manière immodérée à l’action des agents atmosphériques ont peu à peu déterminé chez lui, à la face, un locus minoris resistentiæ; dès lors les manifestations morbides ont changé de localisation et d’aspect : elles ont pris la forme de poussées congestives du côté du visage.

Il est de notion vulgaire qu’un traumatisme violent subi par une articulation localise chez un rhumatisant sur cette articulation les manifestations rhumatismales, etc... Nous n’insisterons pas plus longuement sur ce point.

Le terrain se modifie d’ailleurs fort souvent, en dehors de toute influence morbide, par l’évolution seule de l’organisme pendant les diverses phases de la vie.

Pour que l’état de santé existe chez un individu, il faut que les recettes et que les dépenses s’équilibrent chez lui, et par dépenses nous entendons :

1° Ce qui est nécessaire pour maintenir l’équilibre de la constitution, fournir à son accroissement si le sujet est en état de développement, subvenir aux dépenses de forces qu’il peut faire, à son travail cérébral ou physique;

2° Les diverses éliminations intestinales, rénales, pulmonaires, cutanées (sudorales, sébacées, épidermiques, etc.).

D’autre part, dans son régime alimentaire, il faut tenir compte, comme nous le verrons plus loin :

1° De la nature des aliments ingérés ;

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2° De la quantité de ces aliments ;

3° Des facultés assimilatrices du sujet;

4° De ses facultés éliminatrices ;

5° De ses conditions d’existence, qui peuvent varier, et qui dès lors font varier les conditions de l’alimentation ;

6° Des susceptibilités individuelles.

Soit donc que l’alimentation pèche par excès, par défaut, par mauvaise qualité des ingesta, par leur non-adaptation au milieu et au climat dans lequel est le sujet, soit que ces aliments soient mal digérés ou mal absorbés et surtout mal élaborés dans l’organisme, soit que les diverses fonctions excrétoires soient viciées dans leur fonctionnement, il s’accumule progressivement dans le système général divers produits excrémentitiels plus ou moins toxiques qui peu à peu impriment à l’organisme un cachet particulier de déchéance vitale et de vulnérabilité morbide. Or, d’après ce que nous savons des éruptions médicamenteuses, il n’est pas illogique de croire que ces substances nuisibles interviennent pour une part dans la pathogénie de certaines dermatoses1.

L’observation clinique rigoureuse, poursuivie pendant longtemps dans les familles, nous apprend que chez un goutteux avéré, depuis longtemps sujet à des crises d’asthme, de gravelle ou de goutte articulaire, les manifestations morbides peuvent changer d’aspect et prendre la forme de poussées aiguës érysipélatoïdes du côté des téguments, ou de manifestations prurigineuses et lichénoïdes rebelles. Inversement, chez ces sujets la disparition brusque d’une dermatose ancienne peut être suivie de la production d’accidents viscéraux.

Ce serait donc ici le cas d’invoquer, comme le faisaient les anciens, l’existence dans l’organisme d’une sorte de matière peccante, ou d’une force morbide qui ferait porter son action sur le point faible de l’organisme, point faible qui varie suivant les constitutions, suivant les idiosyncrasies, suivant les modifications que l’organisme subit à mesure que l’on avance en âge, etc.; et la mise en action de cet élément nuisible, les conditions provocatrices de la crise morbide, semblent d’autre part dépendre de conditions multiples dont les principales sont les saisons, le climat, la température, la pression barométrique, les diverses circonstances occasionnelles, excès alimentaires ou sexuels, surmenage physique ou cérébral, traumatisme, violentes émotions, affections aiguës intercurrentes, etc., toutes conditions passagères qui peuvent modifier l’équilibre général de l’organisme, le mettre en état de vulnérabilité morbide, et être ainsi la cause occasionnelle de l’apparition d’une dermatose d’origine interne, ou de l’infection de l’économie par un microbe pathogène.

En somme, les prédispositions acquises se greffent sur les prédispositions héréditaires, les modifient, les renforcent, les atténuent, ou les transforment de manière à constituer par cet ensemble le terrain ou l’individualité morbide du sujet, individualité qui varie éminemment, comme nous l’avons vu, suivant les races, les familles, les individus, suivant les phases de l’existence chez le même individu.

La constitution du terrain dépend donc :

1° Des aptitudes héréditaires que chaque individu apporte en naissant et qui tiennent à sa race, aux influences pathologiques subies par tous ses ascendants,

1 Voir Brocq et Ayrignac. Etude des Echanges nutritifs dans quelques dermatoses. Congrès de Berlin, 1904.

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à leur habitat, à leur mode de vie, à leur état pathologique et moral au momerit de la conception et pendant la gestation ;

2° Du milieu dans lequel le sujet a vécu comme séjour et comme entourage ;

3° De son alimentation ;

4° De son hygiène générale ;

5° Des traumatismes qu’il a subis, des affections accidentelles auxquelles il a été soumis, etc.

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