‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 9 sur 252 · COMPLEXITÉ POSSIBLE DES DERMATOSES · texte numérisé non relu

COMPLEXITÉ POSSIBLE DES DERMATOSES

Les sujets atteints de séborrhée huileuse sont tout particulièrement prédisposés à l’acné vulgaire, à la couperose, à certaines séborrhéides, etc.

Il en est de même des télangiectasiques.

Les acro-asphyxiques sont prédisposés aux engelures, au lupus érythémateux, etc.

On voit donc qu’une dermatose quelconque, soit d’ordre banal comme les réactions cutanées, soit d’ordre spécifié comme les séborrhéides et l’acné, peut se développer sur fond tégumentaire anormal.

Deuxième ordre de faits. — Une dermatose peut être dite composée quand V éruption est constituée par la réunion au même moment, sur le même sujet , de plusieurs aspects objectifs de la même réaction cutanée ou de plusieurs réactions cutanées distinctes.

Il est relativement fréquent de voir un malade qui présente depuis quelque temps un ou plusieurs placards d’eczéma vulgaire dit amorphe (eczéma vésiculeux vrai), être atteint brusquement, sous l’influence d’une intoxication accidentelle ou d’une secousse nerveuse, d’une poussée aiguë, disséminée sur les membres, plus rarement sur le tronc, d’eczéma papulo-vésiculeux. C’est là un exemple de la coexistence chez le même malade au même moment de deux aspects objectifs différènts de la même réaction cutanée.

Il est d’observation journalière et banale de voir coexister chez le même sujet, au même moment, de l’urticaire et de l’érythème, de l’urticaire, de la dysidrose et de l’eczéma, etc. Le prurigo de Ilebra est constitué par la réunion chez le même sujet de papulo-vésicules urticariennes, de placards d’eczéma vésiculeux ou papulovésiculeux, et de plaques de lichénification. Ce sont là des exemples de la coexistence chez un seul et même malade de deux ou de plusieurs réactions cutanées bien distinctes les unes des autres au point de vue objectif.

Troisième ordre de faits. — Deux ou plusieurs dermatoses microbiennes peuvent se superposer ; une dermatose microbienne peut se superposer à une dermatose parasitaire animale ou végétale, et vice-versa.

L’impétigo de Tilbury Fox pur est une dermatose bulleuse, et, quand on l’inocule à l’état pur, on reproduit une bulle : mais il s’infecte presque toujours assez rapidement des microbes du pus ; il prend l’aspect purulent; et dès lors, quand on l’inocule, on peut reproduire une pustule d’emblée. Voilà un exemple de ces associations microbiennes qui sont si communes en pratique.

On sait combien il est fréquent de voir des pyodermites compliquer la gale, la phthiriase; il y a des variétés de trichopbytie qui se compliquent de folliculites suppurées, etc.

Quatrième ordre de faits. — Les éruptions artificielles d origine externe se compliquent fort souvent soit de réactions cutanées, soit de dermatoses microbiennes , et même des deux simultanément .

Voici un ouvrier teinturier qui présente une éruption traumatique de cause externe provoquée par un acide; sous l’influence de ce traumatisme, les réactions cutanées individuelles entrent en jeu : de l’eczéma vrai se développe aux points traumatisés; il peut même gagner ensuite d’autres régions. En outre, cédant au prurit qu’il éprouve, le malade se gratte, s’inocule des staphylocoques, des stiep-

PATHOLOGIE GÉNÉRALE

tocoques, etc., et des pyodermites d’aspect variable -se développent sur l’éruption artificielle eczématisée1.

On voit donc qu’une éruption artificielle première, qu’elle soit de cause interne ou de cause externe, peut se compliquer d’éruptions tenant à des réactions cutanées individuelles ou à des infections microbiennes surajoutées.

Cinquième ordre de faits. — Une éruption tenant à un mode individuel de réaction

cutanée peut se compliquer d'une infection microbienne surajoutée , et inversement.

C’est ainsi qu’un eczéma vésiculeux vrai peut s’infecter de pyodermites, qu’une éruption microbienne première, telle que l’impétigo de Tilbury Fox, le lupus vulgaire, les syphilides, etc..., peut se compliquer de réactions cutanées qui sont propres au sujet, et qui se développent au locus minoris resistentiæ des téguments créé par l’inoculation microbienne antérieure.

Ces superpositions ou juxtapositions de dermatoses sont beaucoup plus fréquentes qu’elles ne le semblent au premier abord, et les microbes dits saprophytes des téguments jouent certainement un rôle parfois assez considérable dans la production, l’aspect et la persistance des dermatoses dites réactions cutanées. L’histoire de l’eczéma vésiculeux vrai est là pour nous le démontrer de la manière la plus éclatante. La vésicule primitive non ouverte de l’eczéma est amicrobienne : ce fait capital a été prouvé par de nombreux expérimentateurs, en particulier par notre ami Yeillon, de la manière la plus rigoureuse. Mais dès que la vésicule eczémateuse est ouverte, dès qu’il s’est formé à la surface des téguments des plaques suintantes et squameuses, les microbes de la peau, et surtout les staphylocoques et les streptocoques, y pullulent avec une extrême intensité, et, dans beaucoup de cas, arrivent, suivant les prédispositions particulières à l’individu, à modifier l’aspect, l’évolution et les réactions thérapeutiques de l’affection. Telle est probablement l’origine de certains de ces placards eczématiques à contours nettement arrêtés, nummularisés, avec fine collerette épidermique, que l’on a pu considérer comme de simples dermites à streptocoques2; telle est également l’explication des eczémas impétiginisés, des eczémas à suppuration abondante, infectés de pustulettes superficielles, qui sont si fréquents aux extrémités, sur les membres et aux régions velues, etc... Dans tous ces cas il est bien certain que le seul traitement général s’adressant à la réaction cutanée pure ne suffit pas; il faut un traitement local modificateur, et les pommades à Fichthyol, au goudron, au soufre, à la résorcine, au mercure, etc... les badigeons de nitrate d’argent, d’acide picrique, de bleu de méthylène, voire même de teinture d’iode, donnent des résultats d’une telle rapidité que les partisans de la nature microbienne des eczémas en tirent un argument.

Mais, même lorsque l’infection microbienne de la surface eczématique n’est pas aussi évidente au point de vue objectif, elle n’en existe pas moins, et, pour peu que le terrain soit propice à leur évolution, les microbes saprophytes peuvent retarder

1 Pour indiquer les développements ultérieurs de certaines réactions cutanées sur des dermatoses préexistantes, on a créé les mots commodes de eczématisation, eczématiser, — de lichénification, lichénilîer — etc... Il est vrai que pour certains dermatologistes (voir notre travail sur la question des eczémas, 1900) ces prétendues réactions cutanées ne seraient que des dermatoses microbiennes inoculées par le grattage sur les lésions préexistantes. Ces hypothèses sont possibles : leur vérité n’a pas encore été démontrée.

2 Ce qui ne veut pas dire que les dermites primitives à streptocoques et à staphylocoques n’existent pas, Sabouraud en a donné des descriptions magistrales.

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