‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome second. Reactions cutanéesChapitre 101 sur 183 · I. — Xanthome vulgaire ou xanthélasma · texte numérisé non relu

I. — Xanthome vulgaire ou xanthélasma

On distingue deux formes principales de xanthome vulgaire : le xanthome localisé, et le xanthome généralisé.

La lésion élémentaire du xanthome peut affecter un des trois types suivants : 1° xanthome plan; 2° xanthome élevé ou saillant ; 3° xanthome en tumeurs.

A. Etude des modalités éruptives du xanthome.

1° Xanthome plan. — L’éruption est constituée par de petites taches ou macules arrondies ou ovalaires, ou par des plaques de formes et de dimensions variables, le plus souvent allongées, d’un jaune chamois plus ou moins foncé, pouvant varier comme teinte du café au lait clair au jaune orange. Leurs bords sont nettement arrêtés et tranchent sur la peau saine : ils ne font que peu ou point de saillie au-dessus du niveau des téguments. La surface de ces éléments est lisse ou présente quelques fins sillons formant quadrillage. Au toucher on ne sent ni infiltration, ni induration. Us ne sont nullement douloureux.

2° Xanthome élevé ou saillant ( Xanthoma tuberosum des Allemands) . — Dans cette variété les lésions font une saillie notable au-dessus du niveau des téguments. Elles ont cet aspect d’emblée, ou après avoir passé par la phase plane. Le volume

XANTHOMES

de ces petites tumeurs varie de celui d’un grain de millet à celui d’un gros pois et même d’un haricot. Au toucher elles donnent une sensation de nodosité faisant corps avec la peau. D’ordinaire elles sont indolentes, parfois cependant, lors de leur développement, elles sont le siège de douleurs spontanées ou provoquées par la pression.

3 ° Xanthome en tumeurs. — Cette variété est rare ; elle succède généralement à la précédente. Elle est constituée par des néoplasies qui ne sont que l’exagération des éléments élevés de xanthome et dont le volume variable oscille entre celui d’une noisette et celui d’un œuf de poule. Ces tumeurs sont sessiles ou pédiculées,

Fig. 438. — Xanthome en tumeurs symétriquement développé aux coudes et aux genoux

chez un homme de 31 ans.

isolées ou cohérentes ; leur consistance est ferme, elle rappelle celle du fibrome ; de plus la palpation révèle qu’elles sont fréquemment lobulées. Leur couleur est xanthomateuse, jaune ou blanc jaunâtre, mais leur base est souvent teintée en rouge ; autour d'elles la peau est normale ainsi que pour les autres lésions de xanthome (Bodin, loc. cit.).

Elles se développent surtout aux régions exposées aux pressions et aux frottements comme les coudes, les genoux, les fesses, les talons. Elles peuvent être intradermiques, sous-cutanées, péritendineuses, périostiques. Elles sont sensibles à la pression.

B. Formes cliniques du xanthome vulgaire.

1° Xanthome localisé ( Xanthome des paupières). — C’est la variété clinique de beaucoup la plus fréquente. Elle se présente sous l’aspect de plaques plus ou moins volumineuses, allongées dans le sens des plis de la paupière, planes, ou faisant à peine une légère saillie au-dessus du niveau des téguments ( variété maculeuse pure, variété papuleuse) . Son siège habituel est le pli de la paupière supérieure, et le pli de la paupière inférieure vers le grand angle de l’œil au-dessus et audessous des points lacrymaux : elle débute souvent à gauche, et peut y rester localisée : fréquemment elle devient symétrique : dans quelques cas nous l’avons vue

NÉOPLASIES CUTANÉES

former un demi-cercle complet le long du pli des paupières. Il est parfois possible de voir que les lésions sont constituées par la réunion de tout petits éléments d’un jaune chamois un peu brunâtre et qui ont un point central plus coloré.

On a aussi observé du xanthome localisé aux joues, au nez, aux oreilles, au cou, à la partie antérieure du thorax, au prépuce.

2° Xanthome généralisé. — Dans le xanthome généralisé des phénomènes viscéraux peuvent venir compliquer la scène morbide.

a) Phénomènes éruptifs. — Ils débutent fréquemment par les paupières où ils

Fig. 434. — Xanthome disséminé chez un enfant de 2 ans 1/2.

revêtent l’aspect de la variété précédente : cependant ils ont une tendance marquée dès le début à devenir envahissants et à évoluer avec rapidité.

Sur tout le reste du corps l’éruption offre surtout le caractère élevé ou saillant, franchement papuleux, tubéreux. Elle peut être disséminée en des points d’attaque extrêmement multiples, discrets et disséminés, formant de petits nodules jaunâtres, saillants, minuscules, de la grosseur d’une tête d'épingle au début, restant parfois en cet état, mais pou vant arriver à avoir le volume d’un pois. Ils ont une consistance mollasse, sont parfois assez fermes, d’un jaune clair, ou café au lait clair, parfois un peu teintés de terre de Sienne : on voit souvent ramper à leur surface des vaisseaux capillaires dilatés. Ils se groupent fréquemment en certains points de manière à y constituer des masses volumineuses par confluence; elles s’ob-

XANTHOMES

servent surtout au niveau des coudes et des genoux : les autres lieux d’élection sont : les articulations des doigts (au niveau de leurs plis ils forment des traînées jaunâtres moniüformes), les plis de flexion, les fesses vers leur partie inférieure et vers le pli interfessier, les sillons de la paume des mains et de la plante des pieds (xanthelasma line are vel striatum) . lis sont d’ordinaire bilatéraux symétriques. Ils peuvent aussi être disposés le long d’un trajet d’un nerf.

Il est assez rare de les voir envahir le thorax et l’abdomen.

h) Phénomènes viscéraux. — Le xanthome peut envahir les muqueuses et les viscères, la conjonctive, la langue, la muqueuse buccale, la voûte palatine, le voile du palais, le pharynx, le larynx, la trachée, les bronches, l’œsophage, les capsules du foie et de la rate, le péritoine, l’endocarde, l’aorte, etc...

Il est plus fréquent de voir se développer de l’ictère, sauf chez les enfants, chez lesquels le xanthome est d’ailleurs fort rare, et ne siège presque jamais aux paupières, mais chez lesquels il peut former des nodosités volumineuses, saillantes, occupant les membres et le tronc.

Les sujets atteint de xanthome généralisé peuvent de plus avoir leurs téguments colorés d'une teinte jaunâtre, qui n’est pas de l’ictère vrai, et qui a reçu le nom de xanthochromie. (E. Besnier.)

Dans la majorité des cas ces malades n’éprouvent aucun malaise : tout au plus sont-ils gênés mécaniquement par les tumeurs quand elles prennent un certain développement.

Évolution. — L’évolution du xanthome généralisé est d’ordinaire torpide, insidieuse, mais relativement rapide; parfois elle se fait par poussées ; quand les lésions, se sont développées, elles restent le plus souvent stationnaires; il est rare qu’elles disparaissent spontanément.

Anatomie pathologique. — Les éléments du xanthome sont constitués par l’infiltration dans le tissu conjonctif de cellules à plusieurs noyaux présentant des caractères spéciaux, et auxquelles Ghambard a donné le nom de cellules xanthélasmiques Ces cellules sont des éléments spéciaux : les granulations qu’elles renferment ont les réactions de la graisse. Elles forment dans les tissus, entre les faisceaux conjonctifs, des amas plus ou moins volumineux.

Dans le xanthome plan les plaques sont constituées par ces amas ou ces traînées situées dans les mailles conjonctives. Tout autour de ces îlots les cellules du tissu conjonctif ont un protoplasme trouble et paraissent subir un commencement de dégénérescence.

L’épiderme n’a que peu ou point d’altérations, à peine des traces d’une irritation légère du corps muqueux.

« Dans le xanthome élevé ou en tumeurs les nodules sont aussi formés d’îlots plus ou moins réguliers de cellules xanthélasmiques; seulement ces îlots sont ordinairement plus petits que dans la forme plane, et déplus au centre de certains d’entre eux, surtout dans les tumeurs, les éléments cellulaires semblent fusionnés les uns avec les autres, de telle façon que cette partie centrale prend un aspect homogène et que les cloisons cellulaires ne s’y distinguent plus.

« Le tissu conjonctif qui enserre dans ses mailles ces amas de cellules ne forme plus, comme dans les macules, un fin réseau, mais bien de larges bandes fibreuses se croisant et s’anastomosant pour délimiter les logettes renfermant les cellules xanthélasmiques. Les capillaires et les lymphatiques semblent y avoir disparu et les vaisseaux que l’on y rencontre présentent des signes évidents de

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périartérite avec diminution de leur calibre » (Bodin, Pratique Dermat.).

Dans le xanthome vulgaire le tissu élastique ne prend aucune part au processus morbide.

Pathogénie. Nature. — On a émis beaucoup de théories pour expliquer la nature même de cette affection : aucune n’est pleinement satisfaisante. (Voir l’article de Bodin.)

A l’heure actuelle on a de plus en plus de tendance à faire du xanthome un véritable néoplasme, une néoplasie conjonctive avec dépôt de graisse ou dégénérescence graisseuse des cellules (Virchow), un endothéliome adipeux (Touton, Kôbner, Ehrmann, etc...), une prolifération anormale des cellules connectives qui se transforment en cellules adipeuses, restant embryonnaires parce qu'elles sont hétérotopiques (Tôrôk). Tous ces auteurs, avec Hallopeau, font du xanthome vulgaire une tumeur bénigne de la peau analogue aux nævi.

Il semble prouvé à l’heure actuelle que l’hypertrophie hépatique et que l’ictère dépendent de la localisation dans le foie de lésions dexanthomes.

Etiologie. — Le xanthome peut être familial et héréditaire ; il est peut-être plus fréquent chez les sujets à peau brune ; on a prétendu qu’il s’observe surtout chez ceux qui sont prédisposés aux migraines, à la goutte, aux troubles utérins, et surtout aux maladies du foie : mais c’est fort douteux. Balzeret François Dainville ont signalé l’alcoolisme avec déterminations morbides du côté du foie chez deux malades atteints de xanthome plan miliaire généralisé (Soc. de Dermat . , 1905).

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