II. — Xanthome glycosurique. — Xanthélasma des diabétiques
Xanthome rémittent ou intermittent des gly cosur iques (E. Besnier).
Addison et Goll signalèrent en 1851 pour la première fois la coexistence du xanthélasma et du diabète sucré chez le même sujet. Depuis lors, et surtout depuis 1880, ces cas se sont assez multipliés pour qu’on ait créé une forme morbide distincte. (Voir l’article de Bodin dans la Pratique dermatologique pour la discussion de la légitimité de cette conception.)
Symptômes. — Les paupières sont le plus souvent mais non toujours indemnes. L’éruption est d’ordinaire plus diffuse, plus disséminée que dans la forme vulgaire.
Elle se localise de préférence vers les coudes, les genoux, les poignets, les chevilles, les fesses, le cuir chevelu, parfois la muqueuse buccale. Elle affecte rarement les autres muqueuses, très rarement la paume des mains et la plante des pieds.
Les éléments éruptifs sont situés dans la couche profonde du derme ou dans le tissu sous-cutané. Ils sont tantôt isolés, tantôt réunis par petits groupes irréguliers, parfois disposés en traînées linéaires plus ou moins rectilignes ou incurvées. Assez fréquemment ils se développent autour des follicules pileux, et chez certains sujets ils donnent au premier abord l’impression d’une kératose pilaire spéciale : ils coexistent d’ailleurs parfois avec des éléments de kératose pilaire et semblent prendre naissance à leur niveau.
Ils appartiennent aux types tubéreux, papuleux et en tumeurs : ils peuvent arriver h avoir le volume d’une noisette et même d’une noix.
Ils se distinguent des éléments du xanthome vulgaire parleur consistance ferme, par leur base inflammatoire d’une teinte rouge sombre ou même violacée ; leur sommet seul est jaunâtre. Ils peuvent même être entourés d’une zone rosée érythémateuse.
XANTHOMES
Ils s’accompagnent souvent, surtout au début, de symptômes douloureux, tels que du prurit, de la cuisson, des brûlures, des picotements, et ils sont sensibles au toucher.
Les malades ont du diabète sucré d'intensité variable, souvent intermittent ; et il n est pas rare que la glycosurie ait totalement disparu, tandis que les manifestations cutanées continuent à évoluer.
Le xanthome glycosurique se montre brusquement, se constitue complètement en quelques semaines, parfois même en quelques jours. Il peut présenter des périodes successives d augment et de déclin ; il peut même disparaître totalement pour reparaître après un laps de temps variable et ainsi de suite.
Cavafy a vu les lésions du xanthome glycosurique s’enflammer, aboutir à l’ulcération et laisser des cicatrices.
Anatomie pathologique. — « Le derme présente une infiltration périvasculaire avec dilatation des vaisseaux papillaires et gonflement de leur endothélium ; l’infiltration cellulaire est considérable : à la périphérie elle est diffuse et constituée par des cellules rondes lymphoïdes et des cellules fusiformes, tandis qu’au centre elle est formée de cellules épithélioïdes, à protoplasma granuleux, ayant la morphologie des cellules xanthélasmiques.
« Tout à fait au centre de cet amas cellulaire, le tissu pathologique n’offre plus de structure, et l’on trouve seulement une zone de dégénérescence granulo graisseuse qui s’est formée par désintégration des cellules xanthélasmiques. La graisse n’est donc pas seulement contenue dans les cellules, elle se trouve aussi en dehors d’elles ; de plus elle formerait des gouttelettes plus grosses que dans le xanthome vrai. » (Bodin d’après Tôrôk).
Le qui caractérise donc ce processus c’est une allure plus inflammatoire que dans le xanthome vrai, se traduisant par une infiltration marquée de cellules lymphoïdes, et en outre par des lésions dégénératives. (Bodin, Pratique Dermat.)
Étiologie. — Ce qui domine l’histoire de cette forme morbide, ce sont ses étroites relations avec le diabète sucré. Hallopeau a émis l’hypothèse que la glycosurie serait due à la production dans le pancréas de nodules xanthélasmiques.
Diagnostic des xanthomes. — Il suffit, dit-on, d’avoir vu un cas de xanthome pour toujours reconnaître cette affection. C’est vrai en grande partie. Cependant nous avons vu de petits kystes sébacés des paupières et des joues simuler le xanthome à s’y méprendre : on n’a pu faire le diagnostic que par la ponction exploratrice.
La dégénérescence colloïde du derme diffère du xanthélasma par la transparence de ses éléments ; V urticaire pigmentée s’en distingue par son évolution, par sa forme, par le prurit.
Traitement. — Traitement interne. — Ce que l’on connaît du traitement interne du xanthélasma est fort peu satisfaisant. On s’efforcera de combattre les états généraux avec lesquels il paraît être en relation, et surtout le diabète. E. Besnier administrait autrefois le phosphore sous la forme d’huile phosphorée à la dose de 1 à 6 milligrammes par jour pendant dix jours ; puis pendant un mois, il donnait de la térébenthine à la dose quotidienne maxima de 10 grammes. Puis il a employé les alcalins et prescrit la térébenthine avec persévérance à doses modérées.
Traitement externe. — Comme traitement local, il n’y a guère que le raclage, l’excision ou la destruction au fer rouge qui soient efficaces contre le xanthélasma . vrai ; il faut bien prendre garde de ne pas aller trop profondément quand on pra- Brocq. — Dermatologie. II.
NÉOPLASIES CUTANÉES
tique ces opérations aux paupières, sinon on pourrait produire des cicatrices vicieuses, un ectropion ou de l’épiphora.
On a proposé de se servir de l’électrolyse et des caustiques acides, en particulier du plus maniable d’entre eux, de l’acide acétique. Stern a conseillé de faire des applications de collodion au sublimé à 10 p. 100 : il se produit des escarres profondes ; puis, après leur cicatrisation, le xanthélasma a disparu. Ce procédé nous paraît, à priori, peu recommandable.
Dans le xanthélasma des diabétiques, lorsqu’il y a des phénomènes inflammatoires ou douloureux, on fait des applications émollientes, ou l’on se sert de pommades antiprurigineuses à l’acide phénique ou à l’essence de menthe.
Wilmott Evans en 1902 et H. H. Whitehouse en 1904 (Am. Derm. Assoc. p. 106) ont employé avec succès les rayons X contre le xanthome.
SARCOMES
On sait que l’on donne le nom de sarcomes à des tumeurs formées de cellules conjonctives embryonnaires ou plus simplement à des tumeurs conjonctives embryonnaires. Nous renvoyons aux ouvrages spéciaux pour l’étude générale du sarcome et nous nous contenterons de mentionner ce qui est plus spécial à la sarcomatose cutanée.
Généralités. — C’est Kôbner qui en 1869 publia la première description de cette affection : depuis lors ont paru de nombreux travaux parmi lesquels nous signalerons ceux de Kaposi, E. Vidal, de Amicis, Nevins Hyde, Hallopeau, Schwimmer, Hardaway, M. Aberastury, et surtout l’excellente thèse de Perrin, et son article Sarcomes de la Pratique dermatologique.
Voici, d’après cet auteur, la différenciation des divers sarcomes de la peau :
« La sarcomatose cutanée constitue un groupe complexe d’affections que l’on peut diviser en sarcomes primitifs et en sarcomes secondaires.
« La sarcomatose primitive idiopathique peut être à foyer unique ou à foyers multiples; la sarcomatose cutanée secondaire, métastatique, peut être consécutive soit à un sarcome initial, localisé à la peau, soit à une tumeur primitive viscérale, ganglionnaire ou osseuse.
« La sarcomatose primitive, multiple de la peau est de beaucoup la plus intéressante pour le dermatologiste. Elle comprend plusieurs types : dans le premier (type Kaposi) qui est le plus fréquemment observé, les productions morbides sont symétriques, débutent par les mains et les pieds, et s’étendent plus tard aux membres, à la face; les nodosités sont infiltrées dans le derme, présentent une coloration bleue ou brun rougeâtre ; au point de vue histologique c’est un sarcome globocellulaire avec une plus ou moins grande quantité de pigment hématique.
« Dans le second type, le début a lieu par un point quelconque du corps, les tumeurs sont le plus souvent hypodermiques : au point de vue histologique, il s’agit de sarcomes globo-cellulaires simples, c’est-à-dire non pigmentaires (Perrin).
« Entre ces deux types nettement caractérisés, il existe un certain nombre de cas intermédiaires ou hybrides qu’il est difficile de classer.
« Enfin, la troisième variété est constituée par le sarcome mélanique, dont les cellules sont chargées d’un pigment noir spécial. Ce sarcome mélanique n’est autre chose qu’un sarcome à la fois fuso et globo-cellulaire dont les cellules ont
SARCOMES
été envahies par des granulations spéciales. Ces granulations sont grises ou noires, très réfringentes, parfois réunies en petits blocs; on n’est pas encore bien fixé ni sur leurs réactions chimiques, ni sur l’origine de leur matière colorante, désignée sous le nom de ïué! cinme . Ils ont une gravité spéciale, une malignité extrême, ils se généralisent rapidement, et plus souvent peut-être que les autres sarcomes, par la voie lymphatique. 11 constituent un groupe parfaitement distinct h »
« En résumé, voici la division que nous suivrons dans la description des sarcomes de la peau :
1 ABLEAC DES SARCOMES DE LA PEAU (d’après Perrin).
a. Type Kaposi. Globo-ccllulaire pigmentaire, déi but par le derme, symétrique.
\ 1° Généralisés primitifs ' ^ Tyhe hypodermique. Globo-cellulaire simple, non Sarcomes / f pigmentaire (Perrin), sans localisation systéma-
I \ y. Sarcomes mélaniques- . (Primitifs. Secondaires).
2° Généraliser secondaires \ )!° ^ une humeur ^oc^s®e cutanée.
V ' 2° A une tumeur viscérale, ganglionnaire, osseuse. »
(Perrin, Pratique Dermat., t. IY, p. 208, 210.)