I. Strophülus simplex
Symptômes. — Le stropliulus simplex , est certainement fort voisin des éruptions urticariennes. Il apparaît presque toujours à propos d’une crise de dentition ( feux de dents). Il est constitué par de nombreuses papules disséminées çà et là sur plusieurs points du corps, distinctes les unes des autres, du volume d’une grosse tête d’épingle, à base rouge, à sommet presque toujours excorié. Elles ressemblent à des éléments de prurigo simplex aigu. (Voir ce mot.) Elles reposent parfois sur des taches érythémateuses de dimensions variables, stropliulus simplex intertinctus) . Parfois elles sont très nombreuses, voisines les unes des autres, petites et constituent alors la variété à laquelle on a donné le nom de Stropliulus simplex confertus. Le prurit est intense : la durée de l’affection varie de quelques jours à quelques semaines ; dans ce dernier cas, il se produit des poussées subintrantes ou des récidives de l’affection. (Voir l’article prurigo simplex.)
IL Stropiiulus pruriginosus.
Symptômes. — Le stropliulus pruriginosus de Hardy ( scrofulide boutonneuse bénigne de Bazin) est essentiellement « caractérisé par la présence de deux éruptions papuleuses. Dans l’une, les papules sont assez volumineuses, de la grosseur d’un grain de millet, d’une couleur blanche ourose ; leur sommet entier est acu-
STROPHULUS
miné, ou déchiré et recouvert d’une petite croûte jaunâtre ; elles ont quelquefois une aréole rose : ces papules appartiennent au strophulus.
« L'autre éruption est constituée par une petite croûte noire, saillante, formée par du sang desséché ; ce sont de véritables papules de prurigo excoriées ; et cette espèce de strophulus a précisément pour caractère essentiel ce mélange de papules de strophulus et de prurigo.
«Au début de la maladie, l’éruption appartenant au strophulus est assez abondante, mais plus tard les saillies prurigineuses dominent, et Ion comprend très bien que l’on ait considéré alors la maladie comme une simple variété de prurigo.
« Quelquefois l’éruption est encore plus complexe, et l’on rencontre en outre des taches rouges exanthématiques, des plaques d’urticaire, et même des pustules d’ecthyma. La maladie s’accompagne de démangeaisons souvent très vives qui s’exaspèrent pendant la nuit.
« Les éléments éruptifs siègent surtout aux membres supérieurs, à la partie supérieure du tronc et de la face. » (Hardy.)
Cette affection a une durée des plus longues; c’est bien évidemment la phase de début du prurigo de Hebra chez les enfants en bas âge.
Comment on doit comprendre le strophulus . — Ce qui précède indique que sous le nom générique de strophulus on a autrefois décrit presque toutes les éruptions papuleuses des enfants. Il est probable que ce mot disparaîtra tôt ou tard de la nomenclature dermatologique, et nous n’en avons parlé ici que pour mettre un peu de netteté sur ce point dans l’esprit des praticiens.
Les strophulus ne sont en somme que des éruptions sudorales, des éruptions artificielles, des érythèmes, et surtout des urticaires papuleuses, des prurigos simplex (lichen simplex aigu d’E. Vidal), des débuts de prurigo de Hebra (lichen polymorphe ferox d’E. Vidal). (Voir ces mots.)
Étiologie. — Ces éruptions surviennent, comme nous l’avons dit plus haut, sous l’influence de la mauvaise hygiène, de la misère, de l’alimentation défectueuse, des troubles digestifs, de la chaleur, de la malpropreté, de contacts irritants, de crises de dentition, etc.
Diagnostic. — En présence d’une éruption infantile, il faut d’abord et avant tout rechercher s’il n’existe pas un parasite qui puisse en donner l’explication immédiate. On penseraà la phtiriase si fréquente dans la première et la seconde enfance, à la gale dont on trouvera les sillons caractéristiques aux mains et aux pieds, aux puces, aux punaises et aux cousins dont on reconnaîtra la présence s’il existe des piqûres rouges avec aréole rosée périphérique, etc.
Si l’on ne trouve pas de parasites, on étudiera l’éruption, et, d’après son aspect, on diagnostiquera soit un érythème (rougeur en nappe), soit une éruption sudorale (petits éléments miliaires assez abondants), soit une éruption artificielle (régularité et localisations spéciales des éléments éruptifs), soit une urticaire papuleuse (élevure caractéristique), soit un strophulus simplex, c’est-à-dire un prurigo simplex aigu si l’éruption est composée de papules isolées, acuminées, semblables à celles dont nous venons de donner la description, soit enfin un strophulus pruriginosus, c’est-à-dire un début de prurigo de Hebra, si l’affection est rebelle, sujette à des récidives, si elle présente l’aspect et les localisations caractéristiques, si elle se complique rapidement de lichénification et d’eczématisation.
Traitement. — Nous renvoyons par conséquent, pour l’exposé du traitement des strophulus, aux diverses affections auxquelles ils correspondent.
Nous dirons cependant que la médication des éruptions prurigineuses infantiles nous semble surtout dominée par deux indications :
1° Au point de vue interne: Donner une alimentation convenable.
On ne saurait trop se pénétrer de l’importance du rôle de l’alimentation défectueuse dans les éruptions prurigineuses des enfants. Cette influence se fait sentir soit parce que l’enfant étant au sein la mère a une nourriture insuffisante, mauvaise, ou prend de l’alcool et du café, soit parce que l’enfant est élevé au biberon avec du lait de mauvaise qualité ou qui ne lui convient pas, soit parce qu’il mange trop tôt, etc...
11 faut donc régulariser l’alimentation, prescrire le régime lacté exclusif avec du lait d’excellente qualité, ou bien avec du lait stérilisé, donné en petite quantité toutes les deux heures. Quand il est mal supporté, on y ajoute un peu d’eau de Vichy ou de bicarbonate de soude ; quand il se produit de la diarrhée, on le coupe avec un peu de tilleul et d’eau de chaux : au besoin on impose pendant quelque temps la diète hydrique. Enfin, quand le lait est réellement mauvais pour l’enfant, on lui donne du babeurre, ou bien on l’alimente avec des bouillies.
Comme adjuvant au traitement dans les cas les plus rebelles, nous prescrivons quelques gouttes de teinture de belladone et d’eau distillée de laurier-cerise. (Voir pour plus de détails les articles Prurigo et urticaire.)
2° Au point de vue externe : Prendre des soins absolus de propreté.
Dans beaucoup de cas, pour voir les éruptions guérir, il suffit de tenir l’enfant avec la plus grande propreté, d’empêcher les contacts irritants de linges souillés, de langes en laine ou en flanelle ou en grosse toile rude, etc... de le laver plusieurs fois par jouravec de l eau bouillie, à laquelle on peut ajouter du vinaigre, de l’eau de Cologne, ou de l’eau blanche, de le poudrer avec de la poudre d’amidon et de lycopode, ou bien avec du carbonate de bismuth ou de l’oxyde de zinc, et de mettre directement en contact avec les téguments des linges en toile fine et usée.
Nous devons rappeler ici les intéressantes recherches de Jacquet surles urticaires et les éruptions prurigineuses : on sait qu’il suffit d’un enveloppement bien fait pour voir dans beaucoup de cas le prurit cesser et les éruptions disparaître ; malheureusement l’enveloppement n’est pas facile chez les enfants. Les emplâtres à la glu, ou à l'oxyde de zinc, ou à l’huile de foie de morue rendent dans ce sens des services lorsque la peau est tolérante.
(Pour plus de détails, voir les articles Eczéma, Érythème , Urticaire , Lichen , Prurigo.) •
B. — PRURIGO SIMPLEX
Comme nous venons de le voir, le strophulus simplex de Hardy correspond au lichen simplex aigu d’É. Vidal et aux formes aiguës de ce que nous avons décrit sous le nom de prurigo simplex. Ces éruptions sont uniquement constituées par des papulo-vésicules urticariennes disséminées.
Étiologie. — Quoiqu’on puisse observer le prurigo simplex à tout âge, il semble néanmoins être plus fréquent chez les jeunes sujets à peau fine et blanche, dans la première et la deuxième enfance et entre quinze et trente ans. Les deux sexes y sont également prédisposés. Il se développe surtout au printemps, en été, dans la première partie de l’automne : il est rare en hiver. Les cas surviennent par séries, comme s’ils étaient soumis à une certaine influence épidémique, ou saisonnière.
PRURIGO SIMPLEX
Assez souvent les malades attribuent leur éruption à des sueurs abondantes, parfois à des écarts de régime. Nous avons noté de la nervosité chez les sujets ou chez leurs ascendants.
Mode dedébut. — Le mode de début de l’éruption estd’ordinaire assez subit. Parfois nous avons observé un certain état général, mais des plus légers, une minime réaction fébrile, de l’anorexie, du malaise. Presque toujours il y a intégrité presque parfaite de l’état général. Les malades sont pris de l’éruption sans aucune cause apparente, ou tout au moins sans phénomène prémonitoire ou concomitant assez net pour frapper leur esprit.
Chez quelques sujets, nous avons constaté de la dilatation gastrique : il est possible qu’il y ait eu chez eux des troubles digestifs, qu’ils aient commis des écarts de régime, mais il est souvent difficile d’admettre cette étiologie.
Dans quelques cas, le début semble se faire par des éléments urticariens, ou tout au moins les papules caractéristiques semblent se produire sur des éléments d’urticaire: la papule se forme alors sur une base d’un rose ou d'un rouge plus ou moins vif, légèrement ortiée, au centre de laquelle la saillie papuleuse caractéristique apparaît peu à peu, presque toujours rapidement. Il est même possible d’observer parfois cà et là disséminés des éléments d’urticaire simples, sans papule centrale concomitante.
Plusieurs de ces malades, pour ne pas dire presque tous, ont la peau urticarienne, ou, pour parler plus exactement, sont en imminence d’urticaire : c’est-à dire qu’il suffit d’exercer le plus léger traumatisme sur leurs téguments pour déterminer l’apparition d’éléments d’urticaire. C’est là une circonstance des plus importantes; néanmoins elle peut faire défaut. Les éléments éruptifs typiques deviennent plus turgescents quand on les gratte ou quand on les frictionne.
L’éruption débute d’ordinaire par les membres supérieurs' et en particulier par la face externe des avant-bras, autour des coudes ; parfois au contraire elle envahit tout d’abord le cou, les membres inférieurs : parfois aussi il est impossible de préciser exactement les premières localisations; l’éruption semble alors se produire simultanément aux divers lieux d’élection.
Aspect de V éruption. — La maladie que nous étudions est uniquement constituée, au point de vue objectif, par un élément éruptif toujours à peu près identique, et qui ne subit pour ainsi dire jamais aucune modification importante ni dans son aspect ni dans son évolution typique. C’est donc une dermatose éminemment monomorphe .
La lésion élémentaire caractéristique est essentiellement une papule. C’est une petite saillie congestive, rosée d’abord, pouvant devenir d’un rouge plus ou moins vif, nettement surélevée au-dessus du niveau des téguments, et donnant au toucher la sensation d’une élevure solide. Elle semble se former avec rapidité ; peut-être, mais ce point reste à démontrer d’une manière précise, le fait-elle sous l’action des frottements.
Ses limites sont assez nettes, un peu diffuses cependant comme celles de tous les éléments érythémateux, surtout lorsqu’elle a une hase urticarienne (voir plus haut). Ses dimensions varient de celles d’une moyenne tête d’épingle à celles d’une très grosse tête d’épingle; parfois même elle dépasse ce volume et atteint celui d’une petite lentille, mais c’est assez rare. Comme nous venons de l’indiquer, sa coloration varie du rose pâle au rouge plus ou moins vif. Cette teinte s’efface d’ordinaire au début complètement ou presque complètement par la pression du doigt :
plus tard, il reste une certaine teinte un peu bistre. Dans quelques cas il se produit au centre des papules de petites extravasations sanguines purpuriques.
La forme delà papule est celle d’un cône tronqué et arrondi au sommet ; parfois elle est comme aplatie, parfois légèrement hémisphérique, plus rarement tout à fait acuminôe.
Quand elle est toute jeune, il est presque toujours possible en la regardant avec beaucoup d’attention d’apercevoir à son sommet une légère teinte blanchâtre, opaline, laquelle prend parfois une coloration un peu jaunâtre. En perçant avec précaution l’épiderme du sommet, on peut en faire sourdre une très petite quantité (nous disons une très petite quantité et non une gouttelette, car ce n’est pas une
Fig. 247. — Prurigo simplex aigu du dos chez un adulte (vue d’ensemble).
gouttelette) d’un liquide transparent sans le moindre mélange de sang quand la petite opération a été faite avec assez de soin. On ne peut dire cependant que l’élément typique soit d’ordinaire une papulo-vésicule, car il n’y a pas là de vésicule bien nette, du moins dans la grande majorité des cas. Tous les éléments jeunes ne présentent pas à leur sommet la teinte opaline dont nous venons de parler, et il en est chez lesquels on ne peut faire sourdre de la sérosité après avoir dilaeéré l’épiderme du sommet. Par contre il y en a, surtout chez certains malades, qui renferment une quantité de liquide plus considérable, et qui semblent être de vraies papulo-vésicules. Parfois même le liquide devient, avec le progrès de l’évolution des éléments, franchement louche, quasi purulent, et l’on se trouve alors en présence de papulo-pustules : mais ce dernier aspect est d’une assez grande rareté.
L’importante particularité que nous venons d’étudier explique les aspects que prend la papule à mesure qu’elle évolue. Elle se recouvre en effet bientôt à son centre d’une sorte de croritelle adhérente dont les dimensions sont celles d’une
PRURIGO SIMPLEX
petite ou d’une moyenne tête d’épingle, dont la coloration varie du jaune brunâtre au brun foncé.
Quand on enlève cette croûte avec l’ongle, ce qui se fait avec d’autant moins de facilité que la papule est plus récente, on trouve au-dessous d’elle, si la papule est jeune, une dépression assez profonde, d’un rouge vif, humide, plus on moins sanguinolente : si la papule est plus ancienne, cette dépression est un peu moins marquée, d’un rouge d’autant moins intense et d’une sécheresse d’autant plus grande que la papule est plus près de sa régression complète. Si on ne l’arrache pas mécaniquement , la croûtelle finit par se détacher toute seule quand la papule s’est résorbée, et elle laisse au-dessous d’elle une légère pigmentation brunâtre qui finit par disparaître; cette pigmentation peut faire complètement défaut; elle peut être remplacée , chez les personnes qui se sont grattées, par de petites cicatricules blanches arrondies, d’aspect nacré, qui persistent pendant fort longtemps.
Autour de la croûtelle, se produit souvent une fine desquamation lamelleuse qui disparaît en même temps que la croûtelle, ou après la résolution de la papule, quand la croûtelle a été mécaniquement arrachée. Parfois, l’aspect de la croûtelle est celui d’une line squame nacrée, portant à son centre un petit disque plus épais et plus coloré.
Au premier abord , on croit , en voyant les croûtelles qui couronnent les papules, qu’elles sont le résultat d’excoriations dues au grattage. Nousmême, nous en avons longtemps été convaincu, malgré les dénégations de quelques malades qui nous affirmaient avoir fait tous leurs efforts pour ne pas se gratter. D’après l’analyse minutieuse des faits cliniques, nous pensons Fig. 248. — Prurigo simplex aigu de l’avant-bras maintenant que la croûtelle centrale et des mains (phase initiale, urticarienne) .
est presque toujours le résultat de
1 évolution naturelle de la papule et de la dessiccation de la pseudo-vésicule que nous avons constatée au sommet de la papule jeune. Il est toutefois indéniable que certains éléments sont excoriés et qu’ils présentent dans ce cas la croûtelle noirâtre sanguinolente de l’élément éruptif considéré comme typique du prurigo
Brocq. — Dermatologie. II.
parasitaire. C’est surtout alors qu’il peut persister une cicatrice blanchâtre. Autrement, l’affection qui nous occupe disparaît, dans la grande majorité des cas, sans laisser la moindre trace de son existence.
La durée de chaque élément éruptif est un peu variable : il y en a, en effet, comme nous l’avons dit plus haut, qui sont en quelque sorte avortés, mal venus, qui n’ont ni liquide central, ni croùtelle, ou tout au moins qui n’ont qu’une croûtelle insignifiante, et qui disparaissent par résorption en trois ou quatre jours. Les
éléments ordinaires mettent en moyenne de six à huit jours pour évoluer. Ceux qui sont irrités par le grattage ou par les frottements peuvent persister encore plus longtemps.
Tel est l’élément caractéristique du prurigo simplex.
Localisations et mode de groupement de l’éruption. — Les régions qui sont de beaucoup les plus atteintes par l’éruption sont la face externe des membres et surtout les faces d’extension des avant-bras, les coudes vers l’olécràne, les genoux vers la rotule, la face dorsale des mains et des doigts. Puis viennent le cou, les fesses, les régions antérieures et postérieures du tronc, la face dorsale des pieds. Les surfaces de flexion sont toujours peu ou point prises, ainsi que les grands plis articulaires ;
PRURIGO SIMPLEX
la face n’est que rarement intéressée dans les formes aiguës : cependant, même dans ces cas, nous avons observé des éléments éruptifs au front, aux oreilles, et un peu aux joues. Les règles que nous venons de poser sont assez constantes, néanmoins elles n’ont rien d’absolu : c’est ainsi que nous avons pu voir le tronc couvert d’une éruption abondante.
Un des caractères majeurs de la maladie est la dissémination des lésions. Presque toujours les éléments éruptifs sont isolés les uns des autres suivant le type sparsus. Il est plus rare de les voir apparaître en assez grande abondance pour se réunir suivant des lignes plus ou moins irrégulières, suivant des groupes qui sont d’ailleurs toujours minuscules et mal délimités : on observe surtout cette dernière disposition vers les coudes, les genoux, les surfaces d’extension des avant-bras; mais même alors chaque papule est nette, reconnaissable, bien individualisée; elle n’est que tangente aux papules voisines par sa base rouge ; elle ne forme jamais avec elles, par confluence étroite, de véritables plaques d’infiltration au niveau desquelles les éléments seraient confondus dans un même gâteau inflammatoire.
Nous devons également noter qu’il ne se produit pas, dans le type que nous étudions, de lichénification vraie des téguments. C'est encore là une particularité des plus importantes à spécifier pour l’appréciation exacte de la place qu’on doit assigner au prurigo simplex dans le cadre nosologique.
Évolution. — L’affection évolue par production successive de nouvelles papules. Parfois la première poussée est la plus considérable, la plus généralisée ; puis elle est suivie de poussées subintrantes de moins en moins fortes jusqu’à ce qu’il ne se forme plus d’éléments nouveaux. Parfois, au contraire, les premières poussées sont assez circonscrites, peu violentes, puis graduellement l’éruption se généralise, se prolonge par production incessante de papules* nouvelles, alors que les anciennes guérissent, puis les poussées deviennent moins intenses et finissent par cesser. On peut aussi observer des périodes très passagères d’accalmie, puis des recrudescences.
La durée totale de l’affection peut varier dans d’assez larges proportions suivant les cas. Dans les faits que nous considérons comme des exemples typiques des formes aiguës, elle est de deux semaines à deux mois environ.
La terminaison est la guérison par restitutio ad intégrum des téguments, car les pigmentations, lorsqu’elles se produisent, finissent presque toujours par disparaître, et les cicatrices blanches que nous avons mentionnées sont, quand elles existent dans ces cas aigus, assez peu nombreuses et assez peu marquées pour être négligeables.
Mais les récidives sont possibles : elles semblent même, d’après ce que nous avons vu, être relativement fréquentes, et se reproduire d’une manière assez régulière à certaines saisons.
D’autre part, on voit parfois des éruptions exactement analogues (comme aspect, localisations, phénomènes subjectifs) à celles que nous venons de décrire, durer beaucoup plus longtemps, plusieurs mois, en évoluant par poussées successives. Ce sont des formes dignes du nom de subaiguës et sur lesquelles nous allons revenir un peu plus loin.
Phénomènes subjectifs. — Tous les malades qui sont atteints de cette affection présentent des phénomènes douloureux. Certains d’entre eux nous ont nettement affirmé que ces phénomènes douloureux avaient précédé toute éruption : c’est là un fait des plus importants (voir les travaux de Jacquet sur la pathogénie de la
lésion cutanée dans quelques dermatoses vaso-motrices : Annales de dermatologie, 1890, p. 487), qui demande des recherches plus précises afin de pouvoir établir d’une manière rigoureuse quelle est la véritable chronologie des symptômes. Il est fort possible qu’ici, comme dans beaucoup d’autres affections cutanées, le prurit soit pré-éruptif (Jacquet), et que l’éruption n’en soit qu’une sorte de conséquence.
Les sensations éprouvées par les malades sont plus ou moins vives suivant les cas : cependant elles sont presque toujours intenses. Elles sontrarement continues ; elles présentent des périodes de calme complet ou relatif de quelques heures, suivies d’exacerbations. Celles-ci se produisent surtout le soir et pendant la nuit; parfois elles causent de l’insomnie, et par leur violence sont absolument intolérables : ce sont des sensations de prurit, de piqûres, de picotements, d’élancements, parfois de brûlures.
Phénomènes éruptifs concomitants. — Il est rare d’observer, chez les malades atteints de prurigo simplex, d’autres éruptions que les papules caractéristiques. Cependant nous avons déjà mentionné la coïncidence relativement fréquente chez eux d’éruptions urticariennes. On peut même se demander si parfois cet élément urticarien ne doit pas être considéré comme faisant partie intégrante de la dermatose. Il semble, en effet, que le début se fasse assez souvent par une poussée d’urticaire vraie : plus fréquemment encore les papules se forment sur une base rosée à type ortie. Pendant le cours même de l’éruption, on peut voir survenir, ça et là et à diverses reprises, des éléments typiques d’urticaire. Beaucoup de ces malades sont donc, comme nous l’avons déjà dit, des sujets en puissance d’urticaire.
Parfois les papules excoriées s’enflamment et donnent ainsi naissance à des pustules d’inoculation : parfois aussi des groupes de papules irritées prennent un développement un peu plus considérable et s’entourent d’une certaine infiltration inflammatoire du derme ; mais ces accidents sont en somme fort rares.
On n’observe presque jamais dans cette affection ni eczématisation', ni véritable lichénification. Cependant nous avons constaté chez certains sujets atteints de cette affection de petits placards isolés d’eczéma. (Faits de passage vers l’eczéma papulo-vésiculeux : voir ce mot.)
Anatomie pathologique. — Voici ce qu’en ditDarier : «La papule récente de prurigo est constituée par un état inflammatoire aigu de l’épiderme. A son sommet se trouve une sorte de plaque lenticulaire formée par des cellules en dégénérescence colloïde, plaque apparaissant à l’examen clinique sous la forme d’une tache jaunâtre. Au-dessous se produit une vésiculation active du corps muqueux de Malpighi. A sa base existe un œdème inflammatoire plus ou moins étendu du corps papillaire qui se traduit par l’apparence urticarienne. La vésicule une fois constituée, est destinée à se dessécher, puis il y a exfoliation de l’épiderme malade ; ou bien elle est déchirée dans les manœuvres de grattage. »
Darier, dans le même travail ( Société Française de Dermat., 20 juillet 1893), signale ce fait capital, que cette histologie est identiquement celle du strophulus pruriginosus (fait que nous avions déjà annoncé avec E. Vidal), que c’est également celle des papules récentes du prurigo de Hebra.
C’est là pour nous une constatation de la plus haute importance, car elle nous permet d’asseoir toute notre conception des prurigos sur une base à la fois clinique et anatomo-pathologique.
PRURIGO SIMPLEX
Résumé. — En somme, les faits qu’avec E. Vidal nous avons décrits autrefois sous le nom d q lichen simplex aigu , sont caractérisés : 1° avant tout, au point de vue objectif, par une éruption de petites papules congestives à aspect spécial; 2° par des phénomènes douloureux accompagnant et probablement même précédant l’éruption ; 3° par une évolution affectant le type des poussées subintrantes, parfois successives, mais à allures aiguës ; 4° parla dissémination des lésions qui affectent le type sparsus et qui sont surtout localisées vers les surfaces d’extension ; 3° par l’absence habituelle d’eczématisation et de lichénification vraie ; 6° par la présence très fréquente sinon constante d’un élément urticarien. Tel est notre ancien lichen simplex aigu, notre prurigo simplex acutus actuel.
Diagnostic. — Ce type morbide diffère des autres types morbides connus.
Il ressemble beaucoup à V urticaire, et il est d’autant plus séduisant de poser dans ces cas le diagnostic d’urticaire, que les malades qui en sont atteints présentent presque toujours, comme nous l’avons vu, des lésions urticariennes. Cependant, en analysant de près tous les symptômes, on voit que l’assimilation n’est vraiment pas possible, à moins que l’on ne veuille étendre le cadre des urticaires d’une manière réellement abusive. Les papules et les papulo-vésicules que nous avons étudiées ne peuvent être assimilées ni à l’élément typique de l’urticaire vulgaire, ni aux diverses variétés qu’en décrivent la plupart des dermatologistes. Nous ne pouvons méconnaître néanmoins que nombre de faits analogues à ceux que nous étudions ont été décrits sous le nom d’urticaire papuleuse, que beaucoup d’auteurs ne les considèrent que comme des urticaires, et qu’on peut invoquer, pour soutenir cette opinion, la formation fréquente de la papule caractéristique sur une base d’urticaire : de telle sorte qu’il semble que cette papule soit une sorte de conséquence, de suite, de complication de cette urticaire. A cela nous répondrons que les papulo-vésicules si nettes, si minuscules, si bien définies de notre type sont bien spéciales comme aspect, comme évolution, comme anatomie pathologique, quoique étant, nous le reconnaissons, très voisines des processus urticariens. Quelque minime que puisse être l’élément pur d’urticaire, quelque modifié qu’il soit parle grattage et par les excoriations, il ne peut parvenir à former notre papule caractéristique avec sa croutelle centrale, laquelle n’est nullement d’ailleurs consécutive au traumatisme. La marche delà maladie, son évolution quasi-cyclique pendant plusieurs semaines, ne cadrent guère non plus avec la physionomie ordinaire des simples poussées d'urticaire.
Nous avons vu des dermatologistes porter le diagnostic d 'érythème papuleux chez des malades affectés de notre prurigo simplex acutus. Nous ne pouvons admettre cette interprétation. Quelque minime que soit un élément d’érythème papuleux, il n’a pas lapetitesse, la régularité, la forme de nos papules caractéristiques, il n’a pas les mêmes localisations; il ne s’accompagne pas surtout des mêmes phénomènes subjectifs. Mais nous reconnaissons qu’entre notre prurigo simplex acutus et nos dermatites polymorphes douloureuses aiguës il y a certaines analogies, l’évolution, les récidives fréquentes, les phénomènes subjectifs : tout cela doit rapprocher dans un graphique ces deux groupes morbides. On ne peut néanmoins les assimiler, car les éruptions diffèrent assez sensiblement d’aspect.
Le prurigo simplex acutus ne peut être confondu avec les miliaires. On sait que les éruptions sudorales ont des localisations spéciales qui ne sont pas celles de notre affection, que leurs éléments sont beaucoup plus petits que nos papules caractéristiques, qu’ils sont d’ordinaire beaucoup plus nombreux sur une surface
REACTIONS CUTANEES PURES
donnée : enfin leur pathogénie et leur évolution sont également bien différentes.
Nous pensons qu’on ne peut l’assimiler purement et simplement à Y eczéma papuleuxvrai : il ne présente jamais d’eczématisation vraie ; jamais il ne donne naissance à un placard infiltré, suintant, à propos duquel le diagnostic d’eczéma s’impose. Certes les éléments éruptifs sont assez souvent papulo-vésiculeux, mais ils sont toujours disséminés, distincts les uns des autres, jamais ils ne fournissent la moindre sérosité citrine empesant le linge, jamais ils ne s’accompagnent de desquamations successives.
Des raisons analogues nous permettent de le séparer nettement des prurigos diathésiques à forme objective eczèmato-lichènienne .
Il est relativement facile de le distinguer des formes typiques du prurigo de Hebra , puisque c’est une dermatose à allures aiguës, guérissable, pouvant débutera un âge quelconque et surtout entre quinze et vingt-cinq ans, ne se compliquant jamais ni d’eczématisation ni de lichénification vraie. Les différences entre ces deux types sont donc capitales, et il est bien certain qu’aucun dermatologiste de l’école de Vienne ne songera jamais à faire rentrer notre prurigo simplex aigu dans le prurigo. Et cependant, il y a une affinité réelle entre ces deux affections ; et cette affinité est établie par l’élément éruptif primitif, par notre papule pathognomonique.
Depuis longtemps déjà E. Vidal avait soupçonné d’étroites affinités entre son lichen simplex aigu et les éruptions infantiles dites stropliutus. Ses soupçons ont été dépassés par les résultats ultérieurs de l’analyse clinique minutieuse et de l’examen histologique (Darier) qui ont prouvé que, cliniquement et histologiquement, la papule caractéristique du prurigo simplex acutus, celle du strophulus pruriginosus des enfants, et celle du prurigo de Hebra au début étaient absolument identiques. Ainsi viennent d’être démontrées entre ces divers types morbides d'étroites relations que l’on ne saurait plus méconnaître.
Tel est le premier terme de la série : or, l’analyse des faits cliniques montre qu'il existe toute une gamme de faits de passage entre ce prurigo simplex acutus et des types dont les allures rebelles chroniques récidivantes rappellent au point de vue évolutif la physionomie du prurigo vrai de Hebra. Nous allons maintenant en donner un exposé aussi succinct que possible.
Formes subaigues et chroniques du prurigo simplex. — Il y a des faits, toujours uniquement caractérisés au point de vue objectif par la papulo-vésicule urticarienne que nous venons de décrire, qui persistent pendant longtemps, grâce à des séries successives de poussées aiguës séparées par des intervalles de calme relatif. 11 y en a dans lesquels les poussées successives sont subintrantes, de telle sorte que la crise éruptive dure plusieurs mois ; ce sont des faits vraiment dignes du nom de subaigus. Il en est enfin qui présentent une intensité beaucoup plus considérable de tous les symptômes morbides et une ténacité beaucoup plus grande : ils persistent ainsi pendant des années, en présentant presque toujours une certaine accalmie pendant l’hiver, une recrudescence au printemps et en été, plus rarement ils ont un type inverse : en somme ce sont des formes chroniques à poussées successives. Il est probable que ce sont des faits à peu près analogues qui ont été décrits par Hutchinson sous le nom de summer prurigo (Recurring summer éruption). (Voir Radcliffe Grocker, 3e édit., p. 304.)
Dans les faits les plus graves de cette série, bien que l’éruption ait toujours son grand caractère d’être surtout constituée par des éléments isolés, du type sparsus,
PRURIGO SIMPLEX
bien qu’il ne survienne aucune eczématisation, et qu’il n’y ait pour ainsi dire pas de lichénification véritable, les éléments éruptifs sont en certains points tellement nombreux, ils y ont provoqué tant de grattages grâce aux poussées successives incessantes qui s’y sont produites, que la peau y a subi certaines modifications simulant un léger degré de ce que nous avons appelé la lichénification diffuse. Il n’y a évidemment là rien qui puisse rappeler les plaques infiltrées, lichénifiées et eczématisées du prurigo typique de Hebra, mais il n’en est pas moins vrai que par
( M,l,aires j /Érythè
mes1.
\ papuleux^/ Dermatites \ /' • polymorphes’; ^douloureuses;
j Eczéma : papuleux :
> disséminé
Lichen • ruber acuminatus; neurotic us, ?
/ Prurigos diathesiques ;à forme
Iichémenne
Urticaires \ -\ aiguës !
; Urticaires ’>
rurigo
ferox
Strophulusp prung mosus/
y Prurigo typique de Heora
Graphique VI. — Graphique du Prurigo simplex montrant la constitution de ce groupe morbide et ses principales affinités.
ces caractères ce fait s’éloigne quelque peu du type pur simplex aigu pour se rapprocher quelque peu du type prurigo de Ilebra.
Ce sont donc bien là des faits à allures chroniques, récidivantes, rebelles, de grande intensité, ayant le même type objectif que le prurigo simplex aigu.
Ils se rapprochent beaucoup comme évolution, comme résistance an traitement, et même comme physionomie objective, de cette forme particulière de prurigo que nous avons décrite, E. Vidal et nous-même, sous le nom de prurigo ferox.
Seulement dans le prurigo simplex les papules sont minuscules, superficielles ; elles sont au contraire des pins volumineuses dans notre prurigo ferox; les phénomènes douloureux y atteignent une intensité excessive; parfois même on y observe de petites plaques, peu accentuées il est vrai, de lichénification.
Sans ces particularités qui ont bien leur valeur, l’assimilation entre ces deux types morbides pourrait être complète.
Eu suivant toujours la même série de faits, on en trouve qui sont analogues à ceux dont nous venons de parler, qui se caractérisent également au point de vue
objectif par des éruptions successives d’éléments papuleux minuscules identiques à la papule du prurigo simplex acutus, dans lesquels les phénomènes morbides disparaissent pendant l’hiver ou quand le malade habite des localités à climat très sain et tempéré, plutôt frais, et qui se reproduisent au contraire avec ténacité pendant les saisons chaudes, qui s’accompagnent de phénomènes douloureux, de prurit, dans lesquels il persiste des cicatricules, des pigmentations, etc. Ils diffèrent néanmoins quelque peu de ceux que nous venons d’étudier en ce que leurs éruptions sont beaucoup plus circonscrites, en ce qu’elles ont parfois, d’autres localisations. A cet égard, nous pourrions leur donner le nom d 'atypiques.
ïVature. Pathogénie. — La nature essentiellement congestive, pseudo-urticarienne et prurigineuse des lésions éruptives nous indique que le système nerveux doit intervenir dans leur production, et, ici, comme pour les dermatites polymorphes douloureuses, les modifications qu’il subit sont ou bien transitoires, superficielles, ou bien plus profondes et durables.
Mais si nous voulons aller plus loin et tâcher de préciser quelle est la nature réelle de la modification subie par le système nerveux, si elle est directe ou indirecte, si elle dépend ou non d’un choc nerveux, ou d’une intoxication quelconque de l’économie, nous nous égarons dans de pures hypothèses. Il est certain, comme nous l’avons dit dans l’étiologie, que fort souvent ces éruptions semblent être des toxidermies, mais elles ne le sont pas toujours, et, pour les bien comprendre, il faut les considérer comme des réactions cutanées (voir Pathologie générale.)
Nous avons établi plus haut les affinités de ce groupe : nous en donnons page 151 un graphique qui permettra de les saisir d’un simple coup d’œil. (Pour de plus amples détails, voir notre mémoire sur le prurigo simplex et sa série morbide ; Annales de Dermat. et de Syphiligr., 1894.)
Traitement. — Le traitement est des plus simples. Le plus souvent il suffit de prescrire au malade un régime alimentaire sévère analogue à celui de l’eczéma, des boissons émollientes, des purgatifs ou des laxatifs suivant les besoins. Si l’éruption est fort intense, très prurigineuse, on donne de la teinture de belladone; et, si l’état nerveux du sujet est très accentué, des préparations de valériane.
Au point de vue local, il faut conseiller les bains de son ou mieux d’amidon cuit de dix à quinze minutes de durée ni chauds ni froids, à la température du corps : si les démangeaisons sont vives, on y ajoute un à deux litres de vinaigre par bain. On peut se contenter de lotions biquotidiennes avec de l’eau de guimauve, de graine de lin, de décoction de têtes de camomille, additionnée ou non, suivant l’intensité des phénomènes douloureux, de décoction de têtes de pavots, d’eau blanche, de vinaigre, de solution phéniquée au 1/20 (une grande cuillerée par verre) ; puis on applique de la poudre d’amidon ou de lycopode pure ou mélangée d’un peud’oxyde de zinc ou de sous-nitrate de bismuth pulvérisé. S’il se produit en certains points des lésions inflammatoires par suite du grattage, on met des cataplasmes de fécule ou d’amidon à peine tièdes, presque froids, ou bien de la pommade à l’oxyde de zinc épaisse (oxyde de zinc 10 grammes, lanoline 15 grammes, vaseline pure 20 grammes) à laquelle on peut ajouter 1/100 ou 1/150 de menthol, d’acide phénique ou d’acide cyanhydrique médicinal au 1/100 pour combattre les démangeaisons.
Dans les formes chroniques presque tout échoue. Il faut alors s’adresser à l’état général, au système nerveux, modifier le mode d’existence du malade, souvent le
PRURIGO DE HEBRA
faire changer de résidence et de milieu. (Voir, pour plus de détails, l’article Prurigo de Hebra.)