HYSTERIE
D’après Renaut (de Lyon), la paralysie primitive des artérioles amène la rouqeur et l’insuffisance de débit des veinules l 'œdème congestif ou eeehymotique , la tension croissante du liquide exsudé dans les mailles inextensibles du derme efface bientôt la lumière des vaisseaux, (d’où l’aspect exsangue du centre de a papule ou de la raie ortiée ), et peut faire céder l’épiderme en bulles; si cet œdeme anémique dure, U se produit fatalement de la gangrène, que les germes apportes par les lésions de grattage aident à constituer (Gilles de la Tourette et G. Gasne).
On a décrit des sueurs, des érythèmes, de l'urticaire, du dermographisme, des œdèmes, des éruptions bulleuses, des gangrènes, des ecchymoses spontanées ou
stigmates sanglants.
a) Les érythèmes ont un siège très variable : ils s observent surtout au tronc et à la face Ils sont d’ordinaire assez circonscrits et peuvent s accompagner d une élévation de la température locale allant jusqu’à 2 degrés comparativement a celle du côté sain. Ils se montrent surtout au moment de 1 attaque et dispaiais-
sent avec elle. . , .
B) Les œdèmes hystériques selocalisentà un segment de membre ou a une partie
seulement d’un segment, le tiers inférieur d’un avant-bras, la main par exemp e. Ils évoluent sur un territoire paresthésie, dans lequel existent des douleurs spontanées, ou qui est, au contraire, anesthésique ou analgésique. Parfois leur evo ution s’accompagne de parésie ou de paralysie, souvent de contracture. Chez le même sujet, la forme de l’œdème peut varier d’une attaque a 1 autre, et les phtno mènes subjectifs varier avec l’apparence clinique. C’est ainsi que l’on peut o iserver un simple épaississement de la peau sans coloration anormale, une coloration rosée des parties œdématiées, enfin un œdème violacé ou bleu. Les sensations su jectives sont plus intenses dans l’œdème bleu. Dans l’œdème rosé il y a parfois une très nette augmentation de la chaleur locale. Le plus souvent 1 œdeme hyste-
rique est hypothermique. , ,
«Chez quelques malades, la crise d’œdème est précédée et annoncée par des frissons, des horripilations, des douleurs lancinantes.
« Ces œdèmes sont de consistance ferme, élastique; le doigt qui les déprimé n y détermine pas la formation de godet, ou le godet n’y persiste pas. Quand on les pique avec une aiguille, aucune sérosité ne s échappe par la piqûre, s son asy métriques le plus souvent, essentiellement variables dans leur évolution, tantôt stables, tantôt fugaces et migrateurs. Mais la durée en est généralement longue : elle peut être de deux ans et plus.
«Les œdèmes hystériques ne se produisent que chez les hystériques a terrain prédisposé. Cette prédisposition serait à étudier dans sa nature ; il est bien probable quelle dépend des auto-intoxications, des émotions, de l’influence des agents atmosphériques, des traumatismes. » (Lenglet , Pratique dermatologique.)
Il faut rattacher à ces œdèmes le sein hystérique qui a pu faire croire a des
tumeurs et pour lequel on est parfois intervenu *.
> Les hémorragies cutanées se développent chez les hystériques avec une inconcevable facilité. Rien de plus fréquent que d’observer chez ces malades, surtout sur les membres, de nombreuses ecchymoses que l’on appelle ecchymoses spontanées. Les traumatismes les plus légers les provoquent. On a constaté des sueurs sanglantes (stigmatisées), des hémorragies par le mamelon, etc.
3) La gangrène hystérique est d’ordinaire précédée d’œdeme bleu, domptions
' Pour l’étude du dermographisme dans l’hystérie, voir l'article Dermographisme.
pemphigoïdes, d’accidents urticariens; elle se produit dans des territoires douloureux; en deux ou trois jours l’escarre est complètement formée et le sillon d’élimination se dessine. Mais l’évolution ultérieure est lente, et le plus souvent les cicatrices sont hypertrophiques : la chéloïde est l’aboutissant général de ces gangrènes.
«La gangrène hystérique est fréquemment consécutive à un traumatisme local dont l’intensité est disproportionnée avec l’effet produit. Cette vulnérabilité toute spéciale de la peau dans l’hystérie vaso-motrice rend particulièrement facile la simulation, mais elle suffit à expliquer, en dehors de toute supercherie, les surprenantes lésions que présentent souvent ces malades par le simple fait de l’autosuggestion L
s) « Les stigmates sont des phénomènes de cet ordre...
«Ont été également signalés dans l’hystérie, Y urticaire, Y eczéma,, 1 q prurigo, les taches pigmentaires, le vitiligo , les éruptions papuleuses et lichénoïdes, la chute des cheveux, des ongles, les ulcérations buccales, Y atrophie dentaire, enfin le pemphigus hystérique » (Lenglet, loc. cité), dont nous allons dire quelques mots.
Y]) Pemphigus hystérique. — La question du pemphigus des jeunes filles qu’a décrit TIardy en 1869 (thèse de Hassan Effendi-Mahmoud) et celle du pemphigus des hystériques demandent des recherches formelles et précises.
Nous ne savons pas si l’existence de ces types est au-dessus de toute discussion.
Nous croyons qu’il y a matière à trop de causes d’erreurs, simulation d’abord de la part de la malade, puis éruptions médicamenteuses ou alimentaires, enfin dermatites polymorphes douloureuses frustes 1 2.
En 1877, Menuet a fait paraître un travail intitulé Du Pemphigus dans les névroses et dans lequel il relate d’intéressantes observations d’éruptions de huiles pemphigoïdes survenant chez des hystériques quand les accès nerveux cessent de se produire, et alternant avec des crises d’hystéro-épilepsie, etc... Il conclut que dans les névroses le pemphigus est fugace, affecte une distribution irrégulière, se caractérise par des bulles citrines qui ne laissent pas de cicatrices et alterne avec les manifestations de la névrose.
Franceschi reprend cette question en 1883. Il rappelle que Ilebra admettait l’existence d’un pemphigus hystérique, et il en cite plusieurs cas assez discutables d’ailleurs.
Puis viennent des observations isolées (voir l’article Pemphigus de la Pratique Permuté), et en 1895 un travail d’ensemble de Tommasoli qui admet : I. Un pemphigus des jeunes filles ou pemphigoïde chlorotique , ou pemphigus chloro-
1 On sait d’autre part que certaines hystériques provoquent chez elles des lésions' artificielles cutanées allant des simples excoriations produites et entretenues par les ongles ou par un traumatisme quelconque jusqu’à des escarrifications plus ou moins profondes de la peau qu’elles déterminent par des acides caustiques (A. sulfurique, nitrique, phénique, acétique), par d*js bases caustiques (potasse, soude, chaux, ammoniaque), par les cantharides, etc... Leurs caractères majeurs sont, d’après les faits personnels que nous avons observés, leur rapidité de production, leur irrégularité extraordinaire, ou leur non moins extraordinaire régularité n’offrant en rien l’aspect de ce que fait la nature. On y retrouve l’exulcération, l'ulcération, la rougeur vive, la phlyctène, l’escarre grisâtre avec aréole rouge, parfois l'escarre noirâtre profonde. Ces lésions sont toujours situées en des points facilement accessibles à la malade. (Voir Dermatoses simulées) .
2 Le lecteur doit être bien prévenu que nous n’entendons pas parler ici de toute la série des éruptions bulleuses trophiques par blessure ou lésions des nerfs, par syringomyélie, lèpre, etc., qui existent réellement, mais qui ne peuvent être considérées comme des éruptions bulleuses essentielles dignes du nom de pemphigus.
DERMATOPHOBIES
tinue de Ilardil qui nous paraît assez mal défini comme type morbide, et II. Un S»" A» (pemphigoïde hy.Uri,») i - type
tprisitimie de nemphigoïde bénigne, récidivante, laqnel e . 7/
« l°Est constituée par une msphon polymorphe érythémato-vesiculo-bulleuse ■ , . ,.rtAnuiaire dans laquelle les lésions bulleuses ou phlyctenulaires
rappellent le plus souvent celles qu’on produit par l’application de vésicatoires
et dont elles ont 1 évolution ,
« 2» A une distribution tout à fait irrégulière ;
(( 30 y une durée moyenne d’une à deux semaines pour chaque crise ;
« 4» A un décours spécial assez bizarre, mais toujours bénin ;
p0 v n np tprmmaison toujours j avoi cible , l 00 Est presque exclusive à la femme et aux sujets visiblement affectés par a
"ITpÏÏS» * <~ 4» V- — '*■ 1<u-
ne*fgo’ Se renouvelle par crises ou par attaques successives irrégulières; a. Affecte plusieurs fois dans ses retours le rythme des menstrues; >
«10° Plus communément suit les grandes crises hystériques ou s associe 0 alterne avec celles-ci. » (Tommasoli : Du Pemphigus des jeunes fMeset du 1 e m P „l des hystériques : Journal des mal. cutanées et syphilitiques, 189a P- 8 * C.J. White (Récurrent, b»
... 0 hvsterical subiect; Journal of Cul. diseases, sept. 1J0 , t • )
7i ™!l , I. description de Tomnraeoli, décrit le P,mPM,u, IrnmaK*
'Z - l routier. Kaposi, Mm, ****,.»»>*£■
par l périodicité «rapt,.,, groupe» =e celles du zoster érythémateuses, papuleuses, vésiculeuses, gan0icneuses, c pôlïe. d™ô, 'de deux à quinze jours, e, P.ltee.io. MM—. M— *- *• mois et des années.
B. — DERMATOPHOBIES
Les dermatophob.es sont connues de toute antiquité. E'ies ont été l’objet ■ d’une étude d’ensemble de la part de Thibierge. (Presse medicale, J juillet 1898.;
Cet auteur les définit : les craintes excessives que provoque chez certains s j f existence1' de lésions cutanées ou la possibilité du développement de celles-ci : nous croyons qu’il faut ajouter la conviction de leur non-guenson. ^
t dermatophobie peut donc être consécutive à une dermatose déjà exis , ,
o^rCÏU.'.. K -> >• moindre derrnaioee. Ce». P™-
mrs IladLs parasitais sont celles qui provoquent le plus souvent la dermatonhobie La plus fréquente de toutes est 1 ’acarophobie : elle existe soit c uz 1 K ni croient avoir été en contact avec des galeux et qui n’ont aucun vestige de la maladie, soit chez des galeux qui ont été traités, qui sont guéris, mais qui
fouTdis ZXZTautres parasites qui sont le point de départ de la . , ■ ritons àcetéo-ard, les obsessions de certains intoxiques tels que les coca
tfXfnTXmo^omanes, etc... qui sont convaincus de l’existence, dans
l’intérieur de leurs téguments, de parasites divers ou de certains corps étrangers qu’ils tentent d’extraire mécaniquement par tous les moyens possibles, avec leurs ongles ou avec des instruments.
Certaines jeunes femmes acnéiques ou séborrhéiques, ayant ou croyant avoir des productions morbides pathologiques sur leur figure, tombent dans l’obsession, dans l’idée fixe, la mélancolie, se considèrent comme défigurées, ce qui est inexact, et refusent de se montrer et de sortir.
11 en est de même pour beaucoup d’entre elles qui ont de Y hypertricliose ou qui croient en avoir (, trichophobie ). (Voir l’article Hypertricliose.)
11 est également très fréquent d’observer chez des jeunes filles et chez des jeunes femmes un état d’obsession avec mélancolie et idées de suicide provoqué et entretenu par de la séborrhée du cuir chevelu avec chute de cheveux.
Nombre de personnes, hommes et femmes, à partir de trente-cinq ans, sont poursuivis par la peur du cancer de la bouche et surtout de la langue. Les grosses papilles caliciformes de la base de la langue, les saillies papillaires des bords latéraux de cet organe en avant des piliers du voile, sont fréquemment considérées par elles comme le début de cette affection .
Nous ne faisons que mentionner les phobies génitales , la gonococcopliobie et la syphiliphobie qui sont si fréquentes chez l’homme.
Les dermatophobies s’observent surtout chez les sujets névropathes, neurasthéniques : elles se développent souvent par une .sorte de contagion : nous avons fréquemment vu, comme Thibierge, des mères nerveuses les créer chez leurs filles en leur persuadant que les lésions minuscules et vraiment négligeables qu’elles portent sur leur figure constituent de véritables difformités.
Nous n’insisterons pas plus longuement sur ces états qui sont surtout du domaine de la pathologie mentale.
Le médecin doit s’efforcer de détruire l’obsession. Quand il ne peut y arriver autrement, il est autorisé à supprimer la petite lésion cutanée ou la difformité qui ont été le point de départ de la phobie.