‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome second. Reactions cutanéesChapitre 67 sur 183 · A. — POILS · texte numérisé non relu

A. — POILS

Hypertrichose.

Symptômes. — On donne le nom d’ hypertrichose ( hirsuties , trichauxis, polytrichie, poils accidentels, etc.) au développement anormal du système pileux. L’hypertrichose est généralisée ou localisée.

L’ hypertrichose généralisée est rare. La paume des mains, la plante des pieds, l’extrémité des doigts et des orteils, la partie interne des grandes lèvres, le prépuce et le gland sont toujours indemnes. Dans presque tous les cas d’hypertrichose généralisée, on a signalé le peu de développement du système dentaire.

V hypertrichose localisée est beaucoup plus fréquente. Elle est congénitale ou acquise. L’hypertrichose localisée congénitale diffère du nævus pilosus par l’absence complète de coloration et de difformité des téguments; elle siège à la partie inférieure de la colonne vertébrale.

L’hypertrichose localisée acquise est des plus fréquentes. Elle est spontanée ou artificielle : toutes les irritations répétées peuvent amener un développement exagéré des poils aux points traumatisés : c’est ainsi qu’il est fréquent d’observer une

hypertrophie notable du système pileux aux endroits sur lesquels on a appliqué plusieurs vésicatoires; on sait que les plaques anciennes de prurigo deHebra sont parfois le siège de véritables hypertrichoses locales : de même les régions soumises pendant longtemps aux applications phototbérapiques sont assez souvent recouvertes de poils volumineux.

Nous n’avons pas l’intention de faire ici une étude détaillée des hypertrichoses généralisées et localisées. On trouvera tous les détails voulus dans les travaux de J. -T. Jackson, de Rohé, de Balmanno Squire, de Magitot, etc., et surtout de Behrend et de Geyl, qui renferment en outre une bibliographie assez complète de la question.

Nous nous bornerons à jeter un rapide coup d’œil d’ensemble sur les faits que nous avons observés depuis une vingtaine d’années.

Nous devons, pour plus de précision et de clarté, les subdiviser en plusieurs groupes.

Le groupe le plus intéressant est constitué par des jeunes filles qui, à partir de la puberté, voient se développer leur duvet avec une abondance et une rapidité des plus insolites. Elles peuvent présenter ce développement anormal sur tout leur corps, comme nous en avons vu assez souvent des cas lamentables, en particulier sur les bras, les avants-bras, les jambes, les cuisses, le dos et la poitrine. Mais d’ordinaire ce développement n’est que partiel. Il siège surtout à la figure : parfois la figure seule est prise; parfois elle est atteinte en même temps que la poitrine, ou que les seins, ou que les bras, ou que les jambes et les cuisses; parfois les bras, les membres inférieurs, la poitrine, les seins peuvent être atteints sans que les duvets de la figure soient par trop développés.

Presque toujours c’est la figure qui est le plus endommagée, et c’est pour la figure que l’on a recours au médecin. C’est surtout à partir de seize à dix-huit ans que les jeunes filles commencent à s’inquiéter des duvets un peu trop longs et un peu trop touffus qu’elles voient se développer sur leur visage. Trop souvent un mot de leur entourage, une raillerie de leurs amies éveille ou confirme leurs craintes, et dès lors c’est une torture morale de tous les instants pour la plupart d’entre elles. Nous en avons vu qui ne voulaient pas aller dans le monde, qui n’osaient même plus sortir, prétendant qu’on les suivait dans la rue pour se moquerd’elles, qu’à chaque instant elles entendaient des remarques désobligeantes. Certes, pour quelques-unes c’était à la rigueur possible et justifié par un développement vraiment exagéré des duvets, mais pour beaucoup d’autres leur désespoir était tout à fait hors de proportion avec la difformité. Combien en avons-nous vu qui venaient nous supplier de les débarrasser d’un fin duvet qui ombrait à peine leur lèvre supérieure, et qui ne faisait qu’harmoniser leur physionomie de brune ! Nous avions beau leur répéter que leur figure était ainsi beaucoup mieux que si leur lèvre avait été glabre : nous avions beau leur affirmer qu’après avoir totalement enlevé leur duvet à d’autres personnes dans des conditions analogues, nous avions vivement regretté de l’avoir fait, car nous les avions ainsi presque défigurées, tous nos raisonnements sont toujours restés inutiles, et rien n’a pu les distraire de leur obsédante idée fixe.

La trichophoüie. — Chez plusieurs d’entre elles, nous avons vu cette horreur des duvets passer à l’état de véritable folie. Elles ont toujours sur elles un ou deux petits miroirs; dans toutes les pièces de leur appartement il y a des miroirs qu’elles consultent à chaque instant pour voir si leurs duvets se sont encore déve-

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loppés. Cette irichophobie les conduit à la mélancolie, à l’anémie, à l’amaigrissement : leur physionomie est anxieuse, triste, et décèle une incessante préoccupation.

Nous avons été consulté par un assez grand nombre de jeunes filles et de jeunes femmes qui ne présentaient au menton ou à la lèvre supérieure que du duvet à peine un peu plus fourni que la moyenne des femmes de leur âge, et qui venaient nous supplier de les en débarrasser. Plusieurs d’entre elles étaient véritablement atteintes d’idée fixe. Après avoir beaucoup songé à cette délicate question, nous croyons maintenant crue 1 on est justifié de les opérer quand il est prouvé que leur état mental est vraiment mauvais.

Fait assez curieux, il est relativement assez fréquent de voir les mères tout aussi inquiètes que leurs biles : elles ont également l’obsession de l’hypertrichose. La plupart, il est vrai, réagissent contre la folie de leurs enfants et font tous leurs efforts pour la combattre, mais nous en avons vu qui étaient encore plus désolées que leurs filles et qui réclamaient avec insistance une intervention opératoire parfaitement inutile.

Les causes de l’mypertiuchose. — Pour peu qu’une jeune fille prenne en horreur le duvet qui recouvre sa figure, elle est naturellement conduite à s’en débarrasser; elle le fait tout d’abord par les procédés les plus simples qu’elle ait à sa disposition: elle l’arrache ou le flambe, ou le couperas avec des ciseaux. Puis, après plusieurs tentatives inutiles, car le duvet ainsi traité repousse toujours plus gros, plus foncé, plus épais, elle a recours à des préparations qu’elle voit vantées dans tous les journaux de mode, c’est-à-clire aux pilivores ou aux dépilatoires. Dès lors c’est un véritable désastre ; les duvets deviennent rapidement des poils adultes, et par ces irritations successives le sujet arrive peu à peu à faire pousser une barbe fournie, à poils gros et vigoureux, et presque toujours assez foncée de teinte. D’ailleurs, comme on l’a dit depuis longtemps et comme nous l avons établi nous-même dans nos précédentes publications, chez les personnes prédisposées, les applications de toute nature, sauf peut-être des poudres sèches et inertes, favorisent le développement des duvets et leur transformation en poils adultes ; nous avons constaté à cet égard faction nuisible des simples cataplasmes, des pommades les plus inoffensives, des préparations actives que l’on prescrit contre l’acné et la séborrhée; ces dernières n’agissent pas, comme on a pu le croire h tort, en combattant la séborrhée et son action décalvante, mais en tant que corps gras et corps irritants.

Nous devons reconnaître d’autre part que parfois les duvets se transforment en poils adultes chez certaines personnes prédisposées, sans qu elles aient fait aucune application irritante, aucune manœuvre d’épilation ou de rasure. Quelquefois on retrouve dans ces cas des antécédents héréditaires. Mais ces faits sont assez rares; presque toujours les jeu nés filles qui sont venues nous consulter pour des barbes plus ou moins complètes avaient été en grande partie les artisans de leur malheur.

Aussi n’avons-nous pas toujours trouvé chez nos malades les grandes causes de l’hypertrichose qui ont été signalées par les auteurs : 1° l’hérédité ; 2° les lésions des organes génitaux; 3° la stérilité; 4° la débilité générale; 5° les difformités den¬

taires.

1° L’ hérédité. — De toutes les causes que l’on a invoquées c’est celle qui nous semble avoir le plus d’importance. Nous en avons vu un certain nombre d’exemples : Nous avons observé cette difformité chez la mère et les filles, chez des sœurs. Par

contre, nous avons vu d’assez nombreux cas dans lesquels il n’existait pas d’autres sujets dans la famille présentant la même anomalie.

2° et 3° Lésions des organes génitaux. Stérilité. — Si nous laissons de côté les jeunes fdles qui ne sont pas mariées, et qui par suite sont tout naturellement restéesstériles, nous n’avons constaté qu’assez rarement l’infécondité chez nos malades.

11 nous est beaucoup plus difficile de nous prononcer sur la question des lésions ou des malformations des organes génitaux, car nous n’avons pu qu’assez difficilement faire une enquête sérieuse dans ce sens. Il nous a paru que nos opérées n’avaient pas plus d’infirmités de ce côté que la plupart des autres femmes du monde.

4° Débilité générale; 3° Difformités dentaires. — Il en est de même pour la débilité générale dont seraient atteintes, d’après quelques auteurs, Jes personnes présentant de l’hypertrichose : notre statistique ne nous permet pas d’admettre cette opinion. Certes nous avons eu affaire à des névropathes : à des personnes affaiblies : mais en somme l’immense majorité de nos malades nous ont paru être bien portantes, bien constituées, et nous n’avons jamais constaté chez elles de difformités dentaires.

Nous croyons donc, d’après notre expérience personnelle, qui semble au premier abord contredire les divers auteurs qui se sont occupés de l’hirsutie, qu’il y a dans l’étude de cette difformité à établir deux grandes catégories. Une première catégorie dans laquelle il s’agit de véritables phénomènes, de sujets velus sur toute l’étendue des téguments presque dès leur naissance ou tout au moins dès leur adolescence, chez lesquels les poils atteignent spontanément, sans aucune irritation provocatrice, un développement tout à fait anormal : ce sont là des faits d’une extrême rareté, et pour lesquels les constatations dont nous venons de parler peuvent être vraies. Une deuxième catégorie, qui comprend les faits de la pratique courante, ceux que nous avons observés, et dans lesquels il s'agit le plus souvent de personnes ayant normalement un peu trop de duvet, qui voient entre seize et vingt-cinq ans ce duvet se développer, et qui, voulant remédier à cette difformité, ne font que l’aggraver. Ce sont là des cas relativement fréquents et pour lesquels nous ne saurions admettre la vérité de ce qu’ont dit les auteurs.

Groupement des hypertrichoses banales. — 1° A côté du premier groupe de faits que nous avons distingué de jeunes filles chez lesquelles l’hypertrichose se développe de manière à former peu à peu des barbes entières, nous devons distinguer les groupes suivants :

2° Jeunes filles chez lesquelles le menton et la lèvre supérieure se prennent, les favoris se dessinent un peu au-devant des oreilles ;

. 3° Jeunes filles chez lesquelles le menton et la lèvre supérieure seuls se prennent ;

4° Jeunes filles (cas beaucoup plus rares) chez lesquelles le menton seul, ou la lèvre supérieure seule, ou les joues seules sont intéressés.

Au point de vue de la topographie de l’hypertrichose à la figure nous devons signaler aussi les petites particularités suivantes :

En dehors des centres principaux si connus de poils, qui sont les parties latérales du menton, la lèvre supérieure avec prédominance marquée aux commissures, le milieu de la lèvre inférieure, les joues vers la région antérieure des oreilles, nous avons souvent constaté l’existence des centres accessoires suivants : a) le milieu de la région sus-hyoïdienne, b) le rebord du maxillaire inférieur en un point situé presque au niveau de l’artère faciale, c) le milieu de la joue en un point

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situé à peu près à la hauteur de la commissure des lèvres et à deux centimètres environ de cette commissure.

o° A partir de vingt-cinq ou trente ans, il se développe presque normalement, chez beaucoup de femmes, des poils assez volumineux en certains points du corps; ce sont :

a) D'abord et avant tout le menton où ils peuvent devenir progressivement assez nombreux pour constituer, entre quarante-cinq et soixante ans, de véritables touffes des plus fournies, formant deux groupes latéraux ou un groupe unique considérable ;

b) La lèvre supérieure, et l'on sait combien, chez les femmes brunes qui arrivent à la ménopause ou qui l’ont dépassée, il est ordinaire d’observer une moustache plus ou moins fournie :

c) Les joues, difformité beaucoup plus rare:

d) Le bout du nez, où il est assez ordinaire d’observer des touffes de poils ;

e) L’espace intersourcilier (cette difformité est fréquente même chez les toutes jeunes filles);

f) La poitrine dans sa totalité, mais surtout la région présternale entre les deux seins ; cette petite difformité est fréquente ;

g) Les seins dans leur quasi-totalité, mais surtout tout autour de l’aréole ; presque toutes les femmes brunes présentent en cet endroit des poils assez volumineux en nombre plus ou moins considérable ; ils sont souvent couplés par deux ou trois dans le même orifice folliculaire.

6° Quant aux hommes, ils viennent consulter pour de l’hypertrichose de l'espace intersourcilier, du front au-dessus des sourcils, des joues au-dessous des yeux, du dos du nez vers son extrémité, pour les vibrisses, pour les poils du tragus et de Eantitragus, pour une hypertricbose parfois fort accentuée de- la région lombaire vers sa partie médiane, pour des poils durs et nombreux delà face dorsale des doigts et de la main.

Traitement de V hyper trichose . — Les méthodes qui ont été proposées contre ces difformités sont très nombreuses.

Quelques personnes se contentent de flamber avec une lampe à alcool les poils qui deviennent trop longs. D’autres les épilent avec une pince à épiler ; d’autres les coupent ras avec des ciseaux ; d'autres enfin les rasent ; il y en a qui le font deux fois par jour. Tous ces moyens favorisent le développement du système pileux.

Les pâtes épilatoires sont fort employées. Citons d’abord les épilatoires ou dépilatoires qui agissent en arrachant les poils et qui consistent en emplâtres agglutinatifs coulés sous forme de bâtons dont on fait chauffer le bout pour le ramollir, puis que l’on applique sur la partie velue; on arrache ensuite brusquement, et l’on enlève tout ce qui couvre la peau, poils et duvets. Le dépilatoire de Bulkley, la vieille calotte de poix de Bourgogne, le dépilatoire Dusser, etc., rentrent dans cette catégorie.

Les pilivores ou épilatoires proprement dits sont des compositions caustiques, qui, étendues à la surface des téguments, attaquent la substance même du poil, la détruisent et déterminent par conséquent la chute de la partie visible ; ils ont le grand inconvénient de laisser la racine intacte.

La poudre épilatoire simple contient 125 grammes de chaux vive mélangée à 15 grammes d’iris en poudre. L’épilatoire de Boudet est composé de 10 grammes de chaux vive, 2 grammes de sulfhydrate de soude et 10 grammes d’amidon ; on

le délaye dans un peu d’eau et on l’étale sur les parties malades. Celui de Bœttger renferme du sulfhydrate de chaux au lieu de sulfhydrate de soude (Juhel-Rénoy).

Voici la formule de la poudre de Laforest :

Le rusma des Turcs est composé de :

Trisulfnre d’arsenic

Chaux vive. . . .

Farine de froment

Eau bouillante q. s. pour faire une pâte.

On l’applique avec une spatule en bois en couches de l’épaisseur d’une lame de couteau ; on le laisse de cinq à dix minutes jusqu’à ce qu’il commence à piquer, puis on l’enlève avec un couteau mousse : on lave la peau avec de l’eau chaude, et on poudre avec de la poudre d’amidon.

M. Call Anderson recommande la formule suivante :

Sulfure de baryum

Oxyde de zinc. .

Carmin .

On mélange cette poudre à une quantité d’eau suffisante pour en faire une pâte, on l’étale sur la partie malade, puis on l’enlève et on savonne au bout de trois minutes.

Le sulfure de calcium agit de même.

Duhring emploie un mélange de 8 grammes de sulfure de sodium pour 24 grammes de craie préparée. (Triturer avec de l’eau de manière à faire une pâte ; appliquer en couche mince pendant dix à quinze minutes, enlever dès qu’on éprouve une sensation de cuisson, laver et mettre une pommade calmante).

Tous ces moyens ont l’inconvénient d’irriter la peau, parfois de l’abîmer, de favoriser le développement du duvet en poil volumineux, et de ne pas détruire le bulbe pileux, de telle sorte qu’on est constamment obligé de recommencer l’opéra¬

On a donc cherché le moyen de détruire la racine même du poil, c’est-à-dire d’arriver à la guérison définitive de la difformité. On a essayé d’arracher le poil, puis d’injecter à l’endroit où se trouve le bulbe un liquide caustique, teinture d’iode, carbonate de potasse, potasse caustique, acide chromique, acide nitrique, etc. On a ainsi obtenu quelques résultats : on en a eu également en introduisant simplement dans le follicule une aiguille trempée dans la substance caustique (Heitzmann), ou même endilacérant simplement le bulbe pileux avec une aiguille ordinaire sans recourir aux caustiques (L.-D. Bulkley).

Destruction des poils par l’électroltse. — Mais la méthode de beaucoup la plus sûre encore à l’heure actuelle pour obtenir la destruction définitive des poils est l’électrolyse.

L’idée première de la destruction des poils par félectrolyse est due à un ophtal-

6 grammes.

6 centigrammes.

2 parties.

Orpiment .

Litharge .

Mercure .

Poudre d’amidon

HYPEKTRIC1I0SE

mologiste américain, Michel, de Saint-Louis, qui imagina ce procédé pour supprimer les cils déviés chez les sujets atteints de trichiasis. Dans un mémoire publié en 1875, il exposa sa méthode et ses résultats, et il indiqua la possibilité d’appliquer le même procédé à la destruction de la barbe et de tous les poils en général. Un compatriote de Michel, Ilardaway, réalisa cette idée : il traita par l’épilation électrolytique des femmes atteintes d’hypertrichose. Son exemple fut bientôt suivi par nombre de médecins américains.

En Europe, la méthode nouvelle paraît avoir été appliquée pour la première fois par le médecin allemand Karewski, lequel, à propos d’une communication de Behrend, déclara en 1884 avoir détruit chez une femme 3.000 poils par l’électrolyse . Les procédés usités à cette époque étaient encore très imparfaits; ainsi Behrend n’opérait que 15 à 20 poils par séance, et Kôbner prétendait que, sur 100 poils traités, il en repoussait 50 ou 60.

Enfin, en 1886, parurent deux mémoires français, l’un assez succinct, de Baratoux, qui, depuis deux ans, expérimentait l’épilation par l’électrolyse; et un autre, où, nous-même, nous rendions compte de nos recherches sur le même sujet. Dès ce moment, la méthode suffisamment réglée et devenue pratique, entra, en quelque sorte, dans le domaine public, et les nombreux travaux qui ont paru depuis lors sur cette question, n’ont guère fait connaître que des modifications de détail et sans grande importance dans le manuel opératoire.

Principe de l’opération. — Tout le monde sait à l’heure actuelle que la méthode de la destruction des poils par l’électrolyse consiste théoriquement à introduire la pointe d’une fine aiguille reliée au pôle négatif d’une pile dans un follicule pileux, jusqu’à ce qu’elle soit en contact avec la papille du poil, puis à faire passer un courant électrolytique suffisant pour décomposer cette papille : quand la destruction de la papille est opérée, on interrompt le courant et on retire l’aiguille. Toute l’opération est comprise dans ces quelques lignes. Nous allons maintenant en examiner les détails, nous réservant de renvoyer chemin faisant, pour déplus amples explications, à nos publications antérieures.

Source de l’électricité. Choix de l’appareil électrique. — - Pour détruire les poils par l’électrolyse, il suffit d’avoir une machine à courants continus pouvant donner avec l’électrolyse unipolaire des courants de 2 à 5 milliampères d’intensité. Il est bon qu’elle soit pourvue d’un ampèremètre, surtout si l’opérateur est un peu novice, afin qu’il puisse régler d’une manière précise l’intensité du courant qu’il veut employer. Les piles dont nous nous servons sont au bisulfate de mercure; elles nous ont toujours satisfait par leur constance et par leur bon fonctionnement.

Au pôle positif on relie soit une poignée métallique cylindrique recouverte de peau de chamois que le malade peut tenir à la main, soit une plaque métallique également recouverte de peau de chamois, ayant la forme d’une pédale, sur laquelle il posera son pied nu s’il veut s’opérer lui-même, de manière à avoir ses deux mains libres. Pour faire passer le courant, on imbibe la poignée ou la plaque d’eau tiède un peu salée.

Au pôle négatif on relie avec un fil très fin (pour ne pas alourdir la main) l'aiguille avec laquelle on doit agir.

Description de l’aiguille. — L’aiguille à laquelle nous nous sommes définitivement arrêté après beaucoup de tâtonnements, est une simple tige en platine iridié Bhocq. — Dermatologie. 11. 35

extrêmement fine, d’environ deux centimètres et demi de long (vingt-deux à vingttrois millimètres nous paraissent être la longueur idéale), montée sur un cylindre métallique d’un centimètre et demi de long, de trois millimètres de diamètre; ce cylindre est taillé à facettes suivant sa longueur, de manière à figurer un hexagone ou un octogone sur une coupe transversale. On peut ainsi le tenir solidement et légèrement à la fois entre le pouce et l’index, le rouler et le diriger en tous sens, et on n’a pas à craindre de le voir glisser. Ce cylindre est destiné à relier l’aiguille à la pile par un fil d’une extrême finesse, comme nous l’avons dit plus haut. La borne qui sert à cet usage doit être assez mince, un peu plus mince que les bornes des fils ordinaires, pour ne pas peser dans la main, ne pas l’embarrasser par un grand volume et ne pas déplacer le centre de gravité de l’ensemble de l’appareil (borne et aiguille), qui doit se trouver au niveau du cylindre de l’aiguille et non au niveau de la borne; ces détails d’une minutie en apparence ridicule sont de la plus grande utilité, car il faut que l’opérateur ait une liberté de mouvements absolue, et une sensibilité tactile des plus exqu ises. L’orifice que présente le cylindre de l’aiguille doit donc être relativement petit pour que la borne du fil puisse s’y fixer solidement. Il nous est souvent arrivé de ne pouvoir obtenir des fabricants cette petite modification; on peut alors mettre dans le cylindre de 1 aiguille un bout d’épingle cassée et on y fixe le pôle négatif.

Depuis plus de seize ans, nous coudons l’aiguille à environ 6 millimètres de la pointe, en la prenant à ce niveau solidement entre les mors d’une pince à épiler, de manière à ce que sa partie terminale, de 6 à 7 millimètres de long, fasse avec le r este de la tige un angle de 45° environ. Cette ouverture d’angle nous paraît être la meilleure : elle est, comme nous le dirons un peu plus loin, bien supérieure à celle de 90° que quelques auteurs préconisent. Les avantages de cette coudure de l’aiguille sont les suivants :

i° On peut ainsi ne pas faire mettre sur la tige de l’aiguille l’arrêt métallique qu’autrefois nous faisions placer à environ un centimètre de la pointe, pour que l’on pût toujours savoir à quelle profondeur exacte se trouve l’aiguille; la coudure sert d’index à la condition que l’opérateur l’ait toujours sous les yeux, c’est-à-dire pourvu qu’il n’enfonce pas l’aiguille dans les téguments au delà de cette coudure : or, en supprimant l’index, on peut fabriquer des aiguilles à meilleur compte et leur donner une finesse beaucoup plus grande;

2° L’introduction de l’aiguille est incomparablement plus facile lorsqu’elle est coudée que lorsqu’elle est droite; cette coudure rend relativement aisée l’opération dans certaines régions (narines, partie inférieure du menton, etc.) où sans cet artifice elle devient pénible pour l’opérateur; elle permet en outre de tenir la main plus près de la surface des téguments, et de l’appuyer avec beaucoup plus de solidité, ce qui donne une précision incomparable de mouvements.

C’est vers la fin de 1888 que nous avons eu l'idée de cette petite modification. Nous en avons parlé pour la première fois dans la première édition de notre ouvrage sur le Traitement des maladies de la peau (Paris, 1890). Si nous insistons sur ces dates, c’est que plusieurs auteurs ont revendiqué la paternité des aiguilles coudées. Nous croyons être le premier qui les ait fait connaître. (Voir pour d’autres détails notre communication du 3 avril 1891 à la Société de dermatologie.)

Appareil grossissant. — Quand on a le malheur d’être myope on est tout à fait apte à détruire les poils par l’électrolyse; car en regardant de près, à la distance focale voulue, on voit tous les détails avec la dernière précision. Il est doncparfai-

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tement inutile dans ces cas de se servir d’appareil grossissant. Quand on n’a pas une bonne acuité visuelle et qu’on n’est pas myope, il vaut mieux ne pas entreprendre ce genre d’opérations. Si l’on est forcé de le faire quand même, nous conseillons l’emploi d’un appareil analogue à celui que préconise Bergonié, et qui consiste en une loupe à distance focale de 10 centimètres environ, fixée sur une monture s’adaptant à la tête de l’opérateur comme une paire de lunettes. On pourrait aussi se servir de la loupe d’horloger que l’on maintient en place par la contraction du sourcil; mais il faut en avoir une grande habitude, sinon la fatigue qu’on en éprouve est extrême.

Manuel opératoire. — Avant de commencer à traiter un sujet il est toujours bon de lui faire connaître le principe de l’opération. Il est honnête de lui en exposer les avantages et les inconvénients (voir plus loin), pour qu’il ne s’engage pas à la légère dans une série d'interventions qui peuvent être parfois des plus longues et des plus coûteuses. Il faut en outre étudier les poils ou les duvets que l’on doit détruire, se rendre compte de leur grosseur, de leur profondeur, de leur nombre approximatif, et de la sensibilité delà peau du sujet. Il est même bon de faire tout d’abord ce que nous appelons une séance d’épreuve, dans laquelle on ne détruit que quelques poils ça et là disséminés dans les régions à opérer, afin que la patiente sache exactement ce qu’est le traitement avant de se décider définitivement à l’entreprendre, et afin aussi d’apprécier : 1° à peu près la dose d’électricité nécessaire pour détruire les poils, dose qui varie selon leur volume et leur profondeur, suivant la qualité des téguments, suivant les régions; 2° le mode de réaction delà peau sous l’influence de l’électricité; 3° la façon dont se fera la cicatrisation consécutive.

La malade doit être commodément assise dans un fauteuil* la tête solidement appuyée. Pour épiler les jambes et les cuisses, nous nous servons d’un fauteuil-spéculum à allonge, transformé en lit à opération : le sujet y est couché, la tête soutenue par des coussins; nous nous asseyons sur une chaise au niveau de la région à opérer, et nous nous trouvons ainsi exactement à la hauteur voulue. Quand il s’agit d’épiler un avant-bras nous le faisons appuyer sur une table.

Nous opérons maintenant toujours seul. Nous préparons la machine; nous mettons le collecteur sur le chiffre d’éléments qui d’après notre expérience antérieure de la malade correspond à la force du courant que nous voulons employer : cette force du courant, pour les opérateurs novices, doit être appréciée au galvanomètre; on devra donc, si l’on n’a personne pour surveiller cet instrument, disposer la machine de telle façon qu’on puisse l’observer. Quand on opère un sujet pour la première fois, on doit commencer avec des courants extrêmement faibles, d’un demi-milliampère à peine, puis on en augmente rapidement l’intensité dès que l’on voit qu’il supporte fort bien la douleur ou qu’il n’a plus d’appréhension.

C’est la malade elle-même qui dans notre procédé doit faire passer le courant. Pour cela nous lui mettons sur les genoux une épaisse serviette, et sur cette serviette nous plaçons le pôle positif formé par une poignée métallique recouverte de peau de chamois et imbibée d’eau salée. Il est bon que la serviette elle-même repose sur de la soie, pour que l’isolement du pôle positif soit complet. Quand nous avons introduit notre aiguille dans un bulbe pileux (voir ci-dessous), nous disons à la malade de prendre le cylindre. Pour cela elle pose d’abord le bout d’un doigt sur ce cylindre, puis elle ajoute successivement un autre doigt, et, quand elle les a placés tous les cinq, elle le saisit doucement et finit par le serrer dans la main avec plus

ou moins de force, suivant le degré d’intensité que l’on veut donner au courant. Pour les personnes pusillanimes on peut se contenter d’une simple plaque métallique recouverte de peau de chamois placée sur la serviette et sur laquelle elles posent successivement une région de plus en plus grande des doigts et de la main. En relisant avec attention les travaux de Michel (de Saint-Louis), l’inventeur de la destruction des poils par Télectrolyse, nous n’avons pas été médiocrement surpris de voir que c’est ainsi qu’il recommande de procéder.

Quand on juge que le poil est suffisamment détruit, on dit à la malade de lâcher la poignée et de ne plus toucher la serviette avec la main; immédiatement le courant cesse de passer sans que le sujet ait éprouvé la moindre secousse, la moindre douleur; puis, et alors seulement, on retire l'aiguille.

Cette manière d’opérer exige une instruction préalable de la malade, mais elle se met toujours très vite au courant. Comme elle est intéressée à peu souffrir, elle prend la poignée très progressivement, avec les plus grandes précautions; elle fait ainsi passer des doses d’électricité de plus en plus fortes, et elle arrive bien vite à le faire sans se donner de secousses. On n’a donc pas besoin d’un aide pour tourner le collecteur et le remettre au zéro, manœuvre qui donne d’ailleurs fort souvent des secousses douloureuses au patient. Notre procédé a en outre cet inappréciable avantage de permettre à la malade de faire passer le courant électrique avec une intensité proportionnée aux sensations qu’elle perçoit, sensations qui varient suivant les régions, et souvent, dans une même région, suivant les poils. Elle peut, si elle est courageuse et si elle veut que la destruction se fasse vite, saisir d’emblée la poignée avec énergie et faire ainsi passer le courant avec toute son intensité ; elle peut au contraire, si elle est pusillanime, ou si à un moment donné la souffrance est trop grande, ne mettre que le bout d’un doigt sur la poignée et ne prendre que des doses faibles d’électricité. Cette méthode opératoire nous paraît donc réaliser la simplicité la plus absolue, et en même temps la plus grande commodité. Nous avons toujours vu nos patientes l’accepter avec plaisir, l’appliquer avec discernement, et la préférer aux autres procédés quand elles avaient déjà été traitées par d’autres personnes avant de venir nous voir.

Si l’on fixe le pôle positif sur les téguments avec un lien, de façon à ce qu’il reste pendant toute la durée de la séance en contact avec les tissus, il faut se servir de la bascule rhéostatique de Trouvé, car on ne doit jamais introduire l'aiguille dans un follicule pileux pendant que le courant passe. La plupart des médecins opèrent ainsi ; et nous ne craignons pas de dire qu’ils opèrent mal. L’aiguille armée d’électricité cause une douleur des plus vives quand elle arrive en contact avec les téguments, surtout si l’on tâtonne un peu pour essayer de l’introduire le long du poil ; elle pénètre dans les tissus comme dans du beurre, et l’on ne peut apprécier si elle est oui ou non exactement dans le follicule pileux. Or c’est là la condition essentielle de la bonne réussite de l’opération, ainsique nous allons l'expliquer. Le courant ne doit passer que lorsqu’on est sûr que la pointe de l’aiguille est bien dans le follicule, et, à ce moment précis, dès que le courant est établi, on peut l’enfoncer jusqu’au bulbe. Ces conditions sont exactement remplies par le procédé que nous venons d’indiquer.

Le point vraiment délicat est l’introduction de l’aiguille. Pour que l’opération soit efficace, il faut que 1a, papille pileuse soit décomposée. Si l’aiguille est directement en contact avec elle, on doit, pour arriver à ce résultat, faire passer le courant bien moins de temps, et par suite on détruit bien moins de tissu cutané que si la pointe de l’aiguille a dévié.

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II faut donc théoriquement que l’extrémité de l’aiguille soit en contact direct avec la papille pileuse; on a ainsi les avantages suivants : 1° l’opération dure le minimum de temps possible avec un courant d’intensité donnée; et par suite, on peut dans le même laps de temps opérer un bien plus grand nombre de poils; 2° la malade a un minimum de souffrance, puisqu’on détruit le moins possible de tissus ; 3° il y a pour la même raison un minimum de cicatrices consécutives et une bien plus grande rapidité de guérison des piqûres.

Pour arriver à mettre exactement la pointe de l’aiguille en contact avec la papille du poil, il faut introduire cette aiguille le long du poil dans le follicule pileux; on doit cathétériser en quelque sorte ce follicule. Pour le faire avec sûreté, on appuie solidement le petit doigt et l’annulaire sur les téguments de la malade; on a ainsi la main fixée. Le cylindre de l’aiguille est tenu entre le pouce et l’index; le médius est allongé le long de la tige de l'aiguille qu’il soutient. Telle est la position idéale de la main de l'opérateur. Rien n’est plus facile alors que d’introduire dans l’infundibulum pilaire l’extrémité de l’aiguille qui ne tremble pas. Puis, dans un second temps, on pousse la pointe de l’aiguille à la profondeur voulue pour qu’elle soit autant que possible en contact avec la papille. Si elle n'est pas assez enfoncée, le poil peut être décomposé au-dessus de la papille, mais la papille n’ayant pas été détruite, il repousse. Si l’aiguille est enfoncée trop profondément, on détruit trop de tissus ; on peut même s’exposer à blesser des veines ou des artérioles du tissu cellulaire sous-cutané, ce qui n’a d’ailleurs qu’assezpeu d’inconvénients. Il est donc nécessaire de connaître d’abord la profondeur approximative du bulbe du poil que l’on opère, et, en se fixant soit sur l’arrêt, s’il y en a un sur l’aiguille, soit sur sa coudure, on fait pénétrer la pointe à la profondeur voulue. Et, nous le répétons encore, pour mettre l’aiguille autant qne possible en contact avec la papille pileuse, on la pousse bien parallèlement à la direction générale du poil et tout contre lui. Pour pouvoir bien apprécier cette direction générale, il vaut mieux n’agir que sur des poils qui ont au moins quatre à cinq millimètres de longueur.

Or, quand l’aiguille n’est pas armée d’électricité, c’est-à-dire quand la malade, suivant notre méthode, n’a la main ni sur la serviette, ni surtout sur la poignée, on sent très bien si l’extrémité de l’instrument est ou n’est pas dans le follicule pileux. Si elle y est, elle pénètre sans la moindre difficulté; si elle n’y est pas au contraire, on éprouve au bout de la pointe de l’aiguille une sensation de résistance des plus nettes, pourvu que l’on tienne l’instrument avec souplesse et que la main ne soit pas alourdie par un porte-aiguille trop pesant. Si donc l’aiguille ne semble pas pénétrer en quelque sorte toute seule dans les téguments, c’est qu’elle est mal placée; on doit alors la retirer et tâtonner jusqu’à ce que l’on n’éprouve plus la moindre résistance.

Dès que l’aiguille est dans le follicule, on dit à l’opérée de faire passer le courant, et, lorsqu’il est établi, on fait pénétrer dans un second temps l’aiguille à la profondeur voulue pour que sa pointe soit en contact avec la papille pileuse, puis on attend que la destruction des tissus soit suffisante, et à ce moment, ainsi que nous l’avons indiqué plus haut, on dit à la malade de cesser de faire passer le courant, puis on retire l’aiguille.

L’introduction de l’aiguille doit donc se faire en réalité en deux temps. 1er temps : on introduit l’aiguille non armée d’électricité dans le follicule pileux; 2e temps : quand t’aiguille est bien nettement dans le follicule, on établit le courant, et l’on faitpénétrer l’aiguille jusqu’à lapapille pileuse, en la dirigeant soigneusement dans le sens du cheveu parallèlement à sa direction et tout contre lui.

Pour mesurer d’avance la profondeur approximative des bulbes pileux, on arrache un poil saisi solidement à son point d’émergence, entre les mors d’une pince, et on le place le long de 1a. partie terminale de l’aiguille. La pointe de l’aiguille doit dépasser approximativement la papille d’un millimètre.

E’orce du courant que l’on doit employer. — La force du courant que l’on doit employer pour détruire les poils varie suivant : 1° la grosseur du poil à détruire; 2° la région que l’on opère; 3° la résistance des téguments du sujet; 4° la résistance du sujet à la douleur.

1° Il est de toute évidence qu’il doit être nécessaire de faire passer un courant d’intensité donnée pendant beaucoup plus de temps pour détruire un poil volumineux que pour détruire un fin duvet. Quand le poil est volumineux, si l’opérée peut supporter la douleur (et d’ordinaire, quand le poil est très volumineux c’est qu’il a déjà subi divers traumatismes, et par suite les tissus périphériques ont une sensibilité quelque peu émoussée), il y a donc avantage à prendre un courant énergique pour aller plus vite et pouvoir arriver, dans un laps de temps donné, à détruire un nombre acceptable de poils. Quand il s’agit au contraire de fins duvets, les téguments sont presque toujours plus sensibles et la malade ne supporte d’ordinaire qu’avec assez de difficulté des courants relativement intenses. 11 y a même un certain avantage à ne pas les employer trop forts, même dans le cas où l’opérée les tolère comme douleur, car le duvet se détruit très vite, et, quand on se sert d’un courant énergique, il est extrêmement difficile de mesurer l’exacte dose d’électricité que l’on doit faire passer. Fort souvent on détruit trop, ce qui est un tort grave, car on s’expose ainsi à laisser des cicatrices, et l’on ne doit pas en avoir quand on enlève des duvets; plus rarement on ne détruit pas assez, par crainte d’abîmer les téguments.

Il faut donc employer pour les duvets des courants de 1 à 2 milliampères d’intensité. Pour les poils de grosseur et de profondeur moyennes on prendra des courants de 2 à 3 milliampères; nous avons presque toujours vu des courants de 4 à 5 milliampères suffire pour détruire des poils fort volumineux quand on se conforme aux règles précises que nous avons posées.

2° Les diverses régions du corps ne supportent pas le courant électrolytique de la même manière, ce qui se comprend, puisque la peau n’a pas partout la même épaisseur et la même mobilité sur les plans sous-jacents; elle se décompose d’ordinaire avec d’autant plus de rapidité qu’elle est plus fine. L’opérateur doit modifier l’intensité du courant suivant les modes de réaction qu’il observe.

3° Il en est de même suivant les individus. Chez certains sujets les téguments se décomposent avec une extrême rapidité : ce sont surtout des personnes à peau blanche, fine et sèche. Chez certains autres au contraire il faut employer des courants relativement intenses pour produire un effet utile, et il nous a semblé que c’était surtout chez des personnes à peau épaisse, un peu colorée et graisseuse, que s’observait cette particularité. Il faut donc, quand on commence à opérer un sujet donné, étudier minutieusement sa vulnérabilité individuelle à l’électrolyse et ne pas agir aveuglément de la même manière avec tout le monde, car on s’expose ainsi à détruire trop ou pas assez.

4° Mais si les téguments peuvent varier suivant les sujets dans leur degré de résistance à l’électricité, c’est surtout la manière dont la douleur est perçue qui diffère suivant les personnes. Il y en a qui peuvent à peine supporter des courants de 1 milliampère, d’autres au contraire tolèrent avec facilité des courants de 5,

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6 milliampères et même davantage. C’est affaire d’énergie personnelle et de sensibilité cutanée.

D’ailleurs, et ce fait a été signalé par les premiers médecins qui se sont occupés de la destruction des poils, les diverses régions du corps tolèrent la douleur de manières bien différentes; certes, ce n’est pas spécial à l’électrolyse, et tous ceux qui font de petites opérations sur la peau connaissent cette particularité; mais il semble qu’avec l’électrolyse ces différences de sensibilité à la douleur suivant les régions soient encore bien plus marquées que lorsqu’on fait des scarifications ou de l’électro-cautérisation. La force du courant devra donc varier chez un même sujet suivant les régions opérées. Nous traiterons plus à fond ce point particulier quand nous parlerons de l’anesthésie locale.

Temps pendant lequel il faut faire passer le courant. — Le temps pendant lequel il faut faire passer le courant doit être théoriquement celui qui est strictement nécessaire pour que la papille pileuse soit décomposée. Il varie suivant : 1° la force du courant que l’on emploie; 2° la grosseur et la profondeur du poil à détruire; 3° la résistance des tissus à l’action de l’électricité, et par suite suivant le sujet et suivant la région opérée chez un même sujet. Les détails dans lesquels nous venons d’entrer nous dispensent d’insister plus longtemps.

Il est donc bien difficile de poser des règles précises pour indiquer le temps pendant lequel doit passer un courant d’intensité donnée pour détruire un poil de grosseur donnée. L’appréciation du moment exact où la papille est décomposée est surtout une affaire d’habitude, et un opérateur quelque peu exercé ne s’y trompe guère en observant les modifications des tissus qui ont lieu autour de l’aiguille.

On a proposé de saisir le poil avec une pince et d’exercer sur lui une fort légère traction pendant que le courant passe ; il semble que, dès que la papille est détruite, le poil doive se détacher. C’est théoriquement exact, et il nous arrive parfois, dans des cas où nous n’avons qu’un ou deux poils à enlever, d’opérer ainsi. Mais il y a deux écueils à éviter : 1° si l’on exerce des tractions un peu trop fortes sur le poil, on peut le détacher avant la destruction complète de la papille, et il y a récidive; 2° si l’on n’exerce que des tractions insignifiantes, on fait passer d’ordinaire le courant un peu plus longtemps qu’il n’est vraiment utile, et par suite on détruit un peu trop de tissus, comme nous l’expliquerons plus loin. En outre, la manœuvre qui consiste à exercer pendant toute la durée d’une séance des tractions légères sur un poil avec une pince tenue de la main gauche, est une manœuvre tout particulièrement fatigante pour l’opérateur.

Quelques autres conseillent d’interrompre le courant dès qu’il se dégage de la mousse autour de l’aiguille. Or ce phénomène n’est pas constant, quoiqu’il se produise presque toujours; d’ordinaire, au moment précis où il commence à se montrer, le poil n’est pas encore totalement détruit, de telle sorte que, si l’on cesse de faire passer l’électricité dès que la mousse apparaît, l’opération est inefficace.

Voici les quelques règles que nous croyons devoir formuler pour ceux qui sont encore novices; au bout d’un certain nombre d’interventions on n’a plus besoin de s’y conformer, et, comme nous l’avons dit plus haut, on sait presque toujours apprécier le moment précis où il faut cesser de faire passer le courant en regardant les phénomènes qui se produisent autour de l’aiguille :

S’il s’agit de poils volumineux placés en des points où de petites traces blanches sont négligeables, comme la partie inférieure du menton, on peut faire passer le

courant jusqu’à ce qu’il se forme autour de l’aiguille un petit cercle d’un brun clair, symptômes des plus nets de la destruction des tissus, ou lorsqu’il y a déjà de dix à quinze secondes que la mousse a commencé à apparaître autour de l’aiguille avec un courant de 3 à o milliampères. Au bout de cinq à dix minutes, on tâte le poil avec la pince : le plus souvent il vient sans résistance, ce qui est une preuve de sa destruction, s’il résiste, on peut réintroduire l’aiguille dans le follicule, refaire passer le courant pendant quelques secondes, ce qui suffit largement dans pas mal de cas, ou bien remettre l’ablation définitive à une séance ultérieure, ce qui est préférable lorsque les téguments semblent être assez fortement désorganisés autour du poil.

S’il s’agit de poils placés en des endroits assez visibles, tels que la partie supérieure du menton, les joues, il faut s’efforcer de ne pas laisser la moindre trace cicatricielle, et pour cela on ne se servira que de courants ayant au maximum 3 milliampères d’intensité; on cessera de les faire passer dès qu’on verra un halo jaune brunâtre se former autour de l’aiguille; suivant la grosseur du poil et la résistance de la peau de la malade, un courant de 3 milliampères doit dans ces cas passer pendant cinq à dix secondes.

S’il s’agit de poils assez fins, de duvets, et surtout s’ils sont placés en des régions fort douloureuses, délicates, à peau très fine, comme la lèvre supérieure par exemple, il faut ne prendre que des courants de 1 milliampère à 2 milliampères et demi d’intensité, et les faire passer pendant quatre à cinq secondes en moyenne; on peut aller jusqu’à dix ou quinze secondes si le courant n’est que de 1 milliampère, et si le duvet est un peu gros. Nous avons parfois opéré des femmes peu courageuses ou à sensibilité fort développée, qui avaient des poils volumineux sur la lèvre, en faisant passer des courants d’à peine un demi-milliampère d’intensité pendant une ou deux minutes. On peut d'ailleurs toujours, dans les cas où l'on doute de soi, recourir aux tractions à la pince : mais à la lèvre supérieure il est bon d’exercer des tractions assez fortes pendant que le courant passe, pour ne pas avoir de cicatrices vicieuses.

En somme, on ne peut poser de règles précises. C’est à l’opérateur, à force d'habitude, de savoir pour ainsi dire machinalement le temps pendant lequel il doit laisser passer le courant, d’après l’intensité qu’il emploie, la grosseur du poil, la tolérance de la peau de la malade, et surtout d’après les phénomènes qui se passent autour de l’aiguille.

A quel moment faut-il enlever le poil détruit? — Nous venons de dire que dans certains cas on peut, pendant que le courant passe, exercer sur le poil des tractions modérées avec la pince à épiler, afin d’apprécier le moment où il est radicalement détruit, et nous avons même ajouté que ce moyen en apparence fort précis était en réalité assez infidèle. L’expérience apprend que lorsqu’on a exactement détruit une papille pileuse, si l’on exerce sur le poil opéré des tractions faibles avec la pince à épiler, immédiatement après que l’on a cessé de faire passer le courant, le poil résiste. Si l’on attend alors pendant cinq ou dix minutes, et si l’on tâte ensuite le poil, on voit qu’il vient avec la plus grande facilité. 11 était détruit, et cependant il était encore adhérent. Par conséquent, il semble que pendant quelques instants après la suppression du courant il se produise des destructions tout autour de l’endroit où l’aiguille a été implantée : les alcalis dégagés autour du pôle négatif agissent sans doute encore un peu. Il faut donc ne pas tout à fait assez détruire pour ne pas trop détruire, et par suite on ne doit enlever les

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poils sur lesquels on a agi que quelques minutes après que le courant a cessé de passer. D’ordinaire nous opérons sans nous occuper d’ôter les poils; dès que nous avons retiré l’aiguille d’un follicule pileux, nous l’introduisons dans un autre : l’opération en devient beaucoup plus rapide, et ce n’est qu’à la fin de la séance que nous nous occupons d’enlever les poils à la pince; ils ont eu ainsi pour la plupart le temps de se détacher, et ils cèdent dès qu'on les saisit. S’il y en a quelquesuns qui résistent, nous recommandons à la malade de les ôter le soir même.

Autant que possible il ne faut pas laisser implantés dans les téguments les poils qui ont été touchés. Quand on le fait, ou bien ils ont été détruits, et ils deviennent souvent le centre d’une folliculite suppurée; ou bien ils n’ont pas été détruits, et il est fort difficile les jours suivants d’introduire l’aiguille dans le follicule pileux pour essayer de les opérer de nouveau.

Résultats de l’opération. — Dès que le courant passe, on voit se produire autour de l’aiguille une teinte érythémateuse assez étendue. Quand l’aiguille est mal placée, et surtout quand elle est directement implantée dans le derme, cette teinte érythémateuse est remplacée par une teinte d’un blanc mat : ce phénomène semble indiquer pour ainsi dire à coup sûr qu'il y a eu une faute de technique. Au bout d’un laps de temps variable, quelquefois presque tout de suite, en particulier quand on emploie des courants intenses, apparaît autour de l’aiguille une sorte d’écume blanchâtre qui sort comme en bouillonnant des tissus. Ce phénomène est dû au dégagement d’hydrogène autour de l’aiguille négative et à l’effet des bases caustiques qui désorganisent les téguments. Peu à peu, tout autour de 1 aiguille, se forme une zone minuscule d’un brun clair qui indique nettement que la destruction de toutes les parties voisines est effectuée. Lorsqu’on a retiré l’aiguille, il se développe au-dessus de cette zone une vésicule transparente qui jaunit et se trouble dès le soir même ou tout au moins dès le lendemain. En même temps, la région opérée se tuméfie, et, si l’on détruit plusieurs poils voisins les uns des autres, il se produit presque immédiatement un empâtement général qui constitue une sorte de gros noyau induré.

Toutes ces lésions en apparence si considérables se modifient très vite, surtout si l’on a soin de prendre les quelques petites précautions que nous allons indiquer; mais, alors même qu’on n’en prend aucune, elles disparaissent assez rapidement. L’infiltration des tissus ne dure que quelques heures. Les petites vésicules que nous avons décrites se dessèchent au bout de deux à trois jours et forment des lésions rappelant de loin de légers éléments acnéiques : les croûtelles consécutives tombent, suivant la largeur et la profondeur des destructions, au bout de cinq à dix jours. Il n’y a plus alors que des traces rouges, souvent un peu déprimées, qui disparaissent peu à peu totalement et qui laissent après elles des points blanchâtres. Quand on n’a eu affaire qu’à des duvets et que l'on n’a pas fait passer trop d’électricité, les suites de l’opération sont encore plus simples, et au bout de deux à quatre jours les derniers vestiges ont disparu.

Phénomènes douloureux causés par l’opération. — La destruction des poils par l’électrolyse s’accompagne toujours d’une certaine douleur, surtout lorsque l'aiguille a été mal placée; et c’est pour cela qu’il y a des opérateurs qui font souffrir les malades beaucoup plus que d'autres : d’ailleurs elle est douloureuse alors même qu elle est pratiquée d’une manière impeccable.

Les sensations douloureuses sont causées :

1° Par l’introduction de l’aiguille non armée d’électricité, douleur négligeable si l’aiguille est bien introduite dans Tinfundibulum pilaire, douleur de piqûre assez vive au contraire si elle est introduite dans le derme à côté de Tinfundibulum.

2° Par le passage du courant. Il y a plusieurs cas à distinguer : a) si Ton introduit l’aiguille armée d’électricité (voir plus haut) la douleur est vraiment forte : elle se compose du choc électrique et d’une vive sensation de brûlure; si l’opérateur a le malheur de tâtonner pour mettre l’aiguille, les sensations douloureuses peuvent être très difficiles à supporter; b) si Ton fait passer le courant avec toute son intensité d’un seul coup, dès que l’aiguille est en place, la douleur est encore violente et composée des deux éléments que nous venons de signaler; c) si Ton ne fait passer le courant qu’assez graduellement d’après la méthode que nous avons exposée, on supprime le choc électrique du début, et la douleur causée par la décomposition des tissus ne s’établit que graduellement; elle est donc beaucoup plus supportable. D’ailleurs cette douleur diminue assez rapidement à mesure que le courant passe, et quand on a besoin de faire repasser le courant une seconde fois parce que le poil n’a pas été suffisamment détruit, le malade ne souffre pour ainsi dire pas.

3° Par l’interruption du courant. Si Ton retire l’aiguille avant d’avoir interrompu le courant, la malade ressent une secousse; parfois même elle voit un éclair : en tous cas la sensation éprouvée est assez pénible; dans certaines circonstances elle paraît intolérable à l’opérée. Si au contraire, en suivant notre méthode, on lui fait lâcher le pôle positif avant de retirer l’aiguille, elle n’éprouve aucune sensation douloureuse.

Nous venons de parler de piqûres (introduction de l’aiguille), de brûlures (destruction des tissus), de chocs électriques et de secousses; telle est d’ordinaire la nature des sensations éprouvées par la patiente. Parfois cependant ce sont des cuissons, des déchirements, des éclatements; il lui semble qu'on fait pénétrer dans les téguments un instrument énorme et qu’on les fait éclater; dans quelques cas, au cou en particulier, elle éprouve des irradiations douloureuses dans toute une moitié de l’extrémité supérieure du corps; quand on opère vers les yeux, elle peut avoir des phosphènes; quand on opère aux lèvres ou au menton, elle accuse parfois un goût métallique dans la bouche, et un agacement particulier du système dentaire. Nous avons vu la figure de certaines malades ruisseler de sueur, d’autres éprouver des frissonnements de la peau qui allaient jusqu’au chatouillement. Il y en a qui arrivent à avoir après une séance prolongée un peu d’ivresse et d’hébétude, de la fatigue et de la lourdeur de tête. Il est fort rare que l’opération laisse après elle des céphalées; il est fréquent au contraire de voir des personnes arriver avec des névralgies ou de la migraine et s’en aller soulagées.

Comme autre effet assez constant de Télectrolyse sur la santé générale, nous devons signaler une certaine tendance à l’amaigrissement chez les sujets qui subissent un traitement très prolongé.

Voici, d’une manière aussi sommaire que possible, quel est le degré habituel de sensibilité à Télectrolyse des diverses régions du corps.

Les régions de beaucoup les plus douloureuses sont la partie médiane de la lèvre supérieure et surtout la partie la plus voisine de la sous-cloison, le pourtour des paupières et surtout la paupière inférieure, chez quelques personnes le cou.

Puis viennent la lèvre inférieure qui est parfois aussi sensible que la lèvre supérieure, les parties latérales de la lèvre supérieure, le nez, le bout des seins, et chez quelques personnes les seins, la poitrine, le front et l’espace intersourcilier.

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Dans une troisième catégorie nous rangerons les parties médianes et un peu antérieures des joues, le coin des lèvres, la partie médiane du menton, le pourtour des oreilles, les régions sus et sous-hyoïdiennes du cou, les seins, la poitrine

chez la plupart des personnes.

Dans une quatrième catégorie se trouvent les parties latérales des joues, les

bras, les avant-bras, les jambes et les cuisses.

Dans une cinquième et dernière catégorie les parties latérales du menton, et le milieu de la poitrine entre les deux seins. Dès que l’on empiète sur les seins la douleur est beaucoup plus vive.

D’ailleurs cette table de sensibilité est très relative; elle varie considérablement selon les personnes; elle se modifie par les opérations elles-mêmes. Quand une région a déjà été touchée plusieurs fois, elle devient de moins en moins sensible, et°l’on peut employer des doses d’électricité de plus en plus considérables de manière à détruire beaucoup plus de poils en un temps donné.

Quand, dans le cours d’un traitement de vastes hypertrichoses, nous devons changer de région et en opérer une qui n’a jamais encore subi 1 action de 1 électrolyse, nous avons l’habitude de détruire un ou deux jours d’avance quelques poils isolés pris ça et là dans cette nouvelle zone, pour habituer en quelque sorte les tissus à la douleur.

De l’anesthésie locale. — Nous avons essayé beaucoup de procédés pour obte nir l’insensibilisation de la peau; aucun ne nous a pleinement satisfait. Le moyen le plus efficace consiste bien évidemment à faire, d’après le procédé préconisé pai Dubreuilh, des injections dans les tissus d'une solution de cocaïne, ou d eucaine. ou de stovaïne au 1/100. (Voir Généralités). Cette pratique est acceptable quand il s’agit de détruire quelques poils ; mais on peut dans ce cas n’opérer qu’avec des courants extrêmement faibles, car on n’a pas besoin d’aller vite, et dès lors la douleur de l’électrolyse n’est pas sensiblement plus forte que celle de la piqûre de

cocaïne.

La cocaïne deviendrait au contraire fort utile quand il s’agit de nombreux poils à détruire sur une vaste surface, car il importe dans ce cas d agir aussi rapidement que possible; mais alors on doit redouter des accidents d’intoxication cocaïnique qui sont toujours possibles quand on fait des injections multiples, et qui sont, sinon graves pour la malade, tout au moins fort ennuyeux pour le médecin. Quand des sujets réclament l’emploi de ce moyen, nous refusons toujours de les opérer dans notre cabinet : nous ne voulons nous servir de cocaïne que chez eux.

Quant aux frictions avec les pommades cocaïnées, mentholées, gaïacolées, elles ne produisent presque aucun effet utile. Les moins inertes nous ont pam êtie les pommades au gaïacol au 1/10, avec lesquelles on fait des onctions une demiheure, un quart d’heure, deux minutes avant l’opération, mais leur odeur est telle ment désagréable que la plupart des sujets renoncent à leur emploi.

Quand nous avons à opérer les membres supérieurs ou les membres inférieurs, nous nous servons d’un appareil automatique au chloréthyle que nous avons fait construire par Bengué et que nous pouvons faire fonctionner, c’est-à-dire ouvrir ou fermer, d’une seule main. Le membre à épiler étant posé sur une table ou sui un lit, nous manœuvrons le chloréthyle de la main gauche, dirigeant le jet sur le poil visé, et nous introduisons l’aiguille de la main droite dès que l’anesthésie locale est faite; pendant que le courant passe, nous dirigeons le jet de chloréthyle sur le follicule pileux suivant. Nous avons pu ainsi détruire avec rapidité de gros

poils volumineux des membres inférieurs et en enlever jusqu’à 150 en trois quarts d’heure. Ce procédé, que nous n’avons encore fait connaître que dans nos conférence^ cliniques, est vraiment pratique pour les membres. Il l’est beaucoup moins pour la figure; en effet, pour bien opérer cette région, il faut, comme nous l’avons déjà indiqué, avoir les deux mains libres. En outre, les pulvérisations de chloréthyle sont très désagréables à la face; souvent même elles provoquent des suffocations. Le chloréthyle produit chez certaines personnes des rougeurs et des phlycténisations des téguments avec pigmentations consécutives lentes à disparaître, qui n’ont que peu d’importance aux membres, mais qui en ont énormément au visage.

Nombre de poils que l’on peut détruire en une séance. — Nous venons de dire que nous avons pu arriver à détruire sur les membres jusqu’à 150 poils assez volumineux en trois quarts d’heure, soit quarante-cinq minutes. Chez des malades très courageuses nous avons pu, à la figure, enlever dans le même laps de temps jusqu’à 180 duvets ou 120 poils assez fins et moyens. Cela peut être considéré comme un maximum.

D’ordinaire, dans des régions modérément douloureuses, on peut détruire en vingt ou vingt-cinq minutes de 30 à 45 gros poils, de 35 à 60 poils moyens et fins, et de 50 à 90 duvets, suivant la tolérance de la malade et l’intensité du courant employé.

Dans les régions fort douloureuses ou quand il s’agit de malades pusillanimes, on peut être obligé de mettre plusieurs minutes pour détruire un gros poil, parfois même une minute pour détruire un duvet.

Quand on a l’habitude de l’électrolyse, quand la malade est courageuse, et qu’on emploie le procédé opératoire que nous avons décrit, on peut arriver facilement à détruire par minute 2 à 3 gros poils, 4 ou 5 poils moyens, ou 5 à 6 duvets. Mais, quand on opère avec cette rapidité, on se fatigue et on fatigue la malade beaucoup plus vite que lorsqu’on opère lentement, et il ne faut pas croire que pendant les vingt ou vingt-cinq minutes d’une séance ordinaire on puisse obtenir ces résultats : ils constituent un maximum qu’il est possible d’atteindre par instants, mais non une moyenne. Avec la méthode lente, on peut opérer pendant deux ou trois heures de suite en se reposant toutes les cinquante minutes pendant quelques instants. Avec la méthode rapide on est d’ordinaire obligé de se reposer toutes les vingt-cinq minutes, ou bien l’on est épuisé au bout de trente-cinq à quarantecinq minutes ; c’est fort beau de pouvoir résister pendant une heure ou une heure et demie.

La durée moyenne de ce que nous appelons une séance simple étant de vingt à vingt-cinq minutes, celle d’une séance double étant de quarante-cinq à cinquante minutes, on peut faire à une malade au maximum, dans une journée, de 3 à 4 séances simples ou deux séances doubles, ou une séance double et une séance simple.

Il nous paraîtrait imprudent d’en faire davantage lorsque les malades doivent subir un long traitement : nous avons l’habitude dans ce cas de ne leur faire qu’une séance simple ou une séance double par jour. Il est entendu qu’il faut pour cela que les régions pileuses soient suffisamment étendues : on ne doit jamais en effet, sous aucun prétexte, détruire dans une même journée ou dans deux journées consécutives deux poils trop voisins l’un de l’autre, sinon on s’exposerait à avoir des cicatrices vicieuses.

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Accidents de l’opération. — Les accidents consécutifs à l’opération de la destruction des poils par l’électrolyse peuvent être divisés en deux catégories : 1° les accidents immédiats ; 2° les cicatrices consécutives.

1 0 Accidents immédiats. — Ils sont fort rares et de minime importance.

On observe parfois des hémorragies quand on n’a pas fait passer suffisamment le courant, ou bien quand on a enfoncé trop profondément l’aiguille et qu’on a blessé quelque gros vaisseau du tissu cellulaire sous-cutané. Dans ce cas, dès que l’on retire l’aiguille, on voit sourdre une ou plusieurs gouttelettes de sang : on ne doit pas s’en inquiéter; il suffit de pratiquer avec un petit tampon d’ouate hydrophile aseptique une compression de quelques instants pour que tout s’arrête. Parfois, l’hémorragie se fait dans le tissu cellulaire sous-cutané : les téguments prennentalors une teinte violacée ecchymotique qui effraie beaucoup les malades, mais qui ne tarde pas à disparaître spontanément au bout de deux ou trois jours.

Quand on se sert d’un courant trop intense, ou bien quand on le laisse passer pendant trop de temps, ou bien enfin quand on opère des poils trop voisins les uns des autres, on peut produire une mortification trop considérable des tissus; ils deviennent dans ce cas, sur une assez vaste étendue, d’une teinte d’un jaune brunâtre de fort mauvais augure. Il faut tout de suite suspendre toute opération en cette région, la toucher immédiatement et à plusieurs reprises dans la journée avec de l’alcool camphré, et ouvrir avec une aiguille flambée les vésicules qui peuvent se former à ce niveau.

Soins consécutifs. — On a conseillé (Payes, Bergonié et Debedat) de faire des lavages à l’eau boriquée et d’appliquer de la pommade d’oxyde de zinc, de ne pas laisser après l’opération les malades recouvrir leur visage de voiles de couleur. Nous ne saurions trop répéter que les applications d’alcool camphré faites deux ou trois fois par jour nous ont paru presque toujours suffisantes. Nous recommandons avant tout de ne pas appliquer sur une région opérée des topiques qui nécessitent ensuite des frictions ou des lavages minutieux, car la malade ne doit jamais arracher les croûtes formées au niveau des piqûres. 11 faut qu’elles tombent spontanément.

Cependant si les réactions inflammatoires consécutives aux piqûres sont trop intenses, si les régions sont trop œdématiées, on 'pourra faire des applications émollientes décompresses d’eau bouillie ou de cataplasmes. Pour sortir on pourra mettre des poudres adhérentes â base detalc ou de bismuth.

Il faut avoir soin détenir les aiguilles propres. 11 convient de les flamber quand on passe à un autre malade. Quand on détruit un poil qui centre une pustule, il faut flamber de nouveau l’aiguille.

2° Cicatrices consécutives. — Nous avons déjà posé comme règle absolue que 1 on ne doit jamais opérer dans une même séance ou dans des séances trop rapprochées deux poils assez voisins l’un de l’autre pour que les zones de destruction arrivent à être tangentes. Quand cet accident se produit, quand surtout il y a plus de deux zones de destruction qui se réunissent, on doit redouter la formation de cicatrices vicieuses et indélébiles, souvent la formation de véritables chéloïdes.

Sur nos premières opérées (voir notre travail de 1888) nous avons observé de semblables accidents, et ces résultats nous ont tellement navré que depuis lors nous avons toujours résisté aux supplications de nos clientes qui nous demandent souvent, pour ne pas revenir, d’enlever en une ou deux séances des touffes de poils rapprochés les uns des autres.

Si l’on s’en tient rigoureusement aux préceptes que nous avons formulés, les

traces éloignées des opérations électrolytiques seront parfaitement nulles quand il s’agira de duvets ou de poils très fins ; elles consisteront en de fines taches blanches que l’on ne peut guère voir qu’en tendant fortement la peau après la destruction de poils moyens, en taches blanches assez nettes, parfois en petites dépressions cupuliformes assez analogues à l’impression que ferait une tête d’épingle sur de la cire molle après la destruction de poils volumineux. Nous n’avons pas à insister ici de nouveau sur la nécessité absolue qu’il y a à bien placer l’aiguille pour avoir un minimum de cicatrice. Si l’aiguille est implantée dans le derme à côté du poil, si elle est trop profondément enfoncée, le cylindre de mortification des tissus nécessaire pour arriver à la destruction de la papille sera incomparablement plus volumineux que si l’aiguille est correctement mise. On n’a qu’à faire un schème de la destruction des poils pour comprendre toute l’importance de ce précepte au point de vue des cicatrices ultérieures. Si l’on calcule le volume des deux cylindres de destruction, leur rapport est approximativement de 15 à 6. (Voir notre ouvrage sur le Traitement des dermatoses par la petite chirurgie et les agents physiques.)

Quand on a épilé en une région donnée d’énormes quantités de gros poils, comme cela arrive chez les femmes pourvues d’une barbe véritable, semblable à celle de l'homme adulte, il arrive que les téguments, tout d’abord épaissis et indurés par les multiples inflammations causées par les piqûres, s’amincissent peu à peu, et aubout de plusieurs mois, après la cessation totale des opérations, ils paraissent être comme atrophiés, parfois même comme ridés. Cependant ce résultat n’existe pas toujours, et nous avons pu enlever en totalité des barbes touffues à des jeunes filles sans qu’il persistât aucune trace visible. Néanmoins cette quasi-atrophie des téguments est fréquente chez les sujets qui ont subi en une région donnée de très nombreuses piqûres ; cela se comprend sans peine, puisque la destruction de chaque poil s’accompagne de la destruction d’une certaine quantité de tissu périphérique. Il y a aussi à tenir compte de la disparition de toutes les racines pileuses qui farcissent les téguments et qui les épaississent par leur seule présence.

Chez les femmes très brunes atteintes d’une abondante hypertrichose du menton, nous avons observé, à la suite de très nombreuses opérations, une sorte de pigmentation brune analogue à du tatouage, tenant peut-être au pigment des poils détruits, et qui a fini par disparaître peu à peu au bout de plusieurs mois.

D’ailleurs les traces que laisse après elle l’électrolyse varient beaucoup suivant les sujets. Telle personne supportera merveilleusement bien l’action de l’électricité et n’aura plus aucun vestige de ses opérations après huit ou dix jours, telle autre aura des taches très persistantes rouges ou brunâtres, qui peu à peu finiront par devenir d’un blanc mat. (Voir pour plus de détails nos mémoires antérieurs.) D’autres enfin verront se développer de petites indurations, parfois même de véritables chéloides : ces accidents s’observent surtout au niveau du rebord du maxillaire inférieur.

Lésions histologiques des tissus électrolysés. — Nous avons à plusieurs reprises examiné au microscope les poils sur lesquels nous avions fait agir l’électrolyse : il nous a été à peu près impossible de déterminer d’une manière précise les lésions qu’ils avaient subies de par l’opération. Ils viennent presque toujours avec la gaine de leur racine. Plus rarement leur bulbe a été embroché par l’aiguille, puis décomposé : on ne peut en retirer qu’une partie ; il reste dans le derme des détri-

HYPERTRICHOSE

tus informes plus ou moins colorés qui peu à peu, parfois après de longs mois, finissent par poindre à la surface des téguments et par s’éliminer.

Il faut, pour arriver à étudier les altérations que l’électrolyse provoque dans les tissus, pratiquer des biopsies, et jamais nous n'avons eu l’occasion de le faire. Cette lacune a heureusement été comblée par G. Giovannini, fort connu par ses savantes recherches sur les lésions produites par l’épilation, sur la régénération des poils après l'épilation, et qui a étudié dans un mémoire des plus remarquables et des plus complets toutes les altérations que l’électrolyse fait subir au follicule pileux, aux glandes sébacées annexes et aux tissus voisins. Nous renvoyons pour tous ces détails à ce travail vraiment magistral auquel sont annexées de nombreuses planches explicatives. (Ueber die durch die elektrolytische Epilation hervorgerufenen histologischen Verànderungen. Archiv f. Dermat. und Syph., 1895, t. XXXII, p. 3.)

Proportion des poils radicalement détruits par l’opération électrolytique. — Si tous les poils étaient directement implantés dans la peau, de telle manière que leur partie intra-épidermique fit un angle droit parfait avec la surface des téguments, le nombre de poils radicalement détruits dans une première opération serait sûrement très élevé ; il n’y aurait en effet qu'à enfoncer perpendiculairement l’aiguille le long du poil pour atteindre la papille pileuse. Mais il n’en est pas toujours ainsi. Les poils sont souvent implantés obliquement, certains même n’ont pas un trajet intra-dermique parfaitement rectiligne. 11 faut donc que l'aiguille soit manœuvrée d’une manière intelligente, et qu’elle aille chercher la papille suivant la direction du poil, comme nous l’avons longuement expliqué plus haut. Si l’opérateur se pénètre bien de ce précepte fondamental, s’il sait varier la direction de son aiguille selon chaque poil, lui faire même au besoin décrire une petite courbe dans la peau, en un mot s’il cathétérise chaque follicule pileux, on peut évaluer à environ 8 ou 9 sur 10 opérés le nombre des poils qu’il aura définitivement détruits.

Il ne faut pas d’ailleurs, à notre sens, chercher par trop à ne pas avoir de récidives. On laisse ainsi passer un peu trop longtemps l’électricité, et on touche beaucoup moins de poils en un temps donné que lorsqu’on s’attache à ne faire passer que la quantité d’électricité strictement nécessaire pour décomposer la papille. En visant ce but idéal on a beaucoup plus de récidives, c’est vrai, mais, ainsi que nous l’avons expliqué dans notre travail de 1891, ces récidives sont largement compensées par la plus grande quantité de poils sur lesquels on agit dans un laps de temps donné. Voici en effet le calcul que nous avons fait :

Nous avons estimé à un sur dixenviron le nombre de poils qui repoussent lorsque l’on opère sans se presser. On détruit alors en une séance de vingt minutes environ 30 poils volumineux ou bien 45 ou 50 poils moyens et fins : c’est-à-dire qu’il repousse 3 ou 4 poils sur les 30 poils volumineux, 5 poils environ sur 45 poils moyens ou fins.

« Lorsque l’on emploie la méthode rapide, il en repousse environ deux sur dix, c’est-à-dire le double. Si nous estimons à 45 ou 50 le nombre de gros poils opérés dans une séance par ce procédé on voit qu'il en repousse 10 environ, et qu’on n’en a en réalité détruit définitivement que 35 ; mais, par la méthode lente, on n’en a détruit définitivement que 26. De même s’il s’agit de poils moyens et fins on en opère définitivement de 65 à 70 par séance en employant la méthode rapide ; il en repousse de 12 à 14, et on n’en a donc détruit radicalement que de 53 à 56. Mais

par la méthode lente on n’en a détruit dans le même laps de temps qu’une quarantaine.

« La méthode dite rapide a donc un double avantage sur la méthode lente : elle permet de détruire beaucoup pins de poils dans un même laps de temps, et elle laisse en outre le minimum de cicatrices possible ; mais elle exige de la part de l’opérateur beaucoup d’habitude et de sûreté de main. » ( Société de dermat., séance du 3 avril 189 1 .)

Les considérations qui précèdent permettent de comprendre combien il est nécessaire, avant d’entreprendre une série d’opérations électrolytiques, d’expliquer à la malade la méthode dans tous ses détails ; il faut lui répéter à plusieurs reprises que certains des poils touchés repousseront, et qu’elle ne doit nullement s’en préoccuper, car il suffira de les opérer une seconde fois pour les faire disparaître définitivement.

Si l’on ne prend pas ces précautions, elle aura de véritables crises de désespoir, et elle accusera la méthode d’impuissance lorsqu’elle verra repousser en assez grand nombre des poils sur lesquels aura agi l’électricité. Ces poils sont noirâtres, parfois déformés, irréguliers d’aspect ; ils portent souvent à leur extrémité une sorte de boule fortement pigmentée. On ne peut donc guère les confondre avec des poils de nouvelle venue. Dans quelques cas, le follicule a été en partie détruit, puis totalement oblitéré par du tissu cicatriciel ; le poil repousse, mais il est obligé de se creuser un trajet dans le derme, et on le voit à travers l’épiderme décrire des courbes sinueuses intra-dermiques ou sous-épidermiques.

Or, si Ton estime à trois ou quatre mille en moyenne le nombre de poils de première couche qu’il faut détruire sur tout un menton, en opérant par la méthode rapide, il en repoussera au moins de 3 à 400 ; si Ton y ajoute les poils de deuxième couche (voir plus loin) qui se développent toujours avec rapidité, on voit que, peu de temps après une première série de séances, qui aura semblé tout détruire, la région se recouvrira d’une nouvelle couche de poils qui paraîtra tout aussi fournie que celle qui existait avant le début de l’opération. Il est donc naturel dans ce cas d’accuser Télectrolyse de n’avoir produit aucun effet utile. Il est cependant parfois possible de démontrera l’opérée l’efficacité duprocédé en tendant la peau avec soin et en lui faisant remarquer que la surface des téguments est criblée de fines cicatricules blanches à peine perceptibles, vestiges de piqûres électrolytiques qui ont été efficaces, puisqu’elles ne présentent pas de poils à leur centre.

Nombre de poils a détruire dans une région donnée. — Il est très difficile d’apprécier le nombre de poils qu’il faut détruire dans une région donnée pour arriver à la rendre glabre. Ce chiffre varie dans des proportions réellement déconcertantes suivant les sujets.

Pour avoir un résultat définitif, il ne suffit point de détruire tous les poils volumineux visibles au début du traitement. Peu de temps après la terminaison de cette première série d’opérations, on voit les régions traitées se recouvrir d’une nouvelle couche de poils réguliers un peu plus fins que ceux que l’on avait enlevés, à grosse racine pulpeuse assez profonde : ce ne sont nullement les poils primitifs qui auraient échappé à l’action de l’électricité. Gomme nous venons de l’expliquer dans le paragraphe précédent, ces récidives sont réelles, mais elles n’entrent que pour une part assez faible dans la constitution de ce que nous avons appelé la deuxième couche. Aux endroits ducorpsqui sont leplus richement pourvus de poils, comme aux parties latérales du menton, on a à lutter contre trois, quatre et jus-

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qu’à cinq couches successives de poils qui se développent ainsi. Nous croyons encore être au-dessous de la vérité dans cette évaluation quand il s’agit de certaines femmes à système pileux particulièrement exubérant. Chez certaines d’entre elles nous avons été obligé de poursuivre tous les trois ou quatre mois, pendant plusieurs années consécutives, le développement incessant de poils nouveaux ; et, après toute cette série de destructions, il y avait encore du duvet sur les régions opérées. Aux lèvres, il n’y a guère en moyenne que deux ou trois couches ; il en est de même des joues. A la poitrine, aux seins et aux membres, on n’observe presque pas de repullulation des poils : quand l’opération a été bien conduite, c’est à peine si l’on a besoin d’y faire une deuxième série assez courte d’interventions pour obtenir une déglabration parfaite.

V électrolyte fait-elle grossir le duvet des régions opérées quand on y détruit quelques poils volumineux ?

Question des plus importantes dans la pratique, car on est souvent consulté par des femmes qui veulent savoir si elles peuvent impunément se faire enlever quelques poils assez gros, développés au milieu d’une forêt de fins duvets. 11 est fort difficile de répondre d’une manière catégorique, d’autant plus qu’il semble que tous les sujets ne réagissent pas de la même manière.

S’il s’agit de quelques poils développés à la lèvre supérieure, au menton ou à la poitrine, chez des femmes qui ont dépassé la trentaine, on peut, dans la majorité des cas, affirmer que leur destruction ne provoquera pas un développement exagéré de duvet. Cependant il n’est pas rare de voir revenir ces personnes au bout de quelques mois avec un certain nombre de poils nouvellement développés. Est-on alors en droit d’incriminer l’électrolyse et de croire que l’opération, grâce à l’inflammation des tissus qu’elle a causée, a provoqué le développement de ces nouveaux poils? C’est à la rigueur possible, mais on ne peut d’un autre côté s’empêcher de penser que si l’on n’avait pas opéré, il se serait probablement développé quelques poils de plus, puisque chez ces sujets, même lorsqu’ils ne se livrent à aucune des manœuvres connues pour transformer les duvets en poils adultes, il survient peu à peu, à mesure qu’ils avancent en âge, des poils de plus en plus fournis au menton et à la lèvre supérieure.

S’il s’agit de poils assez nombreux développés au visage au milieu de forts duvets chez une jeune femme, il faut être extrêmement réservé dans l’appréciation des effets de i’électrolyse sur le développement des poils nouveaux. Bien qu’il soit fort difficile d’évaluer exactement la part que peut avoir l’opération dans l’évolution ultérieure des duvets, il est certain que presque toujours, dans de pareils cas, dès qu’on a commencé à enlever les poils les plus gros, on en voit constamment d’autres prendre un volume plus considérable, et c’est une sorte d’engrenage dans lequel on est fatalement pris, et qui conduit insensiblement à la destruction totale ou presque totale du système pileux. Les duvets se seraient-ils transformés en poils adultes avec la même facilité si l’on n’avait pas opéré? Nous en doutons fort pour notre part, et nous sommes tenté de croire que l’électrolyse accélère notablement dans ces cas cette transformation. Nous reconnaissons cependant que, chez certaines de nos malades, quelques opérations pratiquées avec discernement et modération n’ont pas entraîné de dégâts ultérieurs et ont réellement donné le résultat désiré ; mais il nous semble, d’après notre expérience personnelle, que c’est plutôt l’exception quand il s’agit de femmes très jeunes et à duvet abondant.

S’il s’agit de femmes jeunes ayant de nombreux poils adultes, il est certain que, de par l’opération de l’électrolyse qui débarrasse une région donnée de tous ses

Brocq. — Dermatologie. II. 36

poils volumineux, il se développera sur cette région, dès qu’elle aura subi cette première série d’opérations, une nouvelle couche de poils qui ne se seraient pas développés sans cela. Mais faut-il vraiment, dans ce cas, renoncer pour ce motif à l’électrolyse ? Nous ne le pensons pas. Tout le mal est fait au moment où Ton commence les opérations. On est obligé de tout détruire, et l’on sait que, pour arriver à un résultat convenable, il faut enlever non seulement tout ce qui est visible, mais encore les couches successives qui se développeront.

Notre expérience personnelle nous a permis d’établir :

1° Que pour détruire d’une manière totale les poils d’une figure, il faut beaucoup de temps; qu’on n’arrive à les épuiser d’ordinaire qu’au bout de plusieurs

années ;

2° Que pour arriver à épuiser tous les poils d’une région donnée, il faut faire revenir la malade deux mois environ après qu’on a fini d’enlever tout ce qui est visible, enlever alors tout ce qui a pu se développer, puis faire revenir la malade après une nouvelle période de deux ou de plusieurs mois, et ainsi de suite avec une patience et une persévérance inaltérables ;

3° Que le nombre de poils à détruire chez un sujet donné varie totalement et dans d’énormes proportions suivant les personnes ; qu’on peut cependant donner les chiffres moyens suivants :

Pour une barbe entière, de 10 à 15.000 (de 1 .500 à 20.000) ;

Pour un menton, de 3 à 5.000 (de 1.000 à 9.000) ;

Pour une lèvre supérieure de 700 à 1.500, etc...;

4° Qu’il faut être décidé, quand on commence un traitement pour l’hypertrichose, à le continuer, malgré sa longueur possible, jusqu’au bout; car si, sur 5.000 poils à détruire par exemple, on n’en détruit que 4.000, et si on en laisse un millier, l’aspect de Ja région opérée est pour ainsi dire identique à ce qu’il était avant le début du traitement, et on a subi de longues séances en pure perte.

Les indications de Télectrolyse dans les hypertrichoses. — L’analyse raisonnée de tous les cas d’hypertrichose que nous avons opérés ou simplement observés nous a conduit a adopter la ligne de conduite suivante.

A. Chez l’homme . — Il ne faut guère accepter chez lui de pratiquer l’épilation électrolytique que pour certaines affections du follicule pileux, telles que les folliculites récidivantes des narines, de la lèvre supérieure, de la barbe, l’affection à laquelle nous avons donné le nom de sycosis lupoïde, le trichiasis, etc... En dehors de ces faits, sur lesquels nous n’avons pas à insister ici, nous pensons qu’il ne faut guère interveni r chez l’homme pour de l’hypertrichose vraie que lorsqu’il s’agit d’un développementexagéré despoils sur la face dorsale du nez et dans l’espace intersourcilier. Il faut résister autant qu’on le pourra aux sollicitations de ceux qui viennent demander l’aide de Télectrolyse pour supprimer : a) des cheveux descendant par trop bas sur le front ou vers les tempes ; b) des sourcils trop fournis vers le front; c) des poils remontant trop haut sur les joues vers les pommettes ; d) des poils descendant trop bas dans le cou; é) les poils des oreilles; /') des poils volumineux situés sur la face dorsale des mains et des doigts ; g) de longs poils siégeant à la région lombaire. U ne faut pas croire que toutes ces catégories de faits soient de simples vues de V esprit : nous les avons observées dans notre pratique.

B. Chez la femme. — Chez la femme, les indications de la destruction des poils par Télectrolyse sont beaucoup plus multiples et elles méritent une discussion

HYPERTRICHOSE

approfondie. Et tout d’abord il faut tenir grand compte de l’âge de la malade ; nous divisons à cet égard approximativement les sujets atteints d’hypertrichose en trois catégories : 1° au-dessous de vingt-cinq ans ; 2° de vingt-cinq à quarante-cinq ans ; 3° au-dessus de quarante-cinq ans.

1° Sujets âgés de moins de vingt-cinq ans. — C’est la catégorie de beaucoup la plus intéressante, celle à propos de laquelle se posent les questions les plus difficiles à résoudre.

a) Que conseiller à une jeune fille atteinte cV hyper trichose commençante ? — S il s agit de simples duvets un peu plus longs et un peu plus volumineux que les duvets normaux, mais ne constituant pas de réelle difformité, s’ils ne semblent pas se développer avec rapidité, et s’ils ne tendent pas manifestement à se transformer en poils adultes, il faut donner le conseil de ne rien faire, d’attendre patiemment ; mais surtout il faut bien recommander de ne pas arracher, de ne pas flamber, de ne pas couper les duvets, de ne se servir ni de pilivores ni d’épilatoires, de ne pas appliquer trop de pommades ou de cataplasmes, de ne pas faire de frictions excitantes. tout au plus pourra-t-on le soir frotter doucement les régions velues avec de la poudre d’amidon pure ou mélangée d’un peu de borate de soude ou d’acide salicylique : ces poudres siccatives semblent enrayer dans une certaine mesure le développement des duvets.

En outre il est bon, lorsque la malade est brune, de lui faire faire des applications d’eau oxygénée qui blondit légèrement le duvet et le rend beaucoup moins visible.

Si la jeune fille, tout en n’ayant encore que du duvet, voit son hypertrichose se développer rapidement ; s’il est évident, d’après l’observation minutieuse de ce qui se passe chez elle, que les duvets ont une tendance marquée à se transformer spontanément en poils adultes, et si elle est ainsi sérieusement menacée d’avoir sous peu une difformité des plus ennuyeuses, nous estimons maintenant qu’on ne doit pas attendre pour intervenir, et que l’on doit s’efforcer de lui détruire tout le duvet des régions destinées à se couvrir de poils adultes. En effet, il y a de grands avantages dans ce cas à ne pas attendre la transformation du duvet en poils volumineux : on a ainsi beaucoup moins de chances de laisser des cicatrices, puisqu’on a fort peu à détruire ; on opère beaucoup plus de poils dans un même laps de temps, et par suite on arrive beaucoup plus rapidement à la guérison ; ou épargne en outre au sujet le tourment moral de voir se développer une barbe véritable. Nous pensons donc qu’on est autorisé dans ce cas — mais dans ce cas seulement — à conseiller 1 intervention par l’électrolyse, alors qu’il n’y a encore que du duvet ; mais c est là un avis des plus délicats à donner, et il ne faut le faire qu’à bon escient.

b) Que conseiller à une jeune fille qui a de V hypertrichose fort développée ? — a) Si malade est dans une condition sociale telle qu’elle puisse faire la dépense relativement considérable qu’entraînent de longues séries de séances, il faut lui conseiller de se faire opérer par une personne ayant l’habitude de l’électrolyse (car il est rare que l’on opère très bien quand on n'est pas très exercé).

o) Si la malade ne peut supporter les frais d’un traitement fait par une personne de 1 art, nous avons pris l’habitude de la faire opérer par une personne de sa famille, par le mari de préférence, ou par une sœur ou par un frère, à la rigueur par la mère. Nous donnons deux ou trois leçons à l’opérateur improvisé; nous le faisons opérer devant nous, et nous avons pu obtenir ainsi dans plusieurs cas d’excellents résultats.

y) Quand il s’agit d’hypertrichose du menton, de la lèvre supérieure, de la poitrine et des membres, les malades peuvent s’opérer elles-mêmes en se servant comme pôle positif d’une pédale métallique recouverte de peau de chamois sur laquelle elles appliquent le pied nu. Elles ont ainsi les deux mains libres et elles arrivent fort bien, en se mettant au grand jour devant une bonne glace, assises devant une petite table, les deux coudes appuyés sur la table, à introduire l’aiguille dans les follicules pileux.

Nous estimons donc que, lorsqu’il s’agir, de jeunes filles atteintes d’hypertrichose développée de la figure, il faut les engager à s’efforcer de s’en débarrasser. Pour la plupart d’entre elles, c’est presque une question vitale, c’est la possibilité de se marier, de se faire une famille si elles arrivent à supprimer leur difformité ; c’est toute une série d’humiliations, de blessures incessantes d’amour-propre qu’elles peuvent éviter, et qui conduisent beaucoup de ces malheureuses à l’hypocliondrie et à la claustration absolue.

c) Que conseiller à une jeune fille quand il s'agit d' hyper trichose très légère ? — a) Quand l’hypertrichose n’est caractérisée, comme c’est la règle, que par un duvet faisant une ombre légère à la lèvre supérieure, ou par une certaine prolongation avec diminution progressive des cheveux en avant des oreilles, il faut engager vivement à ne rien faire ; tout au plus peut-on, comme nous l’avons indiqué tout à l’heure, blondir le duvet. C’est, à notre sens, une obligation morale pour le médecin de résister au désir des malades et de refuser d’opérer. On doit faire connaître l’état réel de la question, les difficultés, les longueurs de la médication, la possibilité de légères cicatrices s’il y a la moindre inadvertance de la part de l’opérateur. On doit enfin faire remarquer que parfois, surtout chez les brunes, l’ensemble du visage est moins gracieux, moins harmonieux, quand on a totalement enlevé le duvet qui recouvre la lèvre supérieure. En pareil cas notre ligne de conduite consiste donc à faire notre possible, en forçant la note , pour dégoûter les malades de V opération.

6) Mais si, après un ou plusieurs refus de notre part, il est bien avéré que l’hypertrichose, quelque légère qu’elle soit, est pour la malade une cause d’obsession ; si la trichophobie est assez accentuée pour menacer la santé ou la raison du sujet, nous croyons que l’on ne doit pas hésiter plus longtemps, et qu’il faut opérer même d’imperceptibles duvets.

y) Si, tout en n’ayant qu’une hypertrichose fort légère, le sujet présente en certains points, menton, coins des lèvres, quelques poils vraiment assez volumineux, on n’est pas autorisé à en refuser la destruction ; mais il faut prendre garde dans ce cas à ne pas se laisser entraîner peu à peu à tout détruire. Il faut en outre prévenir les malades que très probablement tous les six mois ou tous les ans elles auront à faire enlever quelques nouveaux poils qui se seront développés. Ces cas sont parmi ceux que nous appelons indifférents pour le médecin; il n’a pas, à proprement parler, à imposer sa volonté au sujet, il doit faire ce que le sujet voudra : il enlèvera ou n’enlèvera pas ces quelques duvets volumineux, suivant le désir formulé par la malade. Cependant, s’il s’agit de poils vraiment assez volumineux, il est préférable de les détruire. En tout cas, il faut défendre de les arracher ou de les enlever avec un épilatoire quelconque ; si la malade ne veut pas les conserver, l’épilation électrolytique s’impose.

d) Que conseiller à une jeune fille qui a de V hypertrichose du devant de la poitrine, des seins , ou des membres ? — a) S’il s’agit d’hypertrichose moyenne ou accentuée du devant de la poitrine, des seins, ou de l’espace présternal entre les

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seins, nous engageons vivement à opérer. Rien n’est aussi disgracieux que l’hypertrichose de ces régions ; quand elle existe, elle empêche tout décolletage, et nous avons toujours vu les femmes qui en sont atteintes ne montrer ces régions qu’avec la plus grande honte. Or l’opération électrolytique y est fort satisfaisante : il n’y a presque point de repullulation. (Ces remarques s’appliquent même aux femmes de vingt-cinq à quarante-cinq ans.)

ê) Ces motifs d’opérer dans ces régions sont si péremptoires que nous ne refusons pas de le faire quand il s’agit d’hypertrichose même légère, surtout au bout des seins et entre les seins; mais nous ne nous croyons pas autorisé alors, comme dans le cas précédent, à pousser à l’opération ; ces sujets rentrent dans la catégorie des cas qui doivent laisser le médecin indifférent.

y 11 en est de même quand il s’agit d’hypertrichose accentuée des bras et des jambes. Le médecin ne doit pas refuser d’intervenir, mais il doit faire remarquer que les opérations sont douloureuses, des plus longues, et que les traces laissées par les piqûres mettent parfois beaucoup de temps à disparaître complètement, surtout aux membres inférieurs et lorsqu’on ne garde pas le repos complet : elles deviennent presque toujours purpuriques dans ce cas.

8) Par contre, il doit énergiquement refuser d’intervenir, sauf cas de trichophobie accentuée, quand il s’agit de duvets acceptables des bras ou des jambes.

2° Sujets âgés de vingt-cinq a quarante-cinq ans. — Ouand il s’agit de sujets rentrant dans cette catégorie, le médecin doit presque toujours jouer un rôle d’indifférent dans la détermination à prendre : c’est-à-dire qu’il doit soigneusement exposer à la personne qui le consulte les avantages et les inconvénients de l’opération (voir plus hauO, et lui laisser le soin de décider si oui ou non elle veut qu’on l’opère.

Il s’agit en effet presque toujours, à cet âge-là, de femmes mariées dont les maris sont opposés à l’électrolyse, et qui ne se font traiter que par pure coquetterie.

Inversement, si ce sont les maris qui réclament l’opération, il faut, quelle que soit l’hypertrichose, la pratiquer immédiatement.

Il est bien entendu que si ces personnes se trouvent dans les mêmes conditions que les jeunes filles de la catégorie précédente, il faut leur appliquer les règles que nous venons de formuler.

a) Il s'agit dune hypertrichose fort développée . — a) Si la femme est encore jeune, mariée, si elle va dans le monde, on est autorisé à conseiller l’opération.

ê) Si elle est d’un certain âge, si elle n’a pas d’obligations mondaines, on doit rester indifférent et n’opérer que si la malade, mise au courant, déclare qu’elle veut être radicalement débarrassée.

b) Il s agit dune hypertrichose moyenne . — a) Si l’hypertrichose consiste en quelques gros poils disséminés çà et là au menton, au cou, aux lèvres, comme c’est si fréquent chez les femmes à partir de vingt-cinq ou trente ans, on peut conseiller de les détruire, surtout s'il n'y a pas beaucoup de duvet intermédiaire , parce que dans ce cas le développement ultérieur des poils nouveaux n’est que très modéré, et il suffit aux sujets de revenir se faire opérer tous les six mois, tous les ans, ou tous les deux ans. Mais il faut savoir se borner et n’attaquer que les poils qui constituent réellement une difformité. On doit résister aux malades qui, lorsqu’elles sont délivrées des poils volumineux, sont toujours tentées de trouver énormes de simples duvets. Il est fort difficile de s’arrêter sur cette pente dange¬

reuse.

ê) S’il y a quelques gros poils avec beaucoup de duvet, on doit être beaucoup plus réservé : il faut prévenir de la possibilité de la transformation ultérieure des duvets en poils adultes, et il faut n'opérer que si on le réclame avec insistance.

y) Si les poils sont peu volumineux et le duvet fort abondant, il faut conseiller de ne pas intervenir, car la difformité est pour ainsi dire négligeable chez les blondes; chez les brunes on peut décolorer avec l’eau oxygénée, et l’on a à redouter, si l’on y touche, un développement relativement rapide des duvets, d’où une série d’opérations dont on ne peut apprécier l’importance.

c) Il s'agit de simples duvets. — a) Que les duvets soient très abondants ou moyennement touffus, nous croyons qu’on doit engager les malades à ne pas se faire opérer, car on peut, en essayant de les éclaircir, faciliter leur transformation en poils adultes. Nous savons que cette question est controversée : nous en avons déjà parlé (voir plus haut). Il est certain qu’il y a des sujets chez lesquels la destruction de quelques poils ne favorise pas la transformation des duvets en poils adultes, surtout quand ces personnnes ont passé la trentaine ; on pourrait donc chez elles éclaircir sans danger un duvet abondant. Mais il est absolument impossible de savoir, sans en faire l’expérience, quelles sont les réactions des téguments d’une personne donnée sous l’action de l’électrolyse, et cette expérience peut malheureusement être dangereuse, car nous avons nettement reconnu dans plusieurs cas que, dès qu’on enlevait de forts duvets par l’électricité, le duvet voisin semblait se développer avec une assez grande rapidité.

6) Par contre, si la malade ne présente que quelques duvets fort rares à la lèvre ou au menton, et si elle veut les faire enlever, le médecin peut rester indifférent, et ne pas s’opposer à l’opération si elle est instamment réclamée.

Nous ne revenons pas ici sur ce que nous avons dit à propos des jeunes fdles au sujet de l’hypertrichose de la poitrine, des seins et des membres.

3° Sujets au-dessus de quarante-cinq ans. — A partir de quarante-cinq ans le rôle du médecin devient fort peu important. D’une manière générale il doit conseiller aux malades de ne rien faire, pour des raisons d’ordre extra-médical que tout le monde comprend et sur lesquelles nous n’avons pas à insister. Cependant, s’il s’agit de personnes fort affectées d’avoir aux lèvres ou au menton ces touffes de poils disgracieux qui se développent si fréquemment à partir de quarante ans, il ne doit pas refuser d’opérer après avoir averti le sujet de tous les .ennuis de l’intervention. Il doit d’autant moins hésiter à le faire dans ce cas quand les malades en expriment le vif désir, que le développement des couches successives se produit à cet âge-là avec beaucoup moins d’intensité que chez les jeunes filles; l’opération est donc en elle-même plus satisfaisante chez les personnes âgées ; mais on ne doit jamais perdre de vue que chez elles elle n’a pour ainsi dire plus de réelle utilité.

Radiothérapie. — On sait que dès les premières applications des rayons X à la médecine, on s’aperçut qu’ils avaient la propriété de faire tomber les poils et les duvets des régions sur lesquelles ils agissaient. On eut dès lors (Schiff et Freund) tout de suite l’idée de les employer contre l’hypertrichose, et l’on crut avoir trouvé la méthode idéale grâce à laquelle on pourrait enfin se passer de l’électrolyse.

Voici le mode opératoire préconisé par Relot : « Les rayons seront peu pénétrants et marqueront environ 5 au radioehromomètre de Benoist. La surface à traiter sera choisie de grandeur telle que l’éclairage y soit partout uniforme. La dis-

HYPERTRICHOSE

tance de l’ampoule à la peau sera de 15 centimètres par exemple et permettra ainsi d’irradier, également, un espace circulaire ayant 7 centimètres de diamètre environ. Dans les endroits où le visage présente des surfaces courbes ou des angles, on devra les décomposer en petites surfaces, de façon à ramener le plus près possible d’une surface plane la région traitée. On pourra se servir d’une lame de plomb pour protéger les parties sur lesquelles on ne veut pas agir. Mais, dans ce cas, il faut prendre soin de la déplacer continuellement, pour éviter l’apparition d’nne ligne de démarcation brusque entre la région traitée et celle qui a été épargnée; sinon l’aspect est tout à fait disgracieux.

« La quantité nécessaire pour produire l’épilation varie entre 3 et 4 unités H (par espace traité, bien entendu). Mais il faut modifier cette dose, en tenant compte de la sensibilité spéciale des régions, particulièrement des lèvres, et de la coloration de la peau du patient.

« On la fait absorber en une seule séance ou en plusieurs applications successives. Généralement, il ne survient qu’un léger érythème; parfois même aucune réaction n’est visible, surtout si la dose n’a pas dépassé 3 H. Les poils commencent à tomber douze ou quinze jours après la fin des applications. Parfois, la dépilation est totale, souvent elle n’est que partielle.

« Dès que tout est calmé, c’est-à-dire trente à quarante jours après la première application, on fait une nouvelle exposition en faisant absorber à peu près la même quantité.

« On peut ainsi obtenir, petit à petit, une épilation totale. Il faut alors prévenir la repousse. On fait pour cela tous les deux mois, plus ou moins suivant les cas, une courte séance de cinq à dix minutes, en faisant absorber 2 H environ. On pourrait arriver par cette méthode à une guérison complète, au bout d’une à deux années. Mais il faut savoir que cette voie est pleine d’écueils, et que, le plus souvent, le résultat définitif est imparfait, car souvent apparaît, au bout d’un an de traitement, une atrophie spéciale de la peau1.

« Aussi croyons-nous que pour l’hyperlrichose la radiothérapie est loin de répondre aux espérances qu’elle avait fait naître. Dans l’état actuel de nos connaissances techniques, on ne peut pas être certain de produire une alopécie définitive, et on peut craindre, chez certaines personnes particulièrement sensibles, l’apparition de lésions cutanées durables, souvent plus disgracieuses que l’hypertrichose elle-même.

« Et puis il faut se rappeler que, si les cheveux tombent facilement sous l’influence des rayons, il n’en est pas du tout de même des poils fins et soyeux qui ombrent le visage de certaines femmes; on éprouve parfois une grande difficulté à obtenir un résultat.

« On ne sait jamais si, même lorsqu’on a déterminé une radiodermite, il n’y aura pas repousse totale des poils. On sait aussi que la radiothérapie est employée dans la pelade pour favoriser et activer la repousse : dans ce cas, la dose absorbée doit être très légère. ..

« On voit par là combien sera difficile et compliqué le traitement de Ehypertrichose. Si la dose est trop légère, on risque d’exaspérer la lésion; si elle est trop élevée, on produit l’alopécie, mais elle peut être accompagnée de troubles cutanés . . .

1 Cette question du traitement de l’hypertrichose par la radiothérapie est très discutée : nous renvoyons nos lecteurs pour tous les détails au bel ouvrage de Belot, page 305 et suivantes.

« Du reste, à part Schiff et Freund, la plupart des praticiens, Béclère, Ehrmann, Kienbock entre autres, sont peu partisans de cette méthode, et la radiothérapie est encore loin de remplacer l’électrolyse.

« Aussi, croyons-nous que c’est seulement dans les cas graves qu’il faudra l’employer. En seront justiciables les visages féminins pourvus d’une barbe abondante, longue, épaisse et disgracieuse, car, dans ce cas, une légère atrophie cutanée sera moins désagréable que l’aspect primitif. On pourra aussi l’essayer lorsque l’hypertrichose se manifestera par un duvet foncé et épais. » (Belot, loc. cit.).

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