DESQUAMATION MA KO IN ÉE ABERRANTE DE LA LANGUE
qui paraît être, du moins jusqu’à plus ample informé, spéciale à la muqueuse linguale, et qui est objectivement caractérisée par de la desquamation de cette muqueuse, desquamation qui se fait suivant des plaques aberrantes nettement limitées du côté où elles s’étendent par une sorte de bourrelet blanc, circiné, géographique, à convexité le plus souvent externe.
Voici, d’après Mibelli, la synonymie de cette maladie : Pityriasis lingual (Rayer, Betz, Vogel); — Excoriations chroniques de la langue (Millier); — Inter trigo lingual, Zungenfratt (Santlus); — Langue géographique, Langue en carte géographique (Bergeron, Archambault); — État lichénoïde lingual (Gubler); — État tigré de la langue (Bridou); — Ringworm (?) (Paget) ; — Prurigo linguæ (Barker); — Wandering rasli (Barker, Butlin); — Lichénoïde lingual (Vanlair); — Plaques fugitives bénignes de la muqueuse linguale (Gaspary) ; — Syphilide desquamative de la langue (Parrot); — Desquamation épithéliale de la langue (Gautier); — Exfoliations en aires de la langue (Unna); — Excoriations superficielles de la langue (de Hack); — Glossite exfoliatrice marginée (Fournier-Lemonnier) ; — Éruption circinée delà langue (Golcott-Fox). Nous devons encore ajouter à cette trop riche et peu satisfaisante nomenclature les noms de Glossite chronique squameuse (Pick); — Eczéma en aires ou marginé desquamatif de la langue (E. Besnier). — Glossite areata cronica (G. Calderone, Giornale ltal. delle mal. ven.-e délia pelle, 1906), etc.
Symptômes. — Cette affection débute soit vers la pointe, soit vers les bords de la langue, tantôt par une petite tache blanchâtre arrondie dont le centre offre une sorte de dépression, tandis que le reste de son étendue fait une fort légère saillie, tantôt par un arc de cercle minuscule, constitué par un petit bourrelet blanchâtre, dans la concavité duquel il semble que les papilles aient subi un certain processus desquamatif.
Assez rapidement, la légion s’agrandit; si elle a débuté par un cercle, elle peut pendant quelque temps s’étaler régulièrement en formant une plaque arrondie ou ovalaire de grandeur variable; mais, presque toujours, quand elle a acquis d’assez larges dimensions, elle ne s'étend que par une partie de sa circonférence, tandis que l’autre partie disparaît. Quel qu’ait été son mode de début, elle se caractérise donc presque toujours à sa période d’état par des plaques desquamées irrégulières, limitées du côté où elles s’étendent par des sortes de festons décrivant de capricieuses arabesques.
Ges plaques sont fort souvent ovalaires, à grand axe longitudinal, à petit axe transversal : à leur niveau, la couche supérieure de l’épithélium lingual paraît manquer en partie ou même en totalité, de telle sorte que les papilles de la langue semblent être exfoliées; les papilles fongiformes font des saillies très visibles. La muqueuse est d’un rose assez vif, et est recouverte d’un épiderme lisse, luisant, brillant quand on tend les parties atteintes. Get état est surtout prononcé tout à côté du bourrelet périphérique d’extension où la rougeur est assez vive sur une étendue minime : à mesure qu’on s’en éloigne la rougeur diminue et la desqua-
malion est moins prononcée. Ces transitions se font d’une manière insensible jusqu’à l’état sain.
Ces plaques sont limitées du côté par où elles progressent par un bord assez net, sinueux, qui dans les éléments les plus petits et les plus récents peut, comme nous l’avons vu plus haut, décrire une circonférence ou un ovale réguliers, mais qui forme le plus souvent des cercles incomplets, des circinations, des festons par extension d'une même plaque ou par réunion de deux ou plusieurs plaques voisines.
Cette sorte de liseré est constitué par une petite bordure d’un blanc mat, presque toujours argentée, plus rarement d’un blanc jaunâtre ou franchement jaune, de 1 à
Fig. 382. — Desquamation aberrante en aires Fig. 383. — Lésions analogues d'aspect à la
de la langue chez une jeune fille de \ 8 ans. desquamation aberrante en aires de la
langue, sur une langue scrotale.
2 millimètres de large, dont la limite externe convexe est très nette et dont la limite interne concave qui est située vers la plaque dépapillée est moins régulière. A un examen attentif, ce liseré semble être formé par une série de petits éléments blanchâtres, arrondis, assez semblables à des papilles dont le revêtement épithélial serait hypertrophié, rangés linéairement les uns à côté des autres (cas personnels). A la vue, il semble faire une saillie assez notable au-dessus des parties voisines; mais au toucher il est facile de se convaincre que ce relief est à peine réel. La substance blanchâtre qui le caractérise est fort adhérente aux parties sous-jacentes : il est très difficile de l’enlever parle raclage.
On a remarqué qu’à mesure qu’elles grandissent, les plaques (et par suite la convexité des circinations périphériques) ont de la tendance à se porter vers la ligne médiane et vers la partie postérieure de la langue, tandis que leur concavité est tournée vers les bords ou vers la pointe de l’organe (Lemonnier). Quand la plaque est arrivée jusqu’à la ligne médiane, elle peut s’arrêter dans sa marche extensive, la bordure s’affaisse peu à peu; sa coloration d’un blanc mat s’efface; la rougeur de la partie interne desquamée pâlit, et tout rentre dans l’ordre. Parfois aussi, la plaque franchit cette ligne médiane, ou se réunit à une autre plaque venue du côté opposé.
DESQUAMATION MARGINÉE ABERRANTE DE LA LANGUE
Une plaque peut aussi s’effacer et disparaître sans atteindre la ligne médiane. Assez souvent elle récidive sans cesse en une même région. Le diagnostic, dans ces phases de début et de disparition, peut être fort difficile, car on n’a souvent alors pour se guider que quelques vestiges de l'éruption caractéristique.
Dans certains cas, on voit se produire un deuxième liseré concentrique au premier sur la surface d’une plaque en activité. D’ordinaire, ces liserés sont alors séparés par un intervalle qui varie de 5 à 15 millimètres : on a vu jusqu’à trois circulations concentriques.
Un seul côté de la langue peut être atteint : la maladie y reste limitée ou gagne ensuite l’autre moitié. Parfois l’affection débute simultanément ou successivement des deux côtés de l’organe ; elle peut même gagner sa face inférieure.
Les plaques sont uniques ou multiples; quelques-unes n’évoluent que fort peu et avortent pour ainsi dire ; d’autres prennent un grand développement, et parcourent presque toute l’étendue de la muqueuse avant de s’éteindre. A cet égard, on peut observer toutes les variétés possibles suivant les sujets et suivant les phases de l’affection chez un même sujet.
Un des caractères les plus importants de cette maladie est sa mobilité. Les plaques sont en évolution constante; leur aspect varie complètement en quelques jours : quand on en suit la marche avec des tracés graphiques, il est souvent facile de noter chez elles des déformations et des déplacements journaliers. Aussi l’épithète d’aberrante (Wandering) nous parait nécessaire pour caractériser le processus.
Dans les cas types et non compliqués, les symptômes subjectifs sont nuis ou à peu près nuis. La plupart des sujets qui sont atteints de cette affection ne sont avertis de son existence par aucune douleur, par aucune sensibilité anormale, par aucun trouble fonctionnel, pas même par de la salivation ou de la fétidité de l’haleine.
On a dit que la sensibilité gustative était peut-être un peu plus développée' aux points affectés. Parfois la muqueuse y est un peu plus sensible aux contacts irritants; on a même signalé du prurit et de la salivation. Mais lorsque ces légères modifications existent, elles sont pour ainsi dire imperceptibles.
On a distingué plusieurs variétés de desquamation marginée aberrante de la langue : mais nous avouons ne pas avoir toujours trouvé fort nettes les descriptions que les divers auteurs en ont donné. Nous ne conservons que les trois types suivants :
1° La variété commune ou typique que nous venons de décrire;
2° Une deuxième variété dans laquelle le liseré est à peine appréciable; on a voulu en faire une forme à part ; mais on a remarqué (Mibelli) que des plaques typiques à bourrelet blanc, saillant et épais, peuvent changer d’aspect et prendre la forme de plaques à contours nets, sans la moindre bordure;
3° Guinon a fait connaître une troisième variété qui « consiste en un simple amincissement épithélial, sans limites nettes, sans bords saillants; la plaque est unique et occupe la ligne médiane de la face dorsale de la langue; la lésion est surtout marquée au centre; elle disparaît en quelques jours ».
Dans les états plissés ou fissurai res de la langue, on observe fréquemment de petits éléments blanchâtres rangés linéairement le long du rebord des fissures, semblant parfois entourer la base des papilles fungiformes, et que l’on a une certaine tendance à rattacher à la desquamation marginée aberrante. Cependant ils en diffèrent par l’absence de desquamation.
Brocq.
Dermatologie. II.
Marche Durée Terminaisons. — Rien de plus capricieux que la marche de la desquamation marginée aberrante de la langue : chez les enfants elle semble se terminer fort souvent par la guérison à partir de l’âge de cinq ou six ans. Chez les adultes, il est impossible de lui assigner une durée quelconque. Par contre, ce qu’on peut affirmer sans crainte d’être démenti par les événements, c’est son extrême bénignité. Nous avons vu qu’elle ne s’accompagne pour ainsi dire pas de troubles fonctionnels; à l’inverse des leucoplasies, elle ne se complique jamais d’épi théli orne.
Aiia fom! e pathologique. — Les recherches histologiques de Guinon ont démontré que le derme ne présente dans cette affection aucune altération appréciable. L’épithélium ne disparaît jamais complètement et forme toujours au moins une couche mince au sommet des papilles. Pour Mibelli il n’y a pas d’altération constante des cellules épithéliales. Guinon a trouvé dans le produit du raclage du liseré à côté de cellules épithéliales déformées et granuleuses, de nombreuses cellules normales. Malgré toutes les recherches entreprises jusqu’à ce jour on n’a pu découvrir de parasite spécial.
Étiologie. — Aussi Pétiologie de cette affection est-elle encore des plus obscures. Elle est surtout fréquente chez les enfants en bas âge, de six mois à quatre ans, et elle semble disparaître dans la grande majorité des cas vers six ans (Guinon). Cependant elle n’est pas absolument rare chez l’adulte. Elle s’observe surtout chez les enfants débilités, anémiés, dyspeptiques, chez ceux qui auraient été atteints de muguet, de stomatite uicéro-membraneuse (Mibelli). D’après Parrot l’hérédo-syphilis y prédisposerait, mais il est maintenant prouvé qu’elle n’a rien de commun avec cette affection.
Les maladies générales et fébriles amènent sa disparition (Guinon).
Chez l’adulte elle coïncide assez souvent avec de l’alcoolisme, du nervosisme, des auto-intoxications, des dyspepsies, de la syphilis, des éruptions eczémateuses, de l’herpès, etc... L’hérédité aurait une certaine influence sur sa genèse (de-Hack). Mais rien de saillant ne semble se détacher de ces renseignements étiologiques.
Nature. Pathogénie. — Fidèles au plan que nous nous sommes tracés dans cet ouvrage, nous ne nous attarderons pas à discuter ce point encore si obscur : on a émis toutefois deux opinions que nous sommes obligés de réfuter en quelques mots, car, si elles étaient vraies, elles auraient des conséquences thérapeutiques de la plus grande importance. Nous voulons parler :
1° De la théorie de Parrot qui faisait de cette affection une syphilide desquamative symptomatique de la syphilis héréditaire, mais, comme nous venons de le dire, tous les auteurs sont actuellement d’accord pour rejeter cette idée; 2° de la théorie d’E. Besnier qui regarde la desquamation marginée aberrante de la langue comme un eczéma en aires. « Je la considère, pour ma part, comme une forme d’eczéma lingual circiné ayant quelque analogie avec l’eczéma dit séborrhéique de la peau en raison de coïncidences plusieurs fois nettement constatées entre les oscillations tout à fait caractéristiques de la lésion linguale et les alternatives d'eczéma concomitant soit dans le cuir chevelu soit sur le tronc. » (E. Besnier : Réunion hebdomataire des médecins de l’hôpital Saint-Louis, 7 février 1889.)
Nous ne saurions regarder cette affection comme un eczéma. Elle n’en a ni l’aspect, ni l’évolution, ni les phénomènes subjectifs. Pourquoi, si c’est une forme d’eczema des muqueuses, reste-t-elle toujours localisée à la langue? Pourquoi estelle le plus souvent indolente, passe-t-elle inaperçue alors que la moindre vésicule,
DESQUAMATION MARGINÉE ABERRANTE DE LA LANGUE
la moindre irritation érythémateuse, sont si douloureuses sur la muqueuse linguale? Pourquoi ne s’accompagne-t-elle pas de la moindre réaction inflammatoire, à tel point que le derme est indemne de toute lésion ? Pourquoi évolue-t-elle avec cette rapidité, les lésions de la veille disparaissant avec une promptitude qui ne rappelle en rien ce qui se passe ni dans les eczémas vulgaires, ni dans les éruptions dites eczémas séborrhéiques? etc., etc...
Nous aimons mieux avouer que c’est une maladie étrange, dont la nature nous échappe encore complètement, et confesser en toute sincéri té qu’aucune des hypothèses émises sur sa nature, syphilide, affection parasitaire, trophonévrose, eczéma de la langue, etc..., ne nous paraît à l’heure actuelle possible à soutenir.
Diagnostic. — Les réflexions qui précèdent nous permettent d’être brefs au point de vue des caractères différentiels qui permettent de distinguer la desquamation marginée aberrante de la langue de Y eczéma vrai : dans cette dernière affection la muqueuse est rouge, parfois un peu sèche, parfois très enflammée, tuméfiée, fort douloureuse, les troubles fonctionnels sont des plus marqués.
Le psoriasis vrai de la langue n’a jamais été observé : les diverses variétés de leucoplasie (voir ce mot) diffèrent de l’affection qui nous occupe par leur fixité, leur aspect blanc, nacré, l’absence de tout liseré blanchâtre d’envahissement.
Le muguet s’en distingue par la facilité avec laquelle l’enduit blanchâtre se détache, et par l’examen microscopique qui décèle immédiatement les spores et le mycélium de l’oïdium.
Le lichen plan se caractérise par des plaques blanches, ou par des tractus blanchâtres fixes, sans liseré, et parla coïncidence d’autres éruptions buccales et cutanées.
Les plaques muqueuses érosives (syphilides érosives de la langue) sont arrondies ou ovalaires, parfois irrégulières, mais sans liseré périphérique; leur fond est blanchâtre ou rosé, souvent exulcéré ; elles causent une certaine gêne, et sont meme assez souvent douloureuses; elles siègent surtout vers les bords de l’organe.
Les plaques syphilitiques lisses du professeur Fournier (fauchées en prairie du professeur Cornil, disques de desquamation de Mauriac), peuvent être fort difficiles à distinguer des formes avortées de la maladie que nous étudions. Elles siègent en effet sur la face dorsale de la langue, parfois elles sont petites, arrondies ou ovalaires, parfois elles occupent de vastes surfaces. La teinte de la muqueuse à leur niveau est d’un rouge rosé ou d’un rouge vif; elle y est lisse, polie, comme vernie, dépouillée de son épithélium, mais non exulcérée. C’est une alopécie de la langue (Mauriac). Leur plus grande fixité, les commémoratifs et les phénomènes concomitants permettront le plus souvent de préciser le diagnostic.
il en est de même pour les glossites syphilitiques scléreuses superficielles qui débutent par une sorte de dépapillation de la langue : la fixi té des lésions, leur siège de prédilection vers les bords de l’organe, la rougeur de la muqueuse, sa sensibilité, très souvent un commencement d’induration parcheminée les feront reconnaître.
La langue montagneuse du professeur Fournier ( Langue scrotale des Lyonnais) est une disposition congénitale de l’organe qui est parcouru de sillons sinueux très profonds s’entre-croisant en tous sens : la muqueuse est souvent rosée, comme desquamée et hérissée de papilles fungiformes qui semblent faire des saillies beaucoup plus considérables . qu’à l’état normal. Des lésions analogues à celles delà desquamation marginée aberrante peuvent s’observer chez des individus porteurs de langue scrotale.
Dans la glossite des cachectiques et dans celles des convalescents, il n’y a point de liseré blanchâtre ; la langue présente des plaques plus ou moins considérables, desquamées, d’un rose plus ou moins vif, unies, lisses au toucher et à la vue, sans la moindre saillie papillaire.
D’après Butlin, il est fort difficile de distinguer la desquamation marginée aberrante des plaques lisses (B al d- Chauve s) circonscrites, sans réaction inflarrima. toire que l’on rencontre parfois sur la langue des enfants ou des adultes : le seul caractère différentiel consiste dans l’absence de liseré.
Traitement. — Ce que nous avons dit de l’étiologie et de la nature de la desquamation marginée aberrante de la langue doit faire comprendre combien il est difficile d’instituer un traitement rationnel.
S’il s’agit d’enfants débilités, rachitiques, syphilitiques, dyspeptiques, on prescrira une médication interne appropriée. Chez les adultes on s’occupera de l’état du tube digestif. En raison de la nature exclusivement épithéliale et desquamative de l’affection, l’arsenic est peut-être indiqué.
Au point de vue local on prendra avant tout des soins d’hygiène minutieux. La plupart des auteurs recommandent de suivre dans cette maladie la même ligne de conduite que dans la leucoplasie au point de vue du tabac, de l'alcool, de l’alimentation. (Voir article Leucoplasie.) Sans nous élever nettement contre une semblable pratique, qui ne peut qu’être bonne, nous ne croyons pas qu’il soit absolument nécessaire de s’y conformer avec la dernière rigueur. En effet, il ne s’agit pas ici, comme dans la leucoplasie, d’une affection inflammatoire dans l’étiologie de laquelle les contacts irritants jouent un rôle indéniable, et qui a l’épithéliome pour terme ultime.
Quoi qu’il en soit, lorsqu’on est consulté par un adulte faisant des excès, et présentant quelques troubles fonctionnels ennuyeux, il est bon de lui conseiller de supprimer le tabac, l’alcool, les mets trop épicés. Dans tous les cas on lui recommandera de soigner les dents et de se laver régulièrement la bouche surtout après les repas.
On a prescrit (E. Besnier) des bains fréquents de bouche avec des préparations émollientes ou alcalines faibles. Leur effet est à peu près nul.
Il en est de même de tous les autres topiques connus, en particulier des applications de pommades boriquées au 1/20 ou au 1/40, additionnées de I /40 de baume du Pérou et de très faibles quantités de cocaïne, dont E. Besnier recommande l’emploi.
Lorsque le malade souffre, ce qui est l’exception, Butlin conseille d’essayer de faire des lotions légèrement astringentes au tannin, à l’alun, au sulfate et au chlorure de zinc, des lotions calmantes au borax, au chlorate de potasse, de cautériser les points atteints avec de l’acide chromique. D’après lui, il faut essayer successivement ces diverses médications, et tâtonner jusqu’à ce qu’on en trouve une qui soit efficace.
Unna a préconisé un traitement local qui lui aurait donné d’excellents résultats, mais qui ne peut guère être suivi que par des adultes. Il se sert du mélange suivant :
Eau sulfureuse. .
Eau de menthe. .
Fleur de soufre. .
Sirop simple. . .
Gomme adragante
) ââ 100 grammes.
{• àâ 20 —
Agiter avant de s’en servir. (Il est préférable d’employer une eau sulfureuse calcique dans le genre de l’eau d'Éngliien.)
CANITIE
Trois fois par jour, après avoir nettoyé la bouche, le malade en remplit la cavité buccale, l’y tient cinq minutes en le faisant voyager dans tous les coins : à chaque séance il peut répéter cette manœuvre deux ou trois fois de suite. Pendant qu’il le fait, il se forme dans le verre oii l’on a mis le mélange un dépôt de soufre et d’acide sulfureux, on décante la partie liquide, on prend le dépôt avec une brosse à dents, et on en frotte la surface de la langue.
Nous n’osons conseiller d’employer un procédé aussi énergique ; il en est de même pour les scarifications superficielles de la langue que l’on a recommandées.
Dans la plupart des cas, l’affection n’est nullement douloureuse; elle ne gêne vraiment pas le malade ; nous croyons qu’on doit s’en tenir a quelques prescriptions destinées à améliorer la santé générale et l’état du tube digestif; s’il en est besoin, on prescrira des lotions alcalines, et l’on rassurera le sujet tout en ne lui cachant pas qu’il n’a pas grands résultats à attendre de la thérapeutique. Si au contraire il souffre et s’inquiète, on suivra la même ligne de conduite que pour la leucoplasie, hygiène/alimentaire et buccale rigoureuse, bains locaux fréquents, émollients et alcalins, pulvérisations et enfin cautérisations alternatives avec de l’acide salicylique, avec de l’acide chromique, avec une solution iodoiodurée au 1/100, ou avec une solution au 1/50 de bleu de méthylène. (Voir, pour de plus amples détails, l’article Leucoplasie .)