CUTANÉ
Il peut atteindre :
a) Les téguments eux-mêmes dans leur totalité ; c'est ^achromie ;
b) Les poils : c'est la canitie;
c) Los ongles : c'est la leuconychie.
A. — • Achromie.
On donne le nom à' achromie à la diminution ou à la disparition complète de la pigmentation normale de la peau.
Elle peut être acquise ; c’est alors la leucodermie vraie qui est caractérisée par une simple décoloration de la peau sans augmentation périphérique delà pigmentation normale, ce qui la distingue nettement du vitiligo. C’est une affection des plus rares et qui est presque toujours symptomatique. (Voir tableaux d’ensemble.)
Elle peut être congénitale. C’est alors une simple difformité d’un intérêt absolument nul au point de vue pratique et que l’on a dénommé albinisme. L’albinisme peut être partiel ou généralisé : il est parfois une conséquence de la consanguinité des époux. Il est au-dessus des ressources de la thérapeutique.
B. — Canitie et décoloration des cheveux.
Symptômes. — On donne le nom de canitie à la décoloration des poils qui prennent une teinte blanche. Cette difformité est congénitale ou acquise, partielle ou générale.
canitie congénitale est généralisée dans quelques cas fort rares, comme chez
les albinos. Elle est bien plus souvent localisée et s’observe par touffes disséminées dans la chevelure ou dans la barbe.
La canilie acquise est physiologique à partir d’un certain âge. Mais on peut blanchir de fort bonne heure, très rapidement, et même presque subitement à la la suite de violents chagrins, d’émotions fortes, de terreurs, de maladies, en particulier de névralgies faciales, etc. L’hérédité a une influence marquée sur l’apparition prématurée de la canitie. La canitie acquise partielle se produit fréquemment à la suite de certaines affections du cuir chevelu, de la pelade en particulier.
D’ailleurs toutes les teintes peuvent s’observer, grâce au mélange en plus ou moins grande proportion des poils blancs avec les poils blonds, rouges, bruns ou noirs, qui ont gardé leur coloration naturelle, (iliaque personne présente sa canitie particulière comme mode de début, comme marche de la décoloration, et teinte des cheveux. Tout détail à cet égard est parfaitement oiseux.
Dans quelques cas fort rares, on a signalé une anomalie de décoloration pilaire fort singulière ; les cheveux présentent des segments alternativement blancs et noirs ( Ringed hair ou canitie annelée , ou leucotrichie annulaire) .
Anatomie pathologique. — Les poils n’ont que peu ou point de pigment. Ce pig ment disparaîtrait, d’après Metchnikoff, grâce à un phénomène phagocytaire. Quand un poil commence à blanchir, on voit apparaître dans sa zone corticale une certaine quantité de cellules ovalaires ou arrondies à prolongements qui se mettent en contact avec les granulations pigmentaires du poil qu’elles enlèvent aux éléments cellulaires : ce sont de véritables pigmentophages. Quand elles ont absorbé le pigment elles descendent vers le bulbe du poil et se perdent dans le tissu dermique. Les pigmentophages proviendraient de la couche médullaire du poil.
Dans le Ringed hair on voit au microscope que les cheveux contiennent de nombreuses bandes fortement réfringentes et des bulles d’air allongées. Mais leur volume est partout normal. Il est probable que cette anomalie est due à des alternatives d’augmentation et de diminution de l’activité fonctionnelle du cheveu. (Voir Meachen : British Journal of dermat., p. 86, mars 1902.)
Traitement. — Il ne faut pas compter sur une médication interne ou externe quelconque pour rendre leur coloration primitive à des poils qui grisonnent ou qui deviennent blancs. On a cependant conseillé d’essayer les toniques à l’intérieur et les injections sous-cutanées de pilocarpine On a tenté de prévenir la canitie en soumettant la chevelure à des sortes de bains locaux d’air chaud.
Dans certains cas de canitie circonscrite consécutive à la pelade, on peut par des applications irritantes, par la rasure, et surtout par l’épilation répétée, arrivera redonner aux cheveux la teinte qu’ils avaient avant l’affection ou même une teinte plus foncée.
Les personnes qui veulent dissimuler leurs cheveux blancs sont obligées de recourir à des palliatifs, c’est-à-dire à des cosmétiques ou à des teintures. Nous allons en indiquer quelques-uns, afin que, le cas échéant, le médecin ne soit pas absolument pris au dépourvu. Tout en mettant en garde son malade contre les préparations du commerce, qui sont pour la plupart nuisibles, il faut en effet qu’il puisse lui donner quelques utiles indications.
Cosmétiques et teintures noires et brunes. — Le plus inoffensif des cosmétiques noirs consiste dans le vulgaire charbon de liège ou de peuplier. On fait noircir un bouchon de liège à la flamme d’une lampe et on le passe à plusieurs reprises sur les bandeaux que l’on veut colorer. On se sert de même de cosmé-
GANÏTIE
tiques ou de pommades au charbon de peuplier ou au fusain : par exemple :
Cire blanche . 125 grammes.
Huile d’olive . 300
Faire fondre et ajouter :
Charbon de peuplier . 60 grammes.
Le nitrate d’argent est sans contredit l’une des substances les moins nuisibles qui donnent la coloration noire. Avant de l’employer, il faut savonner avec soin les cheveux pour en enlever la graisse ; puis les laisser sécher pendant une heure au moins. On lave la peau immédiatement après l’application de la teinture avec de l’eau salée pour empêcher qu’elle ne se colore en noir : on a proposé dans le même but des solutions de cyanure de potassium ; mais il faut s’en délier, car elles sont toxiques.
Voici quelques-unes des formules les plus usitées ; la plupart sont empruntées à Hebra et à Kaposi :
(Pommades.)
Nitrate d’argent . . . 1 gramme.
Carbonate d’ammoniaque . . 1 — 50
Onguent émollient . 30
M. s. a. (Formule allemande).
Nitrate d’argent . 8 grammes.
Crème de tartre . 8 —
Ammoniaque faible . 15 —
Axonge . 13 —
(Teintures .)
Nitrate d'argent . 3 grammes.
Acétate de plomb . 1 —
Eau de rose . 100 —
Eau de Cologne . 1 —
ou bien :
Liquide n° 1.
Nitrate d’argent crist . 5 grammes.
Eau distillée . 30 —
Liquide n° 2.
Acide pyrogallique . 3 —
Eau distillée . 40 —
Esprit de vin rectifié . 10 —
Liquide n° 1.
Nitrate d’argent crist. . . 8 grammes.
Eau distillée . . "10 - —
Liquide n° 2.
Foie de soufre . 8 grammes.
Eau distillée . 70 - —
Toutes ces teintures à deux liquides agissent par réaction chimique des deux préparations l’une sur l’autre. On commence par appliquer avec une brosse le liquide n° 1 sur les cheveux, puis on applique de la même manière le liquide n° 2 et la réaction se fait. Les personnes qui font profession de teindre les cheveux se servent souvent d’une solution de nitrate d'argent et d’une solution de sulfure de potasse ; en variant le titre de la solution de nitrate, elles obtiennent à volonté les colorations blond foncé, châtain et noir. Voici encore, dans le même ordre d’idées, une de leurs préparations favorites :
Soluté n° 1 :
Sulfure d’ammonium . 30 grammes.
Soluté de potasse . 12
Eau distillée . 30
(Le soluté de potasse est une solution de potasse au vingtième.)
Soluté n° 2 :
Nitrate d’argent . 4 grammes.
Après avoir savonné pour enlever les graisses, appliquer d’abord sur les cheveux le n° 1 avec une brosse pendant quinze ou vingt minutes, puis appliquer le n°2 avec une deuxième brosse pendant qu’on sépare les cheveux avec l’autre main.
La teinture américaine se compose d’acide gallique et de nitrate d’argent ammoniacal mélangé d’une matière visqueuse.
Une autre teinture fort usitée combine dans plusieurs liquides le cobalt, le nitrate d’argent, l’ammoniaque, le polysulfure de potassium et l’acide pyrogallique.
La fameuse eau égyptienne ou éthiopique est également à base de nitrate d’argent.
Nous répétons encore ici qu’il faut se défier des flacons à détacher que vendent certains parfumeurs en même temps que les flacons contenant les teintures à base de nitrate d’argent. Ces flacons à détacher destinés à enlever les taches que le nitrate d’argent fait sur la peau, renferment souvent une solution de cyanure de potassium laquelle est extrêmement toxique.
Parmi les autres substances qui sont employées pour teindre les cheveux en noir ou en brun, mentionnons le kobol, qui est une solution d’encre de Chine dans de l’eau de rose, les préparations de plomb, qui sont excellentes commeteinture, mais que l’on ne doit employer sous aucun prétexte : aussi n’en donnons-nous pas les formules.
Nous nous contenterons de signaler à l’attention des praticiens Veau de la Floride qui, au dire des prospectus, ne contient que des sucs de plantes exotiques, et qui renferme en réalité de l’acétate neutre de plomb et de la fleur de soufre ; la sêlènüe, qui contient du carbonate de plomb mélangé à du carbonate et à du nitrate de soude, etc.
Depuis p]usieurs années la plupart des coiffeurs vendent sous le nom de teintures végétales des produits donnant des teintes diverses allant du noir au châtain, excellents en tant que teintures, en ce sens que les colorations sont belles, fran-
CANITIE
ches et tiennent bien, mais dangereuses en ce qu’elles peuvent provoquer chez des sujets à peau un peu irritable de très violentes éruptions : elles sont à base de chlorhydrate de paraphénylène diamine ; et nous ne pouvons en recommander l’emploi. (Voir éruptions artificielles.)
Par contre, on peut se servir à la rigueur de la lotion de Laforest :
Vin rouge . 360 grammes.
Sel commun . 4
Sulfate de fer . 7
Faire bouillir pendant quelques minutes ; ajouter :
Oxyde de cuivre . 4 grammes.
Laisser deux minutes au feu ; ajouter :
Poudre de noix de galle . 7 grammes.
Frotter les cheveux avec cette liqueur, les dessécher avec un linge chaud au bout de quelques minutes, puis les laver à l’eau ordinaire.
La plupart des préparations précédentes donnent de bonnes teintures brunes quand elles sont employées à des doses modérées. Les substances que nous allons maintenant énumérer ne donnent que difficilement la teinte franchement noire ; on obtient surtout avec elles les diverses nuances du châtain.
Nous signalerons d’abord les préparations qui contiennent du tannin ou de l’huile. Toutes les huiles foncent la coloration des cheveux, ce que savent fort bien les blondes qui tiennent à conserver leur nuance, et qui n’en emploient jamais. Citons l’huile de cade, l’huile de coloquinte, de macis.
Parmi les substances colorantes à base de tannin, nous signalerons la noix de galle, le brou de noix, l’infusion de fèves, de cônes de cyprès, de grappes de lierre, de feuilles et d'écorce de noyer, d’écorce de saule, de sumac, de grenade, les feuilles de viorne macérées dans l’huile.
Nous conseillons, quand on veut avoir une nuance foncée, d’employer le brou de noix de la manière suivante :
Laver les cheveux avec une solution de carbonate de potasse au 1/10, puis les frictionner avec le mélange suivant :
Suc exprimé d’écorce verte de noix . 10 parties.
Alcool à 60° . 90 —
Laisser en contact dix jours, puis filtrer.
Pour teindre avec la poudre de henné, on en fait une pâte avec de l’eau, on en enduit les cheveux qui deviennent rouges au bout d’une heure. On y met alors une deuxième pâte préparée avec de l’indigo, ou bien on les poudre avec de la poudre d’indigo : on soumet ensuite la chevelure pendant une demi-heure à l’action de la vapeur d’eau : les deux pâtes se combinent, et donnent une coloration noire, brune, châtain clair, ou même blonde, suivant les proportions des mélanges employés.
L’acide pyrogallique donne une coloration brunâtre presque noirâtre. On se sert de pommades ou de la solution suivante :
Acide pyrogallique . 1 gramme.
Eau de rose . 40
Eau de Cologne . 2
Les sels de fer donnent d’assez bonnes colorations brimes : la lotion de Laforest est à lia se de sulfate de fer.
Un ancien procédé consiste à prendre du vieux fer oxydé au contact de l’air, a T arroser d’acide acétique pour avoir une solution d’acétate de fer. On lave un jour les cheveux avec cette solution, le lendemain on les enduit de soufre battu avec de l’huile, et ainsi de suite. On a ainsi une teinture presque noire.
Teinture blonde. — La préparation de beaucoup la plus usitée pour teindre les cheveux en blond est l’eau oxygénée, qui n’a d’autre inconvénient que de rendre le poil cassant.
On peut aussi employer la teinture de curcuma, l’acide chrysophanique, la rhubarbe :
Faire bouillir 150 grammes de rhubarbe dans un demi-litre de vin blanc jusqu'à réduction de moitié : passer; en imbiber les cheveux ; puis laisser sécher.
Nous avons vu plus haut qu’avec le henné on obtient à volonté des teintes blondes et rouges.
c. — Décoloration des ongles. ( Leuconychie ou albugo ou achromie).
Dubreuilh en a donné une bonne description sous le nom de Leuconychie , dû à Unna. C’est la canitie des ongles de Giovannini.
Ces décolorations peuvent être partielles, apparaître à la racine de l’ongle, vers le repli sus-unguéal, puis cheminer d’arrière en avant suivant la croissance de l’ongle : elles forment alors des taches d’un blanc mat, à grand diamètre transversal, souvent très irrégulières de forme et de grandeur, parfois disposées assez régulièrement en ondes ou en stries perpendiculaires à Taxe du doigt. Elles peuvent aussi être totales, et nous en avons observé plusieurs cas. L’ongle est alors d’un blanc mat qui tranche nettement sur la coloration rosée, parfois violacée (car certains de nos sujets étaient acro-asphyxiques) de l’extrémité des doigts. Les causes de ces curieuses lésions semblent être obscures et multiples. Curtis les a signalées dans l’appendicite. Elles sont parfois congénitales, plus souvent acquises. Les traumatismes de la matrice unguéale peuvent les causer.
Elles seraient dues à une infiltration de fines bulles d’air entre les cellules, ce qui suppose qu’il y a une moindre cohésion des cellules cornées et une kératinisation défectueuse.
Sous le nom de « Egg-shell nail » (ongle coque d’œuf) J. Nevins Hyde a décrit tout récemment (The Journal of Cut. dis., avril 1906, p. 145) une altération spéciale des ongles qui prennent une teinte particulière « délicate combinaison de blanc et de rose ». Les quatre cas que cet auteur a observés étaient des femmes jeunes, ayant une circulation défectueuse, et atteintes d’hyperidrose palmaire et plantaire avec un certain degré d’acro-asphyxie.