‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome second. Reactions cutanéesChapitre 80 sur 183 · PSEUDO-PELADE · texte numérisé non relu

PSEUDO-PELADE

currentes, séparées par des périodes de repos absolu ou relatif plus ou moins

longues. Elle peut durer pendant des années.

Jamais elle ne nous a paru aboutir à la calvitie complète. Elle finit par cesser d’évoluer en laissant après elle des plaques plus ou moins étendues d’alopécie

définitive.

Jamais on ne constate dans ce type clinique de folliculites suppurées appréciables : tout au plus peut-on parfois observer une légère teinte rosée autour du

poil qui est atteint.

Anatomie pathologique. — Les lésions vasculaires et conjonctives occupent dans la pseudo-pelade la première place par leur importance topographique et sans

doute parce que le processus débute par elles.

Elles sont constituées par une inflammation périvasculaire qui s’étend à tout le réseau des capillaires du derme superficiel, interpilaires, au réseau des capillaiies péripilaires, et par une transformation complète du tissu connectif voisin. On trouve une énorme dilatation des capillaires, qui sont encombrés par des globules rouges et çà et là par des leucocytes, une dissociation du tissu conjonctif dans un espace assez considérable autour du vaisseau, la disparition ou la transformation fibrillaire du tissu collagène fondamental de toute la zone périvasculaire pénétrée et dissociée par l’infiltrat et l’œdème. Des cellules rondes ayant les caractères des, lymphocytes s’appuient sur les réseaux fibrillaires autour des vaisseaux, constituent des amas sans réticulum et forment les infiltrats partout où ils existent. Le tissu élastique a disparu totalement dans tous les espaces périvasculaires frappés, ainsi que le tissu collagène. Beaucoup d’espaces lymphatiques sont dilatés. L’épithélium peut être à peu près normal ou fort atrophié.

La mort du poil se produit par le mécanisme suivant : le follicule pileux est enveloppé dans une partie de sa hauteur par les amas de cellules rondes; il est pour ainsi dire disséqué, séparé mécaniquement de ses adhérences normales. (Voir pour plus de détails les examens histologiques de Lenglet : Annales de

Dermat., 1905.)

Étiologie. Pathogénie. — L’examen direct des cheveux n’a jamais révéle 1 existence d’un champignon pathogène : les cultures n’ont pas encore permis d attribuer la maladie à un microbe spécial.

La pseudo-pelade s’observe surtout de vingt à quarante-cinq ans. Elle est beaucoup plus' fréquente chez Ehomme que chez la femme. Elle affecte de préférence ceux qui ont des cheveux noirs ou châtain foncé, vigoureux, gros et assez épais.

Il n’existe aucun cas précis de contagion.

En somme la nature et la pathogénie de cette affection nous sont encore à peu

près totalement inconnues. Nous sommes en présence d’un processus atrophique spécial du cuir chevelu. Est-il d’origine purement trophoneurotique comme sembleraient l’indiquer certains troubles généraux de la santé des malades, son évolution, sa non-contagiosité probable ? — Faut-il au contraire le considérer comme étant de nature microbienne? ou toxinique? Nous déclarons n’en savoir absolument lien. Mais la disposition irrégulière des lésions, leur marche serpigineuse, sont des arguments bien puissants en faveur de la théorie microbienne.

C’est donc provisoirement que nous rangeons la pseudo-pelade dans le groupe d’attente des troubles de la nutrition normale des tissus.

Diagnostic.

Les caractères majeurs de ce type clinique sont donc : la multi

plicité ordinaire et la petitesse des points d’attaque, l’irrégularité de configuration des plaques moyennes et majeures, la lenteur de l’évolution, l’âge des malades, la présence de cheveux engainés, l’absence de poils cassés et en point d’exclamation l’absence de tout champignon pathogène, les commémoratifs établissant l’absence constante de folliculites, de suppurations, de suintement. Il sera donc facile dans la plupart des cas de différencier la pseudo-pelade du fa vus en évolution, du fa vus guéri, des alopécies cicatricielles vraies consécutives soit à un traumatisme, soit à des abcès, soit à des gommes, des alopécies cicatricielles post-impétigineuses, des cicatrices consécutives aux dermatites herpétiformes circonscrites fixes, des sclérodermies en plaque du cuir chevelu.

Il existe quatre groupes d’affections qui ont avec la pseudo-pelade des relations de la plus haute importance; ce sont :

1° Les pelades avec lesquelles la pseudo-pelade est le plus souvent confondue, qui en diffèrent cependant par tous leurs caractères, qui peuvent paifois coexister avec elle chez le même sujet.

2° Les folliculites épilantes et destructives (type Quinquaud), et V acné décalvante (type Lailler) qui ne constituent qu’une seule et même forme clinique, qui diffèrent de la pseudo-pelade par la présence de suppurations périfolliculaires visibles, mais qui semblent pouvoir se combiner avec elle chez le même sujet : nous pensons que ces types ne sont très probablement que des pseudo-pelades compliquées de folliculites: en tous cas nous maintenons provisoirement la conception suivante de notre groupe des alopécies atrophiantes , conception formulée en 1888. 1 ve forme : pseudo-pelade vraie; — 2e forme : acné décalvante ; — 3e forme : sy cosis lupoïde.

3° Le lupus érythémateux , qui est caractérisé comme la pseudo-pelade par un processus alopéciant atrophique, qui en diffère dans les cas typiques par le petit nombre des points d’attaque, leur rougeur, leur grandeur, par la coexistence de foyers lupiques sur les parties glabres : mais il y a des cas où le diagnostic est pour ainsi dire impossible, et où il semble qu’il s’agisse de véritables faits de passage entre les deux affections.

4° La kératose pilaire : il en est de même pour les alopécies en clairières du cuir chevelu dues à la kératose pilaire : dans les cas typiques, il y a pour ainsi dire toujours dans le voisinage des plaques de petites papules circumpilaires à divers degrés d’évolution, d’ordinaire sur fond rosé ; les poils qui centrent ces papules sont grêles et fins ; le sujet porte sur les membres, aux sourcils, etc..., des traces de kératose pilaire cicatricielle fort accentuées. Mais il y a des faits où le diagnostic différentiel entre les deux affections est absolument impossible.

Traitement. — Dans l’ignorance où nous sommes de la nature réelle de l’affection, il convient de se conduire comme si elle pouvait être d’origine trophique ou toxique. On devra donc procéder à un examen minutieux du malade, à une analyse complète de ses excreta, pour savoir s’il ne présente pas quelque lésion d’organe ou quelque trouble de l’état général qui nécessite une médication appropriée.

Au point de vue local, les deux médications qui nous ont semblé être le moins inefficaces sont : 1° la médication hydrargyrique consistant en une lotion le soir avec une solution au 1/500 de bichlorure et une application de pommade au turbith minéral ou à l’oxyde jaune d’hydrargyre au 1/20; 2° la médication sulfureuse consistant en une lotion le soir au polysulfure de potassium liquide coupé d’eau, en une application de pommade soufrée au 1/10, à laquelle nous incorporons parfois

VERGETURES

i du camphre, de la résorcine, de l’ichtyol, du goudron, en une lotion le matin au coaltar Sciponiné ou à l’alcool camphré.

Nous employons ces deux médications alternativement, en changeant tous les mois ou tous les quinze jours, puis nous continuons celle qui nous a para le plus

utile au sujet.

4° Vergetures.

Symptômes. — On donne le nom de vergetures à des lésions des téguments disposés en stries, rarement en taches, dans un sens déterminé, le plus souvent perpendiculairement ou obliquement à l’axe du corps ou des membres. On a pu (Beaujean) même les diviser au point de vue clinique et étiologique en vergetures

Fig. 392. — Vergetures de la région lombaire chez un homme adulte.

transversales (croissance rapide physiologique et surtout morbide), et en vergetures longitudinales ou obliques (par distension considérable de la peau). A leur niveau, on remarque un amincissement marqué de la peau qui est blanche ou d un blanc bleuâtre, parfois légèrement rougeâtre ou rosée, un peu déprimée et plissée, fine, comme transparente. Elles sont dues à l’éclatement des fibres du derme trop distendues; sous l’influence d’une cause quelconque, laquelle peut être purement mécanique, ces fibres se séparent et forment en s’écartant des mailles plus ou moins larges; ce sont ces mailles qui constituent les vergetures.

Elles s’observent à la suite de distensions brusques des téguments consécutives à l’augmentation rapide de volume d’une partie quelconque du corps : elles se produisent à l’abdomen à la suite de grossesse, d’ascite, de tumeurs abdominales, d’adiposité exagérée, aux fesses, aux seins lors de la lactation ou de la puberté, aux membres chez les adolescents lors de maladies graves, en particulier lors de la fièvre typhoïde qui détermine une croissance brusque, etc... (Voir le mémoire de

J.-L. Bunch : Striæ patellares : The British Journal of Dermat., janvier 1905 p. 1). Parfois il est impossible de leur assigner une cause plausible.

Leur longueur est fort variable, elles peuvent atteindre plusieurs centimètresleur largeur moyenne est de 2 à 5 millimètres : elle peut arriver jusqu’à 2 ou 3 centimètres. Comme l’a fort bien dit Balzer (voir Pratique Dermat t. IV, p. 794)

« elles sont perpendiculaires à la direction dans le sens de laquelle s’est effectuée à son maximum la tension de la peau qui a déterminé leur formation. Cette règle explique aussi la fréquence du parallélisme des vergetures. »

Chez la femme enceinte, elles sont symétriquement disposées sur le ventre : elles sont surtout nombreuses vers les parties latérales, un peu au-dessus des aines. Elles y forment dans leur ensemble des sortes de courbes à concavité dirigée en haut et en dedans. Sur les seins, elles ont une disposition radiée et convergent vers le mamelon. Aux épaules, elles sont longitudinales dans le sens des fibres deltoïdiennes. A la face interne des cuisses elles sont un peu obliques de haut en bas, d’arrière en avant. Vers la région trochantérienne et la face externe des fesses, elles sont obliques de bas en haut, d’avant en arrière.

Elles sont moins fréquentes chez l’homme que chez Ta femme : elles siègent sur tout chez lui à la partie inférieure de l’abdomen; elles sont plus rares sur les cuisses, sur les épaules, à la région lombaire.

Elles sont presque toujours multiples en une région donnée, et chez un même sujet elles s’observent souvent simultanément en plusieurs régions.

Quand elles viennent de se former, elles ont d’ordinaire un aspect rougeâtre, livide, parfois même violacé; plus tard elles blanchissent, deviennent nacrées, brillantes. Leurs bords sont nettement arrêtés. On sent au toucher une sorte d’amincissement et de mollesse des téguments à leur niveau. La surface de l’épiderme s’y plisse avec facilité. Parfois elles se pigmentent.

Une fois formée la vergeture est indélébile : elle se plisse et se flétrit davantage à mesure que la peau prend des caractères de plus en plus accentués de sénilité.

Au point de vue étiologique, Balzer divise les vergetures vraies (qu’il appelle vergetures linéaires) de la manière suivante:

a) Vergetures par distension lente et progressive de la peau. — Ce sont les vergetures de grossesse lesquelles se montrent surtout chez la femme enceinte qui engraisse, les vergetures de la polysarcie à développement rapide qui s’observent chez l’homme et chez la femme, et surtout chez la jeune fille au moment de la puberté, celles de l’ascite, des tumeurs de l’abdomen, les vergetures de croissance des adolescents à la suite des maladies de longue durée, de la convalescence de la fièvre typhoïde, dans le cours de la tuberculose : ces vergetures s’observent sur les membres, au-dessus des genoux, de l’olécrane, des malléoles, à la base de la colonne vertébrale; elles sont perpendiculaires à l’axe du corps. Dans quelques cas fort rares on a vu des vergetures se former sur le thorax dans la pleurésie, le pneumothorax ; elles peuvent siéger du côté opposé à l’épanchement.

b) Vergetures par distension brusque de la peau. — Elles se développent à la suite d’un traumatisme, coups de fouet, coups de bâton, etc..., à la suite d’une distension exagérée de la peau dans un effort.

Il semble que chez certains sujets il y ait une prédisposition marquée aux vergetures et que cette prédisposition tienne à des troubles divers du système nerveux. (Voir les travaux de Karl Zieler : Münchener medizinischen Wochenschrift, n° 37, 1903).

Page 1