COR
Symptômes —On donne le nom de cor (Tylosis gompheux d’Alibert) à un épaississement circonscrit de la couche cornée de l’épiderme consécutif à des pressions fortes et répétées sur les mêmes points. A son centre se voit un point jaunâtre ou blanchâtre qui pénètre dans le derme, et qui forme une sorte de tige d’un clou dont les lames cornées superficielles stratifiées constitueraient la tête aplatie. Hans quelques cas rares, on trouve a la face profonde de larges hyperkératoses de la plante des pieds une série de petits cônes cornés pénétrant dans le derme comme autant de petits cors multiples (Huhreuilh).
Dès que les lames cornées stratifiées sont devenues assez épaisses au niveau du cor, la moindre pression le rend douloureux. Il peut même le devenir spontané* ment sous l’influence du temps humide. 11 suffit pour le rendre indolent d’abraser les couches cornées superficielles afin de diminuer la pression sur le derme.
Il se produit assez souvent des bourses séreuses au niveau de l’épaississement de l’épiderme, et ces bourses séreuses s’enflamment parfois et même suppurent en formant des abcès atrocement douloureux.
NÉOPLASIES CUTANÉES
On donne le nom d 'œil de perdrix aux cors situés entre les orteils : ils sont plus mous : leur noyau central est parfois déprimé, tandis que les bords font saillie.
Dans quelques cas, surtout au niveau de la face dorsale du petit orteil, on trouve des productions cornées, épaisses, fort douloureuses qui simulent le cor vulgaire, mais qui en diffèrent totalement parce fait qu’on trouve à leur centre des saillies papillaires considérables engainées d’épiderme corné, et qui saignent en produisant de petites hémorragies punctiformes quand on abrase un peu trop profondément les couches cornées supérieures. Cette lésion est extrêmement douloureuse ; elle s’enflamme facilement, prend parfois une assez grande extension, envahit toute la face dorsale du petit orteil, et peut occasionner une véritable impotence fonctionnelle.
Le siège de prédilection des cors vulgaires est la face dorsale des 5e, 4e et même 3e orteils. Il peuvent d'ailleurs siéger en tous points sur les orteils, et même à la plante du pied surtout vers les talons. Ils sont extrêmement fréquents à la face externe et supérieure du 5e orteil. Sur tous les points des orteils et du pied qui sont soumis à la pression des chaussures par suite d’une malformation quelconque, et en particulier sur la saillie de l’articulation de la ire avec la 2e phalange de l’orteil dit en marteau.
Anatomie pathologique. — Sur une coupe du cor on voit qu’au niveau de la colonne cornée centrale la couche granuleuse de l’épiderme a disparu ; la couche granuleuse est amincie, comprimée, les papilles n’existent plus : « à la périphérie elles sont allongées et divergentes. Le derme est tassé et déprimé au centre de la lésion, les capillaires superficiels sont dilatés; il y a souvent des hémorragies à la limite de l’épiderme. Le derme présente souvent une infiltration cellulaire notable; le tissu élastique est conservé et paraît même plus abondant par suite du tassement. Lorsque le cor est bien développé et surtout quand il siège sur une saillie osseuse, on trouve au-dessous de lui une bourse séreuse constituée par une large lacune dans l’épaisseur du derme, tapissée de cellules plates » (Dubreuilh).
D’après Freeland dans un cor en voie d’accroissement les papilles dermiques sont allongées, ce qui expliquerait les lésions du petit orteil dont nous avons parlé plus haut : dans le cor très avancé les papilles sont aplaties.
Diagnostic. — Le cor se distingue du durillon par l’existence du cône central. La verrue plantaire en diffère par l’intensité des douleurs qu’elle cause, par sa structure papillaire centrale.
Traitement. — Le traitement rationnel du cor consiste à ramollir les couches épidermiques stratifiées qui le constituent; puis à les enlever mécaniquement.
Pour les ramollir on emploie des bains chauds et prolongés, des applications d’huile, des cataplasmes recouverts ou non d’enduits imperméables, certains topiques fort vantés et qui sont de deux ordres :
# 1° Ceux qui contiennent du savon mou de potasse et dont le type est l’emplâtre de savon noir fait avec du savon noir additionné d’un peu d’esprit-de-vin étalé en couche de l’épaisseur du dos d’une lame de couteau sur un morceau de flanelle et que l’on laisse en contact avec la partie malade pendant toute la nuit. Quand le cor paraît être suffisamment ramolli, on le racle soit avec un instrument tranchant, soit avec un racloir, soit avec une curette.
cou
2° Les préparations contenant de i acide salicylique, dont le type est le collodion suivant dont la formule a été donnée par Vigier :
Acide salicylique . 1 gramme.
Extrait alcoolique de cannabis indica . 50 centigrammes.
Alcool à 90° . i gramme.
Ether à 62° . 2 m*. 50
Collodion élastique . 5 grammes
On en applique une couche tous les soirs pendant huit jours; le huitième jour, on prend un bain de pieds chaud et prolongé dans lequel, soit avec les ongles, soit avec un grattoir, on détache la masse de collodion, laquelle entraîne avec elle la plus grande partie sinon la totalité du cor. Si c'est nécessaire on recommence.
Les emplâtres à l’acide salicylique remplissent le même but.
Un remède vulgaire et réellement assez efficace consiste à mettre sur le cor des rondelles de citron pendant une ou plusieurs nuits de suite. Comme autres applications caustiques, pour lesquelles nous ne saurions d’ailleurs trop recommander la plus extrême prudence, on a préconisé l’acide acétique cristallisable, la potasse caustique, la teinture d’iode, le perchlorure de fer, le nitrate d’argent, le Vigo, les emplâtres au biiodure et au bichlorure d’hydrargyre, le papier chimique, le chlorhydrate d ammoniaque, le sous-acétate de cuivre, le nitrate acide de mercure, etc.
Evershed a remarqué que les bains locaux biquotidiens d’eau de mer font disparaître complètement les cors.
L extirpation du cor peut se faire soit avec l’ongle après un bain de pieds prolongé, soit avec un couteau mousse, soit avec une aiguille aplatie à pointe mousse avec laquelle on décolle peu à peu les couches cornées en allant de la périphérie au centre. Elle demande beaucoup de patience et d’habileté, et ne doit être pratiquée que par des personnes qui en aient l’habitude.
Le malade peut par contre exciser lui-même de temps en temps, quand c’est nécessaire, les parties saillantes de son cor; il ne doit le faire qu’avec beaucoup de prudence, car il peut se blesser et déterminer des inflammations très vives.
Quand on ne veut avoir recours à aucun spécialiste, il vaut mieux se contenter de ramollir le cor dans un bain de pieds, puis de le ruginer avec un grattoir.
On doit porter des chaussures spéciales faites par un bon cordonnier auquel on signale le siège précis et le volume des cors : on peut, lorsqu’ils sont trop douloureux, les encadrer dans un de ces anneaux en amadou ou en caoutchouc que fabriquent les orthopédistes (corn-plasters). Quand les cors sont situés entre les orteils, il est bon de les isoler au moyen d’un linge fin ou d’une feuille d’ouate saupoudrée de talc, de tannin, d’alun ou d’oxyde de zinc.
Dans les cas, très proches des verrues plantaires, où il existe au centre même du cor (cinquième orteil) des saillies papillaires engainées d’épiderme, douloureuses et saignantes, on est amené ou bien à racler à fond toute la néoplasie après anesthésie locale ou bien à la volatiliser et à la détruire avec le galvanocautère. Le malade doit ensuite garder le repos étendu et faire des pansements propres aseptiques. Dans certains cas rebelles et douloureux, on a pratiqué l’amputation du cinquième orteil. Freeland conseille l’extirpation chirurgicale profonde du cor suivie de réunion par suture.
NEOPLASIES CUTANEES
Définition. — « Les cornes cutanées sont des tumeurs formées principalement de tissu épidermique corné, peu étendues, mais très saillantes et formant des proéminences qui rappellent plus ou moins les cornes des ruminants.
« Il faut distinguer les cornes vraies ou séniles , qui se rapprochent des épithéliomes, et les cornes juvéniles qui se rattachent aux nævi kératosiques. » (Dubreuilh, Pratique Dermat .)
A. Cornes séniles.
Symptômes. — Elles peuvent se former d’emblée sur la peau saine, aussi bien chez l’homme que chez la femme, mais le plus souvent elles prennent naissance sur une peau qui a déjà subi diverses altérations. Presque toujours c’est une base de
kératome sénile (croûtes séborrhéiques des vieillards, séborrhée concrète, acné sébacée concrète à tendances cancroïdales) que l’on trouve au-dessous d’elle : elle apparaît sur un coin de la plaque. Plus rarement elle naît sur une peau sénile et atrophique, sur la paroi interne d’un kyste sébacé ou folliculaire, sur une loupe ou kyste épidermique du cuir chevelu, enfin directement sur un épithéliome déjà bien constitué, et dans ce cas elle siège en un point quelconque du corps, face, cuir chevelu, cou, scrotum, prépuce et gland (dans ces dernières régions elle peut provenir de végétations papillaires ou de plaques de leucokératose).
Les localisations habituelles sont avant tout la face, puis le cuir chevelu, enfin le prépuce et le gland. Mais on en a observé en un point quelconque du corps.
On en distingue deux variétés : la corne filiforme ou fibrokératome dCUnna , et la corne ordinaire ou typique.
La corne fdiforme a l’aspect d’une sorte de petit morceau de bois de 5 à 10 millimètres de long sur 1 à 2 millimètres de diamètre. Elle siège surtout aux paupières. Elle s’implante sur les téguments par une base rosée, arrondie, un peu étranglée à son point d’insertion. Son extrémité est d’ordinaire cornée, rugueuse, inégale, grisâtre ou d’un gris noirâtre. Elle est indolente, et ne s’accroît qu’avec la plus grande lenteur.
La corne cutanée proprement dite (Dubreuilb) a un diamètre moyen de 5 à 15 millimètres. Elle forme une saillie abrupte au-dessus du niveau des téguments sur lesquels elle s’implante à angle droit ou presque droit. Sa coupe est celle d’un cylindre ou d’un prisme irrégulier. Elle peut être droite lorsqu’elle est courte : à mesure qu’elle augmente de longueur elle a de la tendance à s’infléchir dans un sens, parfois même elle se contourne en hélice ou en spirale comme une corne de bélier. Sa consistance est dure, cornée; sa couleur gris jaunâtre ou noirâtre. A sa
Fig. 409 . — Cornes du front chez une vieille femme atteinte d’épithélioma de la face.
1 Voir, pour plus de détails sur ce point, les excellents articles de Leloir et Vidal et celui de Dubreuilh ( Pratique Dermat.).
surface on remarque deux systèmes de striations, l’un transversal, l’autre longitudinal.
Elle s’implante sur le derme par une base presque toujours arrondie ou ovalaire, autour de laquelle le derme forme une sorte d’anneau. Cette base est assez souvent molle et rosée dans une hauteur de quelques millimètres : parfois elle est un peu étranglée.
Elle est toujours mobile sur les parties profondes.
Le volume des cornes est fort variable : on en a vu qui avaient jusqu’à 3 centimètres de diamètre et 30 centimètres de long (Dumonceau, Everard Home, Alibert, E. Vidal). Elles peuvent être uniques ou multiples sur un même sujet : parfois deux, trois cornes et même plus, naissent sur une même base et poussent d’une manière divergente.
Elles croissent avec une extrême lenteur et mettent des années à atteindre quelques centimètres de long : parfois cependant elles poussent avec rapidité en quelques mois.
Elles peuvent se rompre ou s’arracher sous l’influence des traumatismes. Parfois elles tombent spontanément. Dans tous ces cas il est de règle qu’elles repoussent. Leur point d’implantation peut s’enflammer et même suppurer.
Anatomie pathologique. — « Comme la verrue vulgaire et tous les papillomes, la corne est formée d’un groupe de longues papilles vasculaires très minces, noyées dans une néoplasie épithéliale qui évolue de la base vers le sommet, c’est-àdire que sa couche génératrice est située en bas au contact du derme et des papilles. Les papilles sont formées d’une ou plusieurs anses capillaires relativement assez volumineuses, entourées d’une faible quantité de tissu conjonctif très délié, avec des cellules étoilées et fusiformes assez nombreuses et quelques mastzellen, mais pas de tissu élastique. Elles sont ramifiées et contournées de là façon la plus irrégulière; d’une manière générale elles sont plus longues à la périphérie qu’au centre.
« La masse épithéliale qui constitue essentiellement la corne est remarquable par son irrégularité et les nombreuses altérations de dégénérescence qu’elle présente. Vers la base des papilles elle offre l’aspect d’un épithéliome... : la couche granuleuse manque presque toujours, de telle sorte qu’on trouve des noyaux dans la couche cornée.
« La surface de la corne est toujours plus dure que l’intérieur. La substance interne est friable et toujours plus ou moins grasse ou humide, quelquefois presque molle, et offre une odeur butyrique fétide. Elle n’est pas homogène et présente un aspect fibrillaire ou fasciculé, comme si elle était formée de colonnes agglutinées... Chaque colonneest formée de couches cornées, entassées comme une série de cornets emboités l’un dans l’autre... » (Dubreuilh, loc.cit.)1.
Diagnostic. — 11 s’impose dans la majorité des cas. Parfois cependant un épithéliome végétant peut se recouvrir d’une croûte cornée, simulant une corne au début : cette croûte se détache toujours assez facilement, et l’on trouve au-dessous les lésions caractéristiques.
Lewin a décrit à la paume des mains des syphilides hyperkératosiques qui
1 Voir T article de Dubreuilh et le travail de G. Philip (Monatshefte f. prak. dermat. t. XXXLX, p. 623), pour déplus amples détails que le caractère élémentaire de cet ouvrage ne nous permet pas de reproduire.
NÉOPLASIES CUTANÉES
simulent des cornes. Enfin on a signalé chez les blennorragiques de véritables productions cornées multiples. On songera à ces faits rares en présence de cornes multiples.
ex.
Fig. 410. — Corne cutanée.
cc, couche cornée épaissie. — gc, couche granuleuse avec éléidine énormément augmentée. — cm, corps muqueux (hyperacanthose énorme). — p, papille allongée.
La préparation met en évidence la disposition papillaire et l’énorme hypertrophie du corps muqueux. Cette hypertrophie se retrouve dans la couche granuleuse soulignée grâce à la quantité colossale d’éléïdine bien reproduite sur cette planche. Les altérations du derme sont très modérées. Le caractère d une lésion primitive de l’épithélium est fortement apparent sur cette pièce (corne juvénile de la paupière) (Audry).
Pronostic. — La corne cutanée est d’ordinaire bénigne, quoique fort disgracieuse et gênante. Elle peut cependant dans quelques cas rares se transformer en épithéliome, et cette transformation est facilitée par les traumatismes, les arrachements, les opérations incomplètes (Dubreuilh).
Traitement. — Le seul traitement rationnel consiste dans l’extirpation totale de la corne et de la partie des téguments sur laquelle elle s’implante, sinon on la voit se reproduire. Puis on suture les lèvres de la plaie et l’on fait un pansement antiseptique.
Un peut enlever les cornes filiformes d’un coup de ciseaux pourvu que l’on tire sur elles pour en soulever la base, et en permettre ainsi l’excision totale.
Le ramollissement de la corne pour en provoquer la chute, le raclage et la cautérisation de la base sont des moyens d’ordinaire insuffisants, quel que soit le caus-
EPITHELIOMES CUTANES
tique que l’on emploie, chlorure de zinc, potasse caustique, arsenic. Il faut d’ailleurs éviter les irritations trop répétées du point d’implantation, car on peut favoriser ainsi le développement d’un cancroïde. Cependant des cautérisations fortes au cautère actuel ou au galvanocautère ont donné des résultats satisfaisants.
B. Cornes multiples juvéniles. — Il existe dans la science un certain nombre de faits rares (Batge, Manssuroff, Ingrassias, Fabrice de Hilden, Saint-George Ash, Heschl) dans lesquels il s’agit de jeunes filles présentant sur leur corps, çà et là disséminées, une quantité considérable de cornes ayant débuté dès la première enfance et se rapprochant tout à fait des nævi kératosiques systématisés dont elles ne sont probablement qu’une variété exagérée.
ÉPITHÉLIOMES CUTANÉS
Définition. — « Le terme d épithéliome est appliqué en France à toutes les tumeurs résultant d’une prolifération atypique née aux dépens soit d’un revêtement épithélial, soit d’une des formations glandulaires ou autres qui en dérivent. On appelle donc épithéliomes de la peau les tumeurs dues à une prolifération atypique de l’épiderme ou de ses annexes.
« En Allemagne, on distingue généralement parmi les tumeurs épithéliales celles qui ont un caractère envahissant et infectant, et par conséquent une malignité clinique sous le nom de carcinomes ; on réserve le mot à’ épithéliomes pour celles qui ont un caractère bénin; tout récemment on a proposé pour ces dernières l’appellation de fibro-épithéliomes. » (Darier, Congrès de Berlin, 1904.)
On les désigne encore sous les noms de cancer épithélial, noli me tangere, chancre malin, ulcère chancreux, ulcère rongeant, cancer cutané, ulcère cancéreux primitif , cancer faux, bâtard , cancroïde.
On voit que la définition précédente est purement anatomique. 11 est naturellement impossible d’en donner une autre dans l’état actuel de la science, et l’histoire des épithéliomes fondée sur cette base anatomique montre avec la dernière évidence à quel point l’anatomie pathologique prise pour base d’une classification dermatologique conduit à l’erreur. Nous allons trouver en effet dans ce groupe des épithéliomes ainsi conçu des dermatoses qui sont certainement désaffections parasitaires, des entités morbides bien définies comme le rodent ulcer, la maladie de Paget, et des tumeurs de la peau qui sont de simples viciations du développement des tissus comme le syringo-cystadénome.
Ceci posé, voici la dernière classification française des épithéliomes fondée sur l’histo-pathologie telle qu’elle a été exposée, au congrès de Berlin de 1904, par Darier. Or cet éminent dermatologiste a lui-même compris tout l’artificiel de cette base; aussi a-t-il déclaré que « si l’histologie me fournit le point de départ, je ne m’en servirai pas pour établir d’innombrables subdivisions, et tiendrai compte surtout des faits qui impliquent une différence d’évolution clinique, et ont par conséquent une portée pratique. »
« Classification des épithéliomes. — On peut avec avantage les ranger en quatre
classes : a ) Epithéliome dont les éléments subissent révolution épidermique et souvent la kératinisation. Les amas néoplasiques généralement disposés en lobules ou en larges traînées, comprennent des cellules du type de la première rangée, cellules de la couche génératrice ou basale, mais surtout des éléments malpighiens
NÉOPLASIES CUTANÉES
à filaments d’union, des cellules granuleuses chargées de kératohyaline, des cellules cornées et souvent des globes épidermiques; — Èpithéliome spino-cellulaire (Syn. épithéliome pavimenteux lobulé corné, épithéliome malpighien, épithéliome adulte, Stachelzellentumor).
cc Cette classe se subdivise en deux types :
« a) Type superficiel végétant. — Epithéliome papillaire (papillome). Dans une variété (a) des productions cornées épaisses surmontent les végétations et pénètrent dans les bourgeons — épithéliome papillaire corné (papillome corné); elle se rencontre sur n’importe quelle région du corps, notamment sur la partie supérieure de la face, sur le cuir chevelu, le cou, le dos et la face dorsale des extrémités.
« Dans l’autre variété (£) les végétations sont rosées et recouvertes d’une couche kératinisée très mince — épithéliome papillaire nu (papillome épithélial simple); je n’ai observé cette forme que sur les demi-muqueuses, telles que les lèvres, le gland, la vulve, ou sur la muqueuse buccale.
« Ce type a une évolution lente et longtemps bénigne; l’ulcération est rare et tardive, souvent passagère; à la longue ou sous l’influence d’irritations il peut passer au type B.
« b) Type profond , plongeant , infectant, malin. — Epithéliome cancroïde (Syn. carcinome spino-cellulaire, Stachelzellen carcinom, Hornkrebs). Les amas néoplasiques, constitués comme il a été dit ci-dessus, végètent en profondeur et envahissent les tissus ; l’ulcération est précoce, irrégulière, saigne facilement et surmonte un néoplasme dur formant une masse plus ou moins importante. Le début se fait par une fissure, une érosion, ou une élevure cornée dont la base est indurée. L’accroissement est rapide, la marche envahissante, l’engorgement ganglionnaire est précoce; les récidives sont très fréquentes. Ces tumeurs siègent de préférence aux lèvres, à la langue, à l’anus, mais aussi en nombre d’autres points du corps.
« B) Epithéliome dont les éléments ne subissent pas V évolution épidermique et la kératinisation. Les amas néoplasiques sont composés de cellules plus petites, ovales ou fusiformes, vivement colorables, avec peu ou pas de filaments d’union, affectant en un mot l’apparence des cellules basales de l’épiderme et de ses annexes. — Épithéliome b ciso- cellulaire (Syn. épithéliome pavimenteux tubulé.
Epithéliome plat, épithéliome superficiel, épithéliome embryonnaire, Ulcusrodens, épithéliome plan cicatriciel, endothéliome).
« Les masses épithéliales ont une disposition très variable, compacte ou solide, foliolée, trabéculaire, tubulée, réticulée, etc. Leur continuité avec l’épiderme de revêtement ou avec les follicules pilo-sébacés s’observe très fréquemment. Le centre des amas lobulés ou tabulés est souvent le siège de dégénérescences kystiques avec dépôts muqueux, colloïdes ou parakératosiques. Ces variations accidentelles n’ont pas d’importance et ne justifient pas la création de types spéciaux.
« Au point de vue clinique ces épithéliomes occupent avec prédilection les deux tiers supérieurs de la face chez les personnes âgées; mais on en rencontre aussi plus rarement sur la poitrine, le dos et en beaucoup d’autres endroits. Au début se produit une petite élevure, un simple bouton, rose, gris jaunâtre ou de couleur normale, qui persiste pendant des années, se recouvre habituellement d’une squame ou d’une croûte, laquelle parfois surmonte une ulcération peu profonde, plane ou granuleuse, peu saignante. Après une durée longue, de bien des années fréquemment, la tumeur se met à s’étendre en même temps qu’elle s’élève un peu
ÉPITHÉUOMES CUTANÉS
ou se creuse en ulcère. Lentement l’ulcère envahit le voisinage, s’entourant d’un ourlet ou d’un chapelet de grains d’un gris perlé pendant qu’il se cicatrise souvent au centre ou sur l’un de ses bords. Il peut entamer les cartilages et les os et provoquer d’énormes et horribles destructions. L’engorgement ganglionnaire est tardif ou manque le plus souvent. La récidive est fréquente, sauf après ablations très larges, et se fait souvent à longue échéance.
« En dehors de la forme typique (a) que je viens de caractériser sommairement, il existe deux formes que l’on peut rattacher à l’épithéliome baso-cellulaire à titre de variétés :
« b) Épithéliomes adénoïdes. Si les amas néoplasiques de l’épithéliome basocellulaire typique ont souvent une forme tubulée ou lobulée qui rappelle les glandes sudoripares ou sébacées, il y a des cas, tout à fait à part, où la dénomination adénoïde est absolument justifiée. Les tumeurs sont alors très multiples, éruptives d’apparence, et de par leur fixité, l’absence constante d’ulcération, leur bénignité persistante en un mot, ont mérité le nom d’adénome et ont été rapprochées des nævi.
« Les uns siègent sur le plastron sternal ou sur les paupières, comportent des masses épithéliales cylindriques ramifiées, parsemées de kystes à contenu colloïde — épithéliomes hidradénoïdes (hidradénomes, syringo-cystadénomes, lymphangioma tuberosum multiplex).
« Les autres siègent dans la gouttière naso-génienne, sur le nez, la joue et le menton, sous forme de saillies jaunes ou rouges, contiennent des amas épithéliaux lobulés ou réticulés et aussi des vaisseaux dilatés et du tissu fibreux néoformé — Epithéliomes stéatadènoïdes (adénomes sébacés multiples et symétriques).
« c) Épithéliome cylindrome. C’est une variété de tumeurs voisines de l’épithéliome baso-cellulaire typique dans laquelle le stroma subit une dégénérescence, non pas muqueuse seulement, mais hyaline, en cylindres ou boules ovoïdes, qui envahit et repousse les amas épithéliaux. Les divergences d’opinion sur la nature du cylindrome se retrouvent dans la multiplicité des noms qu’il a portés (siphonome, endothéliome,. sarcome plexiforme, angiosarcome, sarcome carcinomateux, etc.). La continuité des masses néoplasiques avec l’épiderme est souvent évidente. En dehors de leurs particularités de structure ces tumeurs diffèrent de l’épithéliome baso-cellulaire typique par leur siège d’élection sur le cuir chevelu, le front, le nez, le voile du palais et les glandes salivaires, par leur multiplicité habituelle, leur bénignité persistante, la rareté de l’ ulcération.
« C) Épithéliomes nævo -cellulaires. — a) On peut considérer comme démontré que les cellules des nævi (verrues molles) sont d’origine épithéliale. Elles ont cependant des caractères (métaplasie) qui les différencient nettement des cellules basales ou malpighiennes.
« Il est donc logique de ranger les nævi parmi les épithéliomes dont ils constituent une forme bénigne — épithéliomes nævo- cellulaires bénins. Je ne m’arrête pas sur leurs caractères cliniques qui sont trop connus.
« b) Parfois les nævi deviennent l’origine de tumeurs malignes. Leur structure est assez analogue à celle des épithéliomes baso-cellulaires, mais les différences sont assez sensibles pour qu’on les range dans une classe à part. Les éléments constituants sont de forme globuleuse ou fusiforme, ce qui explique qu’on ait longtemps pris ces tumeurs pour des sarcomes. L’architecture est souvent compacte ou alvéolaire. Le stroma est rarement dégénéré. Ces tumeurs sont souvent pigmentées, ainsi que les nævi dont elles proviennent, mais la pigmentation étant
NÉOPLASIES CUTANÉES
fréquemment partielle je ne pense pas qu’il y ait lieu d’en faire la base d’une subdivision — épithéliomes nævo-cellulaires malins (nævo-carcinome, sarcome mélanique, mélanosarcome).
« Au point de vue clinique les nævo-carcinomes se comportent d’une façon très voisine de celle des épithéliomes baso-cellulaires. Leur point de départ dans un nævus et leur pigmentation fréquente sont leurs traits distinctifs principaux.
a d) Dans une dernière classe se rangent les épithéliomes métastatiques (carcinomes secondaires de la peau). Les éléments constituants varient essentiellement suivant la tumeur primitive dont ils proviennent. Ils sont infiltrés en traînées ou groupés dans des alvéoles. Les amas néoplasiques ne sont jamais en continuité avec l’épiderme. Le stroma n’offre que très peu de réaction cellulaire et de dégénérescences. Cliniquement, il s’agit de tumeurs intra-cutanées, souvent multiples, à accroissement plus ou moins rapide, s’ulcérant tardivement. » (Darier, loc. cit.)
A^oici donc en résumé le tableau des épithéliomes de la peau d’après Darier :
Première classe. — Epithéliomes spino-cellulaires ( E . pavimenteux lobules cornés) :
a) Type super ficiel et végétant (É. papillaire ou papillome) :
a) Epithéliome papillaire corné (papillome corné).
p) Épithéliome papillaire nu (papillome épithélial simple des muqueuses).
b) Type profond, plongeant, infectant, malin.
Épithéliome cancroïde (carcinome spino-cellulaire).
Deuxième classe. — Epithéliomes baso-cellulaires {E . pavimenteux tubulés) :
a) Forme typique :
a) Epithéliome perlé. (E. plan cicatriciel).
р) Ulcus Rodens.
b) Epithéliomes adénoïdes :
a) Epithéliomes hidradénoïdes (syringo-cystadénomes).
P) Epithéliomes stéatadénoïdes (adénomes sébacés multiples symétriques).
с) Épithéliome cylindrome.
Troisième classe. — Epithéliomes nævo-cellulaires (Nævi) :
a) Épithéliomes nævo-cellulaires bénins.
b) Épithéliomes nævo-cellulaires malins {nævo-carcinomes, sarcomes mélaniques, mélanosarcomes) .
Quatrième classe. — Epithéliomes métastatiques ( Carcinomes secondaires de la peau).
Nous ne décrirons sous la rubrique Epithéliomes que les types anatomo-cliniques de la première classe, et les formes typiques de la deuxième classe.
Nous renvoyons pour les autres types aux articles Syring ocy stadénomes , Adénomes sébacés multiples symétriques que nous rangeons dans les nævi, et à l’article Cylindr ornes.
Étiologie générale et nature des Épithéliomes. — On ne peut, dans l’état actuel de la science, rien dire de précis sur ce point. Il y a quelques années on avait cru trouver des coccidies dans certaines de ces tumeurs, et on avait édifié sur cette constatation une théorie parasitaire séduisante. On a été obligé de reconnaître