X. Scrofules, vulgaire, endérnique
Yient ensuite le tableau des exanthèmes aigus.
DES MALADIES DE LA PEAU. ig5
le docteur Willan avait entrepris un grand ouvrage sur ces affections ; son ami , le docteur Bateman, a abrégé ce que cet auteur avait fait connaître, et a rempli les lacunes qui restaient, au moyen de ses propres observations ; voici la classification de ce dernier, laquelle n'offre rien de commun avec la précédente.
Le docteur Bateman, d'après Willan, admet huit ordres de maladies de la peau : papulœ , squamœ ^ exanthemata, bullœ^ pustulœ, vesiculœ,^ tuberculcBy . maculœ.
Ces mots ne sont pas pris exactement dans le :sens qui leur est vulgairement attribué, et l'au- 1 teur s'est attaché à en fixer exactement la signifii cation. Il entend par
1° Papula , une élévation très légère et aiguë tde l'épiderrae , avec une base enflammée conteinant très rarement un fluide , ou suppurant, et se tterminant ordinairement par une croûte.
» 2° Squama , une lame de l'épiderme malade , rrude, épaisse, blanchâtre et opaque. Lorsque les 'écailles augmentent et forment des croûtes irréguilières , elles prennent le nom de croûtes.
» 3° Exaniliema des taches rouges , superficielles , de formes différentes, et répandues irré- -gulièrement sur le corps , laissant des intervalles d'une couleur naturelle, et finissant par des exfoliations de la peau.
» 4° BuUa , une large portion de l'épiderme dé-
194 DIAGNOSTIC SPÉCIAL liT DIFFÉRENTIEL
tachée de la peau par l'interposition d'un fluide transparent et aqueux.
» 5° Pustula^ une élévation de l'épiderme avec une base enflammée , contenant du pus. Il en existe quatre variétés : le phlyzacium , pustule ordinairement large , élevée sur une base rude , circulaire, d'un rouge très vif, et remplacée par une croûte épaisse , rude , et de couleur foncée ; le psydracium, pustule petite, souvent irrégulièrement circonscrite, produisant seulement une élévation légère de l'épiderme, et se terminant par une croûte lamelleuse. Plusieurs psydracia paraissent^ ordinairement ensemble, et deviennent confluents; et , après la sortie du pus , ils versent au dehors une humeur terne et aqueuse , qui forme souvent une incrustation légère. L'achor et le favus sont deux variétés de la même espèce. L'achor est une pustule petite , pointue , remplie d'une matière couleur paille, offrant l'apparence et presque la consistance du miel , se terminant par une croûte mince , brune ou jaunâtre. Le favus est plus large, plus aplati , non pointu , contient une maiière plus visqueuse. Sa base, qui est souvent irrégulière, est légèrement enflammée , et elle est remplacée par une éruption jaune , demi-transparente , et quelquefois cellulaire, semblable à un rayon de miel, d'où elle a tiré son nom.
„ 6° Fesicula , une petite élévation orbiculaire de l'épiderme , contenant de la lymphe, qui est
DES MALADIES DÉ lA PEAU. ig5
quelquefois incolore et claire , mais souvent opaque et blanchâtre ou perlée ; elle est remplacée par une croûte ou par une éruption lamelleuse.
» 7° Tuberculum , une tumeur petite , dure , superficielle , circonscrite et permanente ou suppurant partiellement.
» 8° Macula , une décoloration permanente de quelque partie delà peau , souvent avec un changementdans son organisation.» Il prend dans leur acception ordinaire les mots bouton , éruption furfuracée , croûte , stigmate.
Chacun de ces huit ordres contient un grand nombre de genres et d'espèces.
11 paraît que c'est ù Plenck, professeur de l'université de Bade, qu'on doit la première classification soignée des maladies de la peau. Dès 1780, il avait fait des efforts pour tirer du vague où elle élait plongée cette branche de la médecine, et ses travaux ont véritablement servi de modèle et de guide à Willan. Plenck reconnaît quatorze ordres de maladies cutanées : lUnaculœ, 2" pustuiœ, 3° vesiculœ.l^" bullœ, 5° papulœ, 6» crustœ, 7° sguamcB, &" callositates, g" excrescentiœ, lo" ulcéra, i 1^ vul- Ttera, 12° insecta culanea, 10" morbi unguium , 14° morbi.capiUorum. Il est évident que la classification de Willan est calquée sur celle-là, qui pour cela ne méritait pas que M. Bateman la tournât en dension. Quoi qu'il en soit, nous le répélons, toutes ces clas.sifi cations ne nous paraissent que
igS DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFÉRENTIEL
des jeux de l'esprit, des divisions purement arbitraires. Sans doute il est important de bien s'entendre, mais ce degré d'importance est loin d'être le même suivant l'objet dont on s'occupe.
J.-P. Franck, qui n'a pas fait de traité ex professa sur les maladies de la peau , mais qui s'est étendu longuement sur ce sujet, dans son epitome, consacre deux classes à ces maladies. La première est divisée en deux ordres , dont l'un est consacré aux exanthèmes nus, exantliemaia nuda, qui comprend l'érysipèle, la scarlatine, l'urticaire, les pétéchies ; et l'autre contient les exanthèmes rudes , scabra, qui comprend le millet, la variole, la rougeole , le pemphigus et les aphthes. La seconde classe renferme les éruptions impétigineuses; elle se divise en deux ordres : le premier traite des taches et contient les éphélides , le chloasma, les ecchymoses , l'érythème ; le second , les éruptions impétigineuses rongeantes, le porrigo, les dartres, Vhydroa , la gale , le psydracium , les teignes et la lèpre. Cette division, plus simple que les précédentes , ne nous paraît pas plus défectueuse que les autres. L'incohérence qui règne encore dans la matière que nous traitons fait vivement désirer la pubhcation d'un ouvrage sur ces maladies par notre savant collègue, le docteur Biett, médecin de l'hôpital Saint-Louis ; sans doute que les travaux de cet excellent observateur fixeront pour jamais ce point de pathologie. M. Rayer préparc
DES MALADIES DE LA PEAD. IQ^
aussi un traité sur le même sujet; ses recherches ne peuvent manquer d'être très utiles à l'avancement de la science. Il ne saurait y avoir trop de bons esprits occupés à débrouiller les parties obscures de la médecine ; tous ces efforts tournent au profit de l'humanité. En attendant nous croyons que ce qui importe le plus c'est de tracer avec exactitude les caractères des maladies qui réclament le plus souvent nos secours : nous en traiterons dans deux articles, sans attacher à nos di- Yisious la plus légère importance. En les distinguant en aiguës et en chroniques , nous n'ignorons pas les reproches qu'on peut nous adresser ; nous n'ignorons pas que des maladies chroniques commencent souvent par être aiguës ; et que par conséquent elles devraient occuper deux places dans le même cadre, etc. : mais ces inconvénients sont si légers à nos yeux , que nous serions disposés à adopter même l'ordre alphabétique, qui cependant rapprocherait des objets bien disparates.
§ I. Phlegmasies aiguës de la peau.
Dans cet article nous donnerons les caractères différentiels de l'érysipèle , de la scarlatine , de la rougeole, des péléchies, de la variole, de la varicelle, de la vaccine, du zona , de la miliaire , de l'urticaire , du pemphî^us.
igS DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFÉRENTIEL
De l'ërysipèle.
C'est la pblegmasie de la peau la plus simple , la plus facile à reconnaître. On peut la considérer comme le prototype de l'inflammation : elle réunit au plus haut degré de simplicité, et de la manière la plus complète, les caractères que nous avons attribués à cette classe de maladies. L'intumescence seule est peu sensible à la vue, parcequ'elle est |;énérale; du reste, l'érysipèle naît, croît et se termine ainsi c^ue nous l'avons exposé dans nos généralités. On distingue avec raison diverses espèces d'érysipèles. Les principales que nous ferons connaître sont l'érysipèle simple, le pblegmoneux, l'œdémateux, le gangreneux; l'érysipèle compliqué avec diverses phlegmasies ; ce qui lui a fait donner le nom de malin, lorsqu'il était compliqué avec une pblegmasie du cerveau ou des méninges , de gastrique lorsqu'il était accompagné d'une inflammation gastro-intestinale, etc.; enfin on a admis un érysipèle épidémique, sporadique , fixe, ambulant, local , général , idiopathique , symptomatique, critique, etc. Toutes ces distinctions ne sont pas également utiles.
Uii sentiment de prurit , de démangeaison , bientôt une véritable douleur, accompagnée d'une cbaleur plus ou moins vive, d'une rougeur intense, diffuse, disparaissant parla pression pour repa-
DES MALADIES DE LA PEAtJ. IQQ
raîire aussitôt après, d'une légère intumescence de la peau , caractérisent lerysipèle simple. C'est à dessein que nous omettons de dire que la peau est surmontée de phlyctènes.dans l'érysipèle , tandis qu'elle est unie dans l'érytlième. Nous regardons cette distinction comme trop subtile pour être conservée , et l'érythéme ne doit être copsidcré que comme l'érysipèle dans son plus grand état de simplicité.
L'érysipèle simple est quelquefois annoncé par des phénomènes précurseurs : le malade éprouve un malaise général, des lassitudes spontanées, des douleurs vagues , des bâillements , des pandiculations , de la somnolence , de l'insomnie , de la céphalalgie, de la soif, de l'inappétence, de la chaleur à la peau , de la fréquence dans le pouls, etc.; d'autres fois les phénomènes locaux se manifestent sans prodrome.
Le premier jour, après un frisson plus ou moins long et violent , on aperçoit sur l'une des parties du çorps une rougeur à peine plus marquée que dans l'état ordinaire; la tuméfaction y est à peine sensible ; la chaleur est vive, souvent acre, mordicante ; la douleur est ordinairement prurigineuse; peu à peu ces phénomènes augmentent d'intensité. La rougeur devient plus vive, principalement vers le point d'origine ; elle s'étend; ses bords se perdent iusensiblement dans la partie saine de là peau , de sorte qu'il est bien diCQcile d'en détermi-
ner les bornes ; la tuméfaction augmente quelquefois au point qu'on ne reconnaît plus ni saillies, ni enfoncements. La chaleur est brûlante , dévorante, et la douleur peut devenir intolérable. Vers le troisième ou le quatrième jour, on observe quelquefois une multitude de petites pustules du volume d'un grain de millet , plus ou moins. Le liquide qu'elles contiennent devient opaque, jaunâtre,grisâtre , puis se dessèche ; d'autres fois , à cette époque, apparaissent de véritables phlyctènes , qui peuvent acquérir le volume d'un œuf: elles renferment une sérosité plus ou moins brunâtre, qui s'épanche ordinairement au dehors. La première de ces éruptions a reçu le nom d'érysîpêle miliaire ; la seconde celui à'érysipele phlycténoïde / distinctions qui ne font qu'embarrasser l'art de puérilités.
Ces phénomènes locaux sont en général accompagnés de symptômes généraux, tels que chaleur à la peau , force, fréquence du pouls, soif vive, etc., enfin par le cortège des phénomènes fébriles ; mais lorsque l'érysipèle est extrêmement simple et bénin , il parcourt ses périodes sans signes de réaction.
Au bout d'un certain temps , rarement avant le troisième , rarement après le septième jour, les phénomènes que nous avons exposés cessent de croître , et commencent à diminuer d'intensité. La résolution s'opère alors. C'est la terminaison ordinaire de la maladie qui nous occupe. Elle a
lieu par la disparition progressive de la chaleur, de la douleur, de la rougeur et de la tuméfaction, ainsi que par la diminution des symptômes généraux. L'épiderme se détache en écailles , les croûtes tombent, et le léger empâtement qui succède ne tarde pas à se dissiper.
On pense bien que les phénomènes fonctionnels locaux doivent varier suivant la région occupée par l'inflammation érysipélateuse. A l'exemple de J.-P. Franck, nous nous bornerons à esquisser celle de la face, comme la plus importante et la plus commune de toutes.
Le front, le nez , les joues , les lèvres , les paupières , les oreilles , enfin tous les points de la face , peuvent commencer par être le siège de l'érysipèle. Borné d'abord à une partie , il envahit bientôt les régions voisines , et souvent , après avoir parcouru ses périodes sur un côté de la face, on le voit gagner le côté opposé. Le lieu nouvellement occupé présente l'aspect de l'érysipèle commençant, tandis que celui qui vient' d'être abandonné offre celui de la résolution , une efflorescence, une véritable desquamation. Toutes les parties ne se tuméfient pas également : les paupières, d'un tissu lâche et perméable, les lèvres, d'un tissu érectile , les unes et les autres très susceptibles de se laisser pénétrer par les fluides, acquièrent un volume démesuré ; de sorte que les yeux , ordinairement enfoncés dans l'orbite , semblent faire sail-
20 a DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFÉRENTIEL
lie au dehors , et sont complètement fermés; les lèvres sont saillantes ; enfin la face présente l'apparence d'une outre , d'un ballon. Les narines, resserrées, ne permettent plus l'introduction de l'air ; le malade respire alors par la bouche , qui elle-même s'ouvre diflicilement. L'inflammation se propage avec facilité par les ouvertures naturelles, et ar contiguïté au cerveau et à ses enveloppes, au larynx, aux bronches, au pharynx , à l'œsophage. Alors se manifestent les symptômes de ces diverses inflammations. Cet érysipèle se termine souvent par résolution; mais il n'est pas rare de le voir disparaître presque subitement pour être remplacé par une phlegmasie viscérale plus grave. Il se forme aussi très souvent des abcès dans les angles des paupières , etc. Il est fâcheux , et malheureusement il est fréquent, que l'érysipèle de la face se propage jusque sur le cuir chevelu. Cet érysipèle est celui qui se porte le plus souvent de l'extérieur à l'intérieur, et gagne les méninges et le cerveau avec le plus de facilité. Nous aurons toujours présent le douloureux exemple de notre célèbre ami le professeur Béclard, mort victime de cette affreuse maladie.
L'érysipèle phlegmoneux peut être considéré comme un érysipèle plus intense que le précédent, et qui s'étend jusqu'au tissu cellulaire sous-jaccnt. Le phénomène qui établit la principale différence
DES MALADIES DE LA PEAU. 2o5
qui existe entre eux est la terminaison par suppuration j quoique cette espèce de phlegmasie puisse aussi se terminer par résolution. ■ Les symptômes locaux et généraux sont donc plus prononcé."?. Hougeur ou beaucoup plus vive, ou plus brunâtre, violacée, disparaissant et reparaissant promptement par la pression, ou conservant l'impression du doigt; chaleur brûlante; douleur lancinante, vive, pongitive ; tumeur large, évidemment profonde et dure. Les phénomènes de réaction sont très prononcés ; la fièvre concomitante est d'une violence extrême : quelquefois au bout de cinq ou six jours, à la suite d'une évacuation alvine abondante, d'une sueur ou d'urines sédimenteuses, mais le plus souvent sans aucune de ces circonstances préalables, cet érysipèle diminue graduellement, et se termine par résolution. Dans les cas les plus ordinaires la suppuration a lieu. La douleur devient pulsative, sa rougeur diminue principalement sur les bords; la tumeur s'élève en pointe; bientôt elle se ramollit, on sent une fluctuation évidente; l'ouverture naturelle ou artificielle de ces foyers donne issue à un pus blanc, jaunâtre, épais, opaque, louable en un mot; d'autres fois il est mêlé de flocons de tissu cellulaire; quelquefois il fuse dans l'intervalle des muscles, les dénude, etc.
Dans quelques circonstances, lorsque la couleur de la peau est rouge, livide, que la tension est
extrême, il survient des vésicules remplies d'un liquide brunâtre, lesquelles se déchirent facilement, et laissent apercevoir dans leur fond la peau grisâtre, bleuâtre, en un mot gangrenée ; c'est l'érysipèle gangreneux. Ces eschares se détachent, une suppuration de bonne nature s'établit, les plaies se cicatrisent; mais la terminaison de l'érysipèle phlegmoneux n'est pas toujours si heureuse, le malade succombe souvent.
Une autre espèce d'érysipèle qu'il est bon de signaler c'est l'érysipèle oedémateux. Il en est de deux sortes. Dans la première l'inflammation survient sur un membre précédemment œdématié. La peau devient rouge, violacée, luisante ; cette couleur disparaît difficilement par la pression, et cette pression détermine un enfoncement qui ne s'efface qu'avec lenteur ; la douleur et la chaleur sont moindres que dans les espèces précédentes. Cet érysipèle se montre ordinairement à la suite des maladies chroniques; ce n'est qu'un épiphéno- , mène consécutif de peu d'importance.
Dans la seconde, l'érysipèle qui prend naissance sur un membre sain est d'un rouge pâle, jaunâtre, semi- transparent, offre une marche lente et peu intense. Il est idiopaïkique , Xznùh que le premier est symplomatiqtie.
Un des caractères de l'érysipèle est de se porter
MS MALADIES DE tA PEAU» 205
avec la plus grande facilité d'un lieu dans un autre plus éloigné : c'est Yerysipelas saltans. Ordinairement il rampe de proche en proche , il se promène sur diverses régions : c'est Yerysipelas ambulans, repians, etc. Il est rare que cette phlegmasie naisse, se développe et se termine complètement dans le même lieu; lorsque ce cas arrive on dit que l'érysipèle est fixe.
Une autre propriété non moins caractéristique que la précédente c'est la tendance de cette éruption à revenir par intervalles, et pour ainsi dire d'une manière périodique.
Lorsque cet exanthème se manifeste vers le déclin d'une maladie aiguë, et que celle-ci paraît amendée par cette apparition, on dit que l'érysipèle est critique. Ces exemples sont rares, et lorsqu'un érysipèle survient dans le cours d'une maladie aiguë, c'est presque toujours une complication fâcheuse.
L'érysipèle se complique avec les phlegmasies des divers viscères encéphaliques, thorachiques et abdominaux ; pour avoir une idée de ces complications, il suffit de réunir les signes de ces phlegmasies avec celle qui nous occupe*
Ainsi que nous l'avons annoncé, nous ne donnerons pas la description de l'éry thème ; nous le regardons comme l'érysipèle de l'espèce la plus
ao6 DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFÉRENTIEL
simple, la plus légère. Cependant Bateman a cru devoir en traiter en particulier; et, chose singulière, Franck, tout en regrettant d'en parler à part, le classe parmi les maladies impétîgincuses, sans doute parcequ'il revient souvent, et qu'il est pour ainsi dire habituel et tenace 7
Scarlaiine.
La scarlatine est un exanthème aigu, contagieux, qui se développe sous l'influence d'une cause spécifique, susceptible de s'inoculer. Cette éruption n'attaque en général qu'une seule fois le mêuie individu.
Après un certain temps de l'application de la cause, sept jours, lorsque l'inoculalion a eu lieu , l'éruption apparaît ; mais le temps intermédiaire est rempli par des symptômes, communs à la vérité avec beaucoup de phlegmasies cutanées, mais importants à signaler.
Un malaise général, des frissons irrégnliers, de l'abattement, de l'altération dans les traits de la face, des douleurs, des lassitudes spontanées, de la soif, de l'inappétence, des nausées, des vomissements, de la céphalalgie, de l'insomnie ou de la somnolence , des mouvements convulsifs , de la chaleur à la peau , de la fréquence dans le pouls, etc. , constituent les phénomènes précurseurs de la scarlatine : il faut y joindre la rougeur des yeux, la
douleur de la gorge et du cou, enfin beaucoup de , symptômes de phlegmasies des membranes muqueuses.
Dès le second Jour, quelquefois seulement vers le quatrième de l'appareil fébrile, se déclare l'éruption. Dans son plus grand*état de simplicité , elle se manifeste sur la face et le cou, sous l'apparence de points rouges, innombrables, qui en peu de temps couvrent toute la surface du corps. En se réunissant , le second jour, ces points forment des taches d'an rouge très vif, et dès le troisième elles donnent lieu à une éruption continue sur les membres, et surtout autour des doigts. Il est rare que l'éruption soit générale sur le torse; elle y conserve la forme de taches larges , étendues, irrégulicres. La couleur rouge vif, animée, écarlate , est principalement prononcée dans le pli des articu-^. lations , vers les aines , les aisselles , les plis du bras , et aussi autour des lombes, etc. La peau est quelquefois rugueuse, comme chair de poule; mais cet état ne peut être confondu avec la saillie que formé l'éruption dans la rougeole. C'est vers le quatrième jour que l'éruption atteint son plus haut degré d'intensité ; alors la face est tuméfiée , les yeux ne peuvent être ouverts; l'éruption pénètre dans la bouche, et peut s'étendre plus ou moins profondément; après quoi elle diminue graduellement et dans l'ordre de son apparition. Vers le septième jour elle est entièrement effacée , et remplacé^ vers
le huitième ou neuvième par une espèce de desquamation furfuracée.
On a distingué plusieurs espèces de scarlatines. Bateman décrit une scarlatine simple^ une scarlatine angineu.se et une scarlatine maligne. J.-P. Franck admet les mêmes espèces, et de plus les variétés de complication avec les fièvres bilieuses, nerveuses, etc. ; et, relativement à l'éruption, il la divise en lisse, pustuleuse^ miliaire. Les auteurs modernes décrivent une scarlatine adynamique, qui n'est que la même chose que la scarlatine maligne.
La concomitance de l'angine et de la scarlatine étant pour ainsi dire constante , et l'un des caractères principaux de cette affection , nous ne saurions la passer sous silence. Cette espèce est plus grave que la précédente.
Les phénomènes précurseurs sont plus violents ; les parties de l'arrière-bouche, le pharynx, l'œsophage, sont frappés d'inflammation; la déglutition est difficile , la strangulation paraît quelquefois imminente; un appareil fébrile proportionné se développe , croît et décroît avec l'éruption.
La douleur et le gonflement de la gorge peuvent être portés à un très haut degré; les muscles du cou sont douloureux, et comme tendus et serrés par une corde ; une salivation abondante et quelquefois sanguinolente survient ; la langue est {3'un rouge vif, comme dépouillée et couverte
d'aplithes, les glandes maxillaires, parotides, participent au gonflement; les parois du pharynx sont tapissées par des taches blanchâtres, parfois comme ulcérées, et enduites d'une espèce d'humeur puriforme.
L'inflammation peut se porter dans le larynx , rendre la respiration difficile, la suffocation menaçante, la voix rauque , produire l'aphonie, enfin tous les signes de l'angine trachéale.
Au bout de deux ou trois jours se montre l'éruption, qui présente à peu près les caractères que nous venons d'attribuer à la scarlatine simple. La peau prend une couleur vineuse, quelquefois elle revêt celle des cerises cuites ; elle peut devenir livide. La tuméfaction est sensible et générale , et s'oppose à la flexion des articulations. La plupart du temps la peau est unie et lisse ; elle peut être rugueuse , et enfin véritablement pustuleuse, phlycténoïde : ces variétés sont rares. Ces boutons se réunissent, forment des plaques, et tombent; mais cette desquamation est lente.
Pendant le cours de la maladie, la peau est chaude, rouge; le malade y ressent des démangeaisons vives , une chaleur ardente, des picotements intolérables. Les phénomènes généraux de réaction sont souvent d'une violence extraordinaire. La maladie peut être accompagnée de la plupart des phlegmasies viscérales.
Vers le sixième, septième ou huitième jour les II. ,
accidents se calment , l'éruption diminue d'intensité et d'étendue ; elle pâlit, se fane, pour ainsi dire, et se termine par l'apparition d'écaillés furfuracées, dans l'ordre de son apparition. Les symptômes de l'angine, ainsi que les phénomènes généraux, suivent la même progression, quoique dans certains cas ils persistent encore pendant quelque temps.
La langue s'humecte, se couvre d'un enduit mou, blanchâtre, épais: il survient quelquefois une sueur abondante; l'urine dépose un sédiment blanchâtre; on peut observer aussi un léger dé- YOiement, etc.
L'exfoliation s'opère avec une démangeaison considérable ; et lorsque la peau a été profondément affectée, l'épiderme se détache en lambeaux; les ongles peuvent se séparer des doigts, la langue même se dépouiller de son euveloppe ; les croûtes du nez et de l'arrière-bouche tombent , et laissent à nu des ulcérations qui guérissent avec facilité.
Une faiblesse extrême , une vive sensibilité de la peau, la persistance des phénomènes généraux, qui indique le travail morbide de quelque organe , des infdtrations de sérosité , soit générales, soit dans les membres , les articulations., les cavités du péritoine, du péricarde, des plèvres, du cerveau , sont les accidents consécutifs les plus ordinaires et les plus redoutables de la scarlatine:
plusieurs d'entre eux peuvent occasioner la mort.
Des symptômes graves peuvent accompagner cette éruption: c'e&t cette espèce de scarlatine que les auteurs ont désignée sous les noms de inaligne, de gangreneuse j d'adynamù/ue.
Les symptômes précurseurs de cette espèce de scarlatine sont à peu près les mêmes que les précédents, avec un degré de plus de violence. On a remarqué que l'abattement moral et la faiblesse physique étaient plus prononcés. Les signes de l'angine se déclarent; mais les parties de l'arrière-bouclie, rouges et vermeilles le premier jour, ne tardent pas à devenir livides^, bleuâtres , grisâtres , ardoisées . à présenter en un mot l'aspect de la gangrène, en même temps qu'elles en exhalent l'odeur fétide. La déglutition est difficile , impossible ; le cou tuméfié, douloureux; la voix éteinte; les taches de la peau sont pâles , livides, noires, petites , irrégulières dans leur apparition et leur disparition.
La peau est froide , le pouls petit , misérable ; la face altérée, décomposée; les yeux rouges , pesants , larmoyants; le délire s'empare du malade ; l'agitation et le coma , les pertes de connaissance se succèdent d'un moment à l'autre; enfin tout le cortège des symptômes cérébraux se déclare ; un liquide âcre et fétide s'écoule de la bouche, des narines, et corrode les parties voisines.
Avec ces symptômes on observe souvent une
212 DIAGNOSTIC SPECIAL ET DIPFÉRENTIEt
diarrhée abondante , des liémorrhagies par la bouche, les intestins, etc., qui terminent fréquemment les jours du malade. De véritables taches pourprées , de vraies ecchymoses se mêlent souvent à la première éruption.
La mort arrive , ou promptement dans les premiers jours de la maladie, ou vers la fin du deuxième et troisième septénaire ; la gorge , l'œsophage , le larynx, la trachée-artère, souvent l'estomac et les intestins , sont couverts de plaques gangréneuses.
Un état chronique fâcheux peut succéder à l'état aigu. Il est occasionépar des ulcérations consécutives à la chute des eschares gangréneuses, et par la suppuration qu'elles exigent: les malades meurent épuisés, après avoir été consumés pendant plus ou moins long-temps par une véritable fièvre hectique, symptomalique. Lorsque le malade guérit, la convalescence est lente et pénible. Les accidents consécutifs des autres espèces sont encore plus redoutables dans celle-ci.
Rougeole.
La rougeole est un exanthème aigu , spécifique, qui se transmet par contagion , et n'atteint ordinairement les malades qu'une fois dans leur vie.
Après l'action de la cause , et avant l'apparition de l'éruption, on observe quelques phénomènes précurseurs qui ne sont pas sans gravité : lassitudes spontanées, douleurs des membres, insomnie ou
somnolence , horripilations vagues , chaleurs fugaces, soif, inappétence, nausées, vomissements; yeux brillants , rouges, larmoyants; tuméfaction des paupières, éternuement , écoulement par les narines d'un fluide clair et acre ; douleur à la gorge; toux , qui, dans les premières années de la vie surtout , est rauque et analogue à celle du croup ; vomissement , dévoiement , somnolence , délire , convulsions. Tous ces symptômes précurseurs ne se présentent pas en même temps ni sur le même sujet; il en est beaucoup, comme les derniers ^ qui ne se manifestent que rarement , et même dans bien' des cas l'éruption se montre sans qu'on ait observé le moindre dérangement dans la santé des individus. D'autres fois on a vu des hémorrhagies par le nez , l'anus ou les parties génitales.
Vers le troisième ou le cinquième jour , on voit paraître sur la face , au cou , une multitude de taches rouges , à peine saillantes vers le miheu , plus sensibles au toucher qu'à la vue, rondes , discrètes, quelquefois irréguiières, confluentes, se réunissant en plaques assez larges. Les taches rouges gagnent successivement le thorax, l'abdomen et les membres ; l'éruption atteint son plus haut degré de développement au bout de deux ou trois jours; après quoi les rougeurs diminuent d'étendue et d'intensité, des écailles furfuracécs les remplacent bientôt, et cela dans l'ordre de leur apparition.
2l4 DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFÉRENTIEI
Toutes les membranes muqueuses semblent participera la maladie, de sorte que l'éruption qui a lieu à la peau paraît occuper aussi ces membranes. Ce n'est ici qu'une conjecture que je hasarde ; cependant, si l'on fait attention à la constance des irritations pulmonaires, bronchiques, gastro - intestinales , etc. , qui accompagnent et compliquent la rougeole , on aura de grandes probabilités pour croire que ces irritations ne sont pas étrangères à la nature delà maladie. On voit, pour ainsi dire, l'éruption pénétrer dans la bouche , les bronches , le pharynx, etc. Il n'est pas jusqu'aux parties génitales qui ne soient le siège de cette irritation concomitante. Il se fait souvent par ces organes des écoulements blennorrhoïdcs.
Nous ne pouvons entrer ici dans aucun détail sur les phlegmasies des viscères intérieurs qui compliquent souvent la rougeole; il suffira de joindre la description de ces phlegmasies à celle de la rougeole pour en avoir le tableau complet : mais nous ne pouvons nous dispenser de parler des phénomènes généraux qui se montrent dans cet exanthème , et lui impriment d'importantes différences.
Une agitation considérable tourmente le malade, qui change à chaque instant de position; la peau est chaude, sèche dans le principe , humide et moite au moment de l'éruption; le pouls est dur, concentré , dans les premiers moments ;
DES MALADIES DE LA PEAU. 2l5
bientôt fort développé , fréquent ; une soif vive se fait sentir ; les urines sont rouges , peu abondantes , etc.
Ces phénomènes généraux augmentent d'intensité non seulement jusqu'au moment de l'éruption, mais même au-delà; ils persistent aussi pour l'ordinaire après que celle-ci a disparu, ce qui doit nous confirmer dans l'opinion de l'existence de l'éruption intérieure. De plus , l'on a observé que les pblegmasies coexistantes étaient plus opiniâtres que les pblegmasies simples ordinaires.
On a distingué plusieurs variétés ^de rougeole. Yillan a décrit une rougeole, riibeola sine catarr/w, qui avait lieu sans inflammation des membranes muqueuses et sans fièvre symptomatique ; enfin, sous le nom de rubeola nigra, il a fait connaître une variété de cette maladie dans laquelle, au septième ou huitième jour de l'éruption , les boutons deviennent tout-à-coup livides, brunâtres, avec un mélange de couleur jaune.
D'autres pathologistes ont distingué des espèces de rougeole aussi nombreuses que les diverses complications qui les accompagnent. Ils ont admis une rougeole simple , une rougeole gastrique , une rougeole nerveuse, inflammatoire, etc. Nous pensons que c'est surcharger les livres de détails superflus.
La rougeole se termine ordinairement par résolution , à moins qu'une phlegmasie concomitante
2l6 ; DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFERENTIEL
n'emporte le malade. Mais si l'éruption est peu grave par elle-même , il n'en est pas de même de sa convalescence , où les accidents les plus variés peuvent atteindre le malade ; les plus redoutables sont l'infiltration générale , les affections articulaires, les engorgements des glandes mésentériques et autres.
Il existe une multitude d'éruptions printanières qui affectent principalement les enfants , qui peu-, vent en imposer pour la rougeole ; mais leur innocuité, leur peu de durée, ou au contraire leur persistance en quelque sorte chronique , l'ab.sence de phénomènes de réaction, la connaissance d'une rougeole antécédente, et beaucoup d'autres circonstances, telles que l'absence d'une épidémie actuelle , etc. , doivent faire reconnaître ces diverses éruptions.
La maladie avec laquelle la rougeole offre la plus grande ressemblance est bien certainement la scarlatine. Mais les plaques larges , d'un rouge vif, écarlate , ordinairement non saillantes de la scarlatine, doivent les faire distinguer.
Pëtëchîes.
Les pétéchies ne pouvant être considérées que comme un phénomène morbide symptomatique accompagnant les maladies typhoïdes , ne doivent pas figurer au nombre des exanthèmes. Nous eu avons parlé dans notre premier volume.
DES MALADIES DE LA PEAU. âl^
^ L'éruption pourprée -est aussi un phénomène sjmptomatiquc. Nous pensons qu'on a souvent confondu ces deux éruptions, et nous croyons qu'elles méritent d'être distinguées l'une de l'autre.
Les pétéchies sont bien véritablement une éruption; elles disparaissent sous la pression , pour reparaître immédiatement après. Les taches pourprées sont de véritables ecchymoses, de vraies hémorrhagies sous -épidermiques ; elles ressemblent à des piqûres de puces dont le disque rose est effacé. Quelquefois elles acquièrent une certaine étendue; la peau sur laquelle elles se montrent est ordinairement d'un jaune verdâtre , blafarde. Lorsque le pourpre est chronique, qu'il survient dans le scorbut , il est susceptible de résolution ; il n'eu est pas de même dans les maladies aiguës, dans les affections typhiques , et dans les phlegmasies accompagnées d'un caractère particuher de gravité : dans ces cas, les malades courent les plus grands dangers.
Variole ou petite-vérole.
■ Ce n'est pas sans indignation que l'on voit des gens, dont le premier devoir est la bienfaisance et l'humanité , protéger de tout leur pouvoir la propagation de ce fléau. A voir l'acharnement avec lequel ils poursuivent le moyeu préservatif, ne dirait-on pas que leur ministère est la destruction de l'espèce humaine? Ennemis implacables de toute
a 10 DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFÉRENTIEE
amélioration, de tous progrès, de toute lumière , on les voit soutenir et répandre les préjugés , décourager les mères de famille encore chancelantes dans leur résolution , effrayer par des tableaux affreux leur cœur maternel , et mettre même en usage jusqu'aux menaces les plus terribles. Qu'ils sont loin de ressembler à ce vénérable pontife qui força ses sujets, par un décret, de recourir au bienfait de la vaccine , et déclara tout citoyen romain non vacciné inhabile aux emplois publics : honneur à Pie VII, honneur à ce véritable apôtre de l'humanité !
La variole est une maladie meurtrière, qui, d'après l'expression énergique de Franck, a causé et cause encore plus de maux que toutes les pestes ensemble. Cette éruption fatale est due à un principe spécifique , contagieux ; elle n'attaque ordinairement qu'une fois dans la vie le même individu ; on croit cependant avoir des exemples bien constatés d'une double contagion. Un très petit nombre de personnes paraissent à l'abri de l'infection , mais on a pensé qu'elles avaient eu la variole dans le sein maternel , comme quelques faits semblent le prouver, ou qu'ayant eu seulement quelques boutons varioleux disséminés, on aura pensé qu'elles n'en avaient jamais été frappées.
Cette maladie est principalement caractérisée par des pustules élevées, de grandeur variable,
mais n'excédant guère le volume d'un pois lorsqu'elles sont isolées ; pouvant être confluentes, réunies en groupe , affectant alors une figure irrégulière, déprimées vers leur centre , remplies d'un liquide d'abord transparent, puis opaque et purulent; qui se dessèchent vers le quatorzième jour, et se détachent en laissant une cicatrice creuse, ordinairement durable.
D'après la quantité des boutons, on a établi deux espèces de variole : la variole discrète et la variole confluente.
La première s'annonce par un certain nombre de phénomènes précurseurs absolument semblables à ceux qui devancent les autres phlegmasies cutanées, et que par cette raison nous ne répéterons pas.
Vers le troisième ou le quatrième jour on voit poindre sur les lèvres, sur le menton, sur les joues , enfin sur toute la face , une multitude de petites élévations rouges, dures, lesquelles sont bientôt surmontées d'une petite vésicule contenant un liquide transparent, roussâtre. Ces boutons se propagent avec rapidité à la poitrine , aux membres , au ventre , etc. ; en vingt-quatre heures ils couvrent ordinairement toute la surface du corps. La face se tuméfie ainsi que les mains ; les yeux ont de la peine à s'ouvrir, et seront bientôt complètement fermés ; les articulations des doigts ne peuvent plus se fléchir. Les pustules sont isolées
5î20 DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFÉRENTIEL
les unes des autres, entourées à leur base d'une aréole rouge ; le lendemain de leur apparition , le liquide devient blanc et opaque, leur sommet s'aplatit. C'est ordinairement sur le visage que se manifestent d'abord les changements qui doivent gagner un peu plus tard le reste du corps. L'éruption est générale et complète vers le deuxième jour, alors l'appareil fébrile qui accompagne cette éruption cesse ou diminue sensiblement.
La base des pustules s'élargit , rougit , et devient le siège d'une douleur pongitive. Vers le troisième jour de l'éruption , le gonflement général est plus marqué; il est surtout sensible à la face et aux mains. Les pustules augmentent de volume, le liquide qu'elles renferment prend tout-à-fait l'aspect purulent. Les quatrième, cinquième et sixième jours, les changements sont peu prononcés ; mais à cette époque , c'est-à-dire vers les neuvième, dixième ou onzième jours à dater de l'invasion , le cercle rouge de la base commence à perdre de sa vivacité; les pustules s'affaissent, un point brunâtre apparaît vers leur centre, principalement au visage : c'est l'annonce de la dessiccation. Les pustules s'ouvrent quelquefois , et laissent suinter l'ichor qu'elles contiennent, lequel se sèche et forme une croûte jaunâtre. Au bout de quelques jours , quelques pustules ou fragments de croûte se détachent, et laissent apercevoir la peau rouge et souvent déprimée. La dessiccation s'opère sur le
DES MALADIES DE tA PEAU. 221
tronc et sur les membres quelques jours plus tard, et à peu près de la même manière; les pustules se rompent moins souvent. C'est ordinairement du quinzième au vingt-unième que se termine cette Tariété simple de la petite-vérole; mais telle n'est pas toujours la marche de cetle maladie.
Lorsque la suppuration se manifeste, il survient ordinairement un mouvement fébrile, qu'on a nommé fièvre de suppuration , et qui persiste jusqu'à la chute des boutons, et quelquefois même au-delà. C'est vers cette époque que l'air qui entoure le malade est imprégné d'une odeur spécifique repoussante , facile à reconnaître , et qui décèle la présence d'un corps particulier vraisemblablement doué de la funeste propriété de transmettre l'affection ; mais il est nécessaire pour cela qu'il existe un certain nom.bre de pustules.
Dans la seconde espèce , dans la variole confluente, les accidents sont bien autrement graves. Les phénomènes présurseurs sont bien plus violents, bien plus intenses; ils ont ordinairement une durée moins longue ; l'éruption apparaît quelquefois dès le deuxième jour.
Une multitude innombrable de boutons plus petits, moins élevés, rapprochés les uns des autres , se manifestent ; ils sont bientôt surmontés d'une vésicule qui, à peine apparente, se réunit aux vésicules voisines, et prend un aspect irrégu-
lier. Alors, réunies entre elles , elles forment de larges phlycténes , aplaties , qui couvrent une partie de la face , et quelquefois même sa totalité , de manière à lui former une espèce de masque. L'aréole rouge est moins large que dans l'espèce précédente , et cela s'explique facilement , puisque l'espace nécessaire manque , et qu'il est occupé par les pustules. La tuméfaction du visage est telle, qu'on ne distingue plus ni saillies ni enfoncements. La suppuration des boutons a lieu dès les premiers jours , et elle dure fort long-temps.
L'éruption variolique ne se borne pas à la peau: on la voit pénétrer dans l'intérieur de la bouche, sur la langue, dans le gosier, sous forme de petites vésicules blanches, aplaties. Quelques auteurs ont avancé que l'éruption ne se bornait pas là , et qu'elle pénétrait dans tout le canal alimentaire ; d'autres, parmi lesquels il faut mettre Franck, ont douté de cette assertion; mais cet auteur a eu la sagesse de s'abstenir de prononcer sur cette question, parcequ^il n'avait pas de faits à l'appui de son opinion. Quelques modernes moins réservés ont nié complètement cette propagation. Je puis affirmer qu'elle existe. J'ai vu un canal alimentaire garni des mêmes pustules que celles de la bouche , depuis l'œsophage jusqu'au rectum. L'individu était mort dans la période de suppuration d'une variole confluente.
Les phénomènes généraux revêtent un carac-
tère alarmant d'intensité, mais c'est surtout du onzième au quinzième jour que ces phénomènes concomitants sont portés au plus haut degré. Nous ne les décrivons pas, parcequ'ils sont communs à toutes les maladies aiguës violentes, et ne peuvent par conséquent pas servir au diagnostic. Cette maladie se termine souvent par la mort. Lorsqu'elle se termine par la guérison, ce n'est que fort tard que la dessiccation a lieu ; ce n'est quelquefois qu'au vingtième jour, au vingt-cinquième , et plus tard encore. La chute des croûtes laisse à découvert des ulcères profonds plus ou moins rebelles. *
Des pustules peuvent s'être développées sur les cornées ; alors une taie souvent incurable leur succède. Enfin cette affreuse maladie peut laisser après elle les traces les plus funestes et les plus irréparables.
Parmi les espèces de varioles tirées du caractère de la fièvre concomitante décrites parles auteurs^ il est aisé de reconnaître les complications de cette éruption avec les phlegmasies des divers organes. 11 est évident que la petite -vérole nerveuse n'est autre que la comphcation de cette maladie avec la méningite ou l'encéphalite. Un médecin très distingué de notre époque n'admet cependant pas cette comphcation : mais lorsqu'il existe des lipothymies , des soubresauts de tendons , de la carphologie,des convulsions, du délire, du coma, de l'agitation, de l'insomnie ; lorsque l'éruption est
noire, iqu'il existe des points gangreneux , que les déjections sont involontaires , nous croyons qu'il est difficile de rejeter cette complication. La coexistence de la gastrite est encore pl-us évidente dans la variole bilieuse ; la douleur épigastrique , sensible à la pression , les nausées , les vomissements , la soif, etc., tout décèle la présence de l'inflammation de l'estomac. La variole inflammatoire n'est que la complication de cette éruption avec un état pléthorique général , ou avec quelque phlegmasie parenchymateuse , etc. Nous devons donc renvoyer, pour les détails graphiques, à la description des différentes maladies qui la compliquent. ^
Mais on a fait aussi des espèces d'après la forme ou la nature de l'éruption; et, bien que nous n'ajoutions pas une grande importance à ces objets scolastiques, nous ne pouvons cependant les omettre sans encourir quelques reproches.
Nous passerons sous silence la discrète maligne de Sydenham , ainsi que celle qu'il appelle dysentérique , parcequ 'elles rentrent dans les espèces compliquées dont nous venons de parler; mais nous signalerons la variole cristalline discrète , dont les boutons , de la grosseur de pois , au moment de la suppuration, sont remplis d'une sérosité transparente; la verruqueuse, dans laquelle les pustules sont racornies, dures, âpres, rugueuses au toucher , semblables à des verrues ; elles
ne tombent ordinairemeiit que très tard, en général au bout d'un mois ; la siliqueuse , dont lés vésicules sont ordinairement molles , vides , ou remplies d'une humeur blanchâtre et ichoreuse ; la petite -vérole miliaire, vésiculaire, pourprée, qui consiste en petites pustules miliaires, rares, remplies d'une sérosité très limpide , qui rendent la peau raboteuse , rude au toucher.
La variole conlluente présente aussi quelques variétés <: la confluente régulière de Sydenham ; la confluente crystalline d'Helvétius ; la petite-vérole cohérente , la noire , scorbutique, et la petitevérole à placards du même auteur; distinctions peu importantes , et dont quelques unes peuvent être rapportées à des espèces décrites, telles , par exemple , que la scorbutique , qui ne paraît être que la variole maligne , etc.
Ce serait sans doute ici le lieu de décrire l'inoculation ; mais ce. moyen préservatif étant généralement abandonné , et remplacé par la vaccine , nous nous abstiendrons d'en parle
Vaccine.
Fatigués par les tableaux continuels de nos infirmités, nos regards s'arrêtent avec complaisance sur l'un des plus grands services rendus à l'espèce humaine. La vaccine est une des plus belles découvertes des siècles modernes. Nous n'entrerons
fla6 DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFERENTIEL
pas ici dans les discussions qui se sont élevées relativement au véritable auteur d'une invention si utile; quel qu'il soit, quelque pays qui l'ait vu naître , il a droit à notuc éternelle reconnaissance. Jenner doit être considéré comme le véritable inventeur de la vaccine , puisque sans lui l'humanité ne jouirait pas de ses bienfaits.
Chargé des vaccinations des enfants d'un quartier populeux (Saint-Marcel), en qualité de médecin des indigents du douzième arrondissement, j'ai eu de nombreujses occasions d'observer la vaccine dans toutes ses formes ; et je me suis convaincu que l'on pouvait ici , comme dans tous les sujets sur lesquels on lixe spécialement son attention , écrire des volumes sur les variétés innombrables ^e cette éruption : mais l'amour de ces détails surabondants n'est que le partage des petits esprits ;■ l'homme qui cultive la science avec quelque philosophie ne doit tenir compte que des différences qui peuvent offrir quelque utilité. Sous ce rapport, la distinction la plus importante est celle de la vaccine en préservatrice et non préservatrice, en vraie ou en fausse, comme on le dit dans le langage de l'école , épithète au moins ridicule, parcequ'une vaccine , une pneumonie , etc. , ne peuvent pas être fausses ; elles sont ou ne sont pas , et voilà tout. Lorsqu'une maladie en simule une autre, il faut chercher à la distinguer, lui appliquer un autre nom, et ne pas lui donner l'épithète de fausse,
CES MAIADIES DE LA PEAtJ. Z2'^
parceque cette épithète ne peut rien signifier.
La vaccine régulière, normale, préservatrice se présente avec les caractères suivants : immédiatement après l'insertion du virus vaccin, il survient une rougeur irrégulière de quelques lignes d'étendue, telle que serait celle que produit un frottement un peu fort; en même temps la partie se tuméfie légèrement. Ces phénomènes sont instantanés ; ils disparaisses après quelques minutes. Pendant trois jours on n'aperçoit que les traces d'une piqûre légère , sans la moindre apparence d'inflammation ; mais, à la fin du troisième jour, quelquefois seulement au quatrième, on reconnaît une petite éminence rouge, de la grosseur d'une pointe d'épingle, et qui occupe précisément le lieu de ]a piqûre. Petit à petit ce bouton se développe, devient sensible à la vue et au toucher; son sommet est pointu, et vers le cinquième jour il prend de la transparence; le sixième jour on peut apercevoir assez facilement un liquide séreux, diaphane, légèrement /aunâtre ; le septième et le huitième jour ce bouton s'élargit, s'aplatit légèrement à son sommet, s'entoure d'une aréole rouge de quelques lignes de diamètre, enfin revêt toute l'apparence d'une pustule. Dés lors on peut faire usage du fluide qu'il renferme pour inoculer la vaccine. Ce fluide paraît contenu dans de^ petites aréoles réunies. Le neuvième jour le liquide commence à se troubler légèrement ; l'aréole s'é-
22S DIAGNOSTIC SPÉCIAI ET DIFFERENTIEC
largit encore. Le dixième et le onzième jour, le liquide se trouble tout - à - fait , se convertit en pus , et n'est plus propre à transmettre une vaccine régulière. L'aréole diminue déjà vers le douzième jour , en même temps que le centre de la pustule brunit et commence à se dessécher. Cette dessiccation dure jusqu'au vingtième jour; enfin , du vingt-cinquième au trentième, les croûtes se détachent, et laissent à leur place une cicatrice analogue à celle des pustules varioliques, mais plus large. Telle est la marche de la vaccine régulière.
Il est cependant quelques vaccines irrégulières qui peuvent préserver de la variole. C'est ainsi que j'ai vu les boutons n'apparaître que le dix-huitième jour, et cependant produire une bonne vaccine.
Pour peu qu'on ait observé ou, ce qui vaut mieux , pratiqué la vaccine , il est très facile de reconnaître l'espèce préservatrice de celle qui ne l'est point. Dans celle-ci, les boutons naissent quelquefois dès le second jour, atteignent promptement tout leur développement, croissent, se dessèchent et tombent avant le neuvième jour.
Willan , cité par Bateman , a décrit plusieurs variétés de vaccine irréguHèrc : les boutons présentent une forme différente ; ils manquent souvent d'aréole , ou bien sont entourés d'une aréole écarlate ; dans quelques cas , il ne se manifeste
qu'une ulcération au lieu de pustules , etc. : on devra toujours se défier d'une vaccine qui ne présentera pas les caractères que nous venons d'attribuer à l'espèce préservatrice.
Un exanthème aigu naissant , des maladies chroniques de la peau, les affections herpétiques , les teignes , les croûtes laiteuses , etc. , peuvent entraver, suspendre, empêcher le développement de la vaccine , et détruire son effet préservateur ; un virus vaccin trop vieux ou mal conservé, des instruments rouillés , enfin une multitude de circonstances peuvent exercer une influence neutralisante, et même produire divers accidents.
Petite-vérole volante, 'varicelle, vérolette, véreite.
Il n'est pas certain que cette maladie légère se développe sous l'influence d'un principe contagieux: cependant elle paraît n'affecter qu'une fois le même individu pendant le cours de sa vie.
C'est principalement sous le rapport de sa ressemblance avec la variole que nous en parlons ici. Cette ressemblance a quelquefois fait croire que la même personne avait eu deux fois la petitevérole.
Les phénomènes précurseurs sont nuls ou très légers , et les phénomènes de réaction sont à peine prononcés. L'éruption est ordinairement disséminée, rare; les pustules sont éparses sur toute la surface du corps. Elles atteignent très prompte^
230 DIAGNOSTIC SPÉCIAt ET DirFÉRENTIEt
ment, dès le deuxième jour, leur plus haut degré de développement, elles se dessèchent, et tombent trois ou quatre jours après leur apparition ; les traces qu'elles laissent sont légères et fugaces ; j'ai cependant vu chez une jeune dame des yestiges de varicelle qui ressemblaient beaucoup à ceux de la variole. La vaccine , que je lui pratiquai, ôta tous les doutes, en se développant de ïa manière la plus régulière. Le fluide contenu dans les pustules de la varicelle n'acquiert jamais la consistance ni l'opacité du pus. Tels sont les caractères que Cullen attribue à cette éruption innocente.
Zona f zoster, etc.
Le zona est une éruption qui m'a toujours étonné par sa singularité. Il est en effet bien extraordinaire, et en quelque sorte merveilleux, qu'une éruption n'occupe précisément que la moitié de la ceinture ; à quoi peut tenir une semblable disposition ?
J.-P. Franck prétend que cette maladie est assez râre, et qu'il ne l'a observée que quatre fois. Elle est très commune à l'hospice de la Salpêtrièré, où nous avons de fréquentes occasions de voir les maladies de la peau sous toutes leurs formes.
Les caractères locaux du zona sont : un sentiment d'ardeur, de démangeaison, de douleur vive, de chaleur acre et brûlante dans la partie que me-
DES MilADIES DE lA PEAU, sSl
nace l'éruption ; bientôt une rougeur légère sur-^ montée d'une multitude de petites vésicules pointues, transparentes, d'abord discrètes, puis con^ fluentes. Le ïona commence tantôt vers la partie voisine de la colonne vertébrale et se propage de proche en proche jusque vers la région moyenne antérieure du tronc ; tantôt il suit une marche inverse ; enfin il peut commencer par le flanc. Dans tous ces cas il se développe de manière que dans la partie qui a d'abord été le siège de l'éruption elle est presque terminée, tandis que dans la dernière atteinte elle est encore à ses premiers rudiments. Les vésicules, d'abord discrètes, transparentes, deviennent conllucntes, bleuâtres, noirâtres, ou flavescentes, opaques, elles s'affaissent vers le milieu ; elles paraissent sous formes irrégulières, en grappes, etc.; leur base est entourée d'un cercle rougeâtre qui s'étend assez loin ; au bout de quelques jours les boutons se dessèchent, forment des croûtes, et tombent ; mais ordinaire^ ment la douleur vive persiste avec beaucoup d'opiniàtrcté.
Si le siège le plus ordinaire du zona est l'une des deux moitiés du tronc, je l'ai cependant observé à la face, au cou, sur les extrémités supérieures et inférieures. Je l'ai vu naître à la partie supérieure du sternum, gagner l'épaule, et parvenir, par la partie antérieure du bras, jusqu'à l'extrémité des doigts, où il expirait; d'autres fois
revenir par la partie postérieure de l'extrémité thoracique et se terminer à la partie moyenne du dos, etc. Cette éruption est très facile à reconnaître ; elle n'est nullement contagieuse , non plus que des phlegmasies aiguës dont nous allons parler.
Miliaire, millet, millot, suette, pourpre blanc, etc.
Malgré les écrits d'un grand nombre d'auteurs, ou peut-être même à cause de ces écrits, on est loin d'être d'accord sur le sujet qui nous occupe. La miliaire est-elle un exanthème, une phlegmasie idiopathique de la peau, ou bien n'est-elle qu'un symptôme comme les pétéchies dans le typhus ? Cette éruption peut -elle survenir dans une multitude de maladies, ou n'est-elle que le symptôme d'une maladie spéciale ? A-t-on toujours décrit la même éruption sous le nom de miliaire ?
De Haën , Cullen, et Bosquillon qui partage leur avis, regardent l'éruption dont nous parlons comme un simple phénomène symptomatique. Les [médecins de nos jours ayant eu occasion de voir des éruptions de cette forme dans presque toutes les maladies -ont adopté l'opinion qu'elles n'étaient que symptomatiques et qu'elles méritaient peu d'importance. Nous pensons que ce qui donne lieu à la diversité de sentiments à ce sujet , c'est que la maladie peut être idiopathique, c'est-à-dire une phlegmasie particulière de la peau dont l'éruption
DES MALADIES DE tA PEAU. 553
est le phénomène principal, et plus souvent un exanthème accidentel qui se montre dans beaucoup de maladies. Nous pensons aussi que les auteurs sont loin d'avoir décrit sous le nom de miliaire la même affection, ce qui jette encore beaucoup d'obscurité sur son histoire.
Bateman pense que cette éruption n'est point analogue à la rougeole, à la variole, etc., mais qu'elle n'est que symptomatique. M. Chomel déclare positivement qu'il n'existe pas de maladie qui doive porter le nom de fièvre miliaire : quoi qu'il en soit, voici quels sont les caractères de cette éruption.
Dans le principe on observe des vésicules très petites, transparentes, remplies d'une sérosité limpide, diaphane, quelquefois rouges comme leur base enflammée. J'en ai vu dont la base n'était nullement colorée, les boutons ressemblaient parfaitement à de petites gouttelettes de sueur : c'est le suclamina des auteurs. En peu de temps elles acquièrent une opacité -laiteuse, opaline ; ces vésicules sont arrondies, de la grosseur d'un grain de millet ; l'éruption est plus prononcée au cou, à la poitrine et au dos, que partout ailleurs. Elle est précédée de phénomènes fébriles, d'un grand abattement, d'une sueur aigrelette très abondante, et accompagnée d'une -démangeaison assez vive.
La marche de la miliaire est irrégulière, elle
234 DIAGNOSTIC SPÉCIAt ET DlFFÉRENTlEi:
peut paraître et disparaître plusieurs fois, sa durée est variable; elle peut durer depuis sept jusqu'à dix jours. Des espèces d aphthes se développent quelquefois sur la langue et dans l'arrière-bouche. Elle se termine par une espèce de dessiccation et d'efflorescence.
Cette maladie, au rapport de Willan, a presque entièrement disparu depuis que les méthodes excitantes ne sont plus en usage. Sydenham professa cette opinion, qui fut adoptée par De Haën , White de Manchester, et d'autres médecins que nous avons cités ; mais cette assertion est loin d'être confirmée par les faits. Les plus récents, et qui doivent avoir d'autant plus de poids qu'ils ont été recueillis par M. Eayer, militent contre cette manière de voir. Tous les malades de ce médecin avaient été traités par les antiphlogistiques, et cependant la miliaire ne s'est pas moins manifestée. Au reste cette espèce d'épiphénomène est si peu grave qu'il mérite à peine de fixer notre attention.
Urticaire.
L'urticaire est une des éruptions les plus légères qui affectent l'espèce humaine, et l'une des plus aiguës. «Elle ne dure souvent que quelques heures, et rarement dépasse-t-elle le troisième jour. Elle peut donner lieu cependant à des phénomènes de réaction assez prononcés. Le peu d'importance
DES MALADIES DE lA PEAU. 235
de cette éruption n'a pas empêché Bateman d'en admettre six espèces d'après Willan : /è/^n7ts, evanida, perstans , conferta, subcuianea , iuberosa. J.-P. FrancJc en reconnaît trois : \si maculeuse , la vésiculaire, la tuberculeuse; il y comprend Vessèrç des auteurs.
Dans son plus grand état de simplicité j'ai vu les papules de l'éruption . ortiée, c'est-à-dire le développement de tumeurs semblables à celles que font naître les piqûres d'orties, dures, blanches, jaunâtres, de la largeur de l'ongle, plus ou moins saillantes, irrégulières , entourées à leur base d'une bande rosée, s'effectuer instantanément, en plongeant les bras dans de l'eau froide, et disparaître peu de temps après qu'on avait essuyé ces parties , et qu'elles avaient repris leur température naturelle. Il n'y avait alors aucun symptôme général, et même la démangeaison était à peine prononcée ; mais l'urticaire est rarement aussi aiguë.
Au bout de quelques jours d'un état fébrile, après quelques phénomènes précurseurs, l'éruption que nous venons de décrire se manifeste ; elle est accompagnée d'une démangeaison, d'un prurit insupportable. Un des phénomènes les plus singuliers de cette maladie , c'est qu'elle augmente avec le froid et diminue avec la chaleur : « illud enim singulare liabent, qubd in frigido magis emeV' gant, et in calido evanescant.^r Vogel. , etc.
Cette éruption couvre toute la surface du corps,
mais d'une manière irrëgiilière. Elle est excitée par le frottement ; dans le jour elle est moins active que le soir, où il existe un léger paroxysme. Les symptômes fébriles, la chaleur, la démangeaison 'et l'insomnie peuvent durer environ huit jours ; quelquefois on aperçoit une légère desquamation.
Des différences dans la durée, dans la fréquence des récidives, dans le nombre des boutons, dans leur saillie plus ou moins prononcée, leur volume plus ou moins fort, etc., ont seules servi de bases à la distinction des espèces ; nous ne les jugeons pas assez importantes pour les exposer ici.
Pemphigus.
Cullen , Franck , Willan et Bateman s'accordent pour rayer le pemphigus du nombre des éruptions idiopathiques accompagnées d'un appareil fébrile; le dernier rapporte cette maladie au genre pompholix, dont il admet trois espèces, d'après son maître et son ami Willan , sous le nom de pomphotix benignus, dîutinus, soUtarius.
Le premier est caractérisé par l'apparition successive de bulles transparentes, de la grosseur d'un pois, ou quelquefois d'une noisette, contenant un liquide séreux, limpide, jaunâtre, semblables à de véritables ampoules, sans aucune inflammation ambiante, qui se rompent au bout de trois ou quatre jours, laissent échapper la sérosité qu'elles con-
tiennent, et guérissent bientôt. La face, le cou et les membres en sont particulièrement le siège..
Je puis affirmer ici que j'ai vu cet été plusieurs cas de pemphigus, c'est-à-dire de bulles, dont la base était enflammée, élevée et dure, elle était entourée d'une véritable aréole. Ces vésicules ressemblaient assez bien à la piqûre de certains insectes. Elles étaient rares et disséminées ; lorsque la vésicule était rompue, la partie sous-jacente restait encore tuméfiée pendant quelques jours; c'est bien là le pemphigus décrit par Sauvages et révoqué en doute par Cullen. Lepompholix diutinus paraît s'en rapprocher beaucoup, mais est en même temps bien plus grave.
Nous terminerons ici le diagnostic des maladies aiguës de la peau. Nous avons donné les caractères distinctifs des plus importantes d'entre elles ; celles qui nous resteraient à décrire, ou sont très rares, ou si légères qu'elles ne doivent pas entrer dans un ouvra'ge élémentaire. Nous renvoyons le lecteur aux ouvrages écrits ex professa sur cette niatière, et aux leçons de notre savant collègue le docteur Biett.
Nous parlerons bientôt des phlegmasies qui s'éten'dent jusqu'au tissu cellulaire sous-cutané.
§ II. Phlegmasies chroniques de la peau. Ainsi que nous venons de le faire pour les phJeg-.
258 DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET niFPKRENTIEt
masies aiguës de la peau, nous allons nous borner à tracer les signes caractéristiques des principales maladies chroniques. Celles qui réclament plus fréquemment nos soins dans la pratique sont les dartres, les teignes, la gale, le prurigo, etc.
Nous passerons sous silence les taches, les éphé- Hdes, l'éléphantiasis , la plique, l'ichthyose, la lèpre, etc., maladies plus curieuses que vraiment utiles à connaître, puisqu'elles sont ou au-dessus de nos moyens, ou très rares, ou même incertaines.
Gale.
La gale est une éruption éminemment contagieuse ; elle apparaît le plus ordinairement sous forme de petites vésicules légèrement élevées audessus du niveau de la peau, transparentes, contenant un liquide séreux, visqueux, jaunâtre, déterminant un prurit très vif, et se montrant sur-t tout dans le pli des articulations.
Après un temps d'incubation plus ou tnoins long et qui varie suivant les âges, les sexes , les constitutions, les saisons, etc., depuis cinq ou six jours jusqu'à plusieurs semaines, il se manifeste sur le point qui a été soumis à la contagion, une rougeur faible, de 1 nchaleur, de la démangeaison. En regardant avec attention on aperçoit de légères saillies, surmontées de petites vésicules transparentes. Le prurit augmente par toutes les causes
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qui excitent la circulation, et principalement par la chaleur du lit. Les boutons ou plutôt leur base est rosée, et d'autres fois sans changements de couleur à la peau. Peu à peu l'éruption gagne les parties voisines , les boutons sont plus prononcés , plus volumineux ; on reconnaît distinctement la petite vésicule qui les surmonte. Ils se propagent, s'étendent, se rapprochent au point que la partie de la peau qui les sépare participe à l'inflammation. Le prurit augmente et devient insupportable, les malades ne peuvent résister au désir de se gratter, ils déchirent avec leurs ongles les vésicules dont le fluide s'échappe , se dessèche et forme des croûtes légères et peu adhérentes. Cette éruption occupe surtout l'intervalle des doigts , le pli du poignet , et généralement toutes les parties du corps où la peau est fine et délicate, et plus particulièrement le pli des articulations; il n'est pas rare de la voir envahir toute la surface du corps lorsqu'elle n'est soumise à aucun traitemeat. Les boutons peuvent quelquefois acquérir le volume et le caractère de pustules, chez quelques individus où les systèmes circulatoire et respiratoire prédominent.
Cette maladie marche avec d'autant plus d'énergie et de rapidité que les sujets qu'elle affecte sont plus forts, plus jeunes, mieux constitués ; elle parcourt ses périodes avec d'autant plus de lenteur qu'ils sont plus vieux et plus débiles. On ob-
240 DIAGNOSTIC SPÉCIAt ET DIFFÉRENTIEL
serve des différences analogues pour les climats et les saisons.
On a beaucoup exagéré les accidents occasionés par la gale. Il paraît à peu près prouvé que les altérations d'organes concomitantes que l'on a décrites comme produites par elle, étaient en général antécédentes ou purement accidentelles.
On a regardé la gale comme produite par un insecte particulier auquel on a donné le nom d'acarus scabiei. Un grand nombre d'auteurs du plus grand mérite affirment l'avoir vu , et quelques uns l'ont décrit avec exactitude. Ingrassias et Joubert en avaient soupçonné l'existence ; Moufet en parla d'une manière plus positive Morgagni affirma l'avoir vu ; François Redi , Linnée , de Geer, Fabricius, Latreille, cherchèrent à en fixer les caractères ; M. Galès assure l'avoir trouvé toutes les fois qu'il l'a cherché , et cependant les recherches de M. AHbert, et principalement celles de M. Biett, suivies-avec la plus grande persévérance, faites avec les précautions les plus attentives, n'ont jamais pu faire reconnaître cet insecte.
J.-P. Franck, rejetant avec raison toutes les distinctions minutieuses, n'admet qu'une espèce de gale, et il est suivi en cela par M. Biett. Cette manière de procéder nous paraît bien plus philosophique que celles des auteurs qui cherchent à multiplier les distinctions miriutieuses.
La gale est en générale facile à reconnaître.
mais il est pourtant un assez grand nombre d'éruptions avec lesquelles on peut la confondre. . Les principales maladies qui peuvent être prises pour la gale sont le lichen simplex et urticatus , le prurigo^ V eczéma rubrum et impetiginodesj et Vecihyma. Nous nous serions abstenu de parler de ces éruptions sans cette circonstance, qui nous détermine à en donner les principaux caractères.
Prurigo.
Le prurigo est une éruption non contagieuse, très commune chez les vieillards , et que nous avons de fréquentes occasions d'observer à la Salpêtrière. Elle diffère de la gale par deux caractères principaux , sa.non-contagion et son siège qui, comme nous le dirons, occupe les membres et le tronc, et non l'intervalle des doigts et les plis des articulations. Les boutons du prurigo ont d'ailleurs la plus grande analogie avec ceux de la gale. Cependant A^'illan, et après lui Bateman , le range dans son ordre I" des papules , tandis qu'il place la gale dans son ordre V des pustules ; il en admet trois espèces, qu'il appelle înitis, formicans, senilis.
Le prurigo consiste donc dans de petits boutons, pleins , durs, légèrement saillants , qu'on aperçoit difficilement dans les premiers jours de l'invasion, parcequ'ils conservent la couleur de la peau, mais qu'on ne tarde pas à voir distinctement , parcequc le prurit qu'ils occasionent force le
malade à se gratter avec force. Alors il déchire avec ses ongles la sommité du bouton , qui se recouvre d'un petit caillot de sang desséché. La poitrine, le cou, les épaules, le dos, sont les lieux que cette éruption occupe de préférence ; mais bientôt elle se propage et gagne les membres, et principalement les membres thorachiques. Les plis des articulations et l'inlervalle des doigts sont ordinairement épargnés par cette éruption.
La sensation produite par le prurigo est pénible et désagréable, elle ressemble au fourmillement que certains insectes produisent en rampant sur la peau.
Lichen.
La principale différence qui existe entre le lichen et la gale, c'est que le premier consiste en des boutons pleins, durs, avec ou sans changement de couleur à la peau , tandis que l'autre se manifeste sous forme de petites vésicules entourées d'une aréole rosée. Le hchen n'est point contagieux , et il occupe le trajet des membres , le dos de la main, la face, etc., et non les plis des articulations. Ces caractères suffiraient déjà pour le faire reconnaître; la description suivante en marquera mieux encore la différence.
vLe lichen simple est une éruption de boutons rouges , naissant d'abord sur la face ou sur les bras, et s'étendant, en trois ou quatre jours, sur
DES WALADIES pE lA^ PEAD.
le troue et les membres pelviens; elle est accompagnée d'un fourmillement incommode, et non de prurit. Elle peut rester stationnaire pendant une semaine, après quoi elle pâlit, et se termine par une véritable desquarnation , des exfoliations farineuses, et non pas des croûtes; sa durée est très variable ; M. Biett l'a vhç durer plusieurs aii-i nées.
Lorry trace ainsi qu'il suit les signes distinctifs de la gale et du lichen : Primo à s,cabie diffe- runt, qubd papulœ illœ vulgb magis confertœ sint et elatiores ; ^ecundb y (judd rubicundœ magis et minus aridœ sint; tertio , qubd sœpè sanatis febri-. bus superveniant 3' quarto , qubd latiores sint, et sœpiiis recidivam paiiantur quàm vera et légitima scabies; quinib, qubd in fur fur abeant notabile sextb , demùm'y qubd remediis sanentur à scabiei curatipne alienis.
Le lichen urticatus , ajouté par Bateman aux espèces décrites par Willan, ressemble peu à la ' gale ; il consiste en des papules larges , élevées , ressemblant à des morsures de punaises ou de cousins, enflammées, prurigineuses, brûlantes, dépourvues de vésicules , ayant leur siège au cou , à la face; irrégulières dans leur apparition et dans leur disparition.
Les boutons se réunissent quelquefois , devienr nent confluents ; ils s'effacent en laissant une vé* ritable desquamation.
j244 DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFÉRENTIEL
Les auteurs qui ont écrit sur les maladies de la peau ont distingué sept espèces de lichen , à savoir, le simplex, le pilaris, le circurnscriptus j VagriuSj le lividus, le tropicus, Vurticatus. On sent que nous ne pouvons donner les caractères de toutes ces espèces sans dépasser les bornes que nous nous sommes imposées.*-
Eclhyma, psydracia de Franck.
Cette éruption de pustules n'est point contagieuse ; elle est tellement rare en France que nous nous abstiendrions d'en parler sans sa ressemblance avec la gale, lorsque celle-ci est compliquée de pustules. Au moins n'entrerons-nous dans aucun détail sur ses espèces, qui sont Vectliyma vulgare, infantile ^ luridum symptomaticum , cachée^ ticum.
Une éruption de pustules dures sur quelques parties des extrémités , sur le cou et les épaules, qui atteint son développement en trois ou quatre jours ; entourées d'un cercle inflammatoire ; présentant à leur sommet une vésicule contenant du pus ; qui se rompent au bout de deux ou trois Jours, pour laisser échapper la matière purulente, laquelle est bientôt remplacée par un fluide moins consistant ; se convertissant au bout de quelques jours en écailles brunes, qui tombent au bout d'une semaine : telle est l'ecthyma dans son plus grand état de simplicité.
DES MALADIES DE LA PEAU. tiù^^
On voit que la forme de l'éruption, sa marche, sa terminaison, son siège, sa nature, etc., ne peuvent permettre de la confondre avec la gale.
Cette éruption aurait dû être placée parmi les maladies aiguës de la peau ; nous ne l'avons décrite ici que pour le diagnostic de la gale.
Eczéma.
On a admis trois espèces d'eczema , Veczema solare , Y eczéma impetiginodes , Veczema rubrum; celles qui offrent le plus de ressemblance avec la gale sont l'eczéma impetiginodes, ensuite l'eczema rubrum.
Cette maladie vésiculeuse ne se communique pas par contagion. L'eczema impetiginodes est une éruption de petites vésicules séparées , remplies d'un liquide transparent, fortement adhérentes à la peau, légèrement proéminentes, s'élevant et croissant avec lenteur , occasionant de la chaleur, de la cuisson et quelquefois du prurit. Ces vésicules se rompent au bout d'un certain temps et laissent écouler un fluide qui semble enflammer et corroder les parties voisines. L'éjp^derme devient dur, inégal , se gerce et rougit. JL,e siège de cette éruption est ordinairement les mains^ les bras , la poitrine^ le cou ,.les épaules ; mais, il n'est pas rare de la voir envahir toute la surface du corps. Ce qui peut,. la , faire distinguer de la gale^ c'est qu'elle occupe souvent la paume des
DIAGNOSTIC SPiciAt ET ftlPPÉRENTIEE
mains et la plante des pieds , où la gale parvient rarement; qu'elle occasione une cuisson bien différente du prurit de la gale , enfin qu'elle n'est pas Contagieuse.
L'eczeraa rubrum est précédé de gonflement, de rougeur, de tension , et se manifeste ordinairement à la partie interne et supérieure des cuisses et au scrotum. Les aines, les aisselles, les plis des bras, les poignets, les mains, sont souvent occupés par cette éruption. Elle consiste en une multitude de vésiciiles petites, transparentes, qui dans deux ou trois jours acquièrent le volume d'une tête d'épingle , et deviennent laiteuses. Ce caractère là distingue érninemment de la gale et des autres exanthèmes ciïtanés. Elle gagne ^uelquèfois toute la surface du corps ; elle détermine un gonflement plus ou moins considérable , une vive sensibilité et une forte démangeaison.
Les vésicules se rompent et laissent suinter un liquide acre qui irrite les parties voisines ; ce liquide s'épaissit, exhale une odeur fétide; il se forme des excoriations générales, piiis des gerçurêè profondes aux plis des articulations , enfin deâ croûtes squameuses, jaunes, flavescénfés , qui tombent au bout d'un temps plus où moins long, lelaitivement à son ^tendue et à son intensité.
Dartres.
DES MAIADIES DE LA PEAU.' è^J
qu'il s'applique à faire disparaître les distinctions superflues qui embarrassent plutôt qu'elles ne facilitent l'étude des maladies. Je me range avec plaisir de son avis lorsqu'il dit que les divisions des dartres fondées uniquement sur les apparences extérieures ne sont que l'expression d'un degré différent d'intensité, ou d'un siège différent, et qu'on ne doit nullement les regarder comme des espèces particulières. Il admet cependant, à l'instar de Galien, cinq espèces de dartres : la farineuse, la miliaire , la rongeante, la phagédénique, et la dartre interne. Il décrit aussi la mentagre séparément.
M. le professeur Alibert, auquel M. Bateman reproche de s'être servi du mot dartre d'une manière vague et indéfinie , en à fait un bien plus grand nombre d'espèces : il admist la dartre /«rfaracée^ squameuse ,crustacée^ rongeante ^ pustuleuse, ■pklycténoïde et érythéiiioïde, distinctions sans doute importantes dans un traité spécial , mais d'autant moins utiles dans un ouvrage élémentairie qu'elles modifient fort peu le traitement.
Le reproche de Bateman n'est pâs dépourvu de
fondement^ puisque l'on range sdiis uiie ftiéme
dénomination un grand nombrè d'objets qui sont
loin de présenter les mêmes caractères: Cependant
on peut dire que les affections cutanées que l'on
désigne ^ous le nom générique de dartres, quoique
se présentant sous des apparences diverses, n'en
ont pas moins un grand nombre de points de ressemblance.
♦i48 DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFÉUËNTIEL
Les dartres sont en général formées par de petits boutons rouges, transparents, jaunâtres, environnés d'une aréole rouge, enflammés à leur base, réunis en groupe, occasionant un prurit variable, un sentiment de démangeaison légère ou de formication, de brûlure, de piqûre, d'élancements, de tension, etc. Les boutons s'ouvrent spontanément ou par le frottement. Il peut survenir des ulcérations rebelles, d'où s'écoule une matière ichoreuse irritante. Enfin il se forme des écailles, des croû- . tes , qui tombent en desquamation. Ces exanthènes chroniques sont ordinairement exempts de phénomènes généraux ; il paraît certain qu'ils ne se communiquent pas par contagion.
Il est difFicile de ranger dans cette définition la dartre furfuracée de M. Alibert, laquelle consiste en une simple cfflorescence de l'épiderme sans altération du corps muqueux, Frank en fait une espèce à part, sous le nom de porrigo, et Bateman la place dans le genre squamœ, sous la dénomination de pityriasis.
Nous allons exposer les caractères de ces éruptions qui nous ont paru les plus remarquables.
La dartre farineuse de Sauvages , à laquelle on doit rapporter les dartres furfuracées de M. Alibert, le porrigo de J.-P. Frank, le chloasma du même auteur, le pityriasis de Bateman, peut-être la lèpre simple et la dartre squameuse, écailleuse, etc., qui ne me paraissent être que des variétés peu impor-
DES MALADIES DE t\ PEAU.
tantes de la même maladie, est caractérisée par la séparation de l'épiderme sous la forme d'une poussière légère , ou d'écaillés de diverses dimensions et de formes variables. , ,
Ces efûorescences sont quelquefois précédées de petits boutons imperceptibles à l'œil nu, peu sen« sibles au toucber, sans changement de couleur à la peau et rarement rouges; elles occasioqent un prurit plus ou moins vi^. Ces éruptions peuvent occuper toutes les parties du corps.
Les croûtes, de quelque fôime^ et de quelque .couleur qu'elles, soient , n'auraient pas dû servir de base à une distinction d'espèces ; elles ne nous paraissent qu'un effet secondaire , peu propre.-à .servie de . caractère diagnostique. Ces croûtes sont jce. résultat de l'exhalation et de la concrétion, sur la peau , d'une matière puriforme sécrétée par de,s espèces de boutons ou par des altérations particulières, plus ou moins superficielles , de la peau.:c'est; la dartre miliaire des ançiens. Il se m<inifeste sur plusieurs points de la peau une tuméfaction accompagnée pu plutôt précédée, de,prurit, de chaleur et de tension , une rougeurr plus^ ou moins vive, une douleur insupportable après les repas.et pendant la nuit. Il s'élève sur cette partie sensiblement enflammée une multitude de papules, .e,t quelquefois de pustules et même de vésicules, qui . contiennent un liquide variable, qui devient blanç, opaque, et s'échappe au dehors par la rupture des
âSo DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DÏFPÉRENTIEC
boutons, spontatiée ou produite par le frottement. La base des pustules est ulcérée; le fluide qui s'en échappe se dessèche pour former des écailles ou des croûtes grisâtres, jaunâtres, fauves , épaisses bti minces , tombant avec facilité ou adhérentes, etc., circonstances qui ont fait admettre uh grand nombre de variétés de dartres au moins superflues. Les dartres pustuleuses j la mentagrë , la couperosé, la miliàiré, les dartres crustacées, ne sont que des variétés de cette espèce. La dartre jjhlycténoïde n'en diffère que par le volume plus où moins considérable des vésicules; il est douteux que cette variété soit une véritable dartre. INbus ne pensons pas que lé zona, qui a été mis au nombre de ces éruptions , ait lé caractère dartreux. C'est bien essentiellement une phlegmasie aiguë.
Nous devons cependant mentionher d'iihe liianière particulière la dartre rongeante de M. Alibei-t, la phagédénique des anciens auteurs: elle eât caractérisée par des ulcères qui s'étendent àvec une effrayante rapidité et détruisent plus ou moins profondément les tissus qu'ils envahissent. Cette dartre paraît être le plus haut degré dé développement des espèces précédentes. Nous adoptons entièrement l'opinion de Frank, qui s'exprime en ces termes sur toutes les distinctions qu'on a voulu établir parmi ces éruptions : Herpetis solita... divisio formœ potiùsj de vehementtœ^ quàm diversce hoc
DES MALADIES DE lA PËATJ. 25 1
tn morbo naturœ fiindamenio inniiitur. ( Tome II , page 89.)
Teignes.
Ce que nous venOn§ de dire des dartres s'applique tout aussi rigoureusement aux teignes. Les distinctions établies par les auteurs, et principalement par M. Alibert, iie nous paraissent pas d'une haute importance.
La teigne ou les teignes, affection qui se rapproche beaucoup des dartres, occupe particulièrement la tête et la face ; elle peut s'éteiïdre aux épaules et de là âux autres parties du corps ; elle atteint de préférence les enfants. Elle consisté en iilcères prurigineux , sérpigineux , qui verséfnt une très grande quantité de matière ichoretise, laquelle se condense eh écailles ou en croûtes de différentes formes, qui ont fourni les caractères principaux des variétés admises par le professeur Alibert. Cet auteur établit en effet d'après cette] base cinq espèces de teignes. Là teigne faveuse, la teigne granulée ou rugueuse, la teigne furfuracée oii porrigineuse , la teigne arhiahtacée , enfin là teigiie muqueuse. • 'vv
La plupart des teignes sont précédées d'un sentiment de chaleur, d'ardeur, de prurit, dè tenSioh. Les glandes du cou et de la nuque se tuméfient , deviennent tendues, douloureuses ; il existe quelquefois de la céphalalgie ; la démàngéàisGn àug-
mente. On reconnaît une élévation plus ou moins large; une espèce d'excoriation, d'ouverture étroite qui surmonte la tumeur, laisse échapper une humeur visqueuse, épaisse^ jaune, plus ou moins fétide, qui se répand dans les cheveux, les agglutine en se coagulant par le contact de l'air. La tête est bientôt entièrement couverte de croûtes d'aspect variable : tantôt ces croûtes présentent l'apparence de petites excavations circulaires ( teigne faveuse, alvéolée); tantôt celle de petits grains séparés, grisâtres , brunâtres , irréguliers ( teigne granulée ou rugueuse); tantôt celle de plaques irrégulières, jaunes , flavescentes , se détachant avec facilité, recouvrant non seulement la tête, mais s'étendant au front, aux tempes, aux. oreilles et à la face (teigne muqueuse). D'autres fois le liquide se coagule sous forme lamelleuse, en écailles surfuracées, blanches, plus ou moins épaisses, humides ou sèches, adhérentes ou se détachant avec facir lité ( teigne furfuracée); enfm les écailles peuvent être luisantes , argentines , réunir les cheveux en faisceaux, leur donner un aspect brillant, soyeu», chatoyant, qu'on a comparé à celui de l'amiante (teigne amiantacée ).
Lorsque les tubercules sont rapprochés et con- .fluents, la matière ichoreuse est plus abondante, ^et jes croûtes sont : plus épaisses. Ces croûtes sont soulevée^. pâT le liquide qni suinte au-dessous;; bientôt .çlles;,sont déchiré.e3,, fendues, et laissent
DES ilALADiES DE LA VEAV. 253
écouler le fluide accumulé sous elles ; une large pla^fue mêlée de cheveux, d'un aspect hideux et dégoûtant, recouvre la tête entière. La peau sousjacente est altérée , ulcérée ; les bulbes des cheveux sont sinon détruits directement , au moins fortement affectés ; un amaigrissement plus ou moins marqué survient ; des douleurs atroces tourmentent le malade, qui peut mourir de cette maladie, ce qui pourtant arrive rarement.
Lorsque les croûtes tombent, on aperçoit des ulcérations superficielles, rouges, luisantes, qui ne tardent pas à se recouvrir d'un nouveau fluide, qui se concrète comme le premier. Lorsque la guérison a lieu, la pèau reste souvent lisse et luisante; d'autres fois des cheveux lanugineux croissent irrégulièrement sur ces têtes à demi chauves.
On a confondu avec les teignes , et particulièrement avec la teigne muqueuse, les croûtes de lait qui attaquent la première enfance. Nous pensons que ces deux affections méritent d'être distinguées.
Ces dernières naissent ordinairement sur la face, autour des lèvres, sur les joues, et quelquefois sur le front. La partie se gonfle , se tuméfie , devient douloureuse, rouge et luisante ; bientôt de petites vésicules jaunes, transparentes, plus ou moins larges, apparaissent sur le sommet de ces tubercules , lesquelles par leur rupture laissent échapper un fluide coagulable qui donne lieu à des croûtes d'un jaune rougeàtre, plus ou moins épais-
254 DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFEÉRENTIEt
ses , qui peuvent occuper tout le visage de l'enfant. Cette éruption occasione du prurit et une inqi>iétude considérable.
Jja croûte laiteuse diffère de la teigne et par son siège et par son innocuité. Elle cède facilement à des applications adoucissantes. Sous le nom deporrigo, Willari désigne la même maladie que les teignes de M, Alibert; ne reconnaît pas précisément les mêmes espèces. Le porrigo de Frank n'est autre chose que la teigne furfuracée de l'auteur français.
Nous ne croyons pas devoir parler des diverses taches qui ternissent la peau le plus ordinairement d'une manière indélébile. Leur peu de danger et leur incurabilité rendent superflue toute dissertation à leur sujet , surtout dans un ouvrage où l'on ne doit faire entrer que les choses vraiment utiles à connaître. Ainsi les diverses éphélides, les nœvi. Je vitiligoi l'alopécie, ne méritent guère de nous arrêter. L'érythème , les diverses ecchymoses , le çhloasma , que Frank a réunis dans le même ordre , ne doivent pas davantage fixer notre attention. Les pliques , les lèpres , les ichthyoses , l'éléphantiasis, les cancroides, les pians, etc. , etc. , pe sauraient être que des objets d'une curiosita assez stérile. Nous n'avons dû nous arrêter que su? les phlegmasies cutanées les plus importantes.
Des maladies du tissu cellulaire.
chirurgie dispute à la médecine la propriété
DES MALADIES DE lA PEAU. ^55
des maladies du tissu cellulaire sous-cutané, ainsi que certaines maladies de la peau qui s'étendent jusqu'à ce tissu. L'on trouve en effet dans les ouvrages des chirurgiens la description du phlegmon, du furoncle, de l'anthrax, du charbon, de la pustule mahgne, qu'on retrouve aussi dans les écrits des médecins. Méprisant ces prétentions, peu dignes de gens qui cultivent la science avec une certaine philosophie, nous n'entrerons nullement dans ces disputes puériles et ridicules ; déjà trop riche des matériaux immenses qui forment notre domaine, nous abandonnerons volontiers cesparcelles dont nous sommes peu jaloux. Nous nous bornerons à mentionner l'emphysème, l'œdème et l'endurcissement du tissu cellulaire.
Empliysème du tissu cellulaire.
L'emphysème reconnaît presque toujours pour cause une plaie pénétrante du poumon ; mais nous avons déjà dit qu'il était aussi le résultat d'une exhalation morbide spontanée ; il peut même être provoqué par une insufflation extérieure, comme Sauvages en rappqrte un exemple remarquable.
La peau est tendue, blanche, luisante, élastique, indolente ; elle est tuméfiée dans une étendue plus ou moins considérable. La tumeur, lorsqu'elle est peu volumineuse, n'est pas circonscrite ; ses bords se perdent insensiblement dans la portion
256 DIAGNOSTIC StlîCIAL ET DIFFÉRENTIEL
saine. Lorsqu'on la comprime, elle ne conserve nullement l'impression des doigts, et elle fait entendre une véritable crépitation , tout-à-fait analogue à celle qui résulte de la compression du tissu pulmonaire sain ; la poitrine, le cou , la face, les paupières, les mamelles,- les bras, le scrotum ou les grandes lèvres , les cuisses, les jambes , en un mot toutes les parties du corps se gonflent ; toutes les saillies, tous les enfoncements disparaissent ; le cou acquiert le volume de la tête ; les mamelles de l'homme égalent celles d'une femme qui allaite; les parties du corps où le tissu cellulaire est lâche acquièrent le plus grand développement. L'air peut pénétrer dans l'intérieur des viscères, et occasioner des phénomènes locaux et généraux plus ou moins graves.
Les signes locaux que nous venons d'exposer ne permettent pas de méconnaître cette affection, et doivent suffire en effet pour la faire distinguer
de toute autre.
L'emphysème peut être général ou partiel.
Lorsqu'il dépend d'une plaie pénétrante dans la poitrine , de celle de quelques organes des voies aériennes, il occasione les accidents les plus grades , il acquiert un énorme développement , et devient souvent mortel. La description des phénomènes organiques et fonctionnels de l'emphysème traumatique appartient à la chirurgie.