MALADIES DITES GÉNÉRALES
DEUXIÈME DIVISIOlNf.
DES MALADIES DONT lE SIEGE n'eST QUE PROBABLE, OU MÊME ENTIÈREMENT INCONNU.
A mesure que le flambeau de l'anatomie pathologique va cesser de nous éclairer, nous n'allons plus marcher qu'à tâtons et en chancelant dans la carrière que nous parcourons. Dans les maladies dont nous avons tracé jusqu'ici le tableau , tout nous était également connu, et les altérations morbides , et les expressions fonctionnelles; ou si, dans quelques unes, nous ne connaissions que les caractères anatomiques sans les signes physiologiques , ou ceux-ci sans ceux-là, ce n'était que des cas exceptionnels et en général peu importants. Telles étaient les maladies de quelques organes obscurs et secondaires, quelques lésions organiques rares de viscères , ou quelques névroses locales , que nous avons dû décrire avec les autres affections des organes dont elles modifient les actes. Hors ces cas, d'un intérêt assez minime, nous avons pu constamment rattacher les signes anato miques à leurs expressions physiologiques. Il en est résulté pour l'esprit cette vive satisfaction que font éprouver les connaissances positives dont il doit
sortir le bien de l'humanité : tels sont les premiers effets de la médecine organique. Mais nous avons parpouru son vaste domaine ; ce qui nous reste à examiner se dérobe, jusqu'à un certain point, à ses lois immuables; des observations ultérieures l'y rattacheront sans doute un jour; déjà même un grand nombre de maladies , que, par prudence, nous laissons encore dans cette dernière classe , pourraient en être séparées pour être rangées dans la classe précédente, où toutes doivent inévitablement rentrer. Mais ces maladies, dont le siège et les symptômes sont bien connus , diffèrent cependant des précédentes en ce que les altérations organiques qu'elles présentent ne sont pas aussi évidemment un phénomène principal, mais qu'elles ne sont qu'un effet, un résultat secondaire d'une cause particulière qui constitue véritablement l'affection , et dont on ignore la manière d'agir. Ainsi , par exemple , on sait que dans la rage le pharynx, le larynx, les bronches, les méninges , ' le cerveau, présentent des traces indubitables d'inflammation , mais on est obligé de convenir que ce ne sont pas ces altérations organiques qui constituent la rage, puisque tous les jours on observe ces phlegmasies sans aucun signe d'hydrophobie; on est obligé de convenir que la différence majeure réside dans la cause qui produit ce^tte affection , c'est-à-dire dans le virus transmis par la morsure. ^ Si dans quelques cas très rares ôn a pu obser-
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-ver rbydrophobie spontanée, cela prouve seulement que cette cause peut, sous certaines influences inconnues , se former pour ainsi dire de toutes pièces, comme le typhus, qui, se développant par infection, se transmet ensuite par contagion. Ainsi, bien qu'on connaisse les" symptômes et ies altérations organiques du plus grand nombre des maladies que nous allons étudier, nous n'avons pu les faire entrer dans la classe précédente , en raison de leur cause , qui en constitue pour ainsi dire l'essence. La plupart des empoisonnements sont dans ce cas. Nous savons que beaucoup d'entre eux déterminent des altérations organiques , mais nous savons aussi qu'ils n'agissent pas seulement en produisant ces altérations, mais en portant dans l'économie animale tout entière une influence délétère difficile à apprécier. Ainsi que nous allons le voir , les fièvres typhoïdes ne sont pas autre chose que de véritables empoisonnements miasmatiques. Qu'il existe dans ces cas des gastro-entérites et autres altérations organiques , cela est indubitable ; mais que ces altérations constituent la maladie , c'est ce que nous ne saurions adopter, parceque les gastro-entérites qui fourmillent dans nos hôpitaux ne sont jamais ni la peste , ni la fièvre jaune , etc.
Il est extrêmement probable , d'autres diraient certain , que la cause toxique agit sur les fluides de l'organisme , et plus tard sur les tissus. La pa-
tlîologie humorale peut revendiquer pour elle toutes les spécificités. Si nous avons placé dans la première partie quelques phlegmasies spécifiques , c'est que leurs caractères organiques offrent une si grande constance , qu'ils paraissent former le point capital de la maladie, et que d'ailleurs ces maladies peuvent guérir par un traitement simple.
Fièvres continues.
D'après les principes de la médecine organique, précédemment exposés , il est impossible de continuer à regarder les fièvres comme une simple agglomération de symptômes, sans chercher à les rattacher à des altérations organiques. Cette idée est due à l'illustre professeur Pinel, dont la France, le monde*, l'humanité tout entière, déplorent la perte récente. Ce grand homme, si indignement attaqué dans ses derniers jours, a le premier cherché à fixer le siège des fièvres essentielles ; il les avait même entièrement supprimées dans son premier travail, ainsi que nous l'avons déjà dit, et ce ne fut que plus tard qu'il consentit à les reproduire ; mais le nom qu'il leur assigna reste pour attester qu'il les rattachait à une altération organique. Cet honneur lui étant rendu , nous devons déclarer, pour être justes, que cette idée fondamentale a été fécondée dans ces derniers temps par les travaux du professeur du Val-de-Gràce, qui se serait fait une réputation plus solide et plus juste-