‹ Traité élémentaire de diagnostic, de pronostic, d'indications thérapeutiques, ou cours de médecine clinique [electronic resource] (volume 2)Chapitre 28 sur 39 · DES FIÈVRES CONTINUES · texte numérisé non relu

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ment acquise en restituant à son maître ce qu'il lui devait , et surtout en restant dans les bornes de la raison, dont il est incessamment sorti.

Il n'est pas étonnant que les fièvres aient été regardées, jusqu'à nos jours, comme des maladies essentielles ne laissant après elles aucunes traces, et qu'elles aient été considérées par les anciens médecins comme les plus nombreuses des mala^ dies. Il était impossible qu'il en fût autrement. Il suffit de voir de quelle manière se sont établies les connaissances médicales pour se convaincre de l'inévitable nécessité de ce qui est arrivé. Pendant plus de deux mille ans on s'est borné à observer des symptômes sans faire d'ouvertures de corps : comment eùt-il été possible de connaître ce qu'on ne voyait pas? comment les anciens auraient-ils pu attribuer à des altérations d'organes les sjmptômes qu'ils observaient , puisqu'ils ne voyaient pas ces altérations d'organes ? C'est demander, c'est exiger l'impossible. Dans les phlegmasies , les phénomènes sympathiques , le consensus étant très prononcés dans tous les organes de l'économie animale, ces phlegmasies durent rigoureusement être regardées comme des maladies générales , attaquant tout l'organisme. On leur donna le nom de fièvres parceque la chaleur, la soif, la fréquence du pouls, le malaise général, en étaient les phénomènes les plus ordinaires. Enfin elles durent paraître les plus communes des maladies, même à

Boerliaave, parcequ'cn effet les phlegmasies sont les maladies les plus fréquentes.

Ce défaut absolu d'ouvertures de corps dut faire adopter autant de maladies différentes qu'il existait de groupes particuliers de symptômes : d'où devait, d'une part, résulter le grave inconvénient de confondre sous une même dénomination et de croire identiques une multitude d'affections diverses; et, de l'autre part, l'inconvénient non moins grand de regarder comme des maladies différentes quelques variétés symptomatiques. Le nom d'apoplexie nous en a fourni l'exemple, au milieu d'un très grand nombre. Nous savons aujourd'hui qu'ils confondaient sous ce nom toutes les maladies du cerveau qui produisent l'état comateux, et nous prions le lecteur de se rappeler depuis combien de temps ces erreurs ont cessé d'exister, L'astlime nous en fournirait un second exemple , s'il était nécessaire. Ils n'étaient frappés que des apparences extérieures , comment n'y auraient-ils pas mis toute leur attention. De même qu'ils confondaient aii?si des maladies essentiellement différentes ils séparaient des maladies identiques , pour peu que l'expression physiologique offrît quelque diversité : de li\ ces groupes infinis de fièvres , qui reçurent autant de noms qu'elles présentaient de nuances symptomatiques.

Le moment est venu de déblayer l'art de toutes ces sottises surannées. Elles ne se sont propagées

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j usqu'ù ce jour que parle respect superstitieux et héréditaire qu'on porte aux grands hommes de l'antiquité. Assurément ce tribut d'admiration doit leur être payé , c'est une dette sacrée , c'est la reUgion du savant, qui veut hii-même se faire un nom; car pourra-t-il obtenir de la postérité ce qu'il a refusé lui-même à ses prédécesseurs? Mais ce tribut d'admiration ne doit pas arrêter la marche de l'art. Jusqu'à ces derniers temps nous avons vu reconnaître la paralysie comme une maladie essentielle; nous avons vu admettre des maladies des propriétés vitales ,. etc. Pourquoi? parceque des grands hommes nous avaient transmis ces opinions mensongères. Nous avons osé attaquer un assez, grand nombre de ces erreurs. Nous pubhons aujourd'hui, avec les principes de la médecine organique, les moyens de faire disparaître tous les préjugés antiques et de les remplacer par des vérités éternelles.

D'après ces principes, nous pensons donc que les fièvres continues ne peuvent être conservées , qu'elles doivent disparaître de toute classification philosophique. Ces maladies ne sont que des phlegmasies viscérales , présentant quelques variétés symptomatiques. Les unes sont des phlegmasies simples, les autres ont un caractère de spécificité.

Parmi les premières nous plaçons la fièvre inflammatoire, qui n'est autre chose qu'une plilegmasie gastro-intestinale, ou autre, peu prononcée

localement, mais produisant des symptômes sympathiques généraux très intenses , se manifestant chez des individus sanguins et pléthoriques. Peutêtre dans <|uelques cas, bien plus rares qu'on ne l'a dit récemment , le système circulatoire , et principalement l'aorte, le cœur, les gros vaisseaux, sontils eux-mêmes le siège de l'irritation; mais les exemples apportés à l'appui de cette opinion ne nous ont pas paru entièrement coiicluants.

Il est indubitable, pour tout esprit non prévenu, que la fièvre bilieuse des auteurs, méuingo-gastrique , n'est autre chose que la gastro-entérite simple survenant chez un individu doué de la prédominance du système digestif.

La fièvre muqueuse, adéno-méningée , est certainement aussi une inflammation de la plupart des membranes muqueuses, survenant dans des localités particulières, et chez des individus d'un tempérament alonique. La dothinentérite ne paraît être âutl*e chose aussi que la fièvre muqueuse des auteurs; elle offre alors un caractère de spécificité.

La même phlegmasie peut revêtir la forme de la fièvre putride, adynamique. Mais cette forme adynamique, cette prostration de forces, peut accompagner toutes les phlegmasies intestinales, thoraciques, encéphaliques, et autres. Cette fièvre n'est qu'une des formes de ces diverses inflammations, et non de la gastro-entérite exclusivement. Est-il vrai, ainsi qu'on l'a avancé nouvellement, que le

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sang soit dans un état de putridité dans cette prétendue fièvre? Bien que nous admettions l'altération incontestable des fluides , nous pensons qu'il faut attendre des observations ultérieures pour se prononcer sur un sujet aussi grave. Les expériences de MM. Gaspard , Magendie , Leuret et autres , rendent cependant cette opinion très probable.

La fièvre ataxique , maligne , offre trop évideiH'i ment les symptômes de*la méningite ou de l'encéphalite générale et superficielle pour que leur identité puisse être contestée. Il est possible que ces phlegmasies du cerveau et de ses enveloppes soient aussi produites ' par une cause spéciale , comiiie des matières animales en putréfaction, etc. Alors elles présentent sans doute un caractère particulier , qui entraîne les plus graves dangers, et exige un traitement spécial. Ces circonstances ag"^-' gravantes peuvent même se rencontrer dans les autres phlegmasies et exiger aussi des modifications thérapeutiques. On pourra s'assurer de l'existence de ces causes , à la marche de la maladie, qui devient de jour en jour plus grave, malgré le^ moyens antiphlogistiques les mieux administrés, et par les circonstances commémoratives.

Nous ne redirons pas que les fièvres lentes, hectiques, etc., ne sont que des fièvres symptomatiques de phlegmasies chroniques de divers viscères.

Nous renvoyons le lecteur aux articles gastrite,

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gastro-entérite, dothinontérite, méningite, encéphalite, etc., pour les caractères fonctionnels et organiques des maladies dont nous . venons de parler.

Fièvres intermittentes.

Les fièvres intermittentes font jusqu'ici le désespoir de la médecine organique. Nous n'ignorons pas les efforts que l'on a faits pour les rattacher aux irritations , dont on a prétendu qu'elles n'étaient qu'une forme. Cette opinion n'a pas été difficile à soutenir, même par des preuves cliniques. Tout le monde sait en effet que dans le cours des fièvres intermittentes il se déclare un grand nombre de phlegmasies viscérales ; personne n'ignore non plus que certaines phlegmasies primitives ont revêtu le type intermittent: de là on a conclu que la forme intermittente n'était qu'un phénomène purement secondaire , qu'une marche particulière des phlegmasies. A supposer que cela fût ainsi, il resterait encore à déterminer pourquoi ces phlegmasies ne sont pas continues. Mais qui ne voit ici qu'on a pris encore l'effet pour la cause ? qui ne voit que les engorgements des viscères qui surviennent pendant le cours des fièvres intermittentes ne sont qu'un accident et non les causes de ces fièvres ? qui ne voit encore que lorsqu'une inflammation primitive revêt le type intermittent, il existe autre chose que la phlegmasie, dont le ca-

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ractère est ordinairement continu? qui ne sait enfin que la fièvre intermittente peut se montrer sans signes locaux ? Il existe donc autre chose que laphlegmasie, et c'est précisément cette autre chose qui fait le point principal du sujet qui nous occupe. Ainsi l'on ne peut guère espérer que l'anatomie pathologique jette quelques lumières sur ce point obscur; car, à supposer qu'elle fît découvrir des altérations d'organes, il resterait encore à déterminer quelle est la cause de l'intermittence. Il est très vraisemblable que cette cause réside dans un système général de l'économie, et, comme l'ont avancé plusieurs médecins , notamment MM. Georget et Rayer, probablement dans le système nerveux: La cause qui donne naissance aux fièvres intermittentes est en général spécifique ; ce sont presque toujours des émanations marécageuses, des détritus organiques en décomposition, une forte chaleur jointe à l'humidité; d'où l'on peut conclure que l'action de cette cause s'exerce d'abord sur les fluides de l'organisme.

Les fièvres intermittentes se composent d'une série d'accès formés de trois stades, de froid, de chaleur , de sueur ; ces accès se reproduisent à des intervalles variés , ce qui constitue le type de la fièvre intermittente. On donne le nom de fièvre quotidienne à celle dont les accès reviennent tous les jours; à(t tierce , quarte, à celle dont les accès se montrent les troisième et quatrième jours-

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I,a double quotidienne offre deux accès par jour, La double tierce présente des accès quotidiens , qui se correspondent pour l'iieure tolis les trois jours. Il est des doubles quartes , composées de deux accès consécutifs , et d'une apyrexie au troisième jour. Quelques auteurs ont admis des fièvres quintanes, sextanes, etc. , des triples tierces , des quartes doublées, des triples quartes, des demi-tierces, hémitriiéês, etc. Il existe des fièvres erratiques , dont les accès n'ont rien de régulier, des fièvres anomales, dont les stades offrent des variétés remarquablès. Dans ces dernières, un ou deux des trois stades peuvent manquer, l'ordre de leur apparition peut être interverti ; enfin il existe des fièvres larvées , dans lesquelles il n'existe aucun des phénomènes de raccès , mais bien un symptôme quelconque qui se reproduit périodiquement sous le même type.

Lorsque la fièvre intermittente est régulière , qu'elle affecte le type quotidien, tierce ou quarte, l'accès qui en forme le principal phénomène se présente avec des caractères qu'il est nécessaire d'exposer. Le malade , après avoir éprouvé un malaise général , des lassitudes, des douleurs articulaires, des pandiculations, est frappé d'une espèce de compression générale qui paraît amoindrir son corps; il est alors saisi d'un froid plus ou moins vif, accompagné ou non de tremblement : è'ést le premier stade de l'accès. Ce froid , dont la

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