‹ Traité élémentaire de diagnostic, de pronostic, d'indications thérapeutiques, ou cours de médecine clinique [electronic resource] (volume 2)Chapitre 31 sur 39 · DES FIÈVRES INTERMITTENTES. 7U · texte numérisé non relu

DES FIÈVRES INTERMITTENTES. 7U

plus noble cent fois , d'avouer avec candeur son ignorance, de confesser qu'on ne connaît pas la cause de ce phénomène singulier, que de vouloir en imposer à soi-même et aux autres par les plus ridicules explications? Non, nous ne savons, pas quelle est la cause organique de l'intermittence ; non, elle n'est pas seulement une forme de l'irritation ; non , l'irritation n'en est pa§ le phénomène principal ; non, cette irritation ne doit pas faire la base de la thérapeutique ; non , les altérations qu'on rencontre après la mort ne sont pas la cause de intermittence. Tous vos raisonnements n'exS pliquent rien, et après les avoir lus on n'en éprouve que le regret amer d'avoir perdu son temps, et de vous avoir vu employer vos moyens à soutenir la plus pitoyable des causes; on n'en reconnaît que plus encore l'obscurité profonde qui règne sur ce; point , obscurité que vos vains débats n'aboutissent qu'à faire ressortir davantage encore.

Le. type des inflammations simples est continu; lorsque ce type est intermittent, c'est qu'il existe autre chose que l'inflammation ; celle-ci cesse d'être simple, et ne forme pas la circonstance principale de la maladie. Lorsqu'on trouve des inflammations après la mort des malades, ces inflammations ne peuvent être qu'accessoires, puisque dans les cas ordinaires leur marche est continue, et que dans la majorité des cas l'intermittence a heu sans elles. Le type intermittent est le phénomène prin-

cipal de ces maladies, puisque c'est sur lui qu'est fondé le traitement le plus héroïque que la médecine possède, et devant lequel doit fléchir l'orgueil de la médecine prétendue physiologique.

•Toutefois il est indubitable que les fièvres intermittentes se montrent presque constamment avec quelque expression fonctionnelle prédominante. De là les genres que l'illustre Pinel avait adoptés, de là les preuves sur lesquelles on s'est appuyé pour constater l'existence d'une phlegmasie dans ces sortes de fièvres. Mais l'anatomie pathologique est loin d'avoir suffisamment éclairé ce point de doctrine, et à supposer qu'on eût constamment trouvé quelque lésion organique, il resterait toujours à déterminer pourquoi elle donnait lieu à des phénomènes intermittents.

Les fièvres rémittentes ne diffèrent des précédentes qu'en ce qu'il n'existe pas de cessation complète des symptômes, mais seulement une diminution notable de ces symptômes entre les accès.

Typhus, ou empoisonnements miasmatiques.

Typhus d'Europe.

En lisant avec attention les auteurs qui ont eu occasion d'observer le typhus dans son plus haut degré d'intensité, l'on est forcé de convenir, à moins de les accuser d'imposture, que cette maladie

se contracte par contagion. Uien n'est plus concluant, à notre avis , que ce que rapporte Pringle. Une tente qui avait servi à couvrir des militaires attaqués delà fièvre d'hôpital, ou typhus, dans leur transport sur des bateaux, fut donnée à vingtquatre ouvriers, à Gand , pour être raccommodée ; dix-sept de ces malheureux moururent du typhus. On trouve d'ailleurs un grand nombre de faits aussi frappants que celui-ci. Cependant, malgré le poids de ces autorités , qu'il nous soit au moins permis de douter du mode de contagion ; est-il vrai que le typhus soit contagieux à la manière de la gale, de la syphilis, de la petite-vérole, et d'une infinité d'autres exanthèmes, comme le veut Hildenbrand?' Nous l'ignorons complètement et nous pensons que de long-temps encore on n'aura de certitude à cet égard. Nous croyons que l'expression de contagion ne doit pas être prise dans le sens rigoureux de contagion immédiate. Seulement il est certain que la maladie se développe sous l'influence d'une cause infectante , produite par l'encombrement d'un grand nombre de malades, mais qui acquiert la funeste propriété de se transmettre par contagion. De là deux espèces de typhus, le typhus spontanéet le typhus communiqué. Les phénomènes sont analogues ; mais la marche de la maladie est plus lente dans le premier que dans le second. Nous pensons que la matière contagieuse est, comme dans le typhus oriental, ou

peste , un miasme qui se répand à une certaine distance, miasme d'autant plus délétère , qu'il est plus voisin du corps qui le dégage, et multiplié pour ainsi dire par les miasmes des corps voisins affectés de la même maladie. Mais cette matière contagieuse ne peut se reconnaître que par ses effets, comme l'électricité, le calorique, l'attraction , parcequ'elle ne tombe pas plus sous nos sens que ces causes physiques, dont il est cependant impossible de ne pas admettre l'existence, quoique leur nature nous soit inconnue.

Beaucoup de médecins de nos jours tranchent la difficulté en niant l'existence de la contagion.

La maladie nous a constamment offert trois périodes bien distinctes : la première, qui comprend ordinairement le premier septénaire, et que l'on nommera, si l'on veut, période d' irritation ^ la seconde, qui comprend le plus souvent le second septénaire, et que l'on doit nommer période de stupeur ^ ou nerveuse ou de prostration ; ]2i troisième enfin , caractérisée par la diminution de tous les symptômes, et que l'on peut nommer période de convalescence : sa durée n'est point fixe, ni limjtée.

Hildenbrand nous paraît avoir fait des périodes trop nombreuses, trop subdivisées. Qu'est-ce qu'une période d'opportunité? Une maladie qui n'est p'cis encore commencée peut-elle avoir une période? Cet auteur nous semble aussi avoir astreint la nature à une marche beaucoup trop régulière.

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Dans son typhus irrégulier même, il conserve encore les périodes , comme si alors elles n'étaient pas confondues , ainsi que nous l'avons observé. Nous avons vu en effet la période adynamique se manifester sans .être précédée du septénaire d'irritation.

Dans la période d'invasion, qu'il caractérise par un frisson constant, nous avons souvent observé que les malades ne l'avaient point éprouvé ; ce qui rend souvent difficile la date de l'invasion.

Sa période inflammatoire existe-t-elle toujours? donnera-t-on le- nom d'inflammation à des douleurs de membres? etc.

La maladie s'annonce ordinairement par le changement d'humeur, l'inquiétude morale, des lassitudes spontanées, la perte de l'appétit. Elle débute par un frisson plus ou moins long, d'une heure à douze de durée, il est suivi de chaleuret de moiteur; on observe les phénomènes suivants: état d'inquiétude et d'étonnement, quelquefois crainte de la mort , et même désespoir; d'autres fois grande indifférence ; délire rare à cette époque, la plupart du temps roulant sur un seul objet; réponses justes, mais faites d'une manière qui n'est pas ordinaire , quelquefois brusques, mais le plus souvent d'un ton lent et plaintif; somnolence facile à faire cesser ; réveil étonné ; rêves d'objets sinistres. Face en général colorée; communément battement des artères temporales; céphalalgie intense; d'autres fois, facepâlo,

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état d'abattement qui n'exclut pas la céphalalgie. Cette céphalalgie occupe souvent la tête tout entière; presquetoujoursjsurtoutverslafinde cette période, la figure présente un aspect d'étonnement et de stupeur. Yeux injectés, rouges, larmoyants; impression souvent pénible de la lumière ; apparition de spectres ou autres objets monstrueux et effrayants. Ouïe le plus souvent d'une sensibilité exaltée ; tintements, bourdonnements et autres bruits d'oreilles ; quelquefois diminution de sensibihté de ce sens. Odorat présentant peu de changements. Goût singulièrement diminué , sans doute à cause des accidents gastriques qui existent souvent. Le toucher est quelquefois le siège de phénomènes singuliers ; le plus fréquent est l'insensibilité du tact , qui ne reçoit plus aucune impression.

Du quatrième au septième jour, ordinairement, la peau se recouvre de pctéchies, taches semblables à des morsures de puces, sans ardeur, sans démangeaison, la plupart du temps sans élévation, sans aspérité , ni ulcération , n'apportant aucun soulagement , d'un rouge plus ou moins clair ou foncé , petites comme des têtes d'épingles, quelquefois d'une hgne de diamètre, se réunissant rarement entre elles, ayant, presque toujours leur siège dans toutes les parties du corps , excepté à la figure, où nous ne les avons jamais observées. Cette éruption est plus visible lorsque le malade est en moiteur ; elle semble quelquefois disparaî-

tre, et reparaît de nouveau; elle est plus apparente aussi et plus rose chez les personnes dont la peau est blanche et fine, que chez celles dont la peau est brune et épaisse. Quelquefois les pétéchies sont remplacées par une véritable éruption, saillante, rude au toucher, qui a beaucoup d'analogie avec elles , et qui se termine par la desquamation de l'épiderme : nous avons vu une fois des phlyctènes volumineuses.

Une impossibilité ou du moins une grande difficulté de se mouvoir, des douleurs violentes dans les membres supérieurs ou inférieurs, ou même dans diverses parties du corps, comme au dos, aux lombes, dans les épaules, le tremblement des mains, sont les symptômes les plus caractéristiques jde la maladie, dans la période dont nous parlons. Bouche pâteuse ou amère, nausées qui augmentent de jour en jour ; langue blanche ou jaune, rarement sèche; soif intense, inappétence, épigastre douloureux à la pression » abdomen aussi très douloureux , dévoiement plus fréquent que la constipation. Ce n'est que vers la fin de cette période que se manifeste le vomissement spontané de matières porracées et acres. La respiration est le plus souvent accélérée, la gorge et la poitrine peuvent être le siège d'une phlegmasie , et presque toujours les malades se plaignent de toux et de douleurs dans les organes thoraciques ; souvent*iussi la respiration est gênée ; il y a étouffement. Pouls fré-

quent, développé, mou dans la sueur ; hémorrhagies nasales, quelquefois très abondantes, et qui se répètent souvent vers la fin de ce septénaire ; le sang est ordinairement noir, et accompagné de beaucoup de sérosité. Ces hémorrhagies ont surtout lieu lorsque la céphalalgie a été très intense, la face colorée, les yeux injectés; enfin que les symptômes de congestion vers la tête ont été très marqués. Chaleur intense et mordicante, faisant éprouver une sensation pénible à l'extrémité des doigts. Sueur ou moitèur dans le paroxysme. Urines le plus souvent rares, quelquefois involontaires v^rs la fin de ce septénaire, rouges, troubles, et niême noirâtres. Paroxysme, ordinairement le soir et dans la nuit. La période dont nous parlons est sujette à des anomalies ; quelquefois elle n'est que de trois jours. La période de stupeur ou de prostration se manifeste presque dès l'invasion, ce qui n'empêche pas l'éruption des pétéchies. D'autres fois elle se prolonge jusqu'au quatorzième jour, et l'éruption de l'exanthème n'a lieu que le onzième jour. Nous l'avons vue même d'une plus longue durée. ,

La deuxième période commence ordinairement vers le septième jour, depuis l'invasion de la maladie , mais cela n'est pas constant ; et de même que nous avons vu les pétéchies ne paraître que le onzième jour, de môme aussi avons -nous vu la période adynamique ne se présenter qu'après le

V DlïS TYPHUS.

second septénaire ; elle paraît aussi quelquefois dès le principe de la maladie. La stupeur et la somnolence se prononcent davantage; délire taciturne, typhomanie, réponses toujours justes, plaintes continuellement exhalées ; peftes fréquentes de connaissance, surtout au moindre mouvement, et quand le malade veut se lever sur son séant; rêves toujours pénibles. Face de plus en plus étonnée, décoloration de la figure , céphalalgie persistant presque toujours. Yeux toujours injectés, rouges, et souvent chassieux ; apparitions de diverses natures ; sensibilité de la vue diminuée fréquemment. Les bruits d'oreilles n'importunent plus autant le malade, qui souvent devient sourd à cette époque. La diminution de sensibilité des autres sens augmente visiblement. Les pétéchies ou l'éruption persistent jusqu'au onzième jour, époque à laquelle elles s'effacent. Dans quelques -cas, l'éruption n'a pas lieu , ce qui arrive lorsque l'épidémie tire vers son déclin. L'impossibilité de se mouvoir devient plus grande, et par les douleurs de membres qui persistent, et par la prostration, l'accablement des forces qui surviennent. Le malade alors reste couché en supination : il y 'k parfois des soubresauts des tendons, et le tremblement des membres persiste , lorsqu'il a lieu dans la première période. Sensation d'un goût empoisonné, soif considérable; langue brune, noire, sèche, dans le redoublement; dents et gencives, ou sèches, ou recouvertes d'une

matière muqueuse, épaisse et brune; nausées, vomissements de matières jaunes, verdâtres, porracées et acres ; douleur de lepigastre et des diverses parties de l'abdomen; dévoiement plus ordinaire que la constipation ; selles souvent involontaires , plutôt par la grande faiblesse que par défaut de conscience. Respiration fréquente, pénible; étouffements, douleur dans la poitrine, et expectoration de matières muqueuses rougeâtres, et même écumeuses et sanguinolentes. S'il existe une péripneumonie , alors se trouvent réunis les autres symptômes de cette phlegmasie : voix altérée et plaintive; pouls petit, faible, fréquent dans le paroxysme, rarement inégal , mais quelquefois d'une grande lenteur, surtout vers la fin de cette période, et chez, les personnes d'un tempérament lymphatique. Les hémorrhagies ont fréquemment lieu au commencement de cette période, et n'apportent pas de mieux sensible ; elles laissent, au contraire, le malade dans un grand état d'accablement. Chaleur acre ; d'autres fois sueur plus ou moins abondantes; urines toujours noirâtres, tenant en suspension des flocons bruns. L'éruption des parotides et des bubons ne s'est jamais offerte à notre observation. Dans quelques cas , la période de prostration est si légère, qu'à peine peut-on la saisir. Les paroxysmes du soir et de la nuit continuent d'avoir lieu, mais diminuent vers la fin de cette période. La troisième [période, caractérisée par la dimi-

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nution graduelle de tous les symptômes, et en général suivie du retour à la santé, arrive vers le quatorzième jour, quelquefois vers le dix-septième et vingt-unième. Nous l'avons peu vue survenir à la suite d'une crise. Les auteurs disent que les sueurs sont la voie la plus fréquente des crises de cette affection. Quoi qu'il en soit, dans cette période , la stupeur et la somnolence diminuent ; les malades commencent à sourire et perdent leur indifférence ; le délire disparaît ; plus de plaintes ; les réponses, toujours justes, se font d'une manière plus naturelle ; le sommeil devient réparateur, les rêves fâcheux s'évanouissent. La face est pâle et amaigrie , mais sa couleur n'est plus altérée. Les sens reprennent de jour en jour leur sensibilité; la vue reste encore quelque temps troublée, et l'ouïe reste dure. La faiblesse est toujours très grande ; les syncopes sont encore fréquentes , mais le brisement des membres disparaît , et se trouve remplacé parune lassitude moins pénible. Lalangue se nettoie vers son extrémité et sur ses bords; les nausées, en général, disparaissent et font place à l'appétit ; le malade savoure ce qu'on lui permet de manger; plus de douleurs abdominales; les selles redeviennent naturelles. La respiration reprend sa fréquence ordinaire, mais le malade se plaint encore de rhume. Le pouls devient lent, et augmente peu à peu de force. La chaleur et la coloration de la peau reprennent leur type naturel ;

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OD remarque quelquefois l'exfoliatioii de l'épiderme, résultat de l'éruption. Cette amélioration fait de jour en jour des progrès, et le malade atteint d'autant plus vite sa santé accoutumée , que la maladie aura été moins intense, qu'elle aura été plus simple, plus exempte de complications, que celles-ci auront été combattues plus à propos, et que la maladie elle-même aura été traitée d'une manière plus méthodique. Mais le typhus ne se termine pas toujours de cette manière ; la mort en est encore plus souvent le dernier résultat, et souvent aussi d'autres maladies lui succèdent. Parmi ces dernières , les fièvres tierces ou doubles tierces , intermittentes ou rémittentes , sont les plus fréquentes; une phlegmasie locale , telle que l'angine , la péripneumonie, la péritonite, se manifeste quelquefois ; la suppuration, suite des eschares qu'entraîne unesupinationlong-tempsprolongce,peut êtreaussi considérée comme une maladie accidentelle qui survient après la deuxième pério.de , et occasione sou- Vent une terminaison funeste.

Tels sont les phénomènes morbides que j'ai observés sur un grand nombre de militaires, en i8il\, èn r8i5. Atteint moi-même de cette cruelle maladie , j'ai pu en faire une étude plus particulière. Ce tableau ne ressemble sans doute pas exactement à ceux que les auteurs ont tracé; mais j'ai préféré donner le résultat de mes propres observations plutôt que les opinions des autres.

Les ouvertures de corps ont fait reconnaître les traces de diverses phlegmasies cérébrales, tlioraclques, abdominales, telles que les symptômes les indiquent pendant la vie.

Typhus d'Orient, ou peste.

Ce typhus reconnaît pour cause une matière contagieuse dont on ignore aussi la nature, et qui se comporte à peu près comme dans la maladie précédente. L'invasion de cette affreuse maladie a lieu par des alternatives de frisson et de chaleur, par le brisement général des membres, de l'inquiétude, de la terreur, de la céphalalgie, quelquefois un tremblement général, des syncopes, etc.

Les symptômes de la peste offrent la plus grande analogie avec ceux du typhus d'Europe; mais les caractères distinctifs de cette affection sont les anthrax ou charbons et les bubons. Les anthrax se manifestent sur les parties découvertes, au visage, à la poitrine, .sur les bras ; ils commencent par une douleur âcre, très vive; bientôt une phlyctène contenant une sérosité jaune ou ^jrune se développe sur cet endroit ; elle se déchire et laisse apercevoir une eschare de couleur grise, ardoisée, qui s'étend et fait des progrès jusqu'à la mort. Ces anthrax sont uniques ou multiples, accompagnés de tous les symptômes de l'adynamie la plus profonde, ou bien n'occasionent aucun appareil fébrile. Les bubons surviennent aux aines, aux aisselles, quelque-

fois au COU , rarement aux joues ; ils sont précédés d'un léger prurit, de gonflement, de rougeur et de tension. Ces phénomènes locaux augmentent d'intensité, après quoi ils diminuent graduellement, ou se terminent par suppuration ou par gangrène ; il en existe rarement plus de deux à la fois, beaucoup de pestiférés n'en ont pas. On observe souvent aussi des pétécliies typhoïques dans la peste; ces pétécliies sont fréquemment de véritables taches pourprées ; quelquefois elles se convertissent en taches gangréneuses. Il n'y a rien de régulier dans l'apparition de ces éruptions, la marche de ce fléau étant elle-même très anomale. La peste se termine le plus ordinairement par la mort, surtout dans le principe de l'épidémie. Elle dépasse peu le premier septénaire ; elle fait périr quelquefois en douze heures de temps : on la voit se prolonger jusqu'au vingtième jour et au-delà vers le déclin de la contagion.

Nous pensons qu'il doit exister dans cette hor-, rible maladie de graves désordres organiques ; mais l'anatomie pathologique n'a rien appris de bien positif à cet égard, et nous croyons que ces désordres organiques ne constituent pas la maladie , mais ne sont que le résultat de l'empoisonnement miasmatique.

Typhus d'Occident, jicvre jaune.

On a beaucoup discuté, dans ces dernières an-

nées, sur la contagion de la fièvre jaune. Il ne nous est nullement permis de décider cette question. Les faits les plus concluants , rapportés par les uns ou par les autres , sont toujours susceptibles de quelques doutes; chacun peut les interpréter à sa manière pour les faire tourner à l'avantage de son opinion. Si j'osais énoncer mon avis dans un sujet aussi grave et qui ne peut être décidé que par des observations ultérieures, je dirais que, d'après les faits rapportés par les partisans de Tune ou de l'autre opinion, je crois que la fièvre jaune, comme le typhus d'Europe et comme la peste, se développe primitivement par infection et se transmet ensuite par contagion; j'ajouterais qu'il n'y a presque aucun inconvénient à considérer cette maladie comme contagieuse , et qu'il peut y en avoir de plus graves à ne pas la regarder comme telle. Qu'est-ce par exemple que l'inconvénient de suspendre pendant un certain temps des relations commerciales , comparé à l'horrible danger de porter la désolation et la mort dans des villes, dans des provinces entières? Nous ne croyons pas qu'il puisse y avoir le moindre motif d'hésitation. Ces questions sont sans contredit de la plus haute importance , mais ne sauraient être agitées en ce moment , le diagnostic devant principalement fixer notre attention.

Or les signes qui caractérisent le typhus d'Amérique sont la couleur jaune de la peau et le vo-

iTiissement noir ; on observe d'ailleurs tous les symptômes communs aux divers typhus. Toutes les fois que ces symptômes affectent un grand nombre d'individus on doit reconnaître l'existence de la fièvre jaune.

Après les prodromes ordinaires aux maladies graves, le malade éprouve un frisson, variable pour sa durée et son intensité , puis une chaleur vive ; les yeux sont tuméfiés, larmoyants; la face est colorée , exprimant la crainte, la terreur; les forces sont abattues ; il existe une grande anxiété ; une soif ardente , une violente douleur épigastrique , des nausées, des vomissements de boissons, d'aliments, de mucus, de bile ; du dévoiement ou de la constipation ; de la difficulté à respirer; de la fréquence et de la dureté dans le pouls. Cet état dure quelques heures, un, deux ou trois jours. Alors se montrela couleur jaune de lapeau. Les conjonctives commencent par être jaunes; la face, la poitrine, le reste du corps, sont bientôt envahis par cette couleur. La langue est sèche, rugueuse, brune ; des vomituritions de matières rouillées succèdent aux premiers vomissements. Chose singulière, les symptômes généraux diminuent d'intensité ; le malade éprouve une rémission perfide ! Les douleurs sont moins fortes ; l'anxiété diminue ; la respiration est plus facile ; le pouls plus souple , plus naturel : mais au moment où le malade, et quelquefois le médecin inexpérimenté, se livrent à une espé-

rance décevante , un nouveau cortège d'accidents, bien plus terribles que les premiers , survient , et trop souvent apporte la mort. Du quatrième au cinquième jour des matières sanguinolentes, sanglantes , brunes, noires, sont rejetées par la bouche, par les selles; la physionomie s'altère profondément ; la terreur est peinte sur la face; la prostration est extrême ; on observe des tremblements des membres , des soubresauts des tendons, de la carphologie, du délire, de la stupeur, de l'assoupissement, quelquefois une indifférence extrême sur l'avenir, ou une sécurité trompeuse; l'ictère devient plus prononcé; des taches livides, de vraies ecchymoses sont parsemées sur la peau; un sang clair et séreux s'échappe par toutes les ouvertures naturelles, par les narines , la langue, les gencives, les lèvres , les points lacrymaux , la conjonctive, les oreilles , les intestins , la vessie , la matrice, le vagin, les plaies, les cicatrices; enfin la mort arrive, précédée par le hoquet, l'irrégularité du pouls, le.refroidissement des extrémités, l'aspect cadavéreux de la face, et tous ses funestes avant -coureurs. Elle frappe ordinairement du •septième au huitième jour, quelquefois dès les premières vingt-quatre heures. Dans les cas rares de guérison , les accidents sonrt moins graves; ils diminuent graduellement de violence , et la convalescence s'établit ù la suite de quelques mouvements critiques ou d'une manière insensible; elle

est toujours lente , pénible; le malade languit, et périt quelquefois dans la convalescence.

L'anatomie pathologique a fait reconnaître des altérations organiques très variées ; principalement des gastro-entérites , et plus rarement des traces d'hépatites , de néphrites , de splénite , de pneumonies , d'encéphalites , de méningites, etc. ; mais ces altérations , précisément à cause de leur diversité , doivent être considérées comme des phénomènes secondaires ; le point capital est la cause spécifique, l'altération profonde des fluides, et vraisemblablement du sang, qui détermine ensuite toutes les lésions organiques qu'on rencontre. On trouve souvent une certaine quantité de ce fluide épanché dans la cavité de l'arachnoïde vertébrale.

Des empoisonnements.

C'est dans le savant ouvrage de M. le professeur Orfila qu'il faut puiser les connaissances nécessaires au sujet important que ik)us nous proposons ici de signaler seulement à l'attention du lecteur. Les expressions fonctionnelles et même les lésions organiques des empoisonnements n'en constituent que la partie la moins importante ; ce qu'il est surtout essentiel de connaître d'une manière exacte et précise, c'est la cause de l'empoisonnement, et cette connaissance capitale ne peut être acquise que par des recherches chimiques, botaniques ou zoo-

logiques. Sous le rapport légal la cause de l'empoisonnement est tout, le reste n'est rien ou peu de chose. Mais la manière dont on arrive à cette connaissance constitue l'une des branches les plus étendues et les plus importantes de la médecine légale, et forme, dans les études médicales, uné partie entièrement particulière et distincte. C'est principalement dans cette partie qu'éclate l'utilité de l'application de la chimie à la médecine , et c'est entre les mains du professeur célèbre que nous venons de citer que cette application a obtenu les résultats les plus brillants. Avant lui tout n'était dans la toxicologie que désordre, préjugés, confusion ; des notions vagues, imparfaites, éparses , constituaient cette branche si délicate de la médecine , qui pour mieux dire n'existait pas. Grâces à ses heureux travaux elle est sortie du néant pour atteindre aussitôt le dernier terme de la perfection. Sous le rapport thérapeutique la connaissance de l'agent toxique est souvent importante, mais elle l'est moins que dans le cas précédent, et souvent ici les différences des symptômes conduisent à des indications utiles.

Une des raisons qui nous engagent à parler ici des empoisonnements, c'est le rapport qu'on ne saurait s'empêcher de trouver à quelques uns d'entre eux avec les maladies précédentes, et avec celles dont nous allons traiter. Dans les unes comme dans les autres, en effet , ce n'est pas la

75o DIAGNOSTIC SPECIAL ET DIFFERENTIEL

lésion locale qui conslitiie la maladie, c'est l'influence de l'agent toxique sur les fluides de l'organisme, et par suite sur un viscère plus ou moins éloigné. C'est la spécificité qui en constitue le principal élément. De cette classe sont les poisons narcotiques, narcotico-âcres , les venins , les virus , les gaz délétères, etc. Ce n'est pas par leur influence locale, mais bien par leur absorption, par leur action sur le sang, sur l'agent nerveux, que ces substances détruisent la vie. Des empois-onnements nous pouvons tirer les arguments les plus victorieux pour les altérations des fluides. Ici tout est connu, la cause et l'effet ; l'un et l'autre sont soumis à l'épreuve rigoureuse de l'analyse; il ne reste aucun retranchement aux ennemis exagérés et incorrigibles de ces vérités.

Parmi les poisons, il en est qui agissent localement, en irritant, en désorganisant la partie sur laquelle ils sont appliqués , ce sont les poisons escharotiques , acres , irritants. De ce nombre sont les préparations d'arsenic, d'antimoine, de cuivre, d'argent, d'or, de mercure, de bismuth , de plomb, d'étain , de zinc, les acides concentrés, les alcalis, le phosphore , les cantharides , l'iode , etc. Parmi les substances que nous venons de citer, il en est même quelques unes qui agissent en même temps après avoir été absorbées, et localement.

Les poisons irritants produisent quelques symptômes particuliers à chacun d'eux : mais à ces va-

riétés près, qu'il seraitbeaucouptroplongd'exposer ici, ils déterminent tous une saveur âcre, chaude, brûlante; une constriction à la gorge; une sécheresse considérable dans la bouche et dans l'œsophage ; des vomissements de matières diverses ? souvent sanguinolentes ; des douleurs épigastriques intolérables; des coliques atroces; des déjections alvines ; quelquefois l'appareil des symptômes généraux de la gastro-entérite intense ; quelquefois , plus tard, la paralysie des membres pelviens ; des vertiges , le délire, l'insensibilité générale, la mort. On trouve alors dans le canal alimentaire toutesles altérations organiques que nous a fait voir la gastro-entérite à tous les degrés. La bouche , le pharynx , l'œsophage , l'estomac , les intestins , sont le siège d'une couleur de feu , ou d'un rouge cerise, et même noire; toutes les tuniques participent à l'inflammation; elles sont parsemées d'ecchymoses circulaires ou de formes variées ; de véritables eschares ; d'ulcères qui peuvent intéresser toute l'épaisseur des parois intestinales ; il existe dans ce cas une perforation dont les bords sont jaunes, verts, rouges. Quelquefois ces tissus sont épaissis ou ramollis, réduits en bouillie , etc. ; la bouche, la couronne des dents, l'œsophage, l'estomac, le duodénum, le jéjunum, offrent une teinte blanchâtre, grisâtre, jaunâtre; ces différentes altérations peuvent se trouver éparses sur différents points du même canal alimentaire.

Les poumons peuvent être rouges, violets, hépatisés, splénisés. Les cavités du cœur sont distendues par du sang rouge , noir , fluide , concret , etc. La vessie est quelquefois manifestement enflammée. Les vaisseaux encéphaliques sont distendus par le sang ; dans certains cas, le cerveau, le foie, les muscles , etc. , offrent une teinte verdâtre. La peau est semée de taches noires. Ces altérations, qui ne se rencontrent jamais toutes à la fois chez le même individu , sont plus ou moins prononcées; il peut arriver qu'elles le soient à peine, quand le poison a produit une mort prompte.

D'autres substances toxiques ne produisent pas l'altération des parties qu'elles touchent; elles sont absorbées , et paraissent agir principalement sur le système nerveux. De ce nombre sont l'opium, son extrait, la morphine, la jusquiame noire, l'acide prussique , le laurier-cerise , le pêcher , le merisier à grappes, la laitue vireuse, l'if, etc. Ces poisons ne déterminent aucune altération dans la bouche , le pharynx , l'œsophage ; ils n'ont point de saveur caustique, déterminent rarement le vomissement ou des déjections alvines, ou, s'ils en produisent , elles sont peu opiniâtres ; les douleurs abdominales se développent quelque temps après l'ingestion du poison ; elles sont peu vives ; si elles • sont aiguës, elles se font sentir sur plusieurs points de l'organisme. 11 existe fréquemment des vertiges, de la stupeur, du coma, de la paralysie, de la dila-

tation des pupilles, du délire, des convulsions, enfin un appareil varié de phénomènes encéphaliques. On ne trouve après la mort aucune lésion constante dans le canal alimentaire ; le cerveau et son système sanguin offrent souvent un état de congestion manifeste. Il n'est pas constant que le sang soit plus fluide que dans toute autre circon- * stance, les muscles plus flexibles, les chairs plus susceptibles de putréfaction , etc.

Il est encore d'autres substances , en très grand nombre , dont les effets participent des deux ordres précédents ; ils agissent sur les parties avec lesquelles ils sont en contact, et portent en même temps leur action sur le système de l'innervation. Ce sont, entre autres, la scille, la scillitine , l'œnanlhe crocata , l'aconit napel , l'ellébore noir et blanc, la vératrine , le colchique , la belladone, le datura stramonium, le tabac, la digitale pourprée, la grande et petite ciguë , la ciguë aquatique, le laurier-rose, le seigle ergoté, la noix vomique, la fève de Saint-Ignace, l'upastieutéjla strychnine, la fausse angusture, la brucine, le ticunas, le woorara et le curare, le camphre, la coque du Levant, la picrotoxine, l'upas antiar, les champignons vénéneux, l'alcool, l'éther, et en général les boissons spiritueuses. Ces poisons produisent des accidents variés : ce sont des phénomènes nerveux , comateux ou convulsifs , continus ou périodiques, et les signes locaux et généraux d'une

irritation plus ou moins vive. On trouve après la mort des altérations analogues, mais moins prononcées que celles que produisent les poisons simplement irritants.

L'identité qui existe entre les phénomènes occasionés par les empoisonnements et quelques maladies spontanées est tellement frappante , qu'on ne saurait apporter trop dè réserve, dans une matière aussi grave, à manifester ses soupçons : il ne peut y avoir de certitude que dans la découverte de la substance toxique. Le choiera morbus, les perforations spontanées, les étranglements des intestins; des congestions cérébrales , l'inflammation du cerveau, des méninges, de la moelle épinière, etc. , offrent souvent tous les caractères de l'empoisonnement.

Les circonstances suivantes pourront donner quelques probabilités pour cette importante distinction. L'empoisonnement a lieu dans tous les climats, dans toutes les saisons, sans signes précurseurs ; les matières vomies présentent des caractères propres; la douleur a son siège à l'épigastre,elle est continue. Les altérations organiques offrent une apparence particulière ; le péritoine est souvent enflammé, etc.

Il existe encore une classe de substances qu'on a nommées septiques ou putréfiantes : l'action de celles-ci est fort analogue à celle des miasmes qui produisent le typhus ; elles agissent manifestement

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en altérant les fluides de l'économie animale. On range parmi ces substances le venin communiqué par la morsure de certains aftimaux, l'action du gaz acide hydro-sulfurique, et l'ingestion des matières animales eù putréfaction. Les. animaux dont la morsure est plus ou moins venimeuse, sont la vipère, le serpent à sonnettes, le scorpion d'Europe, la tarentule, l'araignée des caves, l'abeille domestique, le bourdon, la guêpe, etc. Les vomissements , la syncope, la gangrène; une série variée d'accidents cérébraux; la pâleur plombée de la face, l'altération des traits, une prostration extrême, un tremblement général, le découragement, le désespoir, le délire ; la petitesse du pouls, la froideur des extrémités, la mort, sont les principaux résultats de l'action des substances dont nous parlons, lorsqu'elles sont introduites dans l'organisme: à ces signes, il faut joindre la phlegmasie locale souvent gangréneuse, produite sur l'organe en contact avec le poison. A l'ouverture du corps les vaisseaux contiennent un sang noir, verdâtre , épais , coagulé ou fluide; les organes voisins de l'infection se déchirent avec facilité ; ils se putréfient promptement. Lorsque la substance toxique a été ingérée par la bouche, on trouve des traces de phlegmasie gangréneuse dans les voies digestives; le ccéur est flasque, mou, affaissé sur lui-même.

Asphyxies.

L'asphyxie peut êfte produite par la respiration de gaz délétères , de gaz impropres à. la respiration , par défaut d'air, par submersion , strangulation , etc.

Les gaz qui peuvent produire l'asphyxie sont le gaz acide carbonique , la vapeur du charbon en combustion, l'air non renouvelé, le gaz qui se dégage des fosses d'aisance ; les gaz ammoniac , azote, chlore, hydrogène, hydrogène arsénié, hydrogène carboné, hydrogène sulfuré, acide nitreux, protoxyde d'azote , acide sulfureux.

- La suspension des différents actes fonctionnels , produite par une cause qui a spécialement agi sur le poumon , porte le nom d'asphyxie. Cet accident présente des symptômes communs , et des symptômes particuliers à chaque cause asphyxiante. Nous allons jeter un coup d'œil rapide sur les points les plus intéressants de cette matière. Toutes les maladies qui gênent et finissent par empêcher la respiration , soit en oblitérant le conduit aérien , soit en comprimant les poumons, en empêchant la dilatation de la poitrine , les mouvements du diaphragme , etc. , causent la mort par une véritable asphyxie.

I Lorsqu'un lien comprime fortement le cou au point d'intercepter l'entrée de l'air dans les poumons et le cours du sang , la face se gonfle et de-

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