‹ Traité élémentaire de diagnostic, de pronostic, d'indications thérapeutiques, ou cours de médecine clinique [electronic resource] (volume 2)Chapitre 9 sur 39 · SÉCRÉTIONS MORBIDES · texte numérisé non relu

SÉCRÉTIONS MORBIDES

quelque simple que soit cette théorie, quelque satisfaisante qu'elle soit pour l'esprit , il faut cependant avouer qu'elle ne nous paraît pas toujours d'accord avec l'expérience.

L'inflammation des organes sécrétoires diminue d'abord, ainsi que nous l'avons vu, le fluide sécrété, bientôt l'altère dans sa composition, l'augmente ensuite, et bientôt lui permet de reprendre ses qualités premières; mais il est des circonstances où tout-à-coup et sans cause bien appréciable le fluide sécrété augmente d'une manière excessive, et bientôt et d'une manière tout aussi inopinée revient à son type normal. Quelquefois il persiste un temps plus ou moins long, conservant toutes les qualités qu'il présentait dans l'état physiologique, d'autres, fois offrant quelque perversion dans sa composition.

Les deux sécrétions morbides les plus extraordinaires et les plus inexplicables ce sont sans contredit le choléra morfeus elle diabétès, dont nous donnerons les caractères fonctionnels; quant aux caractères organiques, nous devons avouer qu'ils nous sont entièrement inconnus , et nous pensons que ceux qui attribuent ces sécrétions pathologiques à l'irritation de ces organes ne sont pas plus avances que nous. Certes , dans nos principes de médecine physique, il est impossible qu'il n'existe pas une lésion dans l'organe sécréteur, mais cette lésion de tissu s'est jusqu'ici dérobée à nos recher-

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ches. Quant aux phénomènes fonctionnels , on doit avouer qu'ils ne ressemblent nullement à ceux que nous avons attribués à l'inflammation.

Des névroses en général.

Existe-t-il une classe distincte d'affections qui mérite le nom de névroses , ou bien ce mot n'a-t-il été donné qu'à des phénomènes fonctionnels dépendant d'altérations organiques qu'on avait méconnues.'^ Les névroses sont-elles toutes des phlegmasies? Tel est l'état actuel de la médecine, que les points qui paraissaient jusqu'à ce jour le plus solidement établis ont été remis en question, ont été ébranlés jusque dans leurs fondements, et que quelques uns même paraissent avoir été renversés sans retour. Ce n'est peut-être pas un mal pour la certitude de l'art de revoir ainsi chacune des parlies qui le composent, de les passer de nouveau au creuset d'une critique sévère. La vérité doit nécessairement jaillir de cett^xamen. Assez et trop long-temps on a reçu comme des oracles sacrés ce que nos devanciers nous ont transnais; séparons enfin l'or de l'expérience des scories qui l'enveloppent.

Persuadé depuis mon enfance que toutes les altérations fonctionnelles doivent reconnaître pour causes des altérations organiques , je ne voyais pas sans dégoût cette classe de maladies sans siège auxquelles on a donné le noai de névroses. J'étais

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convaincu que la plupart ne devaient leur existence qu'à l'ignorance où l'on était sur leur nature, et qu'une observation plus attentive finirait par en dévoiler le siège. J'étais persuadé que toutes les fois que les médecins éprouvaient quelque embarras de diagnostic, ils tranchaient la difficulté en établissant que la maladie était nerveuse. C'est d'après cette manière de voir que j'ai été conduit à découvrir que l'asthme des vieillards, dont on avait fait une prétendue n^svrose, n'était qu'un symptôme d'une lésion organique, opinion qui n'est plus contestée que par un petit nombre de médecins. C'est d'après elle encore que j'ai été conduit à rattacher la paralysie, considérée jusqu'ici comme une névrose, aux nombreuses altérations du cerveau et de ses dépendances. J'ai la certitude qu'une grande quantité de prétendues névroses seront un jour rayées du nombre de cette classe obscure de maladies ; à mesure que la médecine organique fera des progrès , on verra tomber successivement le ypile qui couvre encore beaucoup d'affections qu'on regarde aujourd'hui comme nerveuses, faute de mieux.

Cependant je suis loin de nier que le système nerveux ne soit susceptible de devenir malade : je veux dire seulement qu'on a beaucoup trop exagéré le nombre de ses maladies. 11 est à regretter qu'on ne puisse reconnaître le mode de lésion organique qui doit subsister dans le tissu des nerfs.

Peut-être (mais ce n'est là qu'une conjecture) que l'agent nerveux est susceptible de pécher et par excès et par défaut; qu'il peut se trouver en plus et en moins dans les organes, et y produire les accidents qu'on nomme nerveux. Peut-être est-ce à cette cause qu'on doit attribuer les spasmes et les convulsions de toute espèce; et c'est ainsi que nous l'avons entendu , lorsque nous avons dit dans notre premier volume que l'hystérie , l'épilepsie étaient des maladies qui dépeïndaient de l'altération d'un fluide. L'agent nerveux, paraissant simple de sa nature, ne peut être altéré dans sa composition ; mais rien n'empêche qu'il soit en excès ou en défaut. Dès lors cet agent , échappant à nos moyens d'investigation , se dissipant même après la mort , ne devrait laisser aucune trace de sa présence. Cette pensée fera toujours le désespoir de la médecine organique.

Ainsi, quoique dans beaucoup de cas on ait exagéré le nombre des maladies nerveuses , on ne peut cependant s'empêcher d'en reconnaître l'existence.

M. Georget nous paraît être dans la voie de la saine médecine lorsqu'il emploie ses efforts à établir que les névroses ne sont pas des inflammations; mais, entraîné par un sujet qu'il affectionne, ce iïiédecin distingué nous semble quelquefois dépasser le but.

Les symptômes qui caractérisent les maladies nerveuses sont des modifications du mouvement

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OU du sentiment, des sens et de l'intelligence ; ils sont infiniment nombreux et variés, ainsi que nous le verrons en traitant des maladies qu'on regarde encore comme des névroses.

Les tremblements, les convulsions, les spasmes, lea mouvements désordonnés; l'immobilité des membres du tronc , des muscles de la face ; des douleurs de toute espèce, l'insensibilité; des sensations de froid, de chaud, d'un corps étranger; les aberrations des sens, leur diminution de sensibilité; la folie, riiypochondrie, etc., etc., sont les symptômes principaux que quelques auteurs regardent encore comme caractéristiques des névroses.

Ces maladies sont essentiellement chroniques, et reviennent ordinairement par intervalles plus ou moins réguliers ; elles altèrent peu les organes de la vie organique , de manière que l'individu peut jouir d'une santé à peu près parfaite dans les intermissions plus ou moins longues qui séparent les accès de son affection. Non seulement l'appétit et la nutrition ne sont nullement troublés chez les sujets affectés de névroses , mais la circulation est parfaitement naturelle. Il n'existe aucun phénomène fébrile, et lorsque le. pouls est fort et accéléré, ce phénomène peut être considéré comme secondaire. Les symptômes de l'accès, qui dure peu de temps, sont ordinairement portés à un tel point de violence qu'ils inspirent la terreur et l'effroi; et cependant il est rare qu'ils soient dangereux, et

les malades succombent presque constamment à des aTfections étrangères à leur maladie. La guérison de ces maladies est difficile à obtenir, quels que soient les moyens qu'on emploie; elles ont une durée illimitée , et à la mott elles laissent peu de traces après elles : celles qu'on dit avoir rencontrées sont évidemment l'effet de la maladieplutôt que sa cause organique. La preuve en est que ces altérations arrivent sans névroses, et les névroses sans ces altérations. On peut les considérer comme concomitantes et comme accidentelles. Ainsi, périodicité ou du njoins intermittence, chronicité, apyrexie. santé apparente, violence des phénomènes fonctionnels , brièveté de leur durée , absence de lésions organiques , tels sont les caractères généraux des névroses.

Naguère les névroses étaient nombreuses encore; mais, depuis qu'on cultive la médecine organique d'une manière générale , cette classe d'affections a singulièrement perdu de son domaine, et celles des névroses qu'on regarde encore comme telles sont beaucoup plus rares.

En effet, depuis qu'on est convaincu qu'une lésion fonctionnelle ne peut exister sans une altération organique, et que les lésions des prétendues propriétés vitales sont des absurdités, on cherche à rattacher l'altération des fonctions aux altérations d'organes, et l'on y est parvenu pour un grand nombre de maladies. Je ne doute nullement qu'on

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n'y puisse parvenir pour la plupart de celles qui nous restent à découvrir, et le temps n'est peut-être pas loin de nous où les névroses qui existent encore ne seront plus considérées que comme des symptômes.

Pour s'assurer des progrès dus à la médecine organique, il ne faut que jeter les yeux sur la nomenclature des névroses admises par M. le professeur Pinel il y a dix ans, et l'on verra combien de phénomènes purement symptomatiques ont été mis au nombre de ces maladies. Les névroses des sens comprennent la dysécée, la paracousie, le tintouin, la surdité, la berlue, la diplopie, Vhéméralopie,\a nyciabpie, Vamaurose , etc.; or les ouvertures de corps ont prouvé que la plupart d'entre elles n'étaient que le résultat d'altérations locales ou du sens lui-même, et de ses diverses parties constituantes, ou dit nerf chargé de transmettre l'impression, ou de la portion, du cerveau chargée de la recevoir. Il ne faut que lire l'excellent ouvrage de M. Itard sur les maladies de l'oreille, pour s'assurer de ce que nous avançons : on y verra de combien d'altérations diverses dépendent les phénomènes fonctionnels dont nous venons de parler ; et le seul article Amaurose de Marjolin , dans le Dictionnaire de médecine, suffirait pour prouver ce que nous avançons. Ainsi, pour ce qui concerne les névroses des sens , on doit conclure qu'elles sont bien moins fréquentes qu'autre-

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fois; qu'il en existe sans doute, mais que dans la majorité des cas on peut les rapporter à une lésion sensible des parties nécessaires à l'exécution de la sensation ; que ces lésions sont nombreuses et variées, et qu'en conséquence elles réclament un traitement qui ne doit pas être toujours le mcmCj ce à cjuoi on serait conduit si on les considérait toujours comme des névroses ; qu'enfin c'est aux recherches anatomiques, c'est-à-dire à la médecine organique, qu'on doit rapporter ces véritables progrès.

Si des névroses des sens nous passons à l'examen des névroses cérébrales, nous voyons encore qu'un très grand nombre d'entre elles, considérées comme telles par l'illustre professeur que nous avons cité, ne sont plus regardées aujourd'hui que comme des symptômes d'une multitude d'altérations diverses du cerveau ou de ses dépendances. Parmi les névroses comateuses nous voyons figurer Y apoplexie; mais qu'est-ce que l'apoplexie dans le sens des anciens auteurs, sinon une perte plus ou moins complète de connaissance, avec diminution ou abolition du sentiment et du mouvement? et à quelles lésions organiques ne doit-on pas rapporter cette réunion de phénomènes? Hémorrhagie cérébrale^ encéphalite, méningite avec épanchement séreux , ramollissement, productions accidentelles de toute espèce parvenues à leur dernier terme, maladies du cœur même, etc. , ne don-

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nent-ils pas lieu aux symptômes de l'apoplexie, et dès lors peut-on conserver une même dénomination pour tant d'objets divers ? Et à quoi devonsnous ces lumières, Sinon à la médecine organique?

Les ouvertures de corps n'ont pas encore dévoilé quelle était la lésion qui donnait lieu à la catalepsie, et jusqu'à nouvel ordre il faudra la considérer comme une névrose; mais tout ne porte-t-il pas à espérer qu'on en découvrira la cause organique.

Nous devons malheureusement dire la même chose de l'épilepsie , malgré les louables travaux entrepris par quelques jeunes médecins.

Mais un genre de névroses dans lesquelles la médecine organique a exercé la plus heureuse influence c'est sans contredit celles de la locomotion. Les convulsions et la paralysie sont les exemples les plus frappants des progrès dont nous parlons. Ce que nous avons dit à ce sujet dans le premier volume de cet ouvrage nous dispense d'entrer dans de nouveaux détails, et doit nous faire conclure que s'il reste encore des convulsions et des paralysies nerveuses^ elles sont sans doute bien rares, comparées à ce qu'elles étaient" alors. A quoi doit-on cet heureux changement, sinon à la culture de la médecine organique? Beaucoup de névroses de la voix, des organes de la digestion, de la respiration , et principalement Vasthme des vieillards, de la circulation, etc., ont siugulière-

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ment diminué de fréquence, et ont été rattachées à des' lésions organiques; et comme le traitement de ces maladies ne saurait être le même, on ne peut contester que la médecine n'ait fait des progrès importants depuis cette époque, même sous le rapport de la thérapeutique. Ainsi nous avons démontré dans notre article Galvanisme du Dictionnaire de médecine^ que les expériences de Hallé et Mauduyt sur cinquanie-un paralytiques, quoique faites avec beaucoup d'exactitude, péchaient par la base, puisqu'il aurait fallu déterminer quelle était la maladie du cerveau ou de ses annexes qui produisait ce phénomène fonctionnel.

Quoi qu'il en soit, M. Georget n'en a pas moins eu raison de chercher à établir une différence entre les névroses et les autres maladies ; car bien que leur nombre et leur fréquence soient diminués de beaucoup, il en reste toujours d'incontestables et qu'on ne saurait confondre avec d'autres maladies.

D'après cela l'on pense bien que nous ne partageons pas l'opinion de ceux qui rattachent toutes les névroses aux inflammations, et les confondent ensemble.

Les phénomènes fonctionnels des névroses que nous avons exposés tout à l'heure doivent suffire pour faire reconnaître que celles qui méritent véritablement ce nom diffèrent essentiellement des inflammations; si cela ne suffisait pas, nous ren-

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voyons le lecteur à l'article de M. Georget ; et que celles qui ne sont que symptomatiques sont le résultat d'une nnultitude d'altérations organiques diverses.

Mais à quelle modification d'organe (car d'après nos principes il en faut une) devrons-nous rapporter les phénomènes véritablement nerveux? Ici s'ouvre l'immense champ des conjectures: là où nos sens cessent de nous servir de guides, parcequ'ils n'ont plus de prise, nous devons nous abstenir de raisonner, sous peine de nous égarer ; cependant il est permis de présumer que la plupart des phénomènes vraiment nerveux sont dus à des perversions de l'innervation , à l'accumulation de l'agent nerveux, dans certains cas, tels que les douleurs, les névralgies, etc., à la soustraction de cet agent , comme dans quelques paralysies très tares, dans la syncope, l'asphyxie, etc.

Pour cette raison il sera sans doute toujours très difficile et peut-être impossible de reconnaître les causes organiques de l'épilepsie par exemple. R.emarquez que tous les phénomènes de l'épilepsie peuvent être produits volontairement : nous pouvons contracter violemment et relâcher alternativement nos membres; dans ces cas, que doit-il se passer dans la portion du cerveau qui préside aux mouvements? Précisément la même modification organique : car produire une contraction volontairement ou involontairement, c'est toujours pro-

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dnire cette contraction ; il ne faut dans l'un et l'autre cas que la même modification organique. Remarquez de plus que la contraction épilcptique est passagère , qu'après elle il ne reste plus rien , pas plus qu'après la contraction volontaire ; et concluez que dans un cas comme dans l'autre la modification organique est fugace, passagère, semblable ou du moins analogue et dans la maladie et dans la contraction produite par la volonté, et par conséquent insaisissable après la mort.

Voilà donc déjà trois groupes de maladies qui ne sont pas de la môme nature. Nous pourrions y joindre tout de suite les maladies intermittentes, les altérations des fluides, telles que l'anémie, la polysémie ou pléthore, la congestion générale ou locale, le scorbut, et sans doute des altérations analogues encore inconnues aujourd'hui dans les autres fluides de l'organisme ; nous aurons occasion d'y revenir plus tard. Nous nous bornerons â ces considérations générales sur les différences générales des maladies ; mais nous ne saurions cependant les terminer saris jeter un coup d'œil sur les principales lésions de tissus auxquelles nos organes sont exposés.

Des principales altérations morbides des organes. -

Dans un temps qui n'est pas bien éloigné de ' nous on ne donnait le nom de maladies organiques ^ lésions ou altérations organiques, qu'à des

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affections qui altéraient profondément le tissu des organes ou donnaient naissance à des productions nouvelles insolites dans la partie où elles se présentaient, soit' que. ces productions eussent des analogues dans les tissus sains , soit qu'elles n'en eussent pas. Rien n'était par conséquent plus vague que cette dénomination, et cela devait être, puisque les connaissances qu'on possédait en anatomie pathologique étaient elles-mêmes peu étendues , peu positives.

Aujourd'hui les recherches cadavériques ont prouvé que la plupart des maladies laissaient après elles, dans nos organes , des traces plus ou moins profondes. Un raisonnement sévère a prouvé que les maladies après lesquelles on ne rencontrait aucune trace sensible n'en devaient pas moins dépendre d'une lésion de nos organes ou i-de leurs principes constituants , de manière qu'il est impossible maintenant de conserver cette distinction des maladies en organiques et anorganiques. Tout est organique dans l'homme , nous ne saurions trop le répéter. D'après ces principes, nous considérons les traces les plus légères d'inflammation , par exemple, comme des altérations organi({nes.

Pvedisons-le, il ne saurait y avoir de lésions vitales propres à la vie , parceque la vie n'est rien par elle-même: elle n'est qu'un effet de l'arrangement moléculaire , de la disposition organique ;

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or si la vie n'est pas un être à part, si elle n'est qu'un effet, elle ne peut offrir de dérangements par elle-même, indépendamment des organes qui lui donnent lieu- Cela est tellement vrai que, dans l'état de santé même, il ne peut arriver la moindre modification fonctionnelle sans qu'il n'y'ait en même temps une modification organique correspondante. Augmentation, diminution, perversion, abolition de fonctions , rien ne peut arriver sans le concours des organes : ainsi tous ces changements sont des phénomènes organiques. Nous ne saurions partager l'opinion des médecins qui admettent des lésions vitales, sur la simple raison qu'ils ne connaissent pas les lésions organiques qui donnent lieu à certains phénomènes; ainsi, de ce qu'ils ne connaissent nullement la différence qui existe entre un individu qui dort et un individu qui veille, ils se croient autorisés à admettre des lésions vitales. Ils prétendent qu'entre ces deux états il y a presque autant de différence qu'entre la vie et la mort. Nous ne pouvons laisser passer une semblable proposition. Dans le sommeil, il n'y a de suspension que dans l'action des sens extérieurs ; mais la digestion, la respiration, la circulation, la calorification , les exhalations , les absorptions , la nutrition , s'exercent encore parfaitement ; la sensibilité, la contraclilité et l'exercice des organes génitaux sont loin d'être suspendus : et l'on compare cet état à la mort! C'est bien se contenter des

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plus grossières apparences. Quoi qu'il en soit, il y a même dans cet état une modification organique, et de ce qu'on ne la connaît pas , on n'est point autorisé à regarder l'effet fonctionnel comme une lésion vitale.

Ainsi tout éiant organique dans l'iiomme, on ne saurait conserver la distinction de lésions vi- . taies et de lésions organiques : pour les premières, on doit simplement les classer dans les lésions encore inconnues. Tous les jours en voient diminuer le nombre , ainsi que nous l'avons vu dans le paragraphe précédent.

Celles que nos moyens d'investigation nous ont fait reconnaître et nous font encore reconnaître journellement sont extrêmement noriibreuses, et tellement qu'elles ont exigé une classification particulière. Cette classification présente de nombreuses difficultés, et les auteurs qui se sont le plus occupés de cette matière sont loin d'être d'accord à cet égard. Pour nous, laissant de côté ces divisions scolastiques peu importantes à l'art , nous nous bornerons à l'exposition des faits principaux. Pour aider la rnémoire nous adopterons l'ordre suivant :

r Lésions iraumaùques. Elles forment la plus grande partie du domaine de la chirurgie, et nous ne devons que les mentionner ici : ce sont les contusions , les plaies, les fractures, les luxations ; nous y mettrons aussi les hernies , bien qu'elles

l38 DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DlFFÉRENTIEt.

dépendent d'une action spontanée, parcequ'elles ne consistent que dans un simple déplacement.

2° Lésions spontanées, c'est-à-dire arrivant dans la très grande majorité des cas sous l'influence d'une cause prochaine inappréciable.

A. Allérations du tissu des organes et des f aides de l'organisme. Augmentation et diminution de ■volume , hypertrophie et atrophie ; dilatation et rétrécissement de tous les conduits; perversion de nutrition, ramollissement et endurcissement des tissus ; rupture des vaisseaux et des organes ; inflammalion des tissus; diverses formes de l'inflammation ci-dessus exposées , résolution, suppuration , pus, ulcérations, jusques et y compris la mort des parties; anémie, polyœmie, congestion dans divers organes, altération du sang; sans doute augmentation , diminution et altération de la lymphe ; augmentation, diminution, perversion de l'agent nerveux , et ai nsi de suite de l'altération de tous les fluides de l'économie animale (i).

B. Productions accidentelles. On les a distinguées

(i) Pour faire un ensemble régulier, on pourrait donner à ces allérations au fur et à mesure qu'on les découvrirait , les noms suivanls dérivés du grec : anémie, polyaemie, cacoëmie; alymphie, polylymphie, cacolymphie; aneurie, polyneurie, caconeurie, etc.. ; mais dans ce moment les alleralions des Quides ne sont pas assez connues pour qu'il soit nécessaire d'introduire ces mots insolites dans la palhologie.

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en productions anorganiqiies et en productions organisées ; accumulation de sérosité dans les cavités ou dans l'interstice des parenchymes; accumulation de graisse, d'air; dépôts de matières colorantes; concrétions albumineuses ; dépôts calcaires , calculs , etc.

a. Tissus accidentels qui ont leurs analogues dans l'organisme. Tissus cutané , séreux , muqueux , ligamenteux , cartilagineux , osseux , yasculaire , cellulaire , corné.

b. Productions accidentelles hétérologues. Tuber-, cules , mélanose , cancer ou squirrhe, encéphaloïde, cirrhose , sclérose ; loupes , mélicéris, athé*rômes , etc.

c. Corps étrangers animés, entozoaires , animait parasites.

Nous allons donner une idée sommaire de ces principales altérations organiques que nous venons de citer , parceque sans cette connaissance préliminaire il est impossible de comprendre les détails dans lesquels nous entrerons bientôt en parlant des phénomènes morbides présentés par chaque organe en particulier.

Les divers organes de l'économie peuvent avoir dans l'état sain un certain développem^ent nécessaire à l'exercice de leurs fonctions: si ce développement n'est pas suffisant, ce que l'on apprécie facilement lorsqu'on connaît le volume naturel de

l4o DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFÉRENTIEL.

l'organe, et en comparant cet organe à la stature de l'individu et au volume des autres organes , et aussi parceque cet organe ne peut remplir ou remplit avec peine la fonction qui lui est confiée , c'est Y atrophie. Les organes diminuent de volume, et par les pertes qu'ils éprouvent, et par le défaut de réparation. Cette dernière cause est la plus fréquente, et c'est elle qui a donné son nom à la maladie qui nous occupe. Cette atrophie, cette diminution de nutrition peut avoir lieu de plusieurs manières : l'organe étant condamné au repos par une cause quelconque , les fluides cessent d'être appelés vers lui, et la diminution de volume doit nécessairement avoir lieu. Lorsque par une cause quelconque le sang artériel cesse d'arriver dans un membre ou un viscère, ces parties s'alrophient. Lorsqu'une portion du cerveau a été détruite par une cause, quelle qu'elle soit, l'innervation n'ayant plus lieu , l'action de lorgane est suspendue , la nutrition cesse, et l'atrophie en résulte. C'est ce que j'ai fréquemment observé chez les idiots qui présentaient une atrophie congéniale des membres : chez eux la portion opposée du cerveau présente toujours une destruction sensible. Ainsi l'inaction de l'organe est la première cause de l'atrophie ; le défaut d'innervation et de circulation est luimême larais,on la plus ordinaire de cette inaction. L'organe peut trouver la cause de son inaction dans l'altération eiême de son parenchyme : c'est

ALTERAT. MOBB. DES ORGANES.

ce que l'on observe à la suite des inflammations, qui ont souvent pour effet , à la suite d'une suppuration résorbée, ou même d'une résolution imparfaite, de rapprocher les molécules organiques, de lôs appliquer les unes contre les autres, de les rendre plus denses et pour ainsi dire adhérentes les unes aux autres : dans cet état l'organe cesse • son action et diminue de volume; mais si l'inflammation est, dans ce cas, la cause de l'atrophie, ce n'est pas une raison de croire qu'il en soit toujours ainsi. Les exemples que nous venons de citer le prouventévidemment.Une compression continuelle exercée sur un viscère empêche sou développement, son action , et détermine à la longue sa diminution de volume : c'est ce qu'on observe pour le poumon à la suite des épanchements séreux, etc.

Lorsqu'un organe dépasse son volume physiologique au point qli'il ne peut plus exécuter là fonction qui lui est confiée, on dit que cet organe est hypertrophié. Cette altération est l'inverse de la précédente sous tous les rapports. Ainsi elle suppose nécessairement une augmentation d'action dans l'organe qu'elle affecte. Cette augmentation d'action peut être simplement physiologique , produite par la volonté, ou bien être nécessitée par quelque obstacle apporté à l'exercice de l'organe. Cette dernière cause, signalée par Corvisart, se rencontre surtout dans l'hypertrophie du cœur ; il

l4a Diagnostic spécial et différentiel.

existepresque constamment dans ce cas un obstacle au libre cours du sang dans les vaisseaux ou à son passage dans les diverses cavités du cœur. L'augmentation d'exercice d'un organe détermine l'appel des fluides, et par suite l'accroissement de volume, l'hypertrophie. 11 pourrait se faire ce- • pendant que l'hypertrophie dépendît simplement d'une disposition native. Ainsi l'on sait que des individus naissent avec des épaules larges , avec des muscles gastrocnémiens développés ; mais il est rare que cette espèce d'hypertrophie congénitale aille jusqu'à gêner, intervertir, suspendre l'exercice des organes.

La plupart de nos conduits et même de nos réservoirs sont susceptibles de dilatation. Cette dilatation reconnaît aussi pour cause un obstacle au libre cours des fluides qui circulent dans ces conduits ou qui doivent être expulsés des réservoirs où ils séjournent. Il est à remarquer que presque toujours, dans les cas de dilatation, d'anévrysme des conduits ou des vésicules, leurs parois sont augmentées d'épaisseur. Pour juger delà dilatation de ces organes il faut connaître leur volume dans l'état sain, et le volume relatif de l'individu et des autres organes. Le cœur, les artères et les veines, les bronches, les cellules pulmonaires, l'œsophage, l'estomac, les intestins, les conduits lacrymaux, sahvaires , biliaires et la vésicule du fiel , les con-

duits pancréatiques, les uretères, la vessie, l'urèthre, les vésicules spermatiques et leurs canaux déférents, etc. , ont été trouvés dilatés et très souvent en même temps augmentés d'épaisseur.

L'état opposé, c'est-à-dire l'oblitération des conduits, s'observe fréquemment. Cette oblitération est complète et incomplète. Llle a pour cause, ou l'altération des parois de ces conduits , ou leur compression. Assez généralement, lorsqu'un conduit est oblitéré dans un point, il est dilaté immédiatement au-dessus de l'obstacle , et il n'est pas rare d'observer les deux altérations à la fois; l'ossification des parois artérielles, résultat des progrès de l'âge , est la cause organique la plus ordinaire de l'oblitération plus ou moins prononcée des artères. L'épaississement des membranes qui tapissent les conduits excréteurs rétrécit et oblitère plus ou moins complètement l'aire de ces conduits; les uns et les autres peuvent être comprimés par des corps développés dans leurs parois ou dans leur voisinage , etc.

La nutrition des organes peut cesser d'être régulière, soit que cette anomalie résulte de l'inflammation, soit qu'elle dépende d'une cause inappréciée, inconnue, telle que l'infiltration de quelque fluide dans le parenchyme même de l'organe, ou toute autre. Le tissu des viscères perd sa consis-

l44 DIAGNOSTIC SrÉOlAt ILT DIFFÉRENTIEL.

tance naturelle avec ou sans changement de couleur ; d'autres fois la consistance des organes augmente sensiblement. Ces divers états sont facilement appréciés par ceux qui se livrent avec quelque suite aux travaux d'anatomie pathologique. La comparaison de l'état morbide avec l'état sain les fait reconnaître avec facilité. Souvent ces changements de consistance sont bornés, circonscrits; il est alors facile de les distinguer en comparant la portion malade avec les parties saines. Le cerveau, le foie, et en général les organes parenchymateux, sont exposés à ces altérations , dont les autres organes et les os eux-mêmes ne sont pas exempts.

Lorsqu'un organe contractile a été ulcéré ou simplement altéré dans sa structure par un travail morbide quelconque , et qu'il vient à se contracter vivement, il peut se rompre, se déchiier. Cet accident même peut arriver sans altération préalable de tissu , ainsi que nous l'avons vu pour le cœur. Un vaisseau dont les parois sont ossifiées ou affectées d'une lésion primitive quelconque peut se rompre. Ces accidents graves sont en général faciles à reconnaître ; cependant si le vaisseau rompu est d'un petit" volume et profondément situé dans le tissu même d'un organe , il est quelquefois impossible de le découvrir: l'épanchement de sang est la seule présomption que l'on puisse avoir sur l'çxistence de cette altération , et nous avons vu

ALTÉRÂT. MORB. DES ORGANES. l/jS

que ce signe ne suffisait pas pour établir cette existence d'une manière incontestable.

Nous passerons sous silence les phénomènes organiques produits habituellement parle travail inflammatoire, pour ne pas tomber dans des répétitions superflues.

Vanémte d'un organe, ou l'absence de sang dans cet organe, est déterminée par deux causes : la première, la plus évidente, la plus efficace, est sans contredit une perte considérable de sang, naturelle, accidentelle ou provoquée par l'art; la seconde est le défaut de réparation , l'abstinence des aliments et l'usage exclusif de l'eau. Les signes organiques de l'anémie sont la pâleur, la décoloration des organes et des tissus, l'affaissement des vaisseaux, lesquels ne contiennent plus ou du moins que très peu de sang; en les comprimant on a beaucoup de peine à provoquer l'issue d'une très faible quantité de ce fluide.

Dans la pléthore^ la polyœmîe^ au contraire, ces mêmes organes sont rouges, colorés; lorsqu'on les coupe, on voit sourdre, par les orifices béants des vaisseaux, une multitude de gouttelettes de sang. Les vaisseaux d'un certain calibre sont dilatés, développés , remplis de sang. Cette pléthore peut être portée à un haut degré , être arrivée plus ou moins

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