‹ Traité élémentaire de diagnostic, de pronostic, d'indications thérapeutiques, ou cours de médecine clinique (volume 3)Chapitre 11 sur 40 · SÉCRÉTIONS MORBIDES · texte numérisé non relu

SÉCRÉTIONS MORBIDES

quelque simple que soit cette théorie, quelque satisfaisante qu'elle soit pour l’esprit , il faut cependant avouer qu’elle ne nous paraît pas toujours d’accord avec l’expérience.

L’inflammation des organes sécrétoires diminue d’abord, ainsi que nous l’aVons vu, le fluide sécrété, bientôt l’altère dans sa composition, l’augmente ensuite, et bientôt lui permet de reprendre ses qualités premières; mais il est des circonstances où tout-à-coup et sans cause bien appréciable le fluide sécrétéaugmente d’une manière excessive, et bientôt et d’une manière tout aussi inopinée revient à son type normal. Quelquefois il persiste un temps plus ou moins long, conservant toutes les qualités qu’il présentait dans l’état physiologique, d’autres fois offrant quelque perversion dans sa composition.

Les deux sécrétions morbides les plus extraordinaires et les plus inexplicables ce sont sans contredit le choléra morbus et le diabètes, dont nous donnerons les caractères fonctionnels; quant aux caractères organiques, nous devons avouer qu’ils nous sont entièrement inconnus , et nous pensons que ceux qui attribuent ces sécrétions pathologiques à l’irritation de ces organes ne sont pas plus avancés que nous. Certes , dans nos principes de médecine physique , il est impossible qu’il n’existe pas une lésion dans l’organe sécréteur, mais cette lésion de tissu s’est jusqu’ici dérobée à nos reclier-

1 34 r »IA<ÏN0STIG spécial et DIEFÉRENTIEI.

elles. Quant aux phénomènes fonctionnels , on doit avouer qu’ils ne ressemblent nullement à ceux que nous avons attribués à l’inflammation.

Des névroses en général.

Existe-t-il une classe distincte d’affections qui mérite le nom de névroses , ou bien ce mot n’a-t-il été donné qu’à des phénomènes fonctionnels dépendant d’altérations organiques qu’on avait méconnues.^ Les névroses sont-elles toutes des phlegmasies? Tel est l’état actuel de la médecine, que les points qui paraissaient jusqu’à ce jour le plus solidement établis ont été remis en question, ont été ébranlés jusque dans leurs fondements, et que quelques-uns même paraissent avoir été renversés sans retour. Ce n’est peut-être pas un mal pour la certitude de l’art de revoir ainsi chacune' des parties qui le composent, de les passer de nouveau au creuset d’une critique sévère. La vérité doit nécessairement jaillir de cet examen. Assez et trop long-temps on a reçu comme des oracles sacrés ce que nos devanciers nous ont transmis; séparons enfin l’or de fexpérience des scories qui l’enveloppent.

Persuadé depuis mon enfance que toutes les altérations fonctionnelles doivent reconnaître pour causes des altérations organiques , je ne voyais pas sans dégoût cette classe de maladies sans siège auxquelles on a donné le nom de névroses. J’étais

convaincu que la plupart ne devaient leur existence qu’à l’ignorance où l’on était sur leur nature, et qu’une observation plus attentive finirait par en dévoiler le siège. J’étais persuadé que toutes les fois que les médecins éprouvaient quelque embarras de diagnostic, ils tranchaient la difficulté en établissant que la maladie était nerveuse. C’est d’après cette manière de voir que j’ai été conduit à découvrir que l’asthme des vieillards, dont on avait fait une prétendue névrose, n’était qu’un symptôme d’une lésion organique, opinion qui n’est plus contestée que par un petit nombre de médecins. C’est d’après elle encore que j’ai été conduit à rattacher la paralysie, considérée jusqu’ici comme une névrose, aux nombreuses altérations du cerveau et de ses dépendances. J’ai la certitude qifune grande quantité de prétendues névroses seront un jour rayées du nombre de cette classe obscure de maladies ; à mesure que la médecine organique. fera des progrès, on verra tomber successivement le voile qui couvre encore beaucoup d’affections qu’on regarde aujourd’hui comme nerveuses, faute de mieux.

Cependant je suis loin de nier que le système nerveux ne soit susceptible de devenir malade : je veux dire seulement qu’on a beaucoup trop exagéré le nombre de ses maladies. Il est à regretter qu’on ne puisse reconnaître le mode de lésion organique qui doit subsister dans le tissu des nerfs.

126 DIAGNOSTIC SPÉCIÂt ET DIEFÉplNTIEI.

Peut-être (mais ce n est là qu’une conjecture) que l’agent nerveux est susceptible de pécher et par excès et par défaut; qu’il peut se trouver en plus et en moins dans les organes, et y produire les accidents qu’on nomme nerveux. Peut-être est-ce à cette cause qu’on doit attribuer les spasmes et les convulsions de toute espèce; et c’est ainsi que nous l’avons entendu , lorsque nous avons dit dans notre premier volume que l’hystérie , l’épilepsie étaient des maladies qui dépendaient de l’altération d’un iluide. L’agent nerveux, paraissant simple de sa nature, ne peut être altéré dans sa composition ; mais rien n’empêche qu’il soit en excès ou en défaut. Dès lors cet agent , échappant à nos moyens d’investigation , se dissipant même après la mort , ne devrait laisser aucune trace de sa présence. Cette pensée fera toujours le désespoir de la médecine organique. >

Ainsi, quoique dans beaucoup de cas on ait exagéré le nombre des maladies nerveuses , on ne peut cependant s’empêcher d’en reconnaître l’existence.

M. Georget nous paraît être dans la voie de la saine médecine lorsqu’il emploie ses efforts à établir que les névroses ne sont pas des inflammations; mais, entraîné par un sujet qu’il affectionne, ce médecin distingué nous semble quelquefois dépasser le but.

Les symptômes qui caractérisent les maladies nerveuses sont des modifications du mouvement

Ï)ES NÉVROSES EN GÉnÉRAÉ# i2*J

OU du sentiment, des sens et de luitelligence ; ils sont infiniment nombreux et variés, ainsi que nous îe verrons en traitant des maladies qu’on regarde encore comme des névroses.

Les tremblements, les convulsions, les spasmes, les mouvements désordonnés; l’immobilité des membres du tronc , des muscles de la face ; des douleurs de touté espèce, l’insensibilité; des sensations de froid, de chaud, d’un corps étranger; les aberrations des sens, leur diminution de sensibilité ; la folie, riiypochondrie, etc., etc., sont les symptômes principaux que quelques auteurs regardent encore comme caractéristiques des névroses.

Ces maladies sont essentiellement chroniques, et reviennent ordinairement par intervalles plus ou moins réguliers ; elles altèrent peu les organes de la vie organique , de manière que l’individu peut jouir d’une santé à peu près parfaite dans les intermissions plus ou moins longues qui séparent les accès de son affection. Non seulement l’appétit et la nutrition ne sont nullement troublés chez les sujets affectés de névroses , mais la circulation est parfaitement naturelle. Il ri’existe aucun phénomène fébrile, et lorsque le pouls est fort et accéléré, ce phénomène peut être considéré comme secondaire. Les symptômes de l’accès, qui dure peu de temps, sont ordinairement portés à un tel point de violence qu’ils inspirent la terreur et l’elfroi; et cependant il est rare qu’ils soient dangereux, et

128 DIAGNOSTIC STÉClAt ET DIFFÉRENTIEL.

les malades succombent presque constamment à des affections étrangères à leur maladie. La guérison de ces maladies est difficile à obtenir, quels que soient les moyens qu’onemploie; elles ont une durée illimitée, et à la mort elles laissent peu de traces après elles : celles qu'on dit avoir rencontrées sont évidemment l’effet de la maladieplutôt que sa cause organique. La preuve en est que ces altérations arrivent sans névroses, et les névroses sans ces altérations. On peut les considérer comme concomitantes et comme accidentelles. Ainsi, périodicité ou du moins intermittence, chronicité, apyrexie, santé apparente, violence des phénomènes fonctionnels , brièveté de leur durée , absence* de lésions organiques , tels sont les caractères généraux des névroses.

Naguère les névroses étaient nombreuses encore; mais, depuis qu’on cultive la médecine organique d’une manière générale , cette classe d’affections a singulièrement perdu de son domaine, et celles des névroses qu’on regarde encore comme telles sont beaucoup plus rares.

En effet, depuis qu’on esf convaincu qu’une lésion fonctionnelle ne peut exister sans une altération organique, et que les lésions des prétendues propriétés vitales sont des absurdités, on cherche à rattacher l’altération des fonctions aux altérations d’organes, et l’on y est parvenu pour un grand nombre de maladies. Je ne doute nullement qu’on

n’y puisse parvenir pour la plupart de celles qui nous restent à découvrir, et le temps n’est peut-être pas loin de nous où les névroses qui existent encore ne seront plus considérées que comme des symptômes.

Pour s’assurer des progrès dus à la médecine organique, il ne faut que jeter les yeux sur la nomenclature des névroses admises par M. le professeur Pinel il y a dix ans, et l’on verra combien de phénomènes purement symptomatiques ont été mis au. nombre de ces maladies. Les névroses des sens comprennent la dysécée^ la paracousicy le tiniouin^ la surdité^ la berlue^ la diplopie, ïhéméralopie,\a nyctalopicj V amaurose ^ etc.; or les ouvertures de corps ont prouvé que la plupart d’entre elles n’étaient que le résultat d’altérations locales ou du sens lui-même , et de ses diverses parties constituantes, ou du nerf chargé de transmettre l’impression, ou de la portion du cerveau chargée de la recevoir. Il ne faut que lire l’excellent ouvrage de M. Itard sur les maladies de l’oreille, pour s’assurer de ce que nous avançons : on y verra de combien d’altérations diverses dépendent les phénomènes fonctionnels dont nous venons de parler ; et le seul article Amaurose de M. Marjolin , dans le Dictionnaire de médeciney suffirait pour prouver ce que nous avançons. Ainsi, pour ce qui concerne les névroses des sens , on doit conclure qu’elles sont bien moins fréquentes qu’autren. 9

l5o DIAGNOSTIC SPECIAL ET DIFFÉRENTIEL.

fois ; qu’il en existe sans doute, mais que dans la majorité des cas on peut les rapporter à une lésion sensible des parties nécessaires à l’exécution de la sensation ; que ces lésions sont nombreuses et variées, et qu’en conséquence elles réclament ün traitement qui ne doit pas être toujours le mêrne^ ce à quoi on serait conduit si on les considérait toujours comme des névroses ; qu’enfm c’est aux recherches anatomiques, c’est-à-dire à la médecine organique, qu’on doit rapporter ces véritables progrès.

Si des névroses des sens nous passons à l’examen des névroses cérébrales, nous voyons encore qu’un très grand nombre d’entre elles, considérées comme telles par l’illustre professeur que nous avons cité, ne sont plus regardées aujourd’hui que comme des symptômes d’une multitude d’altérations diverses du cerveau ou de ses dépendances. Parmi les névroses comateuses nous voyons figurer V apoplexie ; mais qu’est-ce que l’apoplexie dans le sens des anciens auteurs, sinon une perte plus ou moins complète de connaissance, avec diminution ou abolition du sentiment et du mou-

vement? et à quelles lésions organiques ne doit-on pas rapporter cette réunion de phénomènes? Hémorrhagie cérébrale ^ encéphalite , méningite avec épanchement séreux ^ ramollissement ^ productions accidentelles de toute espèce parvenues à leur dernier terme, maladies du cœur même, etc. , ne don-

DES NÉVROSES EN GENERAL. l3l

nent-ils pas lieu aux symptômes de l’apoplexie, et dès lors peut-oii conserver une même dénomination pour tant d’objets divers ? Et à quoi devonsnous ces lumières, sinon à la médecine organique?

Les ouvertures de corps n’ont pas encore dévoilé quelle était la lésion qui donnait lieu à la catalepsie, et jusqu’à nouvel ordre il faudra la considérer comme une névrose ; mais tout ne porte-t'il pas à espérer qu’on en découvrira la cause organique.

Nous devons malheureusement dire la même chose de l’épilepsie , malgré les louables travaux entrepris par quelques jeunes médecins.

Mais un genre de névroses dans lesquelles la médecine organique a exercé la plus heureuse influence c’est sans contredit celles de la locomotion. Les convulsions et la paralysie sont les exemples les plus frappants des progrès dont nous parlons. Ce que nous avons dit à ce sujet dans le premier volume de cet ouvrage nous dispense d’entrer dans de nouveaux détails, et doit nous faire conclure que s’il reste encore des convulsions et des paral3'’sies nerveuses^ elles sont sans doute bien rares, comparées à ce qu’elles étaient alors. A quoi doit-on cet heureux changement, sinon à la culture de la médecine organique ? Beaucoup de névroses de la voix, des organes de la digestion, de la respiration , et principalement Vasthme des vieillards^ de la circulation, etc., ont singulière-

i52 diagnostic spécial et différentiel.

ment diminué de fréquence, et ont été rattachées à des lésions organiques; et comme le traitement de ces maladies ne saurait être le même, on ne peut contester que la médecine n’ait fait des progrès importants depuis cette époque, même sous le rapport de la thérapeutique. Ainsi nous avons démontré dans notre article Galvanisme du Dictionnaire de médecine^ que les expériences de Hallé et Mauduyt sur cinquante-un paralytiques, quoique faites avec beaucoup d’exactitude, péchaient par la base, puisqu’il aurait fallu déterminer quelle était la maladie du cerveau ou de ses annexes qui produisait ce phénomène fonctionnel.

Quoi qu’il en soit, M. Georget n’en a pas moins eu raison de chercher à établir une différence entre les névroses et les autres maladies ; car bien que leur nombre et leur fréquence soient diminués de beaucoup, il en reste toujours d’incontestables et qu’on ne saurait confondre avec d’autres maladies.

D’après cela l’on pense bien que nous ne partageons pas l’opinion de ceux qui rattachent toutes les névroses aux inflammations, et les confondent ensemble.

Les phénomènes fonctionnels des névroses que nous avons exposés tout à l’heure doivent suffire pour faire reconnaître que celles qui méritent véritablement ce nom diffèrent essentiellement des inflammations ; si cela ne suffisait pas, nous ren-

DES NÉVROSES EN GENERAL, l35

voyons le lecteur à larticle de M. Georget; et que celles qui ne sont que symptomatiques sont le résultat d’une multitude d’altérations organiques diverses.

Mais à quelle modification d’organe (car d’après nos principes il en faut une) devrons-nous rapporter les phénomènes véritablement nerveux? Ici s’ouvre l’immense champ des conjectures; là où nos sens cessent de nous servir de guides, parcequ’ils n’ont plus de prise, nous devons nous abstenir de raisonner, sous peine de nous égarer ; cependant il est permis de présumer que la plupart des phénomènes vraiment nerveux sont dus à des perversions de l’innervation, à l’accumulation de l’agent nerveux, dans certains cas, tels que les douleurs , les névralgies , etc., à la soustraction de cet agent , comme dans quelques paralysies très rares, dans la syncope, l’asphyxie, etc.

Pour cette raison il sera sans doute toujours très difficile et peut-être impossible de reconnaître les causes organiques de l’épilepsie par exemple. Piemarquez que tous les phénomènes de l’épilepsie peuvent être produits volontairement : nous pouvons contracter violemment et relâcher alternativement nos membres; dans ces cas, que doit-il se passer dans la portion du cerveau qui préside aux mouvements? Précisément la même modification organique ; car produire une contraction volontairement ou involontairement, c’est toujours pro-

l34 DIAGNOSTIC SP:ÉGIAL ET DIFFÉRENTÏEE.

duire cette contraction ; il ne faut dans l’un et l’autre cas que la même modification organique. Remarquez de plus que la contraction épileptique est passagère, qu’après elle il ne reste plus rien, pas plus qu’après la contraction volontaire ; et concluez que dans un cas comme dans l’autre la modification organique est fugace, passagère, semblable ou du moins analogue et dans la maladie et dans la contraction produite par la volonté, et par conséquent insaisissable après la mort.

Voilà donc déjà trois groupes de maladies qui ne sont pas de la môme nature. Nous pourrions y joindre tout de suite les maladies intermittentes, les altérations des fluides, telles que l’anémie, la polyæmie ou pléthore, la congestion générale ou locale, le scorbut, et sans doute des altérations analogues encore inconnues- aujourd’hui dans les autres fluides de l’organisme ; nous aurons occasion d’y revenir plus tard. Nous nous bornerons à ces considérations générales sur les différences générales des maladies ; mais nous ne saurions cependant les terminer sans jeter un coup d’œil sur les principales lésions de tissus auxquelles nos organes sont exposés.

Des principales altérations morbides des organes.

Dans un temps qui n’est pas bien éloigné de nous on ne donnait le nom de maladies organiques^ lésions ou altérations organiques , qu’à des

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affections qui altéraient profondément le tissu des organes ou donnaient naissance à des productions nouvelles insolites dans la partie où elles se présentaient, soit que ces productions eussent des analogues dans les tissus sains, soit qu’elies n’en eussent pas. Pûen n’était par conséquent plus vague que cette dénomination, et cela devait être, puisque les connaissances qu’on possédait en anatomie pathologique étaient elles-mêmes peu étendues , peu positives.

Aujourd’hui les recherches cadavériques ont prouvé que la plupart des maladies laissaient après elles, dans nos organes , des traces plus ou moins profondes. Un raisonnement sévère a prouvé que les maladies après lesquelles on ne rencontrait aucune trace sensible n’en devaient pas moins dépendre d’une lésion de nos organes ou de leurs principes constituants, de manière qu’il est impossible maintenant de conserver cette distinction des maladies en organiques et anorganiques. Tout est organique dans l’homme, nous ne saurions trop le répéter. D’après ces principes, nous considérons les traces les plus légères d’inflammation , par exemple, comme des altérations organiques.

Redisons-le, il ne saurait y avoir de lésions vitales propres à la vie, parceque la vie n’est rien par elle-même: elle n’est qu’un effet de l’arrangement moléculaire, de la disposition organique;

l36 DIA6N0STIC SPÉCIAL ET DIFFÉRENTIEL.

or si la vie n’est pas un être a part, si elle n’est qu’un effet, elle ne peut offrir de dérangements par elle-même , indépendamment des organes qui lui donnent lieu. Cela est tellement vrai que, dans l’état de santé même, il ne peut arriver la moindre modification fonctionnelle sans qu’il n’y ait en même temps une modification organique correspondante. Augmentation, diminution, perversion, abolition de fonctions , rien ne peut arriver sans le concours des organes : ainsi tous ces changements sont des phénomènes organiques. Nous ne saurions partager l’opinion des médecins qui admettent des lésions vitales , sur la simple raison qu’ils ne connaissent pas les lésions organiques qui donnent lieu à certains phénomènes; ainsi, de ce qu’ils ne connaissent nullement la différence qui existe entre un individu qui dort et un individu qui veille, ils se croient autorisés à admettre des lésions vitales. Ils prétendent qu’entre ces deux états il y a presque autant de différence qu’entre la vie et la mort. Nous ne pouvons laisser passer une semblable proposition. Dans le sommeil , il n’y a de suspension que dans l’action des sens extérieurs; mais la digestion , la respiration , la circulation , la calorification , les exhalations , les absorptions , la nutrition , s’exercent encore parfaitement ; la sensibilité, la contractilité et l’exercice des organes génitaux sont loin d’être suspendus : et l’on compare cet état à la mort! C’est bien se contenter des

ALTERAT. MORE. DES ORGANES. iSj

plus grossières apparences. Quoi qu’il en soit, il y a même dans cet état une modification organique, et de ce qu’on ne la connaît pas , on n’est point autorisé à regarder l’effet fonctionnel comme une lésion vitale. /

Ainsi tout étant organique dans l’homme, on ne saurait conserver la distinction de lésions vitales et de lésions organiques: pour les premières, on doit simplement les classer dans les lésions encore inconnues. Tous les jours en voient diminuer le nombre , ainsi que nous bavons vu dans le paragraphe précédent.

Celles que nos moyens d’investigation nous ont fait reconnaître et nous font encore reconnaître journellement sont extrêmement nombreuses, et tellement qu’elles ont exigé une classification particulière. Cette classification présente de nombreuses difficultés , et les auteurs qui se sont le plus occupés de cette matière sont loin d’être d’accord à cet égard. Pour nous, laissant de côté ces divisions scolastiques peu importantes à l’art, nous nous bornerons à l’exposition des faits principaux. Pour aider la mémoire nous adopterons l’ordre suivant :

Lésions traumaliques. Elles forment la plus grande partie du domaine de la chirurgie, et nous ne devons que les mentionner ici : ce sont les contusions , les plaies, les fractures, les luxations; nous y mettrons aussi les hernies . bien qu’elles

î38 DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFÉRENTIEL*

dépendent d’une action spontanée, parcequ’elles ne consistent que dans un simple déplacement.

2° Lésions spontanées , c’est-à-dire arrivant dans la très grande majorité des cas sous l’influence d’une cause prochaine inappréciable.

A. Altérations du tissu des organes et des fluides de r organisme. Augmentation et diminution de volume, hypertrophie et atrophie; dilatation et rétrécissement de tous les conduits ; perversion de nutrition , ramollissement et endurcissement des tissus; rupture des vaisseaux et des organes ; inflammalion des tissus; diverses formes de l’inflammation ci-dessus exposées , résolution, suppuration , pus, ulcérations, jusques et y compris la mort des parties; anémie, polyæmie, congestion dans divers organes, altération du sang; sans doute augmentation , diminution et altération de la lymphe ; augmentation , diminution, perversion de l’agent nerveux, et ainsi de suite de l’altération de tous les fluides de l’économie animale (i).

E. Productions accidentelles. On les a distinguées

(i) Pour faire un ensemble régulier, on pourrait donner aces altérations au fur et à mesure qu’on les découvrirait, les noms suivants dérivés du grec : anémie, polyæmie, cacoëmic; alymphie, polylymphie, cacolymphie; aneurie, polyneurie, caconeurie, etc. ; mais dans ce moment les altérations des fluides ne sont pas assez connues pour qu’il soit nécessaire d’introduire ces mots insolites dans la pathologie.

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en productions anorganiqaes et en productions organisées ; accumulation de sérosité dans les cavités ou dans l’interstice des parenchymes; accumulation de graisse, d’air; dépôts de matières colorantes; concrétions albumineuses ; dépôts calcaires , calculs , etc.

a. Tissus accidentels qui ont leurs analogues dans rorganisme. Tissus cutané , séreux , muqueux , ligamenteux, cartilagineux, osseux, vasculaire, cellulaire , corné.

b. Productions accidentelles hétérologues. Tuber-

cules , mélanose, cancer ou squirrhe , encéplialoïde, cirrhose , sclérose ; loupes , mélicéris, athérômes , etc.

c. Corps étrangers ajiirnés^ enîozoaires , animaux parasites.

Nous allons donner une idée sommaire de ces principales altérations organiques que nous venons de citer, parceque sans cette connaissance préliminaire il est impossible de comprendre les détails dans lesquels nous entrerons bientôt en parlant des phénomènes morbides présentés par chaque organe en particulier.

Les divers organes de l’économie peuvent avoir dans l’état sain un certain développement nécessaire à l’exercice de leurs fonctions: si ce développement n’est pas suffisant, ce que Ton apprécie facilement lorsqu’on connaît le volume naturel de

l4o DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFÉRENTIEL.

Forgane, et en comparant cet organe à la stature de l’individu et au volume des autres organes , et aussi parceque cet organe ne peut remplir ou remplit avec peine la fonction qui lui' est confiée , c’est Vatropliie. Les organes diminuent de volume, et par les pertes qu’ils éprouvent, et par le défaut de réparation. Cette dernière cause est la plus fréquente, et c’est elle qui a donné son nom à la maladie qui nous occupe. Cette atrophie, cette diminution de nutrition peut avoir lieu de plusieurs manières: l’organe étant condamné au repos par une cause quelconque , les fluides cessent d’être appelés vers lui, et la diminution de volume doit nécessairement avoir lieu. Lorsque par une cause quelconque le sang artériel cesse d’arriver dans un membre ou un viscère, ces parties s’atrophient. Lorsqu’une portion du cerveau a été détruite par une cause, quelle qu’elle soit, l’innervation n’ayant plus lieu , l’action de l’organe est suspendue , la nutrition cesse, et l’atrophie en résulte. C’est ce que j’ai fréquemment observé chez les idiots qui présentaient une atrophie congéniale des membres : chez eux la portion opposée du cerveau présente toujours une destruction sensible. Ainsi l’inaction de l’organe est la première cause de l’atrophie ; le défaut d’innervation et de circulation est luimême la raison la plus ordinaire de cette inaction. L’organe peut trouver la cause de son inaction dans l’altération même de son parenchyme : c’est

ce que Ton observe à la suite des inflammations, qui ont souvent pour effet, à la suite d’une suppuration résorbée , ou même d’une résolution imparfaite, de rapprocher les molécules organiques, de les appliquer les unes contre les autres, de les rendre plus denses et pour ainsi dire adhérentes les unes aux autres ; dans cet état l’organe cesse son action et diminue de volume; mais si l’inflammation est, dans ce cas, la cause de l’atrophie, ce n’est pas une raison de croire qu’il en soit toujours ainsi. Les exemples que nous venons de citer le prouvent évidemment.Une compression continuelle exercée sur un viscère empêche son développement, son action, et détermine à la longue sa diminution de volume : c’est ce qu’on observe pour le poumon à la suite des épanchements séreux, etc.

Lorsqu’un organe dépasse son volume physiologique au point qu’il ne peut’ plus exécuter la fonction qui lui est confiée, on dit que cet organe est hypertrophié. Cette altération est l’inverse de la précédente sous tous les rapports. Ainsi elle suppose nécessairement une augmentation d’action • dans l’organe qu’elle affecte. Cette augmentation d’action peut être simplement physiologique , produite par la volonté, ou bien être nécessitée par quelque obstacle apporté à l’exercice de l’organe. Cette dernière cause, signalée par Corvisart, se rencontre surtout dans l’hypertrophie du cœur ; il

existepresque constamment dans ce cas un obstacle au libre cours du sang dans les vaisseaux ou à son passage dans les diverses cavités du cœur. L’augmentation d’exercice d’un organe détermine l’appel des fluides, et par suite l’accroissement de volume, l’hypertrophie. Il pourrait se faire cependant que l’hypertrophie dépendît simplement d’une disposition native. Ainsi l’on sait que des individus naissent avec des épaules larges , avec des muscles gastrocnémiens développés ; mais il est rare que cette espèce d’hypertrophie congénitale aille jusqu’à gêner, intervertir, suspendre l’exercice des organes.

La plupart de nos conduits et même de nos réservoirs sont susceptibles de dilatation. Cette dilatation reconnaît aussi pour cause un obstacle au libre cours des fluides qui circulent dans ces conduits ou qui doivent être expulsés des réservoirs où ils séjournent. Il est à remarquer que presque toujours, dans les cas de dilatation, d’anévrysme des conduits ou des vésicules, leurs parois sont aug- ' montées d’épaisseur. Pour juger delà dilatation de ces organes il faut connaître leur volume dans l’état sain, et le volume relatif de l’individu et des autres organes. Le cœur, les artères et les veines, les bronches, les cellules pulmonaires, l’œsophage, l’estomac, les intestins, les conduits lacrymaux, salivaires , biliaires et la vésicule du fiel , les con-

AITÉRAT. MOKB. DES ORGANES.

doits pancréatiques, les uretères, la vessie, Turèthre, les vésicules spermatiques et leurs canaux déférents, etc. , ont été trouvés dilatés et très souvent en même temps augmentés d’épaisseur.

L’état opposé, c’est-à-dire Voblitération des conduits, s’observe fréquemment. Cette oblitération est complète et incomplète. Elle a pour cause, ou l’altération des parois de ces conduits , ou leur compression. Assez généralement, lorsqu’un conduit est oblitéré dans un point, il est dilaté immédiatement au-dessus de l’obstacle, et il n’est pas rare d’observer les deux altérations à la fois; l’ossification des parois artérielles, résultat des progrès de l’âge , est la cause organique la plus ordinaire de l’oblitération plus ou moins prononcée des artères. L’épaississement des membranes qui tapissent les conduits excréteurs rétrécit et oblitère plus ou moins complètement l’aire de ces conduits; les uns et les autres peuvent être comprimés par des corps développés dans leurs parois ou dans leur voisinage , etc.

La nutrition des organes peut cesser d’être régulière, soit que cette anomalie résulte de l’inflammation, soit qu’elle dépende d’une cause inappréciée, inconnue, telle que l’infdtration de quelque fluide dans le parenchyme même de l’organe, ou toute autre. Le tissu des viscères perd sa consis-

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tance naturelle avec ou sans changement de couleur ; d’autres fois la consistance des organes augmente sensiblement. Ces divers états sont facilement appréciés par ceux qui se livrent avec quelque suite aux travaux d’anatomie pathologique. La comparaison de l’état morbide avec l’état sain les fait reconnaître avec facilité. Souvent ces changements de consistance sont bornés, circonscrits; il est alors facile de les distinguer en comparant la portion malade avec les parties saines. Le cerveau, le foie, et en général les organes pareiich3miateux, sont exposés à ces altérations, dont les autres organes et les os eux-mêmes ne sont pas exempts.

Lorsqu’un organe contractile a été ulcéré ou simplement altéré dans sa structure par un travail morbide quelconque , et qu’il vient à se contracter vivement, il peut se rompre, se déchirer. Cet accident même peut arriver sans altération préalable de tissu, ainsi que nous l’avons vu pour le cœur. Un vaisseau dont les parois sont ossifiées ou affectées d’une lésion primitive quelconque peut se rompre. Ces accidents graves sont en général faciles à reconnaître; cependant si le vaisseau rompu est d’un petit volume et profondément situé dans le tissu même d’un organe , il est quelquefois impossible de le découvrir: l’épanchement de sang est la seule présomption que l’on puisse avoir sur l’existence de cette altération , et nous avons vu

i ALTERAT. MORB. DES ORGANES. î45

que ce signe ne suffisait pas pour établir cette existence d’une manière incontestable.

Nous passerons sous silence les phénomènes organiques produits habituellement parle travail inflammatoire, pour ne pas tomber dans des répétitions superldues.

1,' anémie d’un organe, ou l’absence de sang dans cet organe, est déterminée par deux causes : la première, la plus évidente, la plus efficace, est sans contredit une perte considérable de sang, naturelle, accidentelle pu provoquée par l’art; la seconde est le défaut de réparation, l’abstinence des aliments et l’usage exclusif de l’eau. Les signes organiques de l’anémfe sont la pâleur, la décoloration des organes et des tissus, l’affaissement des vaisseaux, lesquels ne contiennent plus ou du moins que très peu de sang; en les comprimant on a beaucoup de peine à provoquer l’issue d’une très faible quantité de ce fluide.

Dans la pléthore^ la polyœmie^ au contraire, ces mêmes organes sont rouges, colorés; lorsqu’on les coupe, on voit sourdre, par les orifices béants des vaisseaux , une multitude de gouttelettes de sang. Les vaisseaux d’un certain calibre sont dilatés, développés, remplis de sang. Cette pléthore peut être portée à un haut degré , être arrivée plus ou moins II. 10

l46 DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFÉRENTIEL.

rapidement : c’est la congestion , le coup de sang 5 etc. *

Mais, ainsi que nous l’avons dit souvent, le sang ne pèche pas seulement par excès et par défaut, il est aussi altéré dans sa nature. Les -causes , les phénomènes fonctionnels et organiques du scorbut, l’aspect du sang dans cette maladie , comme dans une foule d’autres, bien différent de celui du sang dans l’état physiologique, étaient bien suffisants pour nous faire reconnaître son altération ; mais les expériences que M. Leuret a faites à Ch arenton sur les chevaux ne permettent pas de révoquer en doute l’altération de ce fluide dans plusieurs affections, et par l’insertion de divers principes vénéneux et vireux. L’insertion du virus charbonneux a déterminé les accidents du charbon. L’insertion d’un liquide putréfié détermiine entre autres symptômes la chassie des paupières , l’injection, l’infiltration jaune de la conjonctive; et à l’ouverture du cadavre, le cœur, les poumons, le foie, la rate, le canal digestif, et quelquefois même les nerfs pneumo-gastriques , sont remplis d’ecchymoses. Le sang contenu dans lef? troncs veineux et les cavités droites du cœur est noirâtre, reste liquide, ou s’il se coagule il ne se présente jamais sous la forme d’un corps d’une certaine densité; il est caillebotté et sans cohésion. Ce résultat est basé sur les expériences que M. Dupuy

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a faites depuis vingt ans, et que M. Leuret a répétées avec lui. Une matière putride donne donc lieu à des altérations constantes, et ces altérations sont en tout semblables à celles qui existent dans le charbon inoculé, elles siègent toutes dans le système sanguin. Le charbon spontané présente les mêmes phénomènes cadavériques.

Les expériences de M. Leuret lui ont appris que le sang tiré de la veine d’un animal charbonneux donne au bout de deux heures des signes chimiques de putréfaction; il produit un précipité blanc floconneux dans de l’eau de chaux, et laisse dégager de l’acide carbonique , tandis que le sang fourni par un animal sain ne donne lieu aux mêmes phénomènes que trente-six heures après qu’il a été tiré de la veine.

Le contact du sang d’un animal charbonneux avec les parties mises à nu d’un cheval sain a produit des signes de charbon au bout d’une heure, et l’animal est mort au quatrième jour, avec toutes les altérations de l’affection charbonneuse. La transfusion du sang d’un cheval atteint de charbon, dans la veine jugulaire d’un cheval sain, a fait succomber celui-ci au bout de sept jours avec les mêmes phénomènes. Ce médecin a obtenu les mêmes résultats avec des portions d’organes imprégnées de sang, du poumon par exemple f Le sang d’un animal sain, introduit dans les voies circulatoires d’un autre animal, ne détermine

l45 DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFÉRENTIEL.

aucun accident; celui d’un autre animal vivant ou mort charbonneux est un poison spécifique pour les autres chevaux. Ces preuves directes doivent nous confirmer dans cette opinion, que le sang est susceptible d’être altéré dans sa composition.

M. Breschet a vu des tubercules véritables dans un caillot de sang renfermé dans une des oreillettes du cœur ; M. Giiersent a rencontré de la véritable suppuration dans un caillot semblable, et un autre médecin croit avoir trouvé une masse d’encéphaioïde dans une concrétion sanguine contenue dans la veine-cave.

D’ap rès ces considérations , n’est-il pas vraisemblable que dans le typhus, la peste, la fièvre jaune, la pustule maligne, et dans une multitudede phlegniasies avec spécificité, il existe une altération pareille? L’injection dans le sang d’un grand nombre de substances vénéneuses , toxiques , etc. , ayant déterminé toujours des altérations identiques dans le sang et dans les organes,- vient encore apporter un nouvel appui à ces considérations. Espérons que par des recherches ultérieures toutes les altérations des fluides pourront être appréciées avec rigueur, et, en nous convaincant qu’il ne peut pas n’exister qu’une seule médication , nous conduiront à une thérapeutique rationnelle, et partant plus souvent eflicace.

Les altérations des autres fluides ne sont pas à beaucoup près aussi connues que celles du sang;

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nous sommes borné à dire qu elles sont probables. Les scrofules ne seraient-elles que la pléthore lymphatique? ne seraient -elles que l’inflammation des vaisseaux blancs ? Tune de ces altérations ne serait- elle que l’effet de l’autre?

INous avons parlé naguère de l’accumulation de sérosité dans les diverses cavités splanchniques , dans le tissu cellulaire et le parenchyme des organes, nous n’y reviendrons pas.

Quant à Taccumulation de la graisse, on l’observe fréquemment , mais il est difficile de déterminer le degré où elle cesse d’être un état physiologique. Elle gêne plus ou moins le jeu des organes, et peut aller jusqu’à le suspendre. Ses effets varient beaucoup, suivant le lieu qu’elle occupe. Il est rare que cette accumulation graisseuse soit générale : chez les uns, c’est dans le tissu cellulaire sous-cutané qu’elle prédomine, et chez eux c’est à la face, à la poitrine, ou à l’abdomen , quelquefois aux membres ; chez. les autres , ce sont les viscères intérieurs qui sont enveloppés de graisse ou transformés presque en entier en cette substance: tel est le cœur chez quelques individus, le foie chez d’autres ; les médiastins , l’épiploon, peuvent aussi en contenir des quantités considérables. L’accumulation de la graisse a reçu différents noms, suivant les lieux qu’elle occupe : on l’appelle polysarcie lorsqu’elle est extérieure et presque géné-

l5o DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFÉRENTIEL.

raie ; plijsconie lorsqu’elle occupe l’abdomen, etc*

L’air s’infiltre dans nos tissus, mais rarement. Le tissu extra-vésiculaire du poumon le reçoit dans quelques maladies accompagnées de grands efforts respiratoires. Il se loge dans le tissu cellulaire des membres, du thorax, etc., dans les plaies pénétrantes du poumon. Enfin, je l’ai vu plusieurs fois se développer spontanément sans ces causes et sans gangrène préalable. Il est vraisemblable que dans ce dernier cas, ainsi que dans les cas de gangrène et de putréfaction, cette infiltration gazeuse n’est pas de l’air proprement dit, mais le résultat d’une exhalation morbide. Nous savons déjà que les caractères de cette altération sont la tension , la rénitence de la partie, son éclat, sa pâleur, et surtout le bruit de crépitation.

Les dépôts de matières colorantes sur le corps muqueux caractérisant la plupart des taches de la peau, sur les membranes muqueuses, etc. , doivent peu nous occuper, vu leur innocuité. Nous devons aussi renvoyer les concrétions albumineuses aux altérations produites directement par l’inflammation. Les concrétions fibrineuses qu’on trouve souvent dans le sang contenu dans les gros vaisseaux et dans les cavités du cœur méritent peu d’attention dans l’état actuel de la science ; mais il n’en est pas de même des dépôts calcaires et des calculs.

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On rencontre souvent dans le tissu des organes, dans le poumon , dans les abcès , dans les corps fibreux de l’utérus , dans le foie , dans les articulations, dansle cerveau, sur les membranes, etc. ,etc.>“ des dépôts d’un aspect irrégulier qu’on doit distinguer d’une véritable ossification morbid.e dont nous allons parler bientôt. Ces espèces de pétrifications sont dures, sèches, friables , irrégulières, anguleuses , opaques , grises. Ces pierres ossiformies adhèrent aux organes , sont incrustées dans leurs tissus. Au reste la forme, la consistance et la fcouleur de ces productions accidentelles varient

beaucoup, et s’éloignent plus ou moins des os naturels. J’ai eu occasion de trouver dans le foie d’une femme morte d’une hypertrophie du cœur, un kyste osseux de la grosseur du poing ; ce kyste était une hydaîide ossifiée, j’en ai acquis la certitude en le sciant. L’intérieur était rempli par dés hydatides membraneuses, contenant un fluide gélatineux, transparent, verdâtre. Ainsi nous- rangeons dans cette section toutes les productions ossiformes véritablement morbides et qui s’éloignent de l’ossification naturelle. L’ossification pour ainsi dire physiologique d’un organe, telle que celle des parois des vaisseaux, des cartilages du larynx et autres, diffère essentiellement de celle-ci et sera traitée en parlant des tissus analogues. On doit considérer l’exostose comme une espèce d’ossification morbide.

i52 DIACNOSTIG spécial et niFFÉRENTIEE.

Des corps solides, plus ou moins durs ou volumineux , de couleurs et de figures variables , anorganiques , se forment aussi dans les humeurs contenues dans les réservoirs , les conduits de Téconomie animale , et sont connus sous le nom de calculs.

Ceux que Ton trouve dans la vésicule et dans les conduits biliaires sont sans contredit les plus fréquents. Leur nombre est quelquefois infini, et souvent il n’en existe qu'un. La couleur de ces calculs est très variable : ils sont bruns , noirs , verts, fauves, jaunes, blanchâtres; leur surface est lisse , polie , resplendissante , aplatie , ou bien ronde, bosselée, irrégulière, etc. ; leur volume est celui d'un œuf de poule ou d'un grain de millet ; ils sont striés, rayonnés, lamelleux, recouverts d'une écorce , formés de couches concentriques. La cholestérine , la matière jaune de la bile et quelquefois un peu de picromel les constituent dans l'homme. Ces calculs se forment d'une manière insensible , sans inflammation préalable , et n'ocrcasionent des accidents que lorsqu'ils empêchent l’écoulement de la bile dans le duodénum. Bien des gens meurent sans en avoir éprouvé le moindre inconvénient.

Après les calculs biliaires ceux qui affectent l'homme le plus fréquemment ce sont les calculs urinaires. Ils se trouvent dans tout Je trajet des

ALTERAT. MORB. DES ORGANES. l53

voies urinaires, depuis les reins jusqu’au prépuce inclusivement , et aussi dans les conduits urinaires accidentels. Les calculs des reins revêtent la forme des parties où ils séjournent; ils sont arborisés comme le corail. Ils offrent les mêmes variétés de formes , d’agrégation , de couleurs , de consistance , de nombre que les précédents ; cependant dans le plus grand nombre des cas le calcul est unique, jamais on n’en compte un aussi grand nombre que dans la vésicule , et quelquefois ils atteignent le volume d’une tête de fœtus à terme, et peuvent peser jusqu’à six livres (i). On a remarqué que leur centre était constamment formé par un noyau, tel qu’un corps étranger, un gravier, un caillot de sang, du mucus, du pus, etc. Ils peuvent être composés de quelques uns des principes suivants : d’acide urique, d’oxyde cystique , de phosphate de chaux, d’urate d’ammoniaque, de phosphate ammoniaco-magnésien , doxalate de chaux, de silice , de carbonate de chaux , d’oxyde xanthique, de matières fibrineuses, de mucus, de phosphate de fer, de magnésie, de carbonate de magnésie , d’urate de soude. Tous ces principes ne se rencontrent pas avec la même fréquence. La silice, l’oxyde cystique , l’oxyde xanthique, la fibrine sont les plus rares dans les calculs.

Il est rare de trouver des calculs intestinaux

(i) Béclard, Anat. g^énér., pag. 706.

l54 DIAGNOSTIC SPÉCIAIi ET DIFFÉRENTIEL.

dans riiornme ; mais on en trouve quelquefois dans les follicules muqueux, dans les voies lacry^ males, les amygdales, la prostate, les glandes salivaires et le pancréas : ce sont en général des dépôts de phosphate de chaux mêlé à du mucus animal.

Le tissu cutané se produit quelquefois accidentellement. Ce tissu n’est pas parfaitement identique à la peau dans l’état sain , mais il est au moins fort analogue à cette membrane. Après une perte de substance sur un endroit superficiel, on ne tarde pas à apercevoir l’organisation d’une nouvelle peau qui présente beaucoup d’analogie avec la peau saine. Il se forme d’abord une couche plastique semblable à celle des fausses membranes ; elle s’organise bientôt, se couvre de granulations rouges. Cette surface membraneuse est cellulaire, vasculaire , très contractile, sensible, absorbante, sécrète du pus, s’ulcère avec facilité , et se reproduit promptement; elle diminue de jour en jour d’étendue; la sécrétion du pus décroît proportionnellement, cesse complètement, et l’on aperçoit la formation d’une pellicule tégumentaire, qui, mince, rouge d’abord, finit après un certain temps par prendre l’apparence de la peau. On y trouve toutes les couches des téguments, l’épiderme, le corps muqueux , le derme.

Les^membraDes muqueuses exposées à l’iriflueiice des agents extérieurs finissent par revêtir les caractères de la peau. C’est ainsi que j’ai vu chez des femmes avancées en âge, affectées depuis long-temps de prolapsus du vagin, de l’utérus , ou du rectum, les membranes muqueuses, qui couvraient ces organes, blanches, consistantes, polies, couvertes d’un véritable épiderme, enfin offrant la plus grande ressemblance avec la peau.

Lorsqu’il se forme un abcès intérieur et que le pus rassemblé dans le foyer y séjourne pendant un certain temps, les parois de ce foyer se couvrent d’une membrane rouge, mollasse, présentant toute la texture d’une membrane 7nugueuse accidentelle. Les trajets fistuleux sont revêtus d’une membrane de la même nature, et dans celles-ci on aperçoit distinctement vers l’orifice extérieur, à une distance plus ou moins considérable, un épiderme qui se continue avec celui de la peau.

11 est indubitable qu’il peut naître accidentellement un tissu celluleux. Les adhérences qui existent entre les surfaces libres des plèvres ne permettent nullement d’en douter. Ces adhérences, plus bu moins nombreuses et étendues, se font quelquefois au moyen d’un tissu tellement dense, qu’on lui a donné, mais irnproprement, lé nom

l56 DIAGNOSTIC STÉCIAD ET DIFFÉRENTIEL.

de ligamenteux. J’ignore si le véritable tissu ligamenteux destiné à consolider les articulations peut être produit accidentellement.

Il n’en est pas de même des productions véritablement cartilagineuses^ on les observe fréquemment. Il n’est peut-être pas de médecin qui n’ait souvent vu la surface de la rate couverte d’un tissu d’un blanc mat , nacré , resplendissant , élastique 5 repoussant l’instrument qu’on y insère , enfin présentant la plus grande ressemblance avec les cartilages désarticulations. J’ai vu des cartilaginations semblables sur la plèvre. Il est vraisemblable que dans ce cas il y a eu d’abord exsudation de fausse membrane fibrineuse et albumineuse, laquelle a contracté des adhérences avec la plèvre, et a fini par s’organiser en cartilage. J’ai souvent vu des points osseux dans ces membranes cartilagineuses, et même je les ai vues entièrement converties en plaques osseuses ; de sorte que je suis porté à croire que la cartilagination dans ce cas n’est que le premier degré de l’ossification , exactement comme dans l’ordre physiologique. Il est fort douteux que la formation en cartilage ait lieu par une véritable transmutation , il est plus probable que la membrane séreuse ou autre reste intacte, et que c’est une pseudo-membrane qui revêt les qualités de cartilage et d’os. J’ai pu dans quelques circonstances reconnaître que la plèvre

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était saine sous une plaque osseuse que j’étais parvenu à enlever.

Rien n’est plus fréquent peut-être que l’ossification des organes, et cela parles seuls progrès de l’âge; et la plus commune de toutes est celle qui s’effectue dans les parois des vaisseaux. La matière calcaire s’y dépose graduellement, forme des plaques plus ou moins épaisses , plus ou moins étendu es ; la surface libre est quelquefois lisse , resplendissante, d’autres fois rugueuse: on enlève ces os en forme de lames , en forme d’ongles ou de demicerceaux; leurs fibres paraissent circulaires dans certains cas, et dans d’autres inextricables. Les valvules aortiques, auriculo-ventriculaires , etc., sont très communément le siège de semblables ossifications; lestissus fibreux paraissent en général les plus propres à s’ossifier. Les tumeurs fibreuses de l’utérus et des ovaires contiennent souvent des concrétions osseuses considérables : on en trouve dans la dure-mère, dans les membranes rachidiennes , etc. La ressemblance de l’ossification morbide avec l’ossification physiologique est toujours plus ou moins imparfaite. Ces espèces d’os sont ordinairement dépourvus de périoste, de membranes synoviales , etc. On en a cependant quelquefois rencontré qui présentaient tous les caractères d’os véritables.

Les actes primitifs de l’organisme nous étant

l58 DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFÉRENTIEL.

entièrement dérobés , chercher la cause de l’ossification et la manière dont elle s’opère serait entièrement superflu. Les efforts tentés dans ces derniers temps par Hérissant, Scarpa, Mascagni, Bichat et autres n’ont abouti qu’à produire des hypothèses plus ou moins ingénieuses. INous sommes réduits à supposer que les extrémités artérielles Tiennent déposer la matière osseuse dans le tissu devenu apte à la recevoir ; mais que peut nous apprendre une pareille assertion. ^Récemment on a avancé que l’ossification était le résultat de l’inflammation , de l’irritation. Je crois que cela arrive souvent de la sorte. Je crois qu’à la suite d’un

travail inflammatoire, de nouvelles productions accidentelles des membranes peuvent s’ossifier ; mais je suis loin de croire que cela se passe toujours ainsi, et je ne regarderai jamais l’ossification

sénile comme le résultat d’une inflamniation , à moins qu’on ne considère l’accroissement comme l’effet d’une inflammation. L’ossification sénile est un résultat de la nutrition pervertie, et point celui d’une inflammation. Lorsque l’ossification est le résultat d’une inflammation, nous ne savons pas davantage par quel mécanisme elle s’opère.

On doit regarder, avons-nous dit, \ç, s exostoses comme de véritables ossifications morbides , et nous pensons qu’elles résultent d’un travail inflammatoire développé dans le périoste.

ALTERAT. MORB. DES ORGANES. ïSg

Nul doute que le tissu vasculaire ne se produise accidentellement. Lorsque l’inflammation a déposé sur la surface libre d’une membrane une couche fibrineuse et albumineuse , celle-ci perd tous les jours de sa mollesse ; elle acquiert de la consistance :|enfm au bout de quelque temps on distingue des vaisseaux extrêmement ténus qui rampent dans cette nouvelle membrane. Les extrémités des vaisseaux capillaires de la membrane sous-jacente paraissent s’être alongés par une véritable végétation, et avoir pénétré dans la production pseudo-membraneuse. Des expériences directes et bien connues, qu’il serait trop long de citer ici, démontrent de la manière la plus incontestable la reproduction du tissu vasculaire détruit, et la formation de nouveaux organes de circulation. Il est facile de voir des artères et des veines d’un calibre considérable sur des tumeurs volumineuses développées sur la surface du corps.

Nous devons placer ici le tissu érectile accidentel qui se développe si souvent dans plusieurs parties du corps. On trouve ce tissu dans l’épaisseur de la peau et des membranes muqueuses. On le trouve sous l’aspect d’une masse plus ou moins volumineuse, ordinairement bien circonscrite, séparée par sa forme, son volume et sa couleur, des parties voisines. Ce tissu se montre sous la forme de tumeurs bosselées, inégales, bleuâtres, parfois

l60 DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFÉRENTIEL.

îégèrement pulsatiles, contenues dans une espèce d’enveloppe fibreuse, présentant à l’intérieur une multitude de cellules inextricables , remplies de sang , résultant de l’anastomose d’artères et de veines presque capillaires et prodigieusement nombreuses. Ce tissu est souvent congénital, quelquefois accidentel ; il croît ou reste stationnaire ; il peut s’altérer, se rompre, et produire des hémorrhagies graves. Il affecte principalement la peau du visage, les lèvres, le rectum, les organes génitaux chez la femme, etc.; son mode de formation est tout aussi inconnu que le précédent.

Des productions vraiment cornées^ ayant la plus grande ressemblance avec les ongles de certains oiseaux, les griffes des feles^ etc., pouvant acquérir le volume du doigt indicateur, se développent chez les vieillards, principalement sur divers points de leur surface cutanée ; mais cette production accidentelle, plus curieuse, plus singulière qu’utile à étudier, doit simplement être mentionnée ici.

L’étude des tubercules mérite une attention bien plus sérieuse. C’est une des productions accidentelles morbides les plus fréquentes et qui occasionent les plus grands ravages. Il est exact de dire que les tubercules déciment l’espèce humaine, et cette proportion est peut-être encore au-dessous de la vérité. Aussi les médecins mo-

ALTERAT. MORB. DES ORGANES. l6l

dernes se sont-ils occupés de cette production morbide d'une manière spéciale. Bayle (i) fit des recherches très remarquables sur ce sujet ; il eut l’avantage d’ouvrir pour ainsi dire la carrière, ce qu’on avait fait avant lui étant très imparfait. Laennec poursuivit ces travaux ; et Béclard (2) en donna une description abrégée mais complète. Depuis, un grand nombre d’auteurs ont écrit sur les tubercules.Nous devons distinguer parmi eux M. Léveillé neveu , qui , en traitant des tubercules du cerveau , a parlé de ceux qui affectent les autres organes ; M. Louis, médecin très exact dans ses recherches , et d’un mérite remarquable ; enfin M. Andral , qui enrichit tous les jours la science d’observations intéressantes. Nous ne devons pas omettre M . Broussais, qui, en attribuant leur formation à l’irritation et à l’inflammation a du moins soutenu avec le talent qui le caractérise une hypothèse ingénieuse. Tous ces auteurs sont loin d’être d’accord sur tous les points de l’histoire des tubercules. Sans entrer dans des discussions qui toujours entraînent trop loin, surtout dans un

(1) Journal de niéd. ^ chir. et pharm. ; germinal an XI, tome VI, page 5 ; et ibid., ventôse, an XIII, page 427; et germinal même année, tome X, page 32. Remarques sur les tubercules enkystés et non enkystés ; et Recherches sur îa phthisie pulmonaire ^ page 21 et s ni v.

(2) Éléments dé anatomie générale , par P. -A. Béclard, profess. d’anat., etc., page 711, Paris, 1825*

ïl. 1 1

ouvrage élémentaire, nous nous bornerons à donner les traits principaux qui les distinguent.

La production accidentelle connue sous le nom de tubercule présente un aspect différent suivant l’époque à laquelle on l’examine , selon son âge , si Ton peut s’exprimer ainsi. Laennec, Béclard et M. Louis pensent que les granulations de Bayle ne sont que le premier degré des tubercules. Ces granulations sont ordinairement du volume d’une tête d’épingle à celui d’un grain de blé, dures , criant sous le scalpel, semi-transparentes , brillantes , et semi-cartilaginepses ; elles garnissent en nombre considérable le sommet du poumon ; elles sont moins abondantes vers la base. Dans le principe, elles paraissent comme rougeâtres et molles ; elles prennent peu à peu la consistance et l’aspect que nous venons de décrire : enfin elles deviennent blanches et opaques vers le centre, ou vers un point quelconque de leur étendue. Elles paraissent d’ailleurs d’abord isolées , puis réunies en grappe, etc. Leur siège spécial est le poumon. On rencontre *à la surface libre des membranes séreuses des espèces de granulations, mais elles n’ont avec les véritables granulations qu’une ressemblance grossière. Ce qui a conduit à penser que les granulations n’étaient que le premier degré de l’affection tuberculeuse, c’est que les granulations deviennent blanches et opaques vers leur centre, et que dès lors on peut les con-

ALTERAT. MORB. DES ORGANES. l63

sidérer comme se transformant en tubercules.

M. Andral ne partage pas cette opinion, mais les raisons qu’il donne ne me paraissent pas très claires et très concluantes ; et quoique je me range du parti de Bayle, que M. Andral a adopté, je pense en avoir trouvé un motif plus puissant que ceux sur lesquels il se fonde. Lorsqu’un individu succombe à la phthisie pulmonaire , on trouve des tubercules à tous les degrés de développement. Il en est de fondus, qui ont laissé des cavités vides; il en est de ramollis, il en est à l’état de crudité; il en est enlin de très petits^, à peine perceptibles, mais blancs et opaques, et dont la ténuité est telle qu’ils paraissent bien n’avoir jamais eu d’autre forme. Pourquoi donc ne trouve-t-on pas toujours des granulations grises, dures, demi-transparentes ? Pourquoi n’eu trouve-t-on partout où la ma» tiére tuberculeuse s’infiltre? Pourquoi les tubercules des ganglions lymphatiques, ceux du mésen* tère, du cerveau, etc., ne présentent-ils pas toujours à leur premier degré l’aspect des granulations ? Wous avons eu occasion de voir un individu mort avec les signes d’une phthisie pulmonaire, dont les poumons étaient durs, compactes, criant sous le scalpel , qui avait de la peine à les diviser ; un examen attentif ne fit découvrir aucun tubercule, il n’existait que des granulations, mais en quantité innombrable. Je pense que si cette dégénérescence était le premier degré du tubercule, on

l64 DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFÉRENTIEL.

en rencontrerait chez tous les phthisiques, de même qu’on rencontre des tubercules crus : or l’observation démontre que le contraire a lieu dans un grand nombre de cas. Les granulations de Bayle nous paraissent donc aussi une altération particulière. M. Louis, qui a cependant fait de nombreuses ouvertures de corps , et qui peut être regardé comme une autorité sous ce rapport, dit n’avoir rencontré que deux fois des tubercules sans granulations, et cinq fois des granulations sans tubercules. Il ajoute de plus que sur le même poumon on trouve, en remontant de la base au sommet , d’abord des granulations transparentes , plus haut des granulations troubles, louches, blanches vers le centre, et plus haut enfin des tubercules véritables à divers degrés de ramollissement. Je* ne sais jusqu’à quel point ces faits sont concluants.

Ces granulations finissent par altérer le parenchyme des organes où elles se développent , se revêtent d’une couche albumineuse membraniforme, et souvent même d’une membrane distincte qui tapisse les parois de l’ulcération et qui sécrète du pus.

Le tubercule proprement dit est toujours opaque. C’est improprement qu’on lui a donné le nom de tissu accidentel:, puisqu’il ne présente ni fibre, ni vaisseaux, ni rien qui ressemble à une texture quelconque. (M. Andral.) Des corpuscules arron^ dis, oblongs, du volume d’un grain de millet, mais

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pouvant acquérir le volume du poing dans certains organes; d’une substance d’un blanc sale, jaunâtre, grisâtre, ordinairement friable, mais plus ou moins consistante suivant l’époque où on l’examine, entourée ou non d’un kyste; quelquefois réunis en nombre considérable , d’autres fois presque isolés : telles sont les productions auxquelles on a donné le nom de tubercules. Mais ces tubercules se présentent sous divers états que nous devons faire connaître. D’après Bayle ils sont d’abord très fermes , puis ils se ramollissent vers leur centre, qui se transforme en une matière purulente , grumeleuse ; enfin ils disparaissent par la suppuration, et l’on trouve à leur place une cavité ulcérée , plus ou moins étendue , irrégulière , paraissant souvent tapissée d’une membrane , et d’autres fois offrant le tissu même du poumon plus rouge et plus consistant que dans l’état naturel. Il est alors manifeste que le parenchyme pulmonaire lui-même est altéré. Cette altération fait des progrès plus ou moins rapides. Ces ulcérations peuvent se réunir, et former des cavités anfractueuses très étendues; on aperçoit sur leur surface l’extrémité de tuyaux bronchiques de diverses grosseurs , ainsi que l’ouverture de communication de ces cavités entre elles. La membrane qui tapisse la cavité tuberculeuse est ordinairement blanchâtre, nacrée, demi - muqueuse , sécrétant du pus ou une mucosité transparente ;

l66 DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFÉRENTIEL.

dans quelques cas très rares les parois semblent se rapprocher, contracter des adhérences, etformer une véritable cicatrice. Dans d’autres cas cette membrane devient dure, demi-cartilagineuse , et constitue les parois d’une espèce de fistule aérienne sèche. Telles sont les diverses phases des tubercules proprement dits. M. Andral pense que les tubercules commencent par être d’abord très mous et analogues à du pus infiltré dans les lobules pulmonaires ; qu’ils envahissent petit à petit ces lobules , prennent de la consistance , qu’il en résulte alors une grosse masse blanchâtre dite tubercule, qui n’est autre chose qu'un lobule successivement envahi par les points blancs. Nous craignons que le désir de ne voir qu’une sécrétion morbide dans la production du tubercule n’ait influé sur cette description. Les tubercules crus très petits , isolés , ne nous ont pas présenté l’aspect qu’on leur prête ici. Les points blancs que l’on observe dans l’hépatisation grise ne nous ont jamais présenté d’analogie avec de véritables tubercules.

Ces tubercules se développent le plus ordinairement dans le poumon , mais il n’est peut-être pas d’organe qui en soit exempt. On en trouve dans le tissu cellulaire naturel et accidentel , sur les membranes muqueuses, à la surface des séreuses, dans les ganglions lymphatiques , dans les os , les muscles, les organes parenchymateux , tels que le cerveau, la moelle épinière, le foie, la rate, le

pancréas, le cœur, etc., et suivant ces sièges divers le tubercule revêt une variété particulière de forme.

Une question importante se présente , et nous ne pouvons guère la passer sous silence. Quelle est la cause productrice des tubercules? Sont -ils le résultat, la suite d’une inflammation ? sont-ils des corps d’une nature spéciale? ou enfin sont -ils l’effet d’une sécrétion morbide, ainsi ^qu’on l’a avancé récemment ?

Une autre question est de savoir s’il y a transformation de la substance pulmonaire, ou simplement infiltration interstitielle de matière tuberculeuse.

Les médecins qui admettent que les tubercules sont une production phlegmasique se sont d’abord appuyés sur l’analogie : ils ont fait remarquer que les ganglions lymphatiques s’engorgeaient , devenaient durs, tuberculeux en un mot, lorsqu’il existait une inflammation dans un organe d’où naissaient leurs radicules lymphatiques. Ils ont fait voir que, lorsqu’il existait à la main un travail inflammatoire , les vaisseaux lymphatiques s’enflammaient aussi , qu’une trace rougeâtre, rosée, suivait leur trajet, que les ganglions de l’aisselle se tuméfiaient, durcissaient, enfin prenaient l’apparence tuberculeuse ; que quelquefois ils s’enflammaient , se ramollissaient, suppuraient, etc. Ils ont fait remarquer ces effets extérieurs sur les

l68 DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFÉRENTIEL,

membres; puis, passant à Texamea des viscères intérieurs , ils ont fait voir que lorsque la membrane muqueuse gastro- intestinale était enflammée et surtout d'une manière chronique , les glandes mésentériques s’engorgeaient et prenaient Taspect que nous venons de décrire. Après avoir fait ressortir la ressemblance qui existe entre ces engorgements lymphatiques et les productions tuberculeuses , ils ont pensé et affirmé que les tubercules n 'étaient pas autre chose , que leur formation avait toujours lieu de cette manière , et que les tubercules du poumon n’étaient autre chose que l'engorgement inflammatoire des vaisseaux lymphatiques de cet organe, consécutif pour la plupart du temps à l’inflammation du tissu pulmonaire ou des bronches. Partant toujours du même principe, ils ont rejeté les tubercules scrofuleux comme maladie particulière, et les ont regardés comme l’effet de l’inflammation des vaisseaux et des glandes lymphatiques. Leur conclusion naturelle a été que le traitement anti-phlogistique était seul convenable; que jusqu’à ce jour ces maladies avaient été mal traitées; que l’insuccès dépendait de ce qu’on ne mettait pas en usage un traitement débilitant assez rigoureux et principalement dans le principe, etc. Ces opinions, soutenues et développées avec talent, comptent beaucoup de partisans , et l’on ne peut s’empêcher de reconnaître qu’elles sont très spécieuses ; mais

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comme leur adoption ou leur rejet peut avoir les plus grandes conséquences , il est important de ne pas se laisser entraîner par ce qu’elles offrent de séduisant , et de les examiner sévèrement et avec impartialité.

Une multitude de raisons se présentent pour combattre cette manière de voir. Les tubercules ne peuvent pas être la suite de la pneumonie, d’abord pareeque dans la très grande majorité des cas il n’a pas existé de pneumonie. Sur quatrevingts phthisiques observés par M. Louis , trois seulement avaient eu des pneumonies quatre ans avant de mourir, et quatre avaient eu la même maladie^ trois , six et même quinze ans avant l’apparition de la phthisie. On a répondu à cela que la pneumonie avait été latente; mais elle l’a donc été soixante-treize fois sur quatre-vingts. Avouons qu’il faut avoir un grand penchant pour une opinion pour se payer de semblables raisons. De plus on a fait observer que les tubercules occupaient toujours le sommet du poumon , c’est-àdire la partie que n’occupe jamais ou du moins très rarement la pneumonie ; que dans la phthisie les tubercules se rencontraient également dans les deux poumons, et la pneumonie très rarement; que les tubercules étaient héréditaires et non la pneumonie chronique. Alors ces médecins ont abandonné cette opinion pour se rejeter sur le catarrhe pulmonaire; et , ne pouvant plus regarder

îa phthisie comme une pneumonie chronique , ils Tout considérée comme l’effet du catarrhe. Ici leS/ apparences leur étaient plus favorables ; mais d’où vient que beaucoup de gens qui ont des catarrhes chroniques n’ont pas de tubercules ? D’où vient que la phthisie survient sans catarrhe préalable ? Enfin d’où vient ( et c’est ici la plus puissante de toutes les raisons ) , d’où vient que chez nos vieillards y où rien n’est plus fréquent que les phlegmasies chroniques du poumon, il n’existe jamais de tubercules , que la phthisie y est une maladie si rare ? Les premiers symptômes de la phthisie ressemblent fort au catarrhe chronique ; de là les auteurs que nous réfutons ont conclu que le catarrhe précédait les tubercules. Nous nous croyons tout aussi bien autorisé à regarder la toux comme le résultat de la présence de ces corps* A la mort ils ont fréquemment vu les bronches malades, ils en ont conclu qu’elles l’avaient été primitivement ; mais nous croyons être tout aussi bien autorisé à ne regarder ces inflammations que comme consécutives. Les membranes bronchiques ne sont pas toujours malades , on les a trouvées saines dans le voisinage de tubercules et même de cavités tuberculeuses. Lorsqu’il se développe des tubercules dans id’autres organes, ils ne sont pas en général précédés de phénomènes inflammatoires. Enfin on trouve des tubercules crus au milieu d’an tissu organique très sain , où il n’existe pas

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la moindre apparence , pas la moindre trace d’inflammation et de congestion. Déplus onrencontre des cavités considérables , par conséquent très anciennes , autour desquelles on trouve des traces d’inflammation , mais si peu étendue et d’un aspect si récent, qu’on ne peut les regarder que comme des effets et non comme des causes. Nous pourrions ajouter encore une multitude d’autres preuves. Bornons-nous à examiner la structure anatomique du tubercule et celle des ganglions lymphatiques , et voyons s’ils procèdent de la même manière. Lorsque le ganglion lymphatique est en* gorgé et qu’il s’enflamme, cette inflammation a lieu de la circonférence au centre. Le pourtour de ce ganglion se gonfle, devient douloureux, rougit, enfin il survient de la suppuration et le ganglion est entraîné par cette fonte purulente. Lorsque le tubercule se r a mollit, c’est ordinairement du centre à la circonférence , et rarement de la circonférence au centre ; il détruit peu à peu les tissus environnants, il creuse une cavité, établit une communication avec une ouverture bronchique, etc. Enfin , si nous voulons nous appuyer des effets du traitement, nous voyons que les anti-phlogistiques, loin de guérir les phthisiques, ne font qu’accélérer leur perte. Si la maladie était essentiellement inflammatoire , et rien qu’inflammatoire, ce traitement devrait déjà compter de nombreux succès depuis qu’on le vante et qu’on le met en usage. Nous

n’avons aucune connaissance de faits de ce genre ; les cas où on a pu l’employer sont cependant loin d’être rares. Concluons que l’affection tuberculeuse n’est point la suite d’une inflammation , mais bien une altération organique particulière.

Maintenant cette altération est-elle le résultat d’une sécrétion morbide ? C’est l’opinion d’un jeune médecin distingué; il s’appuie sur ce que la matière tuberculeuse s’est toujours présentée à lui comme un simple produit de sécrétion. Primitivement liquide, elle se solidifie ensuite, comme par une sorte de cristallisation, à mesure que sont résorbées ses particules les plus fluides. Dans ce produit on ne trouve ni vaisseaux, ni canaux, ni aréoles , ni fibres , ni lames , rien en un mot qui rappelle l’idée de l’organisation. Les dernières ramifications bronchiques, le tissu cellulaire qui environne les lobules pulmonaires, lui paraissent être le siège le plus ordinaire de l’infiltration tuberculeuse. Mais si telle est en effet le mode de production du tubercule , qu’est-ce que cette disposition de l’organisme qui fait sécréter de la matière tuberculeuse? Il nous semble que la difficulté n’est tout au plus que reculée, et qu’il faut toujours admettre une disposition spéciale. Ainsi, que le tubercule soit le résultat d’une sécrétion, ou d’une espèce de végétation, etc., ce n’en est pas moins un état morbide particulier.

Dans le principe des tubercules, lorsqu’ils sont

encore rudimentaires, le tissu pulmonaire ambiant paraît sain; mais par la suite ce tissu paraît bien évidemment altéré ; nous avons cependant trouvé dans le cerveau des masses tuberculeuses assez considérables, qui paraissaient n’avoir que comprimé les parties voisines ; on les détachait facilement sans altérer la substance de l’encéphale.

Nous avons cru devoir donner quelques développements à la description des tubercules, à cause de leur fréquence, et des discussions dont ils ont été le sujet; nous nous étendrons moins sur les autres altérations morbides.

La mélanose a été rangée parmi les cancers, nous pensons qu’elle a peu de rapports avec cette dégénérescence morbide. Comme son nom l’indique, la mélanose est une production morbide, caractérisée principalement par sa couleur noire. L’attention des médecins a été fixée sur cette matière depuis le commencement de ce siècle. Des masses noires qui varient pour leur volume depuis une extrême petitesse jusqu’à une grosseur considérable , mais encore indéterminée, isolées, enveloppées d’un kyste ou simplement infiltrées dans les tissus , à l’état solide ou liquide , disséminées en plaques àla surface des membranes, constituent la production accidentelle dont nous parlons.

La mélanose existe en masse, peut être brune, bistre, très noire; elle colore le linge et le papier

iy4 diagnostic spécial ét différentiel*

comme Tencrede Chine; elle est ronde, oblongue, mamelonnée, lobulée, irrégulière, lameilense ; de îa consistance du suif ou des ganglions lymphatiques. 11 n’est pas certain que la mélanose subisse un travail de ramollissement; il est rare qu’elle soit entourée d’un kyste , et lorsqu’on a cru en re¬

connaître la présence , ce kyste paraissait n’être qu’une espèce de tissu cellulaire plus ou moins lâche qui entourait la concrétion mélanique. Cette concrétion ne présente ni vaisseaux, ni nerfs, ni canaux , ni aréoles , ni fibres, ni rien qui décèle une organisation véritable : c’est donc une véritable production anorganique.

La substance mélanique paraît quelquefois infiltrée dans le tissu même des organes; elle occupe les réseaux déliés de ces organes, qu’elle envahit de proche en proche. L’induration noire qui en résulte a été assimilée à toute autre espèce d’induration indépendante de la coloration noire, et regardée comme l’effet de l’inflammation. J’avouerai que je n’ai pas été convaincu par les raisonnements apportés à l’appui. Si l’induration noire est semblable à l’hépatisation rouge, grise, etc., quelle est la cause de la différence de couleur? De ce que . l’on regarderait l’induration noire comme une production particulière, je ne vois pas la nécessité de

faire autant d’espèce de phthisie qu’il y a de sortes d’hépatisation ; pas plus que je ne conçois la nécessité de regarder toutes les dégénérescences

du poumon comme de simples pneumonies.

De petites quantités de substance noire peuvent être infiltrées isolément dans le tissu des organes.

On a regardé comme étrangère à la mélanose, la matière colorante noire du poumon, sans augmentation de consistance; un auteur veut aujourd'hui que ces deux substances soient de la même nature , plus ou moins solides.

/ On trouve la mélanose en forme de plaque sur la surface libre des membranes et surtout des séreuses. Ce sont de véritables pseudo-membranes. On admetaujourd’hui, à lexemple de notre savant ami le docteur Breschet, la mélanose à l’état liquide. C’est principalement sur les membranes muqueuses qu’on trouve la mélanose à cet état ; elle paraît être le résultat d’une espèce d’exhalation morbide. Elle survient fréquemment dans la gastrite , mais surtout dans le cancer de l’estomac. Cette altération me paraît avoir beaucoup d’analogie avec l’exhalation sanglante.

On trouve dans les mélanoses, delà fibrine, une matière colorante noirâtre, soluble dans l’acide sulfurique affaibli et dans la solution de souscarbonate de soude , et colorant ces liquides en rouge; une parcelle d’albumine, du chlorure de sodium, du sous-carbonate de soude, du phosphate de chaux , de l’oxyde de fer. On voit que la composition de cette substance est fort analogue à celle du sang, et qu’elle est principalement formée par

la fibrine et la matière colorante du sang dans un état particulier; elle contient déplus trois matières grasses , distinctes.

La mélanose se forme dans beaucoup d'organes, dans le tissu cellulaire, les os, les muscles, les vaisseaux sanguins, le cœur, les glandes lymphatiques, l’orbite, les organes parenchymateux, principalement le poumon, le foie, les reins, le pancréas, la rate, les mamelles, les tissus aceidentels, la peau, les membranes séreuses, muqueuses, etc. Le cerveau n’en a pas offert jusqu’à ce jour.

Le cancer est bien autrement fréquent , et par conséquent bien plus important à connaître que la concrétion précédente. A l’état dur ou de crudité, il porte principalement le nom de squirrhe. Il se présente sous la forme de masses irrégulières, plus ou moins volumineuses, tantôt uniques, tantôt multiples; d’un blanc jaunâtre, grisâtre, demitransparentes, bleuâtres, nacrées, criant sous le scalpel ; offrant quelquefois des rayons convergents, des fibres, des cloisons, rarement des vaisseaux distincts, se perdant insensiblement dans le tissu même des organes, et quelquefois en étant assez distinctement séparé. Au reste ces caractères sont très variables, et lorsqu’on a vu beaucoup de cancers, on a pu se convaincre qu’il en était peu de semblables. On en a distingué un très grand nombre d’espèces : l’ulcère cancéreux , dont les

bords seuls offrent quelque ressemblance avec la dégénérescence que nous venons de décrire, le cancer cérébriforme ou encéphaloïde , dont nous allons parler bientôt, la production mélanique ou cancer mélané , dont nous venons de tracer les principaux traits , le cancer en forme de cicatrice, etc. ; mais je crois qu’on est loin d’en avoir décrit toutes les espèces. Quoi qu’il en soit, au bout d’un certain temps le squirrlie change d’aspect ; il perd sa transparence et sa dureté. Il se ramollit vers quelque point de son étendue; ordinairement c’est la partie qui s’est prise la première , qui la première aussi se ramollit. Il présente alors une apparence gélatineuse ; mais je dois dire que cette forme n’est pas aussi fréquente que le prétendent les auteurs. Dans la division des incurables, a l’Hospice delà vieillesse (femmes), dont je fais le service depuis bien des années, j’ai eu occasion de voir un grand nombre de femmes cancérées, et je puis affirmer que le ramollissement dans les cas les plus ordinaires ressemble à une bouillie épaisse, blanchâtre, jaunâtre, verdâtre, souvent sanguinolente, ce qui lui donne la plus grande ressemblance avec l’encéphalpide. Lorsqu’on a enlevé cette matière, on voit la surface du cancer, irrégulière, mamelonnée , encore un peu molle ; en la coupant on reconnaît plus loin le tissu squirrheux, qui se perd dans la portion saine ; quant à l’apparence de sirop, de miel, etc., elle est sans doute fort rare :

je n’ai jamais eu occasion de faire une semblable comparaison.

La dégénérescence qui nous occupe peut survenir dans toutes les parties du corps d’une manière primitive ou consécutive, mais il en est qu’elle semble affecter de préférence: l’utérus, l’estomac, les mamelles, les testicules, sont certainement les organes qui en sont le plus souvent atteints. La peau, les membranes séreuses, fibreuses, les glandes lymphatiques, les cartilages, les os, les muscles, le foie, la rate, les reins, le^poumon, le cerveau , le tissu cellulaire, etc., enfin la presque totalité des organes, sont susceptibles de ce mode d’altération.

Nous ne rechercherons pas ici sa nature. Sans doute l’inflammation peut favoriser son développement ; mais il est incontestable qu’une disposition spéciale ne soit nécessaire à sa formation.

La production accidentelle connue sous le nom d'encéplialQÏde ou cancer céréb ri forme ressemble peu à la précédente par les caractères anatomiques, mais beaucoup par sa marche, par ses phénomènes locaux et généraux. Bayle et Laennec en ont donné les premiers une description exacte. L’encépliaioïde présente la forme d’une tumeur arrondie, lobulée, unique ou multiple, enveloppée d’un, kyste ou non enkystée, et quelquefois confondue avec les parties voisines. Ces lobules parais-

sent contournés à la manière des circonvolutions cérébrales. Dans le premier degré, cpie les auteurs que nous avons crtés appellent période de crudité, cette production est dure, lardacée, semi-transpa^ rente ou mate, d’un blanc sale; on y distingue des vaisseaux sanguins d’une grande ténuité. Les lobes et lobules sont unis entre eux par un tissu cellulaire très lâche.

A une époque plus avancée sa consistance diminue ; elle ressemble assez bien à celle du cerveau , mais elle se rompt plus facilement , est moins liée qu’elle, et varie sur les divers points de son étendue. Sa couleur est d’un blanc laiteux, quelquefois rosée, et d’autres fois rouge ; elle peut même offrir de véritables ecchymoses, des épanchements de sang tels que ceux que présente l’encéphale.

Lorsque rencéphaloïde est enkysté, le kyste varie pour sa consistance depuis la mollesse d’une enveloppe celluleuse, jusqu’à la dureté du cartilage; dans ce dernier cas le semi- cartilage est doublé d’un tissu cellulaire peu dense. Ce kyste enveloppe entièrement la tumeur, ou simplement un de ses côtés. Lorsque l’encéphaloïde est isolé et non enkysté, on trouve toujours une enveloppe celluleuse qui l’entoure.

L’infiltration de matière cérébri forme est bien plus fréquente que les masses isolées. Elle passe promptement à la période de ramollissement ; elle

l80 DIAGNOSTIC SPECIAL ET DlFEÉRENTlEt.

dégénère en une bouillie absolument semblable à celle que présentent certains ramollissements du cerveau. Elle est aussi , dans Tëtat d’infiltration, susceptible des épanchements sanguins dont nous avons parlé tout à l’heure. Le propre de cette dégénérescence est d’envahir les parties voisines , et quelquefois de se multiplier dans divers points de l’organisme comme le cancer et le tubercule ; mais ce dernier a moins de tendance à s’étendre de proche en proche. L’encéphaloïde attaque les mêmes parties que le squirrhe.

La cirrhose^ la sclérose et le squirrhe squameux, sont des productions si rares qu’à peine méritentils de trouver place dans un ouvrage élémentaire; nous , en faisons mention seulement pour n’être pas taxé d’omission.

De petites masses fauves, molles, flasques, humides, compactes, ressemblant pour la consistance et la couleur à la substance des capsules surrénales, arrondies, ou sous forme de plaques, avec ou sans kystes , portent le nom de cirrhose ; leur volume varie depuis celui d’un grain de millet , jusqu’à celui d’un noyau de cerise ; leur nombre peut être très considérable ; elles peuvent être agglomérées, et envahir la totalité d’un organe. C’est ordinairement dans le foie qu’elles se développent. Elles sont susceptibles de se ramollir, et donnent alors naissance à une espèce de pulrilage brun

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Terdâtre. On les rencontre , quoique rarement , clans le rein, la prostate, l’épididyme, Tovaire, la thyroïde. Au reste cette production ne mérite pas à beaucoup près l’intérêt des précédentes ; et bien moins qu’elle encore le tissu blanc, compacte, désigné sous le nom de sclérose, le tissu blanc, mat, feuilleté, demi-trànsparent, qu’on appelle squirrhe squameux, doivent-ils arrêter notre attention : ils ne sont guère que des phénomènes consécutifs de la dégénérescence cancéreuse.

Les productions dont nous venons d’esquisser les caractères principaux sont susceptibles de se combiner entre elles , ce qui rend leur étude pénible et difficile. Les tissus fibreux, cartilagineux, osseux, se trouvent souvent réunis , ainsi que la concrétion terreuse et le tubercule ; le tubercule et l’encéphaloïde , le squirrhe et la concrétion terreuse, etc. : ce qu’on doit considérer comme une cause de la confusion qui règne dans les descriptions des pathologistes.

Indépendamment de ces productions accidentelles, des êtres organisés et vivants peuvent encore se développer chez l’homme. Les uns apparaissent dans l’intérieur de ses viscères creux , et même dans la substance de ses organes; d’autres, connus sous le nom d’animaux parasites, rampent à sa surface, ou adhèrent aux téguments de son corps. Parmi ces animaux les uns semblent naître ou

iSa DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFÉRENTIEL.

du moins se développer dans l’intérieur des organes, et ne peuvent vivre que là ; d’autres viennent du dehors.

Les entozoaires ou vers intestinaux sont nombreux chez l’homme, quoique moins pourtant que chez d’autres animaux, comme on peut s’en assurer dans le volumineux ouvrage de Rudolphi ; mais tous ne sont pas également fréquents. Les espèces admises chez l’homme par cet auteur sont les suivantes : filiaria rnedhiensis , — bronchialis ^ iriclioceplialus dispar, spiropiera ^ slrongylus gigas, ascaris lumbri coides, - — vermicularis, disloma liepa-^ ticum, polysioma pinguicola, — venariim , botliryoce-* P ha lus lai us , tœnia solium , cysiicercus cellulosæ, visceraiis , ecliinococcus , diceras rude. Parmi ces espèees il en est plusieurs de douteuses; il en est meme de fictives. Dans un ouvrage pratique on doit non seulement se borner à ne faire connaître que les faiis incontestables, mais n’exposer que ceux qui se présentent^assez fréquemment ; aussi ne décrirons - nous que les espèces principales. On en a fait trois divisions, sous la dénomination de vers vésiculaires, vers cylindriques, et vers plats. .

Parmi les premiers nous ne trouvons que Vacé* phalocysle qui mérite de nous arrêter, à cause de sa fréquence dans l’homme. Cette production n’est regardée comme un ver ni par Piudolphi , ni par M. Cuvier. Quoi qu’il en soit, elle consiste en

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une vessie dépourvue de tête et de coips, ronde^ obronde, semblable à un grain de raisin, pouvant acquérir le volume du poing, transparente, blanche, opaline, molle, contenant un liquide limpide, quelquefois filant, épais, gélatineux, visqueux, vei'dâtre, etc. Les parois de celte espèce de kyste sont susceptibles de s’épaissir, et même de s’ossifier. J’en ai déposé une de ce genre dans les cabinets de l’Ecole. Ces kystes peuvent être inclus les uns dans les autres ; leurs parois sont d’autant plus minces et transparentes qu’on les observe plus intérieurement. D’autres sont disposés en giappes, etc. ; ils sont susceptibles de s’aîléier,de se détruire, de former une bouillie verdâtre. On les trouve fréquemment dans le foie, où ils sont très nombreux. J’en ai vu dans les ovaires, dans l’utérus. Les bydatides qui étaient contenues dans les ovaires se firent jour par le rectum et furent rendues par les selles. On ignore entièrement le mode de reproduction de ces êtres équivoques.

Parmi les vers plats il n’y a d’intéressant pour nous que le ténia, ver long quelquefois de plusieurs toises, plat , composé de parties articulées, et dont la tête est garnie de deux ou quatre petits suçoirs. On en distingue de deux espèces :

Le ténia large ou inerme, t. lata^ bothryocephalus latüs, Brems. Ce ver n’est point considéré par Iludolplii comme un ténia. Il en fait un genre à part, et le sous - divise en trente-quatre espèces diffé-

l84 DIAGNOSTIC SPÉCIAL LT DIFFÉRENTIEL.

rentes, qui toutes à la vérité n’habitent pas les intestins de l’homme.

Chez celui-ci le tœnia lata de Linnæus, qui est le même que celui dont nous parlons, a la tête presque carrée, armée de deux fossettes-suçoirs; ces parties sont oblongues ; il est presque dépourvu de cou ; les anneaux antérieurs forment des espèces de rides; les suivants sont carrés, aussi larges que longs; les derniers sont alongés. L’animal est renflé vers son milieu, lorsqu’il est entier; mais chaque anneau pouvant former un animal et vivre séparé , il n’est pas rare de ne pas lui trouver cette forme ; sa couleur est blanche. Les Suisses et les Russes y sont particulièrement sujets ; on le trouve peu en Angleterre , en Hollande et en Allemagne.

Le tœnia solium de Linnæus, improprement appelé ver solitaire, est ainsi décrit par Rudolphi : sa tête est presque hémisphérique, distincte, l’extrémité en est obtuse; le cou s’épaissit en avant, les articulations antérieures sont très courtes, les suivantes sont presque carrées, les postérieures sont oblongues ; toutes sont obtuses , pourvues d’un pore marginal, irrégulièrement alterne ; sa tête est garnie de quatre petites bouches ou suçoirs, dont le centre est garni de crochets. Sa longueur est de cinq à dix pieds et plus. On trouve celte espèce en Angleterre, en Hollande et en Allemagne. On l’a quelquefois renconîrée dans les cadavres, et ja-

ALTÉRÂT. MORB* DES ORCANES. l85

mais la précédente. Elles habitent Tune et Tauire principalement l’intestin grêle.

Parmi les vers cylindriques nous distinguerons l’ascaride, le trichocéphale et la blaire.

L’ascaride a le corps long, aminci aux deux extrémités, la tête munie de trois tubercules, le pénis pointu et bifide. L’ascaride lombricoïde a la tête nue , un corps de trois à douze pouces , sillonné dans toute sa longueur en dessus et- en dessous, la queue obtuse. L’ascaride vermiculaire a la tête obtuse , garnie d’une membrane vésiculaire des deux côtés ; son corps légèrement épaissi antérieurement ; la queue du mâle est obtuse et fléchie, celle de la femelle plate et droite, sa longueur est de quelques lignes. La première espèce habite l’intestin grêle, et quelquefois l’estomac; je l’ai vue en quantité énorme remplir tout le canal alimentaire. La seconde habite particulièrement le rectum.

Le trichocéphale est très commun; il habite principalement le cæcum. Sa partie antérieure est filiforme , la postérieure un peu plus épaisse , la bouche est orbiculaire ; le pénis simple , enveloppé d’une gaine ; le corps de la femelle est droit, celui du mâle contourné en spirale.

La filaire n’existe que sous les tropiques; elle se loge dans le tissu cellulaire des pieds et des jambes. Elle est longue, a la tête efilée, la queue aplatie , et fléchie dans le mâle; dans la femelle

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elle est demi-cjlindrique, pointue et courbe; la bouche est orbiculaire; le pénis du mâle est pointu et simple.

Ce serait sans doute ici le lieu de discuter la valeur des arguments sur lesquels on s’est appuyé dans ces derniers temps pour établir que toutes les altérations dont nous venons de parler ne sont que des inflammations ou des résultats de l’inflamm ation.il nous semble que la description succincte que nous venons d’en faire est bîen suflisante pour prouver le contraire. Il nous semble impossible de regarder comme dépendant d’une cause unique toutes les altérations dont nous venons de parler* Quoi , l’on regardera comme dépendants de la même cause les hémorrhagies, les névroses, l’atrophie, l’hypertrophie, la dilatation, l’oblitération , le ramollissement, l’endurcissement des organes, l’anémie, la pléthore, le scorbut, le charbon^ la poîysarcie , l’emphysème, les éphélides , les taches , les concrétions gypseuses , plâtrées, les calculs, la cartüagination , l’ossiflcation , le tissu érectile, les productions cornées, les tubercules, les granulations, la mélanose , le cancer, l’encéphaloïde, la cirrhose, la sclérose, les hydatides, les ténia , les ascarides , etc. , etc. ! Il faut avouer qu’on doit être pourvu d’une foi bien robuste pour croire à de pareilles niaiseries.

Si l’on s’était borné à dire que l’inflammation

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était très favorable au développement de la plupart de ces états pathologiques , on aurait dit une chose fort juste, sanctionnée par l’expérience, et que tous les bons esprits se seraient empressés d’admettre ; mais vouloir faire dépendre d’une cause identique tant d’effets différents, sans autres modifications que celles du siège de la maladie, c’est ce qu’il est impossible de soutenir , et que le sens commun le plus simple se révolte d’adopter.

Nous bornons ici nos considérations générales. Nous pensons que ces connaissances préliminaires nous faciliteront beaucoup l’étude des details dans lesquels nous allons entrer. «Nous allons examiner rapidement les caractères de chacune de ces lésions dans les divers organes de l’économie animale, et nous en ferons ressortir les différences lorsque les circonstances l’exigeront. Peut-être aurions-nous dû établir un parallèle entre chacun des modes pathologiques que nous venons d’exposer , mais leurs caractères distinctifs nous ont para assez tranchés pour nous dispenser d’entrer dans de semblables développements. Il faut épargner le temps des lecteurs, et laisser quelque chose à leur intelligence.

On s’étonnera sans doute de ne pas trouver ici Pexposition de notre manière de voir sur les lièvres essentielles, ou du moins quelques réflexions générales sur ce sujet; peut-être aussi aurions-nous

iSS DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DlFPÉllENTIEt.

pu nous étendre plus longuement sur Taltération des fluides, sur les spécificités, etc.: mais indépendamment que nous aurons occasion de revenir sur chacun de ces sujets importants , il nous a paru convenable de ne présenter d'abord que des objets clairs, faciles à saisir , et peu susceptibles de contestation.

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