II
^ 5o DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIEFÉEENTIEE.
fonctions. Nous reviendrons sur ce point capital.
Après un temps plus ou moins long de cette période d’incubation, le malade éprouve ordinairement un frisson d’une violence et d’une durée variables. Bientôt un point douloureux se fait sentir. Si l’inflammation est extérieure, on remarque de la rougeur, de la chaleur, enfin de la tuméfaction. On pense bien que ces phénomènes ne peuvent guère s’emparer d’un organe sans que cet organe ne soit gêné dans ses fonctions, et que ce désordre fonctionnel doit varier suivant l’espèce d’organe affecté. On conçoit aussi sans peine que les organes qui auront avec celui qui est malade une connexion plus intime seront les premiers à participer au trouble survenu ; enfin , suivant l’intensité de la phlegmasie et l’importance de l’organe malade , toute l’économie participera a cet état de souffrance , et manifestera cette participation par le désordre général des actes organiques.
C’est à la diversité des caractères de ce petit nombre de phénomènes que nous devons la distinction des différentes inflammations; en effet, la douleur est loin d’être la même dans toutes , elle est même infiniment variable; il en est de même de la rougeur, qui peut offrir toutes les nuances, de la chaleur et de la tuméfaction.
Le premier de ces phénomènes , la douleur, peut ne pas exister; elle est cependant celui de tous qui manque le plus rarement ; mais , ainsi
DE e’iNFIAMMATION EN GÉNÉEA£. 5ï
que nous Tavons vu (i), elle se présente sous une multitude d’apparences. Tantôt à peine sensible, une pression assez forte est nécessaire pour en donner la conscience au malade, tantôt d’une violence telle , qu’elle est intolérable et peut occasioner la mort. L’inflammation occupe-t-elle la peau, elle peut déterminer une sensation d’ardeur, d’âcreté, de démangeaison, d’élancements; sur les membranes séreuses, à la plèvre , elle produit une douleur poignante ; au péritoine, une douleur vive et tellement superficielle que le moindre attouchement est insupportable. Des pulsations, des battements, un poids incommode, etc., caractérisent d’autres phlegmasies ou quelques unes de leurs terminaisons. La douleur ne se manifeste souvent que par l’expression de la face. Il est une multitude de circonstances que nous avons déjà signalées qui peuvent rendre nul le sentiment de la douleur, ou nulle son expression. Tous les cas qui entraînent le carus, le délire, l’âge très avancé ou la première enfance, sont de ce nombre.
La couleur rouge des organes enflammés offre presque autant de variétés que leur perversion de sensibilité. Elle est ordinairement d’une teinte rosée , assez uniforme ; mais elle est quelquefois si légère qu’elle est à peine appréciable , et que dans quelques circonstances elle peut facilement
(i) Voyez tome T", pages 179 et 544*
être révoquée en doute par les personnes qui ne veulent pas la reconnaître. La rougeur peut être portée jusqu'à une nuance violette, noirâtre, et présenter tous les degrés intermédiaires. Elle diffère dans tous les organes ; elle est plus intense dans les membranes muqueuses et dans quelques parenchymes que dans toutes les autres parties. Les membranes séreuses sont celles où elle offre le moins d’intensité. On ne peut guère bien juger ce phénomène inflammatoire que lorsqu’il a son siège à la peau ou sur les membranes muqueuses de la bouche et du commencement du pharynx. Lorsque la maladie occupe quelque viscère intérieur, ce n’est qu’à l’ouverture du corps qu’on peut apprécier la rougeur. Mais alors d’autres difficultés se présentent, cette rougeur n’a-t-elle pas diminué, n’a-t-elle pas augmenté depuis la mort? L’observation démontre que l’un et l’autre peut avoir lieu. Ce que l’on remarque à la peau dans le cas d’érysipèle rend très probable la diminution et peutêtre la disparition complète de la rougeur après la mort : on sait en effet qu’il existe une différence extrême entre la rougeur qui existe pendant la vie et celle qui reste après la mort ; c’est à peine si l’on peut reconnaître les traces de la maladie. Nous n’ignorons pas que nous prêtons ici des armes aux partisans exclusifs de l’irritation , qui ne manqueront pas de dire que , puisque la rougeur peut disparaître après la mort , on ne doit
DE l’inflammation EN GENERAL.
pas rejeter l’existence de l’inflammation d’un organe sur l’absence de la rougeur : mais peu nous
importentles conséquences forcées qu’on en voudra déduire ; notre devoir est d’exposer la vérité tout entière.
Il est inutile d’ajouter que l’étendue , la circonscription de la rougeur sont très variables , et qu’elle n’est pas la même dans toutes les circonstances d’une même inflammation. Nous allons y revenir en parlant des périodes , etc.
Long-temps on a discuté pour savoir si la partie enflammée augmentait réellement de température ou si ce n’était qu’une sensation de la part du malade. Il est bien évident aujourd’hui que cette augmentation est une chose réelle, bien que dans quelques circonstances elle ne soit que le résultat d’une sensation illusoire. Cette chaleur varie aussi beaucoup suivant l’organe qu’elle occupe: elle est très légère ou très intense, âcre, mordicante, sensible au toucher ou insensible. Il n’est pas rare de rencontrer une augmentation de température sur les parties qui correspondent â un organe enflammé. Nous regardons cet effet comme purement physique. Il est le résultat de la propagation du calorique de proche en proche , et non celui d’une prétendue sympathie. Cette explication est plus nécessaire qu’on ne pourrait penser, dans l’état actuel de la science , puisqu’il peut en découler des indications thérapeutiques particulières.
54 DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFÉaENTIEL.
C'est principalement à la peau que la chaleur inflamm-atoire se fait le plus vivement sentir, ensuite aux membranes muqueuses, puis aux parenchymes, où quelquefois elle est cependant presque nulle.
L'irritation déterminant Tafllux des liquides sur la partie qu’elle occupe, il est facile de concevoir que cette partie doit devenir le siège d’un engorgement, d’une tuméfaction, et cela d’une manière d’autant plus marquée que Forgane malade sera par sa nature plus susceptible de se laisser pénétrer par les fluides. Ce phénomène inflammatoire est donc plus ou moins prononcé suivant les tissus affectés, et suivant aussi l’intensité de l’inflammation. Plus les tissus sont lâches et perméables, et plus le gonflement peut être considérable. Certains organes parenchymateux prennent un tel accroissement qu’ils semblent ne pouvoir plus être contenus dans leurs enveloppes, et lorsqu 'après la mort on vient à les briser, ils font irruption au dehors ; on dirait qu’ils sont hypertrophiés. Le tissu cellulaire est celui de tous qui acquiert un développement plus considérable ; certaines glandes, les amygdales, par exemple, se gonflent aussi beaucoup ; les membranes muqueuses s’épaississent sensiblement , etc. Si l’épaississement des membranes séreuses a lieu, il ne peut être très marqué ; il a été nié par plusieurs auteurs. Ainsi que la rougeur, l'a tuméfaction n’est guère sensible
DE l’inflammation EN GÉNÉRAL. 55
pendant ia vie que sur la peau et sur les orifices des conduits naturels : cependant il n’est pas rare d’avoir la conscience de tumeurs inflammatoires développées dans les organes abdominaux ; et la percussion ^ en nous signalant Fhépatisation du poumon, peut nous faire reconnaître en même temps son augmentation de volume.
Avant de passer aux autres symptômes de l’inflammation, nous devons dire quelles modifications ceux-ci éprouvent pendant les diverses périodes de cette maladie. Dans le début ils sont en général peu prononcés , à moins cependant qu’ils ne dépendent d’une cause externe qui les porte tout de suite à leur plus haut degré d’intensité. Peu à peu ils prennent de l’accroissement , arrivent au bout d’un certain temps au terme de leur développement, et enfin décroissent, disparaissent, en déterminant des modifications dont nous allons parler bientôt.
Dans les premiers jours la rougeur est à peine visible , elle est aussi très peu étendue ; petit à petit elle devient plus prononcée, en même temps qu’elle gagne les parties voisines. Elle est ordinairement plus intense dans le lieu où elle a pris naissance , c’est en général vers son centre ; elle s’affaiblit graduellement sur ses bords.
La douleur suit la même progression : elle est quelquefois à peine sensible dans l’origine d’une inflammation, et lorsque celle-ci est extrêmement
violente , il peut arriver que le malade cesse de la percevoir; la chaleur, qui est d’abord à peine augmentée, devient de jour en jour plus incommode, plus insupportable ; enfin le gonflement qui accompagne les phénomènes précédents suit une marche analogue.
Toutes les inflammations ne parcourent pas leurs diverses phases dans le même laps de temps. La même inflammation se développe souvent avec une vitesse différente. On peut cependant dire d’une manière générale qu’une phlegmasie aiguë croît rarement encore passé le troisième septennaire, tandis qu’il est rare qu’elle ait cessé d’augmenter vers le troisième jour.
11 arrive quelquefois que, parvenus à un certain degré, les phénomènes locaux que nous avons examinés jusqu’ici diminuent légèrement, s’arrêtent, se prolongent , se perpétuent* indéfiniment. Ils passent à l’état chronique, état caractérisé par une moindre intensité des phénomènes morbides, par leur marche stationnaire , et leur durée pour ainsi dire illimitée.
Lorsqu’une inflammation frappe un organe, elle ne produit pas seulement les sj^mptômes que nous venons d’exposer: ITin de ses effets les plus constants est de gêner, de troubler, d’intervertir, de suspendre même de diverses manières les actes de cet organe. Il résulte de là une multitude d’expressions fonctionnelles propres à chacune de
DE e’xNFLAMMATION EN GENERAL. 67
nos parties , et d’où découlent les signes les plus précieux pour les distinguer les unes des autres , signes que nous exposerons bientôt avec quelques détails. Si rinflammation affecte un organe exhalant, comme la peau, les membranes muqueuses, séreuses, un organe sécrétoire , l’exhalation , la sécrétion se trouvent d’abord diminuées, arretées ; de là la sécheresse des membranes et la suspension des sécrétions dans la première période d’une phlegmasie ; phénomène général de la plus haute importance, dont l’observation nous avait conduit à révoquer en doute la certitude de l’égophonie comme signe d’un épanchement pleurétique. Après
quelques jours l’exhalation ou la sécrétion reparaissent, mais avec des modifications variées dans la nature des fluides manifestement altérés. Le mucus devient abondant et clair, puis opaque, puriforme, redevient clair et reprend peu à peu ses qualités physiologiques. La sérosité est d’abord plus abondante, elle devient puriforme, trouble, purulente, floconneuse, etc. C’est ainsi que l’inflammation suspend et trouble l’action des organes qu’elle affecte.
Alais elle ne borne pas ses effets à l’altération immédiate de la fonction à laquelle préside l’organe malade; elle fait naître, suivant sa violence, son siège, sa période, etc. , des phénomènes généraux , c’est-à-dire qu’elle trouble à divers degrés les actions des organes éloignés ; ces troubles sont
consécutifs , sympathiques , etc. Ils sont excités par le Toisinage de rorgane,ou par une influence évidente exercée par lui sur un organe plus éloigné. Plus rinflammation est vive, plus l’organe malade est important, plus il est sensible, et plus aussi sont intenses les phénomènes généraux.
La face est rouge et animée, les yeux brillants, les lèvres colorées et sèches; la peau est chaude, quelquefois brûlante ; la langue aride, rouge, principalement sur ses bords ; la soif vive, ardente, inextinguible; l’appetit est nul, les selles sont rares ; les urines sont rouges, peu abondantes ; le pouls est fort , dur, fréquent ; les veines sont gonflées ; la respiration est accélérée, gênée ; il existe de la céphalalgie ; l’insomnie, une agitation extrême tourmentent le malade. Tels sont les symptômes généraux qui accompagnent les phlegmasies ; qui naissent , croissent et disparaissent avec elles; qui augmentent d’intensité, non seulement aux diverses périodes delà maladie, mais aussi à différentes heures de la journée, ce qui constitue l’accès, le paroxysme.
Le type des phlegmasies est continu dans la très grande majorité des cas ; cependant il est impossible de ne pas admettre des phlegmasies entièrement intermittentes. Je ne vois pas pourquoi l’on refuserait d’admettre des inflammations présentant ce caractère, lorsque nous voyons des maladies organiques affectant la même marche:
DE d'inflammation EN GENERAL. 5g
L’inflammation , parvenue à son plus haut degré , ne peut rester à ce même degré ; elle tend à disparaître, ce qui s’opère de plusieurs manières. Pierre Franck reconnaît que l’inflammation peut se terminer par résolution , par suppuration , par induration, par gangrène, par épanchement, par desquamation ; on a ajouté à ces modes divers la délitescence, la métastase, l’ulcération. Je ne vois pas à quel mode de terminaison on doit rapporter la formation d’une fausse membrane, l’adhérence que certaines membranes contractent par leurs faces correspondantes, etc.
Quoi qu’il en soit , lorsqu’une inflammation est arrivée à son plus haut degré d’intensité , on la voit s’arrêter, diminuer graduellement et d’une manière insensible, disparaître ainsi complètement, de sorte qu’il n’en reste plus aucune trace. La douleur , la rougeur, la chaleur et la tuméfaction suivent une marche décroissante , perdent de jour en jour de leur intensité et finissent par se dissiper entièrement. En même temps les phénomènes fonctionnels locaux et généraux se rapprochent du type naturel , qu’ils reprennent au bout d’un temps indéterminé : telle est la résolution, sans contredit , la plus heureuse de toutes les terminaisons. On a remarqué qu’elle était souvent précédée , accompagnée ou suivie d’évacuations plus abondantes que dans l’état naturel, et même que dans le cours de la maladie ; que ces évacuations
6o DIAGNOSTIC SPÉCIAÏ. ET DIFFÉRENTIEI.
avaient lieu par les urines, par les selles, par les sueurs, les crachats, etc.; que ces matières présent taient même souvent des caractères particuliers , ce qui les a fait considérer comme des phénomènes critiques. Nous aurons occasion de nous en occuper plus tard. Nous pouvons dire dès à présent que ces phénomènes sont loin d’être constants , et qu’on a beaucoup exagéré leur importance.
Lorsque la disparition de l’inflammation est brusque et rapide , c’est la délitescence. Après un traitement très actif, dès le principe de la maladie , cette terminaison peut bien avoir lieu ; mais elle doit faire craindre , en générai , qu’un organe plus éloigné n’ait été frappé d’ïrritation , et n’ait ainsi déplacé la première. On voit en effet des maladies graves succéder à cette disparition subite d’une inflammation.
Lorsque le déplacement est réellement opéré, c’est la métastase. Sous le règne de l’humorisme on a fait jouer un grand rôle aux métastases ; l’iiumeur morbifique se portait d’un organe à un autre , soit par la voie de la circulation , soit par tout autre moyen. Le sang, le lait , la bile , etc., etc., pouvaient ainsi* voyager avec une extrême facilité, et produire dans les viscères et dans l’organisme entier les ravages les plus miillipliés. Une observation plus saine , dirigée par une raison plus sévère, plus épurée , a fait justice de toutes ces rêveries.
DE L'iNFLiMMATlON EN GENERAL. 6l
Il est cependant des faits incontestables qui prouvent que les maladies peuvent en quelque sorte quitter un organe pour se porter sur un autre ; soit qu’une cause irritante ait agi préalablement sur l’organe offensé le dernier, soit qu’une action répercussive ait été exercée sur la partie affectée la première. Dans Tun et l’autre cas les phénomènes locaux primitifs disparaissent, et de nouveaux se manifestent dans une région éloignée, auparavant saine. J’ai vu dans ce genre des faits très remarquables. Ce n’est pas ici le lieu de discuter si les fluides se transportent d’un lieu dans un autre avec tous leurs caractères; si le sang, labile, le lait, le pus, peuvent cheminer dans l’économie et se porter sur quelque organe. Ce n’est pas non plus le moment de discuter si le déplacement de la goutte, du rhumatisme, d’une dartre, ou de toute autre maladie spéciale ou spécifique, s’opère par la rétrocession de la cause matérielle de ces affections ; nous reviendrons sans doute plus tard sur ces questions : ce qui est bien certain , c’est qu’on voit des phénomènes locaux inflammatoires disparaître subitement , et être immédiatement suivis d’accidents qui n’existaient pas avant cette disparition; c’est tout ce qu’il faut pour l’instant. Ce phénomène s’appelle métastase. Il est rare qu’elle soit avantageuse.
Une terminaison très fréquente de l’inflammation, c’est la suppuration» La manière dont elle a
lieu est loin d etre la même à la peau, sur les membranes muqueuses , séreuses, dans le tissu cellulaire, les organes parenchymateux, etc. Dans toutes ces parties elle s’effectue d’après un mode particulier. La plupart des organes sont susceptibles de suppuration ; il en est pourtant chez lesquels cette terminaison de l’inflammation a plus facilement et plus souvent lieu que chez d’autres. Il est rare que le foie, la rate, les reins, les muscles, entrent en suppuration ; l’épiderme et ses productions ne suppurent jamais; les tendons , les ligaments , etc. , paraissent dans le même cas.
La suppuration ne présente pas constamment les mêmes phénomènes , et cela peut-il être autrement, puisque l’organisation des parties n’est pas la même ? A la peau , l’épiderme se soulève , une sérosité limpide se laisse d’abord apercevoir à travers cette membrane ; bientôt cette liqueur transparente se trouble, devient opaque, blanche, jaunâtre, brune, se dessèche et tombe. D’autres fois, lorsque le chorion est à nu , le pus se forme et s’exhale à la surface excoriée par un mécanisme Inexplicable.
Il est probable .qu’il se passe quelque chose d’analogue sur les surfaces muqueuses. La membrane d’abord sèche, laisse plus tard s’écouler une mucosité limpide , abondante, puis trouble, opaque blanche , jaune , verdâtre , épaisse , purulei^te , bientôt de nouveau transparente.
DE l’iNFEAMMATION EN GÉNÉRAL. 63
Les surfaces séreuses laissent exhaler aussi une espèce de pus, mais toujours mêlé avec une certaine quantité de sérosité : il n’a jamais l’apparence du pus véritable.
La suppuration du tissu cellulaire s’opère d’une autre manière. Le pus se rassemble en foyer plus ou moins considérable , suivant l’étendue et l’intensité de l’inflammation. Ce pus tend ordinairement à se faire jour au dehors ; il parvient , de proche en proche , jusqu’à la peau , qui s’amincit, s’ouvre , et le laisse échapper à l’extérieur. D’autres fois ce liquide se fait un passage dans les intestins , dans les voies aériennes , ou dans les cavités séreuses, et cela après avoir cheminé plus ou moins long-temps dans le tissu cellulaire sain| Il vient aussi par cette voie apparaître dans certaines régions déclives du corps, bien loin de l’endroit où il s’est formé. Enfin il peut être résorbé dans le lieu où il est sécrété, après y avoir séjourné plus ou moins long-temps.
Les organes parenchymateux ont encore un autre mode de suppuration. Il est rare que le pus se rassemble en foyer : cela n’a guère lieu que lorsque la cause excitante de l’inflammation a directement agi sur l’organe malade ; ou bien lorsque l’inflammation porte un caractère particulier tel que celui qui résulte de. la fonte tuberculeuse. Dans les autres cas , le pus se trouve mêlé intimement avec le parenchyme propre de l’organe ; il
est alors confondu avec la substance organique, qu’il pénètre dans une étendue plus ou moins considérable. Telle est au moins h. manière dont le poumon suppure: c est, comme nous le verrons, rhépatîsation grise de ce viscère.
Les signes qui précèdent et annoncent la suppuration sont assez équivoques. On juge qu’elle aura lieu lorsque l’inflammation est très intense , qu’elle paraît ne pas devoir se terminer par résolution, quelque moyen que l’on emploie ; lorsque 'la cause qui a déterminé l’inflammation a agi profondément 5 violemment; et lorsque la constitution du malade le dispose k cette terminaison.
Lorsque le mouvement fébrile diminue, ainsi que la douleur ; lorsque celle-ci prend un caractère pulsatif ; lorsque la tumeur augmente et se ramollit; lorsque la rougeur se circonscrit , etc. , on juge que la suppuration commence. On juge que la suppuration est effectuée , si le malade éprouve des frissons irré2:uliers, entremêlés de bouffées de chaleur ; si ses joues sont colorées d’une rougeur circonscrite ; s’il ressent une chaleur sèche et brûlante, principalement dans la paume des mains; une soif vive, du dévoiement, une sueur abondante dans certains moments, et surtout vers la région que la phlegmasie occupe ; si le pouls est petit et fréquent, enfin si l’infiltration se manifeste aux extrémités inférieures. En outre la fluctuation de-
DE l'inflammation EN GENERAL. 65
Tient plus éridente , la douleur locale est gravative, etc. Mais il faut avouer que ces signes ne sont que probables lorsque Tinflammalion affecte un organe situé profondément; les signes locaux venant alors à manquer, le jugement que l’on porte perd beaucoup de sa cerlitude.
Des exemples nombreux et incontestables prouvent que les organes frappés d’inflammation peuvent passer à l’induration, c’est-à-dire devenir durs, consistants. La chaleur et la sensibilité s’éteignent dans l’organe endurci ; la tuméfaction diminue ainsi que la rougeur, et parvenus à un certain degré ces phénomènes restent stationnaires. Il faut bien se garder de confondre la simple induration avec la dégénérescence squirrheuse : celle - ci n’a lieu que lorsque l’individu porte avec lui une disposition particulière; elle altère tellement le tissu des organes qu’il devient entièrement méconnaissable , tandis qu’on peut toujours le reconnaître dans la simple induration.
L’épanchement de sérosité est aussi une terminaison de l’inflammation des membranes séreuses, et quelquefois de celle des organes contigus ou plus ou moins éloignés. Nous croyons aussi que l’inflltration et l’épanchement de sérosité peut avoir lieu sans inflammation préalable ; mais nous croyons que ce phénomène morbide est constamment consécutif à l’altération d’un organe. •
L’exfoliation de l’épiderme, sa desquamation,
66 DIAGNOSTIC STÉCIAT ËT DlËË^RËNTIEt.
a été regardée comme un mode de terminaison des plilegmasies ; mais c’est ici un phénomène purement local, qui n’appartient qu’aux plilegmasies de la peau , de môme que le précédent n’est guère propre qu’aux plilegmasies des membranes séreuses , ce qui fait sans doute qu’on les passe ordinairement sous silence dans l’iiistoire générale de l’inflammation.
La production d’une fausse membrane blanche, grise, plus ou moins consistante, plus ou moins adhérente à lasur face libre des membranes séreuses et muqueuses , doit être aussi mentionnée dans les terminaisons des plilegmasies; et l’on ne doit pas omettre non plus les adhérences médiates au mo5^en de tissus ligamenteux accidentels plus ou moins denses , et les adhérences immédiates que des membranes contiguës contractent entre elles. Ce mode de terminaison de rinflammation a sou- Tent lieu pour les membranes séreuses et pour les organes où il s’est opéré quelque division.
La gangrène est une terminaison des plus graves, et qui par cela même a dû fixer l’attention des médecins ; mais il e'st indubitable que les an- ' ciens ont beaucoup exagéré le nombre des cas où ils prétendent avoir observé ce phénomène morbide.
Comme ceux de la suppuration, les phénomènes qui indiquent la terminaison par gangrène sont obscurs lorsque l’organe malade est profondé-
»E l'iNFLAMMaTION EN GÉNÉRAt. 6j
ment situé et dérobé à rapplication des sens. Lorsque la partie malade est extérieure on observe que la couleur vermeille de la peau devient rouge foncée, livide et même noire; que des raies bleuâtres sillonnent la peau et suivent le trajet des vaisseaux ; qu’il s’élève des vésicules brunes et remplies d\me sérosité noirâtre , sanguinolente ; que l’épiderme se détache avec facilité et laisse apercevoir des plaques ardoisées ou d’un gris cendré; enfin que la partie se refroidit, qu’elle conserve l’impression du doigt qui la presse, qu’elle exhale une odeur fétide ; de plus la douleur locale a cessé subitement ainsi que la chaleur brûlante , et souvent il se manifeste un emphysème spontané. La chaleur générale est tombée , le pouls est petit et misérable , l’haleine froide et souvent fétide ; le malade éprouve de fréquentes syncopes , les traits de sa physionomie sont profondément altérés. Mais ces signes généraux , les seuls qui puissent faire soupçonner la gangrène intérieure , sont communs à la plupart des agonies, et sont par conséquent fort équivoques.
Quant aux ulcérations qu’on observe à la suite des inflammations , nous ne croyons pas qu’elles succèdent aux phlegmasies simples ; elles sont presque toujours occasionées ou entretenues par une cause particulière.
Tels sont les phénomènes qui caractérisent
l’inflammation simple, considérée d’une manière
générale. Mais ce tableau serait incomplet si nous ne jetions un coup d'œil rapide sur les altérations organiques que cette maladie laisse après elle.
Ces altérations sont très nombreuses et très variées, à tel point qu'on leur a attribué toutes les
dégénérescences organiques qu'on rencontre après la mort. Mais cette assertion est évidemment exagérée , et à supposer, ce qui est encore très douteux, que l’inflammation fût capable de produire toutes ces altérations, il ne s'ensuivrait pas qu'on pût retourner la proposition, et prétendre que ces altérations sont toujours le résultat de la phlcgmasie. Ainsi que nous l’avons dit ailleurs , de ce qu'un phénomène est produit vingt , trente fois , cent fois par une certaine cause, il n’est pas philosophique d'admettre que ce même phénomène ne puisse pas être produit par une autre cause. Ainsi de ce que telle altération organique est souvent le résultat d’un travail inflammatoire , il n'est pas raisonnable d'admettre qu'il est toujours l'effet de ce travail, et qu’il ne saurait être produit par une autre action morbide. L’inflammation elle- même souvent produite par un agent physique peut être déterminée par un ou plusieurs autres. L’extrême froid, comme l’extrême chaud, lui donnent également naissance ; un sinapisme , un vésicant, une friction , une percussion , l’action violente d’un organe , etc. , etc. , peuvent également la détermi-
DE l’inflammation EN GENERAL. 69
ner. Ainsi j’accorde pour un moment que la plu^ part des altérations pathologiques puissent être produites par l’inflammation; gardez-vous de conclure que ces mêmes altérations soient toujours l’effet de l’inflammation.
Les traces les plus constantes de l’inflammation sont la rougeur et le gonflement, les seuls des quatre phénomènes locaux caractéristiques de l’inflammation qui persistent après la mort. On trouve d’ailleurs d’autres lésions de tissus moins fréquentes dont nous avons parlé dans ce tableau de l’inflammation.
Lorsqu’on rencontre dans un organe de la rougeur et du gonflement , il est difficile de ne pas admettre qu’il a été le siège d’une inflammation : nous croyons cependant qu’on peut les rencontrer sans qu’il ait existé d’inflammation préalable. Nous avons déjà parlé de la congestion local , qu’il ne fallait pas confondre avec la phlegmasie ; nous y ajouterons quelques hypertrophies, qui présentent l’augmentation de volume et la rougeur de l’organe 5 sans que pour cela on soit en droit de conclure qu’il a existé pendant la vie un travail inflammatoire.
Quoi qu’il en soit, on doit reconnaître en général qu’il a existé une phlegmasie là où ces vestiges se rencontrent. Il peut arriver même qu’ils aient presque complètement disparu, sans que pour cela on soit en droit de nier l’existence de l’inflammation.
Les personnes qui ne reconnaissent qu'une seule maladie, ont tiré le plus grand parti des faits précédents pour appuyer leur système. Ces faits leur sont effectivement très avantageux. Il est très facile à leur appui de prouver que toujours il y a eu ^ une inflammation. Nous avons vu que ces phénomènes locaux pouvaient ne pas exister, qu’il y avait des plîlegmasies latentes; nous avons vu que les traces de l’inflammation disparaissaient, ou du moins diminuaient beaucoup après la mort; nous avons vu qu’il pouvait y avoir des altérations organiques analogues à celles que produit l’inflammation , et qui n’étaient pas dues à cette maladie : toutes ces propositions sont exactes ; dès lors il a été facile de démontrer que tous les cas pathologiques étaient des phlegmasies. Et d’abord, il y a phlegmasie quoique vous n’observiez aucun phénomène morbide fonctionnel , puisque de votre propre aveu il existe des phlegmasies latentes : donc il n’est pas nécessaire qu’il existe des symptômes pour que l’inflammation existe. En second lieu , il n’est pas plus nécessaire qu’il existe des traces anatomiques de l’inflammation, puisqu’il est des cas où ces traces ne sont pas sensibles: donc il peut y avoir inflammation là où il n’en reste aucune trace. En troisième lîeu, il peut y avoir inflammation sans phénomènes fonctionnels et locaux, puisque ni les uns ni les autres ne sont nécessaires à l’existence de la phleg« masie. Enfin, l’inflammation pouvant développer
DE l’inflammation EN GÉNÉRAL. 7I'
toutes les altérations organiques, on doit admettre que toutes ces altérations sont le résultat de l’inflammation. Tels sont les raisonnements captieux à l’aide desquels on entraîne la croyance des jeunes élèves.
Nous ne chercherons pas à combattre ces raisonnements, le seul bon sens et la seule bonne foi suffisent pour les réduire à leur juste valeur. Voici ce que nous croyons être la vérité.
Lorsque pendant la vie on a observé des phénomènes fonctionnels évidemment inflammatoires , et qu’on n’en trouve aucune trace après la mort, on peut croire qu’il existait une inflammation dont les traces ont disparu; mais il est .plus sage de douter.
Lorsque pendant la vie nul signe de phlegmasie ne s’est manifesté, et qu’après la mort on trouve des altérations organiques ordinairement produites par l’inflammation , on peut croire qu’il a existé une inflammation; mais il est plus^ge de douter.
Lorsqu’on ne trouve ni traces après la mort, ni signes pendant la vie, on peut nier qu’il y ait eu inflammation , du moins rien ne le prouve.
Lorsqu’on a observé des signes d’inflammation pendant la vie, et qu’on trouve des traces évidentes après la mort, on doit avoir la certitude qu’il y avait inflammation.
Les traces que l’inflammation laisse après elle ne sont pas les mêmes dans tous les organes. Pour
bien les apprécier, il faut non seulement bien connaître Tctat sain des organes selon les âges , les sexes, les constitutions, les habitudes, etc. ; mais connaître aussi les changements qu’ils éprouvent dans une multitude de circonstances physiologiques, et aussi par l’influence des maladies d’organes éloignés. M. Billard a résolu ce problème de la manière la plus satisfaisante pour les intestins, et nous recommandons la lecture de son livre, fl est fort à désirer pour la science que ce jeune médecin fasse un travail semblable pour tous les organes de l’économie animale.
L’aspect de la peau qui a été enflammée , lorsque l’inflammation ne s’est pas terminée par suppuration, est à peu près le meme que daiV;. l’état sain. Le gonflement et la rougeur sont tellement diminués, qu’il est presque impossible de distinguer le lieu qu’ils occupaient pendant la vie; il n’y a qu’une comparaison attentive avec une partie saine qui puisse faire reconnaître quelque différence. Alors on s’aperçoit que la peau est plus livide, plus épaisse, plus mollasse, qu’elle se déchire plus facilement que dans l’état sain ; elle paraît aussi pénétrée de petits vaisseaux injectés de sang noir. Lorsque Férysipèle a occupé la face, il est souvent bien difficile de le reconnaître après la mort , parcequ’on manque de point de comparaison; et une personne qui n’aurait pas vu le malade ne s’apercevrait nullement de l’altération organique.
DE l’inflammation EN GÉNÉRAL.
Lorsque l’inflammation s’est terminée par suppuration , lorsqu’elle a attaqué plus profondément le tissu de la peau , on remarque des excoriations, des phlyctènes; la peau est rouge, brune, irrégulière, inégale, couverte d’une couche albumineuse et fibrineuse. Lorsque l’inflammation s’est cicatrisée , on observe des rides, des plis, ou bien une surface plus lisse, plus blanche, plus polie que dans l’état naturel, elle est alors aussi beaucoup plus dense.
Des changements analogues s’observent sur les membranes muqueuses; elles perdent de leur rougeur et de leur gonflement bien moins que la peau. La rougeur est plus ou moins vive, plus ou moins étendue, diffuse, de formes très variables, et que des auteurs minutieux se sont complu à décrire. Ces détails surabondants ne font pas avancer la science.
’ La couleur rouge peut être le résultat d’une simple injection, alors on distingue ordinairement le trajet des petits vaisseaux. On produit aussi quelquefois artificiellement sur la membrane muqueuse de l’estomac une rougeur qui ressemble beaucoup à la rougeur inflammatoire ; il suffit pour cela de frotter un peu fortement cette membrane avec le tranchant d’un scalpel. J’ai été plusieurs fois témoin d’une semblable manœuvre.
■ Les membranes muqueuses sont fréquemment épaissies, comme boursouflées ; il est impossible
n4 DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFERENTIEL.
de méconnaître là l 'effet d’un travail inflammatoire. La consistance de ces membranes est quelquefois diminuée , elles sont ramollies , ainsi que îe docteur Louis l’a démontré dans son intéressant mémoire sur le ramollissement de la membrane muqueuse gastrique ; elles se détachent avec la plus grande facilité des membranes sous-jacentes, elles se déchirent au moindre effort. Cette altération n’appartient pas d’une manière exclusive à la membrane gastrique ou intestinale, je l’ai observée sur les bronches. Dans quelques cas les membranes s’épaississent et augmentent de consistance, elles diminuent aussi d’épaisseur; elles s’amincissent, deviennent pellucides, transparentes, et disparaissent quelquefois complètement. Cette disparition des membranes muqueuses s’observe principalement dans le grand cul-de-sac de l’estomac.
Les membranes muqueuses sont encore le siège d’eschares blanches , grisâtres ardoisées , plus ou moins étendues, qui par leur chute donnent souvent lieu à des ulcérations de divers aspects. Les ulcérations qui ne succèdent pas à la chute d’une eschare n’appartiennent pas à l’inflammation simple.
Des fausses membranes couvrent souvent les membranes muqueuses , particulièrement dans les inflammations des voies aériennes, et chez les enfants. Ces concrétions membraniformes ont été observées dans le canal gastro -intestinal. Des
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fluides variables par leur couleur , leur consistance, leur abondance, peuvent aussi être regardés comnae une sécrétion de nature inflammatoire.
Enfin un phénomène bien remarquable et qui prouve que des altérations profondes,' de véritables destructions des membranes muqueuses peuvent guérir, ce sont les cicatrices qu’elles offrent dans certains c^s. Un tissu dense, rayonné, ridé, convergeant vers un centre commun, d’un rouge moins vif, plus brillant que le tissu ordinaire, indique suffisamment l’existence préalable d’une destruction organique.
Les membranes séreuses rougissent aussi par l’effet de l’inflammation , mais cette rougeur est bien moins sensible que sur les membranes précédenles ; elle est aussi moins diffuse et ressemble davantage à l’injection simple. Cette rougeur peut paraître communiquée parles organes sous-jacents. La transparence des membranes séreuses est véritablement diminuée, par l’effet même de l’injection. Cette transparence peut même se perdre complètement dans les phlegmasies chroniques; la membrane est alors d’un blanc opalin. Nous savons bien qu’on a nié l’épaississement des membranes séreuses; mais si dans beaucoup de cas l’augmentation d’épaisseur est due à la superposition de pseudo-membranes, dans d’autres elle est bien évidemment l’effet du travail inflammatoire sur le tissu séreux lui-niême. C’est ce qu’on peut voir
n6 DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFÉRENTIEL.
sur le péricarde et sur Tarachnoïde. Cette dernière membrane acquiert parfois une consistance remarquable, au point qu’il est très difficile de la déchirer. Cela n’arrive que lorsque l’inflammation dure depuis long-temps.
Dans le commencement d’une inflammation, la surface séreuse est sèche, plus tard elle laisse suinter de la sérosité trouble, purulente, puis il se forme une pseudo-membrane, laquelle s’organise souvent et s’identifie avec la séreuse ; il peut s’en former plusieurs couches. Elles durcissent, deviennent cartflagineuses, s’ossifient. Le plus ordinairement la surface libre des membranes séreuses contracte des adhérences médiates ou immédiates avec la surface correspondante ; si ces adhérences ligamenteuses se rompent , on trouve des appendices séreux flottants dans la cavité qu’elles tapissent.
Je ne sache pas qu’on ait trouvé de véritable ulcération sur ces membranes, mais on y rencontre assez fréquemment des inégalités, des granulations transparentes, grises, noirâtres, etc. On a aussi observé la gangrène de ces membranes.
L’inflammation laisse des vestiges variés dans les organes parenchymateux , et tellement variés qu’il n’en est aucun qui se ressemble. Il est même plusieurs d’entre eux dont on ignore assez complètement les lésions organiques qu’y détermine l’inflammation : néanmoins lorsque pendant
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la vie on a observé des pliénqmènes phlegmasiques locaux et généraux, et qu’après la mort on trouve de la rougeur, de la tuméfaction, une augmentation ou une diminution de consistance, on a d’assez fortes raisons de croire qu’il a existé une inflammation. La rougeur plus ou moins foncée d’un organe peut être regardée comme le caractère le plus constant d’une inflammation. Quant à son augmentation de volume, renfermés qu’ils sont pour la plupart dans des parois solides peu extensibles, elle est peu apparente, on ne la juge guère que d’après la déformation que la compression détermine sur leur surface ; mais cette augmentation de volume existe indubitablement. Le tissu des organes se ramollit souvent par le travail inflammatoire ; on a voulu expliquer ce phénomène par l’infiltration du pus dans la pulpe des organes, mais nous ne pensons pas que telle soit en effet la cause du ramollissement. Les organes enflammés perdent leur force de cohésion , et se déchirent avec la plus grande facilité. Mais un véritable pus peut être ou réuni en foyer ou disséminé dans le tissu même de l’organe.
La diminution de volume générale ou partielle, l’augmentation de densité, des cicatrices, sont souvent la suite de l’inflamination. Pour ce qui est d’une multitude de productions accidentelles, elles ne nous paraissent pas le résultat d’une phlegmasie simple, elles doivent tenir à une cause particulière.
y8 DIAGNOSTIC SPiciAL ET DIFFÉRENTIEl/
L’inflammation peut concourir à les produire, mais seule elle ne suffit pas pour leur donner naissance. Nous reviendrons sur ce point important.
Des lésions organiques analogues à celles que nous venons de décrire se présentent aussi dans les membranes synoviales, dans celles des vaisseaux artériels et veineux, dans le tissu des nerfs, etc. ; enfin dans toutes les parties que l’inflammation peut atteindre, et il en est peu qui puissent s’y soustraire.
Tels sont les principaux phénomènes fonctionnels locaux et généraux, et les caractères organiques les plus remarquables que fournissent les inflammations simples. Ce vaste sujet, dont nous ne présentons ici que les sommités, recevra des développements ultérieurs dans le tableau que nous ferons des maladies en particulier ; mais nous ne pouvions nous étendre davantage sans dépasser les limites d’un ouvrage de la nature de celui-ci. Ce que nous avons dit doit être suffisant pour faire reconnaître l’inflammation ])artout où elle se trouve, partout où elle a existé, pour faire reconnaître qu’elle n’a point existé , enfin pour la faire distinguer de tout ce qui n’est pas elle.
Mais l’inflammation ne se présente pas toujours avec ce caractère de simplicité , elle est souvent entourée de circonstances bien tranchées qui indiquent chez elle une nature spéciale, particulière et même spécifique.
DE t’iNEEAMMATÎON EN GÉNIERAI» 79
Nous appelons j)hlegmasie spéciale celle qui se montrant constamment avec des caractères propres autres que ceux de l’inflammation simple , n’est cependant pas susceptible de se transmettre par l’insertion d’un virus : le zona et beaucoup de phlegmasies cutanées sont dans ce cas. Nous réservons plus particulièrement l’épithète de spécifiques pour les inflammations susceptibles de se transmettre par contagion. Ce que nous disons en ce moment n’est que pour justifier les deux expressions dont nous venons de nous servir. Nous ajoutons d’ailleurs peu d’importance à ces distinctions , parcequ’il est des maladies qu’on pourrait appeler spécifiques , telles que le cancer , et qui ne se transmettent pas par contagion ; et d’autres dont le caractère contagieux est révoqué en doute. Toutefois le caractère spécifique est surtout manifeste lorsque la maladie peut se transmettre par communication d’un individu à un autre.
Quelques auteurs , des plus recommandables d’ailleurs , ont rejeté le mot de spécifique pour adopter celui de symptomatique. Nous pensons que ces deux expressions ne peuvent se remplacer mutuellement , et jamais le mot de symptomatique n’aura la même signification que celui de spécifique. Que dans la peste ou le typhus il survienne des bubons ou des pétéchies, sans doute ce seront là des inflammations symptomatiques , parceque ces accidents ne constituent pas le phéno-
mène principal de la maladie ; mais l’éruption variolique ne sera jamais considérée comme un simple symptôme , parceque cette éruption est le principal phénomène de la maladie; et les vartolæ sine variolis des auteurs scolastiques me paraissent une contradiction puérile.
Nous avons déjà parle des maladies spécifiques, et nous sommes obligés d’y revenir encore. Les jeunes médecins, qui avaient été séduits par l’entraînante simplicité de la doctrine dite physiologique, se sont la plupart rangés du côté de l’évidence. Cependant ils ne cèdent le terrain qu’avec peine et en combattant toujours. Le plus grand argument dont ils se servent aujourd’hui , c’est qu’on ne voit pas la spécificité d’une maladie, qu’on ignore sa nature , qu’on ne peut pas s’en rendre compte , et que dans la plupart des cas ces maladies guérissent par le traitement antiphlogistique simple.
Il est fort aisé de répondre à ces arguments. Et d’abord , depuis quand exige-t-on , pour admettre l’existence d’une chose , d’en connaître la nature intime ? Prenons tous les agents physiques dont l’existence est le moins contestée, et voyons si on la connaît autrement que par ses effets. Qu’est-ce que la lumière ? est- ce un corps , est-ce une émanation ? Qii’est-ce que l’électricité? La connaît-on autrement que par les attractions, les répulsions, les étincelles , etc. , c’est-à-dire que par les effets
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qui tombent sous les sens? Mais quelle est sa nature ? Qu’est-ce que l’attraction qui agit en raison directe des masses , inverse du carré des distances? quelle est la nature de cet agent? on l’ignore, et pourtant on en calcule les effets avec une merveilleuse précision. Eh bien ! les effets du vice va^ riolique , vaccin et autres , tombent-ils moins sous les sens que ceux de la lumière , de l’électricité, du calorique , de l’attraction ? non sans doute. Vous prenez au bout d’une lancette une certaine quantité de fluide vaccin; vous développez, en l’insérant sous l’épiderme d’un individu convenablement disposé, c’est-à-dire qui n’a pas été vacciné, et qui n’a pas eu la variole ; vous développez , dis-je , une maladie identique , susceptible de se transmettre de la même manière, et vous exigez de plus qu’on vous fasse voir la spécificité ! Et quels témoignages vous faut-il donc de plus pour vous convaincre de son existence? ÎN’est-ce pas assez des signes positifs qui accablent vos sens?
Mais, dites-vous, à quoi sert d’admettre des maladies spécifiques, puisqu’elles guérissent toutes par le traitement antiphlogistique? N’est-ce pas là la plus forte preuve qu’il n’y a rien de spécifique?
Il est bien vrai que la guérison des maladies spécifiques arrive dans la plupart des cas par les seuls efforts de la nature ou par un traitement simple ; mais cela ne prouve nullement que ces maladies ne soient pas spécifiques. C’est un très mau-
vais moyen de juger la nature d’une maladie que de la juger par les effets des médicaments. Que dirait-on d’un médecin qui conclurait qu’une maladie est nerveuse, parceque les antispasmodiques ont réussi. Savons- nous ce que c’est que des antispasmodiques? Savons-nous comment ils agissent ? s’ils agissent sur, pour ou contre les nerfs^ et comment? Il en est de même des antiphlogistiques : le quinquina, les vésicatoires sont souvent des antiphlo-^ gistiques. C’est donc une manière vicieuse de raisonner, que de conclure à la nature d’une maladie il juvantibus et lædentibus. En second lieu, il est des maladies spécifiques, telles que la rage, qui ne guérissent nullement par les antiphlogistiques ; dire qu’il n’y a pas de spécificité ne fera pas qu’on cherchera le véritable , le seul remède convenable dans cette horrible maladie. Il ne faut donc pas exiger de voir la spécificité, il suffit que ses effets soient sensibles , indubitables : c’est ce qu’il est impossible de nier.
11 est très vraisemblable que l’agent spécifique a son siège dans les fluides. La facilité avec laquelle il se répand dans tout l’organisme et le modifie, comme dans la variole et la vaccine ; sa transmission au moyen d’un fluide , etc. , tout porte à croire que tel est son siège primitif. Quoi qu’il en soit, cet agent une fois appliqué manifeste sa présence par des phénomènes particuliers , bien caractérisés pour chaque espècQ. C’est principalement à la
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peau que ces caractères sont le plus tranchés. La variole, la vaccine, la varicelle, la rougeole, la scarlatine, etc. , ont une physionomie propre qu’il est impossible de confondre. L’analogie , et les faits présentés récemment avec beaucoup de talent par M. le docteur Bretonneau , ne permettent pas de douter que les membranes muqueuses ne soient aussi le siège de phlegmasies spécihques. Les membranes synoviales, les muscles et les parenchymes ne m’en paraissent pas exempts. Nous aurons occasion de revenir sur ce sujet en traitant des maladies en particulier , où nous exposerons les caractères fonctionnels et organiques de chacune de ces maladies.
Il est encore quelques différences générales dans les inflammations qu’il nous semble important de signaler. Elles peuvent êtrehypersthéniques ou hyposthéniques ; elles peuvent être aiguës ou chroniques.
Il est des phlegmasies qui se présentent avec un cortège de symptômes d’une extrême violence ; c’est ce que les anciens et ce que quelques modernes désignent encore sous la rédondante épithète à' inflammatoire ; ils disent une pneumonie , une pleurésie inflammatoires, comme si ces maladies pouvaient être autre chose. A la vérité , c’est encore pour les distinguer de prétendues pneumonies on pleurésies bilieuses , catarrhales , rhumatismales, etc. Dans Tune comme dans Tau-
tre signiûcatioQ , cette épithète est également défectueuse.
Mais une inflammation peut , chez un sujet jeune et doué d’une grande force de réaction, offrir -des phénomènes locaux et généraux d’une grande intensité : c’est alors une surinflammation, une inflammation avec hypersthénie. Il peut arriver que les phénomènes locaux fonctionnels et organiques soient très prononcés, et que les phénomènes généraux ne soient pas en rapport : ce cas est embarrassant ; il doit faire craindre la concentration des forces.
- Lorsqu’un sujet faible , débile , avancé en âge , est frappé d’inflammation , ou lorsqu’un individu fort a été soumis à un régime débilitant excessif, il survient alors une véritable faiblesse ; l’engorgement inflammatoire persiste, parceque l’absorption ayant perdu , comme les autres fonctions , la faculté de s’effectuer , les matériaux de congestion ne peuverit plus être enlevés, et cette congestion peut augmenter encore par une espèce d’épanchement mécanique. Alors la fonction de l’organe malade languit , la douleur a diminué , mais l’étendue de l’altération reste la même ou augmente ;
la face pâlit et s’altère, la peau devient froide , le
pouls faible et misérable, etc. ; la soif est moindre, la langue sale , brune et noire ; le ventre se météorise, etc. : c’est une inflammation hyposthénique, avec faiblesse , avec adynamie , qu’il faut bien se
DE l’inflammation EN GENERAL. 85
garder de confondre avec les autres inüammations, et surtout avec celle accompagnée de concentra-, tion des forces. La mort du malade en serait le résultat inévitable.
L’inflammation peut avoir une marche lente et chronique , et présenter des symptômes bien différents de ceux que nous avons décrits jusqu’ici. Ils sont quelquefois si obscurs , si peu prononcés, qu’on a beaucoup de peine à reconnaître la maladie. Un état de langueur générale, de la pâleur , de l’inertie dans la plupart des fonctions ; quelques douleurs sourdes , profondes , peu vives^ dans l’organe affecté , tel est l’aspect que présentent les phlegmasies chroniques; leurs progrès sont insensibles ; il faut un œil très exercé pour les reconnaître. Cependant la maladie mine insensiblement l’organisme , et l’individu finit par tomber dans une maigreur extrême, dans un véritable marasme, et meurt. D’autres fois il se rétablit graduellement ou même avec assez de rapidité^ lorsque la cause qui entretient la maladie a disparu accidentellement ou nar le secours de l’art.
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On trouve souvent des désordres organiques très étendus , et peu en rapport avec les symptômes légers observés pendant la vie ; ce qu’on attribue à la lenteur delà destruction de l’organe, qui a permis à celui-ci de s’habituer , pour ainsi dire , à sa décomposition partielle.
Les altérations organiques consistent principale-
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ment dans l’épaississement et l’induration des organes , dans des épanchements séreux , Tengorgement des glandes voisines, une rougeur pâle etgrisâtre,etc. ; mais nous sommes loin de penser, ainsi que nous l’avons dit déjà , et comme nous le redirons encore, que ce mode d’inflammation soit la cause unique de toutes les lésions organiques connues.
Des hémorrhagies en général.
Doit-on ranger les hémorrhagies parmi les effets de l’inflammation ? Nul doute, si l’on s’en rapporte aux jeunes médecins, qui ne reconnaissent qu’une maladie ; mais si l’on en croit ceux qui pensent que des caractères fonctionnels et organiques , essentiellement différents , décèlent , apportent quelque différence dans les maladies, il n’en sera pas ainsi. Nous n’ignorons pas qu’on peut trouver de nombreux points de ressemblance entre ces deux classes d’affections. Les inflammations , les hémorrhagies reconnaissent des causes occasionelles et prédisposantes de la même nature : les unes comme les autres peuvent être idiopathiques, primitives, ou symptomatiques et consécutives; les unes comme les autres peuvent offrir des caractères hypersthéniques et hyposthéniques ; elles peuvent être aiguës ou chroniques ; elles ont des phénomènes généraux et locaux ; elles affectent les mêmes organes , enfin réclament le même traitement. Malgré ces points de contact , parfaite-