‹ Traité élémentaire de diagnostic, de pronostic, d'indications thérapeutiques, ou cours de médecine clinique (volume 3)Chapitre 3 sur 40 · DES HÉMORRHAGIES EN GÉNÉRAI. I · texte numérisé non relu

DES HÉMORRHAGIES EN GÉNÉRAI. I

ment développés dès 1812 dans la Dissertation inaugurale de notre ami le docteur Lefebvre , nous pensons que les hémorrhagies sont loin d’être la même maladie que l’inflammation ; un grand nombre de différences les distinguent. Les considérations suivantes les feront connaître suffisamment.

Toutes les fois que la partie colorante du sang s’échappe des conduits qui le renferment naturellement , on dit qu’il y a hémorrhagie. A la vérité la quantité de sang répandue peut être si peu considérable qu’elle ne mérite pas ce nom ; mais on n’a pas encore déterminé quelle était la quantité de sang nécessaire pour constituer une hémorrhagie, où commençait et où finissait une hémorrhagie. Ce sont de ces choses vagues qu’on a de tout temps abandonnées au jugement des médecins. Nous en dirons autant des hydropisies. Quelle est la quantité de sérosité qui constitue i’hydropisie? Nous l’ignorons.

Quoi qu’il en soit, le sang s’échappe au dehors, il s’épanche dans les cavités naturelles , ou se rassemble en foyer dans le tissu même des organes. Toutes les parties du corps , excepté les tissus très denses , tels que les os , les cartilages , les ligaments , les tendons, les aponévroses et les nerfs, sont susceptibles d’hémorrhagie. Ainsi on a observé des hémorrhagies à la peau , sur les membranes muqueuses , séreuses , synoviales , dans le

tissu lamineux , dans le parenchyme de la plupart des viscères, des muscles, etc. Lliémorrhagie présente suivant ces sièges divers des phénomènes différents.

Dans un très grand nombre de cas lliémorrhagie n’est qu’un symptôme. Elle survient dans beaucoup d’affections, ainsi que nous avons eu occasion de le dire souvent dans le premier volume de cet ouvrage. Alors elle ne constitue qu’un phénomène secondaire; l’étude de la maladie principale importe seulement au médecin , à moins qu’il ne préfère Eombre au corps lui-même. On sent bien que nous ne voulons point en ce moment parler de ces sortes d’hémorrhagies ; celles qui ne dépendent que de l’exhalation du sang, et qui ne sont liées à aucune autre affection, doivent seules nous occuper ici.

Ceci nous conduit naturellement à parler d’une espèce d’hémorrhagie difficile à classer ; elle a lieu par exhalation , et cependant ne peut être regardée comme idiopathique, puisqu’elle est l’effet de la maladie d’un organe éloigné du lieu où elle se manifeste. Je veux parler des hémorrhagies qui surviennent dans les maladies organiques du cœur. Rien n’est plus fréquent que ces sortes d’hémorrhagies ; elles se montrent dans tous les organes comme les hémorrhagies idiopathiques. Elles sont le résultat de la gêne que le sang éprouve dans son cours, de la stase de ce fluide dans les tissus per-

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tiiéables. Elles ressemblent parfaitement aux phlegniasies que nous avons nommées consécutives; elles arrivent dans les mêmes circonstances. On voit bien la différence qui existe entre cette hémorrhagie et celles qui accompagnent les altérations variées des tissus qui naissent dans l’endroit même du mal, et qu’on a nommées symptomatiques; nous croyons important de les distingue]’. On peut la considérer comme un phénomène des maladies du cœur, et n’en faire mention qu’à ce sujet. ,

Les hémorrhagies primitives ^ idiopathiques ^ spontanées^ ipsir simple exhalation, offrent plusieurs points importants à considérer dans leur étude. On distingue des hémorrhagies actives et passives; des hémorrhagies accidentelles, constitutionnelles supplémentaires , critiques et symptomatiques. Avant de passer outre nous ferons remarquer que cette dernière dénomination a été donnée aux hémorrhagies qui, survenant dans le cours d’une autre maladie, ne la jugent pas, par opposition à l’ex- [)ression d’hémorrhagies critiques, c’est-à-dire qui jugent la maladie; nous croyons que cette dénomination est vicieuse, en ce qu’elle tend à faire confondre sous un même nom deux choses fort differentes, c’est-à-dire les hémorrhagies qui sont la suite de differentes altérations sensibles de tissus , et celles qui , pouvant être idiopatliiques , ne sont cependant pas critiques. Il faut' donc donner

à ces dernières 1 epithète plus simple et plus claire d’hémorrhagies acriliques.

L’écoulement du sang hors des conduits qui le renferment constitue donc le phénomène caractéristique des hémorrhagies. Les symptômes des hémorrhagies sont tellement différents suivant le siège quelle occupent, qu’il est bien difficile de s’élever à une description générale et qui n’offre réellement que des signes communs. Ainsi l’épistaxis, l’hémoptysie , et surtout l’hémorrhagie intestinale et l’hémorrhagie cérébrale, etc., n’ont peut-être de commun que l’issue d’une certaine quantité de sang hors des vaisseaux qui le contiennent naturellement. Les phénomènes fonctionnels locaux occasionés par les hémorrhagies diffèrent donc essentiellement.

LomnTent s’effectue cet écoulement du sang hors des conduits qui le renferment? Il n’y a pas de doute que ce ne soit par l’agrandissement des pores perspiratoires , agrandissement qui permet aux globules colorés du sang de s’échapper , tandis que dans l’état naturel, ces globules, plus volumineux, comme on sait , que les globules non colorés , doivent rester renfermés dans l’aire des vaisseaux, et ne peuvent sortir par leurs pores latéraux. Nous ne parlons pas ici des hémorrhagies qui arrivent par solution de continuité, par rupture, déchirure, ulcération , etc. Les anciens pensaient que c'était toujours par cette cause que le sang s’écoulait; ainsi

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que nous le verrons plus bas, cette opinion n’est pas fondée. Mais si la portion colorante du sang s’échappe parceque les pores perspiratoires sont dilates , quelle est la cause de cette dilatation? On a pensé qu’il existait dans ce cas un défaut d’équilibre entre la force de résistance des parois des vaisseaux et la force d’impulsion ; que dans un cas cette dernière était supérieure à la résistance naturelle des vaisseaux ; que dans l’autre cette même résistance était inférieure à l’impulsion naturelle du sang. Enfin on a pensé que le sang lui-même, diminué de consistance , d’épaisseur, trouvait plus de facilité à s’échapper par les bouches exhalantes. Toutes ces opinions ne sont que des hypothèses ; car il est impossible , avec nos moyens d’investigation, de xo'ir le sang s’échapper des parois des vaisseaux capillaires ; mais toutes ces conjectures sont probables, et je suis porté à croire que les hémorrhagies peuvent s’effectuer par ces diverses causes.

Dans les cas les plus ordinaires l’hémorrhagie survient sans phénomènes précurseurs; l’invasion en est brusque, ou du moins les signes avant-coureurs sont inaperçus. Dans quelques circonstances, il survient un trouble local ou général , différent suivant que l’hémorrhagie est hypersthénique, hyposthénique ou intermédiaire. Gomme il est rare que la partie qui est le siège de l’hémorrhagie soit accessible à la vue , il est difficile de

reconnaître Tétât dans lequel elle se trouve. Les auteurs ont pensé qu’il existait une véritable congestion locale caractérisée par le gonflement des vaisseaux , une légère tuméfaction , la rougeur des parties voisines , phénomènes accompagnés d’un sentiment de plénitude, d’embarras, de tension , de titillation , de prurit , de chaleur. Lorsqu’il existe des phénomènes généraux, ce sont ceux de la pléthore. A la suite d’un frisson qui signale la concentration du sang vers l’organe malade , il survient de la chaleur, le pouls devient fréquent, plein , quelquefois dur.

A peine le sang s est-il fait jour au dehors qu’une pâleur profonde couvre le visage , une sueur abondante inonde le front, les extrémités se refroidissent, le pouls devient petit , faible et concentré. Avant que la perte de sang ait été assez abondante pour affaiblir le malade , les membres sont tremblants , et quelquefois agités de mouvements convulsifs ; une anxiété précordiale insupportable se fait sentir : ces phénomènes peuvent en imposer pour une faiblesse réelle , et empêcher le médecin d’employer les -moyens convenables. Pour éviter Terreur , il devra remonter avec soin aux circonstances commémoratives. Les effets dont nous venons de parler ont été attribués , par quelques médecins, à la ter^^eur que Thémorrhagie inspire à celui qui l’éprouve. ‘Cependant si l’écoulement de sang a été considérable , il peut avoir produit une

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