partie plus ou moins étendue, plus ou moins circonscrite
Dans la première division nous comprendrons la congestion cérébrale, rinfïammation du cerveau et des méninges , riiydrocéphale aiguë , Thémorrliagie et les ramollissements ; nous y ajouterons ranémie et la polyæmie ; quant à la céphalalgie qu’on peut nommer nerveuse ou névropathie cérébrale, il en sera question en parlant des maladies dont le siège est inconnu , mais probable.
Quant à la commotion, aux contusions, aux plaies , la pathologie externe s’est emparée de ces maladies , nous n’en traiterons pas.
Nous placerons dans la seconde division Thydrocéphale chronique , le cancer , le tubercule, le foDgus, les tumeurs osseuses , les acéphalocystes, l’atrophie, l’hypertrophie et le développement irrégulier de l’encéphale.
Anémie cérébrale.
Si Ton saigne à blanc un homme, ou si l’on fait subir à un animal vivant une perte abondante de sang, tous les organes se trouvent privés de leur excitant propre , de sang. Alors ils cessent plus ou moins complètement leur action, et cbacun d’eux présente des pliènomènes particuliers. Si quelques causes agissent de la même manière que les saignées copieuses, c’est-u-dire si un individu perd
a66 DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFERENTIEL
plus qu’il ne répare, des phénomènes semblables se manifesteront. Notre plan ne nous permettant pas d’entrer dans le détail de ces causes, nous devons passer tout de suite à l’exposition des phénomènes morbides immédiats et médiats.
Phénomènes morbides directs. L’anémie cérébrale, lorsqu’elle est complète, est signalée par la perte de connaissance , par la syncope ; mais, avant de perdre connaissance, l’individu éprouve un trouble remarquable dans tous les sens; les objets lui paraissent comme voilés; il ne les aperçoit que comme à travers un nuage; ils paraissent tourner autour de lui ; l’oreille ne perçoit plus ou que très peu les sons extérieurs, mais il existe des bourdonnements importuns; le toucher devient obtus et les autres sens insensibles à leurs excitants propres ; le sommeil est léger, peu réparateur; les organes des mouvements sont loin de rester étrangers à ces phénomènes. Lorsque l’anémie est peu prononcée, il existe seulement une faiblesse musculaire plus ou moins grande , le malade ne peut se livrer au moindre exercice , il éprouve des lassitudes spontanées, bientôt des engourdissements dans divers membres ou dans tous à la fois , impossibilité de les mouvoir, et (chose singulière !) si l’on expérimente sur un animal vivant et que l’on pousse la saignée jusqu’à le faire périr, des convulsions générales s’emparent de lui et précèdent la mort d’une manière immédiate.
DES MAIADIES DE t^ENCÉPHAIE. 267
Dans l’homme , l’anémie produit l’affaiblisrsement des facultés intellectuelles ; dans cet état il est incapable d’attention, de mémoire, de jui^ement , tout aussi bien que de perception. La moindre application, le plus léger travail intelLectuel est insoutenable.
La sensibilité générale n’est pas diminuée d’uine manière remarquable.
La face est pâle, les yeux sont ternes et langviissants, les lèvres décolorées.
Phénomènes morbides indirects, La peau est pâle et fioide, la langue pâle aussi et quelquefois jaunâtre et livide; la soif nulle, l’appétit peu prononcé, à moins cependant que l’anémie ne soit le résultat de l’abstinence: alors faim dévorante portée jusqu’au délire furieux, ainsi que nous l’atteste l’exemple encore récent du naufrage de la Méduse ; selles supprimées, urines ténues ; respiration lente et pénible, rare; pouls petit, misérable e't parfois insensible ; copulation impossible, érection nulle, etc.
Phénomènes organiques. Si l’individu succombe, on trouve les membranes cérébrales , le cerveau lui-même exsangues et décolorés, les sinus sont vides de sang, les parois des vaisseaux sont affaissées sur elles-mêmes, aplaties.
Comme il est difficile que l’anémie ne se manifeste que sur un organe, on trouve dans 1 économie animale tout entière des changements analogues à ceux que nous venons de signaler.
2Ê>8 diagnostic spécial eï différentiel
Polyœmîe , ou phelJiore cérébrale.
Lorsque le sang arrive avec trop d’abondance dans Fencéphale, bien que l’individu ne soit pas pro cisément malade, il se manifeste cependant des phénomènes fonctionnels qui s’éloignent de l’état physiologique.
Signes locaux, —PhénomeneB fonctionnels immédiats. L’état de pléthore cérébrale n’est pour ainsi dire qu’un degré moindre que la congestion, et des symptômes analogues l’accompagnent. La différence majeure qui existe dans ces deux états, c’est la perte de connaissance, qui n’a pas lieu dans la poîyæmie cérébrale. Autrement on observe dans l’une comme dans Fautre, éblouissements, visions d’étincelles, d’objets colorés en rouges; bruit, tintements d’oreilles; céphalalgie, somnolence, insomnie, surexcitation morale, intellectuelle, ou, au contraire , incapacité d’esprit , attention peu soutenue; membres lourds, engourdis ; fourmillements, picotements généraux, etc.
Signes généraux, — Phénomènes fonctionnels médials. Face rouge, animée, yeux brillants, injectés; battement des carotides et des temporales; peau chaude, rosée, halitueuse; pouls fort, ondoyant, plein, peu fréquent, etc.; enfin en général les symptômes de la poîyæmie.
Phénomènes organiques, 11 n’arrive jamais qu’un individu succombe par la pléthore cérébrale; mais
DES MALADIES DE L’eNCÉPHALE. 200
dans toute autre affection inflammatoire qui peut entraîner la mort du malade , on peut observer la polyæmie dont nous parlons, alors on trouve dans le cadavre rinjection vasculaire plus ou moins prononcée de l’encéphale et de ses membranes.
Congestion cérébrale^ ou coup de sang.
Signes locaux. — Modification ^ altération directe des fonctions propres à C organe affecté. L’abôrd plus ou moins rapide du sang dans la substance de reocéphale constitue la congestion cérébrale. La difficulté que le sang, parvenu dans le cerveau, éprouve à retourner dans les autres parties, occaisione aussi la congestion cérébrale. Cet état doit nécessairement donner lieu à des troubles notables dans les fonctions de cet organe.
Ainsi la congestion cérébrale est caractérisée par des étourdissements, des vertiges, des bruits, des tintements d’oreilles; des éblouissements, des étincelles; par l’état brillant et larmoyant des yeux ; par de la céphalalgie, de la somnolence ; de la chaleur et de la rougeur à la face. Ces symptômes persistent pendant quelque temps à des degrés divers : ils disparaissent et reviennent plusieurs fois, accompagnés de fourmillements et de picotements dans les membres, ordinairement des deux côtés; enfin le malade perd connaissance d’une manière plus ou moins brusque. Cette perte de connaissance est quelquefois poïtée jusqu’au carus le plus
complet J avec résolution des mem}3res ; les sens sont insensibles à tous les excitants, même les plus énergiques; elle peut alors en imposer pour une hémorrhagie cérébrale considérable ou centrale. Mais au bout de quelques heures tout cet appareil de symptômes disparaît; il reste encore de Tengourdissement dans les membres et quelquefois même une véritable paralysie , laquelle ne tarde pas à se dissiper complètement ; elle cesse ordinairement d’exister au bout d’un ou deux jours. Lorsque la congestion cérébrale est très forte, elle peut être suivie d’une mort prompte, même lorsqu’elle n’offre aucune espèce de complication.
Signes généraux- — La digestion peut n’éprouver aucun changement ; cependant les malades ont quelquefois des nausées , des vomissements, et presque toujours de l’inappétence. La défécation peut être involontaire ainsi que la miction, pendant la perte de connaissance; la respiration est plus ou moins gênée , mais rarement stertoreuse ; le pouls est fort, fréquent ; les artères temporales battent avec violence ; la peau est chaude, halitueuse, etc.
La prompte cessation des accidents les plus graves en apparence, la marche rapide de cette affection , en forment les caractères principaux et tiennent à la nature même de l’altération organique, qui, n’étant pas profonde, est de nature à se dissiper avec promptitude.
La congestion cérébrale est ordinairement générale; mais j’ai eu de fréquentes occasions d’en observer de purement locales. Rien n’empêche en effet qu’une congestion ne puisse avoir lieu seulement dans l’un des deux hémisphères cérébraux ; alors les signes sont locaux et peuvent être pris pour ceux d’une hémorrhagie locale légère. Il existe engourdissement et paralysie d’un seul côté, etc. ; mais ces accidents se dissipent trop vite pour être attribués à une lésion profonde de la substance cérébrale.
Phénomènes organiques. Lorsqu’un individu a succombé à une maladie de ce genre, soit simple, soit compliquée, on trouve à l’ouverture du corps les méninges et le cerveau plus ou moins profondément congestés. Il est des cas où le cuir chevelu et même les os du crâne sont rouges violacés et laissent échapper une certaine quantité de sang par toutes les solutions de continuité que l’oiji y a pratiquées. Les vaisseaux et surtout les sinus de la duremère sont remplis d’un sang noir. Lorsqu’on sépare du cerveau l’arachnoïde de la pie-mère, on obtient une plaque d’un rouge plus ou moins foncé, les vaisseaux qui la parcourent sont saillants et gorgés de sang , et ils en laissent échapper une certaine quantité. La surface des circonvolutions est d’une teinte plus ou moins foncée, fauve, brunâtre; si l’on pratique une incision à la substance corticale , on la trouve plus brune que dans l’état
physiologique , et îes^ orifices des Taisseaux tronqués laissent échapper des gouttelettes de sang proportionnées aux diamètres de leurs aires; des phénomènes analogues s’observent sur la substance médullaire, laquelle a perdu sa blancheur ; peu de temps après une section, on voit sourdre, par des myriades de petits points, une infinité de petites gouttes de sang qui présentent l’aspect d’une multitude de grains de sable; les gros vaisseaux, et principalement les veines du cerveau , sont gorgés d’une grande quantité de sang. Telle est la congestion cérébrale. Lorsqu’un individu a éprouvé un ou plusieurs coups de sang, qu’il en a été guéri, et qu’il a succombé à une autre maladie, on ne trouve rien dans le cerveau, il n’y a plus aucun vestige de l’ancienne affection.
Méningites,
D’après les principes de la médecine organique, la connaissance d’un organe et de ses fonctions doit conduire à la connaissance des signes c[ui caractérisent ses maladies. En effet , lorsque nous reconnaissons une lésion de tissu, nous devons parvenir à établir quels doivent être les phénomènes fonctionnels morbides que cette lésion détermine. Les poumons sont-ils malades , la gêne de la respiration sera le premier symptôme qui se manifestera. Le cœur, l’estomac sont-ils affectés, des dérangements plus ou moins prononcés se feront reinar-
DES MALADIES DE l’ëNCEPHALE.
quer dans la circulation et la digestion, etc. Mais quels seront les phénomènes morbides fonctionnels de l’altération d’un organe dont les usages sont inconnus , ou du moins ne se manifestent nullement au dehors ?
Connaissons-nous précisément l’usage des membranes qui enveloppent l’encéphale ? Organes accessoires de cet important viscère, elles sont destw nées à favoriser ses mouvements par l’exsudation d’une légère sérosité , à le protéger contre les agents extérieurs ; mais les méninges ne président ni à la pensée, ni aux sensations, ni à la sensibilité , ni à la myotilité. Ce ne sera donc pas par des modifications dans ces fonctions que pourront se manifester leurs maladies, et si l’on observe des altérations dans ces actes cérébraux, il faudra bien admettre que l’encéphale lui-même est altéré, est malade ; que les méninges seules ne le sont pas , qu’elles exercent une influence plus ou moins directe sur le cerveau. Servant, comme nous l’avons dit, à favoriser l’exercice de ce viscère, dès le moment où elles seront altérées au point de ne pouvoir remplir leurs fonctions , il est clair que le cerveau devra donner des signes de la gêne qu’il éprouvera. Les signes fonctionnels des affections des méninges seront donc des signes cérébraux ; mais encore une fois ces signes ne seront pas directs, immédiats. Ainsi lorsqu’on a dit qu’un des signes constants et caractéristiques de la méninn. i8
gite était le délire , je pense qu’on a commis une erreur ; car le délire prouve d’une manière indubitable que la portion de l’encéphale qui préside à l’intelligence est altérée d’une manière primitive ou consécutive. Nous avons dans un autre ouvrage cité des exemples de méningites terminées par suppuration, lesquelles n’avaient occasioné aucun trouble dans les fonctions intellectuelles , et l’on sait qu’il existe une multitude de cas où le délire a lieu sans que les méninges soient malades : cela se conçoit parfaitement, puisque ce ne sont pas les méninges qui pensent.
Mais puisque les phénomènes morbides fonctionnels les plus directs sont des altérations dans les actes cérébraux , c’est bien avec raison que quelques auteurs ont confessé leur impuissance dans la distinction des signes qui différencient la méningite de l’encéphalite. Cependant les recherches d’anatomie pathologique m’ont souvent convaincu de l’existence de la méningite indépendante de l’encéphalite, de même qu’elles démontrent l’existence de la pleurésie, de la péritonite, etc., indépendante de la pneumonie, de la gastro-entérite, etc. Il ne serait donc pas sans importance de chercher quelles sont les nuances qui peuvent les faire distinguer l’une de l’autre. Sous le rapport du pronostic, je crois que cette distinction doit être très intéressante ; car il n’y a pas de doute qu’une inflammation bornée aux membranes ne soit in-
DES MALADIES DE i’eNCÉPHALE.
finiaient moins dangereuse que celle qui attaque le tissu même d’un organe tel que le cerveau.
Nous ne chercherons pas à établir de différence entre l’arachnitis et l’inflammation de la pie-mère, bien que dans quelques circonstances, rares à la vérité, l’une de ces membranes puisse être enflammée, sans que l’autre le soit : leurs signes sont exactement les mêmes, c’est pourquoi nous les comprenons l’une et l’autre sous le nom de méningite, ainsi que l’a faitM. Guersent dans le Dietlonnaire de médecine»
Phénomènes fonctionnels» Les usages des membranes cérébrales ne se manifestant à nos sens par aucun acte extérieur appréciable, il pourrait rigoureusement arriver qu’elles fussent malades sans que le médecin en eût connaissance ; il doit y avoir en effet beaucoup de méningites latentes. J’ai eu plusieurs fois l’occasion de voir de ces sortes d’inflammations terminées par suppuration , sans que l’intelligence ni les mouvements eussent été altérés, et cela jusqu’au dernier moment. Ces cas ne sont pas rares chez les personnes avancées en âge; mais le plus ordinairement les méninges étant enflammées, l’organe dont elles sont chargées de favoriser les fonctions manifeste la gêne qu’il éprouve dans l’exercice des actes auxquels il préside. Ces phénomènes , quoique indirects , sont très analogues à ceux qui caractérisent l’inflammation cérébrale elle-même; mais tels qu’ils sont,
ils sont les seuls qui puissent conduire à reconnaître la méningite.
Les phénomènes fonctionnels qui caractérisent cette maladie varient suivant la période, suivant le siège et la marche de la méningite.
Cette inflammation dans son type normal présente trois périodes : Tune d excitation ou d’invasion, la deuxième d’inflammation déclarée, et la troisième de compression ou de terminaison. Il arrive fréquemment que quelqu’une de ces périodes n’existe pas ; quant à son siège , cette affection est générale ou locale ; enfin, quant à sa marche, elle est aiguë ou chronique.
La méningite occupe le plus ordinairement la portion des membranes qui revêtent la convexité des lobes cérébraux, au moins chez l’adulte. La portion qui tapisse la base du crâne en est plus fréquemment le siège dans l’enfance; enfin, on l’a observée bornée aux ventricules et à la protubérance annulaire. Nous ferons remarquer ici que l’existence de l’arachnoïde sur les parois. ventriculaires est révoquée en doute par quelques physiologistes modernes des plus distingués; ce qui pourrait imprimer quelque doute sur l’existence de Varachnitis des parois ventriculaires.
La méningite aiguë régulière de la convexité des lobes cérébraux s’annonce par une douleur de tête violente et d’un caractère particulier ; cette céphalalgie fait pousser aux enfants des cris qui re-
DES MALADIES DE l’eNCÉPHALE. 277
viennent par intervalles ; elle s’accompagne de somnolence; quoique continue, elle se lait sentir avec plus d’intensité de temps à autre; elle occupe ordinairement la région frontale, quelquefois sincipitale, occipitale , ou autres ; elle augmente par les mouvements qu’on imprime aux malades.
Une chose très digne de remarque , et qui doit beaucoup servir dans le diagnostic des maladies qui nous occupent, c’est que les phénomènes fonctionnels que produit la méningite sont ordinairement généraux, quoique la maladie soit bornée y c'est-à-dire qu’il existe des symptômes des deux côtés du corps , relativement aux organes sensitifs, des mouvements et du sentiment; et cela, parcequ’en général l’inflammation, quoique partielle, attaque les deux côtés à la fois. Les cas sont bien rares où les méninges ne sont malades que d’un côté; j’en ai cependant cité quelques exemples dans mon ouvrage sur les maladies du cerveau.
La douleur de tête se manifeste ordinairement à la suite d’un frisson plus ou moins violent ; la face est quelquefois pâle , mais plus souvent colorée , et exprime la douleur ; les yeux sont hagards, brillants, injectés, larmoyants, sensibles à la lumière , et partant souvent fermés ; ils ne peuvent supporter le moindre jour. Les malades croient voir des feux , des étincelles ; les images des corps se nuancent de diverses couleurs , et changent de figure ; le moindre bruit est insupportable ; des
278 DIAGNOSTIC SPÉCIAr. ET DIFFÉRENTIEL
tintements , des sifflements , des cloches , des ruisseaux , des battements, semblent se faire entendre dans la tête ; les autres sens paraissent aussi dans un état d'excitation. Les réponses sont brèves, il existe une exaltation manifeste, mais point encore de délire ; le caractère du malade semble changé, il est brusque, chagrin, impatient, sa figure exprime la douleur, il grince des dents.
D’ailleurs, la peau est chaude, le pouls ordinairement fréquent et développé, la langue est sèche et rouge, la soif vive, il existe souvent des vomissements, mais sans douleur épigastrique et manifestement sympathiques de l’état du cerveau. On remarque d’ailleurs peu de changement dans les autres fonctions.
Il arrive fréquemment chez les vieillards que cette première période n’existe pas du tout. Le malade perd tout-à-coup connaissance , comme dans la congestion ; mais à cette perte de connaissance succèdent des phénomènes fébriles , qui distinguent cette maladie du couj; de sang.
Au bout d’un temps indéterminé et variable , un, deux ou trois jours, suivant la rapidité plus ou moins grande de la maladie, le délire, qui d’ailleurs n’existe pas toujours , se déclare; il est ordinairement furieux; le malade crie, s’agite, se lève, menace, frappe, crache sur les assistants, etc. Si le mal de tête persiste, il ne produit aucune plainte ; les yeux et les autres sens ne sont plus
DES MAIADIES DE l’eNCÉPHALE. ^279
irrités par leurs excitants naturels; les pupilles commencent à se dilater ou se contractent, et le strabisme s’établit ; la face présente un aspect convulsif ; les lèvres sont tirées d’un ou des deux côtés ; le pouls est plus ou moins développé, quelquefois irrégulier, tremblant ; il est rarement à cette époque plus faible et plus lent que dans l’état ordinaire ; la langue est toujours rouge, la soif vive, et souvent le vomissement persiste.
A cet état succède bientôt un abattement plus ou moins marqué, abattement qu’on ne doit pas prendre pour un calme véritable. Le malade a cessé de crier ; des soubresauts dans les tendons , de la carphologie, des mouvements convulsifs, quelquefois de la contracture, apj)araissent dansles membres, et principalement aux membres tlioracliiques. Les pupilles se dilatent, et les yeux ainsi que les autres sens deviennent insensibles à leurs excitants ordinaires ; ils roulent dans leurs orbites ; un silence affreux a succédé au déliré bruyant, le malade ne répond plus aux questions qu’on lui adresse. Jusque là le sommeil avait fui ses paupières, il n’avait éprouvé qu’une somnolence fatigante ; maintenant il est plongé dans un coma profond ; les membres sont encore raides et contractés, mais bientôt ils sont tombés dans une résolution complète. Cet état est l’effet de l’épanchement de sérosité qui survient ordinairement à cette époque de la maladie ; mais il peut avoir
28o » DIAGNOSTIC SPECIAL ET DIFFERENTIEL
lieu sans épanchement ; l’injection simple du cerveau, ou sa compression par toute autre cause , peuvent le déterminer.
La face est pâle , décolorée ; les yeux ternes , pulvérulents , à demi fermés , convulsés en haut ; les pommettes saillantes , les tempes creuses , le nez effilé, les oreilles froides, les lèvres sèches, appliquées contre les dents ; celles-ci sont aussi sèches, luisantes, couvertes d’un enduit fuligineux ; la langue est dure, brune et sèche ; la déglutition difficile et souvent bruyante ; le ventre se météorise , la défécation et la miction s’opèrent à l’insu du malade.
La peau est froide , ou couverte d’une sueur visqueuse; le pouls est petit, inégal, irrégulier ; la respiration rare , quelquefois stertoreuse ; l’air expiré froid et fétide , et le malade succombe dans le plus grand nombre des cas au bout de quelques jours , de deux ou trois septénaires , rarement plus tard.
Tels, sont les principaux symptômes de la méningite aiguë des hémisphères cérébraux. Les moments d’exacerbation sont très irréguliers ; la chaleur de la peau , la couleur du visage, varient sans cause connue d’un moment à l’autre. Les périodes de la maladie n’ont rien de fixe; elles peuvent manquer tour à tour, et quelquefois se confondre. Lorsque la maladie se termine par la guérison , les symptômes diminuent alors graduel-
DES MALADIES DE l’eNCÉPHALE. sSl
îement d’intensité , la résolution s’opère plus ou moins rapidement, avec ou sans phénomènes critiques. I
Lorsque la méningite occupe la base du cerveau ou l’intérieur des ventricules , elle signale sa présence par quelques différences dans les symptômes qui l’accompagnent, ainsi que l’ont remarqué MM. Parent et Martinet. Alors il existe moins de délire , le malade conserve la presque intégrité de son intelligence ; son attention est seulement diminuée , ainsi queles autres facultés intellectuelles. Il répond lentement, mais juste, aux questions qu’on lui adresse ; la somnolence est presque continuelle , et le coma se manifeste promptement. D’ailleurs la céphalalgie existe , mais principalement au-dessus des orbites ; les pupilles se dilatent et les yeux se dévient de leur axe promptement ; les sens sont peu sensibles aux excitants qui leur sont propres : en général , les signes d’irritation , de surexcitation , sont moins prononcés que dans la précédente variété. Les'autres phénomènes nerveux ont beaucoup d’analogie ; il est inutile d’en refaire ici la longue énumération. Au reste ces différences, qui attestent les progrès de la médecine dans la partie graphique des maladies , ne sont pas d’une grande importance dans le traitement qui leur convient.
> Il n’en est pas de même de leur marche aiguë ou chronique ; les moj^ens thérapeutiques ne pou-
2,82 DIAGNOSTIC SPÉCÏAI ET' DIFFÉRENTIEt
vant être les mêroes , il importe de pouvoir les distinguer. Or, l’espèce chronique de la méningite se reconnaît autant à la lenteur de sa marche qu’au peu d’intensité des phénomènes morbides. Les troubles des appareils sensitifs et locomoteurs sont peu prononcés, et bien souvent l’intelligence est libre , à moins ceperidant que l’inflammation n’ait son siège sur les membranes de la convexité ; alors, au rapport de M. Bayle, qui a décrit cette variété de la méningite, le malade délire, et ce délire peu violent, quelquefois taciturne , roule en général sur des idées ambitieuses.
La méningite chronique succède ordinairement à la méningite aiguë; cependant il peut arriver que les symptômes présentent le caractère chronique dès l’invasion de la maladie. La céphalalgie est continue dans la plupart des cas ; il existe de la somnolence, de l’hébétude, peu de capacité intellectuelle, de la morosité; la parole est embarrassée , les idées confuses; quelquefois du délire , qui finit par devenir de la démence, une espèce d’idiotie acquise. Les mouvements sont lents et difficiles, les membres sont agités de mouvements involontaires et refusent leurs services : il est rare qu’il se manifeste des vomissements ou des mouvements convulsifs ; les fonctions de la vie individuelle ne présentent de changements notables que dans les derniers temps de la maladie, et peu avant la mort des malades.
DÉS MALADIES DE I’eNCÉPHÂIE.’ 2 83
Avant de passer à Texamen des phénomènes organiques, nous devons faire remarquer de nouveau que la presque totalité des phénomènes morbides que nous venons d’exposer appartiennent au cerveau. En pourrait-il être autrement, puisque les membranes qui le recouvrent ne sont qu’une partie de l’encéphale , et doivent comme telles concourir aux mêmes fonctions.^ Elles ne peuvent être isolées du cerveau; elles en sont une portion constituante. Elles n’ont point de fonctions distinctes, et leur usage n’est que de concourir à celles de l’encéphale; ainsi, bien que cet organe ne soit pas lésé, du moins sensiblement , les altérations des méninges ne doivent se manifester que par le dérangement des fonctions encéphaliques. On ne saurait nier que ces circonstances ne rendent très difficile le diagnostic des méningites et de l’encéphalite ; mais bien que les phénomènes fonctionnels soient de la même nature , il doit y avoir et il existe en effet, comme nous venons de le voir, des nuances capables de les distinguer.
Phéîiomènes organiques. Des traces irrécusables d’inflammation se rencontrent sur divers points des membranes cérébrales , et ces traces présentent un aspect très varié, suivant la durée de la maladie, suivant son siège, etc. L’injection des méninges est manifeste dès les premiers jours de l’inflammaiion; mais cette injection offre un caractère particulier, et qui diffère essentiellement del’injec-
tioïi pléthorique sans travail inflammatoire. Dans les congestions cérébrales on trouve les vaisseaux gorgés de sang, on peut en suivre les diverses ramifications. Lorsqu’un individu a succombé à une affection du cœur, il arrive fréquemment que les vaisseaux des membranes cérébrales sont prodigieusement gorgés d’un sang noir ; lorsqu'on est peu exercé aux investigations cadavériques, il est très facile de prendre ces états organiques pour des effets de l’inflammation : cette méprise est d’autant plus facile dans ces derniers cas, que l’on rencontre souvent une quantité notable de sérosité épanchée entre la pie-mère et l’arachnoïde, phénomène qui se présente aussi dans la méningite; mais la circonstance de la maladie du cœur et l’absence des signes de la méningite doivent mettre à l’abri de l’erreur. Lorsqu’on détache du cerveau les deux membrahes dont nous venons de parler , elles forment une plaque d’un rouge bien plus intense que lorsqu’on les examine sans les détacher : ce qui a lieu dans les cas de congestion et dans ceux d’inflammation , sans doute parceque les vaisseaux sont alors moins séparés, plus rapprochés les uns des autres.
L’injection inflammatoire est uniforme ; on dirait que la membrane est imprégnée de sang. Au bout de quelques jours l’arachnoïde perd de sa transparence, et plus tard elle paraît plus consistante; elle se déchire avec moins de facilité, mais je
DES MAtADïES DE l’eNCÉPHALE. 285
doute qu’elle augmente réellement d’épaisseur ainsi qu’on l’a écrit. L’augmentation d’épaisseur de la plèvre est tout-à-fait illusoire, elle se forme au moyen de l’organisation de la fausse membrane superposée, et lorsqu’on détache celle-ci, la première reprend son état primitif et presque sa transparence.
Dans les premiers jours les membranes sont sèches; elles sont intimement appliquées sur les cir-convolutions, et quelquefois y adhèrent fortement, au point qu’on ne peut les enlever sans emporter une portion de la substance corticale. Il est évident que dans ce cas il existe véritablement une encéphalite.
Plus tard , une exsudation séreuse a son siège entre la pie-mère et l’arachnoïde. Cette exsudation présente alors l’aspect d’une véritable gelée; mais lorsqu’on déchire l’arachnoïde, on voit le fluide s’épancher au dehors, et ce fluide est bien une véritable sérosité : il est quelquefois trouble , ce qui provient d’un mélange avec une certaine quantité de pus. Ce fluide, en quantité variable, se trouve aussi dans les ventricules et à la base du crâne. On trouve aussi du pus véritable dans l’intervalle des eirconvolutions : ce pus est opaque , verdâtre , plus ou moins épais. Cette circonstance a fait dire à quelques auteurs que l’inflammation frappait plus souvent la pie-mère que l’arachnoïde; mais nous avons aussi rencontré de la suppuration sur la sur-
face libre de cette dernière membrane , nous y avons observé de véritables concrétions fibrineuses. ‘pseudo-membraneuses.W2^\\\%m^ si nous avons réuni les deux maladies sous le rapport des phénomènes fonctionnels, nous croyons peu important de les séparer pour les phénomènes organiques.
Le liquide épanché n’est pas toujours de la sérosité, de la sérosité purulente ou du pus : il présente quelquefois un aspect rougeâtre, qu’il tient évidemment de son mélange avec une certaine quantité de sang. J’ai beaucoup de peine à croire que cette sérosité sanguinolente soit le résultat de l’exhalation morbide; je pense qu’elle est plutôt due au déchirement des vaisseaux, qui, étant gorgés de sang, le laissent échapper et se mêler avec la sérosité qui existe. Les adhérences ligamenteuses sont rares ; on les observe néanmoins quelquefois. Les surfaces lisses de l’arachnoïde peuvent être rugueuses, et présenter une multitude de granulations transparentes ou jaunâtres, et parfois brunâtres. Ces dernières altérations , ainsi que les plaques nacrées, opaques, circonscrites, qui sont quelquefois parsemées sur divers points de cette 'membrane, sont le résultat d’une inflammation ancienne ou chronique.
Les altérations que nous venons de signaler se rencontrent le plus ordinairement sur la convexité des lobes cérébraux , puis sur leur face inférieure, puis dans les ventricules, enfin dans la face interne