II
>JO(y DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFÉRENTIEL
La double quotidienne offre deux accès par jour, La double tierce présente des accès quotidiens , qui se correspondent pour Theure tous les trois jours. 11 est des doubles quartes , composées de deux accès consécutifs , et d'une apyrexie au troisième jour. Quelques auteurs ont admis des fièvres quintanes, sextanes, etc. j des triples tierces^ des quartes do u-liées J des triples quartes, des demi-tierces, liémitritéeSy etc. Il existe des fièvres erratiques ^ dont les accès n'ont rien de régulier, des fièvres anomales , dont les stades offrent des variétés remarquables. Dans ces dernières, un ou deux des trois stades peuvent manquer. Tordre de leur apparition peut être interverti ; enfin il existe des fièvres larvées , dans lesquelles il n'existe aucun des phénomènes de l'accès , mais bien un symptôme quelconque qui se reproduit périodiquement sous le même type.
Lorsque la fièvre intermittente est régulière , qu’elle affecte le type quotidien, tierce ou quarte, l'accès qui en forme le principal phénomène se présente avec des caractères qu'il est nécessaire d'exposer. Le malade , après avoir éprouvé un malaise général , des lassitudes, des douleurs articulaires, des pandiculations , est frappé d’une espèce de compression générale qui paraît amoindrir son corps; il est alors saisi d'un froid plus ou moins vif, accompagné ou non de tremblement: c’est le premier stade de l’accès. Ce froid , dont la
violence et la durée varient , est général ou partiel ; il se fait sentir aux pieds, aux mains, aux lombes , dans tout le corps. La peau est alors pâle et décolorée, jaunatre, ou maculee de taches violettes , les bulbes des poils font une saillie remarquable sur la peau. L’attitude du malade est ramassée , en tas, comme dans le froid physiologique; les cuisses sont rapprochées du tronc , les jambes sont fléchies sur les cuisses , les bras croisés sur la poitrine, la tête penchée; les membres sont agités de tremblement ainsi que les mâchoires ; les dents font entendre leur claquement; la voix est altérée, tremblante ; la bouche sèche, l’inspiration difficile, le pouls petit, concentré; la peau donne à l’observateur la sensation du froid ; la perspiration est suspendue, 1 urine claire et abondante. En même temps , des douleurs vives dans les membres , dans 1 estomac; des nausees, des vomissements se manifestent dans* ce stade. Au bout de quelques instants , quelquefois de plusieurs heures , le froid cesse, la chaleur s’établit , ordinairement d’une manière graduelle. Elle présente une durée et . une densité variables aussi; elle est partielle ou générale. Les phénomènes que nous avons décrits disparaissent , et sont remplacés par une teinte rosée de la peau, par le sentiment d’une chaleur insupportable, qui oblige le malade a changer de position pour chercher le frais. La soif devient plus vive, le pouls se développe et augmente de fréquence ,
yoS DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFERENTIEL
la respiration est grande et facile ; l’urine est rouge et colorée; la céphalalgie est plus intense : c’est le second stade. A celui-ci succède celui de la sueur. Cette sueur commence ordinairement à la tête, descend au cou , au tronc , aux membres ; elle devient générale ; elle est plus ou moins abondante , et présente des qualités qu’il est souvent très important de noter. Un soulagement marqué suit cette diaphorèse : il semble au malade qu’il est guéri ; il lui reste seulement une fatigue générale , un abattement, un accablement, qui n’a d’ailleurs rien de pénible. Alors commence l’intermission , c’està-dire la suspension des accidents ; cet intervalle est plus ou moins long , ainsi que nous l’avons dit, et forme le type de l’intermittence.
La durée des fièvres intermittentes est illimitée ; elles se terminent au bout de quelques jours, ou se prolongent pendant des mois et des années ; il est presque toujours au pouvoir du médecin de les faire cesser. Au bout de quelque temps, le teint devient jaunâtre , mat , terne ; les fonctions organiques languissent et s’altèrent; la rate, le foie, deviennent volumineux; les membres s’infiltrent, lës forces et l’embonpoint diminuent.
Ce peu de mots suffit pour caractériser et faire reconnaître les fièvres intermittentes , la seule chose qui importe en ce moment.
On a multiplié à l’infini les divisions des fièvres intermittentes , d’après leurs types , d’après les
temps OÙ elles se montrent, d’après les phénomènes particuliers qu’elles présentent, etc. , etc. Toutes ces distinctions sont loin de mériter l’importance que les monographes y ont attachée; mais ce serait commettre une grande erreur que de ne pas prévenir du danger imminent qui suit certaines intermittentes , et qu’à cause de cela on a nommées pernicieuses . Ces maladies funestes tuent le malade au deuxième , au troisième ou au quatrième accès, si le médecin n’en arrête le cours, au moyen de l’héroïque remède qu’il possède pour cela.
Les principaux caractères auxquels on peut les reconnaître sont l’intensité plus grande des symptômes , et une série de phénomènes encéphaliques; diminution ou perte du sentiment et du mouvement, déjections involontaires d’urine ou de matières fécales , altération profonde des traits de la face, prostration des forces, insensibilité du pouls , ou du moins grande concentration ; quelquefois irrégularité , intermittence des battements du cœur et des artères. Le danger augmente à chaque accès; ce qu’il est facile de reconnaître à l’accroissement en durée ou en intensité des accidents graves.
Pendant les accès de ces fièvres, il n’est pas rare d’observer quelque phénomène organique ou fonctionnel prédominant. Les auteurs ont distingué autant de fièvres pernicieuses qu’il existe de
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ces sortes de prédominances; nous croyons ces distinctions assez superflues.
Après la mort des malades, on a trouvé une grande variété de lésions organiques , mais qui ne sauraient être considérées comme la cause des phénomènes intermittents , à moins qu’on ne suppose 5 ainsi que Ta fort bien dit M. Rayer , que la fièvre intermittente est tour à tour une gastrite, une entérite , une çardite , une encéphalite , etc. , ce qui est absurde. — La véritable cause organique de lintermittence est inconnue ; nous pensons qu’elle a d'abord son siège dans les fluides, dans le sang, et que de là elle influence d’une manière spéciale le système nerveux.
C’est bien vainement qu’on a entassé, depuis quelques années, les sophismes et les explications pour prouver que le type des fièvres intermittentes n’était qu’un phénomène accessoire de peu d’importance ; que ces fièvres, comme les fièvres continues, n’étaient que symptomatiques de phlegmasies locales, se présentant sous une forme particulière. Ce n’est pas sans dégoût qu’on lit ces verbeux amas de paradoxes dictés par l’esprit de parti, l’amour-propre et la mauvaise foi. Certes, si faibles de raisonnement qu’on suppose les partisans de semblables doctrines , si faciles qu’ils soient à se contenter de leurs propres explications, on ne peut les supposer assez stupides pour se payer d’aussi misérables suppositions. Et n’est-il pas plus beau,
plus noble cent fois , d’avouer avec candeur son ignorance, de confesser qu’on ne connaît pas la cause de ce phénomène singulier, que de vouloir en imposer à soi-même et aux autres par les plus ridicules explications? Non, nous ne savons pas quelle est la cause organique de l’intermittence ; non, elle n’est pas seulement une forme de l’irritation ; non , l’irritation n’en est pas le phénomène principal ; non, cette irritation ne doit pas faire la base de la thérapeutique ; non , les altérations qu’on rencontre après la mort ne sont pas la cause de l’intermittence. Tous vos raîsonnenaents n’exg pliquent rien, et après les avoir lus on n’en éprouve que le regret amer d’avoir perdu son temps, et de vous avoir vu employer vos moyens à soutenir la plus pitoyable des causes ; on n’en reconnaît que plus encore l’obscurité profonde qui règne sur ce point , obscurité que vos vains débats n’aboutissent qu’à faire ressortir davantage encore.
Le type des inflammations simples est continus lorsque ce type est intermittent, c’est qu’il existe autre chose que l’inflammation ; celle-ci cesse d’être simple, et ne forme pas la circonstance principale de la maladie. Lorsqu’on trouve des inflammations après la mort des malades, ces inflammations ne peuvent être qu’accessoires, puisque dans les cas ordinaires leur marche est continue, et que dans la majorité des cas rintermittence a lieu sans elles. Le type intermittent est le phénomène prin-
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cipal de ces maladies, puisque c’est sur lui qu’est fondé le traitement le plus héroïque que la médecine possède, et devant lequel doit fléchir l’orgueil de la médecine prétendue physiologique.
Toutefois il est indubitable que les fièvres intermittentes se montrent presque constamment avec quelque expression fonctionnelle prédominante. De là les genres que l’illustre Pinel avait adoptés, de là les preuves sur lesquelles on s’est appuyé pour constater l’existence d’une phlegmasie dans ces sortes de fièvres. Mais l’anatomie pathologique est loin d’avoir suffisamment éclairé ce point de doctrine, et à supposer qu’on eût constamment trouvé quelque lésion organique, il resterait toüjours à déterminer pourquoi elle donnait lieu à des phénomènes intermittents.
Les fièvres rémittentes ne diffèrent des précédentes qu’en ce qu’il n’existe pas de cessation complète des symptômes, mais seulement une diminution notable de ces symptômes entre les accès.
Typhus, ou empoisonnemenls miasmatiques.
Typhus Europe,
En lisant avec attention les auteurs qui ont eu occasion d’observer le typhus dans son plus haut degré d’intensité, l’on est forcé de convenir, à moins de les accuser d’imposture, que cette maladie
se contracte par contagion. Rien n’est plus concluant , à notre avis , que ce que rapporte Pringle. Une tente qui avait servi à couvrir des militaires attaqués de la fièvre d’hôpital , ou typhus , dans leur transport sur des bateaux, fut donnée à vingtquatre ouvriers, à Gand , pour être raccommodée ; dix-sept de ces malheureux moururent du typhus. On trouve d’ailleurs un grand nombre de faits aussi frappants que celui-ci. Cependant, malgré le poids de ces autorités , qu’il nous soit au moins permis de douter du mode de contagion ; est-il vrai que le typhus soit contagieux à la manière de la gale, de la syphilis, de la petite-vérole, et d’une infinité d’autres exanthèmes, comme le veut Hildenbrand? Nous l’ignorons complètement et nous pensons que de long-temps encore on n’aura de certitude à cet égard. Nous croyons que l’expression de 'contagion ne doit pas être prise dans le sens rigoureux de contagion immédiate. Seulement il ' est certain que la maladie se développe sous l’influence d’une cause infectante , produite par l’encombrement d’un grand nombre de malades , mais qui acquiert la funeste propriété de se trans- mettre par contagion. De là deux espèces de typhus, le typhus spontané et le typhus communiqué. Les phénomènes sont analogues ; mais la marche de la maladie est plus lente dans le premier que dans le second. Nous pensons que la matière contagieuse est, comme dans le typhus oriental, ou
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peste 5 un miasme qui se répand à une certaine distance, miasme d’autant plus délétère , qu’il est plus voisin du corps qui le dégage, et multiplié pour ainsi dire par les miasmes des corps voisins affectés de la même maladie. Mais cette matière contagieuse ne peut se reconnaître que par ses effets, comme l’électricité, le calorique, l’attraction , parcequ’elie ne tombe pas plus sous nos sens que ces causes physiques, dont il est cependant impossible de ne pas admettre l’existence, quoique leur nature nous soit inconnue.
Beaucoup de médecins de nos jours tranchent la dilTicuité en niant l’existence de la contagion.
La maladie nous a constamment offert trois périodes bien distinctes : la première, qui comprend ordinairement le premier septénaire, et que l’on nommera , si l’on veut , période d’irritation ; la seconde, qui comprend le plus souvent le second septénaire, et. que l’on doit nommer période de stupeur^ on nerveuse J, ou de prostration ; la troisième enfin , caractérisée par la diminution de tous les symptômes, et que l’on peut nommer période de convalescence : sa durée n’est point fixe, ni limitée.
Hildenbrand nous paraît avoir fait des périodes trop nombreuses, trop subdivisées. Qu’est- ce qu’une période d’opportunité? Une maladie qui n’est pas encore commencée peut-elle avoir une période? Cet auteur nous semble aussi avoir astreint la nature à une marche beaucoup trop régulière.
DES TYPHUS. 7i5
Dans son typhus irrégulier même, il conserve encore les périodes , comme si alors elles n'étaient pas confondues , ainsi que nous l'avons observé. Nous avons vu en effet la période adynamique se manifester sans être précédée du septénaire d'irritation.
Dans la période d'invasion, qu’il caractérise par
un frisson constant, nous avons souvent observé *
que les malades ne l’avaient point éprouvé; ce qui rend souvent difficile la date de l'invasion.
Sa période inflammatoire existe-t-elle toujours? donnera-t-on le nom à' inflammation à des douleurs de membres? etc.
La maladie s'annonce ordinairement par le changement d’humeur , l'inquiétude morale , des lassitudes spontanées, la perte de l’appétit. Elle débute par un frisson plus ou moins long, d’une heure à douze de durée, il est suivi de chaleur et de moiteur; on observe les phénomènes suivants : état d'inquiétude et d’étonnement, quelquefois crainte de la mort , et même désespoir; d’autres fois grande indifférence ; délire rare à cette époque, la plupart du temps roulant sur un seul objet; réponses justes, mais faites d’une manière qui n’est pas ordinaire , quelquefois brusques, mais le plus souvent d'un ton lent et plaintif; somnolence facile à faire cesser; réveil étonné ; rêves d'objets sinistres. Face en général colorée; communément battement des artères temporales ; céphalalgie intense ; d'autres fois, face pâle,
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état d’abattement qui n’exclut pas la céphalalgie. Cette céphalalgie occupe souvent la tête tout entière; presquetoujours, surtoutverslafmde cette période, la figure présente un aspect d’étonnement et de stupeur. Yeux injectés, rouges, larmoyants; impression souvent pénible de la lumière ; apparition de spectres ou autres objets monstrueux et enrayants. Ouïe le plus souvent d’une sensibilité exaltée ; tintements , bourdonnements et autres bruits d’oreilles ; quelquefois diminution de sensibilité de ce sens. Odorat présentant peu de changements. Goût singulièrement diminué , sans doute à cause des accidents gastriques qui existent souvent. Le toucher est quelquefois le siège de phénomènes singuliers ; le plus fréquent est l’insensibilité du tact , qui ne reçoit plus aucune impression.
Du quatrième au septième jour, ordinairement, la peau se recouvre de pétéchies, taches semblables à des morsures de puces, sans ardeur, sans démangeaison, la plupart du temps sans élévation, sans aspérité , ni ulcération , n’apportant aucun soulagement , d’un rouge plus ou moins clair ou foncé , petites comme des têtes d’épingles, quelquefois d’une ligne de diamètre, se réunissant rarement entre elles, ayant presque toujours leur siège dans toutes "les parties du corps, excepté à la figure, où nous ne les avons jamais observées. Cette éruption est plus visible lorsque le malade est en moiteur ; elle semble quelquefois disparaî-
tre , et reparaît de nouveau ; elie est plus apparente aussi et plus rose chez les personnes dont la peau est blanche et fine, que chez celles dont la peau est brune et épaisse. Quelquefois les pétéchies sont remplacées par une véritable éruption, saillante, rude au toucher, qui a beaucoup d’analogie avec elles , et qui se termine par la desquamation de l’épiderme : nous avons vu une fois des phlyctènes volumineuses.
Une impossibilité ou du moins une grande difficulté de se mouvoir, des douleurs violentes dans les membres supérieurs ou inférieurs, ou même dans diverses parties du corps, comme au dos, .aux lombes , dans les épaules , le tremblement des mains, sont les symptômes les plus caractéristiques de la maladie, dans la période dont nous parlons. Bouche pâteuse ou amère, nausées qui augmentent de jour en jour ; langue blanche ou jaune, rarement sèche; soif intense, inappétence, épigastre douloureux à la pression , abdomen aussi très douloureux , dévoiement plus fréquent que la constipation. Ce n’est que vers la fin de cette période que se manifeste le vomissement spontané de matières porracées et âcres. La respiration est le plus souvent accélérée, la gorge et la poitrine peuvent être le siège d’une phlegmasie, et presque toujours les malades se plaignent de toux et de douleurs dans les organes thoraciques ; souvent aussi la respiration est gênée ; il y a étouffement. Pouls fré-
quent, développé, mou dans la sueur ; hémorrhagies nasales, quelquefois très abondantes, et qui se répètent souvent vers la fin de ce septénaire ; le sang est ordinairement noir, et accompagné de beaucoup de sérosité. Ces hémorrhagies ont surtout lieu lorsque la céphalalgie a été très intense, la face colorée, les yeux injectés ; enfin que les symptômes de congestion vers la tête ont été très marqués. Chaleur intense et mordicante, faisant éprouver une sensation pénible à Textrémité des doigts. Sueur ou moiteur dans le paroxysme. Urines lé plus souvent rares, quelquefois involontaires vers la fin de ce septénaire, rouges, troubles, et même noirâtres. Paroxysme, ordinairement le soir et dans la nuit. La période dont nous parlons est sujette à des anomalies ; quelquefois elle n’est que de trois jours. La période de stupeur ou de prostration se manifeste presque dès l’invasion, ce qui n’empêche pas l’éruption des pétéchies. D’autres fois elle se prolonge jusqu’au quatorzième jour, et l’éruption de l’exanthème n’a lieu que le onzième jour. Nous l’avons vue même d’une plus longue durée.
La deuxième période commence ordinairement
vers le septième jour, depuis l’invasion de la maladie , mais cela n’est pas constant ; et de même que nous avons vu les pétéchies ne paraître que le onzième jour, de même aussi avons -nous vu la période adynamique ne se présenter qu’après le
second septénaire ; elle paraît aussi quelquefois dès le principe de la maladie. La stupeur et la somnolence se prononcent davantage ; délire taciturne, typliomanie, réponses toujours justes, plaintes continuellement exhalées ; pertes fréquentes de ' connaissance, surtout au moindre mouvement, et quand le malade veut se lever sur son séant; rêves toujours pénibles. Face de plus en plus étonnée , décoloration de la figure , céphalalgie persistant presque toujours. Yeux toujours injectés, rouges, et souvent chassieux ; apparitions de diverses natures ; sensibilité de la vue diminuée fréquemment. Les bruits d’oreilles n’importunent plus autant le malade, qui souvent devient sourd à cette époque. La diminution de sensibilité des autres sens augmente visiblement. Les pétéchies ou l’éruption persistent jusqu’au onzième jour, époque à laquelle elles s’effacent. Dans quelques cas, l’éruption n’a pas lieu, ce qui arrive lorsque l’épidémie tire vers son déclin. L’impossibilité de se mouvoir devient plus grande, et par les douleurs de membres qui persistent, et par la prostration, l’accablement des forces qui surviennent. Le malade alors reste couché en supination : il y a parfois des soubresauts des tendons, et le tremblement des membres persiste , lorsqu’il a lieu dans la première période. Sensation d’un goût empoisonné, soif considérable; langue brune, noire, sèche, dans le redoublement; dents et gencives, ou sèches, ou recouvertes d’une
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matière muqueuse, épaisse et brune ; nausées, vomissements de matières jaunes, verdâtres, porracées et âcres ; douleur de 1 epigastre et des diverses parties de l’abdomen; dévoiement plus ordinaire que la constipation ; selles souvent involontaires , plutôt par la grande faiblesse que par défaut de conscience. Respiration fréquente, pénible; étouffements, douleur dans la poitrine, et expectoration de matières muqueuses rougeâtres, et même écumeuses et sanguinolentes. S’il existe une péripneumonie , alors se trouvent réunis les autres symptômes de cette pblegmasie : voix altérée et plaintive; pouls petit, faible, fréquent dans le paroxysme, rarement inégal , mais quelquefois d’une grande lenteur, surtout vers la fin de cette période, et chez les personnes d’un tempérament lymphatique. Les hémorrhagies ont fréquemment lieu au commencement de cette période, et n’apportent pas de mieux sensible ; elles laissent, au contraire, le malade dans un grand état d’accablement. Chaleur âcre ; d’autres fois sueur plus ou moins abondantes; urines toujours noirâtres, tenant en suspension des flocons bruns. L’éruption des parotides et des bubons ne s’est jamais offerte à notre observation. Dans quelques cas , la période de prostration est si légère, qu’à peine peut-on la saisir. Les paroxysmes du soir et de la nuit continuent d’avoir lieu, mais diminuent vers la fin de cette période.
La troisième [période , caractérisée par la dimi-
nutioii graduelle de tous les symptômes, et en général suivie du retour à la santé, arrive vers le quatorzième jour, quelquefois vers le dix-septième et vingt-unième. Nous l’avons peu vue survenir à la suite d’une crise. Les auteurs disent que les sueurs sont la voie la plus fréquente des crises de' cette affection. Quoi qu’il en soit, dans cette période , la stupeur et la somnolence diminuent; les malades commencent à sourire et perdent leur indifférence; le délire disparaît; plus de plaintes; les réponses,, toujours justes , se font d^une manière plus naturelle ; le sommeil devient réparateur, Iqs rêves fâcheux s’évanouissent. La face est pâle et amaigrie , mais sa couleur n’est plus altérée. Les sens reprennent de jour en jour leur sensibilité; la vue reste encore quelque temps troublée, et l’ouïe reste dure. La faiblesse est toujours très grande ; les syncopes sont encore fréquentes , mais le brisement des membres disparaît , et se trouve remplacé par une lassitude moins pénible. Lalan-^ gue se nettoie vers son extrémité et sur ses bords ; les nausées, en général, disparaissent et font place à l’appétit ; le malade savoure ce qu’on lui permet de manger; plus de douleurs abdominales; les selles redeviennent naturelles. La respiration reprend sa fréquence ordinaire, mais le malade se plaint encore de rhume. Le pouls devient lent, et augmente peu à peu de force. La chaleur et la coloration de la peau reprennent leur type naturel ;
yaa diagnostic spécial et différentiel
on remarque quelquefois i’exfoliatioii de l’épiderme, résultat de l’éruption. Cette amélioration fait de jour en jour des progrès, et le malade atteint d’autant plus vite sa santé accoutumée, que la maladie aura été moins intense, qu’elle aura été plus simple, plus exempte de complications, que celles-ci auront été combattues plus à propos, et que la maladie elle-même aura été traitée d’une manière plus méthodique. Mais le typhus ne se termine pas toujours de cette manière ; la mort en est encore plus souvent le dernier résultat, et souvent aussi d’autres maladies lui succèdent. Parmi ces dernières , les fièvres tierces ou doubles tierces , intermittentes ou rémittentes , sont les plus fréquentes; une phlegmasie locale, telle que l’angine, la péripneumonie, la péritonite, se manifeste quelquefois ; la suppuration, suite des eschares qu’entraîne unesupinationlong-temps prolongée, peut être aussi considéréecomme une maladie accidentelle qui survient après la deuxième période , et occasione souvent une terminaison funeste.
Tels sont les phénomènes morbides que j’ai observés sur un grand nombre de militaires, en 1 8 1 4 ? en i8i5. Atteint moi-même de cette cruelle maladie , j’ai pu en faire une étude plus particulière. Ce tableau ne ressemble sans doute pas exactement à ceux que les auteurs ont tracé; mais j’ai préféré donner le résultat de mes propres observations plutôt que les opinions des autres.
Les ouvertures de corps ont fait reconnaître les traces de diverses phlegmasies cérébrales, thoraciques, abdominales, telles que les symptômes les indiquent pendant la vie.
Typhus d’ Orient f ou peste.
Ce typhus reconnaît pour cause une matière contagieuse dont on ignore aussi la nature, et qui se comporte à peu près comme dans la maladie précédente. L’invasion de cette affreuse maladie a lieu par des alternatives de frisson et de chaleur, par le brisement général des membres, de l’inquiétude, de la terreur, de la céphalalgie, quelquefois un tremblement général, des syncopes, etc.
Les symptômes de la peste offrent la plus grande analogie avec ceux du typhus d’Europe; mais les caractères distinctifs de cette affection sont les anthrax ou charbons et les bubons. Les anthrax se manifestent sur les parties découvertes, au visage, à la poitrine, sur les bras ; ils commencent par une douleur âcre, très vive; bientôt une phlyctène contenant une sérosité jaune ou brune së développe sur cet endroit ; elle se déchire et laisse apercevoir une eschare de couleur grise, ardoisée, qui s’étend et fait des progrès jusqu’à la mort. Cés anthrax sont uniques ou multiples, accompagnés de tous les symptômes de l’adynamie la plus profonde, ou bien n’occasionent aucun appareil fébrile. Les bubons surviennent aux aines, aux aisselles, quelque-
fois au COU , rarement aux joues ; ils sont précédés d’un léger prurit, de gonflement, de rougeur et de tension. Ces phénomènes locaux augmentent d’intensité, après quoi ils diminuent graduellement , ou se terminent par suppuration ou par gangrène ; il en existe rarement plus de deux à la fois, beaucoup de pestiférés n’en ont pas. On observe souvent aussi des pétéchies typhoïques dans la peste; ces pétéchies sont fréquemment de véritables taches pourprées ; quelquefois elles se convertissent en taches gangréneuses. Il n’y a rien de régulier dans l’apparition de ces éruptions, la marche de ce fléau étant elle-même très anomale. La peste se termine le plus ordinairement par la mort, surtout dans le principe de l’épidémie. Elle dépasse peu le premier septénaire ; elle fait périr quelquefois en douze heures de temps : on la voit se prolonger jusqu’au vingtième jour et au-delà vers le déclin de la contagion.
Nous pensons qu’il doit exister dans cette horrible maladie de graves désordres organiques ; mais l’anatomie pathologique n’a rien appris de bien positif à cet égard, et nous croyons que ces désordres organiques ne constituent pas la maladie , mais ne sont que le résultat de l’empoisonnement miasmatique.
Typhus Occident y Jîèvre jaune.
On a beaucoup discuté, dans ces dernières an-
nées, sur la contagion de la fièvre jaune. 11 ne nous est nullement permis de décider cette question. Les faits les plus concluants , rapportés par les uns ou par les autres, sont toujours susceptibles de quelques doutes; chacun peut les interpréter à sa manière pour les faire tourner à Tavantage de son opinion. Si j’osais énoncer mon avis dans un sujet aussi grave et qui ne peut être décidé que par des observations ultérieures , je dirais que, d’après les faits rapportés par les partisans de l’une ou de l'autre opinion, je crois que la fièvre jaune, comme le typhus d’Europe et comme la peste, se développe primitivement par infection et se transmet ensuite par contagion; j’ajouterais qu’il n’y a presque aucun inconvénient à considérer cette maladie comme contagieuse , et qu’il peut y en avoir de plus graves à ne pas la regarder comme telle. Qu’est-ce par exemple que l’inconvénient de suspendre pendant un certain temps des relations commerciales , comparé à l’horrible danger de porter la désolation et la mort dans des villes, dans des provinces entières? INous ne croyons pas qu’il puisse y avoir le moindre motif d’hésitation. Ces questions sont sans contredit de la plus haute importance, mais ne sauraient être agitées en ce moment , le diagnostic devant principalement fixer notre attention.
Or les signes qui caractérisent le typhus d’Amérique sont la couleur jaune de la peau et le vo-
missement noir ; on observe d’ailleurs tous les symptômes communs aux divers' typhus. Toutes les fois que ces symptômes affectent un grand nombre d’individus on doit reconnaître l’existence de la fièvre jaune.
Après les prodromes ordinaires aux maladies graves, le malade éprouve un frisson, variable pour sa durée et son intensité, puis une chaleur vive; les yeux sont tuméfiés, larmoyants; la face est colorée, exprimant la crainte, la terreur; les forces sont abattues ; il existe une grande anxiété ; une soif ardente , une violente douleur épigastrique , des nausées , des vomissements de boissons , d’aliments, de mucus, de bile ; du dévoiement pu de la constipation ; de la difficulté à respirer ; de la fréquence et de la dureté dans le pouls. Cet état dure quelques heures, un, deux ou trois jours. Alors se montrela couleur jaune de lapeau. Les conjonctives commencent par être jaunes; la face, la poitrine, le reste du corps, sont bientôt envahis par cette couleur. La langue est sèche, rugueuse, brune ; des vomituritions de matières rouillées succèdent aux premiers vomissements. Chose singulière, les symptômes généraux diminuent d’intensité ; le malade éprouve une rémission perfide ! Les douleurs sont moins fortes ; l’anxiété diminue ; la respiration est plus facile ; le pouls plus souple , plus naturel : mais au moment où le malade, et quelquefois le médecin inexpérimenté, se livrent à une espé*-
rance décevante , un nouveau cortège d*accidents, bien plus terribles que les premiers , survient , et trop souvent apporte la mort. Du quatrième au cinquième jour des matières sanguinolentes, sanglantes , brunes , noires , sont rejetées par la bouche, par les selles; la physionomie s’altère profondément ; la terreur est peinte sur la face; la prostration est extrême ; on observe des tremble-
rnents des membres , des soubresauts des tendons , de la carphologie , du délire, de la stupeur, de l’assoupissement, quelquefois une indifférence extrême sur l’avenir, ou une sécurité trompeuse; Fictère devient plus prononcé; des taches livides, de vraies ecchymoses sont parsemées sur la peau; un sang clair et séreux s’échappe par toutes les ouvertures naturelles, par les narines, la langue, les gencives, les lèvres , les points lacrymaux, la conjonctive, les oreilles , les intestins , la vessie , la matrice, le vagin, les plaies, les cicatrices; enfin la mort arrive, précédée par le hoquet, l’irrégularité du pouls, le refroidissement des extrémités, l’aspect cadavéreux de la face, et tous ses funestes avant-coureurs. Elle frappe ordinairement du septième au huitième jour, quelquefois dès les premières vingt-quatre heures. Dans les cas rares de guérison , les accidents sont moins graves; ils diminuent graduellement de violence , et la convalescence s’établit à la suite de quelques mouvements critiques ou d’une manière insensible; elle
est toujours lente J pénible; le malade languit, et périt quelquefois dans la convalescence.
L’anatomie pathologique a fait reconnaître des altérations organiques très variées ; principalement des gastro-entérites , et plus rarement des traces d’hépatites , de néphrites , de splénite , de pneumonies , d’encéphalites , de méningites, etc. ; mais ces altérations , précisément à cause de leur diversité , doivent être considérées comme des phénomènes secondaires ; le point capital est la cause spécifique, l’altération profonde des fluides, et vraisemblablement du sang , qui détermine ensuite toutes les lésions organiques qu’on rencontre. On trouve souvent une certaine quantité de ce fluide épanché dans la cavité de l’arachnoïde Yertébrale.
Des empoisonnements.
C’est dans le savant ouvrage de M. le professeur Orfila qu’il faut puiser les connaissances nécessaires au sujet important que nous nous proposons ici de signaler seulement à l’attention du lecteur. Les expressions fonctionnelles et même les lésions organiques des empoisonnements n’en constituent que la partie la moins importante; ce qu’il est surtout essentiel de connaître d’une manière exacte et précise, c’est la cause de l’empoisonnement, et cette connaissance capitale ne peut être acquise que par des recherches chimiques, botaniques ou zoo-
logiques. Sous le rapport légal la cause de Fempoisonnement est tout, le reste n est rien ou peu de chose. Mais la manière dont on arrive à cette connaissance constitue Fune des branches les plus étendues et les plus importantes de la médecine légale, et forme, dans les études médicales, une partie entièrement particulière et distincte. C’est principalement dans cette partie qu’éclate Futilité de l’application de la chimie à la médecine , et c’est entre les mains du professeur célèbre que nous venons de citer que cette application a obtenu les résultats les plus brillants. Avant lui tout n’était dans la toxicologie que désordre, préjugés, confusion ; des notions vagues, imparfaites, éparses , constituaient cette branche si délicate de la médecine , qui pour mieux dire n’existait pas. Grâces à ses heureux travaux elle est sortie du néant pour atteindre aussitôt le dernier terme de la perfection. Sous le rapport thérapeutique la connaissance de l’agent toxique est souvent importante, mais elle Fest moins que dans le cas précédent, et souvent ici les différences des symptômes con.duisent à des indications utiles.
Une. des raisons qui nous engagent à parler ici des empoisonnements, c’est le rapport qu’on ne saurait s’empêcher de trouver à quelques uns d’entre eux avec les maladies précédentes, et avec celles dont nous allons traiter. Dans les unes comme dans les autres, en effet, ce nest pas la
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lésion locale qui constitue la maladie, c’est Tinfluence de l’agent toxique sur les fluides de l’organisme, et par suite sur un viscère plus ou moins éloigné. C’est la spécificité qui en constitue le principal élément. De cette classe sont les poisons narcotiques, narcotico-âcres , les venins , les virus , les gaz délétères, etc. Ce n’est pas parleur influence locale, mais bien par leur absorption, par leur action sur le sang, sur l’agent nerveux, que ces substances détruisent la viCé Des empoisonnements nous pouvons tirer les arguments les plus victorieux pour les altérations des fluides. Ici tout est connu, la cause et l’effet; l’un et l’autre sont soumis à l’épreuve rigoureuse de l’analyse; il ne reste aucun retranchement aux ennemis exagérés et incorrigibles de ces vérités.
Parmi les poisons, il en est qui agissent localement, en irritant, en désorganisant la partie sur laquelle ils sont appliqués , ce sont les poisons escharotiques , âcres , irritants. De ce nombre sont les préparations d’arsenic, d’antimoine, de cuivre, d’argent, d’or, de mercure, de bismuth , de plomb, d’étain , de zinc , les acides concentrés , les alcalis, le phosphore , les cantharides, l’iode , etc. Parmi les substances que nous venons de citer, il en est même quelques unes qui agissent en même temps après avoir été absorbées, et localement.
Les poisons irritants produisent quelques symptômes' particuliers à chacun d’eux : mais à ces va-
DES ESfPOISONNEMENTS. * y5i
riëtés près, qu’il serait beaucouptrop long d’exposer ici, ils déterminent tous une saveur âcre , chaude, brûlante ; une constriction à la gorge ; une sécheresse considérable dans la bouche et dans l’œsophage ; des vomissements de matières diverses , souvent sanguinolentes ; des douleurs épigastriques intolérables; des coliques atroces; des déjections alvines; quelquefois l’appareil des symptômes généraux de la gastro-entérite intense ; quelquefois , plus tard , la paralysie des membres pelviens ; des vertiges, le délire, l’insensibilité générale, la mort. On trouve alors dans le canal alimentaire toutesles altérations organiques que nous a fait voir la gastro-entérite à tous les degrés. La bouche , le pharynx , l’œsophage , l’estomac , les intestins , sont le siège d’une couleur de feu , ou d’un rouge cerise, et même noire; toutes les tuniques participent à l’inflammation ; elles sont parsemées d’ecchymoses circulaires ou de formes variées ; de véritables eschares; d’ulcères qui peuvent intéres-' ser toute l’épaisseur des parois intestinales ; il existe dans ce cas une perforation dont les bords sont jaunes, verts, rouges. Quelquefois ces tissus sont épaissis ou ramollis, réduits en bouillie , etc. ; la bouche, la couronne des dents, Tœsophage, l’estomac, le duodénum , le jéjunum, offrent une teinte blanchâtre, grisâtre, jaunâtre; ces différentes altérations peuvent se trouver éparses sur différents points du même canal alimentaire»
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Les poumons peuvent être rouges , violets , hépatisés, splénisés. Les cavités du cœur sont distendues par du sang rouge , noir , fluide , concret , etc. La vessie est quelquefois manifestement enflammée. Les vaisseaux encéphaliques sont distendus par le sang ; dans certains cas, le cerveau, le foie, les muscles , etc. , offrent une teinte verdâtre. La peau est semée de taches noires. Ces altérations, qui ne se rencontrent jamais toutes à la fois chez, le même individu , sont plus ou moins prononcées ; il peut arriver qu’elles le soient à peine, quand le poison a produit line mort prompte.
D’autres substances toxiques ne produisent pas
l’altération des parties qu’elles touchent; elles sont
absorbées , et paraissent agir principalement sur «
le système nerveux. De ce nombre sont l’opium , son extrait, la morphine, la jusquiame noire, l’acide prussique , le laurier-cerise , le pêcher , le merisier à grappes, la laitue vireuse, l’if, etc. Ces poisons ne déterminent aucune altération dans la bouche , le pharynx , l’œsophage ; ils n’ont point de saveur caustique, déterminent rarement le vomissement ou des déjections alvines , ou , s’ils en produisent , elles sont peu opiniâtres ; les douleurs abdominales se développent quelque temps après l’ingestion du poison ; elles sont peu vives ; si elles sont aiguës, elles se font sentir sur plusieurs points de l’organisme. Il existe fréquemment des vertiges, de la stupeur, du coma, de la paralysie, de la dila-
tation des pupilles, du délire, des convulsions, enfin un appareil varié de phénomènes encéphaliques. On ne trouve après la mort aucune lésion constante dans le canal alimentaire ; le cerveau et son système sanguin offrent souvent un état de congestion manifeste. Il n’est pas constant que le sang soit plus fluide que dans toute autre circonstance, les muscles plus flexibles, les chairs plus susceptibles de putréfaction , etc.
Il est encore d’autres substances , en très grand nombre , dont les effets participent des deux ordres précédents ; ils agissent sur les parties avec lesquelles ils sont en contact, et portent en même temps leur action sur le système de l’innervation. Ce sont, entre autres, la scille, la scillitine , l’oenanthe crocata , l’aconit napel , l’ellébore noir et blanc, la vératrine,le colchique, la belladone, le datura stramonium, le tabac, la digitale pourprée, la grande et petite ciguë , la ciguë aquatique, le laurier-rose , le seigle ergoté, la noix vomique, la fève de Saint-Ignace, l’upastieutéjla strychnine, la fausse angusture, la brucine, le ticunas, le woorara et le curare, le camphre, la coque du Levant, la picrotoxine , l’upas antiar, les champignons vénéneux, l’alcool, l’éther, et en général les boissons spiritueuses. Ces poisons produisent des accidents variés : ce sont des phénomènes nerveux , comateux ou convulsifs , continus ou périodiques, et les signes locaux et généraux d’une
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irritation plus ou moins vive. On trouve après la mort des altérations analogues, mais moins prononcées que celles que produisent les poisons simplement irritants.
L’identité qui existe entre les phénomènes occasionés par les empoisonnements et quelques maladies spontanées est tellement frappante, qu’on ne saurait apporter trop de réserve, dans une matière aussi grave, à manifester ses soupçons : ü ne peut y avoir de certitude que dans la découverte de la substance toxique, he choiera morbus, les perforations spontanées, les étranglements des intestins; des congestions cérébrales , Finflammation du cerveau, des méninges, de la moelle épinière, etc. ÿ offrent souvent tous les caractères de Fempoisonnement.
Les circonstances suivantes pourront donner quelques probabilités pour cette importante distinction. L’empoisonnement a lieu dans tous les climats, dans toutes les saisons, sans signes précurseurs ; les matières vomies présentent des caractères propres ; la douleur a son siège à Fépigastre ,elle est continue. Les altérations organiques offrent une apparence particulière ; le péritoine est souvent enflammé, etc.
Il existe encore une classe de substances qu’on a nommées septiques ou putréfiantes ; Faction de celles-ci est fort analogue à celle des miasmes qui produisent le typhus ; elles agissent manifestement
en altérant les fluides de Téconomie animale. On range parmi ces substances le venin communiqué par la morsure de certains animaux, l’action du gaz. acide hydro-sulfurique, et l’ingestion des matières animales en putréfaction. Les animaux dont la morsure est plus ou moins venimeuse, sont la vipère, le serpent à sonnettes, le scorpion d’Europe, la tarentule, l’araignée des caves, l’abeille domestique, le bourdon, la guêpe, etc. Les vomissements , la syncope, la gangrène; une série variée d’accidents cérébraux ; la pâleur plombée de la face, l’altération des traits, une prostration extrême; un tremblement général , le découragement , le désespoir, le délire ; la petitesse du pouls, la froideur des extrémités,, la mort, sont les principaux résultats de l’action des substances dont nous parlons, lorsqu’elles sont introduites dans l’organisme: à ces signes, il faut joindre la phlegmasie locale souvent gangréneuse, produite sur l’organe en contact avec le poison. A l’ouverture du corps les vaisseaux contiennent un sang noir, verdâtre , épais , coagulé ou fluide ; les organes voisins de l’infection se déchirent avec facilité ; ils se putréfient promptement. Lorsque la substance toxique a été ingérée par la bouche, on trouve des traces de phlegmasie gangréneuse dans les voies digestives; le cœur est' flasque, mou, affaissé sur lui-même.
Asphyxies.
L’asphyxie peut être produite par la respiration de gaz délétères , de gaz impropres à la respira» tion 5 par défaut d’air, par submersion , strangulation ; etc.
Les gaz qui peuvent produire l’asphyxie sont le gaz acide carbonique , la vapeur du charbon en combustion , l’air non renouvelé , le gaz qui se dégage des fosses d’aisance ; les gaz ammoniac azote, chlore-, hydrogène, hydrogène arsénié, hydrogène carboné, hydrogène sulfuré, acide nitreux, protoxyde d’azote , acide sulfureux.
La suspension des différents actes fonctionnels , produite par une cause qui a spécialement agi sur le poumon, porte le nom d'asphyxie. Cet accident présente des symptômes communs , et des symptômes particuliers à chaque cause asphyxiante. Nous allons jeter un coup d’œil rapide sur les points les plus intéressants de cette matière. Toutes les maladies qui gênent et finissent par empêcher la respiration , soit en oblitérant le conduit aérien , soit en comprimant les poumons , en empêchant la dilatation de la poitrine , les mouvements du diaphragme , etc. , causent la mort par une véritable asphyxie.
Lorsqu’un lien comprime fortement le cou au point d’intercepter l’entrée de l’air dans les poumons et le cours du sang , la face se gonfle et de-