‹ Traité élémentaire de diagnostic, de pronostic, d'indications thérapeutiques, ou cours de médecine clinique (volume 3)Chapitre 33 sur 40 · DES ASPHYXIES · texte numérisé non relu

DES ASPHYXIES

Tiennes , et la mort arrive au bout d’une ou de

deux minutes et demie. Les gaz délétères font périr avec plus de promptitude encore.

Le gaz oxyde de carbone produit d’abord de la céphalalgie, de l’anxiété, des vertiges, de la dyspnée , des palpitations , des vomissements ; puis la somnolence, la faiblesse, le tremblement des membres , la syncope , enfin l’abolition complète de la respiration et de la circulation ; le sang est liquide, brun, noir, même dans les artères; le corps conserve long-temps sa chaleur.

Le gaz des fosses d’aisance détermine d’abord des phénomènes cérébraux, des accidents de stupeur, de coma , de paralysie , ou au contraire de l’excitation, du délire, des convulsions ; une danse automatique , des douleurs dans l’estomac et dans les articulations , etc. ; après ces premiers accidents survient la suspension de la respiration et de la circulation. Les variétés qu’on observe dans les symptômes dépendent de la nature des gaz, de la disposition individuelle , ou de diverses circonstances accessoires. La mort arrive quelquefois après être sorti du lieu infecté; quelques moments avant , les malades reprennent assez souvent connaissance ; la respiration et la circulation reparaissent momentanément; le pouls est accéléré, inégal; la respiration gênée, luctueuse, bruyante; la bouche est remplie d’une écume blanche ou sanguinolente; la face est pâle ou livide; les mem-

74o diagnostic SPECIAL ET DIFFÉRENTIEL

bres sont agités de convulsions générales ou partielles ; les malades poussent des cris , sont insensibles à tous les excitants , et succombent au bout de plusieurs heures , ou reviennent à la santé.

- Une décomposition prompte s’empare du cada- Tre; il est recouvert de larges ecchymoses, emphysémateux, jaune, verdâtre, fétide. Les bronches contiennent des mucosités visqueuses, brunâtres, ainsi que la bouche et les fosses nasales ; le sang est noir et liquide; les muscles , bruns et mous , ont promptement perdu toute leur contractilité.

' D’après ce que nous venons de dire , nous ne pensons pas qu’on puisse confondre l’asphyxie avec aucune des maladies qui s’en rapprochent.

Maladies des fluides.

Nous croyons qu’il doit être démontré pour tous

les bons esprits que nos fluides, parties intégrantes de notre organisme, sont susceptibles d’altérations. Nous prenons ce mot à! altération dans son sens le plus étendu ; non seulement nous l’entendons sous le rapport de la nature, de la composition, mais encore sous celui de la quantité. Les fluides peuvent pécher, être altérés^ par leur quantité plus grande ou moindre que dans l’état normal ; ils peuvent être vieiés dans leur nature.

Nous connaissons les effets de la trop grande abondance de sang; il n’est, je crois , personne qui voulût les contester aujourd’hui. L’étatopposé

ne saurait être nié davantage. Malheureusement nous sommes réduits à de simples conjectures pour ces mêmes excès et ces mêmes défauts dans les autres fluides de Torganisme. Existe-t-il une pléthore lymphatique , une alympliie , et surtout une pléthore nerveuse, une diminution de Tagent nerveux , ainsi que des autres fluides? C'est possible, cela ne répugne nullement à la raison ; mais nous n en avons pas la certitude. Il est donc sage de garder le silence à cet égai'd.

Mais les altérations des fluides et du sang en particulier ne se bornent pas à dépasser en plus* et en moins leur quantité normale, ^il est, incontestable qu’ils sont viciés dans leur nature.' De tout temps , et récemment encore , par l’auteur de la nouvelle doctrine, le scorbut a été regardé comme une altération du sang. Les expériences de M. Leuret mettent hors de doute que le charbon, chei les chevaux, ne soit le résultat d’une altération analogue ; les expériences de MM. Gaspard, Magendie, et autres, prouvent aussi que les substances animales putréfiées injectées dans les vaisseaux, mises en contact avec les parties dénudées, ou prises à l’intérieur, développent un état putride chez les animaux. Parmi les poisons il n’en est guère de plu& actifs que ceux-là , et l’histoire de l’empoisonnement par les boudins fumés en putréfaction en a fourni des exemples trop nombreux et irrécusables ; et certes ce n’est pas eu développant , une irri-

talion que ces substances agissent. Un très grand nombre de poisons ne portent manifestement leur action que sur les fluides ; la morsure des animaux venimeux ne tue pas en déterminant une irritation ; quelques gaz délétères ne font pas périr en produisant Tinflammation. Les gaz de plomba les plus terribles de tous^ décomposent sur-le-champ les fluides de leconomie, et font naître une espèce de typhus subit spontané. Mais les exemples, les faits, les preuves se multiplient sous notre plume. Croit-oh que la peste, le typhus, la fièvre jaune, soient exempts d’altérations des fluides ; ces véritables empoisonnements miasmatiques, est -ce sur le tissu’ xîes organes ou sur les fluides qu’ils portent leur désastreuse influence? Croit-on que

dans lès fièvres intermittentes elles-mêmes , les

fluides soient exempts d’altérations? et si la cause de l’intermittence est si rebelle à nos recherches, ne faut-il pas l’attribuer à ce que les fluides sont le siège de la maladie? Enfin, si l’on nie la spécificité de la dysenterie, de la dothinentérite, du croup, de la coqueluche, ces médecins spéculateurs nieïont-ils celles de la variole , de la vaccine , de la rougeole, de la scarlatine, etc.? Et sur quelles parties agissent ces virus , si ce n’est d’abord sur les fluides? Cette action n’est-elle pas assez démontrée parla contagion au moyen de l’insertion Ne l’estclle pas par les symptômes généraux qui précèdent l’éruption ? Sera-ce la piqûre de la vaccination qui

produira cet appareil de réaction, ou une gastrite développée subitement?.. . Je vais plus loin, et je mets en fait que, pour la plupart des phlegmasies de la peau , même les plus simples , telles que le zona , l’urticaire , etc., quoique* ces phlegmasies n’aient rien de contagieux, il est impossible de ne pas admettre une cause d’une nature particulière, puisque ces maladies ont toutes une physionomie tranchée ; et que ces causes, aussi variées que les maladies qu’elles, occasionent, ne peuvent être ailleurs que dans les fluides. .

Maintenant où placerons-nous la cause spécî^ fique du cancer, des tubercules, et d’une foule de productions accidentelles? je le laisse à penser. Pourquoi rejetterions-nous les maladies des fluides?. Les fluides ne sont-ils pas une partie de l’organisme ? leurs maladies ne sont-elles pas par con** séquent une partie de la médecine organique? La nature de ces maladies est difficile à saisir , sans doute; mais est-ce une raison pour les rejeter? Ces altérations ne se, montrent-elles pas assez par leurs effets, par le caractère particulier des maladies qu’elles produisent? que pouvons-nous désî* rerdeplus?

A la pléthore, à l’anémie, au scorbut, nous réu-* nissons ici les scrofules, le rachitis, etc., plutôt parceque nous ignorons la nature de ces maladies^ que parceque nous les considérons comme des al-» térations des fluides.

^44 diagnostic spécial et différentiel

rj j ç j '( Pléthore sanguine f polyœmîe.

Lorsque , par une cause quelconque, le sang se îrouYO dans une abondance plus grande qn’ii n/est ' nécessaire pour l’entretien de la santé, il se manifeste des modifications fonctionnelles faciles à saisir. *

La face est rouge, colorée, les 5^eux brillants, les lèvres vermeilles, légèrement tuméfiées ; les veines du front, des tempes, du cou, sont visiblement plus saillantes que dans l’état naturel; quelquefois les artères temporales battent avec force, surtout parle moindre exercice et par une impression morale un peu vive; la peau du tronc et des membres est rosée , molle , douce au toucher, chaude , et quelquefois un peu humide ; toute la surface du corps paraît augmentée de volume ; les mouvernaents des doigts sont gênés par cette tuméfaction; le pouls est fort, large, développé, fréquent; les battements du cœur sont plus forts que dans l’état normal , principalement par le moindre mouvement, ce que les malades prennent souvent pour un signe de maladie organique de ce viscère ; les pulsations artérielles sont surtout sensibles à la tête et à Tépigastre; des épistaxis, des hémoptysies, et autres hémorrhagies, se manifestent fréquemment pendant cette disposition. D’ailleurs on observe de la somnolence, une grande tendance au repos.

de la pesanteur à la tête et même de la céplialal-5 gie; des bruits^ des sifflements, des tintements dans les oreilles , des éblouissements, des bluettes, des étincelles, des vertiges ; il est douteux que les objets paraissent colorés en rouge ; des fourmillements, des picotements, des engourdissements dans les membres; de la fatigue, des douleurs spontanées et générales. La sensibilité est obtuse ; les facultés intellectuelles sont comme - engourdies ; la me-

moire , l’imagiaation faiblissent, le jugement se trouble; toute attention , toute application devient impossible; le malade est triste ,, pesant , ennuyé. La respiration est gênée, fréquente, courte, oppressée ; l’appétit est nul ou peu prononcé; il existe des douleurs vagues dans l’abdomen; la défécation est rare , les matières fécales sont dures et noires ; les urines sont rouges, peu abondantes , exhalent une odeur fortement animale.

La pléthore est générale ou partielle. Dans ce dernier cas il existe des signes locaux plus prononcés dans l’organe congesté. Ces phénomènes surviennent rapidement ou avec lenteur, demeurent stationnaires, offrent de véritables-paroxysmes, et enfin disparaissent au bout de quelques jours par les moyens de l’art ou par les seuls efforts de, la nature. ^

Anémie, - ‘ ■

S’il peut arriver que l’hématose soit trop riche,

trop abondante , l'état contraire n'est pas moins fréquent. A la suite d'une hémorrhagie copieuse, de pertes considérables en tous genres , par l'effet d'une alimentation insuffisante, par l'épuisement suite d'une maladie chronique, l’anémie peut survenir; mais, dans ce dernier cas, elle est purement symptomatique.

On reconnaît cet état à des signes presque en tout opposés aux précédents. La face est pâle , décolorée, jaunâtre , les lèvres blanches, ainsi que les conjonctives et la membrane muqueuse buccale; les vaisseaux sanguins sont tellement affaissés , qu'on n’en trouve plus aucune trace ; la peau du tronc et des membres partage cette pâleur , elle est froide et sèche ; la face est quelquefois bouffie, mais le reste du corps est sensiblement diminué de volume. Le pouls est petit, faible , lent , insensible ; le cœur bat au moindre mouvement , maïs ces battements sont faibles , tumultueux , ils ressemblent à des contractions imparfaites. D’ailleurs vertiges , sifflements d’oreilles , éblouissements , étourdissements, défaillances, syncopes, par défaut d’excitation cérébrale ; apathie , inattention , indifférence , nonchalance , incapacité pour se mouvoir, faiblesse au moindre exercice. La respiration est lente et pénible, anxieuse ; l’appétit est peu prononcé; il n’existe pas de soif; souvent on observe du dévoiement; les urines sont copieuses, incolores, sans odeur. L'anémie survient plus ou

moins rapidement ; elle est ordinairement générale; elle peut durer fort long-temps.

La chlorose, qui ^arrive en général chez les jeunes filles à lepoque de la puberté, présente des symptômes analogues , avec -quelques légères différences, telles que la tristesse, la mélancolie, et des appétits dépravés, le pica, le malacia , etc.

On observe souvent .Faménorrhée chez les femmes anémiques. Il faut joindre alors aux phénomènes déjà décrits la suspension de l’écoulement menstruel, et souvent aussi, de la part de la nature , des efforts infructueux de menstruation.

Scorbut.

Lorsque le sang est altéré dans sa composition il cesse de remplir le but auquel il est destiné. Excitant et réparateur naturel de tous les organes lorsqu’il est dans l’état normal , ceux-ci languissent dans leurs fonctions s’il vient à s’éloigner de cet état physiologique. Dès lors faiblesse générale , aversion pour le mouvement, lassitude extrême au moindre exercice , désir de repos , douleurs contusives, brisement des membres ; abattement, tristesse , découragement , incapacité intellectuelle ; somnolence, sommeil peu réparateur; faiblesse des sens, obscurcissement de la vue, défaillance, syncopes ; face pâle , blême et jaunâtre ; peau froide; appétit nul , digestions languissantes ; respiration

pénible, gênée; battements du cœur peu développés; pouls petit et mou, copulation impossible. Au bout d'un temps plus ou moins long de cet état incertain de faiblesse, la face devient jaune et bouffie, la peau du corps participe à cette coloration ; bientôt on aperçoit aux mollets , aux cuisses , aux bras , au. dos, et rarement à la face, des taches brunes,* noires qui apparaissent sous diverses formes. Tantôt ce sont de petits points noirs, livides, disséminés; tantôt des plaques d’une étendue plus ou moins considérable ; la peau , après avoir été d’un jaune foncé , devient bleuâtre, verdâtre, violette, noire , elle suit dans ses nuances absolument les phases qu’elle parcourt dans l’ecchymose traumatique, et ne diffère de cette dernière que par l’absence de la cause extérieure et par les circonstances antécédentes. Les ecchymoses scorbutiques se dissipent de la même manière que les autres. Elles sont quelquefois suivies d’un endurcissement ligneux des parties ; leur couleur violette devient brune, luisante , puis jaune , enfin , au bout d’un temps plus ou moins long, jaune et naturelle. Au moment où les taches se manifestent, les gencives se boursouflent , deviennent violettes, noires, fongueuses , saignent avec la plus grande facilité , et fréquemment elles s’ulcèrent ; l’haleine contracte alors .une horrible fétidité. En même temps des hémorrhagies se déclarent sur toutes les membranes muqueuses ; le sang exhalé est noir, séreux ,

fluide 5 lie se coagule jamais. La prostration augmente de jour en jour. S’il existe des plaies elles ne se cicatrisent pas, les épiphyses se décollent, les fractures restent inconsolidées, les os se ramollisr sent, les extrémités inférieures s’œdématient et le malade finit par succomber, dans un véritable état de décomposition , au bout d’un temps indéterminé mais ordinairement assez long. D’autres fois, lorsque les circonstances sont favorables, la convalescence s’établit.

^ Pendant le cours du scorbut, il peut survenir dé véritables inflammations qu’on doit bien se garder de traiter comme si elles étaient simples.

•A l’ouverture du corps , on trouve les vaisseaux et le cœur remplis d’un sang noir et fluide évidemment décomposé ; des infiltrations sanguines sous la peau, dans le tissu cellulaire, dans les muscles, dans le parenchyme des organes ; dans le cerveau principalement. Les muscles sont mous et poisseux, ils se déchirent avec facilité ; les os sont ramollis , les épiphyses décollées ; le tissu cellulaire contient de la sérosité jaune ; les cavités des viscères sont remplies de sang; l’estomac et les intestins en contiennent le plus ordinairement ; les plèvres, dé péricarde, le péritoine en renferment aussi fié-

quemment.

Syphilis,

On a élevé des doutes récents sur la contagion

delà syphilis. De malheureuses expériences ont été tentées par de jeunes téméraire^ , dans le bût de prouver que le virus syphilitique n'existait pas ; quelques unes ont été suivies d'un repentir amer.

Il est plus que vraisemblable que les auteurs de ces opinions refuseraient de s'exposer à un coït impur. Pour prouver que le virus vénérien était un être chimérique , on a rassemblé , d'une part , une multitude de faits qui font voir que des accidents vénériens se sont développés spontanément; d'une autre part, on a cité des faits non moins nombreux dans lesquels la contagion n'a pas eu lieu, bien qu'il y ait eu communication avec des personnes infectées ou insertion du virus vénérien ; on a encore cité, à l’appui de ' cette opinion, les succès du traitement simple, les accidents qui suivent l'administration du mercure, l'inefficacité de ce moyen dans beaucoup de cas, etc. Nous admettons comme exacts tous ces faits et toutes ces propositions , et cependant rien ne nous paraît plus faux et plus dangereux que les conclusions qu'on en a tirées.

1® Et d'abord, il n'est sans doute a^cun des auteurs qui soutiennent cette étrange opinion , qui ne sache très bien que la syphilis se communique par le contact. 2® De ce qu’on a observé beaucoup de cas où les accidents vénériens ont paru spontanés , ce ne serait pas unexaison pour qu'une fois développés, ils ne se communiquassent pas par contagion. Il

DES MALADIES DES FLUIDES. ySl

faut bien que les maladies contagieuses aient un principe , un développement primitif : la peste, la variole, etc., se développent sans doute de cette manière d’abord , mais n’en sont pas moins contagieuses ensuite. 3*" Si la contagion n’a pas eu lieu dans certains cas , cela ne prouve absolument rien, puisqu’il en est de même pour toutes les maladies contagieuses : le vac'cin même ne prend pas toujours, il est des individus qui sont absolument rebelles à son action ; cela prouve-t-il que la vaccine ne soit pas contagieuse? Quant aux expériences négatives, elles ne prouvent absolument rien , sinon que le mode employé pour transmettre l’infection n’était pas convenable, ou que les individus n’étaient pas dans les dispositions favorables. 4^* Les guérisons obtenues par le traitement simple ne prouvent pas davantage, puisque tous les jours on guérit des maladies évidemment ' contagieuses par ce même traitement. 5® Enfin les accidents attribués au mercure peuvent être vrais sans qu’il en résulte que le virus vénérien ne soit pas contagieux et ne produise jamais d’accidents consécutifs. Il faut avoir renoncé à toute espèce de raison, et n’avoir jamais vu de malades, pour soutenir de pareils paradoxes. Dans la division des incurables, à la Salpêtrière, on peut s’assurer que parmi des personnes qui sont dévorées par des accidents consécutifs , le plus grand nom» bre a négligé de suivre un traitement mercuriek

11 ne peut y avoir que l’esprit de système , le défaut absolu de logique, et le désir immodéré de faire parler de soi , qui ait pu faire avancer de semblables' absurdités. Nous regrettons beaucoup" que les bornes de cet ouvrage ne nous permettent pas de développer davantage nos arguments.

Les symptômes de la syphilis sont nombreux et variés. Ordinairement , quelques jours après un coït impur, rarement après plus de huit jours, rarement aussi après moins de vingt-quatre heures, ces premiers symptômes se manifestent. Dans la période d’incubation on n’observe pas de phénomènes précurseurs. J’ai vu cependant de l’inquiétude, de l’anxiété, des défaillances , des lassitudes générales annoncer la syphilis. Un écoulement par le canal de l’urèthre, des ulcères, des tumeurs de diverses formes , des bubons , etc. , constituent les accidents de la syphilis primitive. Ces accidents ont leur siège sur les parties qui se sont trouvées en contact avec le virus.

La blennorrhagie commence par un sentiment de titillation et de cuisson au bout de la verge et au frein : le méat urinaire est rouge , gonflé ; ce gonflement se propage au gland et au prépuce. La miction est pénible et douloureuse : il survient des érections fréquentes ; mais il n’existe point encore d’écoulement. Le second ou le troisième jour , on voit suinter une mucosité limpide par l’orifice de l’urèthre. Cette mucosité devient plus

abondante et perd de sa transparence ; elle devient opaque, blanche , jaune, verdâtre. Les symptômes d’irritation locale augmentent de violence pendant un temps plus ou moins long. La douleur , le gonflement, la tension, la chaleur, sont plus prononcés. Dans quelques cas le prépuce se gonfle au point qu’on' ne peut plus découvrir le gland (phimosis), ou bien qu’on ne peut plus le recouvrir lorsqu’on l’a imprudemment découvert ( paraphimosisj. îl se manifeste souvent des phénomènes généraux de réaction. Les glandes environnantes se tuméfient ainsi que les vaisseaux lymphatiques , le cordon testiculaire, etc. L’érection est permanente , la verge se courbe ; l’écoulement est extrêmement abondant , la matière en est plus ou moins épaisse , ou au contraire il se supprime ; enfin , après vingt , trente jours , plus ou moins , suivant la violence de la maladie , la constitution du sujet , le traitement plus ou moins rationnel , tout cet appareil de phénomènes locaux et généraux diminue ; il finit par disparaître complètement au bout de deux ou trois mois, en passant par des phases inverses à celles que nous venons de décrire.

Les chancres qui apparaissent sur le prépuce , sur le gland , sur les grandes et les petites lèvres , le clitoris , le mamelon , la bouche , etc. , se présentent sous la forme de petites ulcérations arrondies ou irrégulières , à fond rouge ou grisâtre , à

bords perpendiculaires. Ces ulcères ou chancres sont souvent très douloureux ; ils tendent à s’a-grandir, font des progrès plus ou moins rapides, détruisent quelquefois une partie du gland; je les ai même vus dévorer tout le pénis, et ne s’arrêter qu’au pubis.

Les mêmes parties peuvent être le siège de tumeurs, de végétations de toutes les formes. Les unes ressemblent à des verrues; elles sont rugueuses , fendillées à leur sommet ; d’autres sont lisses, arrondies, mamelonnées, pédoncules, sanspédoii’ cules ,1 en forme de crêtes, etc. : ce sont des framboises , des mûres , des groseilles , des fies , des condylomes^ distinctions scolastiques d’assez peu d’importance. Ces tumeurs , qui surviennent quelquefois dans la vérole primitive , sont bien plus souvent des phénomènes consécutifs ; mais un ac-

cident qu’on observe souvent dans la première, ce sont les bubons. Les glandes de l’aine se tuméfient, deviennent dures , et , dans quelques cas , chaudes et douloureuses. Ce sont celles du côté gauche qui s’enflamment le plus ordinairement; elles sont ovales, arrondies, irrégulières , bosselées, inégales; lorsque le bubon est inflammatoire, il est douloureux ; le malade y éprouve des élancements ; la peau qui le couvre est chaude , elle rougit ; bientôt la tumeur se ramollit sur un point, on y sent une fluctuation manifeste; d’autres fois le bubon diminue graduellement sans arriver à suppuration.'

Quelques bubons ne font éprouver aucune douleur, ils ne changent nullement la couleur de la peau ; ils restent durs, stationnaires. En général, leur durée est longue, leur terminaison la plus ordinaire est lasuppuration ; leur cicatrisation est alors difficile ; la métastase , la gangrène , peuvent aussi leur servir de terminaison. Des phénomènes généraux, sympathiques , accompagnent communément les accidents locaux que nous venons d’exposer.

Mais le virus syphilitique ne borne pas là ses ravages; si la maladie a été mal traitée dans le principe, au bout d’un temps plus ou moins, long d’une santé bonne en apparence, le malade éprouve sur le trajet des os longs et sur les os plats , des douleurs intolérables , qui augmentent pendant la nuit; des tumeurs dures naissent sur la surface de ces os*, qui souvent se carient ou se nécrosent. La peau se couvre de taches , de squames , de tubercules , de pustules, d’ulcères , etc. , qui revêtent mille aspects divers. Des chancres dévorent le voile du palais , la face , etc. ; enfin cette horrible maladie peut prendre les formes les plus hideuses, les plus dégoûtantes.

Scrofules.

Long-temps on a cru que les scrofules étaient contagieuses , qu’il existait par conséquent un vice scrofuleux. Cette croyance est aujourd’hui gcné-

râlement abandonnée» Le phénomène principal et caractéristique des scrofules est le gonflement et la suppuration des glandes lymphatiques. Mais plusieurs autres maladies ont été regardées, non sans apparence de raison , comme Teffet de la disposition scrofuleuse; de ce nombre sont les tumeurs blanches des articulations, le gonflement des doigts, la carie des phalanges, la carie des vertèbres , les tubercules mésentériques , dans certains cas les tubercules pulmonaires, etc. La description de plusieurs de ces maladies appartient à la chirurgie ; nous avons donné dans son lieu le diagnostic des autres.

La constitution scrofuleuse , qui né paraît être que l’exagération delà prédominance lymphatique, présente une physionomie reconnaissable. La face, ordinairement brillante de fraîcheur , offre l’apparence illusoire d’une bonne santé ; le teint est rosé, la peau blanche et fine, les cheveux blonds. •Les parents s’applaudissent de cet éclat trompeur. Quelquefois la figure est pâle et comme transparente , les traits sont pleins de délicatesse ; d’autres fois les lèvres sont épaisses , surtout la supérieure; les ailes du nez larges, la mâchoire inférieure carrée; la tête est souvent volumineuse , la poitrine resserrée, le ventre développé; les articulations sont fortes , les masses musculaires grêles ; cependant les formes sont en général arrondies , les chairs sont molles , la peau fraîche ; toutes

les fonctions sont lentes, peu énergiques. Tels sont les sujets disposés aux scrofules. Lorsqu’il survient chez eux quelque inflammation , elle passe avec la plus grande facilité à l’état chronique, et porte alors l’épithète de scrofuleuse ^ ophthalmie scrofa» leusCy otite scrofuleuse, lûcève scrofuleux, etc. On serait néanmoins dans l’erreur si l’on croyait que tous ces caractères doivent se trouver réunis pour constituer la disposition scrofuleuse. Beaucoup peuvent manquer, et l’engorgement des glandes lymphatiques n’en survenir pas moins; on l’observe même assez fréquemment chez des sujets bruns , à cheveux noirs, maigres, etc. \

Quoi qu’il en soit , un des premiers symptômes que l’on rencontre chez les scrofuleux , c’est une légère inflammation des ailes du nez : elles sont rouges, chaudes, fendillées. Les glandes cervicales s’engorgent ; elles sont d’abord petites , peu sensibles au toucher, puis dures, inégales, bosselées , et jusque là indolentes ; à ce degré ces glan« des sont encore mobiles. Peu à peu leur volume augmente, elles deviennent immobiles, légèrement douloureuses , et par la compression qu’elles exercent sur les organes sous-jacents, elles gênent la voix , la respiration et la déglutition. La couleur de la peau est à peine changée; mais sur chaque côté du cou l’on aperçoit une saillie quelquefois telle qu’elle forme un plan continu avec la face et le thorax ; les mouvements de la tète sont alors très

r5& niAGNOSTIC SPÉCIAL ET TUFFÉRENTIEL

difficiles, ainsi que Técartement des mâchoires. Après un temps ordinairement très long, ces tumeurs diminuent spontanément d’une manière plus ou moins rapide , et disparaissent. C’est là leur terminaison la plus heureuse , mais aussi la plus rare ; plus souvent elles se ramollissent , deviennent douloureuses, fluctuantes; la peau qui les couvre rougit, devient violette, bleuâtre, s’amincit , s’ouvre et laisse échapper un liquide puriforme , ichoreux , grumeleux , plus ou moins abondant. La plaie irrégulière qui résulte de cette ouverture spontanée et très difficile à cicatriser. Il faut souvent exciser la peau amincie ; la cicatrice

qui en résulte est ordinairement difforme. Ces accidents sont fréquemment multiples ; une glande succède à une autre. Souvent toutes les glandes de l’organisme participent à cet engorgement, mais principalement celles qui entourent la trachée-artère et l’oesophage, d’où naissent des modifications fonctionnelles graves , ainsi que nous l’avons annoncé. La phthisie pulmonaire et le carreau terminent quelquefois l’existence de ce» malheureux.

La durée des scrofules est indéterminée ; elles disparaissent, dans quelques cas, à l’âge de la puberté. La suppuration , la carie , le cancer, peuvent survenir à la suite des engorgements scrofuleux ; la gangrène leur succède rarement.

DES MALADIES DES FIUlDESi^

Rachiiis,

Nous plaçons ici le rachitis, quoique rien ne prouve qu’il dépende d’une altération des fluides, mais parcequ’il paraît tenir à une disposition générale encore peu connue. La déviation de la^colonne vertébrale constitue le principal phénomène de cette maladie, à laquelle elle a donné son nom. Le rachitis est propre à l’enfance et- à la puberté ; j’ai eu occasion d’en observer des exemples rares chez les vieillards.

Les rachitiques ont la tête volumineuse, le front saillant , l’intelligence vive et précoce , une physionomie vieille ; leurs membres sont grêles, faibles, décharnés , leurs articulations volumineuses. Bientôt on voit survenir dans la direction des os ou dans leur mode d’accroissement des changements remarquables. Ceux des membres inférieurs se courbent dans tous les sens ; ces courbures sont quelquefois parallèles , de sorte qu’une jambe forme un arc de cercle en dedans, tandis que l’autre le forme en dehors ; d’autres fois la courbure de toutes les deux a lieu en dehors ou en dedans, de manière à écarter ou à rapprocher beaucoup les articulations des genoux. Les courbures sont souvent multiples sur le même os. Les membres inférieurs sont arrêtés dans leur développement; et, dans certains cas, au contraire, Us n’éprouvent aucune torsion ; ils sont droits, et

paraissent avoir une longueur démesurée, relativement au tronc , qui seul alors est déformé. Les ; membres thoraciques éprouvent des changements tout-à-fait analogues 5 mais qu’on remarque ordinairement moins. Les altérations de structure qui surviennent dans les os du tronc sont dignes d’une attention plus sérieuse , en ce qu’elles gênent les fonctions les plus importantes à la vie. La colonne vertébrale se courbe en avant, en arrière, sur lés côtés , et cette courbure peut être portée à un point extrême; les côtes suivent nécessairement la direction de la colonne vertébrale, de sorte qu’elles paraissent rentrées d’un côté et saillantes du côté opposé ; elles chevauchent les unes sur les autres, cessent de se mouvoir , et finissent par se souder ; ce qui fait comprendre combien doivent être gênés les organes sous-jacents. Les omoplates sont souvent bosselées , rondes, irrégulières ; le sternum fait saillie en avant. Les os du bassin sont aussi le siège de déformations nombreuses , etc. On ne finirait pas si l’on voulait décrire tous les vices de structure dont les os sont susceptibles dans cette maladie. Ce qu’il y a de plus déplorable , c’est que les organes de la respiration et delà circulation , comprimés , gênés dans leurs mouvements , ne remplissent que des fonctions imparfaites, insuffisantes à l’entretien de la santé et de la vie. Aussi' les rachitiques sont-ils fréquemment frappés .de maladies au-dessus des

ressources de l'art,* et qui terminent prématurément leur carrière : Tanévrysme ou l’hypertroplue du cœur pulmonaire en sont le résultat le plus fréquent.

Nuvroses dites générales.

Sous la plume philosophique du docteur Georg;et, les entités ayant disparu pour faire place aux faits bien observés , les névroses , vaste champ exploité par les amateurs des abstractions , sont rentrées dans le domaine de la pathologie générale. Imbu , comme tous les bons esprits, des principes de la médecine organique, dominé par cette pensée que les altérations fonctionnelles doivent être rattachées à des altérations organiques, il a employé tous ses efforts pour faire comprendre que les lésions d’intelligence , de sensibilité , de mouvements , autrefois considérées comme des maladies des propriétés vitales, etc., devaient être considérées comme les expressions' fonctionnelles de lésions des organes qui président à ces fonctions; c’est là la pensée dominante de ses écrits ; honneur lui soit rendu , puisqu’il a fait rentrer ainsi cette branche de l’art dans le sentier de la raison ! Mais s’il est impossible de contester ce principe, qui , depuis que nous écrivons, fait, pour ainsi dire, la morale de nos écrits , comme il fait depuis huit ans la base de notre enseignement clinique, on sent qu’on désirerait pour chaque maladie la* preuve

anatomique qui servirait à le confirmer d"une manière irrévocable. Malheureusement, quoiqu’il soit incontestable que lepilepsie, la chorée, etc., dépendent d’une altération de la portion du cerveau qui préside au mouvement, nous ne savons encore rien de positif sur la nature de cette altération ; ici , comme dans la plupart des maladies de cette division , cette base de toute certitude médicale nous manque. Espérons que des recherches ultérieures feront disparaître ces pénibles incertitudes.

Nous n’ignorons pas que par les travaux de quelques jeunes médecins, nourris dans les principes de la médecine organique , tels que MM. Délayé , Foville, Pinel-Grandchamp, Cazauvielh, Bouchet, plusieurs des points obscurs que nous venons de signaler ont déjà reçu de précieux éclaircissements; mais ces travaux estimables demandent d’être poursuivis, et soutenus par des observations nouvelles.

Nous allons exposer dans ce chapitre les caractères des maladies regardées jusqu’ici, faute de mieux, comme des névroses, telles que la folie et ses divisions principales, l’hydrophobie, l’épilepsie, l’hystérie, la catalepsie, la chorée, le tétanos.

Aliénation mentale , folie.

On ne saurait parler de l’aliénation mentale sans citer le nom de l’illustre auteur de la Nosographie philosophique; ce nom, le plus beau de la médecine moderne, sera surtout transmis à la postérité par

le Traité sur r aliénation mentale* Ce que Pinel fit pour les aliénés lui a mérité la reconnaissance de l’humanité, et doit l’élever au rang de ses bienfaiteurs. Il a tiré de la barbarie cette branche de l’art, et s’il n’a pas tout fait, c’est qu’il était homme; mais il n’a laissé à ses successeurs que la gloire de suivre de loin ses vestiges.

Ce n’est pas sans éprouver le plus vif regret qu’on se voit réduit à diviser encore aujourd’hui l’aliénation mentale d’après de simples modifications fonctionnelles. Certes , ce n’est pas là où doit conduire la médecine organique. Ces variétés sans nombre, basées sur de simples différences de délire , nous paraissent peu utiles au traitement des insensés , et partant peu philosophiques : c’est exactement comme si l’on divisait les maladies du poumon d’après les différents degrés de dyspnée. Il peut être bon de les indiquer; mais nous croyons qu’on s’y étend avec beaucoup trop de complaisance. Les divisions symptomatiques sont tout au plus bonnes dans l’enfance de l’art.

Dans sa signification la plus étendue, on doit entendre par folie un dérangement continu ou intermittent d’une certaine durée dans les facultés intellectuelles et morales. La folie s’annonce souvent par quelques travers d’esprit , quelque exagération dans les penchants , les goûts , les habitudes ; par des idées fixes qui obsèdent le malade et se reproduisent malgré lui ; par des aberrations

dés sens , etc. ; d'autres fois elle arrive subitement, et atteint promptement toute son intensité. Ils perçoivent des sons , des bruits , des objets , des odeurs qui n'existent pas; ils supportent facilement un froid excessif, et paraissent insensibles aux impressions douloureuses. Tantôt ils déraisonnent sur tous les suj^ets , ils parlent sans suite , sans liaison des objets les plus incohérents , avec une extrême volubilité et la plus grande excitation ; tantôt ils raisonnent très bien sur tous les sujets, excepté sur un seul : tant qu'on ne touche pas ce sujet ou quelque chose qui peut y ramener leur attention, on les dirait les gens les plus sensés du monde ; ils ont des aperçus fins, ingénieux, de l’instruction , de la mémoire , de l’érudition sur toute autre chose, suivant leur éducation, et quelquefois plus que dans l’état sain ; s’ils \tombent sur le sujet de leur délire, ils en raisonnent aussi très conséquemment , selon les idées qu’ils se sont faites : rien ne peut les dissuader; ils sont convaincus qu’ils parlent et agissent avec raison.

Les fous conservent généralement la mémoire du passé ; ils deviennent indifférents pour leurs proches et pour leurs amis. Ils sont dominés par un penchant , par une passion nouvelle ; ils sont gais , tristes ,* sombres , farouches , timides , colères, emportés , méchants , rusés , traîtres , perfides, vains, orgueilleux, dominés par le penchant delà destruction, homicides , suicides , éro-

tiques , etc. Ils ont rarement des convulsions , mais ils sont agités de mille mouvements divers : ils courent ^ sautent, frappent, brisent; leurs forces sont singulièrement accrues. Leur physionomie exprimée vivement le penchant ou la passion qui les domine. La face est rouge , injectée, ainimée ; les yeux ouverts , brillants ; les artères temporales battent avec force ; leur voix est forte et sonore : d’autres fois la face est pâle, maigre , jaune, calme en apparence ; leur voix est alors faible et basse. Les aliénés dorment peu ; leur sommeil est peu réparateur, troublé par de;j rêves ordinairement fâcheux et des réveils en sursaut. Ce qui distingue principalement raliénation mentale du délire qui accompagne les phlegmasies cérébrales et autres, c’est qu’il n’existe ordinairement aucun trouble dans les autres fonctions organiques, ou, s’il en existe, ils ne sont pas dans une dépendance nécessaire. L’appétit est naturel , souvent augmenté ; la digestion est facile , etc.

On donne le nom de manie à un délire général ordinairement accompagné d’excitation. M. Georget en admet .trois variétés, ou plutôt trois degrés. Dans le premier, les malades parlent avec volubilité, sur mille objets divers, souvent avec justesse; ils sont dans une agitation continuelle ; d’ailleurs pleins d’inconséquences, d’indiscrétion , d’étourderies. Dans le second, bien qu’ils déraisonnent habituellement, cependant oh peut parvenir à fixer

766 DIAGNOSTIC SPÉCiIl EX DIFFERENTIEL

leur attention ; ils sont alors susceptibles de raisonnement ; ils peuvent lire, écrire même avec suite, et converser. Dans le troisième degré, la confusion, l’incohérence, la volubilité, le désordre des idées, sont portés à leur comble, et accompagnés de cris, de vociférations, de chants, de menaces de gestes, de mouvements désordonnés. Nous pensons qu’on devrait transporter le second degré au premier, comme nous paraissant offrir une altération moins profonde.

Lorsque le délire est exclusif, qu’il ne roule que sur une idée ou sur un petit nombre, lorsqu’il n’a pour cause que l’exagération d’un penchant, d’une passion , il a reçu le nom de mélancolie ou de monomanie, On en a fait autant de variétés qu’il y a de penchants, de passions, ou d’idées fixes. On a distingué une mélancolie ambitieuse, érotique, religieuse, démonomaniaque, lypémanique, misanthropique, zoanthropique , lycanthropiquè, suivant que les fous se croient rois, reines, princes, empereurs, papes, etc., qu’ils adorent des êtres imaginaires auxquels ils supposent tous les charmes, toutes les perfections ; qu’ils redoutent l’enfer , qu’ils prient continuellement ; qu’ils se croient damnés; qu’ils vivent dans un ennui, dans une crainte continuels; qu’ils ont les hommes en horreur; qu’ils se croient transformés en animaux, en sexe différent du leur, etc. Il est une autre espèce de monomanie dans laquelle les malades ont

un penchant irrésistible à se détruire, cette variété a fourni à M. le docteur Falret le sujet d’un livre plein d’intérêt sous le titre à'Hypochondrie suicide; souvent aussi leur penchant les porte à détruire les autres.

Les recherches cadavériques faites avec suite , dans ces derniers temps, n’ont pas été sans résultat pour l’aliénation mentale ; MM. Délayé et Fovilîe sont arrivés à cette conséquence, que la substance grise était presque constamment altérée dans cette maladie ; cette substance est ordinairement rouge, uniformément , ou par places, injectée, brune foncée, quelquefois décolorée', molle,' adhérente aux membranes qui en emportent une partie lorsqu’on les détache; offrant au contraire plus de consistance que dans l’état normal.^ Les membranes elles-mêmes offrent des traces d’inflammation ; elles sont rouges, injectées, contiens nent beaucoup de sérosité, elles sont opaques, blanches, opalines, couvertes d’un fluide concret puriforme, etc. ; les os sont épais, durs, éburnés, etc.

Démence.

La démence, qui consiste dans l’incapacité intellectuelle et morale, la nullité d’action de ces facultés ou du moins leur forte diminution, peut être le résultat de l’âge, ou bien succéder à la manie, à la mélancolie. Primitive ou consécutive, on la reconnaît à l’hyposthénie profonde des impres-

sions des sens , des facultés intellectuelles et morales, et de la sensibilité. La faiblesse des impressions actuelles n est pas le résultat de Taltération des organes des sens , mais bien celui du centre de perception. Le malade a perdu le souvenir du passé, il est indifférent au présent, sans inquiétude pour l’avenir ; son attention est nulle, il est incapable de la moindre réflexion; ses idées sont incohérentes, sans liaison ; sans affection pour ses proches , il n’est touché de rien ; il rit et pleure sans motif; sans idées , sans désirs , sans affection , il traîne une vie végétative à peine agitée par quelques excitations fugaces passagères. La sensibilité générale est aussi obtuse que les autres facultés cérébrales, ils ne sentent Fimpression ni du froid, ni du chaud, ni de l’humidité.

Lorsque la mort termine leur existence , le cerveau de ces individus est pâle, décoloré, exsangue; la substance grise se confond, pour ainsi dire, par sa nuance avec la blanche ; on remarque de plus la diminution sensible du volume du cerveau et l’affaissement des circonvolutions , l’augmentation de consistance de la substance encéphalique, d’autres fois une mollesse générale, enfin l’épaisseur des parois du crâne, la saillie de la table interne, l’augmentation d’espace d’une lame à l’autre , etc.

‘^Idiotie.

La différence principale qui existe entre la dé-

mence et l’idiotie, c’est que la première est acquise, la seconde est congénitale. Comme la démence, l’idiotisme consiste dans une hyposthénie plus qu moins grande des facultés intellectuelles, morales et sensitives; mais les degrés de cette espèce de paralysie sont très variables. Combien, dans le monde, ne voit-on pas de gens qui , par leur air stupide, par leur défaut d’intelligence et de moyens , par leur niaiserie , leur maladresse , peuvent , à juste titre, passer pour être atteints du premier degré d’imbécillité! Où commencera l’état morbide, où

finira l’état sain ? Quoi qu’il en soit, un air de stupidité , qui n’échappe pas même aux gens étrangers à l’art de guérir; les yeux ouverts, hébétés,^ qui regardent sans voir ; la bouche béante , le front déprimé ou irrégulièrement développé ; un rire continuel et sans motif, ou des pleurs répandus sans cesse et sans cause ; la mémoire à peine capable de retenir quelques mots , qui sont ensuite mai articulés, ou l’impossibilité totale d’en apprendre on d’en prononcer un seul; l’intelligence si faible, que les notions les plus simples et les plus matérielles peuvent à peine être saisies , ou même l’abolition complète de toute faculté de comprendre; le jugement des lieux, des distances, des temps, des quantités , entièrement ou presque entièrement aboli; la privation totale de raisonnement, par conséquent l’impossibilité d’apprendre la profession mécanique la plus simple, quelquefois cependant

Page 1