‹ Traité élémentaire de diagnostic, de pronostic, d'indications thérapeutiques, ou cours de médecine clinique (volume 3)Chapitre 5 sur 40 · II · texte numérisé non relu

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gS DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFERENTIEL.

qui aggravent ordinairement 1 état du malade , sine decremento morbi, vel potiàs istius cum damno. Mais nous avons dit que cette dénomination était vicieuse 5 et qu'il fallait leur donner l’épithète d’acritiques, pour ne pas les confondre avec les hémorrhagies qui sont l’effet d’une altération sensible d’organe.

Les hémorrhagies peuvent être habituelles , constitutionnelles pour ainsi dire ; on voit des individus avoir à des époques à peu près fixes des épistaxis , des hémorrhoïdes , des hématémèses , etc. Ces espèces d’hémorrhagies deviennent en quelque sorte nécessaires à la santé des personnes qui y sont exposées, et leur suppression produit des accidents analogues à ceux de l’aménorrhée ou de la dysménorrhée.

Les menstrues et les autres évacuations sanguines habituelles cessent , et dans le même moment on voit paraître sur un point quelconque du corps une hémorrhagie insolite qui remplace la première : c’est l’hémorrhagie supplémentaire. Les exemples n’en sont pas rares ; mais le plus frappant que j’aie eu occasion d’observer et de faire voir à mes élèves, c’est celui de la femme Martin. Cette femme avait eu ses règles par tous les points par lesquels le sang peut faire irruption au dehors; hémoptysie supplémentaire, épistaxis , hématémèse , mélæna, hémorrhagie intestinale , hémorrhagie par le grand angle de l’œil, parle conduit auditif externe, par le

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point d’union des ongles avec la pulpe des doigts , enfin par la cicatrice d un bras amputé. C’est bien certainement dans ce genre un des faits les plus extraordinaires. Les hémorrhagies constitutionnelles sont souvent héréditaires.

On a multiplié à l’infini les distinctions des hémorrhagies. Notre intention n’est pas de les exposer toutes. On a admis des hémorrhagies vagues, par opposition aux hémorrhagies périodiques; des hémorrhagies accidentelles , par opposition aux hémorrhagies habituelles. M. Chomel pense que cette dernière espèce est très rare ; mais il nous semble, au contraire, que la plupart des hémorrhagies idiopathiques spontanées sont accidentelles ; car qu’elles soient acritiques , critiques , actives , passives , etc. , elles sont bien plutôt le résultat d’un accident que l’effet d’une habitude. Cet estimable médecin voudrait qu’on réservât l’épithète d’accidentelles seulement pour les hémorrhagies qui ne se montrent qu’une fois dans la vie, qui sont produites par une cause physique ou morale énergique., et qui ne tiennent à aucune disposition organique préexistante. .

On a admis des hémorrhagies traumatiques, ce sont celles qui reconnaissent pour cause une solution de continuité des vaisseaux ; solution de continuité produite par un corps vulnérant et non par une altération locale organique des parois de ces vaisseaux , ce qui rentre dans les hémorrhagies

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symptomatiques. Enfin les hémorrhagies ont été distinguées en artérielles et veineuses ; mais cette distinction ne peut appartenir qu'aux hémorrhagies traumatiques ou produites par la solution de continuité d'un vaisseau ; cardans les cas de pure exhalation il est impossible de savoir si le sang s’échappe des artères ou des veines» etc.

Maintenant jetons un coup d’œil sur les altérations organiques que l’on trouve après la mort chez les individus qui ont succombé par ce genre d’affection.

Il est indubitable que l’hémorrhagie a souvent lieu parla rupture d’un vaisseau. J’ai eu occasion de voir l’aire béante d’une artériole ossifiée dans un foyer sanguin cérébral ; j’ai vu à la surface d’un cancer ulcéré de l’estomac chez un individu qui avait éprouvé plusieurs vomissements de sang , une artère d’un assez gros calibre ouverte et béante : et dans l’un comme dans l’autre cas ce n’était pas l’effet de la dissection, mais bien celui delà maladie. Je crois cependant que cette espèce d’hémorrhagie est rare, et que dans beaucoup de cas où elle a lieu il est très difficile, pour ne pas dire impossible , de trouver le vaisseau ouvert. Dans le plus grand nombre de ces hémorrhagies idiopathiques les choses ne se passent point ainsi : on n’observe aucune altération sur la membrane qui a été le siège de l’exhalation sanglante, on n’y trouve ni solution de continuité ni cicatrice; seu-

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lement cette membrane est rouge , injectée, violette ou très pâle et très décolorée. En la comprimant on en voit sourdre souvent une multitude de petits points comme de très petits grains de sable.

Maintenant si Ton compare entre eux les phénomènes fonctionnels et organiques des inflammations et des hémorrhagies , on aura facilement la conviction que ces affections doivent former deux classes différentes , puisque si elles ont des points de contact multipliés, elles en ont un plus grand nombre d'éloignement.

Il est bien vrai que l’exhalation sanglante est fréquemment l’effet de l’inflammation. Ainsi dans la bronchite intense, dans la pneumonie, dans la gastrite, dans l’entérite , etc. , il y a souvent du sang dans les matières excrétées. Mais qui ne sent la différence immense qui sépare une bronchite d’avec une hémoptysie? qui ne connaît la différence qui existe entre l’exhalation sanglante consécutive â la pneumonie et celle qui peut être le résultat d’une simple exhalation pulmonaire ?Dans le premier cas, les phénomènes inflammatoires locaux et généraux sont intenses et le sang se trouve en très petite quantité dans les matières muqueuses; il y est intimement mêlé, ou y forme de simples stries: dans l’autre cas, il n’existe aucun signe d’inflammation , souvent même aucun phénomène précurseur, et le malade vomit une quantité con-

sidérable de sang. De même pour l’entérite et l’hémorrhagie intestinale : dans la première quelques stries sanguinolentes serpentent sur les mucosités 9 dans l’autre il s’écoule des flots de sang; dans le premier cas avec tous les phénomènes d’une violente inflammation, et dans l’autre avec absence de tous ces phénomènes. Un individu est pris trois, quatre fois, dix fois par jour d’une épistaxis; at-il un coryza? Je ne le pense pas. Les menstrues sont-elles une phlegmasie? De plus les altérations organiques ne ressemblent en rien à celles que produit l’inflammation. Concluons que l’altération d’organe qui occasione l’effusion du sang n’est pas la même que celle que détermine l’inflamniation , et qu’on a eu raison de séparer ces deux classes d’affections.

Avant de terminer cet article , nous devons cependant déclarer que les hémorrhagies sont bien plus souvent symptomatiques que de toute autre nature; qu’il est de la plus haute importance pour le malade et pour le médecin de distinguer ces cas. Une hémoptysie n’est point une maladie , ce n’est qu’un symptôme; il s’agit de déterminer à quel

genre d’affection elle appartient. Nous verrons plus tard que c’est sur ces distinctions que toute médecine rationnelle est fondée. Il faut savoir si elle

est primitive ou consécutive , idiopathique ou symptomatique ; si elle appartient à une exhalation bronchique , à une ulcération tuberculeuse , à

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un anévrysme du cœur, à une apoplexie pulmonaire, etc.; alors, seulement alors, on peut porter un pronostic assuré et prescrire des médicaments utiles.

Des exhalations séreuses , morbides.

J.-P. Franck nous paraît avoir fait très sagement de rapprocher les unes des autres toutes les maladies qui frappent les organes exhalants ; cette méthode nous semble fort naturelle. Les flux séreux, muqueux et autres, nous paraissent parfaitement bien placés avec les hémorrhagies. Ces états morbides présentent en effet entre eux beaucoup de points de contact.

Mais convient-il de faire des hydropisies une classe particulière d’affections , distincte, séparée des autres? ou bien les hydropisies, n’étant qu’un phénomène concomitant, symptomatique de plusieurs maladies différentes dentelles ne sont pour

ainsi dire qu’une manière d’être, doivent -elles être rayées du cadre nosographique, et rapportées aux maladies dont elles dépendent? ^

Dès nos premiers pas dans la carrière médicale nous avons 'été frappé, non pas seulement du nombre des cas, mais de ce que dans tous les cas d’hydropisies , très fréquentes dans notre hospice , l’épanchement séreux était accompagné d’une lésion organique sensible. Cette coïncidence constante nous avait fait conclure de bonne

heure que ces épanchements séreux n’étaient que consécutifs à une autre altération; qu’en conséquence ils ne devaient être regardés que comme des phénomènes secondaires , de peu d’importance ; quel que fût leur développement , ils ne devaient jamais être pris pour base du traitement , et qu’ils étaient loin de mériter l’attention que les anciens médecins leur apportaient. Depuis que nous professons la médecine basée sur l’organisme, nous avons tous les ans exposé cette manière de voir. Nous faisons en effet remarquer que les collections séreuses qui constituent les hydropisies accompagnent constamment les maladies organiques du cœur et des gros vaisseaux , du poumon et des viscères contenus dans l’abdomen. Ainsi nous croyons que c’est embarrasser l’art par des divisions superflues que d’admettre une classe particulière des hydropisies., Cependant comme ce phénomène est fréquent , qu’il obscurcit quelquefois la maladie principale par la gravité des accidents qu’il produit ; comme dans certaines circonstances il peut modifier le traitement à suivre , on ne peut se dispenser d’en tracer le tableau.

Mais avant d’aller plus loin jetons un coup d’œil sur la cause organique des hydropisies.

Les causes organiques de l’épanchement séreux, quels que soient son siège et son étendue, paraissent être l’inflammation des parties dans lesquelles il se forme, ou dans les parties voisines; un ob-

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stade au cours du sang veineux, ou à celui du sang artériel; un obstacle à la circulation lymphatique; enfin, peut-être, une atonie dans quelques parties de ces différents systèmes, et aussi un état hypersthénique de quelques uns d’entre eux. Ces dernières causes sont loin d’être démontrées , et ne suffiraient pas pour établir l’existence des maladies vitales. Car enfin, pour le redire, ces états d’hyposthénie et d’hypersthénie ne peuvent être euxmêmes que des modifications organiques.

Rien n’est plus facile que de démontrer que les hydropisies ne sont souvent qu’un effet purement inflammatoire. Mais les hydropisies dites actives, aiguës, hypersthéniques, inflammatoires, etc., n’ont réellement été étudiées sous ce point de vue que dans ces derniers temps. Jusqu’alors, guidés par le penchant d’individualiser chaque phénomène morbide, les anciens avaient certainement regardé toute collection séreuse ou séropurulente comme une maladie particulière et nullement comme un effet consécutif. C’est la conséquence qu’on est forcé de tirer en lisant leurs écrits avec quelque attention. M. Rayer, jeune médecin rempli de talent, qui a traité la question qui nous occupe avec grand luxe d’érudition , s’est plu à rassembler dans son travail une multitude de faits qui prouvent jusqu’à l’évidence que les anciens ont souvent pris des pleurésies, des péricardites, des péritonites, etc., accompagnées d’épanchement, pour de véritables

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hydropisies. L'étude de la nature nous a conduit aux mêmes conséquences, et nous avons vu que toutes les fois qu'il existait un épanchement un peu considérable, sans lésion organique, cet épanchement était dû constamment à une phlegmasie aiguë ou chronique. L'état des membranes séreuses, la couleur trouble, floconneuse de la sérosité épanchée, nepouvaient laisser aucun doute sur la nature de la maladie qui avait déterminé l’épanchement. Les membranes séreuses sont ordinairement opaques, nacrées, couvertes de fausses membranes, molles lorsqu’elles sont récentes, ou denses, serrées, organisées, lorsqu'elles sont anciennes. Des granulations Itransparentes et prodigieusement nombreuses, des dépôts pigmentaires, noirs, bruns, etc., attestent que ces membranes ont été le siège d’un travail inflammatoire. Voilà ce que démontrent les observations et les ouvertures de corps. Mais, dira-t-on, ces cas n’ont jamais été pris pour des hydropisies essentielles^ jamais on n'a confondu les suites d’une phlegmasie avec l’augmentation disproportionnelle de l’exhalation ou la diminution de l’inhalation. C'est alors qu’eu ouvrant les ouvrages des auteurs classiques , les exemples se présentent en foule pour appuyer cette assertion , et Fou retrouve dans leurs observations d’hydropisies tous les caractères organiques que nousvenons de tracer.L’immenserépertoire deMorgagni, Lieutaud, Sénac, Corvisart,et une multitude

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