‹ Traité élémentaire de diagnostic, de pronostic, d'indications thérapeutiques, ou cours de médecine clinique (volume 3)Chapitre 4 sur 40 · DES HÉMORRHAGIES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DES HÉMORRHAGIES EN GÉNÉRAL

faiblesse réelle, caractérisée parles signes que nous venons d’exposer , et par des vertiges , des tintements d’oreilles, des défaillances, des syncopes, etc. Lorsque l’hémorrhagie est peu abondante, elle produit souvent un allégement marqué.

Le sang perdu par le malade réclame d’autant plus l’attention du médecin qu’il peut fournir par ses qualités des indications thérapeutiques importantes. Relativement à sa quantité , il est plus ou moins 'abondant , et l’on sent bien que de cette abondance il peut naître des indications diverses ; par rapport à la manière dont il s’est échappé, il peut avoir coulé en petite quantité, goutte à goutte, sans impétuosité, c’est le sanguinis; il

peut avoir fait irruption en abondance, avec force et rapidité; il peut être consistant, compacte, homogène ou séreux , pâle , séparé en caillot et en sérum ; la proportion de celui-ci peut être considérable ; le sang peut être rouge, vermeil ou noir; recouvert ou non d’une croûte inflammatoire comme dans les saignées , ce qui est assez rare dans les hémorrhagies spontanées.

La plupart des maladies ont une durée déterminée, l’hémorrhagie peut durer depuis quelques moments jusqu’à un temps indéfini. On a remarqué avec raison que cette maladie avait une singulière tendance à se reproduire , et quelquefois meme d’une manière périodique. L’hémorrhagie qui s’est ainsi fréquemment répétée modifie puis-

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samment l’organisme. Le système locomoteur a perdu toute son énergie j l’individu a de la peine à se mouvoir , et le moindre exercice est suivi d’une lassitude profonde ; la peau est pâle , et même jaunâtre , les lèvres sont décolorées ; le visage présente l’aspect de la cire ; la peau est froide, le pouls petit , misérable ; la respiration gênée , la digestion languissante, l’appétit nul, la soif peu prononcée, la mémoire infidèle, l’attention faible, toutes les facultés intellectuelles dans une profonde inertie ; le sang que le malade continue à perdre est pâle , séreux, ténu , sans consistance, les vaisseaux sont affaissés sur eux-mêmes , etc.

On a rejeté dans ces derniers temps la distinction des hémorrhagies en actives et passives, mais ces médecins ayant admis depuis des maladies par faiblesse , ayant d’ailleurs reconnu depuis longtemps le scorbut comme une maladie asthénique avec altération du sang , il y aurait de leur part aujourd’hui une contradiction manifeste à soutenir cette assertion : aussi y ont-ils complètement renoncé. En effet, dès le moment ou l’on admet que le scorbut est dans le plus grand nombre des cas une affection hyposthénique, on doit admettre que les hémorrhagies qui surviennent dans cette maladie doivent âvoir le même caractère. De plus l’analogie conduit à admettre des hémorrhagies non scorbutiques , mais survenant dans des circonstances telles qu’on ne peut méconnaître, chez l’indi-

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vîdu qui en est affecté , une faiblesse manifeste.

L’hémorrhagie hypersthénique se distingue par des caractères bien tranchés ; elle survient ordinairement chez des sujets jeunes, robustes, bien constitués , chez lesquels dominent les appareils circulatoires et respiratoires ; à la suite de causes excitantes, évidemment actives , telles que les excès , soit habituels , soit passagers , dans les boissons spiritueuses et aromatiques; l’usage d’une alimentation fortement réparatrice , etc. L’individu éprouve un malaise général, delà pesanteur de tête, de la somnolence; les extrémités se refroidissent, en même temps qu’une chaleur incommode se manifeste vers l’organe menacé ; un chatouillement , une titillation insupportables se font ressentir vers le même organe , en même temps que des pulsations, des battements incommodes s’y manifestent; la face est rouge et colorée ; les yeux brillants ; les carotides et les temporales battent avec force ; le pouls est fort, plein , fréquent ; les veines sont gonflées, saillantes ; la respiration est accélérée, etc. Bientôt le sang , rouge, vermeil, écumeux, s’échappe avec violence en quantité plus ou moins grande; il se prend en caillot; il est riche, compacte, exempt de sérosité. Après cette évacuation les phénomènes d’hypersthénie que nous venons d’exposer disparaissent graduellement, et l’organisme rentre dans l’ordre accoutumé, à moins cependant que l’hémorrhagie ne soit

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excessive : alors une faiblesse plus ou moins grande s’empare du malade, ainsi qu’on vient de le voir.

L’hémorrhagie avec hypersthénie peut affecter aussi des personnes faibles en apparence , habituellement pâles et décolorées, mais chez lesquelles il existe néanmoins des signes évidents de surexcitation : chez elles la face est légèrement rosée, les yeux sont animés , le pouls est élevé au-dessus du type ordinaire, etc. ; enfin leur état paraît être un diminutif du précédent. J’ai eu souvent occasion de l’observer chez des hystériques , entre autres chez la fille l’Hermina, cette boulimique dont j’ai déjà cité l’exemple.

Des caractères opposés sont le partage de l’hémorrhagie hyposthénique. Elle se montre après une série de causes essentiellement débilitantes , pertes abondantes dans tous les genres, réparation insuffisante, fatigues de corps et d’esprit, veilles, chagrins prolongés , etc. mais surtout une alimentation peu riche , l’usage habituel d’aliments de mauvaise nature , de boissons insalubres , enfin une constitution faible et détériorée. Le sang s’échappe sans phénomènes précurseurs bien marqués ; il est noir , fluide , et contient une grande abondance de sérosité. Les signes d’une faiblesse profonde ne tardent pas à se manifester.

S’il n’existait que ces deux espèces d’hémorrhagies , on pourrait croire que dans la première la violence de l’impulsion du sang imprimé par le

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cœur est supérieure à la force naturelle de résistance des parois des vaisseaux ; qu’elle surmonte activement cette résistance , et produit ainsi l’effusion du fluide. sanguin. On pourrait croire que dans la seconde les parois des vaisseaux affaiblies ne sont plus capables de retenir le sang renfermé dans leur intérieur, ou que ce liquide, trop ténu, trop peu dense , fdtre au travers de ces parois ; mais avec ces hypothèses, spécieuses à la vérité, comment expliquer ces cas nombreux, et même bien plus nombreux que les précédents, où l’hémorrhagie n’est ni hypersthénique ni hyposthénique , où elle arrive sans phénomènes précurseurs et chez des sujets qui ne présentent aucune prédisposition? Il faut bien admettre qu’il existe une disposition organique qui n’est ni hypersthénique ni hyposthénique, et qui donne lieu à l’issue du sang. Quelle est cette disposition ? Ainsi qu’une multitude de phénomènes naturels , la connaissance nous en a été dérobée.

Lorsque vers le déclin d’une maladie aiguë il survient une hémorrhagie qui produit une diminution sensible ou môme la cessation complète des accidents, cette hémorrhagie porte le nom de critique* On sent bien qu’il faut se garder de combattre et d’arrêter une semblable hémorrhagie.

On a donné le nom de symptomatiques à celles qui se montrent dans les premiers jours d’une maladie qui n’apportent aucun amendement, et même

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