Traité élémentaire de diagnostic, de pronostic, d'indications thérapeutiques, ou cours de médecine clinique [electronic resource]
Nécessité de considérer l'organisation comme base fondamentale de tout système médical.
Il ne peut exister dans l'homme que des organes et des fonctions. Celles-ci ne sont que des effets. Les organes sont disposés pour agir, ils agissent. Los fonctions ne peuvent précéder les organes, exister sans eux, parcequ'un effet ne peut précéder une cause. Elles sont donc sous leur dépendance Les fonctions (dont l'ensemble constitue la
vie) ne pouvant précéder les organes , exister sans eux , il est absurde de dire que la vie peut précéder l'organisation. Au contraire celle-ci est la condition nécessaire de la vie. Il ne peut y avoir vie , là où il n'y a pas organisation. J'insiste sur cette idée fondamentale, parceque c'est sur elle que sont basés les progrès ultérieurs de l'art de guérir-, parceque sans elle nous sommes condamnés à vieillir dans une éternelle enfance : c'est sur cette idée qu'est fondé notre enseignement clinique.
La digestion ne peut exister sans organes digérants ; la respiration , sans organes respiratoires ; la circulation, sans organes circulatoires; la vision, l'audition, l'olfaction, le goût, le toucher, sans organes visuels , olfactifs, auditifs, tactiles, etc. Ainsi les organes sont indispensables aux fonctions. Quant aux propriétés appelées vitales, parcequ'elles ne sauraient exister sans la vie , elles ne sont , elles ne peuvent être que des fonctions. La contractilité, la sensibilité , distinguée d'une manière assez bizarre en sensible et en insensible, ne sont que des fonctions de l'encéphale et de ses dépendances. Elles n'existent pas sans ces organes ou des équivalents ; elles sont proportionnées au degré d'intégrité et d'intensité dés organes de l'innervation.
Mais, dit-on, les organes existent sans la vie; donc ce sont deux choses différentes, puisqu'elles peuvent exister l'une sans l'autre. Elles ne sont pas dans une dépendance nécessaire, puisqu'elles peu-
vent se séparer. C'est" exactement comme si l'on disait que le mouvement d'une pendule est indépendant de la pendule, puisque celle-ci peut exister sans mouvement. La vie n'est autre chose que la disposition organique nécessaire au mouvement. Nous recevons cette disposition en naissant. La machine est alors montée ; elle marche jusqu'à ce qu'elle s'altère d'une manière naturelle ou accidentelle. Lorsqu'un corps existe sans la vie , c'est que la disposition organique nécessaire à l'exercice des fonctions a subi quelque dérangement.
Lorsque les organes et les fonctions qu'ils exécutent sont dans leur type normal, l'individu se trouve dans l'état physiologique. C'est l'anatomie et la physiologie saines , s'il est permis de s'exprimer ainsi.
Lorsque les organes et les fonctions cessent d'être dans leur type normal , l'individu se trouve dans l'état pathologique. C'est l'anatomie et la physiologie morbides. Anatomie, physiologie saines, anatomie et physiologie morbides , voilà toute la médecine.
Comme il n'existe, disons-nous , que des organes et des fonctions, et que celies-ci sont sous la dépendance des organes , il s'ensuit rigoureusement que toutes les fois qu'une fonction est altérée d'une certaine manière, il doit y avoir maladie dans un organe , ou dans une des parties constituantes de cet organe ; nous verrons plus tard que nous y com-
4 PBOLÉGO MÈNES.
prenons les fluides. Cette altération de l'organe est profonde ou légère, primitive ou consécutive, persistante ou fugace, sensible ou insensible à nos divers moyens d'investigation; mais elle est nécessaire , inévitable ; quelle qu'elle soit, connue ou inconnue, il faut qu'elle existe : car rien n'arrive pour rien.
La proposition réciproque est tout aussi rigoureuse, c'est-à-dire , lorsqu'il y a altération d'organes, il doit y avoir aussi altération de fonctions. Cependant elle souffre en apparence de nombreuses exceptions, ce qui dépend, et de ce que certains organes sont doubles et qu'ils peuvent se remplacer mutuellement , et de ce que la nature peut avoir , pour remplacer une fonction , des ressources qui nous sont encore inconnues; enfin de la manière dont la maladie s'est développée, etc., et plus encore de ce que l'on a mal observé. Qu'on se garde bien alors de tirer la conclusion que les organes ne servent pas à remplir les fonctions, puisqu'ils peuvent être détruits sans que celles-ci soient altérées; mais qu'on range ce fait parmi les cas obscurs et exceptionnels. Toute manière de voir opposée tend à faire rétrograder la science.
Si l'homme est un composé d'organes , 11 est évident que ces organes divers seront susceptibles de s'altérer plus ou moins selon leur composition, et selon les causes qui pourront agir sur eux.
Si tous les organes qui constituent l'homme sont composés de vaisseaux sanguins , artériels et vei-
neux, de vaisseaux lymphatiques, de tissu cellulaire et d'un tissu propre , il n'y a pas de raison pour que chacun de ces organes ne soit pas susceptible de devenir malade, primitivement et indépendamment de tout autre.
Si chacun de ces organes est influencé directement par un modificateur particulier ou par plusieurs, tels que les aliments et. les boissons , pour l'estomac ; l'air et les efforts respiratoires, pour le poumon ; les sensations et les actes intellectuels et moraux, pour l'encéphale ; il est rigoureux de conclure que chacun de ces organes pourra devenir malade sans le concours des autres. Toute proposition contraire n'est pas soutenable.
|| Entrons dans quelques détails.
^ J'aborde ici des questions grandes et délicates. Je dois prévenir qu'il est fort loin de mon esprit de vouloir porter atteinte aux croyances reçues. S'il est parmi mes lecteurs (ce que je suis loin de penser, parceque , pour devenir médecin , il faut être essentiellement philosophe) , s'il est, dis-je, quelqu'un d'une conscience timorée, qu'il se rassure , je suis prêt à lui faire toutes les concessions qu'il pourra désirer; le premier devoir d'un homme de bien, c'est de respecter la croyance de la multitude. Ce que je vais dire a seulement trait à l'art de guérir.
Il n'existe dans, la nature que corps et propriétés de corps ; ce qui n'est pas corps ou propriétés de
corps, n'est rien. La matière est inorganique ou organisée- Les lois qui régissent la première sont , dans son ensemble, la gravitation; dans ses détails , les affinités. La forme , l'étendue, le volume , la densité ; la porosité , l'impénétrabilité , rékstioité, la divisibilité, les couleurs , la température , etc. , sont des propriétés générales de la matière. Le mouvement est aussi une propriété de la matière , car il ne peut exister sans elle. Le mouvement est-il autre chose qu'un corps qui se meut ?
Pour la matière organisée , il existe d'autres propriétés qui la distinguent de la matière inorganique : ce sont, surtout, la sensibilité et la contractilité ; on leur a donné le nom de propriétés vitales, ce qui a conduit à les considérer comme des êtres abstraits , existant par eux-mêmes , caractérisant la vie proprement dite. Et remarquez ici combien les noms influent sur les pensées, cette manière de considérer les propriétés dites vitales a causé des cireurs sans nombre; c'est à elle qu'on doit la naissance des maladies vitales. En effet , dès le moment qu'on a reconnu des propriétés vitales existantes par elles-mêmes, on a dû , pour être conséquent, reconnaître aussi des maladies vitales , c'est-à-dire des absurdités ; absurdités malheureusement encore en crédit ! Pour nous , les propriétés dites vitales ne sont que le résultat de la matière organisée ; c'est la matière en mouve-
ment , c'est la matière mise en jeu. Ainsi les fonctions dont l'ensemble constitue la vie ne seront plus que le jeu , l'exercice de nos organes. Dès lors il n'y aura plus de respiration, de digestion, etc. ,. mais bien des organes respirants , digérants, etc. Maintenant, si le mouvement ne peut exister sans la matière, ou, si vous aimez mieux, si les fonctions ne peuvent exister sans les organes , ce qui nous paraît de la. dernière clarté ,. il s'ensuivra que tout dérangement dans la fonction sera le résultat nécessaire du dérangement de l'organe qui l'exécute. Je ne sais si mes raisonnements sont bien enchaînés, et si mes expressions sont claires , mais il est certain qu'il est impossible d'avoir des idées qui le soient davantage. Une objection qu'on ne manquera pas de nous adresser, est celle-ci : la vie, dites-vous, n'est que le jeu des organes , et celui-ci le résultat de l'organisation dans un certain état ; mais dites-nous pourquoi la vie n'existe plus , là où l'organisme existe encore? Ce cadavre que vous avez sous les yeux était vivant naguère, son organisation est la même, et cependant il ne vit plus? Eh! non , sans doute, son organisation n'est pas la même , elle a subi un changement profond , qui peut cependant échapper à nos sens , mais qui doit nécessairement exister.
Lorsqu'un respect superstitieux pour la tombe empêchait d'interroger l'homme mort pour en
faire sortir l'utilité de l'homme vivant, la plupart des maladies étaient essentielles , générales , sans siège ; on s'imaginait qu'elles ne laissaient après elles aucune trace. Plus tard , lorsque la philosophie introduisit son flambeau au milieu des peuples civilisés , il fut enfin permis de porter un regard scrutateur dans les restes inanimés du corps humain , et ces débris, naguère la vile proie des vers , devinrent la source féconde des vérités les plus utiles. Dès lors les maladies . qui jusque là n'étaient que des dérangements de fonctions, que •des symptômes enfin . devinrent des altérations d'organes; les symptômes seuls perdirent leur antique valeur, et ne furent utiles qu'autant qu'ils indiquèrent une lésion d'organe: mais tel est l'empire des préjugés , que de nos jours encore on reconnaît des maladies vitales. Une vaste compilation moderne, assemblage indigeste et incohérent de toutes les doctrines , contient un long article sur ce genre prétendu d'affection. Malheureusement , il faut en convenir , il est des cas où nos moyens d'investigation ne nous font reconnaître aucune altération d'organe ; mais conclure qu'il n'en existe point, c'est une étrange erreur. On ne meurt pas de rien , et si réellement il n'existait aucune altération , il faudrait admettre qu'on peut mourir de rien , ce qui est absurde. Ainsi , lorsqu'on ne trouve aucune altération apparente d'organes , gardez-vous d'en tirer la conséquence
qu'il n'en existe pas , mais rangez seulement la maladie qui a fait périr l'individu dans la classe des maladies inconnues , ou du moins dans la classe de celles qui le sont peu. On doit conclure de ce que nous venons de dire , que la vie n'est que le résultat de l'organisme dans un certain état ; que les fonctions ne sont que le mouvement, le jeu des organes ; que les dérangements de ces fonctions annoncent nécessairement un dérangement dans l'organe qui l'exécute ; que la vie ne peut cesser que là où l'organisation cesse d'être parfaite, c'està-dire dans l'état nécessaire à son action.
Ces vérités une fois reconnues , il est impossible de ne pas admettre que la perfection de la pathologie consiste dans la connaissance des altérations des organes , qu'on ne peut faire faire quelques progrès à la science qu'autant qu'on fixera le siège des maladies , et qu'on éclairera leur diagnostic.
Malgré les entraves que l'on cherche à opposer à la propagation des idées saines et positives; malgré les efforts immenses tentés par l'esprit de système ou l'esprit de parti , la vérité marche à pas de géant, et range sous sa bannière triomphante toute la génération actuelle. Une jeunesse généreuse , enthousiaste de tout ce qui est beau et bon , avide de s'instruire , pèse avec la sagesse de l'âge mûr les sophismes qu'on oppose à la raison, les rejette avec mépris, malgré les séductions dont on les entoure , et assure à celle-ci un ern-
pire immortel. Le règne monstrueux de l'erreur et du mensonge ne saurait être quepliémère. L'espérance et la crainte peuvent bien le soutenir un moment , mais il n'est pas toujours facile d'entretenir de pareils auxiliaires , et le monument ruiné qu'ils étayaient croule enfin sur ses débiles fondements.
La médecine , qui devrait être de toutes les institutions humaines la plus inaccessible aux passions, est loin cependant d'être impassible. Elle est aujourd'hui un véritable champ clos où l'amour-propre et l'esprit de parti livrent ,des combats continuels au sens commun. L'un soutient à outrance des systèmes erronés et absurdes , dans l'intérêt prétendu de l'humanité, mais assurément dans celui de sa réputation et de sa fortune; l'autre, pour rajeunir des idées surannées , et par des considérations plus misérables encore, impose silence, sous les plus vains prétextes , à ceux dont les préceptes sapent ces principes décrédités. C'est ainsi que l'intérêt et l'égoïsme se masquent sous des noms respectés, se jouent du salut des hommes!
Dans toutes les questions d'une haute importance., dont la solution intéresse immédiatement le bonheur de l'espèce humaine , lorsque lès esprits sont divisés, que les partis sont en présence; lorsque l'erreur et le mensonge, soutenus avec une audace égale de part et d'autre, se présentent sous le masque de la vérité ; lorsque celle-ci , entièrement
méconnue . est foulée aux pieds par les passions, les bons esprits , accablés sous le poids de cette espèce d'anarchie , désirent avec avidité le débrouilicment de ce chaos. Persuadés qu'ils sont que l'un des deux partis ne peut pas avoir toujours tort , et l'autre toujours raison, ils éprouvent le besoin de connaître exactement le degré de faux et de vrai dont se composent les opinions opposées. Livrés à eux-mêmes , poussés e,t repoussés en sens contraire et par les uns et par les autres , dépourvus de bases solides sur lesquelles ils puissent s'appuyer , ils font de pénibles et vains efforts pour atteindre ce résultat.
Dans cette fâcheuse anxiété, ils regardent comme un bienfait , ils accueillent avec reconnaissance les travaux entrepris avec sincérité dans le but de mettre un terme à ces dissensions. C'est dans l'espoir de pouvoir jeter quelque lumière dans les questions depuis quelque temps si vivement agitées , que nous avons entrepris de publier ce que nous croyons être la vérité. Dans notre manière de voir , il est possible qu'il y ait encore beaucoup d'erreurs ; malheur à celui qui se croit infaillible! mais au moins on peut compter sur notre bonne foi. Ce que nous professons, nous le croyons; et si l'on nous fait reconnaître quelque erreur , on nous verra l'abjurer sur-le-champ, et recevoir avec empressement, de quelque part qu'elle nous arrive, la vérité que nous devrons y substituer.
Depuis quelques années , une division scandaleuse et funeste à l'humanité règne dans l'art de guérir. 11 n'est personne qui n'en désire vivement le terme. Tout le monde voit avec douleur et l'opiniâtreté des uns , et l'exagération des autres. C'est en effet un spectacle bien affligeant que de ne rencontrer, d'une part, que des gens entichés d'opinions surannées, refusant d'admettre les plus légers progrès, les moindres changements dans leurs doctrines vieillies; et de l'autre, des réformateurs outrés voulant tout détruire, méconnaissant l'expérience des siècles, et ne daignant pas faire la plus légère concession. Sans doute les uns et les autres sont de bonne foi ( il faut le supposer ainsi pour l'honneur de l'espèce humaine) ; mais la vérité ne peut pas être , non plus que l'erreur , le partage exclusif de l'un des deux partis. Sans doute le vrai doit s'allier au faux dans ces doctrines contraires ; la partie erronée d'un système ne se, soutient qu'en faveur de la partie raisonnable. Si l'un des deux ne se composait que de mensonges, il serait bientôt anéanti. Efforçons-nous de signaler les erreurs qu'on peut reprocher aux uns et aux autres , et faisons notre profit des vérités que nous reconnaîtrons.
111e faut avouer . quelques médecins, mais dont le nombre diminue dejour en jour, admettent avec beaucoup trop de facilité les maladies essentielles ; j'ai entendu soutenir récemment à des gens d'une
PROLÉGOMÈNES. l3
grande renommée, que la sensibilité, l'irritabilité, la contractilité pouvaient être malades ; que ces propriétés vitales, c'est-à-dire qui n'appartiennent qu'à des corps vivants , étaient susceptibles d'être augmentées, diminuées, abolies ou perverties, sans qu'il y eût aucune espèce d'altération ; qu'un organe ou même un individu tout entier pouvait devenir plus ou moins sensible., plus ou moins irritable , etc. , sans qu'il fût possible de remarquer aucune altération dans ses organes , et de là ils en ont conclu qu'il existait des maladies vitales , des maladies du principe vital.
Il serait tout aussi raisonnable d'admettre des altérations de l'élasticité indépendante des corps élastiques , ou de toute autre propriété des corps , sans la participation de ces corps , que de reconnaître les maladies des propriétés vitales indépendamment des corps doués de ces propriétés.
Que signifie d'ailleurs le mot propriété vitale , sinon qualité ou faculté d'un corps doué de la vie? Qu'est-ce que c'est qu'un corps doué de la vie, sinon un corps organisé? Si un corps doué de la vie n'est qu'un corps organisé , pourquoi faire de la vie un être à part, et ne pas reconnaître que cette vie, qui n'existe que là où il y a organisation, n'est que l'effet, que le résultat de cette organisation ; et dès lors , pourquoi reconnaître des maladies de la vie, des maladies vitales indépendantes de, cette organisation ?
l/| PROLÉGOMÈNES.
Il faut être bien étranger aux recherches d'anatomie pathologique , pour oser avancer qu'un cadavre est organisé comme un corps sain et vivant. Mais il est des cas où les recherches -les plus attentives ne font reconnaître aucune modification ! Mais il faut encore être bien prévenu en faveur de ses moyens investigateurs pour oser conclure qu'il n'y a rien là où l'on n'a rien trouvé. N 'est-il pas bien plus raisonnable de se borner à conclure qu'on n'a rien trouvé , que d'affirmer qu'il n'existe rien ? Et qui vous dit en effet que des observateurs plus attentifs, que des découvertes ultérieures ne feront pas voir ce que vous n'avez pas aperçu ? Et ne peut-il pas exister des modifications capables d'échapper toujours à vos recherches? C'est donc une grande témérité que d'assurer qu'il n'existe rien pareeque nous n'avons rien vu ; on doit se borner à dire que l'on n'a rien reconnu , et c'est tout , sous peine d'être obligé de conclure qu'on peut mourir de rien , d'admettre qu'il peut exister des altérations de propriétés indépendantes des corps doués de ces propriétés ; en un mot, d'admettre des effets sans causes, c'est-àdire , en bonne logique , des inepties.
D'ailleurs , nous avons admis un moment que la sensibilité, la contractilité et leurs subdivisions étaient des propriétés vitales ; mais elles ne sont pas plus des propriétés vitales que la faculté de respirer, et celle de digérer , etc.
PROLÉGOMÈNES. l5
La sensibilité , la contractilité et leurs subdivisions ne sont que des fonctions et non des propriétés; ce sont des fonctions dont les appareils sont l'encéphale et ses dépendances. Ces fonctions sont générales, parceque le système de l'innervation se répand par tout.
Ce n'est pas ici une simple dispute de mots. La solution de ces questions est d'une telle importance , qu'à notre avis , hors ces principes, il n'y a plus de progrès à espérer pour la médecine.
Dans l'hypothèse des maladies vitales , lorsqu'on ne trouve rien à l'ouverture d'un corps , on se contente de dire qu'il n'y a rien , et l'on ne cherche plus ; c'est ce qui a arrêté si long-temps les recherches sur les altérations du cerveau. Ce qui a fait affirmer que la paralysie, par exemple, était une maladie essentielle, une diminution ou une abolition de la sensibilité ou de la contractilité ; conclusion qui a conduit à administrer , dans les maladies qui donnent lieu à ce symptôme, des toniques et des excitants, la noix vomique et l'électricité , et tout cela sans le moindre discernement , puisque toute paralysie n'est qu'une diminution ou une abolition des propriétés vitales : c'est-à-dire que cette opinion a conduit à donner les remèdes les plus contraires, les plus funestes aux malades; à les tuer , pour tout dire. Et l'on appelle cela une dispute de mots !
Dans notre manière de voir , au contraire,, en
l6 PROLÉGOMÈNES.
considérant toute altération de fonction comme dépendante d'une altération d'organe, lorsque nous ne trouvons rien , nous disons qu'il faut chercher de nouveau. La paralysie n'est plus simplement une diminution ou une abolition de la sensibilité ou de la contractilité , mais le signe d'une lésion des organes à qui sont confiées ces fonctions; dès lors-nous sommes conduits à chercher ces lésions, à déterminer leur siège, leur nature et leur étendue , à reconnaître que ce symptôme dépend d'une multitude d'altérations diverses , et le premier bienfait que nous retirons de nos recherches , c'est de soustraire les malades aux remèdes meurtriers qu'on leur administrait ! Sont-ce là des disputes de mots ?
Concluons de ce que nous venons de dire, qu'il ne peut exister de maladies sans altérations d'organes.
Les mêmes médecins, négligeant ou rejetant cette vérité , ont groupé sous une même dénomination un ensemble, une série de symptômes qu'ils ont observés se présenter toujours dans un certain ordre. Il sont donné le nom de fièvres essentielles à ces divers groupes de phénomènes morbides ainsi réunis.
La conclusion que nous venons de tirer doit faire pressentir notre manière de voir sur ce sujet. Nous devons déclarer ici que, ne croyant pas qu'il puisse exister de maladies sans siège, les fièvres ainsi considérées ne nous paraissent pas admissibles; au moins n'en avons-nous jamais vu.
Le célèbre auteur de la Nosographie philosophique , si vivement attaqué dans ces derniers temps, est le premier qui ait senti le vague qui régnait dans l'histoire des fièvres continues. Un eso
prit juste ne peut supporter des abstractions qui ne se rattachent a rien. Aussi, dans ses premiers travaux (les premières conceptions chez les hommes de génie sont presque toujours les meilleures), avait-il complètement révoqué en doute l'existence de ces fièvres, et si plus tard , vaincu par de timides conseils, eraignantles animosités médicales, il crut devoir en tracer le tableau dans ses ouvrages, au moins fit-il de grands efforts pour déterminer le siège qu'elles occupaient dans l'économie animale, pour les localiser en un mot. Mais, il faut l'avouer, ce qu'il fit fut insuffisant. Quelques autres médecins firent ensuite des efforts plus ou moins inaperçus pour détrôner les fièvres essentielles. Il était réservé à M. Broussais de combattre avec avantage ces croyances de l'ancienne médecine : c'est une justice que nous aimons à lui rendre; et la postérité se plaira sans doute à reconnaître un service si éminent. Trop heureux si les traits de sa critique n'eussent atteint que les erreurs ! trop heureux s'il ri'eût pas dépassé le but !
Si dans toutes les maladies il doit y avoir altération d'organe, pourquoi les symptômes qui constituent les fièvres dites essentielles auraient-ils le privilège d'exister sans cette altération ? mais cette
l8 PROLÉGOMÈNES.
altération a-t-ellc toujours le môme siège, occupet-ellc toujours le même organe ? nous ne le pensons pas. Nous espérons plus tard prouver ce que nous ne faisons qu'énoncer ici.
Après avoir exposé en quoi nous semblait fautive l'ancienne doctrine médicale , nous devrions dire en quoi nous semble 'défectueuse la doctrine nouvelle. La suite le fera connaître assez. Qu'il nous suffise de rappeler pour l'instant, que dans ce nouveau système on n'admet qu'une maladie d'une seule nature, qui, variée à l'infini par une multitude de circonstances , présente mille aspects divers , et constitue à elle seule toutes les affections qui attaquent l'espèce humaine ; que cette maladie est l'irritation ; que son siège le plus ordinaire est l'estomac et les intestins , organes qui sont toujours primitivement ou secondairement affectés. Cette doctrine , soutenue avec talent par son inventeur, compte beaucoup de partisans : nous pensons nous-même qu'elle renferme de bons principes , mais nous croyons aussi qu'elle ne contient pas toutes les vérités, et qu'elle est semée d'un grand nombre d'erreurs.
Egalement frappé de ce que présentent de faux les deux systèmes opposés , nous nous som- • mes efforcé d'éviter leurs écarts et d'adopter une méthode également éloignée de ces deux extrêmes, méthode qui , tout en repoussant ce qu'ils pouvaient avoir de vicieux, s'appropriât ce qu'ils
PROLÉGOMÈNES. 1 g
avaient de bon et d'utile. On peut donner ù eette méthode les noms de médecine des organes, médecine organique ou mieux encore celui de médecine naturelle.