‹ Traité élémentaire de diagnostic, de pronostic, d'indications thérapeutiques, ou cours de médecine clinique [electronic resource]Chapitre 12 sur 20 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Maintenant que nous avons exposé succinctement, et défini aussi clairement qu'il nous a été possible , les divers changements que la maladie apporte dans nos fonctions et quelquefois dans nos organes, il nous reste à déterminer la valeur de ces phénomènes, c'est-à-dire de convertir ces symptômes en signes.

L'art de convertir les symptômes en signes est sans contredit ce qu'il y a de plus difficile en médecine. À mesure qu'elle fait des progrès , la séméiologie doit s'étendre, ou, pour mieux dire, doit devenir plus positive, plus exacte, et partant moins verbeuse; alors elle réclame impérieusement des réformes. On ne saurait nier que depuis dix ans le

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diagnostic des maladies n'ait fait des progrès 'considérables. Les travaux de M. Laennec ont beaucoup éclairé le diagnostic des maladies des organes renfermés dans la poitrine ; celles des viscères gastriques sont aussi beaucoup mieux connues depuis les écrits et les leçons de M.Broussais; enfin les maladies du cerveau, les plus obscures de toutes, sont devenues les plus claires. Les traités de séméiotique publiés avant ces travaux laissent nécessairement beaucoup à désirer sous ces divers rapports ; nous tâcherons d'y suppléer dans cet exposé succinct des signes. Nous saisissons avec plaisir cette occasion de rendre une justice éclatante à l'ouvrage de M. Landré-Beauvais sur cette matière. Son livre est aussi supérieur à tout ce qu'on a publié sur Je même sujet que l'observation de la nature l'est à la compilation. On voit que c'est le flambeau de l'expérience qui l'éclairé et le guide. Je ne reconnais, en général, dans les autres écrits de séméiologie, que des lambeaux mal cousus des écrivains de tous les âges ; tous les faits y sont accumulés sans critique et sans discernement. Il suffit à ces auteurs de l'autorité d'un grand nom, pour qu'ils adoptent sans la moindre difficulté les erreurs les plus grossières. Us font une entière abnégation de leur propre jugement; le vernis dont ils ont voulu revêtir leurs productions n'en fait que plus ressortir la pauvreté. Nous ne suivrons nullement cette marche, persuadé que la nature nous a donné

des sens et une intelligence pour nous en servir. Tout en respectant les auteurs justement célèbres, nous nous permettrons de soumettre leurs opinions à lepreuve de l'expérience'; nous nous approprierons tout ce qui triomphera de celte épreuve , en un mot, tout ce qui nous semblera vrai, par conséquent bon et utile.

D'après notre opinion, que les autorités ne peuvent être quele supplément des faits et de la raison , nous n'aurons jamais ou presque jamais recours à cette sorte de preuve. C'est un bien pauvre mérite que celui de transcrire des citations. Certes il ne faut pas ignorer ce que les autres ont écrit, mais il n'en faut pas faire son unique ressource. Ils sont bien à plaindre les auteurs qui n'ont pas d'autre talent; à quoi sert de redire sans cesse ce que d'autres ont déjà dit avant nous? Il n'est qu'un moyen d'être utile, c'est d'interroger la nature. Si ses réponses sont les mêmes que celles qu'elle a déjà rendues , tant mieux pour la certitude de l'art; si elles diffèrent , tant mieux encore pour son avancement, puisqu'elles serviront à détruire des erreurs anciennes ou à établir des vérités nouvelles.

Nous sommes cependant loin de prétendre n'écrire que des choses neuves. Il est dans les sciences et dans les arts une espèce de monnaie courante qui appartient à tout le monde, et dont tout le monde peut faire usage comme il l'entend, sans qu'on soit en droit de crier au plagiat. Ce sont des

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matériaux de construction , et des règles générales d'architecture qui appartiennent à tous les architectes ; il est permis à chacun d'eux d'employer ces éléments comme il juge à propos, heureux celui qui en fait naître le Parthénon, le Colysée , ou le Louvre !

C'est dans la manière de disposer ces matériaux, de mettre en usage les principes reçus , c'est dans la découverte de quelques rapports nouveaux, inaperçus , et peut-être aussi dans la rencontre heureuse de quelque route inconnue, que consiste tout le mérite des artistes. Mais ce mérite ne saurait s'acquérir en se traînant servilement sur les traces rebattues de nos prédécesseurs ; il n'en peut résulter pour l'art aucune utilité, pour l'auteur aucune gloire. Redisons-le , c'est la nature qu'il faut interroger. Et qu'importe en effet qu'Hippocrate, Celse, Àrétée, Galien, Boerhaave, Sydenham, ou tout autre aussi illustre, ait écrit telle ou telle chose, si leurs assertions se trouvent démenties par l'expérience ? Des faits , et des faits positifs , voilà ce que la génération actuelle réclame ; des maladies , des autopsies, voilà l'instruction véritable, lorsqu'on les observe avec des sens fidèles et non prévenus.

Il faut le dire, un ouvrage qui n'admette que des vérités reconnues , qui donne comme douteuses toutes les opinions qui n'ont pas encore reçu l'assentiment général, et qui purge l'art de la foule des préjugés qui l'obstruent , manque à la science.

Ce n'est pas sans dégoût qu'on est continuellement assailli, dans l'a lecture des écrits des médecins, par les préjugés antiques et modernes.

On a prétendu à tort que l'exposition des signes, la séméiotique, inaccessible aux systèmes qui tour à tour régnent en médecine, était la seule branche de l'art qui ne devait jamais varier ; cette assertion est mal fondée sur plusieurs points : et d'abord , elle n'est point inaccessible aux systèmes, car ceuxci , se basant en général sur un diagnostic nouveau et sur des indications nouvelles , elc. , impriment aux signes récents une valeur arbitraire sans doute, mais qui n'en passe pas moins pour la véritable, tant que durent ces systèmes; et les premiers signes, à supposer qu'ils fussent vrais . n'en sont pas moins remplacés par les derniers. Ce que nous avançons ici , nous en avons été témoins dans ces derniers temps. Tels phénomènes qui passaient pour signes certains d'embarras gastrique ou de lièvre essentielle, etc., sont devenus des signes d'irritation gastrique ou gastro-intestinale, et cette assertion est tout aussi vraie pour celui qui se range du système nouveau, que l'assertion opposée pour celui qui suit le système ancien. L'expérience seule, dans ce cas, est appelée à prononcer; et pour l'homme impartial, ce qui passait pour certain devient au moins douteux. Mais, nous répondra-t-on , vous ne parlez ici que de systèmes, et, malgré leur envahissement, la vérité n'en reste

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pas moins, et n'en sort que plus belle et plus brillante de leurs attaques réitérées ; done la séméiotique est inattaquable. Nous venons de voir qu'il n'en est point tout-à-fait ainsi ; mais qui pourra nier que Fart ne fasse des progrès? qui niera que tous les jours on ne découvre des faits nouveaux? qui niera que des faits anciens ne soient tous les jours reconnus pour des erreurs ? N'avons-nous pas été témoins de découvertes fort importantes en diagnostic? et, dès lors, la séméiotîque n'exiget-elle pas des modifications , doit -elle être invariable? La réponse ne saurait être douteuse.

Le temps n'est plus où les esprits , satisfaits de termes vagues , expressions d'hypothèses illusoires , de spéculations stériles, prenaient pour des réalités les systèmes mensongers qui régnaient dans les écoles Le fastidieux galénisme , l'humorisme , le vitalisme et l'animisme qui infectent encore certains écrits , et même quelques écoles, ont fait enfin place au sens commun.

Grâces à lasolidedirectionimprimée aux études, grâces à l'autorité des sens généralement reconnue, nos oreilles ne seront plus offensées par des mots insignifiants, ou, qui pis est, par des mots n'exprimant que des rêves, des erreurs. Aujourd'hui chaque terme devra porter avec lui sa signification positive ; ou du moins , lorsque l'art encore peu avancé ne pourra lui en attacher une, nous signalerons cette lacune pour provoquer de nouvelles

recherches, et faire disparaître cette imperfection.

Dans toutes les sciences on exige aujourd'hui , par-dessus tout , de l'exactitude, de la précision ; mais c'est principalement en médecine que ce besoin se fait plus vivement sentir. On commence à comprendre que dans un art dont l'application a pour objet les plus chers de tous nos intérêts , la santé et la vie, on ne saurait se contenter de conjectures, à' à-peu-prés. C'est là qu'on exigerait volontiers la rigueur mathématique, que nous ne pouvons malheureusement pas atteindre. Et pourquoi serait-elle désirable , si ce n'est pour notre propre conservation? Mais quoique nous ne puissions pas espérer de parvenir à la précision dont nous parlons, il est cependant un degré de certitude auquel nous pouvons prétendre : à ce mot de certitude, j'entends se récrier la foule des incrédules, eux dont le plus grand nombre ne croit même pas à l'existence de la médecine.

Les contradictions des médecins , le triomphe successif de systèmes entièrement opposés , ont fait croire à des gens, d'ailleurs fort instruits et fort réfléchis , que la médecine était non seulement un art incertain, mais qu'il n'y avait même pas de médecine. Beaucoup de personnes disent qu'elles ne croient pas à la médecine. Cette incertitude , cette variation dans les opinions médicales , ne prouve autre chose que la faiblesse de l'esprit humain , l'obscurité de certains points en-

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core difficile à dissiper , mais nullement l'inexistence de la médecine.

Dès le moment où Ton a reconnu que divers corps de la nature exerçaient une certaine influence sur l'économie humaine , la médecine a existé. En observant bien , en appréciant avec justesse les effets produits par ces puissances , on a pu espérer de les faire tourner au profit de l'humanité. Bien plus, c'est que les substances dont les effets étaient les plus violents , telles que les poisons les plus actifs, ont dû faire concevoir l'espérance que leur action énergique pourrait , dans certains cas , devenir un remède héroïque. En ef~ fet , on a dû conclure que, si tel corps produisait sur 1'éeonomie tel effet bien constaté , et que telle maladie produisait un effet contraire , ce corps conviendrait dans cette maladie. Tels ont été les premiers pas de la thérapeutique. D'ailleurs , s'il existe des maladies , il existe donc des causes de maladies ? Reconnaître ces causes , les éviter , les éloigner, annuler leur action, n'est-ce pas déjà une médecine ? Ainsi , à moins de nier l'existence des maladies, et conséquemment celle des causes qui les produisent , on sera forcé d'admettre l'existence d'une médecine. L'existence des maladies a dû inspirer la nécessité de connaître l'organisme dans l'état de santé : de là Yanatomie 3 et la physiologie, qui n'est que l'organisation en exercice , si je puis m'exprimcr ainsi. Par suite on

a dû rechercher les altérations des organes et des éléments qui les constituent, et les dérangements des fonctions que ces altérations occasionent: de là la connaissance de la pathologie. Maintenant , dira-t-on que cette connaissance est loin d'être complète : c'est vrai; mais ce qui est connu forme un assez riche patrimoine pour ne pas être à dédaigner ; d'ailleurs , cette connaissance est bien plus avancée qu'on ne pense communément, et la science du diagnostic a fait des progrès immenses depuis peu d'années.

L'observation et l'expérience ont fait connaître l'influence et la manière d'agir d'une multitude de corps, de moyens offerts par la nature, ou découverts par l'art ; le raisonnement ou le hasard ont fait découvrir que ces modificateurs de l'organisme opéraient des changements avantageux dans les maladies : de là l'origine de la matière médicale et de la thérapeutique. Maintenant il faut convenir que cette partie de l'art n'a été long-temps qu'un tissu d'erreurs grossières. Mais aujourd'hui qu'une philosophie plus sévère s'est introduite dans la médecine , les erreurs diminuent et les vérités utiles augmentent. Quelque petit qu'on voulût supposer le nombre de ces faits , leur existence est incontestable.

Ainsi l'existence des maladies oblige d'admettre celle des causes de maladies ; ces causes ont dû être étudiées , et ont dû faire reconnaître que des

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agents de la nature modifiaient l'organisme. Ces maladies se terminant tantôt d'une manière favorable, tantôt d'une manière fâcheuse, on a dû reconnaître qu'il existait des causes de ces terminaisons, on a dû les rechercher, et, depuis près de trois mille ans qu'on s'en occupe, on a dû en trouver un grand nombre. L'existence des maladies a dû d'abord exciter à les observer elles-mêmes : de bonne heure on a dû sentir la nécessité d'étudier l'homme sain , et ensuite les organes malades. Donc , si la médecine se compose de l'anatomie et de la physiologie , ou la connaissance de l'homme sain ; de la connaissance des causes qui produisent les maladies , et de l'art de les éviter , Yétiologie , r 'hygiène ; de la connaissance des maladies, la pathologie ; de celle des moyens qui favorisent leur terminaison heureuse, ou qui les soulagent, la thérapeutique , etc. ; il est impossible de nier que l'on ne possède dansNces sciences des notions nombreuses et positives. Voilà ce qui constitue le domaine de l'art.

C'est principalement du diagnostic des maladies que la médecine emprunte ses arguments ,les plus victorieux contre ses détracteurs. C'est le diagnostic qui fonde la certitude médicale. Car si , à l'aide de quelques signes , on parvient à reconnaître qu'un organe est malade , et quelle est la nature , le siège et l'étendue de l'altération, on ne pourra nier que ce ne soit là une grande certitude;

et celle-là, nous l'avons atteinte pour la plupart des affections.

On conçoit par conséquent qu'on ne peut mettre trop de rigueur dans l'étude et l'exposition de ces signes.

D'après tout ce que nous avons déjà dit , on doit avoir compris qu'on désigne par signe tout phénomène morbide qui a pris une valeur, une signification. C'est le résultat d'une opération intellectuelle qui nous fait découvrir le rapport d'une chose inconnue afec une chose apparente. Il est cependant des cas où le signe est évident, où il tombe sous les sens, où par conséquent il n'est aucunement besoin d'un travail de l'esprit pour le reconnaître. Ce genre de signes a reçu dans les écoles le nom de signes sensibles , par opposition à ceux qui exigent une opération de l'intellect, qu'on a nommés signes rationnels.

Les signes ont été divisés en signes passés , présents et futurs. Cette division, clairement exprimée dans Galien, ne nous paraît pas devoir être conservée ; l'expression désignes passés, qu'on appelle aussi commémoratifs ou anamnestiques, n'est pas convenable, puisqu'elle s'applique à toutes les circonstances qui ont précédé la maladie. Ainsi 1 âge, le sexe, la constitution, le régime, les habitudes , les idiosyncrasies, l'hérédité , la parenté, l'habitation , les maladies antécédentes , les traitements déjà subis, etc. , enfin tout ce qui précède la ma-

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ladie, et jusqu'aux causes occasionelles, sont rangés parmi les signes commémoratifs ; or, je le demande , peut-on laisser le nom de signes à des objets si différents? Nous pensons que cette partie de l'histoire ou de l'examen d'une maladie doit être désignée sous le nom plus général et plus convenable de circonstances commémoratives.

Ces circonstances commémoratives sont d'un grand secours dans l'appréciation des phénomènes morbides , dans le diagnostic et le pronostic des maladies. Nous aurons souvent occassion d'y revenir.

Le nom de signe diagnostique est parfaitement approprié : un symptôme étant donné, il désigne telle maladie, il signifie quelque chose, il est converti en signe. Nous pouvons en dire autant des signes pronostiques. Mais une lacune dont on a lieu de s'étonner dans les traités de séméiologie , c'est l'oubli presque complet des signes thérapeutiques ; certes cette partie était bien rigoureusement du domaine de la séméiotique : un phénomène morbide indique qu'il faut employer tel ou tel mode de traitement , il devient une indication , un signe thérapeutique. Nous en ferons un chapitre particulier.

Un des plus grands torts en effet qu'on puisse reprocher aux séméiologues, c'est d'avoir confondu et présenté ensemble les signes diagnostiques et pronostiques, et d'avoir omis les signes thérapeutiques. Ce sont assurément des choses fort distinctes ; elles

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ont bien entre elles une connexion intime ; elles découlent les unes des autres ; mais elles n'en sont pas moins essentiellement différentes. Prenons pour exemple l'une des qualités du pouls, le pouls fort. Nous verrons que, comme signe diagnostique, il aura plusieurs significations. En le considérant d'abord sous le rapport du diagnostic local, nous verrons que le pouls fort peut indiquer une maladie de cœur, l'hypertrophie du ventricule gauche, pourvu toutefois que l'obstacle à la circulation soit placé au-dessous des sous-clavières ; qu'il peut indiquer une augmentation de consistance dans les parois artérielles , la position des vaisseaux très superûcielle, etc. Sous le rapport du diagnostic général, il indiquera un état pléthorique , inflammatoire ; il appartiendra à la première et à la seconde période des inflammations des membranes muqueuses, et des organes parenchymateux. Comme signe pronostique, il annoncera de la force, de l'énergie dans le sujet , mais en même temps de la violence dans la maladie ; toutes choses égales d'ailleurs , on en déduira plutôt un augure favorable qu'un augure fâcheux. Enfin, comme signe thérapeutique, il devra généralement indiquer le traitement antiphlogistique, c'est-à-dire les émissions sanguines, générales ou locales , la diète sévère , les délayants , etc. Voilà certainement trois choses qui ont entre elles beaucoup de rapport , et cependant entièrement distinctes. Il nous a paru très impor-

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tant de traiter ces sujets dans des chapitres différents.

On a divisé les signes diagnostiques en signes propres et en sigues communs: les premiers, qu'on nomme encore pathognomoniques, suffisants, univoques, vrais, certains, essentiels, caractéristiques, servent en effet à caractériser les maladies ; ce sont les signes les plus rares et les plus précieux ; ceux que nous avons nommés locaux appartiennent à cette classe.

Les seconds, qu'on a encore appelés équivoques ou insuffisants, appartiennent à un grand nombre de maladies ; ce sont les signes que nous nommons généraux.

Nous désignerons sous le nom simple d'accidents tous les phénomènes qui surviennent dans le cours d'une maladie , et qui ne sont pas nécessairement liés avec elle. C'estce qu'on exprimait autrefois par les noms d'épiphénomènes , d'épiginomènes, etc.

C'est ici le moment de reproduire les propositions d'organisme que nous avons exposées dans notre première partie; c'est ici qu'elles vont acquérir toute leur valeur.

Nous avons avancé, dans une de nos propositions principales , que, lorsqu'il se manifestait quelque changement sensible dans une fonction, il existait dans l'organe chargé d'exécuter cette fonction, ou dans un organe exerçant surcelui-ci une certaine influence, une altération légère ou profonde, fugitive

ou persistante, primitive ou consécutive, sensible ou insensible à nos divers moyens d'investigation. Hé bien , si donc nous observons un changement dans une fonction , nous en tirerons cette conséquence, que l'organe auquel elle est affectée est malade. Telle est la première opération de l'intelligence qui nous conduira au diagnostic local. Une semblable conclusion est rigoureuse ; nous reviendrons bientôt sur les cas exceptionnels qui semblent la démentir. Si, après avoir attentivement, cherché l'altération dans l'organe dont la fonction nous aparu lésée, nous acquérons la certitude que cet organe n'est point altéré, ce à quoi l'on arrive par d'autres signes , on cherchera l'altération dans l'organe qui exercera sur celui-ci une influence directe ou sympathique.

Il ne faut pas oublier que les phénomènes des maladies sont locaux et généraux: c'est ici pour le diagnostic la distinction la plus importante , c'est celle que nous ne perdrons jamais de vue dans le cours de cet ouvrage.

Par phénomènes locaux nous entendons ceux qui appartiennent à l'organe malade et à sa fonction. Les phénomènes locaux d'une pneumonie sont la douleur profonde de côté, le son mat, l'absence de respiration , la toux, le crachement de sang, tous inhérents à l'organe malade.

Par phénomènes généraux nous entendons ceux qui se manifestent sympa iniquement dans des organes ou dans des fonctions éloignés des pre-

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miers : on les nomme généraux , parceque, appartenant en général à la circulation età l'innervation , ils se manifestent dans tout l'organisme ; nous leur donnons quelquefois le nom de phénomènes de. réaction. Les phénomènes généraux ou de réaction de la pneumonie sont la chaleur à la peau, la force, la fréquence dans le pouls, la soif, etc.

La connaissance des phénomènes locaux est la plus importante; mais il ne faut pas négliger celle des phénomènes généraux et sympathiques , car c'est de l'appréciation exacte des uns et des autres que découle un diagnostic certain.

Il s'en faut de beaucoup que les signes soient tous d'une égale valeur: et celui qui en a le plus la perd souvent lorsqu'il se trouve isolé. Il est peu de signes vraiment pathognomoniques ; peut-être même n'en existe-t-il point. Mais si un signe seul , quelque positif qu'il soit, n'a que peu ou point de valeur, il en acquiert bientôt une très grande lorsqu'il se trouve réuni' à d'autres. Ainsi la douleur de côté peut appartenir à presque toutes les maladies de la poitrine ; mais si le malade qui présente ce symptôme expectore en même temps des crachats sanglants, vous aurez déjà lés plus fortes probabilités pour l'existence d'une péripneumonie. Si la percussion donne un son mat dansle côté affecté, les probabilités augmenteront encore ; enfin vous aurez la presque certitude si la respiration a cessé de se faire entendre dans ce même côté , ou si vous y

percevez le râle crépitant à l'aide du cylindre. Les phénomènes généraux, qui servent si peu au diagnostic, viendront cependant encore ici vous confirmer dans le jugement que vous porterez , si ces phénomènes généraux sont ceux des phlegmasies des organes parenchymateux, c'est-à-dire la force, la fréquence du pouls, la soif, la chaleur à la peau , etc.

Ainsi il faut un concours de signes pour arriver à un diagnostic précis.

Les circonstances commémoratives font aussi varier singulièrement la valeur des signes. Il est telle maladie qu'on ne pourrait caractériser si l'on ignorait ces circonstances.Telles sont, par exemple, les affections cérébrales.

Des lassitudes générales , des douleurs dans les membres , dans le dos , le cou ; de la céphalalgie, de la chaleur à la peau , de la coloration du visage , de la soif, de la force et de la fréquence dans le pouls, feront en général redouter une maladie inflammatoire ; si l'on apprend qu'un exercice violent a précédé ces symptômes , on les attribuera avec raison à la seule fatigue, le diagnostic changera complètement.

Les signes diagnostiques doivent persister pendant un certain temps pour avoir toute leur valeur. Que d'erreurs les médecins éviteraienttous lesjours, s'ils se souvenaient de ce précepte ! Nous avons avancé que la paralysie était en général le signe

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d'une affection locale du cerveau. Eh bien ! qu'estil arrivé? Des médecins ont rencontré des paralysies ; les malades ont succombé ; ils n'ont rien trouvé dans le cerveau , ils en ont conclu que le signe était infidèle. Ils n'ont seulement pas pensé qu'ils avaient mal observé. En effet , vers les derniers jours de la plupart des maladies aiguës, dans l'agonie, qui dure plus ou moins long-temps, selon les cas , on observe souvent la perte de connaissance, et l'abolition du mouvement et du sentiment dans l'un des côtés du corps. Sans doute cela doit tenir à un état particulier des organes de l'innervation; mais cet état n'étant que consécutif de celui qui a causé la mort , et ne survenant que dans les derniers moments de la vie , échappe entièrement à nos divers moyens d'investigation. Pour que la paralysie soit un signe de l'altération locale de l'encéphale , il faut qu'elle persiste pendant un certain temps, qu'elle soit bien caractérisée, et bien en rapport avec les autres phénomènes cérébraux; mais il faut de l'habitude pour juger cela. Il survient, ainsi que nous venons de voir, une espèce de paralysie, dans les agonies des maladies aiguës, qui peut en imposer aux observateurs superficiels ; il en survient une aussi dans les maladies du cœur, une autre dans l'ossification des vaisseaux, etc. , qu'on pourrait prendre pour le signe d'une affection du cerveau ; mais, avec de l'habitude et de la sagacité, il est presque impossible de se méprendre. 11

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m'est souvent arrivé detre d'un avis contraire à des élèves très exercés, qui croyaient reconnaître une lésion cérébrale à des paralysies de ce genre, et l'événement justifiait ma manière de voir. Il faut donc que le signe soit bien dessiné, et persiste pendant un certain temps, pour avoir toute sa valeur.

Dans le principe des maladies, les signes n'ayant pas encore acquis tout leur développement, il est souvent difficile de porter un diagnostic juste ; aussi est-il alors prudent d'attendre que la maladie se dessine." Bien souvent on croit avoir affaire dans le principe à une maladie qu'on voit peu de jours après changer entièrement de caractère. D'autres fois la marche seule de la maladie en détermine la nature. Ainsi la marche graduelle , croissante, du ramollissement sert à distinguer cette maladie de l'hémorrhagie du cerveau.

Il est sans doute d'autres circonstances qui font encore varier la valeur des signes diagnostiques , et que nous ferons connaître à mesure que l'occasion s'en présentera.

Cette variation dans la valeur des signes, suivant les circonstances qui les précèdent, les accompagnent ou les suivent, a fait avancer à quelques médecins que non seulement il était inutile de traiter des signes d'une manière générale, mais que même cette méthode pouvait avoir de graves inconvénients, puisqu'elle pouvait induire en de fréquentes erreurs. Je ne partage aucunement ces craintes ; il

est bien vrai que les signes varient suivant la maladie; mais aussi combien le même signe n'imprimet-il pas un caractère différent à la même maladie, ou à des maladies diverses. Je m'explique par un exemple : un malade quelconque étant donné , présente un pouls très fort et très fréquent Que de conséquences diagnostiques et antres n'allez-vous pas tirer de cette maladie avant de savoir même ce qu'elle peut être? Ne vous formez-vous pas de suite une idée de son intensité, de sa violence ? Ne voyez-vous pas déjà quels moyens vous devrez employer? Eh bien! il en est une multitude du même genre : la soif, les enduits de la langue , les soubresauts dans les tendons , le délire, etc., etc., ne sont-ils pas dans le même cas? Je vais plus loin, et je prétends qu'il y aurait une grande économie de temps pour les élèves, si, pour les traités de pathologie, on procédait autrement qu'on ne l'a fait jusqu'à ce jour. Au lieu de décrire chaque maladie en particulier , de faire à chacune d'elles la fastidieuse énumération des symptômes locaux et généraux , et la répétition plus rebutante encore des moyens thérapeutiques , je voudrais qu'on s'attachât à tracer les phénomènes généraux d'une classe tout entière de maladies, par exemple, des phlegmasies ; qu'on dît en peu de mots en quoi elles diffèrent les unes des autres par leurs causes , leur siège, etc., et qu'au lieu de répétera chacune le traitement dit antiphlogistique, on décrivît une bonne

fois pour toutes ce traitement, qu'on ne ferait ensuite qu'indiquer, en faisant connaître seulement les modifications exigées par les spécialités. Il me semble que par cette méthode, beaucoup plus philosophique que celle qui a été adoptée jusqu'à ce jour, il y aurait une grande économie de temps.

Ce que nous venons de proposer, nous tâcherons de le mettre à exécution dans cet ouvrage. Après avoir fait connaître les signes généraux des maladies , leur diagnostic spécial , leur pronostic, nous exposerons les diverses indications thérapeutiques, et ensuite , toujours d'une manière générale , les moyens de remplir ces indications; de sorte qu'après avoir étudié ce livre on ait des connaissances suffisantes pour traiter la plupart des maladies.

Cet ouvrage sera une véritable introduction à l'étude spéciale de la pathologie; mais il ne saurait dispenser de l'étude des monographies, qui devront ensuite compléter les études médicales.

Ainsi nous pensons que , bien loin que l'étude des signes en général soit inutile ou nuisible, nous croyons qu'elle ne peut être qu'infiniment avantageuse; que toutes les branches de la médecine devraient être traitées de la même manière , manière qui économise un temps précieux, et qui nous paraît bien préférable.

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